Skip to main content

Full text of "Revue celtique"

See other formats


N 


REVUE  CELTIQUE 


TOME  II 


A         ^  PUBLIÉE  V^    ^ 

^  ^^ 

>0^       AVEC     LE     CONCOURS     DES     PRINCIPAUX     SAVANTS        >^^> 
DES    ILES    BRITANNIQUES   ET    DU    CONTINENT 


DIRIGEE    PAR 


H.   GAIDOZ 

Professeur  de  géographie  et  d'ethnographie  à  X'Ècok  des  Sciences  Politiques  de  Paris, 

Membre  de  la  Cambrian  Archaological  Association  et  de  la  Royal  Arch<£ological 

Association  of  Ireland,  etc. 


Tome  II 


LIBRAIRIE  A.  FRANCK  (f.  vieweg  propriétaire) 
67,  rue  de  Richelieu,  PARIS 

TRÏJBNER  and  C» 
57  and  59,  Ludgate  Hill,  LONDON 

1873-1875 


AU   LECTEUR. 


En  achevant  ce  second  volume  nous  devons  remercier  les  savants  qui 
ont  enrichi  notre  Revue  de  leurs  travaux,  nos  anciens  et  nos  nouveaux 
collaborateurs.  Grâce  à  eux  la  Revue  Celtique  a  pris  un  rang  incontesté 
parmi  les  recueils  d'érudition  les  plus  estimés.  En  Allemagne,  un  linguiste 
éminent,  M.  Ernest  Windisch,  a  consacré  une  élogieuse  et  longue  étude 
au  premier  volume  de  notre  Revue  (voir  p.  42  3)  et  M.  Frédéric  deHell- 
v^alld  l'a  recommandée  dans  les  termes  les  plus  favorables  aux  lecteurs 
de  l'Ausland.  En  Angleterre,  VAcademy  et  l'Athenaum  l'ont  plusieurs  fois 
mentionnée  et  tout  récemment  encore  un  critique  de  la  Saturday  Review 
(i  5  mai  1875)  la  signalait  avec  la  Romania  et  la  Revue  Critique  comme 
des  recueils  qui  mériteraient  d'être  plus  connus  dans  les  Iles  Britan- 
niques. Nous  remercions  ces  écrivains  de  leurs  témoignages  bienveil- 
lants et,  en  voyant  à  quel  cercle  étroit  notre  revue  est  encore  confinée, 
nous  nous  autorisons  de  ces  témoignages  pour  dire  à  nos  lecteurs  :  si 
vous  vous  intéressez  à  notre  commune  entreprise,  gagnez-lui  des  amis  ! 

H.  G. 

Paris,  le  i  $  juin  1875. 


TABLE  DES  MATIERES. 

Au  lecteur,                                             _                                               p.  v 

Liste  des  collaborateurs.  xi 

Liste  des  souscripteurs.  xii 
De  quelques  noms  celtiques  de  rivières  qui  se  lient  au  culte  des  eaux, 

par  M.  Ad.  Pictet.  i 

Nehalennia,  par  M.  H.  Kern.  lo 
Un  autel  de  Nehalennia,  trouvé  prèsde  Dombourg  (Zélande),parM.  Albert 

Réville.  i8 

L'ex-voto  de  la  Dea  Bibracte  (deuxième  article),  par  M.  Bulliot.  21 

Attodiad  i  lyfryddiaeth  y  Cymry,  gan  y  Parch.  D.  Silvan  Evans.            50,  346 

La  poésie  populaire  en  Bretagne  par  feu  M.  Guillaume  Lejean.  44 
Noms  propres  bretons  commençant  par/l/) ou  ^/;,  par  M.R.F.  Le  Men.  71,  cf.  507 
Proverbes  et  dictons  de  la  Basse-Bretagne  (suite),  par  M.  L.  F.  Sauvé. 

78,  218,  361 
The  Battle  of  Cnucha;  a  médiéval  Irish  text,  with  a  translation,  by  W. 

M.  Hennessy,  Esq.  86 
Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines  du  Rhin  inférieur,  par 

M.  Kern.  1  $5 
Présent  limits  of  the  Celtic  language  in  Scotland  (with  a  map),  by  James 

A.  H.  Murray,  Esq.  178 

Etymological  Scraps,  by  John  Rhys,  Esq.  188 
Mythological  Notes,  by  Whitley  Stokes,  Esq.  '97, cf.  ^07 
Recherches  sur  l'histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain,  par  M.  H. 

d'Arbois  de  Jubainville.  204 

Ch  breton  armoricain,  par  M.  L.  Havet.  217 
Contes  populaires  de  la  Bretagne  armoricaine;   L  la  P'emme  du  Soleil, 

par  M.  F. -M.  Luzel.  289 

The  Loss  of  Indo-European  P  in  the  Celtic  Languages,  by  John  Rhys,  Esq.  3 1 1 

L'accent  gallois,  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville.  341 
Du    prétendu  nom  d'Ile  Sacrée    anciennement  donné  à    l'Irlande,  par 

M.  H.  Gaidoz.  351 
A  middie-lrish  Homily  on  S.  Martin  of  Tours,  edited  and  translated  by 

Whitley  Stokes,  Esq.  38 1 

Une  énigme  d'onomastique  fluviale,  par  M.  Ad.  Pictet.  437 

Les  Gloses  Irlandaises  du  manuscrit  de  Berne,  par  M.  C.  Nigra.  446 

Observations  sur  le  glossaire  d'O'  Davoren,  par  M.  H.  Ebel.  453 

MÉLANGES. 

i)  Les  légendes  des  monnaies   gauloises,  note  complémentaire,    par 

MM.  Eug.  Hucher  et  An.  de  Barthélémy.  94 


—   VIII    — 

2)  Durnacos,  par  MM.  Eug.  Hucher  et  H.  d'Arbois  de  Jiibainville.  104 

3)  Un  /  gaulois  valant  dh,  par  M.  H.  d'A.  de  J.  111 

4)  Le  couteau  de  bronze  de  Besançon,  par  M.  H.  d'A.  de  J.  112 

5)  The  Klosterneuburg  Incantation,  by  Wh.  Stokes,  Esq.  1  12 

6)  Etymologicai  Scraps,  by  John  Rhys,  Esq.  i  1 5 

7)  Supplementary  remarias  on  the  Luxembourg  Folio,  by  the  same.  1 19 

8)  Sur  le  médaillon   de  M.  Soldi   représentant  la  Gaule,  par  M.  E. 
Hucher.  121 

9)  Supplément  à  la  liste  des  mots  relevés  sur  les  monnaies  gauloises, 

par  M.  A.  de  Barthélémy.  245 

10)  Chansonnette  bretonne,  recueillie  et  traduite  par  M.  F. -M.  Luzel.  245 

11)  Le  Mystère  des  Trois  Rois  à   Vannes,    par  M.   H.  d'Arbois  de 
Jubainville.  248 

12)  Les  Sociétés  savantes  de  Bretagne.  250 

13)  Les  accusatifs  gaulois  en  -as,  par  M.  H.  Ebel.  403 

14)  Les  noms  propres  francs  et  les  noms  propres  bretons  du  Cartulaire 

de  Redon,  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville.  404 

1 5)  A  conjectural  emendation  of  Pliny,  by  W.  S.  407 

16)  Pilgrimage  of  an  Hungarian  nobleman   to   St  Patrick's  purgatory 
by  H.  Gaidoz,  Esq. 

17)  Traditions  et  superstitions  de  la  Basse  Bretagne  au  XVII''  siècle.  482 

18)  Les  Celtes  et  les  éléphants,  par  M.  H.  Gaidoz.  4S6 

19)  The  ancientirish  Goddess  of  War,  corrections  and  additions  by  Whit- 

ley  Stokes,  Esq.  489 

20)  Étymologie  du  nom  de  Chaource  (Aube),   par  M.   H.  d'Arbois  de 
Jubainville.  492 

21)  Yves  Camus;  chanson  populaire  bretonne,  recueillie  et  traduite  par 

M.  F. -M.  Luzel.  49S 
BIBLIOGRAPHIE. 

Arbois  de  Jubainville  (H.  d').  Encore  un  mot  sur  le  Barzaz-Breiz.  13 1 

Bacmeister  :  Keltische  Briefe  (H.  G.).  273 
Anatole  de  Barthélémy  :  Étude  sur  les  monnaies  gauloises  trouvées  en 

Poitou  et  en  Saintonge.  498 
J.  de  Baye  :  Congrès  international  d'anthropologie  et  d'archéologie.  503 
Belloguet  (R.  de)  :  Ethnogénie  gauloise;  les  Cimmériens.  122 
Bertrand  (Alexandre)  :  Celtes,  Gaulois  et  Francs  (H.  G.).  251 
Bonnafoux:  Légendes  et  croyances  superstitieuses;  —  Fontaines  celtiques.  (;oi 
Brachet  :  Dict.  étymologique  de  la  langue  française  (H.  d'A.  de  J.).  126 
Campbell  :  Leabhar  na  Feinne  (H.  G.).  129 
Carswell  :  Book  of  Common  Order  (H.  G.).  264 
De  Caix  de  Saint-Aymour  :  Études  sur  quelques  monuments  mégali- 
thiques de  la  vallée  de  l'Oise.  S02 
Curtius  fund  Windisch)  :  Grundzùge  der  Griechischen  Etymologie.  273 
Daremberg  et  Saglio  :  Dict.  des  antiquités  grecques  et  romaines.         259,  419 


—    IX   — 

Desjardins  :  Notice  sur  les  monuments  épigraphiques  de  Bavai  (H.  G.).  256 

Diez  :  Grammaire  des  langues  romanes  (H.  d'A.  de  J.).  275 
Esser:  Ueber  einige  gallische  Ortsnamen  âui  -aciun  in  der  Rheinprovinz 

(H.  G.).  499 

Fick  :  Die  ehemalige  Spracheinheit  der  Indo-Germanen  (H.  d'A.  de  J.).  274 

Fontenay  (Herold  de):  Inscriptions  céramiques  Gallo-Romaines  (H.  G.).  412 

Hucher  :  L'Art  gaulois  (A.  de  B.).  255 

Joyce  :  The  origin  and  history  of  Irish  names  of  Places,  2d  ser.  (H.  G.).  500 

Kerviler  (René)  :  Géographie  de   la  presqu'île  armoricaine  (; A.  de  B.).  413 

Lemière  :  Examen  critique  des  expéditions  gauloises  en  Italie  (A.  de  B.).  254 

—       Etudes  sur  les  Celtes  et  les  Gaulois  (A.  de  B.).  41 5 

Littré  :  Dictionnaire  de  la  langue  française  (H.  d'A.  de  J.)  126 

Longnon  :  Les  cités  Gallo-Romaines  de  la  Bretagne  (A.  de  B.).  258 

Luzel  :  Gwerziou  Breiz  Izel,  t.  II  (H.  d'A.  de  J.)  268 

Maine  :  Lectures  on  the  early  history  of  Institutions  (H.  G.).  499 

Mélanges  de  numismatique.  503 

Mowat  :  Etudesur  l'Inscription  Itinéraire  de  Saint-Christophe  (A.  deB.).  257 

0'  Curry  :  Manners  and  Customs  of  the  ancient  Irish  (H.  G.).  260 

Pichler  :  Die  Keltischen  Namen  der  rœmischen  Inschriftsteine  Kaerntens  124 

Robert  (Ch.)  :  Epigraphie  Gallo-Romaine  de  la  Moselle  (H.  d'A.  de  J.).  123 

Supplément  aux  Dictionnaires  Bretons  (Ch.  de  Gaulle).  265 

Transactions  of  the  Gaelic  Society  of  Inverness,  t.  II  (H.  G.).  41 5 

Visione  di  Tugdalo,  éd.  Corrazzini  (H.  G.).  124 
Windisch  :   Verlust  und  Auftreten  des  p  in  den  Celtischen  Sprachen, 

L(J.  R.)  32. 

II  (W.  S.).  408 

—  Cf.  Curtius.  000 

Ouvrages  divers.  416 
REVUE  DES  PÉRIODIQUES. 

Archaeologia  Cambrensis.  134,  279,  418 

Archives  des  Missions  scientifiques  et  littéraires.  286 

Beirniad.  136,  281 

Beitraïge  zur  vergleichenden  Sprachforschung.  140,  420 

Bibliothèque  de  l'Ecole  des  chartes.  139 

Bulletin  monumental.  140 

Carnarvon  and  Denbigh  Herald.  280 

Dysgedydd.  136,  281 

Journal  of  the  royal  and  Archaeological  Association  of  Ireland.  281 

Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France.  137,  283 

Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique  de  Paris.  139,  282 
Revue  Archéologique.                                                                     158,284,426 

Revue  de  France.  287 

Revue  politique  et  littéraire.  140 

Revue  des  questions  historiques.  287 


—    X    — 

Revue  des  Sociétés  savantes  des  Départements.  285,  427 

Romania.  158,  283 

Studien  zur  griechischen  und  lateinischen  Grammatik.  425 

Traethodydd.  136,  281 

Transactions  of  the  [London]  Philological  Society.  282 

Zeitschrift  fur  vergleicliende  Sprachforschung.  141,  423 

CHRONIQUE. 
Un  concours  celtique  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  — 
La  collection  de  monnaies  gauloises  de  M.  de  Saulcy.  —  La  linguis- 
tique au  Congrès  de Saint-Brieuc  en  1872.  —  La  Société  archéologique 
du  Finistère.  —  Une  Société  archéologique  galloise.  —  Discours  de 
M.  Blackie.  —  La  Société  gaélique  d'inverness.  — Cours  de  gaélique 
de  M.  l'abbé  Bourke.  —  Un  concours  de  l'Académie  de  Dublin.  — 
Une  rectification.  —  Une  réclamation  de  M.  le  docteur  Halléguen.  144 

Inscription  de  Mondillan  ;  —  Cours  d'ancien  Irlandais  à  Heidelberg;  — 
La  musique  Irlandaise  en  Allemagne;  — Université  d'Aberystwyth  ; 

—  Les  Gaels  du  Canada.  428 
L'Association  bretonne  ressuscitée.  —  M.  Whitley  Stokes  sur  la  publi- 
cation du  ms.  de  Leinster.  —  Vœux  stériles.  —  Projet  de  chaire 
celtique  à  l'Université  d'Edimbourg.  —  Le  nouvel  évêque  de  Saint- 
David.  —  Une  bibliographie  de  la  Gaule.  —  L'Algonquin,  dialecte 
Irlandais  !  Origine  fantastique  des  Irlandais  d'Amérique.  428 

La  Commission  de  la  Topographie  des  Gaules.  —  Un  manuscrit  irlandais 
à  Saint-Pétersbourg.  —  M.  Silvan  Evans  et  VArcfucologia  Cambrcnsls. 

—  La  Société  des  anciens  textes  français.  504 

NÉCROLOGIE. 
MM.  Bacmeister,  iji  —  Bannister,  287—  Blois  (Aymar  de),  435  — 
Galles  (Louis),  434  —  Innés  (Cosmo),  435  —  Jones  (Owen),  287  — Kennedy, 
151  Kerdanet  (Miorcec  de),  435  —  Lottner,  152  —  Napoléon  III,  152  — 
Norris,  151  —  Proux  (Prosper),  152  —  Pughe  (John),  434  —  Rees,  152  — 
Ring  (de),  151  —  Robertson  (E.  W.),  434  —  Stephens  (Thomas),  435  — 
Thierry  ([Amédée),   151  —  Way  (Albert),  287. 

Corrigenda  et  Addenda.  p.  507 

Nouveaux  Errata  du  tome  I"''.  508 

EXPLICATION  DE  LA  CARTE. 
La  partie  teintée  de  la  carte  qui  accompagne  ce  volume  (p.  184)  représente 
la  partie  de  l'Ecosse  où  la  langue  maternelle  est  en  1873  le  gaélique.  11  faut  y 
joindre  l'île  de  Saint-Kilda,  dans  l'Atlantique,  à  l'ouestdes  îles  Hébrides,  qui  ne 
figure  pas  dans  le  cadre  restreint  de  cette  carte,  mais  qui  est  entièrement  de 
langue  gaélique.  —  L'île  de  Bute  n'a  reçu  qu'une  demi-teinte  parce  que  les  per- 
sonnes parlant  gaélique  y  sont  peu  nombreuses,  et  surtout  parce  qu'elles  n'y  sont 
pas  nées,  mais  y  sont  venues  d'autres  parties  de  l'Ecosse.  —  Pour  plus  de 
détails,  voir  l'article  de  M.  Murray,  auquel  cette  carte  sert  de  commentaire. 


LISTE  DES  COLLABORATEURS 


AU  PRESENT  VOLUME  ET  AU  PRECEDENT. 


MM. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville,  correspondant  de    l'Institut,  à    Troyes 

(Aube). 
Anatole  de  Barthélémy,  membre   de  la  Société  des  Antiquaires   de 

France,  à  Paris. 
J.  G.  BuLLioT,  président  de  la  Société  Éduenne,  à  Autun  (Saône-et- 

Loire). 
J.  F,  Campbell,  Esq.,  (of  Islay),  London. 
H.  Ebel,  professeur  à  l'Université  de  Berlin. 
The  Rev.  D.  Silvan   Evans,   B.  D.    Llanymawddwy,   Merionethshire, 

North  Wales. 
Henri  Gaidoz,  professeur  à  l'Ecole  des  Sciences  Politiques^,  à  Paris. 
Charles  de  Gaulle,  à  Paris. 

Louis  Havet,  répétiteur  à  l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  à  Paris. 
W.  M.  Hennessy,  Esq.,  Member  of  the  Royal  Irish  Academy,  Dublin. 
Eugène  Hucher,  au  Mans  (Sarthe). 
H.  Kern,  professeur  à  l'Université  de  Leyde,  à  Leyde. 
Reinhold  Kœhler,  conservateur  de  la  Bibliothèque  Grand-Ducale,   à 

Weimar. 
Louis  Léger,  docteur  ès-lettres,  à  Paris. 
'[  Guillaume  Lejean. 

R.  F.  Le  Men,  archiviste  du  Finistère,  à  Quimper  (Finistère). 
P.  Levot,  bibliothécaire  de  la  Marine,  à  Brest  (Finistère). 


F.  LiEBRECHT,  professeur  à  l'Athénée,  à  Liège  (Belgique), 
f  D""  C.  LOTTNER,  à  Dublin. 

F.  M.  LuzEL,  à  Plouaret  (Côtes-du-Nordj. 

Max  MûLLER,   associé  étranger  de  l'Institut  de  France,  professor  of 

Comparative  Philology  at  Oxford. 
James  A.  H.  Murray,  LL.  D.  Member  of  the  [London]  Philological 

Society,  London. 
C.  Nigra,  ministre  d'Italie,  à  Paris. 
Gaston  Paris,  professeur  au  Collège  de  France,  à  Paris. 

G.  Perrot,  membre  de  l'Institut,  à  Paris. 
The  Rev.  John  Peter^  Bala,  North  Wales. 
Adolphe  PiCTET,  à  Genève  (Suisse). 
Ernest  Renan,  membre  de  l'Institut,  à  Paris. 
Albert  Réville. 

John   Rhys,   Esq.,   Rhyl,  North  Wales. 

L.  Sauvé^  à  Brest  (Finistère). 

Whitley  Stokes,   Esq.,   Secretary  to  the  Government  of  India  in  the 

Législative  Department,  Simla  (India). 
Charles  Thurot,  membre  de  l'institut,  à  Paris. 
F.  W.  Unger,  professeur  à  l'Université  de  Gœttingue. 
W.  Wattenbach,  professeur  à  l'Université  de  Berlin. 


LISTE  DES  SOUSCRIPTEURS 


AU  PRÉSENT  VOLUME. 


ÉDITION  SUR  PAPIER  DE  HOLLANDE. 

MM. 
W.  Ewing,  Esq.,  Glasgow,  Scotland. 
Nigra,  ministre  d'Italie  à  Paris. 
The  Rev.  C.  W.  Saxton,  D.  D.,  Shrewsbury. 

ÉDITION  ORDINAIRE. 
MM. 

Mme  veuve  Aillaud,  Guillard  et  Cie,  libraires,  à  Paris. 

D""  C.  E.  Appleton,  London. 

D'Arbois  de  Jubainville,  archiviste  à  Troyes  (Aube). 

Audran,  notaire  à  Quimperlé  (Finistère). 

J.  Baer  et  Cie,  libraires,  à  Paris. 

Bardonnet,  à  la  Crèche  (Deux-Sèvres). 

Rev.  E.  Barnwell,  M.  A.,  Melksham,  Wiltshire. 

A.  de  Barthélémy,  à  Paris. 

E.  Benoist,  à  Paris. 

Bibliothèque  du  Dépôt  de  la  guerre,  à  Paris. 

Bibliothèque  de  l'Institut  de  France. 

Bibliothèque  de  l'Université  de  France. 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Morlaix  (Finistère). 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Moulins  (Allier). 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Rennes  (Ille-et-Vilaine). 

Bibliothèque  de  la  ville  de  Francfort-sur-le-Mein  (Allemagne). 

W.  Blackwood  et  Sons,  Edinburgh. 

A.  de  Blois,  au  château  de  Poulguinan,  près  (^uimper. 

Bonneau  du  Martray,  ingénieur,  à  Nevers  (Nièvre). 

Borget,  à  Paris. 


Borrani,  libraire,  à  Paris  (2  ex.). 

Bossange  et  Cie,  libraires,  à  Paris  (7  ex.). 

Boucherie,  professeur  au  Lycée,  à  Montpellier. 

A.  Brachet,  à  Cannes. 

H.  Bradshaw,  Esq.,  King's  Collège,  Cambridge. 

Bréal,  professeur  au  Collège  de  France,  à  Paris. 

Ed.  Breese,  Esq.,  Portmadoc. 

Rev.  H.  L.  Browne,  Corwen,  Merioneth. 

J.-G.  Bulliot,  Président  de  la  Société  Eduenne,  à  Autun. 

L.  Bureau,  à  Nantes. 

J.  F.  Campbell,  Esq.,  London. 

P.  du  Cassel,  au  château  de  la  Grivellière,  près  de  Lassay  (Mayenne). 

A.  Chassaing,  juge  au  tribunal  civil,  secrétaire  de  la  Société  académique  du  Puy. 

Chevalier,  libraire,  à  Saint-Etienne  (Loire). 

Le  comte  Arthur  de  Circourt,  à  Fontainebleau. 

C.  Claverie,  négociant,  à  Tarbes. 
F. -A.  Coelho,  à  Porto  (Portugal). 

G.  Comont,  curé,  à  Saint-Pierre-le-Viger  (Seine-Inférieure). 

Le  Comptoir  de  Londres,  chez  MM.  Hachette  et  Cie,  libraires,  à  Paris. 

Contet,  libraire,  à  Paris. 

H.  Courel-Groult,  à  Lisieux  (Calvados). 

Mgr  David,  évêque  de  Saint-Brieuc. 

E.  T.  Davies,  Esq.,  Llanuwchllyn,  Corwen. 

Rev.  J.  Davies,  London. 

Defrance,  à  Paris, 

G.  Stirling  Home  Drummond,  Esq.,  à  Ardoch  (Ecosse). 

Dybwad,  libraire,  à  Christiania  (Norvège). 

Le  D'  H.  Ebel,  à  Berlin. 

Ernault,  professeur  à  l'École  Saint-Charles,  à  Saint-Brieuc. 

D.  Silvan  Evans,  Llanymawddwy,  Merioneth, 
S.  Ferguson,  Esq.,  Dublin. 

Flagelle,  expert  agronome,  à  Landernau. 

Free  Public  Library,  Liverpool. 

Free  Public  Library,  Manchester. 

Galette,  libraire,  à  Paris  (5  ex.). 

Gariel,  conservateur  de  la  Bibliothèque,  à  Grenoble. 

Charles  de  Gaulle,  à  Paris. 

Rev.  G.  B.  Geldart,  London. 

La  librairie  H.  Georg,  à  Genève  (Suisse)  (4  ex.). 

La  librairie  Gerold  et  Cie,  à  Vienne  (Autriche)  (3  ex.). 

H.  Glaizot,  à  Paris. 

Df  Edwin  Guest,  Oxford. 

Guyard  père,  à  Barmouth  (Angleterre). 

Le  D'  Halléguen,  à  Châteaulin  (Finistère). 


—    XV    — 

Hauvette-Besnault,  à  Paris. 
W.  Hennessy,  Esq.,  Dublin. 
Le  vicomte  Hersart  de  la  Villemarqué,  membre  libre  de  l'Institut,  au  château 

de  Keransker,  près  Quimperlé  (Finistère). 
Hof  und  Staatsbibliotek;  Mûnchen. 
E.  Hucher,  à  la  Renardière,  près  le  Mans. 
Husson,  à  Paris. 

T.James,  Esq.,  F.  S.  A.,  Huddersfield. 
Miss  M.  Jones,  Machynlleth. 
Jourdain,  à  Paris. 

Jung-Treuttel,  libraire,  à  Paris  (2  ex.). 
Carie  de  Kerret,  au  château  de  Boutiguery. 
K.  Universita^tsbibliothek,  Tùbingen. 
De  La  Saussaye,  à  Paris. 

Lecoz,  ingénieur  civil,  à  Saint-Brieuc  (Côtes-du  Nord). 
André  Lefèvre,  à  Paris. 
L.  Léger,  à  Paris. 

Le  Men,  archiviste  du  département,  à  Quimper  (Finistère), 
A.  de  Longpérier,  membre  de  l'Institut,  à  Paris. 
Lorenz,  libraire,  à  Paris. 
Luzel,  à  Morlaix. 
R.  Mac  Adam,  Esq.,  Belfast. 
Rev.  D''  Th.  Mac  Lauchian,  Edinburgh. 
Macmillan  et  C",  Cambridge. 
R.  W.  Mason,  Esq.,  Llanerch-y-Medd  Anglesey. 
Henri  Martin,  membre  de  l'Institut,  à  Paris. 
Max  et  Cohen,  libraires,  à  Bonn  (Allemagne). 
Gabriel  Monod,  à  Paris. 
L.-A.  de  Montluc,  à  Paris. 

Le  Rev.  D'  Moriarty,  Bishop  of  Kerry,  Killarney  (Irlande), 
R.  Mowat,  à  Rennes  (llle-et-Vilaine). 
Dr  J.  Muir,  Ph.  D.,  L.  L.  D.,  Edinburgh. 
Prof.  Max  Mûller,  Oxford. 
L.  Naville,  à  Paris. 
Nigra,  ministre  d'Italie  à  Paris, 
Noiriel,  libraire,  à  Strasbourg. 
D.  Nutt,  libraire,  à  Londres  (4  ex.). 
Odobesco,  Conseiller  d'Etat,  à  Bukarest  (Roumanie). 
G.  Paris,  professeur  au  Collège  de  France,  à  Paris. 
Pedone-Lauriel,  libraire,  à  Paris. 
Penlou,  libraire. 
Pernolet,  ingénieur,  à  Paris. 
Rev.  J.  Peter,  Bala,  Merioneth. 
A.  Peyrot,  professeur  au  Lycée,  au  Mans. 


—   XVI   — 

A.  Pictet,  à  Genève  (Suisse). 

C.-E.-A.  Plicot,  médecin,  à  Fère-Champenoise. 

G.  Ploix,  à  Paris. 

T.  Poweil,  Esq.,  Taunton. 

G.  Reinwald  et  Gie,  libraires,  à  Paris  (4  ex.). 

Le  général  J.  Meredith  Read,  Consul  général  des  Etats-Unis  d'Amer,,  à  Paris. 

M°°  veuve  Renouard,  libraire,  à  Paris. 

Renan,  membre  de  l'Institut,  à  Paris. 

Ronarc'h,  à  Redon  (Il!e-et-Vilaine). 

Rev.  H.  Ross,  F.  S.  A.,  Rothesay. 

Samson  et  Wallin,  libraires,  à  Stockholm. 

Sauvé,  contrôleur  des  douanes,  à  Brest. 

Sayvé,  à  Versailles. 

Schweighaûser,  à  Paris. 

Whitley  Stokes,  Esq.,  Galcutta. 

Szarvady,  à  Paris. 

Rev.  R.  Temple,  Oswestry. 

Le  comte  de  Tertu,  à  Tertu  (Orne). 

Thonnelier,  à  Paris. 

E.  Thomas,  à  Marseille. 

Right  Rev.  D'  Thirlwall,  Caermarthen. 

Le  baron  de  Tourtoulon,  à  Valergues  (Hérault). 

Treuttel  et  Wurtz,  libraires,  à  Strasbourg  (2  ex.). 

Le  colonel  Troude,  à  Brest. 

Trûbner  et  Gie,  libraires,  à  Londres. 

K.-J.  Trûbner,  libraire,  à  Strasbourg. 

G.  Turrini,  professeur  à  l'Université,  à  Bologne  (Italie). 

Van  der  Kindere,  à  Uccle  (Belgique). 

Wiley  et  Son,  New-York. 

Williams  et  Norgate,  libraires,  à  Londres  (4  ex.). 

E.  Windisch,  professeur  à  l'Université,  à  Heidelberg. 


Les  souscripteurs  qui  n'auront  pas  renvoyé  ce  numéro  à  l'éditeur  dans  le  délai  de  huit  jours 
seront  considérés  comme  réabonnés. 


Les  Numéros  ne  se  vendent  pas  séparément. 


A-        ^  PUBLIÉE  V*^     ^ 

^  ^^ 

iQ^       AVEC     LE     CONCOURS     DES     PRINCIPAUX     SAVANTS        ^^> 
DES    ILES   BRITANNIQUES   ET    DU    CONTINENT 


DIRIGÉE    PAR 

H.    GAIDOZ 

Professeur   de  géographie  et  d'ethnographie   à  l'École  des  Sciences  Politiques  de  Paris, 

Membre  de  la  Cambrian  Arch<£ological  Association  et  de  la  Royal  Archieological 

Association  of  Ireland,  etc. 


Vol.  II.  —N"! 

(n°  5  de  la  collection) 

Août  1873 


LIBRAIRIE  A.  FRANCK  (f.  vieweg  propriétaire) 
67,  rue  de  Richelieu,  PARIS 

TRÏJBNER  AND  C» 
57  and  $9,  Ludgate  Hill,  LONDON 


Numbers  are  not  sold  separately. 


SOMMAIRE  DU  PRÉSENT  NUMÉRO  : 

I.  De  quelques  noms  celtiques  de  rivières  qui  se  lient  au  culte  des  eaux,  par 
M.  Ad.  Pictet. 

II.  Nehalennia,  par  M.  H.  Kern. 

III.  Un  autel  de  Nehalennia,  trouvé  prés  de  Dombourg  (Zélande),  par  M.  Albert 
Réville. 

IV.  L'ex-voto  de  la  Dea  Bibracte  (deuxième  article),  par  M.  BuUiot. 

V.  Attodiad  i  lyfryddiaeth  y  Cymry,  gan  y  Parch.  D.  Silvan  Evans. 

VI.  La  poésie  populaire  en  Bretagne  par  feu  M.  Guillaume  Lejean. 

VII.  Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  ou  Ap,  par  M.  R.  F.  Le  Men. 

VIII.  Proverbes  et  dictons  de  la  Basse-Bretagne  (suite),  par  M.  L.  F.  Sauvé. 

IX.  The  Battle  of  Cnucha;  a  médiéval   Irish  text,    with  a  translation,  by  W. 
M.  Hennessy,  Esq. 

Mélanges  : 

1)  Les  légendes  des  monnaies  gauloises,  note  complémentaire,  par  MM.  Eug. 
Hucher  et  An.  de  Barthélémy. 

2)  Durnacos,  par  MM.  Eug.  Ffucher  et  H.  d'Arbois  de  Jubainville. 

3)  Un /gaulois  valant  dh,  par  M.  H.  d'A.  de  J. 

4)  Le  couteau  de  bronze  de  Besançon,  par  M.  H.  d'A.  de  J. 

5)  The  KIosterneuburg  Incantation,  by  Wh.  Stokes,  Esq. 

6)  Etymological  Scraps,  by  John  Rhys,  Esq. 

7)  Supplementary  remarks  on  the  Luxembourg  Folio,  by  the  same. 

8)  Sur  le  médaillon  de  M.  Soldi,  représentant  la  Gaule,  par  M.  E.  Hucher. 

Bibliographie  :  Ethnogénie  gauloise:  les  Cimmériens,  par  M.  de  Belloguet.  — 
Épigraphie  gallo-romaine  de  la  Moselle,  par  M.  Ch.  Robert  (H.  d'Arbois  de 
J.)  —  Die  Keltischen  Namen  der  rœmischen  Inschriftsteine  Kasrntens,  von  D' 
Fr.  Pichler  (H.  G.)  —  La  Visione  di  Tugdalo,  éd.  Corazzini  (H.  G.)  — 
Littré  :  Dictionnaire  de  la  langue  française;  Brachet  :  Dictionnaire  étymologique 
de  la  langue  française  (H.  d'A.  de  J.)  —  Campbell  :  Leabhar  na  Feinne(H.  G.) 
—  Encore  un  mot  sur  le  Barzaz  Breiz,   par  M.  d'Arbois  de  Jubainville  (H.  G.) 

Revue  des  PruiODiQUEs:  Archœologia  Cambrensis;  — Beirniad; — Traethodydd; 

—  Dysgedydd;  —  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires  de  France;   — 
Revue  archéologique;  —  Romania;  —  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes; 

—  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique;  —  Bulletin   monumental;    — 
Revue  politique  et  littéraire;  —  Beitrœgezur  Vcrgleichenden  Sprachforschung; 

—  Zeitschrift  fur  Vergleichende  Sprachforschung. 

{Voir  la  suite  du  sommaire  page  3  de  la  couverture.) 


DE    QUELQUES 

NOMS  CELTIQUES    DE   RIVIÈRES 

QUI  SE  LIENT  AU  CULTE  DES  EAUX. 


On  sait  que  chez  tous  les  peuples  de  la  grande  famille  aryenne,  on 
retrouve  des  traces  d'un  ancien  culte  des  eaux,  qui  remonte  sans  doute 
à  cette  religion  de  la  nature  déjà  développée  par  les  Aryas  primitifs. 
Dans  le  Rigvêda,  comme  dans  l'Avesta,  les  eaux  (à^as)  sont  invoquées 
comme  des  divinités  bienfaisantes.  Dans  l'Inde  ancienne,  les  sources  et 
les  rivières  étaient  souvent  entourées  d'un  respect  religieux,  et  personni- 
fiées comme  des  êtres  surnaturels  '.  Hérodote  nous  apprend  que  les 
Perses  tenaient  les  fleuves  en  haute  vénération  2.  On  connaît  assez  la 
place  qu'occupaient,  chez  les  Grecs  et  les  Romains,  les  divinités  fluvia- 
tiles,  ainsi  que  le  rôle  que  jouaient  chez  les  Germains  les  Nixes  et  les 
Ondines.  Les  Celtes  ne  faisaient  pas  exception  sous  ce  rapport.  Les 
détails,  à  cet  égard,  nous  manquent,  il  est  vrai,  pour  les  temps  anciens; 
mais  les  inscriptions  votives  gallo-romaines  adressées  à  la  Dea  Sequana, 
aux  Deac  Icauni,  à  la  Dea  Bonnonia,  au  Deus  Borvo,  etc.,  témoignent 
déjà  suffisamment  d'un  culte  des  eaux.  Il  en  est  resté  d'ailleurs  des  traces 
manifestes  dans  les  superstitions  populaires  relatives  aux  sources,  soit  en 
France,  soit  dans  les  Iles  Britanniques'. 

A  côté  de  ces  indications  très-sûres,  on  peut  en  trouver  encore  d'un 
autre  genre  dans  quelques  groupes  de  noms  de  rivières  et  de  sources 
répandus  au  loin  chez  les  Celtes  continentaux  et  insulaires.  Ces  noms  se 
distinguent  de  ceux  des  inscriptions  votives,  en  ce  qu'ils  expriment 


1 .  Voir,  dans  le  Ramàyana,  le  bel  épisode  de  la  descente  du  ciel  de  la  déesse  Cangâ. 

2.  Hérod.  I,  i}8.  (jegovTai  7i0Ta|j.0'j;  jj,âXtaTa. 

3.  Pour  la  France,  voyez  entre  autres  le  mémoire  de  M.  Bulliot  lu  à  la  Sorbonne 
en  1867  :  Culte  des  eaux  sur  les  plateaux  éduens,  et  son  article  sur  la  déesse  Bibracte 
[Rev.  Celt.,  I,  306).  Pour  l'Irlande  et  l'Ecosse,  consultez  l'excellent  ouvrage  de  M.  Joyce, 
Irish  liâmes  of  places,  }*  éd.  Dublin,  1871,  page  434  et  suiv. 

Rev.  Celt.  11  1 


2  Quelques  noms  celtiques  de  rivières. 

directement  le  caractère  sacré  des  cours  d'eau,  tandis  que  les  autres  ne 
sont  que  des  appellatifs  ordinaires,  donnés  sans  doute  aux  rivières  avant 
leur  déification.  C'est  de  ceux  du  premier  ordre  seulement  que  s'occupe 
le  présent  article. 

I 
Dcva,  Dîva,  DJvona. 

i)  !^rfii>xz  =  Dêva  (Ptol.  2,  6,  8),  chez  les  Vardules  celtibères;  aujour- 
d'hui la  Deba^  qui  se  jette  dans  l'Océan  près  de  Saint-Sébastien. 

A-/)o6aç  TO-aiJ.cç  (Ptol.  1,  3,  2,  5)  aujourd'hui  la  Dee,  en  Ecosse. 

Dec  {Ostium).  Lib.  Armagh.  2,  b,  2,  d'après  une  communication  de 
Stokes.  Inbher  Deaa  (4  Mag.  337);  Inbher  Deaae  (Ann.  Ult.  211); 
Inbher  Dca  (Chron.  Scot.  140).  —  La  Dee  actuelle  en  Irlande  (Louth, 
Leinster). 

Dwy  (Cambr.  Regist.  1795,  p.  297).  —  La  Dee^  en  Galles,  appelée 
aussi  Dn'}'r)')i'(Arch.  of  Wales,  I,  1 1 1),  avec  ses  deux  sources  Dwyfawr 
et  Dwyfach,  grande  et  petite  Dwy  (Cambr.  Reg.  342).  —  Cf.  Duifrut, 
flumen  D.  (Lib.  Land.  116);  Douer-dwy  (Girald.  Cambr.  252).  Dyvyr- 
dwy  (Arch.  of  W.  I,  126),  i.  e.  aqua  D. 

Ajouter,  en  France  : 

Dêve,  ou  Duis,  ruisseau  affluent  du  Loir,  suivant  Moithey  (Dict. 
hydrog.  Paris,  1767). 

Toutes  ces  formes  se  ramènent  régulièrement  à  l'ancienne  A-^oùa;, 
Dêva,  de  Ptolémée.  L'irlandais  Dea  =  Dia,  ainsi  que  le  gallois  Dui, 
Dwy,  équivalent  à  De  (Zeuss^,  17,  18,  96),  c'est-à-dire  à  Dcia,  avec 
perte  du  suffixe  et  du  v  de  la  racine.  Ils  se  rattachent  évidemment  au 
nom  de  Dieu  ;  en  irl.  dia,  gén.  déi,  dé  (Zeuss  ^,  20);  en  vieux  gallois  duiu, 
=  dêu  et  dêvo  (Cf.  Gluck,  K,  Nam.  $),  d'où  ^/;a';iW,  divinitas  (Beitr. 
IV,  389),  duyuaul,  à\v\n\xs  =  dèval  (Zeuss 2,  99).  Cf.  anc.  corn,  duy, 
armor.  doé,  doué  =  de. 

Comme  nom  de  rivière,  Dêva  a  donc  dû  signifier  déesse  ou  divine,  de 
même  que,  comme  nom  de  femme,  le  gaulois  Dêva  (Steiner,  33,  et  de 
Wal,  184;  inscript.),  et  au  masculin  dêvos,  dans  le  composé  Dcvognata 
(Gluck,  K.  N.  5)  o\x  Dêvognatia  (Steiner,  2385),  probablement  deorum 
filia  ;  cf.  le  grec,  AtoYvrjXYjç,  Ato^sv^;,  etc.  Dêva  était  aussi  un  nom  de 
ville  britannique  (Itin.  Ant.,  499),  le  Chester  actuel,  comme  également 
en  Gaule,  Dea  Vocontiorum,  Die,  forme  sans  doute  latinisée,  et  contrac- 
tée de  Dêva'.   Cela  nous   conduit,  par   le  latin   deus,  le   lithuanien 

I.  cf.  Deobriga,  en  Espagne  (It.  Ant.,  p.  454),  à  côté  de  Devovicia,  britannique. 
(Anon.  Rav.  432,  i). 


Quelques  noms  celtiques  de  rivières.  ? 

dewas,   etc.,  au  sanscrit  dêva,  comme  substantif  dieu,   comme  adjectif 
divin  et  céleste,  de  div,  iucere,  ou  de  div,  ciel  '. 

2)  De  la  même  racine  dérivent,  sans  changement  de  la  voyelle  par 
gouna,  en  sanscrit  et  dans  les  langues  congénères,  beaucoup  de  termes 
relatifs  aux  notions  de  divinité,  de  ciel,  de  jour,  etc.  Ainsi  le  sanscrit 
div,  diva,  divas,  ciel,  jour,  lat.  dies  {*dives),  etc.  Par  contre  Vî  long  dans 
divus  de  deivus,  paraît  avoir  remplacé  le  gouna  ê,  primitivement  ai. 

En  gaulois  aussi,  on  trouve  dîvo-,  dlvi-  plus  fréquemment  que 
dcvo-  (Cf.  Gluck,  K.  N.  4).  Ici  se  place  également  l'ancien  gallois 
diu,  Dieu,  de  divo^,  à  côté  de  duiu  de  dèvo.  La  même  variation  des 
voyelles  se  remarque  aussi  dans  le  nom  de  rivière  Diva  [Diva),  synonyme 
de  Dêva,  et  qui  a  dû  être  assez  répandu  dans  la  Gaule,  à  en  juger  par 
celui  de  Dive,  encore  vivant  en  France  pour  plusieurs  cours  d'eau.  J'en 
ai  réuni  les  exemples  suivants,  sans  doute  encore  incomplets,  et  impar- 
faitement identifiés. 

Diva  (Boll.  Oct.  10,  816.  Vales.  172),  lesquelles  ? 

Diva  (xi«  s.),  affluent  du  Clain  (Vienne,  archiv.). 

Diva  (x"  s.).  —  La  Dive,  affluent  du  Thouet  (Vienne,  id.). 

Dive  (de  Verrières),  affluent  de  la  Vienne  ;  au  x"  siècle  Divana 
(Vienne,  id.). 

Dive,  affluent  de  l'Orne  (Sarthe).  Moithey.  Dict.  hydr, 

Dive  ou  Dives,  qui  se  jette  dans  la  Manche  (Orne  et  Calvados). 

Dives,  affluent  de  l'Oise  (Oise).  Atl.  de  Joanne. 

Ici  probablement  : 

Dwi  (la)  de  Divi  ^  affluent  de  la  Seine,  qui  jaillit  d'un  énorme  rocher 
(Côte-d'Or,  archiv.). 

Et,  par  contraction  5, 

Die,  affluent  du  Drac  (Coulon.  Riv.  de  Fr.  1644). 

Cf.  Dia,  fl.  Moraviae  (Boll.  Jun.  I,  81 1). 

Il  faut  ajouter,  comme  dérivés  secondaires  modernes  : 

Divette,  petite  rivière  qui  se  jette  dans  la  Manche  à  Cherbourg. 
(Moithey.  Dict.  hydr.). 

Divatîe,  petit  affluent  de  la  Loire  (Loire-Inférieure,  archiv.). 

5)  Un  autre  dérivé  de  div  mérite  un  article  spécial  à  raison  de  son 
importance  pour  la  vraie  signification  gauloise  de  Dêva  et  Dîva.  C'est  : 


1.  Je  rappelle  ici  que,  suivant  le  dictionnaire  de   Pétersbourg,  dêva  ne  signifie  jamais 
lumineux,  mais  céleste,  et  se  présente  comme  un  adjectif  irrégulièrement  formé  de  div,  ciel. 

2.  Cf.  les  noms  de  rivières  Diuguarch  (Lib.  Land.  ^Sz).  Dyugurach  ou  Duigurach  (133), 
et  Diuguinid  (199),  composés  dont  le  vrai  sens  me  reste  obscur. 

3.  Comme  dans  les    noms  de  lieux  Diodurum  et  Divodurum   (It.  Ant.  384,    363),    et 
Diolindum  (Tab.  Theod.  segm.  i),  aqua  divina  ?  Cf.  irl.  lind,  linn,  eau,  étang. 


4  Quelques  noms  celtiques  de  rivières. 

Dîvôna  (Auson.  Clar.  urb.  14,  v.  32).  —  Cette  ville  des  Cadurces, 
aujourd'hui  Cahors,  tirait  son  nom  d'une  source  remarquable  que  célèbre 
le  poète,  en  nous  apprenant  que  ce  nom_,  en  langue  celtique,  signifiait  : 
fons  addite  divis  (au  vocatif).  Ce  n'est  là^  toutefois,  qu'une  paraphrase 
du  sens  réel,  adoptée  pour  la  facture  du  vers.  Il  ne  faut  y  chercher  ni 
jons,  ni  addite,  mais  un  simple  adjectif  analogue  au  latin  divina.  Cf.  Aiwv^, 
surnom  de'Hp-^,  et  Diana=  Diviana,  suivant  Varron,  c'est-à-dire  la  divine 
ou  la  céleste.  Le  sanscrit  dêvana,  n.,  avec  le  même  suffixe,  diffère  par 
son  sens  abstrait  de  lucidité,  clarté. 

Ce  nom  de  Divona  a  été  appliqué  en  plusieurs  lieux  à  des  sources 
remarquables  par  leur  abondance  et  les  qualités  de  leurs  eaux,  puis 
transmis,  comme  chez  les  Cadurces,  à  la  cité  avoisinante,  ou  à  la  rivière 
qui  en  sortait.  C'est  ainsi  que  nous  trouvons  : 

A-fjOÛava  (Ptol.  2,  3,  19)  =  Dêvana,  ville  britannique  non  identifiée. 
Cf.  Devoni  (Anon.  Rav.  436,  4). 

Ar;C'jva  (id.  2,  ii;,  29)  =  Dêvona,  dans  la  Germanie,  aujourd'hui 
Schweinfurt  sur  la  Tauber,  l'ancienne  Dubra  gauloise.  J'ignore  s'il  y 
existe  une  source  remarquable  ;  mais  cela  est  indubitable  pour  plusieurs 
localités  en  France.  Ainsi  : 

Divona  (i  3"  s.)  maintenant  Divonne  (Ain),  où  jaillit  la  belle  source  de 
la  petite  rivière  du  même  nom  qui  se  jette  dans  la  Versoix. 

Dianna  [f  s.)  pour  Divanna,  aujourd'hui  Divonne-fontaine  (Yonne. 
Dict.  top.). 

Dyonne  (i  5"  s.)^  autre  fontaine  (ib.  id.). 

En  fait  de  rivières  désignées  de  la  même  manière,  on  peut  citer 
encore  : 

Duina  ou  Doena  (n''  s.).  —  La  Deheune,  affluent  de  la  Saône  (Côte- 
d'Or,  arch.).  —  Cf.  gall.  duwin,  divin  '. 

Déonne,  affluent  de  la  Cance  (Ardèche),  à  Annonay. 

Devon,  petite  rivière  de  la  Mayenne  (Bécherel,  dict.). 

Et,  en  Angleterre  : 

Devon,  rivière  du  Nottinghamshire. 

Dans  le  reste  de  l'Europe,  oià  régnait  également  un  culte  des  eaux,  je 
ne  connais  que  le  B^loiJ;,  affluent  de  l'Alphée,  qui  peut  se  relier,  par 
5so;,  au  sanscrit  dha  ^.  Il  faut  aller  jusque  dans  l'Inde  ancienne  pour 
découvrir  des  corrélatifs  certains  de  notre  groupe  de  noms  celtiques.  Là, 


1.  Quel  est  le  sens  des  deux  Dvina  en  Russie  ?  L'identité  des  noms   n'est  peut-être 
qu'apparente. 

2.  Mais  cf.  les  objections  de  Curtius.  (Gr.  Etym.2,  220),  qui  persiste  à  séparer  ^c'o; 
de  deus  et  dèva. 


ClL 


tW  MCaJUa^ 


Quelques  noms  celtiques  de  rivières.  ^ 

en  effet,  on  trouve  une  rivière  Dêvlkâ  (Mahâbh.  5,  $044,  etc.  Dict.  de 
Petersb.y,  diminutif  de  dèvï,  déesse.  Plusieurs  fleuves  sacrés  ont  pour 
surnom  dêvanadl,  synonyme  e.xact  du  gallois  Duifrut.  Le  Gange  est 
qualifié  de  dyunadî,  dyudhunî,  dyusariî,  fleuve  du  ciel.  De  plus,  toute 
source  naturelle,  dont  l'origine  semblait  mystérieuse,  est  appelée  dêva- 
kliâta,  creusée  par  les  dieux^  ou  dêvakunda,  bassin  divin  ou  céleste. 


Nemausus,  Nemesa. 

i)  Nemausus,  ancien  nom  de  la  fontaine  de  Nimes,  ruisseau  qui  prend 
sa  source  dans  cette  ville,  et  qui  se  jette  près  de  là  dans  le  Vistre. 
fGard.  D.  top.). 

Cette  source,  remarquable  par  son  abondance  et  par  la  pureté  de  ses 
eaux',  paraît  avoir  été,  dès  les  temps  les  plus  anciens,  l'objet  d'un  culte 
religieux.  On  a  trouvé,  en  effet,  à  Nimes,  jusqu'à  cinq  inscriptions  votives 
adressées  au  deus  Nemausus,  comme  on  peut  le  voir  dans  De  Wal 
(Monum.  epigr.,  p.  150  a  i  $2).  Comme  la  source  en  question  a  sûre- 
ment existé  avant  la  ville  de  Nîmes,  il  est  très-probable  que  c'est  de  son 
nom  qu'est  provenu  celui  de  Nemausum,  colonie  latine,  suivant  Pline 
(^,  5,7}.  La  fondation  même  de  la  ville  a  pu  être  déterminée  par  l'exis- 
tence antérieure  de  la  source,  objet  déjà  d'un  respect  religieux. 

Cette  conjecture  est  appuyée  par  l'étymologie  très-sûre  de  Nemausus, 
comme  désignant  une  source  sacrée.  Ce  nom  trouve,  en  effet,  son  expli- 
cation dans  l'ancien  irlandais  nem,  ciel,  gén.  nime,  mod.  neamh  fZ.  2, 
10,  etc.),  anc.  gallois  nem  'Stokes,  W.  gloss.  on  Juvencus,  24),  moyen 
et  mod.  nef,  corn,  nef,  nev,  armor  ènv,  par  inversion  2.  De  là  l'irl. 
ncmde,  céleste,  et  nemed,  nemeth,  sacellum  (Z.^,  12,  764;  Cormac 
Stok.  121);  gall.  moyen  neuat,  neuad,  aula  fLeg,  i,  8),  etc.  Il  suffit  de 
rappeler  ici  le  nemetis,  nemetum,  v£;rr,TOv,  des  auteurs,  des  inscriptions, 
et  des  noms  de  lieux  composés,  avec  le  sens  de  fanum  pour  être  sûr  que 
Nemausus  dérive  aussi  d'un  nom  gaulois  du  ciel  corrélatif  de  w^m,  et  cela 
avec  le  sens  de  céleste,  divin,  sacré.  Pour  le  suffixe  aus,    cf.  Z.^,  786. 

On  a  reproché  jusqu'à  présent,  mais  je  crois  à  tort,  l'irlandais  et  gallois 
nem  du  sanscrit  nabhas ,  nuage  ,  atmosphère,  ciel,  gr.  véçor,  slav. 
nebo,  etc.  Le  changement  de  bh  en  m,  en  effet,  qui  se  remarque  parfois 


1 .  Vitrea  non  luce  Nemausus  purior  (Auson.). 

2.  Il  faut  renoncer  à  l'anc.  gallois  nom,  templum,  donné  par  Zeuss  -,  105$,  depuis  que 
Stokes  et  Bradshaw  (Old  W.  glosses  on  Mart.  Capella,  p.  3)  ont  observé  que,  dans  la 
glose  citée,  nom  n'est  probablement  que  la  forme  ancienne  de  la  préposition  nou,  nec. 


6  Quelques  noms  celtiques  de  rivières. 

dans  l'irlandais  moderne,  où  le  bh  et  Vmh  aspirés  se  prononcent  égale- 
ment comme  v,  ne  saurait  guère  être  admis  pour  l'ancienne  langue,  ni 
surtout  pour  le  gaulois.  Je  crois  donc  qu'il  faut  rattacher  nem  à  la  rac. 
scr.  nain,  courber,  incliner,  d'où  nata,  namata,  namra,  courbé,  etc.,  et 
cela  par  allusion  à  la  voûte  du  ciel.  Le  Namasat  d'une  médaille  gauloise 
(Rev.  Celt.,  I,  296),  ainsi  que  le  namausaîis  et  le  namausicalo  des  ins- 
criptions gauloises  de  Vaison  et  de  Nîmes,  indiquent  que  Nemausus  était 
déjà  une  forme  affaiblie  de  Namausus.  Un  autre  dérivé  de  la  racine  nam 
paraît  se  trouver  dans  le  gaulois  nanîon,  n.  vallée,  c'est-à-dire  inclinai- 
son, pente,  à  l'abl.  et  au  nom.  pi.  nanîo,  avec  n  pour  m  devant  le  t.  (Cf. 
Stokes,  sur  le  glossaire  d'Endlicher).  J'ajoute  que  le  mVz^wfo,  très  valles, 
de  ce  glossaire,  se  retrouve  exactement  dans  le  nant  Trincint  du  Liber 
Landav.,  p.  187. 

2)  Nemesa  (Auson.  Mosel.,  v.  554),  affluent  de  la  Moselle,  actuelle- 
ment la  Nims. 

Provenu,  comme  le  précédent,  et  par  un  suffi.xe  analogue,  d'un  cor- 
rélatif gaulois  de  nem,  ciel,  p.  ex.  nemon,  un  neutre,  ce  nom  de  rivière 
doit  avoir  le  même  sens  de  céleste.  Pour  le  suffixe  es,  cf.  Z.  -,  786.  Il 
ne  faudrait  pas  comparer  le  sanscrit  namasa,  adoration,  qui,  bien  que 
dérivé  de  la  même  racine,  et  par  le  même  suffixe,  est  d'une  signification 
tout  autre.  Il  vient,  en  effet,  de  nam,  dans  l'acception  de  s'incliner  par 
respect,  puis  d'adorer,  de  vénérer,  tandis  que  nem  se  rattache  au  sens 
direct  de  courber,  et  que  c'est  à  l'idée  du  ciel  que  se  Hent  secondaire- 
ment les  termes  celtiques  qui  ont  pris  un  caractère  religieux. 

3)  IN£lj.tç,  -;;.io;.  (App.  Iber.  74);  —  rivière  d'Espagne  d'ailleurs 
inconnue,  et  que  je  ne  cite  ici  que  pour  mémoire,  comme  pouvant  être 
celtibère.  Pour  la  forme  affaiblie  en  nim,  cf.  le  génitif  irlandais  nime. 

4)  L'Irlande  nous  offre  encore  deux  noms  qui  appartiennent  au  même 
groupe,  et  qui  viennent  confirmer  les  interprétations  proposées.  Ce  sont: 

Nemh,  source  célèbre  à  Tara,  d'après  une  communication  de  M.  Joyce, 
qui  l'explique  par  céleste  ou  par  claire,  lucide.  I^ieimh,  en  effet,  et  niamh, 
signifient  aussi^larté,  splendeur  et  honneur,  dignité,  neimheach,  brillant. 
Cf.  ném,  onyx  (Z.^,  18),  et  neamhain,  gemme,  perle  (O'R),  accep- 
tions dérivées  de  nem,  ciel,  comme  de  la  source  de  toute  lumière.  Par  la 
même  liaison  d'idées,  nemed,  neimbeadh,  désignait  aussi  une  personne 
élevée  en  dignité,  un  chef,  un  noble,  un  poète,  etc.  (O'Don.  Suppl. 
à  O'R.),  et  c'est  là,  sans  doute,  le  sens  des  noms  d'hommes  gallois  et 
armoricains  Nemet,  Nimeî,  en  composition  Catnimet,  Gurnivet,  Vidni- 
met,  etc.  {ZJ,  8$,  87).  Cf.  Nemetes,  pop.  —  Le  sanscrit  namata,  chef, 
seigneur,  d'après  Wilson  (dict.),  y  correspondrait  parfaitement  ;  mais  ce 

sl^Zu^        Ml^    ^  es  -^   ^,   4f^^ccl^ 


Qy.ac-oC:Zl      C4av      A^c^--^*^     hCc^<.H   k^xutU'Ù^ 

Quelques  noms  celtiques  de  rivières.  7     ûjùv^       r~ 

sens  est  contesté  par  le  dict.  de  Pétersbourg  qui  n'admet  que  celui  de 
courbé. 

Nemh,  ancien  nom  de  VAbhainn  mor,  le  Blackwater  actuel,  au  génit. 
Nimhe,  dans  une  citation  de  la  Vita  S.  Columb.  4  Mag.,  p.  203,  note  : 
^   Ad  crepidinem  fluminis  Nimhe,  près  de  Lismore. 

<SCry^..^  III  Usi£^      O^zS^^ 

^  Matrona,  Matra. 

i;  Mâtrôna  (Ces.  1,1;  Auson.  Mosel.  v.  461.  Cf.  Z^  :5;Greg.  Tur 
H.  F.  5,4,  etc.).  Plus  tard  Materna  (Boll.  Jan.  2,  48),  Maderna  (Anon. 
Rav.  257,  18).  —  La  Marne,  affluent  de  la  Seine. 

2  Matrona  (lo'^  et  1 1''  s.  Cart.  de  Saint-Victor),  aujourd'hui  la  Mey- 
ronne,  affluent  du  Gapeau  (Var,  archiv.). 

3)  Matra  (S*"  s.  Fœrst.  1002),  —  La  Moder,  affluent  du  Rhin.  Au 
ij*"  s.  Mathera,  et  Modra  (Bas-Rhin,  arch.).  —  Cf.  Madder,  rivière  du 
Wiltshire. 

Ces  noms  se  rattachent  sûrement  à  celui  de  la  mère,  en  gaulois  mâtar, 
tel  qu'on  peut  Pinférer  du  datif  pluriel  matreho,  de  l'inscription  de  Nîmes  ' 
(Cf.  mon  Nouvel  Essai  sur  les  insc.  gauL,  p.  54).  Mâtrôna  diffère  par  la 
quantité  du  latin  matrona,  et  correspond  sans  doute  à  materna,  qui  l'a 
remplacé  au  moyen-âge.  C'est  peut-être  par  une  assimilation  semblable 
que  l'on  trouve  en  Irlande  une  rivière  Materna  (Colgan.  Ann.  S.  Hib. 
vita  S.  Tressani,  2,  272),  laquelle,  si  elle  est  le  Modhorn  ou  Modharn  de 
la  Chron.  Scot.  9,  369;  aujourd'hui  Muurn,  en  Ulster,  ne  peut  se  rame- 
ner à  l'irlandais  mathair,  mère,  son  étymologie  restant  d'ailleurs  incer- 
taine. 

Par  contre,  les  altérations  constatées  des  deux  Matrona  en  Marne  et 
Meyronne,  conduisent  à  en  présumer  de  semblables  dans  plusieurs  autres 
noms  de  rivières.  Ainsi  : 

Marona,  la  Maronne,  affluent  de  la  Dordogne  (Cantal;,  qui  aurait 
cependant  altéré  son  nom  de  très-bonne  heure,  puisqu'il  figure  déjà  dans 
la  charte  dite  de  Clovis,  en  507. 

Maronna  (Vales.  482  ,  affluent  de  la  Seine  (Seine-Inférieure). 


I.  Dans  son  très- intéressant  opuscule,  Alemannische  Wanderangen,  1867,  p.  99, 
M.  Bacmeister  rapproche  Matrona  de  la  mataris  ou  matara  gauloise,  espèce  de  javelot, 
ainsi  que  du  gallois  medru,  lancer.  (Cf.  Z.^  83,  779).  Matrona  signifierait  ainsi  :  die 
Pfeilschnelle,  rapide  comme  un  trait  lancé,  et  serait  synonyme  de  Schussen  et  Schotzach, 
rivières  du  Wurtemberg.  Au  point  de  vue  phonétique,  il  n'y  aurait  rien  à  objecter  ;  mais 
un  pareil  nom  n'aurait  guère  pu,  ce  semble,  s'appliquer  à  la  Marne,  qui  ne  se  distingue 
point  par  une  rapidité  exceptionnelle. 

^icctr       ^^"^^     i^çrU^  . -^l^  ^^ 


O/vcc^    ^   ( /ter   hr<-\AjU\     nrJ^x/^J^tX^    ^-^^     VJcJ^ 


8  Quelques  noms  celtiques  de  rivières. 

Marne  (i  i""  s.),  aujourd'hui  Mare,  à  Leyde  (Fœrst.  994). 

Maronne,  fontaine  de  la  commune  d'Ognes.  l'Aisne,  archiv.). 

Maintenant;,  quel  sens  faut-il  attacher  à  ces  appellatifs  de  mère  ou  de 
maternelle  attribués  à  des  rivières  ?  Cela  n'équivaut-il  qu'à  les  désigner 
comme  enfantant  des  eaux,  ou  comme  cours  principal  d'un  bassin  hydro- 
graphique, de  même  que,  en  irlandais,  mathair  uisge,  eau-mère,  signifie 
une  source,  et  que  Eau-mère  est  le  nom  d'un  affluent  de  l'Allier  (Puy- 
de-Dôme)  ?  Cf.  aussi  le  Rio  Madré  en  Amérique  '.  Je  crois,  quant  à  moi,  à 
une  signification  moins  matérielle,  en  rapport  peut-être  avec  le  culte  des 
Matres  ou  Maîronae  des  inscriptions  gallo-romaines,  et  qui  pourrait  bien 
se  relier  à  l'ancien  culte  des  eaux  chez  les  Aryas  primitifs. 

Dans  le  glossaire  védique  du  Naigha/;/u  (i,  13),  en  effet,  les  fleuves 
sont  appelés  mâtaras,  las  mères  ;  et  le  Rigvêda  donne  plusieurs  fois  aux 
eaux  iâpas)  Vépiûièit  de  mâtritamâs,  superlatif  de  màtar,  les  mères  par 
excellence.  Dans  l'Avesta  aussi,  les  eaux  portent  le  nom  de  matarô, 
mères,  et  de  matarô  gitayô.,  mères  vivantes  (Justi.  Handb.  d.  Z.).  Si 
l'on  se  rappelle  la  vénération  religieuse  des  Aryas  de  l'Inde  et  de  l'Iran 
pour  les  eaux,  on  reconnaîtra  que  le  nom  de  Mères  qui  leur  est  donné, 
ainsi  qu'aux  fleuves,  exprimait  symboliquement  leur  nature  bienfaisante, 
en  tant  que  sources  de  fécondité  et  de  vie  -. 

C'est  là  aussi  ce  qui  peut  expliquer  pourquoi,  dans  l'Inde,  à  très-peu 
d'exceptions  près,  les  noms  de  rivières  sont  des  féminins.  Chez  les 
peuples  congénères,  la  proportion  des  sexes  varie  suivant  les  modifica- 
tions dans  le  culte  des  eaux.  Chez  les  Grecs  et  les  Romains,  le  genre 
masculin  prédomine  dans  les  noms  et  les  personnifications,  sauf  pour  les 
sources  et  les  petits  cours  d'eau  consacrés  aux  nymphes.  Chez  les  Ger- 
mains et  les  Slaves,  les  rivières  sont  généralement  du  genre  féminin. 
Tous  les  noms,  réels  ou  mythiques,  mentionnés  dans  le  Grimmismal  de 
l'Edda,  le  sont  exclusivement.  Chez  les  Celtes,  les  noms  masculins  sont 
rares  et  limités  en  général  aux  grands  fleuves,  comme  Rlienus,  Rlwdanus, 
Danubius,  Padus,  etc.  Par  ceux  de  Dcva,  Divona,  Matra,  Mâtrona,  qui 
leur  sont  propres  ?,  ils  se  rapprochent,  plus  que  les  autres  peuples  euro- 
péens, des  vieilles  traditions  emportées  de  leur  commun  berceau. 

Adolphe  Pictet. 

1.  1  C'est  ainsi  que  la  plus  centrale  et  la  plus  grande  des  îles  du  Lac  Majeur,  en  Italie, 
s'appelle  Isola  Madré,  et  qu'une  des  chaînes  les  plus  importantes  des  montagnes  du 
Mexique  porte  le  nom  de  «  Chaîne-Mère  »,  Sierra  Madré  ;  cf.  Egli,  Nomina  Ceographica 
s.  V.  Madré.  —  H.  G.|. 

2.  Un  pays  de  l'Inde  ancienne  s'appelait  Nadimâtrkâ,  ce  qui  signifie  :  qui  a  une  rivière 
pour  mère  (nourricière),  ou  qui  est  nommée  par  des  rivières.  (D.  de  Pétersb.  V.  cit.). 

3.  Je  ne  connais  ailleurs,  comme  analogue  de  Matrona,  que  le  Matrinus  du  Picenum 
(Mêla,  2,  4),  qui  toutefois  est  masculin. 


Quelques  noms  celtiques  de  rivières.  9 

[En  feuilletant  récemment  le  Livre  des  proverbes  français  de  M.  Leroux 
de  Lincy,  nous  avons  trouvé  (t.  I,  p.  544)  un  proverbe  emprunté  à  Plu- 
quet;,  Contes  pop.  et  prov.  p.  116,  qui  sert  de  glose  confirmative  à  ce  que 
M.  Pictet  a  dit  dans  son  précédent  article  {Rev.  Celt.  I,  503)  de  «  la 
Drôme,  affluent  du  Rhône,  rivière  rapide  )>.  Le  voici  : 

La  rivière  de  Drôme 

A  tous  les  ans  cheval  ou  homme. 

Le  même  Livre  des  proverbes  français  donne  des  variantes  du  proverbe 
sur  la  Durance  cité  par  M.  Pictet  dans  son  travail.  —  H.  G.]  » 

Cuf     ^   9^     Ç^^^c^^iyv  Ovy       Y  /^U^ V^-^^^^t^Uv 

^(SiUl     -^vY^    ^  /innr^v.^/u^^^  Uiy 

DcV-  tX,  Al)      ~    cru,    -   i;^   S     iTT^-nXp» 

-  :BàJ,~  ^^  -  '"^^^  '  ^'^  • ,  ^ 


NEHALENNIA. 


Ce  travail  de  M.  H.  Kern,  professeur  de  sanscrit  et  de  grammaire  comparée  à 
rUnrversité  de  Leyde,  dont  nous  donnons  ici  la  traduction^  a  d'abord  paru  dans 
le  Taal-cn-Ldtcrbodc  de  Haarlem,  en  1871  (t.  II,  p.  89-100).  Bien  que  ce  soit 
dans  la  mythologie  germanique  que  M.  Kern  fasse  entrer  la  divinité  mystérieuse 
de  Nehalennia,  nous  avons  cru  devoir  reproduire  ici  son  travail,  parce  que  Neha- 
lennia  a  été  plusieurs  fois  réclamée  comme  celtique,  non  pas  par  des  arguments 
positifs,  mais  faute  de  mieux.  L'hypothèse  très-plausible  de  M.  Kern  se  rattache 
à  tout  un  ordre  de  travaux  commencés  par  cet  érudit,  dans  lesquels  il  inter- 
prète par  la  philologie  germanique  des  noms  encore  inexpliqués  qui  se  rencontrent 
en  si  grand  nombre  dans  les  inscriptions  en  langue  latine  trouvées  dans  le  bassin 
du  Rhin  moyen  et  du  Rhin  inférieur,  mais  plus  particulièrement  du  Rhin  infé- 
rieur. Outre  sa  dissertation  sur  Nehalennia,  il  a  aussi  publié  un  article  sur 
quelques-uns  des  noms  propres  conservés  par  des  inscriptions  latines  de  Zeelande 
{Taal-en-Lctkrbode,  t.  II,  p.  100-109)  ^^  ""  travail  plus  étendu,  intitulé  :  Noms 
germaniques  dans  des  inscriptions  latines  du  Rhin  inférieur,  dans  les  Mémoires  de 
l'Académie  royale  des  sciences  des  Pays-Bas  (pour  1872),  et  qui  est  consacré  à 
un  certain  nombre  d'épithètes  données  dans  ces  inscriptions  aux  énigmatiques 
Déesses-Mères'.  On  voit  l'intérêt  des  recherches  de  M.  Kern  et  l'importance  des 
résultats  auxquels  il  est  conduit. 

Toutes  les  inscriptions  latines  de  la  vallée  du  Rhin  étaient  jusqu'ici  regardées 
comme  gallo-romaines  (malgré  les  difficultés  que  présentent  à  la  philologie  cel- 
•  tique  les  noms  qu'ils  contiennent),  par  cette  unique  opinion  que  les  Gaulois  ont 
été  seuls  à  s'assimiler  la  civilisation  latine,  tandis  que  les  Germains  restaient 
cantonnés  dans  leurs  forêts,  barbares  et  incivilisables,  jusqu'à  ce  que  le  flot  de 
leur  invasion  dût  recouvrir  le  monde  romain.  Si  les  explications  de  M.  Kern  sont 
admises  dans  la  science,  il  faudra,  à  côté  des  inscriptions  gallo-romaines,  créer 
une  classe  d'inscriptions  germano-romaines,  et  admettre  que  les  tribus  germaines 
de  la  rive  gauche  du  Rhin  les  plus  rapprochées  du  monde  Gallo-Romain  s'étaient 
jusqu'à  un  certain  point  assimilé,  comme  leurs  voisins  Gaulois,  les  mœurs,  les  pra- 
tiques des  Romains,  et  leur  langue  même,  du  moins  comme  langue  polie  et  de 
bon  ton.  C'est  là  une  découverte  de  haute  importance  pour  l'ethnographie  pri- 
mitive des  pays  du  Rhin  inférieur. 

^  H.  G. 

1.  Nous  donnerons  dans  notre  prochain  numéro  une  traduction  ou  une  analyse  de  ce 
travail. 


Nehalennia. 


La  déesse  dont  le  nom  est  placé  en  tête  de  ces  lignes  est  décrite  avec 
bien  plus  de  détails  dans  l'excellent  Handbuch  der  deutschen  Mythologie 
du  célèbre  germaniste  et  élégant  traducteur  Karl  Simrock  que  dans  la 
Deutsche  Mythologie  de  Grimm. 

Quoique  peu  affirmatif,  cet  écrivain  admet  (Handbuch,  3*^  éd.,  p.  554) 
que  Nehalennia  pourrait  bien  être  un  nom  celtique  comme  cela  avait  déjà 
été  avancé  par  H.  Schreiber^  d'accord  en  ceci  avec  Grimm,  en  opposition 
avec  Wolf  qui  prétend  que  la  déesse  et  son  nom  seraient  d'origine  ger- 
manique. 

Ce  nom  celtique  tirerait  son  origine  de  Nere  «  filer,  »  manière  ellip- 
tique de  parler,  pour  faire  comprendre  que  le  verbe  Nere  qui  se  ren- 
contre également  en  latin,  ne  manque  pas  non  plus  au  celtique,  qui 
tient  de  si  près  au  latin,  ni  plus  particulièrement  au  gaulois.  Cependant 
comme  et  le  latin  et  le  celtique  et  le  germanique  appartiennent  tous  à 
la  même  souche,  qui  est  l'Indo-européen  ou  Aryen,  une  communauté 
d'origine  ne  serait  pas  une  preuve  concluante.  Mais  il  ne  s'agit  pas  ici 
de  généralités,  mais  bien  d'un  fait  spécial.  Si  l'existence  d'une  racine 
Ne  (dont  on  ignore  encore  si  c'est  la  racine  de  Nehalennia)  dans  l'une 
ou  l'autre  langue  indo-européenne  suffit  comme  preuve,  pourquoi  ne 
regarde-t-on  pas  le  nom  de  la  déesse  comme  latin  ?  Sans  doute,  parce 
que  cette  langue  est  généralement  trop  bien  connue  pour  qu'il  vienne  à 
l'esprit  de  quelqu'un  d'expliquer  le  nom  de  Nehalennia  par  le  latin.  Le 
gaulois,  langue  celtique  supplantée  à  son  tour  par  le  latin,  est  bien 
moins  connu;  et,  dans  ce  cas,  il  est  juste  de  ne  pas  se  montrer  trop 
exigeant  en  fait  de  preuves  d'origine  celtique  ;  mais  on  ne  peut  pas 
pousser  cette  indulgence  au  point  d'admettre  une  explication  qui,  dès 
l'abord,  serait  en  contradiction  flagrante  avec  les  faits.  En  effet,  ni  dans 
le  caractère  de  la  déesse  même,  ni  dans  ses  attributs,  on  ne  peut  décou- 
vrir quoi  que  ce  soit  qui  donne  une  idée  de  «  filer.  » 

Si  nous  lisons  plus  loin  dans  le  Handbuch  nous  voyons  que  M.  Simrock 
n'est  pas  trop  d'accord  lui-même  avec  l'explication  de  Grimm  ;  car, 
page  357,  il  s'exprime  comme  suit  :  «  Quant  au  nom  de  Nehalennia 
»  on  paraît  avoir  oublié  jusqu'ici  que  l'étymologie  du  suffixe  ennia,  ayant 
»  beaucoup  de  rapport  avec  les  mots  de  Idun,  Hlodyn,  Hludana,  Hludena 
»  ou  (sic)  Arduenna,  Cebenna,  Baduhenna,  ne  saurait  concilier  le  /  qui 
))  plaide  aussi  bien  contre  le  raisonnement  de  Schreiber,  au  sujet  de 
»  Nere  «  filer  »  que  contre  le  rapport  avec  Nouvelle  Lune  comme  je  le 
»  pensais  autrefois.  ;; 


12  Nehalennia. 

Si  quelqu'un  lisait  ce  qui  précède,  sans  connaître  les  faits,  il  pourrait 
s'imaginer,  ce  me  semble,  ou  bien  que  M.  Simrock  tient  les  mots  norvé- 
giens Idun  et  Hlodyn  pour  du  pur  celtique,  aussi  bien  qn'Arduenna  et 
Cebenna  ajoutés  après,  ou  bien  qu'il  confond,  comme  le  faisait  A.  Holtz- 
mann,  le  celtique  et  le  germanique.  Pourtant  quiconque  connaît  un  peu 
les  écrits  de  Simrock  comprendra  facilement  que  tel  n'est  pas  le  cas. 

Cette  interprétation  toute  celtique,  qui  n'interprète  rien  du  tout^  pas 
même  cet  /  contrariant,  n'est  autre  chose  qu'une  tentative  pour  arriver 
à  trouver  une  solution  tirée  de  l'inconnu  et  allant  à  l'inconnu  ;  et  abso- 
lument de  même  aloi  que  l'interprétation  fantastique  qui  voudrait  tirer 
Amsterdam,  Jérusalem,  Nil,  du  pur  celtique.  Elle  ne  mériterait  même 
pas  une  réfutation  sérieuse  et  ne  compte  ici  que  comme  un  échantillon 
bizarre  de  raisonnement  entièrement  indépendant  de  toute  idée  de  phi- 
lologie. —  Le  plus  curieux  de  tout  cela,  c'est  qu'il  n'existe  pas  trace  ni 
ombre  de  Nehalennia  parmi  les  Celtes. 

Bien  que  notre  effort  d'analyser  le  nom  de  la  déesse  zéelandaise  n'ait 
pas  la  prétention  d'être  une  démonstration  irréfutable,  nous  essayerons 
pourtant  de  faire  ressortir  combien  il  faut  de  circonspection  pour  ne  pas 
arriver  à  s'égarer  dans  une  solution  tout  erronée  du  problème.  En  pre- 
mier lieu,  nous  avons  à  nous  rendre  compte  de  la  nature  de  chaque 
partie  du  mot,  et  de  rechercher  en  présence  de  quels  sons  nous  nous 
trouvons ,  et  ce  que  ceux-ci  représentent ,  ayant  trop  peu  de  données  à 
notre  disposition  pour  pouvoir  en  négliger  aucune. 

Jusqu'ici  le  nom  de  Nehalennia  ne  s'est  encore  rencontré  que  sur 
quelques  monuments  zéelandais,  et,  en  dehors  de  la  Zéelande,  sur  deux 
pierres  dans  le  voisinage  de  Deutz,  près  Cologne.  Dans  l'ouvrage  de 
J.  ab.  Utrecht  Dresselhuis,  intitulé  De  godsdienstleer  der  aloude  Zeelandcrs, 
nous  trouvons  un  résumé  détaillé,  je  crois  même  complet,  de  tous  les 
débris  où  se  trouve  le  nom  de  la  déesse.  On  peut  suivre  les  changements 
d'orthographe  du  mot  en  question  sur  les  différents  monuments.  La  forme 
la  plus  usitée  est  :  Nchalenniae,  avec  le  datif  latin;  une  seule  fois  :  Neha- 
lenie  (Dresselhuis,  p.  82),  Nchaleniae  (p.  77,  82,  88)  ....  alenni  (p.  79), 
neihali  ou  neehali  (p.  80),  Nehalaenniae  (p.  86),  Nehalaen  (p.  88)  ;  et 
sur  une  des  pierres  trouvées  près  Deutz  :  nehalee  ou  nehaee  (p.  1 58). 

Étant  bien  établi  que  nous  avons  devant  nous  le  nom  ou  le  titre  d'une 
déesse,  nous  sommes  involontairement  conduits  à  penser  que  la  termi- 
naison ennia,  etc.  pourrait  bien  répondre  à  la  terminaison  néerlandaise  : 
in,  dans  Koningin  et  autres.  Il  y  a  un  suffixe  qui  dans  l'ancienne  langue 
aryenne  ou  indo-européenne  était  ania  et,  par  affaiblissement,  nia.  Il 
servait  à  dénommer  les  personnes  féminines  d'après  le  masculin  et  équi- 


Nehalcnnia.  1 3 

valait  au  néerlandais  innc,  in.  En  sanscrit,  où  ia  devient  quelquefois  /, 
quelquefois  ya,  ania  se  retrouve  sous  la  forme  à'anî  et  nia  sous  celle  de 
nî.  Ex.  :  Bhavânî,  la  femme  de  Bhava  (Çiva)  ;  Indrânî,  la  femme  d'Indra  ; 
patnî  «  dame  »  en  allemand  Herrin.  Le  grec  a  le  même  suffixe  dans 
0£a'.v7.  '^pour  GEav'.a)  «(déesse  »  Tcf-v'.x  «  dame  «  (en  allemand  Herrin). 
Particulièrement  nombreux  sont  les  exemples  dans  les  langues  slaves  et 
germaniques;  dans  ces  dernières  l'on  doit  considérer  nia  comme  le  prin- 
cipe de  cette  terminaison,  soit  qu'on  le  prenne  comme  formé  directement 
de  l'ancien  aryen  nia ,  soit  comme  affaiblissement  à'ania  ;  la  forme 
secondaire  est  :  niân.  A  côté  de  ce  nia  cependant,  il  se  présente  aussi, 
comme  forme  primitive  :  inia,  qui  serait  donc  soit  une  forme  secondaire 
d'ania,  soit  une  modification  de  ce  dernier  par  la  prononciation.  Cette 
dernière  hypothèse  est  de  beaucoup  plus  probable  ;  surtout  quand  nous 
considérons  l'origine  des  formes  néerlandaises  :  in  et  en,  dans  «  en 
Maandag  «  qui  répondent  à  l'anglais  in  et  on,  tirées  à'ani;  en  grec  : 
év.  et  £v;  et  que  dans  notre  langue  le  néerlandais),  en  haut-allemand,  en 
anglais  la  terminaison  ig,  y  est  venue  de  ag  (èg)  et  ug  (og).  Ce  point  est 
plus  amplement  traité  dans  mes  Glossen  in  der  Lex  Salica,  p.  39;  et  ici, 
pas  n'est  besoin  d'entrer  dans  d'autres  détails  ;  cela  ne  changerait  en 
rien  la  signification  de  la  terminaison  en  question.  Dans  la  langue  des 
Francs  Saliens  (vieux  néerlandais)  on  trouve  nia  régulièrement  ajouté  au 
radical;  ainsi  de  litii  (serf;,  litunia  (serve);  de  liudi  (gens,  individu), 
liudinia  [iemme)-,  à\i  pvimitiï  anibahta  Umbahlia)  d'où:  ambita  (journa- 
lier) amhahtania,  ambitania  et  encore  ambahtonia,  dans  lequel  Va  final 
du  radical  est  devenu  0  ;  de  fwrag,  Iwrog  (serviteur)  est  dérivé  hôrogania 
(servante).  En  ancien  norois  as  «  dieu  »  devient  au  féminin  âsynja\ 
vargr  devient  vargynja.  L'anglo-saxon  a  la  forme  en  pour  enn,  ainsi  : 
gyden  u  déesse  »  décliné  :  gydenne,  vient  de^o^;  et  la  forme  plus  brève 
n,  dans  :  vyln,  viln  (servante,  ou  plutôt  Galloise)  de  veal,  vealh  (Gallois, 
Breton).  Cette  modification  de  son  démontre  que  enn  tire  son  ori- 
gine de  inn,  et  par  conséquent  s'éloigne  du  suffixe  franc  et  norois,  tandis 
qu'il  se  rapproche  du  vieux  haut-allemand.  Car  dans  cette  dernière 
langue,  nous  rencontrons  inna,  in.  Ainsi  vriuntinna  (c  amie  »,  vriudilinna 
«  bonne  amie^  maîtresse  «  gutinna  «  déesse  »  etc. 

Cependant  dans  le  vieux  haut-allemand  nia  n'était  pas  tout  à  fait 
hors  d'usage  ;  car  Ottfrid  emploie  encore  wirtun  (du  radical  wirtunia)  ; 
voir  Grimm  (D.  Gr.  II,  319).  Dans  ce  mot  wirtun  Vu  final  du  thème 
u'irîu,  en  gothique  vairdus  est  resté  sans  changement. 

Jetant  un  coup  d'oeil  maintenant  sur  les  différentes  manières  d'écrire 
le  mot  en  question,  nous  trouvons  comme  équivalent  en  signification  : 


14  Nehalennia. 

cnnia,  cnia,  aennia;  ainsi  qu'un  /,  qu'on  ne  s'explique  guère  trop  à  pré- 
sent; probablement  il  y  avait  à  l'origine  :  innia,  inia,  inm,  inn  ;  mais,  ce 
qui  est  resté  définitivement,  est  le  principal.  —  Ces  anomalies  prouvent 
le  mieux  que  nous  avons  ici  à  faire  à  la  terminaison  féminine  dont  nous 
avons  traité  ci-dessus.  Supposé  que  nehal  soit  un  thème  en  a,  cela  don- 
nerait avec  le  suffixe  nia,  Nehalania.  Par  l'influence  de  1'/  dans  la  der- 
nière syllabe,  ania  se  change  en  aenia,  aennia  ;  probablement  aussi  Ve 
dans  enia,  ennia  est  une  modification  de  son  de  a  ;  bien  qu'un  c  puisse 
être  sorti  directement  d'un  a  ;  c'est-à-dire  cette  sorte  de  e,  qui  répond  à 
1'/  gothique  et  à  notre  e  doux,  dans  le  mot  néerlandais  :  eten  «  manger». 
Quoi  qu'il  en  soit,  la  forme  secondaire,  commençant  par  i,  se  rencontre 
également  ;  de  sorte  que  nous  avons  assez  de  données  pour  conclure 
que  les  formes  du  vieux  norois  et  du  francique,  aussi  bien  que  les  formes 
du  haut-allemand  et  du  néerlandais  s'employaient  indistinctement.  Quant 
à  Vn  redoublé  dans  ennia,  ceci  est  très-commun  ;  même  dans  la  plupart 
des  anciens  dialectes  germaniques,  quand  l'accent  aigu  ou  grave  tombe 
sur  une  voyelle  brève,  par  ex.  le  vieux  saxon  :  cunne  «  sexe  »,  gothique 
kuni  ;  anglo-saxon  :  binnan;  gothique  :  inna,  kunnan. 

Cette  différence  caractéristique  d'orthographe  nous  permet  non-seule- 
ment de  voir  dans  ennia  un  suffixe,  mais  nous  interdit  même  d'y  chercher 
autre  chose. 

Car,  supposons  que  le  mot  entier  soitun  composé,  ce  qu'on  pourrait  ad- 
mettre, alors  ae  ou  e  serait  la  racine  du  deuxième  membre  de  ce  com- 
posé. Mais,  dans  ce  cas  ae  ne  saurait  permuter  avec  /.  Il  est  indif- 
férent que  les  auteurs  des  inscriptions  aient  été  habitués  au  latin  ou  à 
l'un  des  dialectes  germaniques  :  ni  dans  l'un  ni  dans  l'autre  cas  ils  n'au- 
raient pris  ac  pour  /.  Cette  confusion  à'ae  et  d'/  est  au  contraire  très- 
explicable  par  l'adjonction  en  question  de  in,  inné.  Après  avoir  retrouvé 
la  raison  d'être  de  la  terminaison,  nous  pouvons  passer  à  l'analyse  du 
restant,  nehal. 

Comme  le  suffixe  inné  s'ajoute  à  la  fin  des  thèmes  indiquant  un  être 
masculin  ou  ordinairement  actif,  il  est  probable  que  nehal  est  un  mot 
masculin,  dérivé  lui-même  d'un  thème  verbal.  Alors  on  reconnaît  le 
suffixe  al  qui  entre  dans  la  formation  de  tant  de  substantifs  et  adjectifs. 
Ainsi  de  ces  premiers,  on  a  dans  le  gothique  slalials  (quelqu'un  qui 
frappe  toujours)  de  slahan  (frapper)  ;  le  grec  a  TCAr,-/.T-/;ç.  Surtout  dans 
le  vieux  haut-allemand  il  y  a  beaucoup  de  ces  substantifs,  qui  ont  le 
genre  masculin  formé  d'après  leur  action  ordinaire  ;  ainsi  on  voit  dans 
Grimm  {Deutsche  Grammatik,  II,  p.  98)  Imotal  «  gardien  »  de  huotan 
«  garder  »,  waliîal  «  veilleur  »  de  wahtari,  goumal  «  surveillant  »  de 


Nehaknma.  1 5 

gouman.  Dans  le  moyen  haut-allemand  al  est  devenu  el\  par  exemple 
goumel,  triegel  «  trompeur,  »  etc.  Le  nombre  des  adjectifs  en  al  pour  le 
vieux  haut-allemand,  ol  pour  l'anglo-saxon,  en  moyen  haut-allemand  et 
en  néerlandais  el  est  bien  plus  considérable  ;  pour  n'en  citer  que  quel- 
ques-uns :  en  vieux  haut-allemand  ezzal  «  glouton  »  ;  petal  «  mendiant  » 
en  anglo-saxon  sagol  «  bavard  »  îhoncol  «  circonspect  »  ;  en  moyen  néer- 
landais vergetel,  etc.  Pour  les  substantifs  comme  pour  les  adjectifs,  al 
désigne  une  habitude,  ainsi  haotal,  par  exemple,  est  quelqu'un,  chez  qui 
l'action  de  garder  est  devenue  une  habitude,  une  profession;  slalmls, 
quelqu'un  qui  a  l'habitude,  la  manie  de  frapper  et  pas  du  tout  quelqu'un 
qui  agit  ainsi  par  occasion  ou  par  hasard. 

Il  nous  reste  maintenant  à  rechercher  le  thème  verbal  dont  dérive 
nehal.  Ici  encore,  une  différence  d'orthographe  nous  met  à  même  de 
dire  de  quelle  sorte  d'e  il  s'agit  ici.  Ainsi,  à  côté  de  nehal  nous  trouvons 
neihal  ou  neehal.  La  diphthongue  employée  par  le  lapicide  importe  peu  ; 
car  aussi  bien  ee  que  ei  répondent  à  notre  ee;  en  gothique  ai;  en  anglo- 
saxon  a  (aa)  ;  en  vieux  norois  ei,  vieux  haut-allemand  ei,  vieux  saxon  e 
(c.-à-d.  ë):  L'e  unique  que  nous  voyons  sur  la  plus  grande  partie  des  mo- 
numents n'a  rien  d'étonnant,  surtout  quand  nous  nous  rappelons  que  le 
nom  de  la  déesse  a  été  latinisé.  Il  est  à  remarquer  combien  dans  la  plu- 
part des  langues  germaniques  anciennes  ou  modernes,  l'usage  de  la 
voyelle  redoublée,  pour  désigner  un  son  ouvert  ou  prolongé ,  a  lutté 
contre  le  penchant  des  copistes  à  employer  le  moins  de  lettres  possible. 
Tandis  que  les  manuscrits  de  l'Heliand  et  d'autres  ouvrages  vieux-saxon 
s'en  tenaient  toujours  à  un  seul  e,  a,  0,  l'orthographe  la  plus  ancienne 
en  anglo-saxon  prescrivait  aa,  ee,  00.  Les  plus  anciens  documents  des 
Francs  Saliens  du  vi'' siècle  environ,  avaient  ee,  et  aussi  ij;  les  manuscrits 
modernes  ont  seulement  un  e  ;  des  documents  francs  du  viii"  siècle  ont 
aa,  00.  De  même  dans  le  vieux  haut-allemand,  et  dans  la  langue  des  Runes 
Scandinaves,  le  redoublement  de  la  voyelle  n'est  pas  inconnu  ;  dans  le 
gothique  il  n'en  pourrait  pas  être  question,  excepté  pour  Vu  long,  et 
peut-être  le  législateur  ou  le  réform.ateur  de  l'orthographe  gothique 
aurait-il  pu  prendre  (7  (y)  pour  ei.  L'allemand  moderne  n'est  pas  encore 
d'accord  sur  l'emploi  de  la  voyelle  redoublée;  il  y  a  aussi  bien  :  staat, 
schnee,  que  lehren,  lehn.  Il  n'y  a  qu'en  néerlandais  que  celle-ci  a 
pleinement  triomphé.  Si  donc  neehal,  et  non  neihal,  est  de  la  main  du 
lapicide,  nous  trouvons  là,  autant  que  nous  sachions,  le  premier  exemple 
d'un  fait  qui  se  retrouve  dans  presque  tous  les  dialectes  germaniques. 

Si  nous  voulons  nous  rendre  compte  du  sens  de  neeh  ou  neih,  nous  ne 
sommes  pas  aussi  favorisé  par  le  hasard  que  pour  les  éléments  de  déri- 


i6  Nehalennia. 

vation.  Cela  est  tout  naturel;  car  les  terminaisons  qui  sont  applicables  à 
plus  d'un  thème  ont  généralement  la  vie  plus  dure  qu'un  thème  unique. 
Le  premier  qu'on  puisse  comparer  à  neeh,  neih,  et  qui,  quant  au  son,  y 
réponde,  est  le  très-rare  neihen,  en  vieux  haut-allemand,  dont  Graff 
{Sprachschatz,  II,  ici  5)  cite  :  neihhmga  «  libatio  »  neihh enter  <i\\ha.r\s  ». 
Le  sens  à  donner  à  ces  mots  latins  n'est  pas  très-clair;  probablement  on 
veut  dire  «  libation  »  et  «  faisant  des  libations  »  ;  ou  plus  généralement 
«  sacrifice»  et  «  sacrifiant».  L'on  peut  accepter  cela  pour  vrai,  attendu 
que  la  troisième  personne  singulier  présent  de  l'indicatif  neilihiî,  aussi  cité 
par  Graff,  à  la  dite  page,  est  rendu  en  latin  par  «  immolât  ».  Neihen  est 
alors  «  faire  des  sacrifices  »,  et,  en  remarquant  que  le  néerlandais  offeren 
est  emprunté  au  latin  et  proprement  veut  dire  en  général  :  «  présenter, 
offrir  »,  etc.,  il  est  très-vraisembable  que  neihen  contient  le  sens  iden- 
tique. Il  n'existe  pas,  que  je  sache,  un  analogue  dans  les  autres  dialectes 
allemands,  à  l'exception  d'un  mot  anglo-saxon  et  qui  même  ne  se  re- 
trouve que  dans  un  seul  endroit,  et  cela  dans  le  livre  de  Daniel  (Edition 
Grein,  v.  445)-  Mais  comme  la  valeur  de  la  leçon  est  contestée,  il  vaut 
mieux  n'en  faire  pas  usage. 

En  ne  nous  tenant  qu'au  mot  vieux  haut-allemand  neih,  nous  pouvons, 
sans  crainte,  attribuer  à  ce  verbe  le  sens  général  de  u  donner,  accorder, 
gratifier  »,  répondant  au  latin  «  offerre  »  et  au  sanscrit  bhaj.  Neehal, 
neihal  serait,  par  conséquent  «  donateur,  dispensateur  »^  neehalennia 
«  donatrice,  dispensatrice  ».  De  tels  mots,  impliquant  le  sens  de  «  dis- 
pensateur, bienfaiteur  »,  furent  maintes  fois  employés  pour  exprimer 
l'idée  de  «  Seigneur,  maître  ».  En  sanscrit,  par  exemple,  bhaga  «  dis- 
pensateur »,  dérivé  de  bhaj,  que  je  viens  de  mentionner,  est  aussi 
pris  dans  le  sens  de  «  Seigneur»  ;  notamment,  il  désigne  le  dieu-soleil, 
créateur  bienfaisant.  Dans  les  langues  iraniennes,  ainsi  que  dans  les 
langues  slaves,  baga,  bogu  sont  devenus  l'expression  générale  pour 
indiquer  «  un  dieu,  Dieu  ».  Aussi  bien  Neehalennia  aura  désigné  tant 
«  donatrice,  bienfaitrice  »  que  «  dame,  maîtresse  ».  Dans  cette  der- 
nière hypothèse,  elle  a  dû  être  la  déesse  principale  de  la  localité  ;  et, 
dans  la  première  acceptation  elle  a  été  la  dispensatrice  de  richesse,  de 
bonheur  et  de  santé.  Elle  est  représentée  sous  la  figure  d'une  femme, 
entourée  d'abondance  et  la  prodiguant  à  pleines  mains;  le  petit  chien,  à 
ses  pieds,  n'est  pas  le  chien  des  Enfers,  mais  simplement  un  emblème 
pour  exprimer  que  la  déesse  est,  comme  nous  dirions  aujourd'hui,  «  la 
dame  de  bon  secours  »  De  Vrouw.  (Nous  n'avons  plus  ce  mot  au  sens  de 
«  domina  »  sauf  dans  Mevromv  «  madame  »;  il  n'y  a  qu'à  son  chien 
favori  qu'elle,  la  maîtresse  de  la  maison,  dit,  en  lui  présentant  un  mor- 


Nehalennia.  17 

ceau  de  pain  :  «  Allons,  viens  chez  la  dame!  »)  Plus  clair  et  plus  remar- 
quable encore  est  un  autre  attribut  de  la  déesse,  je  veux  dire  une  proue 
de  navire.  En  effet,  cela  nous  rappelle  un  des  noms  qui  appartiennent 
à  la  déesse  Scandinave  Freya,  celui  de  Mardœll  (sirène  de  la  mer).  Si 
nous  observons  que  Freya,  tout  comme  Neehalenia,  répond  à  notre 
«dame,  maîtresse»,  ensuite  qu'on  cite  Freya  comme  la  dispensatrice,  la 
mère  nourricière  (en  allemand  Mundschenkin)  des  dieux  'Simrock,  Myth. 
p.  527),  nous  arrivons  à  la  conclusion  que  Neehalenia  et  Freya  ne  sont 
que  deux  termes  synonymes  pour  la  même  et  seule  déesse. 

Il  existe  encore  deux  faits  qui  viennent  à  l'appui  de  notre  opinion  que 
neehan,  neihan  doit  avoir  eu  la  signification  de  schenken  «  verser,  pour- 
voir «,  aussi  bien  en  néerlandais  qu'en  allemand;  et  que  généralement 
on  a  attaché  à  Neehalenia,  tantôt  le  même  sens  qu'à  Freya,  tantôt 
celui  de  Mundschenkin.  Les  faits  en  question  sont  :  Premièrement,  à  côté 
de  la  figure  de  notre  déesse,  on  rencontre  quelquefois  celle  d'Hercule  ; 
c'est-à-dire,  celle  d'une  divinité  indigène  qui  offre  les  plus  grands  traits 
de  ressemblance  avec  l'Hercule  gréco-romain.  Deuxièmement,  une  pierre 
découverte,  par  suite  de  fouilles,  en  Gueldre,  qui  a  maintenant  disparu, 
portait,  selon  Keysler  (voir  l'ouvrage  de  Dresselhuis,  page  170)  l'inscrip- 
tion suivante  :  Herculi  Macusano  et  Haevae  Ulpio  et  Ulpia  Ammava 
PRO  Natis.  —  Sans  laisser  un  trop  libre  cours  à  notre  imagination,  nous 
pouvons  hardiment  supposer  qu'un  couple  terrestre  offre  ici  des  actions 
de  grâces  à  un  couple  céleste;  en  d'autres  termes  :  comme  Ulpia  de 
Hamouwe  (Hameland,  comté  de  Zutfen)  est  l'époux  de  Ulpio,  Haeve  ou 
Haeva  est  l'épouse  d'Hercule;  c'est-à-dire  :  Hébé,  dont  Haeve  doit  être 
la  prononciation  germanisée.  Comment  expliquer  maintenant  qu'une 
déesse  aussi  secondaire  que  Hébé  eût  joui  d'une  telle  considération  dans 
le  pays,  sinon  par  le  fait  que  la  Hébé  néerlandaise,  la  «Mundschenkin», 
était,  dès  l'origine,  adorée  ici  ?  N'est-il  pas  manifeste  que  Haeve,  l'épouse 
d'Hercule,  était  tout  simplement  le  nom,  tiré  du  latin,  de  la  déesse  teu- 
tonique,  l'image  de  laquelle  est  communément  accompagnée  de  celle 
d'Hercule,  et  dont  le  nom  vulgaire  en  néerlandais  et  dans  la  langue  du 
Rhin  inférieur  était  Neehalenia  ? 

La  forme  grammaticale  du  mot  ne  se  laisse  déterminer  que  par  rap- 
prochement. Le  premier  cas  était  vraisemblablement  à  l'époque  contem- 
poraine de  ces  monuments  :  neehaleni,  enni,  inné  ;  le  quatrième  cas  : 
neehalenia,  ennia,  innea;  le  datif  devait  nécessairement  faire  :  neehale- 
niae,  ennie,  innie;  semblable,  ou  à  peu  près,  au  latin.  Les  formes  gothi- 
ques seraient  :  nominatif,  naihalani  ;  génitif,  naihalanjos  ;  datif,  naiha- 
lanjai  ;  accusatif,  naihalanja. 

Rev.  Cdt.  II  2 


i8  Nehalennia. 

Arrivons  à  la  conclusion  de  notre  travail  :  Neehalenia,  qui  signifie 
aussi  bien  «  pourvoyeuse,  échansonne,  Mundschenkin  »  que  «  dispensa- 
trice, donatrice,  maîtresse,  dame  de  bon  secours  »,  est  un  des  noms 
multiples,  ou  plus  particulièrement  le  nom  spécialement  consacré  dans  le 
pays  de  la  déesse,  qui,  dans  la  mythologie  du  Nord,  porte  le  nom  de 
Freya,  et  qui  figure  encore  comme  mère  nourricière  des  dieux  et  comme 
dresse  des  mers.  —  En  néerlandais  moderne  Neehalenia  répond  au  terme 
de  Onze  lieve  Vrouwe  «  Notre-Dame-de-Grâce.  » 

H.  Kern. 


UN  AUTEL  DE  NEHALENNIA 

TROUVÉ    PRÈS    DE    DOMBURG    (zÉLANDE). 

Description  et  éclaircissements  d'après  le  Docteur  Leemans. 

Le  docteur  Leemans,  égyptologue  éminent  de  Leyde  et  membre  de 
l'Académie  royale  des  Pays-Bas,  ne  borne  pas  ses  savantes  recherches 
aux  antiquités  de  la  contrée  des  Pharaons.  Celles  de  son  pays  natal  ont 
aussi  une  grande  part  à  ses  investigations  ;  et  il  y  a  lieu  de  faire  connaître 
aux  lecteurs  de  la  Revue  Celtique  un  travail  qu'il  a  publié  dans  les  Rap- 
ports et  communications  (^Verslagen  en  Mededeelingen]  de  l'Académie  des 
Sciences  des  Pays-Bas,  section  de  littérature.  Série  II,  2""' partie,  i"' 
livraison;  Amsterdam,  1871. 

En  1870,  la  mer  laissa  à  découvert  sur  le  rivage  de  Domburg  (île  de 
Walcheren,  en  Zélande),  un  autel  consacré  à  Nehalennia.  Domburg, 
autrefois  localité  d'une  certaine  importance,  est  aujourd'hui  une  petite 
place  de  bains,  située  à  l'est  de  cette  île  zélandaise,  dont  Middelbourg 
est  le  chef-lieu,  Flessingue  le  port  principal,  et  qui  nous  est  surtout 
connue  par  l'expédition  anglaise  de  1809,  cette  entreprise  avortée  qui 
n'en  causa  pas  moins  de  sérieux  soucis  au  vainqueur  de  Wagram.  Ce 
cadeau  ou  plutôt  cette  restitution  de  l'Océan  fut  d'autant  mieux  venue 
que  beaucoup  de  débris  du  passé,  délaissés  aussi  par  la  mer  inconstante, 
n'ont  reparu  à  la  lumière  que  dans  un  état  des  plus  frustes,  et  que  celle-ci 
du  moins  n'était  pas  muette  comme  tant  d'autres  pierres  ressuscitées  de 
la  même  manière. 

C'est  le  4  février  que  cet  autel  fut  trouvé  sous  les  dunes.  La  Société 
zélandaise,  puis  le  docteur  Kiehi,  professeur  à  l'École  supérieure  de  Mid- 
delbourg, s'en  occupèrent,  sans  parvenir  toutefois  à  déchiffrer  tous  les 
mots  gravés  sur  la  pierre  sauvée  des  eaux.  M.  Leemans  reprit  en  mains 
cette  interprétation,  et  nous  allons  reproduire  ses  explications. 


Nehalennia.  19 

Il  sera  bon  toutefois  de  rappeler  quelques-unes  des  découvertes  faites 
antérieurement  près  de  Domburg. 

A  la  fin  de  1646  et  après  un  violent  coup  de  vent  d'est  et  nord-est, 
les  dunes  de  Domburg  et  de  West-Kapelle  furent  très-endommagées,  et 
le  5  janvier  de  l'année  suivante,  on  découvrit  une  masse  de  pierres 
antiques  jusqu^alors  enfouies  sous  les  sables.  Dans  le  nombre  se  trou- 
vaient 22  autels  et  quelques  autres  objets,  tels  que  lampes  antiques  et 
monnaies.  Plus  tard  on  recueillit  encore  sous  les  dunes  de  Domburg  des 
monnaies  et  des  objets  mobiliers  des  époques  romaine,  mérovingienne, 
carlovingienne,  anglo-saxonne  et  normande.  Deux  ouvrages  hollandais, 
l'un  du  docteur  Janssen,  Images  et  pierres  monumentales  romaines,  Mid- 
delbourg,  1845  j  l'autre  de  M.  Utrecht  Dusselhuis,  la  Religion  des  anciens 
Zélandais,  Middelbourg,  1845,  tous  deux  pourvus  de  cartes  et  de  gra- 
vures explicatives,  ont  réuni,  au  point  de  vue  des  connaissances  acquises 
de  leur  temps,  tout  ce  qu'il  y  avait  d'intéressant  à  recueillir  sur  ce 
champ  spécial  d'antiquités  locales.  Par  exemple,  on  y  distingue  26  autels 
consacrés  à  Nehalennia,  10  autres  autels  consacrés  à  d'autres  divinités. 
Du  reste  cette  collection  s'est  trouvée  dispersée  dans  divers  Musées  ou 
maisons  particulières;  quelques  objets  même  se  sont  perdus.  Quelques 
pierres  se  sont  trouvées  encastrées  dans  des  constructions  modernes  ; 
par  exemple  on  en  voyait  une  au  siècle  dernier  dans  un  jardin  près  de 
Middelbourg,  une  pierre  votive  dédiée  à  Nehalennia  par  Januarinius 
Ambacthius.  Un  grand  nombre  étaient  déposées  dans  le  chœur  de 
l'église  réformée  de  Domburg.  On  en  fit  présent,  en  1809,  au  roi  Louis 
Bonaparte,  qui  accepta,  mais  n'eut  pas  le  temps  d'en  prendre  possession. 
Ce  fut  un  malheur,  en  ce  sens  que  la  collection  eût  été  transportée  à 
Leide  ou  à  Amsterdam,  tandis  qu'elle  eut  beaucoup  à  souffrir  de  l'in- 
cendie allumé  en  1848  par  le  feu  du  ciel  qui  frappa  l'église  et  la  tour  de 
Domburg.  Quand  on  put  déblayer  les  décombres,  on  les  trouva  entassées 
l'une  sur  l'autre,  éclatées,  mutilées,  méconnaissables.  C'est  bien  lente- 
ment et  seulement  depuis  1866  qu'on  s'est  enfin  occupé  d'en  tirer  ce  qui 
pouvait  encore  avoir  quelque  intérêt,  et  que  le  Musée  de  Middelbourg 
offrit  à  ces  vénérables  restes  un  abri  que  M.  Leemans  ne  croit  pas  supé- 
rieur à  toute  critique,  mais  qui  vaut  mieux  pourtant  que  le  Jupiter  serenus 
ou  pluviosus  auquel  ils  semblaient  condamnés  à  perpétuité. 

Voici  maintenant  la  description  de  l'autel  récemment  retrouvé. 
Il  mesure  30  centimètres  de  hauteur,  1 5  de  largeur  ;  il  a  la  forme  rec- 
tangulaire habituelle,  avec  un  simple  rebord  au-dessous  de  la  surface 
supérieure  sur  laquelle  des  fruits  semblent  sculptés,  et  il  a  pour  base  un 
socle  ou  plinthe  ressortant  assez  fortement. 

La  face  d'arrière  est  nue  ;  sur  les  deux  côtés  on  distingue  un  laurier 


20  Nehalennia. 

comme  on  en  voit  sur  d'autres  autels  trouvés  aux  mêmes  lieux.  Sur  la 
face  antérieure,  on  distingue  huit  lignes  d'écriture  gravée,,  dont  la  der- 
nière est  sur  le  socle  et  que  nous  reproduisons  : 
NEHALENNi 
AE-INGENV 
INIVS-IANV 
ARiVS-EX- 
PRECEPTO 
ARAM-POSVIT 
PRO-SALVTE 
FILI-SVI 
Nehalenni  \  ae  Ingénu  j  inius  Janu  \  arius  ex  \  precepto  \  aram  posait  \ 
pro  sainte  \  fili  sui  |  . 

A  Nehalennia  Ingenuinius  Januarius,  d'après  (son)  ordre,  a  érigé  cet 
autel  pour  le  salut  de  son  fils. 

Reprenons  chaque  ligne  successivement. 

Ligne  I.  Sur  13  inscriptions  se  lit  le  même  mot  Nehalennia,  sur  5  autres 
Nehalenia.  Sur  ce  nom,  voir  le  travail  de  M.  Kern. 

Lignes  II  et  III.  La  forme  du  nom  propre  Ingenuinius  est  singulière, 
mais  n'est  pas  anormale.  Sur  d'autres  inscriptions  également  gravées  en 
Phonneur  de  Nehalennia,  on  trouve  les  noms  Secundinius,  Hitarinius  ou 
Hilarinius,  Januarinius,  Exomnianius,  Saturninius,  Ascattinius,  etc.  Le  nom 
de  Januarius  paraît  avoir  été  assez  fréquent  dans  la  contrée.  Du  moins  on 
le  retrouve  dans  des  inscriptions  de  Nimègue,  de  Cologne  et  de  Mayence. 
Lignes  IV  et  V.  Ex  precepto,  d'après  l'ordre  sans  doute  de  la  déesse  ou 
du  prêtre  parlant  en  son  nom,  peut-être  aussi  d'après  un  ordre  reçu  en  songe. 
Ligne  VII.  Cet  autel  a  été  dressé  pour  le  salut  d'un  fils,  soit  par 
reconnaissance  pour  sa  conservation  à  la  suite  d'une  maladie,  d'un 
voyage,  d'une  entreprise  dangereuse,  soit  pour  obtenir  la  protection  de 
la  déesse.  Cette  dernière  supposition  est  la  plus  vraisemblable,  puisque 
autrement  on  s'attendrait  plutôt  à  un  ex  voto  suscepto,  votum  solvit,  etc. 
L'expression  pro  sainte,  au  contraire,  se  retrouve  dans  d'autres  inscrip- 
tions où  l'on  demande  à  la  divinité  le  salut  dans  l'avenir,  plutôt  qu'on  ne 
l'en  remercie  pour  le  passé.  Nehalennia  doit  donc  avoir  été  dans  la  région 
une  «  dame  de  bon  secours,  »  une  déesse  protectrice  et  favorable. 

La  forme  des  lettres  de  ce  27'''  autel  retrouvé  en  l'honneur  de  Neha- 
lennia fait  supposer  au  docteur  Leemans  que  cette  inscription  date  de  la 
première  moitié  du  second  siècle  de  notre  ère. 

A.  RÉVILLE. 

Rotterdam,  janvier  1872. 


L' EX-VOTO 

DE     LA     DEA     BIBRACTE. 

(Deuxième  article.) 


Avant  de  discuter  les  caractères  archéologiques  de  l'ex-voto  de  la  dea 
Bibracte,  rendons  compte  de  la  disposition  des  lieux  où  il  fut  trouvé. 
C'est  dans  la  partie  nord-est  du  petit-séminaire,  dite  le  Quinconce,  sur 
l'emplacement  d'une  glacière,  abandonnée  depuis  ',  et  à  égale  distance 
de  deux  points  de  répère  que  nous  tenons  à  fixer,  le  jet  d'eau  actuel  du 
jardin  et  la  ruine  connue  à  tort  ou  à  raison  sous  le  nom  de  Temple 
d'Apollon,  place  des  Marbres.  La  voie  antique,  à  grands  blocs  ^,  qui 
traversait  la  ville  du  Nord  au  Sud,  passait  entre  la  ruine  et  le  gisement 
où  fut  recueillie  l'inscription.  Celle-ci  étrangère  dès  lors  au  prétendu 
temple,  mentionné  plus  haut,  se  rattache  vraisemblablement  à  l'enclos 
d'un  autre  édifice,  situé  à  l'emplacement  du  jet  d'eau.  Le  centre  était  un 
carré  de  80  pieds  de  côté,  dont  les  murs,  épais  de  quinze?,  avec  revê- 
tement en  petit  appareil  régulier,  et  le  pavé  en  marbre  incrusté  indiquaient 
une  des  plus  riches  restaurations  faites  à  Augustodunum  par  Constance- 
Chlore  ou  Constantin.  Des  constructions  plus  légères,  mais  également 
soignées,  avoisinaient  le  monument  central,  et  dans  l'une  d'elles  on 
remarquait  une  mosaïque  à  plusieurs  compartiments  disposés  autour  d'un 
médaillon  représentant  deux  colombes  penchées  au  bord  d'un  vase,  pour 
s'y  désaltérer  4.  La  cella  de  cet  édifice  offrait  le  plus  grand  rapport  avec 
celle  du  temple  dit  de  Janus,  près  de  l'Arroux,  si  toutefois  leur  desti- 
nation religieuse  est  certaine,  mais  dans  cette  hypothèse  même  elle  pou- 
vait suppléer  une  de  ces  tours  d'observation  qui,  dans  le  plan  des  villes 


1.  Elle  a  été  couverte  d'une  maçonnerie  cachée  sous  le  sol. 

2.  Détruite  en  1867  par  la  Mairie,  en  face  du  puits  où  fut  trouvé  l'ex-voto. 
}.  Courtépée.  Description  du  duché  de  Bourgogne,  t.  Il,  p.  527.  Dijon,  1847. 
4.  Cette  mosaïque  a  été  transportée  au  musée  du  petit  séminaire. 


22  L ex-voto  de  la  Dea  Bihracte. 

romaines,  s'élevaient  sur  la  ligne  de  faîte  '  pour  surveiller  en  temps  de 

guerre  les  alentours. 

Ce  temple,  bien  que  l'ex-voto  de  la  DEA  BIBRACTE  ait  été  trouvé 
dans  son  voisinage,  n'appartenait  point  à  la  DEA.  La  mince  figurine  qui 
la  représentait,  et  dont  il  sera  parlé,  avait  un  caractère  trop  mesquin 
pour  être  la  divinité  de  ce  vaste  monument.  Elle  n'était  qu'un  de  ces 
nombreux  ex-voto  dédiés  à  toute  espèce  de  Lares  par  les  Gallo-Romains. 

Si  ce  temple  eût  été  dédié  à  la  DEA  BIBRACTE,  Eumène  qui  a  res- 
suscité le  nom  de  Bibracte  n'eût  pas  manqué  de  le  citer  dans  son  énumé- 
ration  des  sanctuaires  d'Augustodunum. 

L'étude  attentive  des  divers  passages  du  panégyriste,  jointe  à  l'ob- 
servation des  faits  archéologiques,  nous  engagerait  à  placer  en  ce  lieu  le 
temple  d'Apollon,  dont  il  vante  la  splendeur  et  que,  par  une  métaphore 
singulière,  il  compare  à  l'un  des  yeux  de  la  cité^.  Or  si  le  Capitole  occupait 
l'enclos  des  Cordeliers,  comme  on  l'admet  généralement,  et  si  les  écoles 
Méniennes  occupaient  l'emplacement  du  vaste  monument  enfoui  sous 
l'hôtel  Desplaces,  le  temple  d'Apollon  tombait  naturellement  au  sommet 
du  mamelon  occupé  par  le  petit  séminaire,  point  d'observation  qui 
justifiait  jusqu'à  un  certain  point  l'expression  d'œ//  de  la  cité.  La  présence 
des  ex-voto  de  la  DEA  BIBRACTE  en  ce  lieu  est  pour  nous  une  sorte 
de  preuve. 

Apollon  père  du  Dieu  de  la  médecine  suppléait  souvent  Esculape  et 
portait  lui-même  le  titre  de  Dieu  médecin;  il  présidait  à  un  grand  nombre 
d'établissements  thermaux  et  c'était  dans  les  temples  que  lui  avaient 
élevés  presque  toutes  les  villes  gallo-romaines  qu'on  honorait  les  génies 
des  sources  celtiques  5.  Il  présidait  ainsi  aux  eaux  à.''Aqms  Granni, 
associé  à  la  DEA  SIRONA;  au  temple  de  la  DEA  SEQVANA,  sa  statue 
occupait  le  lieu  le  plus  apparent 4;  génie  protecteur  de  Vésone,  la  DEA 
VESVNNA  était  à  ses  côtés  s;  génie  d'Avenche,  la  DEA  AVENTIA 
figurait  avec  lui  dans  les  mêmes  inscriptions  6;  génie  d'Augustodunum, 
puisque  Eumène  le  nomme  APOLLO  N0STER7,  la  DEA  BIBRACTE 
des  eaux  Eduennes  devait  s'abriter  auprès  de  lui.  Les  Grecs  d'Augusto- 


1 .  VioUet-le-Duc.  Dictionnaire  d'architecture.  Fortification  romaine. 

2.  »  Les  écoles  sont  placées  dans  le  lieu  le  plus  apparent,  pour  ainsi  dire  entre 
les  deux  yeux  de  la  cité,  entre  le  temple  d'Apollon  et  le  Capitole  (pro  restaurandis 
scholis  IX). 

3.  Habent  opinionem  Apollinem  morbos  depellere.  Bell.  Gall.  VI.  12. 

4.  H.  Baudot.  Fouilles  au  temple  des  sources  de  la  Seine.  Mémoires  de  la  Commission  des 
antiquités  de  la  Côtc-d'Or,  t.  II,  p.  95  et  suiv. 

5.  Wlgrin  de  Taillefer,  Antiquités  de  Vesone. 
G.  Mommsen,  inscrip.  helvct.  loc.  cit. 

7.  Panégyrique  de  Constantin  Auguste  (XXl). 


L' ex-voto  de  la  Dea  Bibracte.  25 

dunum,  compatriotes  d'Eumène,  lui  adressaient,  comme  médecin,  des 
vœux  dans  leur  langue  nationale  :  «  à  Apollon,  médecin,  illuminateur 
des  mortels,  etc.'  »  Ces  exemples  autorisent  à  rattacher  les  ex-voto  de 
BIBRACTE  au  temple  d'Apollon. 

L'inscription  de  la  DEA  a  été  décrite  dans  les  termes  suivants  par  un 
contemporain  de  sa  découverte  :  <c  Elle  est  gravée  sur  un  cuivre  argenté, 
long  et  large  à  peu  près  d'un  pied  en  ovale.  M.  de  Montjeu  à  qui  elle 
appartient  l'a  eue  d'un  de  ses  amis  qui  la  vit  tirer  d'un  puits  dans  Autun. 
Elle  était  sans  doute  attachée  à  une  base,  comme  on  le  voit  par  la 
figure,  et  elle  a  été  dédiée  par  un  PACATVS,  client  de  P.  CAPRIVS, 
qui  avait  fait  un  vœu  à  la  déesse  LARE,  tutélaire  de  son  patron  2.  »  (Il 
cite  l'inscription  telle  qu'elle  a  été  donnée  précédemment,  nous  négligeons 
son  interprétation.) 

((  Ce  bronze  acquis  à  la  mort  de  M.  de  Montjeu  par  Moreau  de 
Mautour,  membre  de  l'Académie  des  inscriptions,  passa  depuis  à  la 
bibliothèque  du  roi  oij  il  est  aujourd'hui.  » 

Deux  autres  dédicaces  à  la  DEA  BIBRACTE  trouvées,  dit-on,  en 
même  temps,  n'ont  pas  laissé  de  traces.  Leur  disparition  devrait  sur- 
prendre si  on  ne  connaissait  l'incurie  héréditaire  des  administrations 
locales  pour  le  salut  de  nos  antiquités;  aussi  est-on  sans  éléments  pour 
apprécier  d'une  manière  exacte  ces  deux  importants  monuments.  Un 
opuscule  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale  intitulé  :  Lettres  sur 
l'ancienneté  de  la  ville  d'Autan  et  l'origine  de  celle  de  Dijon  5,  s'exprime 
ainsi  à  leur  sujet  :  «  On  voit  à  Autun  la  moitié  des  jambes  et  les  deux 
pieds  de  la  DEA  BIBRACTE  qui  portent  sur  un  socle  de  deux  pouces 
d'épaisseur,  et  dans  le  piédestal  qui  soutenait  cette  figure  on  lit  en  très- 
beaux  caractères  : 

DEAE  BIBRACTI 

«  Ces  restes  furent  trouvés  dans  les  démolitions  que  fit  faire ,  il  y  a 
quelques  années,  messire  Gabriel  de  Roquette,  évéque  d'Autun,  pour 
aplanir  le  sol  du  jardin  du  séminaire  qu'il  a  fait  bâtir,  où  ce  marbre  est  resté, 
mais  si  mal  conservé  qu'il  est  tombé  en  poudre  quand  on  l'a  remué.  Nous  en 
avons  ici  (à  Dijon)  un  de  près  d'un  pied  carré  avec  l'inscription  : 
DEAE 
BIBRACTI 
SIGNATVM 

1.  Ex-voto  du  musée  d'Autun. 

2.  Baudelot  de  Derval.  De  l'utilité  des  voyages.  Les  dieux  Lares,  t.  I ,  p.  314, 
Rouen,   1727. 

3.  Fonds  Bouhier.  L'écrit  est  de  F.  Baudot,  maire  de  Dijon,  et  fut  imprimé  en 
cette  ville,  Ressayre,  171 4,  in- 12.  Un  extrait  parut  dans  les  Mémoires  de  Trévoux.  171 2. 


24  Uex-voto  de  la  Dca  Bihracte. 

))  Comme  fa  pierre  est  rompue  à  l'endroit  où  commence  le  dernier 
mot,  je  crois  qu'il  y  a  ASSIGNAT VM.  Ce  marbre  qui  était  à  Autun  fut 
apporté  ici  à  M.  Jacques  de  Chevannes,  de  qui  il  est  passé  à  M.  Thomas, 
conseiller  au  parlement.  »  L'auteur  cite  ensuite  le  bronze  de  CAPRILIVS 
possédé  par  Moreau  de  Mautour  '. 

Telles  sont  les  traces  du  culte  de  la  DEA  BIBRACTE  à  Augusto- 
dunum.  Les  trois  monuments  qui  le  constatent  étaient  des  ex-voto  de 
même  provenance  et  appartenant  au  même  édifice. 

L'authenticité  de  l'inscription  principale  fut  vivement  attaquée  dès  le 
début.  Il  n'existait,  disait-on,  aucune  trace  de  lettres  au  moment  de  la 
découverte;  leur  apparition  posthume  excitait  la  défiance,  a  J'en  trouve 
les  caractères  mal  failjf ,  mal  travaillés,  écrivait  le  P.  Lempereur;  celui 
même  qui  les  a  faits  a  affecté  d'embellir  les  lettres  comme  font  aujour- 
d'hui les  Allemands,  car  les  T  et  les  A  sont  formés  ainsi  qu'il  n'y  en  a 
aucun  exemple  dans  l'antiquité  ^  »  «  Elle  paraissait  avoir  été  gravée  à 
l'eau-forte,  disait-on  encore;  les  lettres  étaient  ombrées,  et  accusaient 
des  formes  usitées  du  temps  de  Louis  XIV  5.  »  La  couleur  du  métal  ne 
présente  à  l'observateur  aucun  de  ces  caractères  qui,  pour  l'œil  exercé, 
sont  presque  une  garantie  ;  aussi  en  l'absence  de  titres  convaincants,  la 
valeur  du  monument  est-elle  aujourd'hui  suspectée  comme  autrefois  par 
les  archéologues  les  plus  compétents,  bien  que  le  contexte  ne  révèle 
aucune  de  ces  impérities  qui  trahissent  presque  toujours  les  faussaires. 
Nous  n'hésitons  pas,  pour  notre  compte,  à  accepter  cet  important 
témoignage.  Son  authenticité  résulte  à  nos  yeux  de  celle  des  autres  ex- 
voto  qui  l'accompagnaient,  et  qui  ont  subi  également  le  contrôle  des 
contemporains.  Vraie  ou  fausse,  la  thèse  reste  la  même,  il  n'est  qu'un 
incident  de  la  discussion. 

Le  disque  de  0,20  de  diamètre,  qui  sert  de  champ  à  la  légende,  est 
bombé  et  entouré  de  filets  formant  une  zone  d'un  centimètre  de 
large,  flanquée  de  deux  fleurons  trilobés  et  percés  par  un  clou  d'attache. 
L'absence  de  recherche  artistique  ne  surprendrait  pas  s'il  s'agissait  d'un 
de  ces  ex-voto  rudimentaires  tracés  à  la  pointe  sur  une  feuille  de  métal, 
qu'on  rencontrait  dans  tous  les  sanctuaires;  mais  l'impéritie  de  l'artisan 
doit  être  hors  de  cause  en  présence  d'une  œuvre  de  luxe,  plaquée 
d'argent;  l'infériorité  du  style  tient  dès  lors  aux  vices  de  l'époque  qui  l'a 
produite.  Aussi  en  la  rapprochant  des  ex-voto  du  temple  de  la  Seine 


1 .  Il  y   a   lieu  de  s'étonner  que  Moreau  de  Mautour,  qui  a  publié  une  dissertation 
sur  la  DEA  BIBRACTE,  n'ait  pas  connu  le  marbre  transporté  à  Dijon  ou  il  écrivait. 

2.  Mémoires  de  Trévoux.  1714,  janvier,  p.  179s. 

}.  Discours  d'Eumène.  Edition  de  la  Société  Eduenne.  1854,  p.  337. 


L'ex-voto  de  la  Dea  Bibracte.  2  ^ 

dont  la  date  n'est  pas  douteuse,  il  est  difficile  de  récuser  des  signes 
qui  indiquent  la  dernière  période  du  paganisme  dans  le  pays  Eduen. 

Le  style  général  des  lettres  empâtées  et  irrégulières  contraste  avec 
les  caractères  des  beaux  temps  de  l'épigraphie  antique;  Vapex  de  chacune 
d'elles  se  termine  par  un  trait  transversal  d^un  aspect  presque  roman, 
dont  un  autre  spécimen  existe  sur  une  stèle  chrétienne ,  récemment 
découverte  à  Autun,  et  qui  ne  peut  être  antérieure  à  la  fin  du  iv«  siècle; 
la  traverse  du  T  est  inclinée  d'une  façon  barbare,  et  la  forme  du  G 
terminé  en  volute  dénote  une  transition  des  bas  temps.  Si  l'on  passe  à 
l'examen  de  l'ornementation ,  les  fleurons  contournés  des  attaches 
rappellent  ceux  du  siècle  des  Constantins,  ainsi  que  la  forme  ronde  de 
la  plaque  qui  tendait  alors  à  remplacer  le  cadre  rectangulaire  accosté  de 
queues  d'aronde. 

En  jugeant  le  deux  autres  ex-voto  mentionnés  par  Baudot  sur  la 
description  qu'il  en  a  laissée,  on  arrive  aux  mêmes  conclusions.  La 
formule  BIBRACTI  ASSIGNATVM  est  anormale,  inusitée  dans  les 
bonnes  traditions. 

Quant  au  débris  qui  représentait  soi-disant  la  partie  inférieure  des 
jambes  de  la  DEA  avec  son  nom,  il  donne  lieu  à  deux  observations.  Si 
l'image  a  jamais  été  entière,  elle  doit  être  classée  parmi  les  nombreuses 
représentations  de  divinités  gallo-romaines  que  possède  le  musée 
d'Autun  et  la  restitution  en  est  facile  en  la  rapprochant  des  Mères  debout 
ou  assises  de  la  collection.  La  figurine  de  la  DEA  SEQVANA  avec 
laquelle  elle  a  de  si  frappantes  analogies  était  aussi  assise,  vêtue  d'une 
tunique  à  plis  serrés,  et  ne  semble  avoir  différé  de  la  DEA  éduenne  que 
par  le  nom.  Telle  est  aussi  la  représentation  uniforme  des  DEA  recueillies 
tant  à  Autun  qu'aux  environs,  et  qui,  presque  toutes,  appartiennent  par 
leurs  formes  barbares  aux  m"  et  iV  siècles,  à  cette  époque  de  décadence 
dont  l'empreinte  est  marquée  partout  dans  le  monde  romain.  Mais  des 
raisons  tout  aussi  solides  portent  à  supposer  que  cette  sculpture  n'était 
qu'un  simulacre  tronqué,  offert  à  la  DEA  en  mémoire  d'une  guérison  de 
jambes,  de  même  genre  qu'un  ex-voto  en  marbre,  trouvé  récemment  à 
Autun  et  représentant  deux  pieds  accolés  qui,  certainement,  n'ont  jamais 
appartenu  à  une  statue.  Les  simulacres  figurant  les  diverses  parties 
du  corps  avec  ou  sans  nom  de  divinités  sont  innombrables.  Dans  le 
temple  de  la  Seine,  deux  jambes  votives  portant  sur  un  socle  avec  la 
légende  DEAE  SEQVANAE  rappellent  identiquement  les  deux  jambes  et 
l'inscription  de  la  DEA  BIBRACTE. 

Si  les  caractères  archéologiques  de  son  ex-voto  laissaient  subsister 
des  doutes  sur  son  âge,  il  sera  démontré  plus  loin  qu'il  est  postérieur  à 


26  L'ex-voto  de  la  Dea  Bibracte. 

la  restauration  d'Autun  par  Constance  Chlore  et  Constantin.  D'autre 
part  tout  porte  à  croire  que  Caprilius  n'était  pas  Eduen,  puisque  la  ville 
ayant  été  détruite  en  270,  les  empereurs  l'avaient  repeuplée  avec  des 
étrangers,  d'après  Eumène,  «  incolas  novos  »  au  m"  siècle.  Le  nom  de 
sa  famille  figure  chez  les  Voconces  sur  une  inscription  de  Vaison,  vendue 
au  musée  d'Avignon  '.  Le  second  sexvir,  mentionné  dans  les  inscriptions 
d'Autun,  était  étranger  comme  Caprilius,  et  originaire  de  Trêves. 
Quoique  son  épitaphe  soit  d'un  style  supérieur  à  celui  de  l'ex-voto  de 
Caprilius,  elle  ne  peut  être  attribuée  à  la  bonne  époque  de  l'art  gallo- 
romain.  Les  colonnes  de  cipolin  qui  soutenaient  la  coupole  peinte 
placée  sur  son  tombeau  sont  à  peine  rondes;  l'expression  IN  AEDVIS 
pour  désigner  Augustodunum  paraît  récente,  puisque  l'usage  de  substituer 
le  nom  des  peuples  à  celui  des  cités  date  de  la  décadence  2.  Rien  dans 
ces  monuments  ne  rappelle  la  première  période  de  l'Augustalité  à  Autun, 
et  plus  nous  avancerons  dans  cette  étude  plus  il  deviendra  clair  que 
l'ex-voto  de  Caprilius  est  des  bas  temps.  Cette  conclusion  résultera 
d'une  simple  confrontation  des  objets  qui  l'accompagnaient  et  des 
circonstances  de  leur  découverte  avec  les  faits  observés  au  temple  de  la 
DEA  SEQVANA  dont  la  nature  et  la  date  ne  sont  pas  discutables. 

Le  trésor  de  la  DEA  BIBRACTE  se  composait  des  ex-voto  cités 
précédemment  et  d'un  chaudron  en  bronze  plein  de  médailles  dont  la 
dernière  était  du  règne  de  Valentinien,  avec  quelques  autres  monuments 
d'antiquité  5. 

Le  tout  fut  trouvé  caché  dans  un  puits  recouvert  d'une  dalle. 

Voyons  les  monuments  de  la  DEA  SEQVANA  :  «  Dans  une  des 
petites  chapelles  qui  forment  le  pourtour  du  temple  de  SEQVANA  et 
presque  à  la  surface  du  sol  était  un  vase  en  terre  d'une  assez  grossière 
fabrication,  haut  de  0'",  54  sur  une  largeur  de  0"',  50  ,  lequel  était 
recouvert  d'une  feuille  de  plomb  du  poids  de  10  kilog.  dont  les  bords 
rabattus  des  quatre  côtés  tenaient  ce  vase  assez  hermétiquement  fermé; 
on  lisait  autour  du  cou  : 

DEAE    SEQVANAi-    RVFVS 

DONAVIT. 

Ce  vase  contenait   1 20  ex-voto  découpés  sur  des  feuilles  de  bronze  et 

d'argent,    et    un    autre  vase  plus  petit  qui  renfermait  lui-même  830 


1.  D.    M. 
CAPRIL 

HERMES. 

2.  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  dissertation  de  M.  Bourquelot. 

3.  Courtepée,  Descript.  du  duché  de  Bourgogne,  III,  p.  482,  1778. 


L'ex-voto  de  la  Dca  Bibracte.  27 

médailles  romaines  dont  la  dernière  de  MAG.  maximus'.»  Si  l'auteur  qui 
nous  a  transmis  les  détails  de  la  trouvaille  d'Autun  eût  été  plus  explicite, 
nul  doute  que  les  autres  monuments  d'anticjuité  trouvés  dans  le  vase  de  la 
DEA  BIBRACTE  ne  fussent  aussi  des  ex-voto,  yeux,  seins,  jambes,  etc., 
figurés  sur  de  petites  feuilles  de  métal ,  comme  aux  sources  de  la  Seine; 
mal  compris  ou  trop  détériorés,  ils  furent  négligés.  SEQVANA  comme 
BIBRACTE  avait  plusieurs  inscriptions  parmi  lesquelles  des  plaques  de 
marbre,  dont  on  recueillit  les  débris  avec  les  crochets  qui  les  fixaient 
aux  murs  : 

AVG.         SAC 
DEAE       SEQ(anae; 
PRO  SAL(ute) 

VNA 
NEP(olis)     SVI 
EX         VOTO 
V.   S.   L  M 

DEAE  SEC^VANAE 
CLEIOLVS 
L   M 

AVG.        SAC       DO       A 
PRO       SECVAN 
V     S     L     M 

Toutes  ces  inscriptions  ne  sont-elles  pas  de  même  nature  que  celles 
de  Bibracte,  adressées  à  des  génies  de  même  famille,  pour  des  guérisons .'' 
Il  faut  de  plus  remarquer  que  les  eaux  de  SEQVANA,  pas  plus  que 
celles  de  BIBRACTE  ,  ne  possédaient  aucune  vertu  curative,  ce  qui 
n'avait  nui  en  rien  à  leur  popularité  ni  au  nombre  des  ex-voto  qui  se 
rapportent  à  toutes  les  maladies  d'adultes  et  d'enfants  -. 

On  se  trouve  donc  là  bien  évidemment  en  présence  d'une  de  ces 
superstitions  de  l'ancienne  Gaule,  qui,  à  l'époque  romaine,  avaient 
emprunté  au  paganisme  latin  ses  formes,  ses  symboles,  ses  images 
dont  l'usage  alors  était  général.  «  Les  Gaulois,  dit  Grégoire  de  Tours, 
représentaient  en  bois  ou  en  bronze  les  membres  dont  ils  souffraient  et 

1.  Baudot,  Rapport  sur  les  fouilles  faites  aux  sources  de  la  Seine,  t.  II,  p.  120;  Mémoires 
de  la  Commission  des  antiquités  de  la  Côte-d'Or.  Dijon,  1847. 

2.  Parmi  les  ex-voto  figuraient  un  grand  nombre  d'enfants  au  maillot.  Le  musée  de 
Beaune  possède  une  curieuse  sculpture  de  même  genre,  représentant,  comme  ceux  de  la 
Seine,  l'enfant  lié  dans  ses  langes  et  accompagné  d'un  chien.  Cette  sculpture,  trouvée 
près  de  la  fontaine  qui  arrose  la  ville  de  Nuits,  indique  le  culte  de  sa  DEA. 


28  L'ex-voto  de  la  Dea  Bibracte. 

dont  ils  sollicitaient  la  guérison,  ils  les  plaçaient  dans  un  temple  '.  »  C'est 
au  même  moment  et  dans  la  ville  romaine  d'Auguste  que  la  fée  gauloise 
fut  représentée  à  la  manière  des  génies  romains. 

Des  simulacres  analogues  étaient-ils  usités  avant  la  conquête  chez  les 
Gaulois?  Nous  l'ignorons,  mais  ce  dont  nous  sommes  certain,  depuis 
quatre  années  que  durent  les  fouilles  de  Bibracte,  c'est  de  n'y  avoir 
jamais  trouvé  de  figurine  religieuse. 

Une  dernière  réflexion  achèvera  de  circonscrire  la  date  de  nos  ex-voto. 

La  ville  d'Augustodunum  fut  détruite  en  269-270  par  les  bandes  de 
Tétricus  et  reconstruite  vingt  ans  après  par  Constance  Chlore;  la 
dernière  médaille  du  trésor  de  la  DEA  BIBRACTE  est  de  375,  à  un 
siècle  d'intervalle;  il  est  impossible  par  suite  de  chercher  hors  du 
iV  siècle  l'origine  de  nos  inscriptions.  Si  elles  eussent  été  antérieures  au 
111'=  siècle,  le  sac  d'Autun  les  eût  anéanties;  si  elles  eussent  été  enfouies 
avant  cette  destruction,  la  cachette  n'eût  pas  renfermé  des  médailles  de 
37$  2.  L'étude  des  faits  historiques  précisera  de  plus  en  plus  la  date  que 
nous  assignons,  et  celle  des  événements  qui  engagèrent  à  soustraire  les 
ex-voto  à  la  destruction.  La  concordance  des  faits  qui  se  passèrent  à 
Autun  comme  à  Segestre,  au  temple  de  la  Seine,  est  trop  saisissante 
pour  mettre  en  doute  leur  simultanéité. 

On  vient  de  voir  que  les  dernières  médailles  qui  accompagnaient  l'ex- 
voto  de  la  DEA  BIBRACTE  étaient  de  Valentinien. 

Le  règne  de  Valentinien  I"''  (362  à  37$)  fut  une  époque  de  tolérance 
pour  le  paganisme  :  prince  orthodoxe,  mais  marié  à  une  femme  arienne 
qui  n'était  pas  sans  influence  sur  son  esprit,  il  proclama  la  liberté  des 
cultes^,  recommanda  le  respect  des  lieux  sacrés,  reconstitua  les  sacerdoces 
païens,  accorda  à  leurs  ministres  les  privilèges  des  grands  pontifes  en 
les  dispensant  des  charges  de  la  curie  et  de  la  torture  en  matière 
criminelle.  Le  christianisme  n'en  continuait  pas  moins  ses  progrès,  et 
malgré  la  résurrection  apparente  des  cultes  païens,  les  grands  évêques 
Gallo-Romains  de  cette  époque,  les  Hilaire,  les  Martin,  étaient  plus 
forts  par  leur  prestige  et  leurs  vertus  que  les  édits  des  empereurs. 
L'avènement  de  Gratien,  en  375,  enleva  au  paganisme  ses  derniers 
protecteurs.  Ce  fut  alors  que  saint  Martin ,  revenant  de  Trêves,  se 
rendit  à  Autun.  L'évêque  d'Augustodunum,  Simplicius,  se  signalait 
comme  lui  par  la  parole,  les  miracles,  la  lutte  contre  le  paganisme.  On 
racontait  comment  il  avait   arrêté,   en   levant  les  bras  au  ciel,    une 


.  vit.  pat.  c.  6. 
!.  Valentinien  1"'  mort  en  375. 


L'ex-voîo  de  la  Dca  Bibracte.  29 

procession  païenne  qui  promenait  sur  un  char  la  statue  de  la  Bonne 
Déesse  par  les  rues;  l'évêque  de  Tours  apporta  à  Simplicius  le  secours 
de  sa  renommée  et  de  son  zèle. 

Les  souvenirs  de  sa  mission  dans  le  pays  Eduen  sont  partout  écrits 
dans  les  légendes  populaires;  Sulpice  Sévère  n'en  a  rapporté  que  les 
plus  importants.  A  l'approche  du  grand  apôtre,  au  bruit  des  sanctuaires 
renversés  sur  son  passage,  les  ministres  du  paganisme  étaient 
fondés  à  mettre  à  l'abri  les  objets  sacrés;  de  même  que  les  prêtres  de 
Ségestre,  qui  avaient  enfoui  dans  le  sol  d'une  chapelle  de  leur  temple  le 
vase  en  terre  cuite  qui  contenait  les  ex-voto  et  l'argent  des  offrandes, 
ceux  de  la  Dea  Bibracte  cachèrent  aussi  le  vase  de  bronze  auquel  ils 
confièrent  les  ex-voto  et  la  monnaie  sacrée  dans  un  puits  qu'ils  recou- 
vrirent d'une  dalle  pour  dissimuler  la  cachette. 

C'est  donc  à  partir  de  la  croisade  de  saint  Martin  contre  les  monu- 
ments païens  qu'on  doit  chercher  la  date  de  cet  enfouissement.  Or,  en 
admettant  que  la  dernière  médaille  du  trésor  d'Autun  fût  de  Valen- 
tinien  V,  la  destruction  du  temple  serait  postérieure  à  3  7  5,  date  de  sa  mort. 

La  dernière  médaille  du  trésor  de  la  Seine  était  de  Magnus  Maximus 
(383  à  388);  l'intervalle  de  la  mort  de  Valentinien  I'^"'  à  l'avènement  de 
Maxime  n'était  donc  que  de  huit  ans.  Mais  si,  au  lieu  de  Valentinien  I  ■'', 
la  médaille  d'Autun  était  de  Valentinien  II  ',  successeur  de  Gratien  et 
contemporain  de  son  compétiteur  Magnus-Maximus,  il  en  résulterait  que 
la  ruine  des  deux  édifices  païens  se  rattacherait  aux  mêmes  événements. 

En  effet,  Valentinien  II  survécut  quatre  ans  seulement  à  Maxime  et 
durant  cet  espace  de  temps  .aucun  fait  important  que  l'histoire  ait  men- 
tionné n'expliquerait  la  destruction.  De  392  à  394  le  franc  Arbogaste  et 
l'empereur  Eugène  qu'il  fit  proclamer  rétablirent  le  culte  des  idoles  dans 
la  Gaule,  mais  la  victoire  de  Théodose  sur  les  païens  et  l'installation 
d'Honorius  comme  empereur  d'Occident  furent  suivies  de  près  par  la 
suppression  définitive  des  temples. 

C'est  donc  vers  395  qu'on  devrait,  ce  cas  admis,  placer  la  limite 
extrême  de  la  ruine  des  deux  monuments^. 


1.  Counépée  n'a  désigné  ni  l'un  ni  l'autre. 

2.  Les  puits  furent  fréquemment  les  lieux  de  cachette  ou  d'enfouissement.  En  1780  on 
trouva  dans  un  ancien  puits,  «  derrière  la  tête  du  cours  de  la  fontaine  »  de  Nîmes,  un 
autel  votif  aux  dieux  proximus. 

PROXVMVS 

GRATVS 
CELERIS  F. 
V.  S.  L.  M. 

Dans  les  tranchées  du  chemin  d'Autun,  on  retira  d'un  puits  un  autel  ayant  sur  trois  de 
ses  faces  une  divinité. 


30  U ex-voto  de  la  Dea  Bibracte. 

La  source  de  la  DEA  de  la  Seine  vit  s'élever  bientôt  un  monastère 
bâti  par  le  descendant  d'un  de  ses  anciens  prêtres;  les  sources  delà 
DEA  BIBRACTE,  devenues  propriété  de  l'Église  avec  les  terrains  de 
l'oppidum  qui  avaient  servi  de  théâtre  aux  fêtes  païennes  du  printemps, 
furent  données  au  vu'  siècle  par  l'évêque  Ansbert  à  l'abbaye  de  Saint- 
Symphorien  d'Autun  qui  y  éleva  un  oratoire  héritier  de  leur  popularité. 
Bien  qu'il  soit  aujourd'hui  détruit,  les  villageois  des  environs  s'y  rendent 
toujours  le  premier  mercredi  de  mai,  date  de  l'ancienne  foire  qui,  de 
temps  immémorial,  se  tient  à  cette  date  au  sommet  du  Beuvray  et,  après 
avoir  bu  à  la  fontaine,  ils  viennent  s'agenouiller  autour  de  la  croix  qui  a 
remplacé  la  chapelle. 

J.  G.   BULLIOT. 

P.  S.  —  Depuis  la  rédaction  de  ce  travail,  une  fouille  faite  au  sommet 
de  l'oppidum  de  Bibracte  a  révélé  les  fondements  d'un  temple  antique 
sur  lequel  s'éleva  la  chapelle  de  Saint-Martin  qui,  d'après  la  légende 
locale,  passait  pour  avoir  renversé  un  sanctuaire  des  idoles  en  ce  lieu. 
Ce  temple  avait  été  ruiné  et  les  restes  des  placages  en  marbre  étaient 
à  demi  calcinés.  Par  une  singulière  coïncidence  la  dernière  médaille 
trouvée  dans  les  ruines  était  de  Valentinien,  la  même  que  celle  qui 
terminait  la  série  des  pièces  accompagnant  les  ex-voto  de  la  Dea 
BIBRACTE.  Aucun  débris  de  ces  ex-voto,  si  nombreux  dans  tous  les 
sanctuaires  détruits  à  la  même  époque,  n'était  resté  dans  les  ruines. 
Cette  absence  caractéristique  et  la  coïncidence  des  dates  n'autoriserait- 
elle  pas  à  croire  que  les  ex-voto  de  la  dea  ^duenne  enlevés  de  l'édifice 
oij  ils  devaient  naturellement  se  trouver  furent  emportés  et  cachés  à 
Augustodunum  dans  un  moment  de  crise  oh  la  situation  isolée  de  l'ora- 
toire du  mont  Beuvray  pouvait  faciliter  leur  destruction  ? 


ATTODIAD    I    LYFRYDDIAETH    Y    CYMRY 

Supplément  to  the  Cambrian  Bibliograpliy). 


N"  6i  having  inadvertently  been  repeated  in  the  previous  portion  of  thif; 
list,  n°  70  is  hère  omitted  in  order  to  rectify  the  error  from  this  number 
forward. 

71.  Dehonglydd  y  Ser.  Neu  Almamac  Newydd 

Am  y  Fhvyddyn  0  oedran  \    \,  .         i 
^        ■!     ^  (    Crist  1760. 

Yr  hon  sydd  Fhvyddyn  Naid...  0  Gasgcliad  John  Prys  Philomath. 
Ar  Ddeufedarhugiain  yn  Argraphedig,  ar  wythfed  yn  ol  y  Cyfri  Newydd 
neu'r  New  Stile. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  gan  Tho.  Durston  ac  ar  werth  ganddo,  etc. 
8vu. 

See  n°  62.  For  the  following  notices  of  Prys'  annuals,  as  well  as  for  several 
other  entries  in  this  part  of  the  list,Iam  indebted  to  the  Traethodydd  ïor  1872- 
73.  Thèse  contributions  are  understood  to  be  from  the  pen  of  the  Rev.  John 
Peter. 

72.  Dehonglydd  y  Ser,  neu  Almanac  Newydd  am  y  Fhvyddyn... 
1749...  0  gascliad  John  Prys  Philomath... 

Mwythig,  Tho.  Durston,  8vo. 

It  contains  a  «  Carol  Nadolig  »  by  the  Rev.  Ellis  Wynne,  author  of  BardJ 
Cwsg,  with  some  other  poetical  effusions. 

73.  Dehonglydd  y  Ser,  neu  Almanac  Newydd  am  y  Flwyddyn... 
175 1...  0  Gascliad  John  PrysPhilomath... 

Mwythig,  Tho.  Durston,  8vo. 

74.  Dehonglydd  y  Ser,  neu  Almanac  Newydd  am  y  Flwyddyn... 
1752...  0  Gasgliad  John  Prys  Philomath...  Y  Pedweryddarddeg  yn 
Argraphedig. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  gan  T.  Durston,  etc.  8vo. 

1.  See  vol.  1,  p.  376-394. 


32  Aîtodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1753...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am  1754...  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo- 
math... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1755...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

78.  Dehonglydd  y  Ser...  am  1758...  0  Gasgliad  John  Prys  Philo- 
math... 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

79.  Gweledigaetheu  y  Bardd  Cwsc.  Y  Rhann  Cyntaf. 
Argraphedig  yn  y  Mwythig,  ac  ar  werth  yno  gan  Richard  Lathrop, 

Gwerthwr  Llyfrau. 

An  édition  of  Bardd  Cwsg  hitherto  unknown  to  Welsh  bibliographers.  It  has 
no  date,  and  the  exact  year  can  be  only  matter  of  conjecture.  Richard  Lathrop 
printed  at  Shrewsbury  from  about  the  year  1740  to  about  1745,  the  work  ascri- 
bed  to  his  press  in  Ll.  y  C.  (p.  263)  under  1687  being  antedated  by  upwards 
of  fifty  years.  This  date  (1740-1745)  shows  that  the  présent  is  the  second  of 
the  recorded  éditions,  and  that  the  issue  of  1755,  hitherto  considered  the 
second,  should  be  regarded  as  the  third.  Like  al!  the  early  éditions,  it  is  not 
divided  into  paragraphs.  See  a  fuller  account  of  it  in  the  Traethodydd  for 
January,  1873,  p.  47;  and  compare  the  préface  to  the  Carmarthen  édition  of  1865. 

80.  The  Mysterie  of  Iniquitie,  or  a  Remarkable  Relation  of  a  Carmar- 
thenshire  Cause,  being  the  Transactions  and  Différences  between  Wil- 
liam Williams,  Gentleman  Prisoner  in  the  Fleet,  and  Morgan  Owens 
and  Owen  Price,  the  Earl  of  Carbery  and  other  confederates  to  get  an 
Estate  by  the  Destruction  of  the  Innocent. 

Printed  in  February,  1655,  4to,  pp.  17. 

81.  Ychydig  0  Ddyrifau  i  Annog  hen  ac  leuaingc,  i  gofio  Angeu,  ai 
Oruchafiaeth  ar  bob  Congcwerwr,  iw  cânu  ar  fesur  a  elwir  breuddwyd 
Daf.  Rhys. 

No  imprint.  The  name  of  Thomas  Dafydd  is  subscribed  to  each  of  thèse 
homely  lyrics. 

82.  Rhybudd  Benywaidd.  Yn  rhoddi  Cyflawn  a  chywir  Hanes  un  Mary 
Brockhurst...  A  Gyfieithwyd  ac  a  Gynganeddwyd  gan  Richard  Parry, 
Athraw  Yscol  yn  Llanbedr  Dyfîryn  Conwy. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig,  gan  John  Rhydderch.  Tros  William  Row- 
land  0  Lanrwst. 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  3  3 

No  date,  but  supposed  to  hâve  appeared  about  1717. 
85  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwylhig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 

8vo. 

84  OVPArN'OSKOniA:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 


55 


ason 


ai  ureidiayl  yn  l,  n'er,  lefn  od  oes  yrou  \ 

ron  vn  gair  ymysc  y  cymru   ai  ureidia 

yl  yn  r.  lefn  :  ne  yn  L  mal  ladl.  Roger  :  the 

diau  yu  mae  estron  ydyu  heb  gael   moi  ^'^ 

ing 
fraint   dyledys   yn  y  frutanniath ,    ond  pj,g 

bratho  onof  i  meun  beb  yybod  pa  fod.  orne 

Yr     hen     Gymraegyyr    pan     fenîhycienî  '"'"§ 

gan  y  ladinyyr  air  yn   dechrau  ag  /.  ^^^^ 

ne'r  lefn,  nhyy  a  ynaent  yrheini  yn  gry  ^out 

chion  i'r  cymru.  mal,  liber,  lyfr;  laboro,  'f"^ 

lafurio;  lapidare,  labydio;  latinum,  la- 

din;    Roma,   Rhufain,    rebella,    rhyfelu, 

reîe,   rhyid;  megis  y  doedaf  yn   helae-  ke- 

thach,  os  rhyd  duy  iechyd  a  seibiant  i  the 

yneuthur    îraethiad ,    a   dosparth   ar   y  -'^l 

mod  syd  i  droi  ladin  i'r  gymraeg. 

Mo.    Gen   son   ohonoch  am   lythyren    yr 

eidiol   i   air,   docdych   beth  y  y    honno? 

Gr.  y  gyntaf  i  bob  gair  cyn  i  rodi  meyn  .  and 

cymlheth  ymadrod,  megis  yn  y  geiriau 

E  ij       y  ma 


ay 


the 
;97- 


Esq. 


32  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

7 5.  Dehonglyddy  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1753-  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am   1754...  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo- 
math... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  i7$5-..  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

78.  D' 
math... 

Mwyti 

79.  Gv 
Argrap 

Gwerthv 
An  edit 
no  date,  ; 
printed  al 
bed  to  hi 
of  fifty  ye 
the  recor 
second,  si 
divided  in 
January, 1 

80.  T\ 
thenshire 
liam  Will 
and  Owt 
Estate  b; 

Printc 

81.  Y( 
Oruchafh 
Daf.  Rh] 

No  imp 
homely  ly 

82.  RI 
Brockhu) 
Athraw  \ 

Argrap 
land  0  La 


?6 


yma  pen,  byyd;  cays,  P,  b,  c,  syd  lythren 
nau  guraid.  Ag  ni  al  fod  i'r  vn  gair, 
ond  vn  meidiaul,  ond  e  fyd  yeiîhiau 
layer  0  lythrennau  cyrch  ido.  Mo 
Beth  yy  lyîhyren  gyrch?  Gr.  y  lythyrc, 
a  del  yn  le'r  yreidiol  yrth  gystrauen- 
nu'r  gair  meyn  cymlheîh  ymadrod  : 
mal  yn  le.  p.  e  day  yeithiau  b,  ueithiaii 
erail  ph,  ag  yeiîhiau  mh,  megis  pen  0 
ben,  a  phen,  fymhen.  Ag  fely  y  mae  i'r 
p;  dair  cyrchfa;  megis  y  mae  i'r  c  ag 
i'r  t.  mal  y  dangossaf  ebohir  yn  eglu- 
rach.  Mo.  Ni  fedraf  ond  gofyn  pet- 
haii  sy  amherthynassol  i'r  dosparîh  a 
gychynned,'  oblegid  fy  chycnnocced  i 
gloued  pob  pet  h  :  madus  y  y  belach  son 
am  y  cysseiniaid  lyfnion,  gen  darfod 
iych  janegi  hynny  oed  angenrheidiol  i 
yybod  ynghylch  y  rhai  crychion.  Gr. 
e  farnyyd  o'r  blaè  bob  cyssain  yn  lefn 
ni  bo 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  3  3 

No  date,  but  supposed  to  hâve  appeared  about  171 7. 
85  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeih  'neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwylhig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 

8vo. 

Sa  OVPÂNOSKOniÂ:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 

Jd- 


ni  bo  grym.  h.  yndi.  Ac  megis  y  rhan-  q„\ 

nuyd  y  rhai  crychion,  yn  annianaul  ag 
yscafngrychion,  fely  y  perthir  yrhain 
hefyd  canys  mae  îair  ohonynt  yn  fudi- 
aid  trymion,   îair  erail  yn  fudiaid  ys-  fhe 

cafn,  a  thair  yn  lythrenau  tayd  :  y  îair  orne 

îromlefnyy  p.  c.  t.  y.  îairyscafnlefn,  b.  g. 
d.  y.  ta'ir  tayd  yy  l.  n.  r.  canys  yrhain  a 

dodant  y  ag.  y.  pen  delont  oi  blaen  me-  ^out 

yn  rhyy  silajau,  mal  na  chyfrifer  mo- 
nynt  meyn  messur  cerd,  ag  yrth  î  lafe 
ru  hefyd  ni  chant  fayr  oi  sain  megis  y  „„  . 

gyelir  yn  y   geiriau  yma,  gynaeth  gy-  ke- 

raig,  tylayd.   Mo.   Digon  yy  hyn  yng-  the 

hylch    y    lythrennau    tayd,   ond    mae'n  -^^^ 

rhaid  cloued  myy  0  son  am  y  mudiaid 
oblegid  chyi  a  doedassoch  ymlaen  lay 
fod  tri  theulu  onynt.  Gr.  Fely  y  mae, 
ag  e  gaiph  pob  vn  o'r  tri  theulu  i  heny  ,  and 

o'r  fan  ar  y  genau,  ne'r  ermig  a  fo  my 
yaf  i 


the 

•wis 


1  as 
nost 


ime 
ason 


the 
797- 


Esq. 


5^  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75-  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  ,753...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am   1754...  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo- 
math... ■'   ' 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77-  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  ,755...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 
Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

ma 

r 


Gv 

A 
no 


Dai 

N 

hon 

8 


lanc 


?8 


yaf  i  guaitli  yn  i  laferu  hyynt,  y  îeulu 

p^i  cyntaf  a  henyix  gyefussayl,  am  fod  yn 

be  doedyd  pob   vn   0   honynt   yrth   nerth  y 

°'  guefussau  yn  bennaf,  megis.  p.  b.  f.  ph. 

m.  o'r  ail  deuliiy  mae  t.  d.  d.  th.  n.  ag  ei 

divi  gelyir  lythrennau  deintiayl,   am  fod  y 

Jani  îafod  ar  y  danned  yrth  i  henui  hyynt, 

^  y  trydyd  teulu  sy'n  cynnyys  y  lythren- 

.  naii  taflodayl  c.  g.  ch.  0  heryyd  bod  y  ta- 

-  fod,  yrth  i  laferu  hyynt;  ynnhaflod  y  ge 

£5..  nau.  Mo.  Os  tri   theulu  mud  yy  'rhain 

l  pam  y  rlio4yyd.  m.yny  cyntaf,  ag.  n.  yn 

;  yr  ail  syd  bob  vn  onyn  yn  hanner  lafe- 

Or  rayg.  Gr.  0  heryyd  dau  beth,  y  cyntaf 

yy  bod  yn  i  doedyd  tryy  nerth  yr  vn  er- 

mygion  ar  teulu  mud,  y  maent  yndo,  s. 

m,  yrth  nerth  y  gyefussau;  n.  truy,  rym 

g^.Q,  y  danned.  Ar  ail  achos  yy,  bod  y  mu- 

Ath  diaid  o'r  teulu  cyntaf,  pan  font  hyy  gij 

A  reidiol,  yn  cyrclni  at,  m.  ne,  mh.  mal  bu- 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  3^ 

No  date,  but  supposed  to  hâve  appeared  about  171 7. 

83.  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwylhig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 
8vo. 

84.  OVPANOIKOniA:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 

ivr.  Naid. 
dd- 

u   y 


Î9 


t 

(>5 

-S- 

S- 

0 
il 

Il 

Gyefussaul  p. 

b. 

/■ 

ph. 

m. 

mh. 

Deintiayl   t. 

d. 

d. 

th. 

n. 

nli. 

Taflodaul  c. 

g- 

ch. 

ng. 

ngh. 

yd   fymyyd,    pen    fymhen   A'r    vnphn- 

nyd  y  mudiaid  deintiaul    a    gyrchanî, 

at.  n.  ne.  nh.  maldaint,  fynaint:  ty,  fyn-  ■  the 

hy.  A  g  am  i  hod  yn  cyfedach  ar  mudi 

aid  fal  hyn,  heb  fod  o'r  vn  genedlath  a 

huynt,  ei  gelijir  gyesteion  mud,  mal   y 

maen  hayd  i  yeled   yn  y  dafylan  issod.  ^"'"g 


og-) 


,ewis 
;hing 
The 
some 


most 
nout 
time 
.<ason 

^ay: 
:ke- 
'the 
.ial 
the 


797. 


Mae  tair  rbes  yn  y  dafylan  :  vn  i  bob  teu 
lu,  ag  ymhob  vn  mae'r  gyntaf  yn  drô- 
lefn,  yr  ail  yn  yscafnlefn;  y  dryded  {yn  ,  and 

y  dan  deiilu  gyntaf)  yn  yscafngrech  :  y 

bedua-  ■  Esq. 


52  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75.  Dehonglyddy  Ser...  am  y  Flwyddyn...  17J3...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am    1754...  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo- 
math... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1755...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 


G\ 

no 
pri 


D. 

^ 

hon 

i 

Bro 


lan( 


40 


beduared,   ymhob   vn   yn  grechanianaul, 
y   bumed  yn  yesîai  yscafnlefn,  y   chue- 


bé  ched   yn   yestai  îromlefn.    Mo.    Chili    a 

°'  dangossachoch  o'r  blaen,  paru  y  geluir 

rhai  yn  lyfnion,  rhai  yn  grychion  doe- 

div  4^ch  paru  ydydych  yn  galu'r  tair  syd 

Jan  yn  y  bumed  fan  ir  dafulan  ymhob  teu 

lu  yn   uestai  yscafnlefn  ?  Gr.  Cuesteion 

\  ydyn  am  i  bod  nhuy,  syd  0  royiogsth 

aral ,  yn  dyfod  megis  i  uesta  i'r  fà  le'r 

g  ^^  oed   mud  yn   ureidiol  ag  yn  fediannaul 

]  Ond  am  na  chyrch  mud  yn  y  byd,  ond 

yscafnlefn  at  yrheini,  yr  ydys  yn  i  galy 

Or  nhyy     gyesteion     yscafnlefn.     Mo.     Os 

gyir  yy  hynny,  pob  gair  sy  a  b,  yn  yrei- 
diol  a  gyrch  at.  m,  d.  at  n,  g,  at  ng  ;  ag  ni 
chyrch  gyreidiol  aral  yn  y  byd  at  yr  hei 
ni.   Gr.  Diammau  yy  hynny,  mal  y  md- 

Ath  ^r  gciriau  yma  yn  dangos.  bara,fyma- 

P  ra;   duy  fynuy;   gur  fyngijr.  Mo.   Oni 

chyrch 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  33 

No  date,  but  supposée  to  hâve  appeared  about  1717. 

83.  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail  :  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 
8vo. 

84.  OVPANOIKOniÂ:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 

iyn  Naid. 
rhydedd- 


41 


a  chan  y 
'ris  wyth 


chyrch  yr  un,  at  yestai  îromlefn,  0  die- 
ithr  y  tair  tromlefn  p.  t.  c.  sy  yn  gyntaf 
yn  y  dafulan  ?  Gr.  Na  chyrch  dlm  a 
phob  gair  sy  ai  yreidiol  yn  vn  o'r  tair 
tromlefn  a  eil  gyrchu,  at  i  uestai  o'r 
teulu  y  bo'r  dromkfn  yndo,  mal.  p.  at, 
mh;paul.  fymhault.  at  nh.  ty.  fynhy.  c. 
at  ngh,  cylch.  fynghylch.  Mo.  A  gyrch 
lythyren  o'r  nail  deulu,  at  vn  0  deulu 
aral  :  ynîau  pob  cyrchfa  a  fyd  rhung  y 
rhai  o'r  vn  teula?  Gr.  Ni  chyrch  gu 
reidiol  yefussaul  fyth,  ond  at  lythyren 
uefussayl,  na  deintiaul  ond  at  deinti 
ayl  na  chyaith  taflodaul  onid  at  daflo- 
dayl.  Mo.  Pessayl  cyrchfa,  a  eil  fod 
i'r  vn  yreidiol?  Gr.  i  bob  tromlefn  y 
mae  tair,  vn  at  i  'scafnlefn  ihun,  aral 
at  i  chrech  anianayl,  y  dryded  at  i  gye 
stai.  Mo.  Pa  ryy  henyaa  a  rodych  a'r 
y  cyrchfau  hyn?  Gr.  y  gyntaf  a  elir  i 
F        galy 


Ceiniog.) 

about  the 
3.  Lewis 
nguishing 
lent).  The 
with  some 
.elf,  being 
known  as 
had  most 
/  without 
that  time 
nal  reason 

ard  Bay  : 

mbroke- 

on  the 

rovincial 

of    the 

-r,  1797. 
valin,  and 
es,  Esq. 


52  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1753...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am    1754...  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo-      1 
math...  ! 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1755...  ^  Gasgliad  John      ' 
Prys  Philomath... 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo.  J 


G\ 


anc 
Est 


Bro 

Ath 


42 


galu,  cyrchfa  0,  oblegid  pan  doder  :  0,  yr 


no  ardodiad  0  flaen   gair    yn    dromlefn    i 

P*"'  ureidiol,  e  gyrch  y   yreidbl  at  i  'scafn- 

Qf  lefn  mal  prê,  darn  0  bren.  caus,  îamed 

th  0  gays,  tir,  lain  0  dir.  yr  ail  a  eluir  cyr- 

^^^  chfa  a,  oheruyd  bod  pob   tromlefn  ure- 

j  idiaul  yn  cyrchu   at  i  chrech  anianaul, 

pan  roder  a,  'r  cyssyltiayl  cyssyltedig  0- 

thf    '  flaen  y  gair  hynny  mal  lyssau  a  phren- 

lia  niau  cig,  a  chays  daear,  a  thir  y  dry- 

ded  gyrchfa  i  dromlefn  a  elir  i   galu, 

cyrchfa,  fy  :  canys  bod  y  dromlefn  yrei- 

diol,  pan  roer  fy,  0  flaë  y  gair  yn  cyrchu 

at  i  gyestai  mal,  fymrhen,  fynghaus,  fyn 

Q  hir.  Dan  beth  syd  raid   i'styriau  yn  y 

^  gyrchfa  yma,  vn  yy,  bod  yn  oraii  scri- 

hon  fennufy.   yn  vn  a'r  gair,  nid  yn  yaha- 

i 


nayl;  canys  rhy  anodyu  silafu,  fy  ngya 
ith,  fy  nghaiis.  odieithr  i  cyssyltu  nhyy 
ynghyd.  yr  ail  beth  syd  oî  farcio  yma, 
lanc  yv 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  53 

No  date,  but  supposed  to  hâve  appeared  about  1717. 
85.  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery]  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 
8vo. 
84.  OVPANOIKOniÂ:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 

ddyn  Naid. 
^nrhydedd- 


4? 


,  a  chan  y 
(Pris  wyth 


yy  bod  yn  rhaid,  pan  del  l.  ne.  r,  ar  ol 
tromlefn  ureidiol,  cyfleu,  h.  yn  y  gyrch- 
fa  y  ma  :  nid  yn  nessa  at  m.  megis  meun 
geiriau  erail ,  ond  yedi  r.  ne.  l.  mal  pren 
fymrhen,  nid  fymhren.  plaid,  fymlhaid 
nid  fymhlaid  clyst,  fynglhyst.  crinder, 
fyngrhinder,  trino,  fynrhino.  tlodi  fyn- 
lliodi.  Mo.  ^  Digon  yy  hyn  ynghylch 
îair  cyrchfa  tromlefn.  Pessayl  cyrch- 
fa  a  fyd  i'scafnlejn  ureidiol?  Gr.  dyy. 
s.  cyrchfa.  0.  at  i,  scafngrech,  a  chyrch- 
fa.  fy,  at  i  gyestai,  mal,  byyd,  tamedo 
fyyd,  fymyyd.  gyraig,  layer  0  yraged, 
fynguraig;  dur  galyyn  0  dyr,fynyr. 
Mo.  ond  oes  i'r  yscafnlefn  gyrchfa  a 
megis  i'r  dromlefn?  Gr.  Ni  sylf  scafn 
lefn  ureidiol  er  rhoi  a,  oi  blaen,  mal, 
diod  a  buyd,  a  gyraig,  a  dyr,  am  hyn  nid 
oes  idi  vn  gyrchfa  a.  Mo.  Medyliych 
yn  da  dau  beth  or  a  doedassoch  or  blaê 
F    ij  vn, 


'  Ceiniog.) 

ed  about  the 
\  13.  Lewis 
istinguishing 
cellent).  The 
p  with  some 

itself,  being 
ne  Icnown  as 
y,  had  most 
ally  without 

at  that  time 
tional  reason 

;uard  Bay  : 
Pembroke- 
ces  on  the 
Provincial 
or    of   the 

>ter,  1797. 

lewalin,  and 

^hes,  Esq. 


52  Atîodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1753...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am   I754"-  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo- 
math... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  175$...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 

Mwythig,  T.  Durston.  8vo, 


G\ 


44 


vn,  fod  cyrchfa  0,  i'r  yscafnlefn  at  i' 
no  scafngrech  ihun,  y  lai   na  chyrch  lythy 

pri'  ren  0  vn  îeulu,  at  vn  0  deulii  aral .  Mi 

a  uelaf  nad  gyir  yrun  o'r  dau  yn  y 

th  teulu   taflodaul  :  canys  nid  oes  yno   un 

sei  y  scafngrech,    fal    y    galo'r    yscafnlefn 

^^"^  gyrchu  atti  ynghyrchfa  0.   A  hefyd  yn- 

Jar. 

ghyrchfafy.  e  gyrch.  g.  at  ng.  ag.  n.  syd 

,      ,  or    teulu    deintiaul.   Gr.   Gyir  yu'r  di- 

jj^  hareb,  le  ni  bo  dim  oi  gael  e  gyl  y  bre- 

anc  f^^n  i  haul.  Diryfed  fely  i.  g.  na  alo  gyr- 

Est  chu  at  yscafngrech,  onid  oes  yrun  yn  i 

theulu,  etto  mae  cyn  gassed  genthi  roi  i 

le  i  vn  0  deulu  aral  ag  y  bydai  uel  gen 

thifodile  yn  yag  ynghyrchfa  0.  no  dy 

j,  yn    benthig   gen   deulu   estronayl  :   mal 

hor  gy^ad  gur  0  y  lad.  gyyde,  tair  e  y  y  de.  tu 

l  ag  at  am  ng.  mae.  g.  yno  yn  péri  i.  n.  fod 

Bro  y,2  fyngus  i  sain,  Amhynny,  er  i  bod  hi 

a'r  i  phè  i  hun  yn  deintiayl,  pan  doder 

,  g-     atti, 

lanc  * 


33 


Attodiad  y  Lyfryddiaeih  y  Cymry. 
No  date,  but  supposed  to  hâve  appeared  about  171 7. 

83.  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 
8vo. 

84.  0>'PANOIKOniÂ:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 

^  'ddyn  Naid. 

Anrhydedd- 


45 


,  a  chan  y 
(Pris  wyth 


ildued  ynghyd  nhuy  a  fydant  dafloda- 
ul.  Nid  oes  vn  gyrchfa  a,  i'r  yscafnle- 
fn  ureidiol.  Am  nad  yscig  pan  roder 
a,  oi  blaen  :  gylad,  îref  a  gylad,  duu  a 
dyn  :  diod  a  byyd.  Mo.  Paham  y  doe- 
duchi  hynny,  onid  yu'r  yscafnlefti  yn  y 
geiriau  y  ma  a  chyrchfa  a,  genthi?  dan 
a  than  y  dur.  beth  a  pheth  syd  yna  ?  gen 
tho,  a  chentho.  Gr.  Gyreidiol  yrhain 
sy4  drymion,  od  yscrifennir  nhyy  yn 
iaun  :  mal  tan.  peth.  cenîho.  Ond  nid 
gyiy  gyad  fod  yn  arfer  i'scrifennu 
nhyy  ai  doedyd,  megis  pettai  yn  yscafn 
lefn  i  gyraid.  Hynny  a  dechreuod,  0 
heryyd  bod  yr  hen  gymru  yn  arfer  i 
dan.  i gà,pabeth.ag.  i.apha.sydynmyn 
nu  ar  ihol  gyrchfa  0.  bob  amser  :  mal 
pa  ben,  pa  gig.  pa  dyn.  i  ben  y  bryn,  i, 
gaer  leon.  i  dy  duu.  Ond  yn  y  geiriau 
vchod  ydydys   yn    fynych,    yrth    doedyd 


r  Ceiniog.) 

ed  about  the 
\  13.  Lewis 
cistinguishing 
cellent).  The 
•p  with  some 

itself,  being 
ne  i<nown  as 
y,  had  most 
aliy  without 

at  that  time 
tional  reason 

;uard  Bay  : 
Pembroke- 
ces  on  the 
Provincial 
or    of   the 

3ter,  1797. 

lewalin,  and 

ghes,  Esq. 


32  Atîodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1753...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am   1754...  0  Gasghad  John  Prys,  Philo- 
math... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  175$...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo.     


G^ 

^  ag    meyn    scrifen   yn    torri    pu,    ag    i 

no  ymaith,  ag  yn  gadel  pob  lythyren  aral, 

P*""  mal  pe  baent  heb  i  torri  i  phord  fely  he 

hé 

Q^  fyd  yn  y  geiriau  y  ma  fal  :  îros  i  fal.  fe- 

th  gis  :  tros  i  fegis  gydagef:  îros  i  gydagef. 

set  Tair  phord    syd    i'scrifennu'r  fath    ei- 

riau,  a  phob  vn  yn  gouir  :  tan,  i  dan,  dà 

mal  if  al.  fal.  îros,  i  dros,  dros,peîli  yu 

^l^,    '  efi'  pabeth,  beîh  ond  yn  y  dryded  phord 

lia  mae  yn  rhaid  dealî  pa.  ne.  i.  i  beri'r  yre 

idiol    neidio  i   gyrchfa   0.    Mo.    Mi    a 

velaf  fod  i  dromlefn    dair  cyrchfa,    a 

pha  rai  ydynî  :  a  bod  diiy  i'scafnlefn. 

Doeduch    belach ,   pessaul    cyrchfa    syd 

i'r   yscafngrech,  ag  i'r   grechanianaul. 

j>  Gr.  Nid  oes  yrun,  na  chuaiîh.  i  n,  nag. 

hon  i  s.  canys  ni  neyidian  hyy  fyîh  pan  fonî 

i  yn  yreidiol,  odieithr  yn  y  gair  fely.  s,  ni 

^•"^  yna  na  bod  yn  gyrchfa  i  yreidiol  aral 

^  na  chyrchu  aï  vn  aral,  pan  fo  hi  gyrei- 

lan<  '^'«'- 


anc 
Est 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  35 

No  date,  but  supposée!  to  hâve  appeared  about  171 7. 
85.  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 
8vo. 
84.  OVPANOlKOniA:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 

^ddyn  Naid. 
Anrhydedd- 


47 


,  a  chan  y 
(Pris  wyth 


diol.  Mo.  Beth  am  m.  l.  l.  r.  Gr.  m,  u- 
reidiol  syd  a  chyrchfa  0,  idi  yn  vnig  at 
f  mal,  mynyd  0  fynyd,  yrû  gyrchfa  syd 
i.  l.  ureidiol  at  l,  mal,  laij,  0  lay.  A  he- 
fyd  i  rh.  at  r.  mal,  Rhufain  0  rufain. 
Tu  ag  at  am  l,  ne  r.  lefn,  ni  bydant  gy- 
reidiaul  byth  meun  gair  cymraegaul. 
Mo.  Moessuch  yn  grynno  gimaint , 
ag,  a  doedassocli  ar  yascar  ynghylcb 
pob  cyrchfa.  Gr.  Vrth  y  dajylan  syd 
yn  canlhyn  y  mae  i  chyi  yeled  ar  un 
olyg  y  cybl.  Mo.  Cyn  dyfod  at  y  dafy 
lan,  da  oed  yybod  pessayl  gair  0  flaen 
y  ureidiol  a  yna  idi  neidio  i  gyrchfa, 
0.  Gr.  Lauer  iaijn ,  eithr  gyneuthur 
helaethfaur  4osparth  a'r  yrheini  a  ter 
thyn  at  Gystrayi^th,  nid,  at  y  fan  yma, 
Digon  y  y  doedyd  yroyron  fod  pob  gair 
syd  yn  dyfyn  vn  lythyren  at  cyrchfa,  0, 
ne  a.  m.  fy  yn  péri  i'r  lythrennau  erail 
fyned 


-  Ceiniog.) 

ed  about  the 
\  13.  Lewis 
listinguishing 
cellent).  The 
ip  with  some 
itself,  being 
ne  known  as 
y,  had  most 
-ally  without 
■  at  that  time 
tional  reason 

5uard  Bay  : 
Pembroke- 
tces  on  the 
I  Provincial 
ior    of   the 

ster,  1797. 

jewalin,  and 

ghes,  Esq. 
3 


32  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1753...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am   1754...  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo- 
math... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1755...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 


I 


G^ 


th( 
li^ 
ant 


0- 
D 


48 


fyned  at  yrû  cyrchfau,  ynol  i  teulu  ai 
no  ■         ^''^'"^  '^^Vy  "î^'j.  dy,  a  fyn  gyrchfa  0; 

pri;  bid  y  yreidiol  a  fynncr  :  dy  ben,  dy  dir, 

^J*  dy  ylad;  fely  na,  a  dyfyn  bob  gyreidiol 

^^  '  gyrchfa,  a  os  byd  yrun  idi  mal  nid  ces 

sei  "^  ph^n,  na  throed,  na  chlusî  gyfa  ido. 

^'"^  Mo.  Beth  am  gyrchfa,  fy,  oes  vn  gair 

aral  yn  gyysso'r  yreidiol  at  honno? 
Gr.  Oes,  yn  :  yeithie,  mal  ymhen  y  ty, 
ymrig  y  pren,  ynnhy  duy  eîto,  e  doe- 
dir  meyn  amrafel  dealî,  yn  dy  i  duy, 
Est  yn  ben  i'r  bryn;  a  hcfyd  mae  cf  yn  ty  : 

mal  i  dangossyn  0  sonniyn  am  Gystra 
yi<£th  Mae  yn  amser  belach  cdrych  ar 
y  dafylan  yrhon  syd  yn  cynnnys  hol  do 
sparth  y  cysseiniaid  gyreidiol,  cyrchi. 
hoi  ^Vl,  ai  cyrchfau, 

i 
Bro 
Ath 

lanc 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry .  33 

No  date,  but  supposed  to  hâve  appeared  about  171 7. 
85.  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar.  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 
8vo. 
84.  OVPANOIKOniA:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 

^ddyn  Naid. 
Anrhydedd- 


49 


,  a  chan  y 
(Pris  wyth 


Mo.  A  neyidia  'r  lyîhyrênau  ar  ol  0,  a, 
ne  fy,  mal  y  doedassoch,  hyd  na  bo  dim 
ar  alo  i  rhyysîro  vn  amser  ?  Gr.  Nid 
oes  dim  a  ryysîra  fy,  rhag  cyrchu  yn  y 
mod  y  doedais,  na  chuaith  0,  ne  a,  odie 
ithr  i  cyfansodi  a'r  rhagyas  'r,  ne  ar 
ryy  ragheny,  mal,  o'r  pen,  nid  o'r  hen, 
ath  gap,  nid  ath  chap.  Canys  yn  y  cy- 
fansayd  yma,  nid  y  blaenor,  ond  y  dy- 
lynayl  a  gaiph  i  gyrchfa.  O'r,  syd  ye- 
di  i  yneuthur  0  0 ,  yr  ardodiad  ag  yr, 
y  rhagyas.  yr  hyn  a  fyn  y  yreidiol  ar  i 
ol,  os  byd  y  gair  0  genedl  yryy  Ag  ath, 
a  gyfansodyyd  0  a,  a  dy  y  rhagheny 
mediannayl,  a  hyn  syd  bob  amser  yn 
gyrry'r  yreidiol  at  gyrchfa  0,  dy  gap, 
dy  lay,  dy  glust.  ond  hyn  a  yelir  yn  eglu 
rach  yn  y  gair.  oi,  a  darfu  i  gyfansodi 
0  0,  ag  i  :  yrth  fod.  i,  yeithiau  tros  y  gy- 
ryy  vnig,  yeithiau  tros  y  fanyy  vnig, 
G        ueit- 


'  Ceiniog.) 

■ed  about  the 
0,  13.  Lewis 
listinguishing 
xeilent).  The 
ip  with  some 
itself,  being 
ne  i<nown  as 
;y,  had  most 
•ally  without 
'  at  that  time 
•tional  reason 

guard  Bay  : 
Pembroke- 
rces  on  the 
1  Provincial 
ior    of   the 

ster,  1797. 

bewalin,  and 

ghes,  Esq. 
3 


32  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

75.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1753...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath...  Y  Pymthegfed  yn  Argraphedig. 

Mwythig,  T.  Durston,  8vo. 

76.  Dehonglydd  y  Ser...  am   I754---  0  Gasgliad  John  Prys,  Philo- 
math... 

Mwythig.  T.  Durston,  8vo. 

77.  Dehonglydd  y  Ser...  am  y  Flwyddyn...  1755...  0  Gasgliad  John 
Prys  Philomath... 

Mwythig.  T    niirston    8vo. 


50 

ueithiau  tros  y  liossaug  rif  :  ag  yinhob 
„Q  vn  o'r   mannau   liynny   yn    mynnu  am- 

pr'  rajael  gyrchfa.  Oi  a  yna  'nin  peth  yn 

of 
th 


y  cyfryy  leoed  ;  mal  0  flaen  y  gyruy,  i 
gap,  i  lay,  i  glust;  fely  dam  oi  gap,  oi 
sei  V  lay,  oi  glust,  ag  falhynny  meyn  geiriau 

'J'^  erail  nhyy  a  fynnant  gyrchfa.  0.  . 

Eithr  pan  font  tros  y  genedl  fanyy  nhyy 
a  darfant  y   yreidiol  at  gyrchfa  :  a, 


Jar 


th 


j-  mal  am  yraig,  i  phen,  oi  phen,  i  chlust, 


anc 


oi  chlust;  i  chap  dam  oi  chap.  Tros  y 
Est  liossayg  rif,  bid  ef  gyruy,  bid  ef  banyy 

y  yreidiol  a  sai  ar  ihol  nhyy  i  pennau, 

i  cappiau,  i  clustiau  nhyy.  Mo.  Ma- 
^  e'n  hayd  gyeled  yrth,  a  doedassoch  fod 

i   bob  gyreidiol  anyadal  gyrchfa.  0,  i 

hQj-  bob    yscafnlefn    gyrchfa  0,  a    chyrchfa 

^  fy.  Ag  fely  oni  phar  0,  ir  yreidiol  gyr- 

Bro  chu  at  vn  araî ,  ni  phar  gair  yn  y  byd 

Ath  idi  ncyidio.  Mi   a   yelaf  hefyd   yrth  y 

^  dafy- 

lanc 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  53 

No  date,  but  supposed  to  hâve  appeared  about  171 7. 

85.  Llyfr  Meddyginiaeth  a  Physygwriaeth  i'r  Anafus  ar  Clwyfus.  Yn 
Cynnwys  Gynghorion  tra  buddiol  a  llesol,  i  Ddyn  ac  Anifail:  0  Gasgliad 
hen  Physygwr  celfyddgar,  At  yr  hwn  y  chwanegwyd  y  Gelfyddyd  0 
Goginiaeth  (neu  Cookery)  i  Arlwyo  neu  Drwsio  amryw  fath  ar  Fwyd- 
ydd,  sef  Cig,  Pysgod,  Adar,  etc. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Durston. 
8vo. 

84.  0VPx\N02:K0niA:  neu  Ddrych  y  Ffurfafen  ;  sef  Almanac  ac  Ephe- 
meris  am  y  Flwyddyn  1784;  yr  hwn  yw  Bissextile  neu  Flwyddyn  Naid. 
YTrydydd  Argraphiad  Gan  Ifan  Thomas,  Fardd-du,Aelod  oAnrhydedd- 
us  Gymdeithas  y  Cymmrodorion,  yn  Llundain. 

Argraphwyd  ac  ar  werth  yn  y  Mwythig,  gan  T.  Wood,  a  chan  y 
rhan  fwyaf  0  Werthwyr  Llyfrau  a  Siopwyr  yng  Nghymru,  (Pris  wyth 
Geiniog;. 

85.  Cyfaill  Rhagorol. 

Dublin  :  Printed  for  the  year  MDCCXCIX.  (G werth  tair  Geiniog.) 
i2mo. 

One  of  John  Robert  Lewis'  annuals,  the  first  of  which  appeared  about  the 
year  1760,  and  the  last  in  1804.  See  n°  47,  and  Ll.  y  C.  1760,  13.  Lewis 
always  called  his  aimantes  «  Cyfaill  »  (friend),  with  some  distinguishing 
epithet  varying  every  year,  the  présent  one  being  «  Rhagorol  »  (excellent).  The 
portion  of  the  page  between  the  title  and  imprint  is  always  filled  up  with  some 
half-a-dozen  verses,  the  last  of  which,  as  weil  as  the  imprint  itself,  being 
generally  in  English.  The  mètre  chosen  for  this  purpose  is  the  one  known  as 
«  Triban  Morganwg.  »  The  author,  living  at  Holyhead  in  Anglesey,  had  most 
of  his  books  printed  at  Dublin,  on  the  opposite  coast,  but  generally  without 
a  printer's  name.  The  heavy  tax  imposed  on  ail  almanacs  printed  at  that  time 
in  England  and  Wales,  from  which  Ireland  was  free,  may  be  an  additional  reason 
why  thèse  year-books  bear  the  imprint  of  the  Irish  capital. 

86.  A  Brief  Narrative  of  the  French  Invasion,  near  Fishguard  Bay  : 
including  a  Perfect  Description  of  that  Part  of  the  Coast  of  Pembroke- 
shire,  on  which  was  effected  the  Landing  of  the  French  Forces  on  the 
2  2d  of  February,  1797,  and  of  their  Surrender  to  the  Welch  Provincial 
Troops,  headed  by  Lord  Cawdor.  By  J.  Baker,  Author  of  the 
Picturesque  Guide  through  Wales  and  the  Marches. 

Printed  for  the  Author,  by  T.  Tymbs,  at  the  Cross, Worcester,  1797. 
4to. 

It  contains  good  views  of  Goodwick  Sands,  Carn  Gwastad,  Ebewalin,  and 
Fishguard,  with  a  plan  of  Fishguard  Bay. 

87.  Dynevor  Castle,  with  other  Poems,  etc.  By  J.  T.  Hughes,  Esq. 

Rev.  celt.  Il  3 


j4  Aîtodiad  y  Lyfryddiaetli  y  Cymry. 

«  1  left  no  calling  for  this  idle  trade  — 
No  Duty  broke  —  no  Parent  disobey'd  — 
While  yet  a  Child  —ère  yet  a  Fool  to  Famé, 
I  lisp'd  in  numbers  —  for  the  numbers  came.  » 

Carmarthen,  Printed  by  John  Ross.  M,DCC,XCVI.  410. 

It  consists  of  39  pages  of  verse,  with  8  of  «  Dedicatory  Address,  «  a  list 
of  subscribers,  and  errata.  Some  of  the  pièces  are  imitations  of  Petrarch, 
Metastasio,  and  Shenstone. 

88.  Conway  Castle,  a  Poem.  4to,  pp.  20. 

No  author's  name,  date,  or  imprint.  It  appeared  probably  about  1780,  the 
style  of  printing  being  almost  precisely  the  same  as  that  of  No.  89,  which  was 
published  in  1773'.  Besides  «  Conway  Castle  »,  the  pamphlet  contains  —  «  To 
the  Memory  of  the  late  Earl  of  Chatham  »  (who  died  in  1778),  and  «  Why 
the  Moon  is  like  a  Fashionable  Wife.  «  The  author  states  that  he  «  hath 
made  trial  of  a  form  of  versification,  that  might  imitate,  in  some  respects,  the 
elegiac  measure  of  the  Greeks  and  Romans.  »  The  following  are  the  opening 
stanzas,  which  may  serve  as  a  spécimen  of  the  mètre  : 

«  Conway,  deserted  pile,  in  whose  exhausted  halls 

The  discontented  winds  fresh  wrath  engender, 
Whose  figure  knightiy  times  to  Fancy  oft  recalls, 

Take  the  sole  boon  a  passenger  can  render, 
«  Who  to  thy  tow'rs  august  in  giddy  wonder  clings, 

Thy  mien  unhumbled  by  mishap  rehearses, 
Thine  aged  arches  grey  and  sea-worn  ramparts  sings, 
A  moss-clad  battlements,  in  plaintive  verses.  » 

89.  The  Tears  of  Cambria.  A  Poem.  Inscribed  to  the  Honourable 
Society  of  Antient  Britons. 

London  :  Printed  for  G.  Kearsly,  No  46,  Fleet-Street,  1773  (Price 
one  Shilling  and  six  Pence).  4to,  pp.  18. 

The  author's  name  is  nowhere  given.  At  the  end  it  is  stated  that  «  of  the 
Publisher  of  this  Poem  may  be  had  (pricc  one  shilling)  An  Ode  addressed  to 
the  Savoir  Vivre  Club.  » 

90.  The  Leek.  A  Poem  on  St.  David's  Day  :  most  humbly  inscribed 
to  the  Honourable  Society  of  Antient  Britons  (established  in  honour  of 
his  Royal  Highness'  Birthday  and  the  Principality  of  Wales),  by  N. 
Griffith,  Esq. 

London,  1717,  fol.;  second  édition,  1718. 

91.  St.  Taffey's  Day:  or  the  Cambro-British  Gamboles.  In  three 
merry  cantos.  By  C.  L.  a  true  Briton. 

London,  1724,  folio. 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  ;;  5 

92.  The  Taffydeis.  An  heroic  Poem,  in  honour  of  St.  David  and  the 
Leek.  By  Hywgi  ap  Englyn  Margonwc,  son  in  the  ninth  score  degree, 
of  Camber  ap  Brute  the  Trojan. 

London,  1746,  8vo. 

93.  The  Western  Wonder: or 0  Brazeel,an  inchanted  Island,  discover- 
ed;  with  a  relation  of  two  shipwrecks  in  a  dreadful  sea-storm  in  that 
discovery.  To  which  is  added,  a  Description  of  a  place  called  Monteca- 
pernia,  relating  to  the  nature  of  the  people,  their  qualities,  humours, 
fashions,  religions,  etc. 

London,  1674,  4to. 

94.  0  Brazeel,  or  the  inchanted  Island  :  being  a  particuiar  relation  of 
the  late  discovery  and  wonderful  disinchantment  of  an  Island  on  the 
North  of  Ireland  :  with  an  accountof  the  riches  and  commodities  thereof 
Communicated  by  a  letter  from  Londonderry  lo  a  friend  in  London. 

London,  1675,  4to. 

N"  94  is  generally  ascribed  to  Sir  Richard  Head. 
The  preceding  five  (n"'  90-94)  are  burlesques. 

95.  Cambria  Triumphans;  or  a  Panegyric  upon  Wales.  A  Pindaric 
Poem.  By  Ezechiel  Polsted,  gent. 

London,  1703,  4to. 

96.  Lamentable  News  out  of  Monmouthshire,  occasioned  by  the 
Overflowing  of  Waters  in  the  said  County. 

London,  1607,  4to. 

With  a  frontispiece.  A  copy  is  in  the  British  Muséum. 

97.  Wonderfull  Newes  from  Wales:  or,  a  true  Narrative  of  an  old 
Woman  Jane  Morgan,  living  near  Lanselin  in  Denbighshire,  whose 
memory  serves  her  truly  and  perfectly  to  relate  what  she  hath  seen 
and  done  130  years  ago,  having  now  the  fuU  number  of  her  teeth; 
though  most  of  them  were  lost  when  she  was  threescore  years  and  ten. 
She  is  also  rememhered  by  some  of  90  years  old  to  be  taller  than  she 
is  1 7  or  18  inches  :  with  several  other  circumstances  of  her  life,  which 
shew  her  to  be  the  wonder  of  her  âge. 

London,  1677,  4to,  pp.  8. 

Reprinted  in  the  sixth  volume  of  the  Harlàan  Misccllany,  p.  66. 

98.  Reasons  humbly  submitted  to  the  Considération  of  the  House  of 
Gommons  with  respect  to  the  commodious  situation  of  Milford  Haven, 
for  fitting  out  Fleets  and  Expéditions  from  thence  in  the  time  of  war, 
with  a  copy  of  Captain  Philip  Skelton's  Letter  in  support  of  the  said 
Reasons. 

A  single  folio  sheet.  The  letter  is  dated  1751. 


jô  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

99.  A  brief  Account  of  ihe  Life  of  Howell  Harris,  esq;  extracted 
from  papers  written  by  Himself.  To  which  is  added  A  concise  collection 
of  his  Letters  from  the  year  1738,  to  1772. 

Trevecka:  Printed  in  the  year  MDCCXCI.  8vo,  pp.  224. 

Howell  Harris,  one  of  the  principal  founders  of  Calvinistic  Methodism  in 
Wales,  was,  according  to  his  own  account,  born  at  Trevecca,  near  Talgarth, 
Breconshire,  on  the  23rd  of  January,  1714  (Old  Style),  and  died  at  the  same 
place  on  the  2i'*'ofJuly,  1775.  Thèse  dates  are  in  some  degree  at  variance 
with  those  usually  given  :  cp.  Williams,  EmlnaU  Welshmen,  s.  v. 

1 00.  Pregeth  ynghylchy  Drwg  0  farnu  yn  galedam  eraill,  aceudirmygu. 
Gan  Josiah  Rees.  Gwedi  ei  hargraffu  ar  ddeisyfiad  y  Gweinidogion  a'i 
clywsant  yn  y  Gymanfa  flynyddol  yn  Nghaerfyrddin,  Mehefin  5.  1800, 

Llundain  :  Argraffwyd  gan  V.  Griffiths,  Paternoster  Row,  ac  ar 
werth  yno  gan  T.  N.  Longman  ac  0.  Rees;  yn  Nghaerfyrddin  gan  J. 
Ross  ac  J.  Daniel;  ac  yn  Nghastell  Nedd  gan  Esther  a  Hannah  Rees. 
CI3.DCCC.  i6mo,  pp.  24. 

10 1.  An  Elegy  on  the  Death  of  George  Whitefield.  By  the  Rev.  W. 
Williams  (of  Pant  y  Celyn).  1771. 

102.  The  Tenth  Worthy  :  or,  several  Anagrams  in  Latine,  Welsh,  and 
English,  upon  the  Name  of  that  most  highly  renowned  Worthy  of  Wor- 
thies,  Oliver,  late  Lord  Protector.  By  Thomas  Davyes. 

London,  1658,  folio. 

10:;.  Civil  Liberty  guarded  against  Abuse:  a  Sermon  preached  Septem- 
ber  the  ist,  1794,  in  St.  Mary'sChapel,  Brecon;  before  the  Honourable 
George  Hardinge,  and  Abel  Moysey,  Esquires,  his  Majesty's  Justices  upon 
the  Brecon  Circuit;  by  E.  Edwards,  Archdeacon  of  Brecon. 

Brecon  :  Printed  and  sold  by  W.  and  G.  North.  Sold  also  by  the 
Booksellers  in  South  Wales,  Gloucester,  Hereford,  etc.  and  by  G.  and 
T.  Wilkie,  Paternoster-Row,  London.  1794. 

104.  The  Re^tslating  of  Lav^^suits,  Evidences  and  Pleadings.  An 
Assize-Sermon  preach't  at  Carmarthen  March  the  i6th.  1656.  By 
William  Thomas,  Vicar  of  Langhorn... 

London,  Printed  at  the  request  of  some  eminent  Auditors  :  Sold  by 
Gabriel  Bedell  and  T.  Collins  at  the  Middle-Temple-gate  in  Fleet- 
street.  1657. 

Dr.  William  Thomas,  who  was  born  in  1613,  was  consecrated  bishop  of 
St.  David's  in  1677,  and  died  bishop  of  Worcester  June  25,  1689.  He  was 
the  last  Welshman  appointed  to  the  see  of  St.  David's  to  this  very  day;  and  the 
vile  System  of  forcing  Englishmen  and  Scotchmen  upon  the  Welsh  church  soon 
spread  into  the  other  diocèses  of  the  Principality. 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  ^7 

105.  Wales's  Lamentation;  or  an  Elegy  on  the  worthy  and  very  much 
lamented  Mr.  Henry  Williams,  Minister  of  the  Gospel  in  North  Wales. 

An  anonymous  broadside,  without  date  or  imprint.  The  subject,  Henry 
Williams,  who  iived  at  Ysgafel!,near  Newtown,  in  Montgomeryshire,  was  one 
of  the  coadjutors  of  Vavasor  Powell,  the  great  plunderer  of  church  property 
in  the  time  of  the  Commonweaith.  He  died  in  1684,  and  was  buried  in  his  own 
garden.  The  elegy  was  probably  printed  in  the  same  year.  See  Collections  histo- 
rical  and  archaological  relating  to  Montgomeryshire,  IV,  179. 

106.  'IirEMBN  E'IS  T'A:i  T\V.:LZM,  id  est,  Ductor  in  Linguas, 
the  Guide  into  the  Tongues.  Cum  illarum  Harmonia,  et  Etymologijs,  Origi- 
nationibus,  Rationibus,  et  Derivationibus  in  omnibus  his  Vndecim  Lin- 
guis,  viz  : 

1.  Anglica.  \  /   7.  Hispanica. 

2.  Cambro-Britanica.       j  i    8.  Lusitanica  seu  Portu- 
^  Belgica.                       l   6.  Italica.  s    9.  Latina.  [gallica. 

4.  Germanica.  \  f  10.  Graeca. 

5.  Gallica.  -  mi.  Hebrea,  etc. 

Qute  etiam  ita  ordine,  et  sono  consentientes,  collocatae  sunt,  ut  facil- 
limè  et  nullo  labore,  vnusquisq;  non  solùm,  Quatuor,  Quinque,  vel 
plures  illarum,  quàm  optimè  memoria  tenere,  verum  etiam  (per  earum 
etymologias)  subnomine,  naturam,  proprietatem,  conditionem,  effectum, 
materiam,  formam,  vel  fmem  rerum,  rectè  nosse  queat;  discrepans  ab 
alijs  dictionarijs  vnquam  antehâc  editis.  Item  Explicatio  vocabulorum 
forensium  luris  Anglicani,  et  descriptio  magistratuum,  ettitulorum  digni- 
tatum,  hac  nota  Cïl^  per  totum  opus  insignita.  Opus  omnibus  humanioris 
literaturse  amatoribus  valdè  necessarium  et  delectabile,  imprimis  nostra- 
tibus  qui  nullo  negotio  ex  Anglicana,  cœteras  linguas  cum  earum  etymo- 
logijs, ordine  alphabetico  invenire  possunt,  deniq;  extraneis,  si  ex  his 
congestis,  alphabetum  vnius  vel  plurium  aliarum  linguarum,  sibi  cum 
numeris  arithmeticis  concinnare  voluerunt.  Opéra,  studio,  industria, 
labore  et  sumptibus  lohannis  Minshaei  in  lucem  editum  et  impressum. 
Anno  16 17. 

The  Guide  into  the  Tongues,  with  their  agreement  and  consent  one 
with  another,  as  also  their  etymologies,  that  is,  the  Reasons  and  Deriua- 
tions  of  ail  or  the  most  part  of  wordes,  in  thèse  eleuen  languages,  viz  : 

1.  English.  \  /    7.  Spanish. 

2.  British  or  Welsh.         i  \    8.  Portuguez. 

3.  Low  Dutch.  ï   6.  Italian.  •.    9.  Latine. 

4.  High  Dutch.  i  /  10.  Greeke. 

5.  French.  ;  W  i .  Hebrew,  etc. 
Which  are  so  laid  together  (for  the  helpe  of  raemory)  that  any  one 

with  ease  and  facilitie,  may  not  only  remember  4.  5.  or  more  of  thèse 


?8  Atîndiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

Languages  so  laid  together,  but  also  by  their  etymologies  vnder  the 
Name  know  the  nature,  propertie,  condition,  effect,  matter,  forme, 
fashion  or  end  of  things  therevnder  contayned,  differing  from  ail  other 
Dictionaries  euer  heretofore  set  forth.  Also  the  exposition  of  the  Termes 
of  the  Lawes  of  this  Land,  drawne  from  their  originall  the  Saxon  and  Nor- 
man tongues,  with  the  description  ofthe  Magistracies,  Offices,  and  Offi- 
cers,  and  Titles  of  Dignities,  noted  with  this  hand  :j^:^  throughout  the  whole 
Booke.  A  worke  for  ail  Louers  of  any  kinde  of  Learning,  most  pleasant 
and  profitable,  especially  for  those  of  our  owne  Nation,  when  by  order 
ofthe  English  Alphabet,  they  may  finde  out  lo.  other  Tongues,  with 
their  Etymologies,  most  helpfull  to  Memory  to  speake  or  write,  then  to 
Strangers,  if  they  will  draw  out  of  thèse  one  or  more  Languages,  and 
place  them  in  order  of  Alphabet  and  Table,  and  referre  them  by  figures 
intothis  Booke,  as  the  shallbestlike  of.  By  the  Industrie,  Studie,  Labour, 
and  at  the  Charges  of  lohn  Minsheu.  Published  and  Printed  Anno  1617. 
Cum  Gratia  et  Privilegio  Regiae  Maiestatis,  et  vendibiles  extant  Lon- 
dini,  apud  loannem  Brovvne  Bibliopolam  in  vico  vocato  little  Brittaine. 
And  are  to  be  sold  at  lohn  Brownes  Shop  a  Booke-Seller  in  little  Brittaine 
in  London. 

The  size  is  folio.  A  second  édition  was  printed  July  22,  1625,  and  published 
in  1626.  It  contains  many  corrections,  altérations,  and  additions;  but  the 
Welsh  and  Portuguese  languages  are  omitted.  This  work  is  curions,  as  con- 
taining  the  first  printed  list  of  subscribers  that  was  ever  prefixed  to  any  book 
published  in  England.  The  number  of  thèse  subscribers,  among  whom  are 
several  names  of  note,  was  174.  Minsheu  was  a  teacher  of  languages,  and  had 
no  other  means  of  support  than  what  he  gained  by  that  employment;  yet  he 
employed  several  scholars  and  foreigners  to  verity  his  work,  by  which,  we  are 
told,  «  he  ran  into  many  and  great  debts  )>.  It  is  in  this  Dictionary  that  the 
comical  story  of  the  origin  of  the  word  Cockney  appears.  See  Tians.  Phil. 
Soc.  for  1865,  p.  230. 

107.  Etymologicon  Linguse  Anglicanas,  seu  Explicatio  vocum  Angli- 
carum  Etymologica  ex  propriis  fontibus,  scil.  ex  Linguis  duodecim  : 
Anglo-Saxonica  seu  Anghca  prisca,  \     Belgica,  notata  Belg. 

notata  AS.  1  i  Teutonica  recentiori,  notata  Teut. 

Runica  ,    Gothica  ,    Cimbrica    seul  S Cambro-Britanica,  notata  C.  Br. 

Danica    antiqua ,    notata    Run.f  Ipranco-Gallica,  notata  Fr. 

Dan.  }  ]Italica,  notata  It. 

Franco-Theotisca,    seu   Teutonical  /Hispanica,  notata  Hisp. 

vetere,  notata  Fr.  Th.  \  f  Latina,  notata  Lat. 

Danica  recentiori,  notata  Dan.  rec.  :  ^  Graeca,  notata  Gr. 

Omissis  intérim  iis  omnibus  quas,  unica  litera  addita  vel  mutata  Roma- 
nam  profitentur  originem,   utpote  quse  pueris  nota  sunt,    et  librum  in 


Attodiad  y  Lyfr\ddiaeth  y  Cymry.  ^9 

incommodam  molem  attelèrent;  omissis  etiam  ob  eandem  causam  Deri- 
vativis  fere  omnibus,  ut  quse  expositis  radicibus,  neminem  propitio  Mer- 
curio  natum  latere  possunt.  Accedit  Etymologicon  Botanicum,  seu 
explicatio  nominum  omnium  vegetabilium,  praesertim  solo  nostro  assue- 
torum,  aut  quae,  licèt  peregrina  sint,  vulgô  nota  sunt;  omissis  intérim 
quas  manifesté  vel  à  Latino  vel  à  Graeco  fonte  promanant.  Accedit  et 
tertio  vocum  Forensium  tum  antiquarum  et  jam  obsoletarum,  tum 
recentium,  et  quse  adhuc  in  usu  sunt,  etymologica  expositio,  rejectis 
etiam  hic  quae  aperte  Latinos  natales  agnoscunt.  Quarto  adjectae  sunt 
originationes  omnium  vocum  antiquarum  Anglicarum,  quae  usq;  Wil- 
helmo  Victore  invaluerunt,  et  jam  ante  parentum  aetatem  in  usu  esse 
disierunt,  vitatis  ubique  quae  non  obscure  Romanam  redolent  prosapiam. 
Tandem  ultimo  Etymologicon  Onomasticon,  seu  explicatio  etymologica 
nominum  fluviorum,  regionum,  oppidorum,  pagorum,  collium,  montium, 
sinuum,  et  promontoriorum,  et  praecipuè  Virorumet  Faeminarum,  quae  vel 
apud  Anglo-Saxones  olim  fuerunt.  vel  etiamnum  apud  nos  in  usu  sunt: 
adjectis  etiam  nominibus  celebrium  Locorum,  Virorum,  et  Mulierum,  quae 
in  Historiis  Anglicè  conscriptis  occurrunt,  praesertim  si  Germanicae 
originis  sint,  omissis  intérim  quae  à  Latino,  Graeco,  aut  Hebraico  fonte, 
saltem  manifesté,  fluunt,  utpote  passim  à  multis  authoribus  jamdiu  satis 
accuratè  expositis.  Omnia  alphabetico  ordine  in  quinque  distinctas  classes 
digesta.  Candidus  Lector  pleniorem  et  luculentiorem  instituti  mei  ratio- 
nem  in  praefatione  libri  hujus  expectabit.  Authore  Stephano  Skinner, 
M.  D. 

Londini,  Typis  T.  Roycroft,  et  prostant  vénales  apud  H.  Brome  sub 
signo  Bombardae  ad  occidentale  Sancti  Pauli  latus,  R.  Clavel,  B.  Tooke 
sub  signo  Navis  cœmeterio  Divi  Pauli,  et  T.  Sawbridge  sub  signo  trium 
Iridum  in  Parva  Britannia.  MDCLXXI.  Folio. 

The  quantity  of  Welsh  in  this  laborious  work  is  nol  very  considérable.  The 
author  was  born  in  1623,  and  practised  at  Lincoln  as  a  physician  with  great 
success,  where  he  died  in  1667,  in  the  44th  year  of  his  âge.  He  left  his  work 
unfinished,  but  it  was  published  from  his  manuscripts  with  additions  by  Thomas 
Henshaw.  —  See  Trans.  Pbil.  Soc.  for  1865,  p.  237. 

108.  Esponiad  ar  y  Testament  New^ydd.  Gany  Parch.  George  Lewis. 
Rhifyn  L  Pris  Swllt. 

Caerlleon,  W.  C.  Jones,  1800,  8vo. 

Theseventh  and  concluding  volume  had  net  been  completed  when  the  author 
died  in  1822.  A  notice  of  Dr.  George  Lewis  will  be  found  in  Ll.  y  C.  1796,  12. 

109.  Autheniic  Narrative  of  the  singular  and  surprising  conduct  of  Sir 
Watkin  Lewes,  respecting  the   Détention  and   Concealment  of  an  old 


40  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

Latin  Deed,  delivered  to  him  about  ten  years  ago,  for  the  purpose  of 
making  out  and  establishing  the  Title  of  a  poor  person  in  Pembrokeshire 
to  a  large  Estate.  1786,  8vo. 

To  this  case,  which  appears  to  hâve  attracted  much  public  attention  at  the 
time,  Gwallter  Mechain  {Gwaith,  i.  412)  alludes  in  the  following  couplet: 

(I  Mae'n  y  Fflcel  mewn  anhoff  lys 

Lawer  Syr  Watcyn  Lewys.  » 

1 10.  Light  broke  forth  in  Wales,  expelling  Darkness;  or  the  English- 
man's  Love  ofthe  Ancient  Britons.  By  Benjamin  Keach. 

London,  1696,  i2mo. 

I  II .  A  Relation  of  Ghosts  and  Apparitions,  which  commonly  appear 
in  the  Principality  of  Wales  :  designed  to  confute  and  to  prevent  the 
Infidelity  of  denyng  the  Being  and  Apparition  of  Spirits,  which  tends  to 
Irreligion  and  Infidelity.  By  the  Rev.  Edmund  Jones. 

Bristol,  1767. 

This  little  volume  of  superstition  was  reprinted  in  1780,  8vo,  and  again  at 
Newport  (Monmouthshire)  in  1813,  Svo.  An  article  on  the  popular  supersti- 
tions of  Wales,  with  a  notice  of  this  work,  will  be  found  in  the  Rétrospective 
Rcview,  xi.  66.  For  a  notice  ofthe  author,  see  Ll.  y  C.  1743,9. 

112.  The  Welchmens  Ivbilee  to  the  Honovr  of  St.  David.  By  T. 
Morgan. 

London  (1641),  4to. 

113.  The  Excursion  down  the  Wye  from  Ross  to  Monmouth.  By 
Charles  Heath. 

Monmouth,  1799,  Svo. 

A  second  édition  appeared  at  the  same  place  in  1808,  Svo. 

114.  Descriptive  Accounts  of  Petersfield  and  Chepstow,  including 
Caerwent  and  the  Passages  :  also  the  Road  to  Bristol  and  Glocester.  By 
Charles  Heath. 

Monmouth,  1793,  ^^o. 

115.  Fodinae  Regales  :  or  the  History,  Laws  and  Places,  of  the  chief 
Mines  and  Minerai  Works  in  England  and  Wales,  and  the  English  Pale 
in  Ireland.  By  Sir  John  Pettus,  Km. 

London,  1670,  folio. 

Another  édition,  in  8vo,  was  issued  in  1701. 

116.  North  Wales  defended,  or  an  Answer  to  an  immodest  and 
scurrilous  Libel,  lately  published,  and  entitled  A  Trip  to  North  Wales, 
being  (as  the  author  pretended j  a  description  of  that  countrey  and 
people. 

London,  1701,  4to. 


Atîodiad  y  Lyfryddiaeth  \  C\mry.  41 

The  libel  hère  alluded  to  was  the  production  of  an  anonymous,  and,  we 
may  suppose,  briefless  barrister.  It  was  reissued  together  with  several  other 
documents  of  similar  character  in  1741  or  1742,  i2mo,  by  John  Torbuck. 

1 17.  A  Month's  Tour  in  North  Wales,  Dublin,  and  its  Environs. 
London,  1781,  8vo. 

1 18.  Letters  from  Snowden,  descriptive  of  a  Tour  thro'  the  Northern 
Counties  of  Wales.  London,  1777,  i2mo. 

A  virulent  attack  upon  Wales  and  Welshmen,  attributed  to  Joseph  Cradock. 
It  has  been  characterised  as  being  «  false  as  superficial.  »  This  appears  to  be 
the  second  édition.  See  Ll.  y  C.  1770,  25. 

1 1 9.  The  Welsh  Ambassadour,  or  the  Happy  Newes  his  Worship 
hath  brought  to  London,  with  her  thirteen  Articles  of  Acreements. 

London,  1643,  410. 

One  of  the  many  political  books  and  pamphlets  published  by  the  contending 
parties  during  the  civil  war,  supposed  national  peculiarities  being  turned  to 
political  and  religions  account. 

'  120.  The  honest  Welch  Cobler,  for  her  do  scorne  to  call  herselfe  the 
simple  Welch  Cobler  :  Although  her  thinks  that  her  hâve  not  so  much 
Wit  as  her  Prother  Cobler  of  America.  By  Shinkin  ap  Shone,  etc. 

London,  1647,  4to,  pp.  8. 

Another  production  of  the  same  class  as  N°  119. 

12  1.  Christs  Coming  opened  in  a  Sermon  before  the  Honourable 
House  of  Commons  in  Margarets  Westminster  :  May  17.  1648.  Being 
the  day  appointed  for  Thanksgiving  for  the  great  Victory  in  Wales.  By 
William  Bridge,  Preacher  of  the  Word  of  God  at  Yarmouth. 

London,  Printed  for  Peter  Cole  at  the  Signe  of  the  Printing-Presse 
in  Cornhill  at  the  Royall  Exchange.  1648,  4to,  pp.  23. 

The  »'  Great  Victory  »  was  that  of  St.  Fagan's,  near  Cardiff,  in  1648. 

122.  Major  gênerai  Langhorns  Letter  to  the  Speaker  of  the  taking  of 
Carmarthen  Tovvn  and  Castle,  and  reducing  that  County  to  the  Parlia- 
ment. 

London,  1645,  4to. 

125.  Proceedings,  Précédents,  and  Arguments  on  Claims  and  Contro- 
versies  concerning  Baronies  by  Writ  and  other  Honours.  Published  from 
the  ms.  collections  ofR.  Glover,  Sir  W.  Dugdale,  etc.  by  Arthur  Collins. 

London,  1734,  folio. 

Contains  many  pedigrees  connected  with  the  Principality. 

124.  Dwy  0  Gerddi  a  Dau  Englyn  Newiddion.  Y  Gyntaf,  sydd  yn 
Demuned  ar  bob  Dyn  [sydd  yn]  Gwllysio  bod  yn  gadwedig  pan  fo  [y] 
Nef  yn  Crynu  ar  holl  ddaiar  yn  llosci...  am  gyflownu  gytundeb  a  mab 


42  Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

Duw. . .  fedydd  ag  yn  i  Cymmun  ne  pa  fodd  y . . .  n  dyn  ddwud  i  fod  ef  yn 

Cadwedig  i'w  [chanu]  ar  don  Elwir  Loth  to  Départ  y  fordd... 

Yn  Ail.  Dechre  Dau  Bennill  tros  wr  leuangc  i'w  gariad  sef  Margaret 
Jones  o'r  Pentre  Llanllyfni  i'w  canu  ar  y  don  a  Elwir... 

Argraphwyd  yn  y  Mwylhig  tros  T.  R.  E.  H. 

The  author's  name  is  thus  subscribed:  «John  Cadwaiadr  o  Blwy  llan  cily- 
llyn  Tegid  foel  ai  cant.»  A  few  pages  of  trash  ;  see  Ti-adhodydd,]an.  1872, 104. 

125.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  Dechreu...  neu  gân  dduwiol  i 
annog  pob  gradd  0  Ddynion  i  feddwl  am  farwolethi'w  chanu  ar  Druban. 
II.  Cyffes  yr  oferddyn  yn  dangos  natur  halogedig  y  Pechod  atcas 
hwnnw  sef  medd-dod  gyda  chyngor  i  ymadel  ag  ef  cyn  bod  yn  rhy  hwyr 
i'w  chanu  ar  y  mesur  Monday  Morning. 

Argraphwyd  yng  Ngwrecsam  gan  R.  Marsh.  1774. 
The  author  was  Richard  Parry,  a  schoolmaster.  See  n°  82. 

126.  Almanac  am  y  Flwyddyn  1776.  Cyhoeddedig  gan  J.  Eddowes 
yn  y  Mwythig,  a  R.  Marsh  yn  Wrecsam. 

Contains  some  poetical  effusions,  with  an  account  of  an  Eisteddfod  held  at 
Selatyn,  near  Oswestry.  in  1748. 

127.  Difrifol  fyfyrdod  am  Farwolaeth,  sef  y  Pummed  Llythr  ystyriol 
am  Wellhad  Buchedd  y  Ddaearol  Bererindod.  Cyndyfod  cennad  Pechod 
i'n  Cyrchu  i'r  Byd  anweledig  0  olwg  cnawdol,  etc.  Hyn  a  fyfyriwyd 
gan  Ellis  Roberts,  0  Landdoged,  y  prydydd  a  Chowper. 

Yr  ail  Argraphiad  yng  Wrecsam  dros  Edward  Roberts.  I79^ 

128.  Ymddiddanion  rhwng  Cristion  a  Dryg-ddyn  yn  gosod  allan  fod 
efïeithiol  Air  yr  Arglwydd  yn  gweithio  troeadigaeth  yn  y  Pechadur 
mwya  oedd  yn  ola,  a  thrwy  Ragluniaeth  nefol  yn  dyfod  ymlaena...  yr 
hyn  a  eill  fod  fod  yn  gysur  tragwyddol  i'r  sawl  sydd  yn  meddwl  am  fyd 
0  Dragwyddoldeb.  Gan  Ellis  Roberts. 

Trefriw  Argraphwyd,  1778,  i2mo. 

A  sort  of  religions  «  interlude.  »  The  same  rhymster  is  said  to  hâve  publish- 
ed  another  in  1777.  Traethodydd  for  1872,  p.  106. 

129.  The  Praise  of  St.  David's  Day,  Shewing  the  Reason  why  the 
Welchmen  honour  the  Leeke  on  that  day. 

An  early  black  ietter  broadside  preserved  in  the  British  Muséum,  of  which 
a  few  copies  were  reprinted  in  1851,  8vo. 

130.  Ordinances  ofthe  Lords  and  Gommons,  with  the  Commission- 
ers'  Orders  for  the  Monthly  Assessment  of  the  Gounty  of  Pembroke, 
Ordinance  for  the  payment  of  soldiers  out  ofthe  Bishop's  Lands,  etc., 
1647,  small  quarto. 

«  It  gives  the  names  of  the  principal  Roundheads  in  Pembrokeshire  at  the 
time.  » 


Attodiad  y  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  4; 

151.  Relation  of  the  last  Fight  upon  the  Advance  to  Pembroke,  Colo- 
nel Fleming  and  many  others  of  the  Parliament  forces  killed,  with  Votes 
in  Parliament  for  Setling  of  the  Kingdome. 

1648,  4to. 

This  11  Relation  »  is  dated  from  Carmarthen,  24th  Aprii,  1648. 

132.  Addresses  from  the  Justices  of  Peace,  Gentlemen,  Clergy,  and 
Freeholders  of  the  County  of  Pembroke  on  the  Growth  of  Vice  and 
Immorality.  1710  (Two  leaves). 

133.  An  Act  for  Altering,  Improving,  and  Repairing  the  Road  from 
Golden  Grove  Park,  in  the  Parish  of  Llandilofawr,  to  Llanddarog,  and 
several  other  Roads  in  the  county  of  Carmarthen. 

A  folio  of  55  pages,  privately  printed,  in  1792. 

1 54.  The  fair  Jilt,  or  the  Welch  Gallant;  being  the  Life  and  Adven- 
tures  of  Mr.  James  Parry,  late  organist  of  Ross,  in  his  extraordinary 
Amour  with  the  celebrated  Miss  P —  of  Monmouthshire.  1771,  8vo. 

155.  Llyfr  Gweddi,  or  Missal  for  the  use  of  the  Laity^  in  Welsh. 
Rouen,  1642,  24  mo. 

The  title  and  date  are  hère  given  as  found  in  aLondon  bookseller's  catalogue, 
in  which  it  is  stated  that  the  copy  therein  offered  for  sale  wanted  the  title  and 
first  two  leaves.  A  similar  title,  given  on  much  the  same  authority,  will  be 
found  in  Ll.  y  C.  1642,  12.  It  is  quite  possible  i\[-i!i  Alhvyàà  Par^j^w^i  (Luyck, 
1670J  may  be  the  work  referred  to.  See  U.  -j  C.  1670,  i. 

I  \G.  An  Account  of  Devil's  Bridge,  Hafod,  Strata  Florida  Abbey,  etc. 

Hereford,  1798,  i2mo. 

137.  Guide  to  the  Town  and  Castle  of  Cardiff.  1796,  i2mo. 

1 58.  Y  Bibl  Cyssegr-lan;  sef,  yr  Hen  Destament  a'r  Newydd. 

Rhydychen  :  Printiedig  yn  Argraphdy  Clarendon,  gan  W.  Daw^son, 
T.  Bensley,  aJ.  Cooke,  Printwyr  i'r  Brif-Ysgol.  MDCCXCIX.  8vo. 

This  édition  consisted  of  ten  thousand  copies  of  the  Welsh  Bible,  Common 
Prayer,  and  metrical  Psalms,  besides  two  thousand  extra  copies  of  the  New 
Testament.  The  author  of  Ll.  y  C.  under  this  year,  n"  33,  appears  to  describe 
the  folio  édition  of  1801. 

1 39.  Arweinydd  i'r  Anwybodus  (i  ddysgu  darllain  Cymraeg).  Pris  6  c. 

140.  Catecism  Athrawiaethol  ac  Ymarferol.  Pris  2  c. 

This  and  the  preceding  (n"  1391,  the  productions  of  Dr.  Geo.  Lewis,  appeared 
in  1799  or  1800.  There  were  several  éditions,  but  the  dates  are  seldom  given. 

D.  SiLVAN  Evans. 
{To  be  continued.) 


LA    POÉSIE    POPULAIRE 

EN    BRETAGNE 
d'après  les  plus  récents  travaux. 


Ce  travail  a  été  trauvé  dans  les  papiers  de  feu  Guillaume  Lejean,  dont  la  mort 
a  été  aussi  regrettable  pour  les  lettres  bretonnes  que  pour  la  science  géogra- 
phique (cf.  Revue  Celtique,  \,  284).  Bien  que  la  question  de  l'origine  des  poèmes 
du  Barzaz-Breiz  ait  été  assez  souvent  traitée  dans  les  recueils  d'érudition  pour 
être  jugée  dans  l'opinion  du  public  savant,  nous  avons  cru  utile  de  publier  ce 
travail  posthume  de  Guillaume  Lejean  non-seulement  par  respectueuse  piété  pour 
sa  mémoire,  mais  aussi  parce  qu'il  résume  d'une  façon  heureuse  l'histoire  de  la 
renaissance  littéraire  bretonne  dans  ce  siècle.  On  ne  pourra  récuser  ni  la  compé- 
tence, ni  l'impartialité  de  l'auteur  :  il  était  Breton  bretonnant  et  il  aimait  son 
pays.  —  H.  G. 

De  tous  les  recueils  de  chants  populaires  qui  depuis  moins  de  cinquante 
ans  ont  signalé  à  l'attention  des  lettrés  une  source  toute  neuve  de  poé- 
sie jeune,  vigoureuse  et  féconde,  il  n'y  en  a  probablement  pas  un  seul 
qui  se  soit  produit  avec  plus  d'opportunité  et  de  bonheur  que  celui  des 
chants  bretons  de  M.  de  la  Villemarqué.  Quand  ce  livre  parut,  il  y  a 
trente  ans,  le  public  français,  encore  dans  toute  la  ferveur  du  roman- 
tisme, était  admirablement  disposé,  par  les  chants  serbes  et  grecs  de 
Marcellus  et  de  Vouk  Stefanovitch,  en  faveur  de  l'instinct  lyrique  des 
races  barbares  :  il  ne  songeait  pas  à  faire  une  exception  au  détriment  de 
la  race  bretonne,  après  le  succès  tout  récent  des  Derniers  Bretons 
d'Emile  Souvestre,  qui  affirmaient  énergiquement  les  aptitudes  poétiques 
de  cette  race,  et  des  vers  de  Brizeux  qui  les  prouvaient  si  victorieuse- 
ment. Le  Barzaz  Breiz  arrivait  donc  à  son  heure  et  se  plaça  du  premier 
coup  bien  au-dessus  de  ses  rivaux  allemands  ,  espagnols,  slaves  et 
hellènes.  Egal  des  meilleurs  au  point  de  vue  de  l'inspiration,  il  était 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  4<, 

supérieur  à  tous  par  la  haute  antiquité  attribuée  à  ses  principaux  chants, 
et  que  nul  alors  n'eut  l'idée  de  discuter.  Les  textes,  mis  en  regard  des 
traductions  françaises,  semblaient  écarter  tout  soupçon  de  fraude  patrio- 
tique. Rien  ne  manquait  à  ce  succès,  ni  l'adoption  d'Augustin  Thierry, 
ni  le  suffrage  du  souverain  archéologue  de  Prusse,  ni  l'enthousiasme  de 
George  Sand,  ni  les  chaudes  sympathies  éveillées  au-delà  de  la  Manche 
parmi  les  Gallois,  ces  frères  aines  du  petit  peuple  breton. 

Après  un  sommeil  de  plus  de  trente  années,  la  critique  a  fini  par 
venir  réclamer  ses  droits.  Des  doutes  plus  ou  moins  discrets,  nés  depuis 
longtemps  parmi  les  compatriotes  de  l'ingénieux  auteur  et  surtout  parmi 
les  collectionneurs  formés  à  son  exemple,  se  sont  fait  jour  dans  diverses 
publications  spéciales,  signées  des  hommes  les  plus  compétents  dans  ces 
difficiles  études.  Le  but  était  de  provoquer  chez  les  travailleurs  dévoués 
à  la  renaissance  des  études  celtiques  le  désir  de  poser,  en  termes  mieux 
définis  qu'on  ne  l'avait  fait  jusqu'ici,  la  question  des  origines  de  la  poésie 
nationale  chez  les  derniers  des  Celtes.  Cette  question  est  d'un  intérêt 
plus  général  qu'il  ne  le  parait  au  premier  abord.  Le  Barzaz  Breiz  tranche 
trop  nettement  sur  la  foule  des  recueils  rivaux  pour  que  l'authenticité 
de  ces  chants,  si  elle  est  prouvée,  ne  crée  pas  en  faveur  du  génie  breton 
une  exception  éclatante  à  toutes  les  règles  qui  gouvernent  la  poésie 
populaire.  C'est  une  conclusion  dont  peut  s'accommoder  le  patriotisme 
celtique,  mais  la  vérité  historique  et  littéraire  a  des  exigences  plus 
sérieuses. 


Les  premières  collections  de  chants  bretons  n'ont  pas  précédé  de  plus 
de  quarante  ans  celle  de  M.  de  la  Villemarqué.  On  les  doit  à  Cambry, 
administrateur  thermidorien  et  touriste  spirituel,  qui  a  donné  sous  le 
titre  de  Voyage  dans  le  Finistère  un  tableau  intéressant  et  vrai  d'un 
département  de  l'ouest  en  1795.  Cambry  a  glissé  çà  et  là  dans  ses 
esquisses  quelques  traductions  de  chants  recueillis  de  la  bouche  des 
paysans  :  mais  on  comprend  sans  peine  ce  que  pouvaient  penser  de  la 
muse  rustique  les  beaux  esprits  de  l'an  111,  quand  on  se  rappelle  l'accueil 
brutal  que  fit  Frédéric-le-Grand  aux  beaux  chants  populaires  de  la 
Suisse  recueillis  par  Muller.  Cambry  crut  racheter  l'audace  de  ses 
traductions  en  les  mêlant  de  quelques  pastiches  qu'il  donne  pour  œuvres 
bretonnes,  mais  dont  le  lecteur  reconnaît  tout  de  suite  la  provenance  à 
la  préciosité  gauche  et  sentimentale  qui  y  domine.  Notre  touriste  paraît 
même  avoir  fait  pis.  Il  cite  comme  un  exemple  du  mépris  brutal  des 


46  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

privilégiés  d'avant  89  pour  le  tiers-état,  une  chanson  composée,  dit-il, 
par  un  cloarec  de  Léon  sur  le  luxe  des  filles  de  la  bourgeoisie  :  «  Demoi- 
selles, filles  de  la  bassesse,  qui  verra  sur  vos  fronts  ces  bavolets,*  devra 
vous  cracher  à  la  figure...  »  Or,  je  tiens  d'une  source  digne  de  foi  que 
le  brouillon  de  cette  chanson  aurait  été  retrouvé  dans  les  papiers  de 
Cambry  et  qu'elle  serait  très-probablement  de  sa  façon.  On  voit  que  les 
contrefaçons  de  poésies  bretonnes  ne  datent  pas  d'hier. 

Cambry  était  bien  loin  de  chercher  un  intérêt  historique  dans  les 
chants  qu'il  avait  traduits.  Cette  idée,  d'ailleurs  bonne  et  féconde  par 
ses  résultats  ultérieurs,  fut  celle  d'un  écrivain  aujourd'hui  oublié,  mais 
qui  de  1826  à  1846  a  été  le  dictateur  de  l'archéologie  bretonne,  le  che- 
valier de  Fréminville.  Dans  les  Antiquités  des  Côtes-du-Nord  et  du  Finis- 
tère, où  il  racontait  quelques  épisodes  des  guerres  de  Bretagne  aux  xv'' 
et  xvi'^  siècles,  il  donne  en  appendice  les  textes  et  les  traductions  de 
chants  historiques  relatifs  à  ces  récits,  le  Siège  de  Guingamp,  V Héritière  de 
Keroulas,  Fontenelle-le- Ligueur.  Vint  ensuite  Emile  Souvestre  qui  dans 
les  Derniers  Bretons  traça  un  tableau  attrayant,  un  peu  superficiel,  de  la 
poésie  bretonne  dans  toutes  ses  branches.  Souvestre,  bien  autrement 
artiste  que  Fréminville  et  Cambry,  n'était  cependant  pas  l'homme  qui 
pouvait  fournir  un  pendant  celtique  au  Romancero  espagnol  ou  au  Cycle 
Romdiqne  de  Passow.  D'abord  il  ne  parlait  pas  le  breton  :  il  devait  se 
contenter  de  ce  que  collectionnaient  des  amis  de  province,  fort  dédai- 
gneux des  guerz  chantés  par  les  Homères  de  village  :  puis  sa  tournure 
d'esprit  le  portait  plutôt  vers  les  œuvres  écrites  en  breton  par  des  bour- 
geois lettrés,  spirituels,  faiseurs  d'épigrammes  politiques  ou  sociales 
comme  Le  Laë  et  l'auteur  anonyme  du  Buguel  Fur.  Le  livre  de  Souvestre 
prépara  néanmoins  le  public  à  croire  à  de  hautes  facultés  poétiques  chez 
des  paysans  qui  jusque-là  n'éveillaient  en  France  que  le  souvenir  des 
sarcasmes  déplacés  de  M""'  de  Sévigné  ou  des  nocturnes  assassinats  de 
la  chouannerie.  Sans  vouloir  rechercher  si  le  succès  des  Derniers  Bretons 
fut  pour  quelque  chose  dans  l'idée  qui  inspira  le  Barzaz  Breiz,  je  le 
répète,  ce  dernier  livre  arriva  bien  à  son  heure. 

Le  sentiment  qui  l'accueillit  dans  le  monde  lettré  fut  comme  un  senti- 
ment unanime  d'étonnement,  de  sympathie  et  d'admiration.  Même 
aujourd'hui  que  les  engouements  du  romantisme  ont  disparu,  on  ne  peut 
lire  dans  le  texte  original  ces  chants  étranges  sans  y  reconnaître  une 
source  vive,  puissante  et  intarissable  de  pure  et  large  poésie.  Par  un  de 
ces  bonheurs  qui  n'arrivent  pas  trois  fois  dans  un  siècle,  M.  de  la  Ville- 
marqué  avait  retrouvé  un  monde,  comme  Burnouf  et  Champollion.  Le 
camp  des  savants  garda  certaines  défiances  qui  ne  dépassèrent  pas  toute- 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  47 

fois  les  limites  d'un  cercle  restreint,  et  nul  ne  songea  à  rappeler  aux  lecteurs 
de  M.  de  la  Villemarqué  le  nom  importun  de  Macpherson.  La  compa- 
raison entre  les  deux  livres  ne  paraissait  guère,  en  effet,  laisser  place  à 
la  suspicion.  Macpherson  est  certainement  un  grand  artiste,  et  la  poésie 
anglaise  au  xviii*"  siècle  n'a  rien  à  opposer  à  certaines  pièces  détachées 
d'Ossian,  à  l'admirable  Nuit  d'orage  par  exemple  :  mais  si  on  en  lit  vingt 
pages  de  suite,  on  est  obligé  de  reconnaître  que  l'harmonieux  auteur  n'a 
qu'une  seule  note,  et  que  cette  note  est  un  peu  passée  de  mode.  On 
sent  trop  souvent  qu'il  est  le  contemporain  de  Volney  et  qu'il  semble 
paraphraser  certaines  pages  des  Ruines.  Or,  dans  quelque  préoccupation 
qu'on  lise  le  Barzaz,  on  n'y  trouve  pas  de  trace  dominante  des  goûts 
littéraires  particuliers  à  telle  ou  telle  période  de  l'art  contemporain. 
L'ensemble  de  ces  strophes  n'a  pas  vieilli  depuis  trente  ans,  et  quand 
M.  de  la  Villemarqué  assigne  à  tels  ou  tels  de  ces  chants  les  dates  de  580, 
de  818  ou  de  1527,  l'esprit  captivé  ne  songe  pas  à  s'inscrire  en  faux 
contre  la  vraisemblance  littéraire.  Les  doutes,  s'il  s'en  produit,  doivent 
donc  chercher  un  autre  terrain. 

On  se  demandera  quel  fut  l'accueil  fait  au  Barzaz  Breiz  par  les  érudits 
et  les  travailleurs  sérieux  du  pays  natal  de  l'auteur.  C'est  là  en  effet  un 
critérium  assez  précis.  On  sait  ce  que  les  philologues  les  plus  accrédités 
de  la  France  romane  pensent  de  la  langue  poétique  et  de  la  valeur  litté- 
raire de  Jasmin,  d'autant  plus  célèbre  à  Paris  qu'il  n'y  a  pas  dix 
personnes  peut-être  dans  cette  ville  qui  Paient  lu.  Ce  cap  redoutable  fut 
doublé  par  M.  de  la  Villemarqué  avec  un  rare  bonheur.  Le  patriotisme 
armoricain  s'associa  passionnément  à  un  succès  qui  mettait  les  chants 
nationaux  des  Bretons  sur  la  même  ligne  que  les  Sagas  de  l'Islande  et 
les  Piesmas  de  l'Illyrie.  Les  promoteurs  nombreux,  mais  mal  organisés, 
du  mouvement  en  faveur  de  la  langue  et  de  la  littérature  celtiques 
reconnurent  avec  docilité  et  même  avec  empressement  M.  de  la  Ville- 
marqué  pour  leur  chef  d'école.  Cette  déférence  spontanée,  il  la  dut 
peut-être  moins  à  la  renommée  européenne  qu'à  une  circonstance 
particulière,  faite  pourtant  pour  éveiller  de  justes  défiances  :  Je  veux 
parler  du  système  grammatical  qui  a  présidé  à  la  composition  du  Barzaz. 
Quelques  explications  rétrospectives  sont  ici  nécessaires. 


La  langue  bretonne,  telle  qu'un  peuple  de  i,?oo,ooo  âmes  la  parle 
aujourd'hui  depuis  l'embouchure  de  la  Villaine  jusqu'à  l'île  d'Ouessant, 
est  un  idiome  d'une  construction  archaïque  très-prononcée,  aussi  proche 


48  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

parent  du  gallois  que  le  piémontais  l'est  de  l'italien  littéraire,  souple, 
nerveux,  et  qui  peut  paraître  un  peu  dur  à  qui  n'a  jamais  entendu  une 
phrase  d'allemand  ou  d'arabe.  Probablement  très-pur  à  l'époque  où  il  se 
détacha  du  tronc  gallois  ou  cambrien,  il  a  eu  la  mauvaise  fortune  de 
s'altérer  au  contact  d'une  langue  puissante  qui  le  cerna  de  tous  côtés  et 
qu'adoptèrent,  dès  les  croisades,  les  souverains,  l'aristocratie  et  les 
lettrés  de  Bretagne.  Dédaignée  durant  l'autonomie  de  la  province,  per- 
sécutée par  les  Parlements,  sournoisement  minée  par  le  fonctionnarisme 
français  qui  la  regarde  comme  un  obstacle  «  à  la  diffusion  des  lumières,  » 
—  surtout  de  la  lumière  qui  vient  des  sous-préfectures,  —  la  vieille 
langue  des  derniers  Celtes  du  continent  a  conservé  l'intégrité  de  sa 
syntaxe,  mais  a  dû  admettre  dans  son  vocabulaire  l'énorme  proportion 
de  deux  cinquièmes  de  mots  français.  Cette  décadence  a  permis  à  bien 
des  gens  de  pronostiquer  la  mort  prochaine  de  l'idiome  importun,  sous 
la  quadruple  action  de  l'administration,  de  l'école  primaire,  du  recrute- 
ment et  des  chemins  de  fer.  Ce  verdict  est  passablement  prématuré.  La 
langue  recule,  évidemment,  mais  avec  une  lenteur  qui  en  ajourne  à  des 
siècles  l'extinction  totale.  L'action  de  l'administration  est  assez  faible.  On 
a  essayé  sous  le  dernier  règne  '  de  «  civiliser  »  les  paysans  au  moyen 
d'un  journal  bien  pensant,  qui  leur  donnait  six  colonnes  de  bulletins 
officiels  sur  la  reprise  de  Lyon  insurgé  et  pour  feuilleton  les  romans 
maritimes  d'Eugène  Sue  :  je  doute  cependant  que  cette  malheureuse 
feuille,  qui  a  duré  quelques  mois,  ait  eu  cinq  abonnés  payants.  L'école 
est  plus  puissante  :  le  jeune  Breton  y  apprend  le  français  qui  lui  servira 
plus  tard  quand  il  ira  aux  foires  ou  aux  marchés,  mais  il  se  garde  bien 
de  le  parler  chez  lui.  Quant  aux  jeunes  soldats  libérés,  que  sept  années  de 
service  ont  pourvus  d'un  français  qui  rappelle  un  peu  le  patois  des 
créoles,  les  uns  reprennent  la  charrue  et  sont  au  bout  de  huit  jours 
refondus  dans  le  milieu  ambiant  :  les  autres  (et  le  nombre  n'en  est  que 
trop  grand),  revenus  du  régiment  avec  des  habitudes  et  des  vices  qui  ne 
s'accommodent  pas  de  la  vie  rurale,  se  font  cochers  ou  valets  de  chambre, 
et  l'agglomération  croissante  des  villes  les  engloutit.  Reste  le  railway, 
le  «  dragon  rouge,  »  maudit  par  Brizeux  en  vers  plus  brillants  que  vrais. 
Son  action  jusqu'ici  ne  paraît  pas  bien  menaçante.  Les  bandes  d'ouvriers 
nomades  que  les  travaux  de  construction  des  deux  grandes  lignes  de 
l'Ouest  ont  amenées  sur  le  sol  breton,  sont  parties  comme  elles  étaient 
venues,  poursuivies  du  sobriquet  peu  sympathique  de  cheminots.  Dans  toutes 
les  stations,  les  facteurs  mêmes,  sous  leur  «  plaque  tournante,  »  ne  parlent 

I.  (Il  est  question  ici  du  règne  de  Louis-Philippe;  M.    Lejean  écrivait   sous  le  second 
Empire.  | 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  49 

entre  eux  que  breton,  La  langue  de  l'avenir  n'a  encore  conquis  que  les 
buvettes  bâties  autour  des  gares. 

Franchement,  je  ne  vois  pas  qu'il  y  ait  à  s'en  affliger,  et  que  la  civi- 
lisation soit  fort  intéressée  à  l'extinction  de  cette  vieille  langue  si  robuste 
et  si  dure  à  mourir.  Une  langue  n'est  pas  seulement  une  curiosité  de 
plus  dans  le  musée  varié  de  la  Babel  humaine,  intéressante  pour  quelques 
savants  et  quelques  lettrés  :  c'est  toujours  l'expression  d'un  ordre  social 
ou  moral  qui,  bon  ou  mauvais,  ne  se  modifie  pas  sensiblement  tant  que 
subsiste  l'idiome  par  lequel  il  se  traduit.  Tous  les  philologues  savent 
qu'il  y  a  des  langues  nobles  et  des  langues  vulgaires.  Les  idiomes  celti- 
ques peuvent  avoir  subi  à  travers  les  siècles  des  altérations  regrettables, 
mais  ils  restent  toujours  un  peu  solennels,  graves,  rebutants  à  cette 
vulgarité  qui  envahit  les  langues  modernes  comme  la  société  qui  les 
parle.  Cela  est  si  vrai  que  j'ai  parfois  observé  un  fait  curieux  chez  des 
paysans  à  qui  le  breton  et  le  français  étaient  comme  à  moi  également 
familiers  :  ils  se  servaient  du  premier  pour  traduire  leurs  idées  sérieuses, 
du  second  pour  émettre  des  trivialités  ou  des  grivoiseries.  Ce  n'étaient 
pas  des  grammairiens  ou  des  puristes  :  cependant  ils  sentaient  d'instinct 
qu'un  mot  très-libre  s'exprime  plus  aisément  dans  la  langue  de  Béranger 
que  dans  celle  de  Merlin.  Or,  si  la  Bretagne  actuelle  n'est  pas  précisé- 
ment une  Arcadie,  elle  n'a  rien  de  commun  avec  le  milieu  social  qui  a 
posé  pour  les  hideux  Paysans  de  Balzac,  si  toutefois  ce  milieu  existe 
quelque  part.  La  vieille  langue  est  l'enveloppe  conservatrice  des  vieilles 
mœurs  comme  elle  est  le  véhicule  des  vieilles  idées,  et  si  elle  disparais- 
sait, ce  ne  serait  pas  pour  faire  place  au  français  de  Voltaire  ou  de 
Courier,  mais  bien  au  profit  des  patois  rebutants  parlés  dans  la  Bretagne 
francisante  et  dans  les  provinces  qui  y  touchent. 

Les  lettrés  qui  poussent  depuis  cinquante  ans  à  une  renaissance  celto- 
bretonne  ont  moins  obéi  aux  considérations  morales  exprimées  plus  haut 
qu'à  des  préoccupations  d'art  fort  légitimes  en  elles-mêmes,  bien  qu'abu- 
sives dans  l'application.  Tout  philologue  délicat  préférera  toujours  une 
langue  pure,  n'eût-elle  que  deux  mille  mots,  à  certains  idiomes  modernes 
qui  ont  ramassé  de  toutes  mains  les  60,000  mots  de  leur  dictionnaire. 
Le  vieil  anglais  de  la  Chronique  saxonne  n'est  pas  riche,  mais  il  est 
I  grammaticalement  supérieur  à  la  langue   dans  laquelle  «  se  ruiner  » 
l  s'exprime  par  fail  In  difficultles  et  «  une  grossesse  »  par  an  interestlng 
I  situation  '.  Pour  peu  qu'on  ait  quelque  teinture  de  philologie  comparée, 
1  il  est  impossible  de  ne  pas  être  rebuté  par  ces  mélanges  hybrides  dont  la 

1.  Voir  l'amusant  pamphlet  d'un  puriste  anglais,  A  plea  for  îhe  Queen's  English.  1868. 
Rev.  Celt.  Il  4 


50  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

moitié  des  langues  de  l'Europe  est  sortie.  A  ce  point  de  vue  de  la  théorie, 
nous  sommes  tous  d'accord;  cependant  ces  mélanges  sont  l'œuvre  d'une 
lente  alluvion  séculaire  qu'il  est  impossible  d'annuler  à  moins  de  dispo- 
ser de  circonstances  ou  de  moyens  exceptionnels.  Sans  doute  les  nova- 
teurs peuvent  s'autoriser  de  ce  qui  a  été  fait  dans  ce  genre  depuis  trente 
ans  en  Grèce  et  en  Roumanie,  de  ce  qui  se  tente  aujourd'hui  en  Bulga- 
rie; mais  sur  cette  terre  d'Orient,  la  question  a  une  importance  bien 
autrement  grave  et  urgente.  La  langue  y  est  le  palladium  et  le  signe  le 
plus  visible  de  nationalités  puissantes,  vigoureuses,  frémissantes  au 
milieu  de  la  barbarie  qui  les  entoure  et  dont  elles  ne  viennent  que 
d'émerger.  Les  éléments  turcs  et  slaves  dans  le  grec  et  le  roumain  étaient 
le  souvenir  vivant  de  la  domination  des  bachi-bozouqs  et  des  cosaques  : 
l'élimination  des  uns  a  paru  la  conséquence  nécessaire  de  l'expulsion 
des  autres.  Les  lettrés  pouvaient  dicter  des  lois  grammaticales  à  un 
peuple  qui  leur  obéissait  avec  confiance  parce  qu'il  les  avait  vus  sur  un 
autre  terrain.  Une  presse  active,  ardente,  nombreuse  (cent  vingt-sept 
journaux  dans  la  Grèce  seule!)  propageait  leurs  idées,  et  les  gouverne- 
ments nationaux  les  appuyaient  de  leur  sanction  irrésistible.  Peut-on 
comparer  à  une  pareille  situation  et  à  de  pareils  moyens  les  essais, 
d'ailleurs  dignes  de  sympathie,  tentés  en  Bretagne  par  douze  ou  quinze 
amateurs  philologues  que  le  peuple  ne  comprend  pas  et  qui  ne  parlent 
même  pas  entre  eux  la  langue  «  épurée  »  qu'ils  écrivent  ? 

Le  promoteur  docilement  obéi  de  ce  mouvement  de  réforme  a  été 
Legonidec,  un  Breton  établi  à  Paris,  né  dans  la  banlieue  d'une  grande 
ville  maritime  où  se  parle  un  jargon  informe,  et  plus  naturellement  dis- 
posé par  cette  circonstance  à  réagir  contre  la  triviale  grossièreté  de  ce 
jargon.  Legonidec  savait  à  fond  sa  langue,  c'était  un  ardent  et  patient 
collectionneur,  mais  il  n'avait  ni  érudition  ni  critique  et  vivait  en  tout 
dans  les  rêves.  Ainsi,  il  racontait  volontiers  qu'il  avait  été  condamné  à 
mort  vers  1794  par  le  tribunal  révolutionnaire  de  Brest,  et  que  sur 
l'échafaud  il  avait  été  délivré  à  main  armée  par  une  troupe  d'hommes 
masqués  qu'il  n'avait  jamais  revus  depuis.  Ce  roman  improbable  en  lui- 
même  et  dont  la  fausseté  a  été  démontrée  d'une  manière  irrécusable',, 
Legonidec  en  était  venu,  par  une  hallucination  bizarre,  à  y  croire  ferme- 
ment. On  peut  juger  par  ce  fait  de  ce  que  pouvait  apporter  de  sens> 
critique,  dans  une  science  aussi  délicate,  un  esprit  si  étrangement i 
organisé  :  mais  le  défaut  de  critique  ne  lui  aliénait  guère  la  confiance  : 
de  l'école  philologique  bretonne,  qui  a  toujours  eu  l'habitude  regrettable  ; 

I.  Biographie  bretonne,  t.  II,  v"  Legonidec. 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  5 1 

de  «  travailler  sur  elle-même,  »  c'est-à-dire  de  se  retrancher  sur  son 
terrain  et  de  ne  pas  chercher  à  se  mettre  au  courant  des  progrès  que 
l'Allemagne  et  la  Suisse  ont  fait  faire  à  la  philologie  celtique.  «  Vous 
autres  fils  des  Celtes^,  vous  ne  savez  rien  de  vos  origines,  et  il  faut  que  ce 
soit  nous  qui  vous  l'apprenions,  «  me  disait  il  y  a  dix  ans  le  docteur 
Hermann  S...  Il  avait  raison. 

La  réforme  de  Legonidec  consistait  simplement  à  éliminer  du  vocabu- 
laire tous  les  mots  d'origine  latine  ou  française  qui  s'y  étaient  infiltrés  à 
la  longue.  C'était  une  tentative  fort  scabreuse  :  les  mots  qu'il  s'agissait 
d'écarter  avaient  si  bien  supplanté  leurs  synonymes  celtiques  que  de 
ceux-ci  il  ne  restait  nulle  trace,  et  les  plus  anciens  monuments  de  la 
langue  bretonne  sont  écrits  dans  ce  jargon  disgracieux  dont  on  aspirait 
à  se  débarrasser.  Legonidec  et  ses  disciples  ne  restèrent  puristes  qu'à  la 
condition  de  donner  aux  mots  des  significations  arbitraires  qui  n'étaient 
acceptées  que  d'un  groupe  d'initiés.  Je  me  contenterai  de  deux  exemples. 
Pour  rendre  les  mots  langage  et  imprimerie,  le  paysan  breton  dit  langaich 
et  imprimeri,  vrais  termes  de  patois  que  les  rénovateurs  ont  remplacés 
par  iez  et  gwaskerez.  Malheureusement  le  dernier  mot  signifie  proprement 
un  pressoir  à  cidre,  et  l'autre  ne  se  dit  que  des  divers  cris  des  animaux, 
principalement  des  oiseaux  :  au  pluriel  {iezjou)  il  s'entend  particulière- 
ment des  chats.  Je  demande  pardon  de  ces  exemples  un  peu  puérils, 
qui  montrent  la  portée  de  cette  réforme  trop  prônée.  Les  mutations 
faites  dans  l'orthographe  eurent  le  même  caractère  :  Legonidec  emprunta 
de  toutes  mains  aux  alphabets  étrangers  les  lettres  les  moins  connues 
des  écrivains  et  des  typographes  bretons,  le  k,  le  w,  le  n  castillan.  Au 
nom  d'une  tradition  de  fantaisie,  ces  archéologues  ingénus  boulever- 
sèrent de  leur  propre  autorité  l'orthographe  traditionnelle  de  la  langue. 

La  réforme  Legonidec  ne  rencontra  que  sympathies  et  adhésions  una- 
nimes et  cela  se  comprend.  Elle  ne  descendit  pas  jusqu'au  peuple,  qui 
continua  de  lire  ses  vieux  livres  d'avant  89,  réédités  de  temps  à  autre 
à  Quimper,  à  Vannes  et  à  Morlaix  :  elle  resta  enfermée  dans  un  groupe 
d'amateurs  et  de  lettrés  gagnés  d'avance  à  un  système  radical  dont 
s'accommodait  ce  patriotisme  ami  des  grandes  phrases,  de  tout  temps 
reproché  aux  fils  des  Celtes.  Le  plus  illustre  adepte  fut  Brizeux,  qui, 
dans  une  apostrophe  enthousiaste,  appela  les  prêtres  de  son  pays  à 
réparer  le  mal  qu'ils  avaient  fait  à  la  langue  nationale  : 

vous  n'avez  pour  vos  ouailles 

Qu'un  breton  incorrect  et  qu'un  langage  amer 


Il  fit  plus,  il  voulut  payer  d'exemple,  et  composa  dans  l'idiome  «  puri- 


$2  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

fié  »  un  petit  recueil,  Telen  Arvor  (la  harpe  d'Armorique),  fâcheux  essai 
dont  il  vaut  mieux  ne  pas  parler  par  respect  pour  l'auteur  de  Marie.  Des 
recrues  de  cette  valeur  étaient  rares  :  l'école  était  jeune,  ardente,  hon- 
nête et  sincère,  mais  elle  manquait  d'unité,  de  direction  :  elle  n'avait  pas 
de  tête,  car  le  laborieux  et  modeste  Legonidec  n'avait  pas  du  tout  le 
tempérament  d'un  chef  d'école.  Le  succès  éclatant,  irrésistible  du  Barzaz 
Breiz  lui  en  donna  un.  Ces  chants,  recueillis  au  fond  des  campagnes, 
étaient  écrits  dans  le  breton  puriste  de  Legonidec  :  quelle  meilleure 
réponse  aux  critiques  défiants  qui  doutaient  qu'une  langue  aussi  bien 
conservée  se  parlât  encore  au  fond  de  quelques  landes  de  Cornouailles  ! 
A  l'exemple  du  maître,  quelques  travailleurs  se  mirent  en  quête  de 
chants  populaires  sur  divers  points  du  territoire.  Tous  furent  déçus,  car 
ils  ne  recueillirent  en  fait  de  guerz  historiques  que  des  pièces  aussi  peu 
intéressantes  que  celles  déjà  données  par  M.  de  Fréminville.  Ce  maigre 
résultat  n'ébranla  pas  un  instant  leur  confiance  dans  l'authenticité  du 
Barzas,  ils  se  dirent  qu'évidemment  le  jeune  barde  de  Quimperlé  avait 
trouvé  la  veine  et  l'avait  épuisée  à  lui  seul,  et  ils  renoncèrent  presque 
tous  à  lutter  sur  ce  terrain  avec  un  trouveur  aussi  heureux.  Legonidec 
mourut:  M.  de  la  Villemarqué,  reconnu  par  l'école  comme  son  succes- 
seur naturel,  mit  la  dernière  main  au  volumineux  dictionnaire  de  son 
prédécesseur  et  en  donna  une  édition  accrue  d'un  très-grand  nombre  de 
citations  du  Barzaz  Breiz.  C^était  un  coup  de  maître  :  si  ces  «  exemples  n 
étaient  acceptés  sans  protestations,  le  Barzaz  passait  dans  la  bibliogra- 
phie bretonne  à  l'état  de  classique,  et  le  plus  autorisé  de  tous,  puisque 
tels  de  ces  chants  étaient  présentés  comme  contemporains  de  Jules 
César  et  de  Merlin.  Le  lexique  et  le  recueil  des  chants  populaires  allaient 
s'appuyer  et  se  prouver  l'un  l'autre. 

III 

Cependant,  en  1854,  la  Ri  vue  des  Deux-Mondes  publiait  sur  les  littéra- 
tures celtiques  un  travail  important  d'un  linguiste  déjà  célèbre  alors, 
et  parfaitement  compétent  pour  juger  la  valeur  littéraire  et  historique  du 
Barzaz^.  Prodigue  d'éloges  mérités  sur  le  premier  point,  M.  Renan  se 
montrait,  sur  le  second,  peu  disposé  à  accepter  les  commentaires  «  ingé- 
nieux ;>  à  l'aide  desquels  M.  de  la  Villemarqué  essayait  d'établir  la  haute 
antiquité  de  la  plupart  de  ces  chants.  Malgré  la  forme  adoucie  de  la 
critique,  ce  nouveau  travail  du  savant  Breton  n'obtint  pas  de  la  jeune 
école   philologique   de  Bretagne  l'approbation  sympathique  qu'il  avait 

I.  Revue  des  Deux-Mondes  du  i"  février  1854.  —  Cet  article  a  été  réimprimé  dans 
les  Essiiis  de  morale  et  de  littérature  de  M.  Renan. 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  5  /, 

reçue  partout  ailleurs.   Du  moment  que  le  Barzaz  Breiz  était  la  seule 
œuvre  sérieuse  que  l'école  pût  alléguer  pour  justifier  sa  réforme  et  ses 
prétentions,  l'authenticité  de  ce  livre  était  une  nécessité  pour  les  disciples 
:  de  Legonidec,  et  ils  comprenaient  bien  que  l'article  de  M.  Renan  était 
1  la  première  manifestation  d'une  défiance  vaguement  éveillée  dans  le 
i  monde  savant,  et  que  la  courtoisie  seule  empêchait  de  se  produire  d'une 
,  manière  plus  accentuée;    mais  quatorze  ans   plus  tard,    M.   Le  Men, 
'■'  archiviste  du  Finistère,  rendit  aux  amateurs  d'études  celtiques  le  service 
I  de  rééditer  avec  une  courte  préface  le  Catliolicon  de  Lagadeuc",  lexique 
j  breton  rédigé  vers  1464,  document  linguistique  très-précieux  en  ce  sens 
qu'il  prouvait  l'antiquité  relative  de  l'idiome  hybride  parlé  aujourd'hui 
en  Bretagne.  S'il  est  démontré  que  depuis  Charles  VII  jusqu'à  ce  jour 
cet  idiome  n'a  subi  aucun  changement  notable,  que  devient  l'hypothèse 
d'une  langue  bien  plus  épurée  qui  aurait  persisté  tout  au  m.oins  jusqu'au 
dernier  siècle,  puisque  c'est  celle  des  chants  du  Barzaz  consacrés  aux 
guerres  de  1488,  à  celles  de  la  Ligue,  à  la  conspiration  de  Pontcallec  en 
1720  ^  M.  Le  Men,  qui  avait  constaté  l'extrême  inexactitude  des  citations 
empruntées  au  Catliolicon  par  M.  de  la  Villemarqué,  traduisit  les  doutes 
qui  commençaient  à  se  faire  jour  par  une  note  très-franche  et  très-vive, 
où  il  accusa  formellement  le  «  barde  moderne  »  d'avoir  composé  de  son 
I  propre  fonds  les  chants  les  plus  curieux  de  son  recueil,  notamment  les 
!  Séries,  la  Danse  de  VÊpée,  la  Ville  dis,  Nominoé,  et  d'avoir,  au  moyen 
I  d'une  refonte  habile,  tiré  de  quelques  chansons  très-vulgaires  les  pièces 
\  intitulées  le  Retour  d'Angleterre,  Héloïse  et  Ahailard,  le  Vassal  de  Dugnes- 
j  clin.  L'enquête  ainsi  ouverte  fut  poursuivie  dans  divers  recueils  scienti- 
j  fiques  (la  Revue  Archéologique,  la  Revue  Critique,   VAthenmnï)  par  des 
;  philologues  fort  sérieux,  comme  M.  d'Arbois  de  Jubainville  et  M.  Luzel, 
qui  ont  commencé  à  publier  les  pièces  du  procès,  c'est-à-dire  les  textes 
qui  auraient  servi  à  composer  l'œuvre  plus  littéraire  et  plus  soignée  du 
Barzaz-Breiz.  Les  linguistes  bretons,  qui  ont  le  tort  de  regarder  l'hon- 
neur de  la  poésie  celtique  comme  solidaire  de  ce  livre  si  discuté,  ont 
refusé  de  suivre  la  critique  française  et  anglaise  sur  un  terrain  où  leur 
intervention  eût  pu  être  si  utile.  On  peut  regretter  cette  détermination, 
mais  elle  ne  doit  pas  nous  empêcher  de  débattre  à  fond  une  question 
qui,  tout  nom  propre  mis  à  part,  a  un  intérêt  capital  pour  l'histoire  litté- 
raire d'une  grande  race  qui  nous  touche  directement. 

IV 
I      Un  caractère  commun  à  toutes  les  poésies  populaires,  c'est  l'incorrec- 

I.  L'n  vol.  in-8°.  Paris,  Franck. 


54  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

tion,  au  point  de  vue  du  goût  littéraire  dont  les  règles  ont  été  posées  et 
acceptées  par  les  lettrés  de  tout  temps  et  de  tout  pays.  Il  est  inutile 
d'insister  ici  sur  la  différence  qui  existe  entre  l'inspiration,  spontanée  de 
sa  nature,  et  le  sens  du  goût,  résultat  essentiel  d'une  culture  persévé-' 
rante.  Les  deux  facultés  sont  parfaitement  indépendantes  l'une  de  l'autre  : 
la  correction  se  rencontre  tous  les  jours  chez  des  écrivains  d'une  nullité 
écœurante,  tandis  que  des  hommes  de  génie  ont  des  vulgarités  qui 
déconcertent  et  rebutent  l'admiration  la  plus  robuste.  Ces  fautes,  que  les 
lettrés  commettent  par  esprit  de  système,  sont  naïves  et  involontaires 
chez  les  auteurs  anonymes  et  illettrés  de  la  poésie  populaire,  et  l'on  se 
fatiguerait  inutilement  à  les  compter.  Ainsi  dans  la  fameuse  ballade  poi- 
tevine de  Jean  Renaud,  le  héros  revient  de  la  guerre  «  tenant  ses  tripes 
dans  sa  main  et  ses  intestins  dans  son  chapeau.  »  Dans  un  chant  gaélique 
qui  n'est  pas  de  Macpherson,  saint  Patrice  discutant  avec  Ossian  l'ap- 
pelle brutalement  «vieil  âne.  »  Je  n'ose  dire  ici  ce  que  fait  lord  Cochrane 
d'une  lettre  du  sultan,  dans  un  chant  grec  de  la  collection  Marcellus.  La 
poésie  bretonne  en  particulier  fourmille  de  ces  naïvetés  :  je  parle  ici  de 
guerz  authentiques  recueillis  par  des  collectionneurs  qui  ont  fidèlement 
reproduit  les  textes  sans  les  remanier.  Des  bergers,  dans  le  Marquis  du 
Guerrand,  donnent  à  ce  seigneur  le  signalement  d'une  jeune  fille  qu'il 
poursuit  :  «  elle  porte  des  dentelles  à  trois  écus  l'aune  :  Dieu  qu'elle  est 
folle  !  »  C'est  du  paysan  tout  pur.  Dans  une  autre  ballade,  une  jeune 
fille  est  accostée  par  un  noble  débauché  qui,  pour  la  faire  causer,  lui 
demande  combien  lui  a  coûté  son  jupon  :  «  Faites  excuse,  monsieur  le 
marquis,  c'est  mon  père  qui  l'a  payé  :  votre  bourse  était  fermée  ce  jour- 
là.  »  Il  la  souffleté,  elle  riposte  par  deux  coups  de  pied,  les  amis  et  les 
valets  du  marquis  se  jettent  sur  elle,  elle  joue  du  couteau  avec  succès  et 
s'en  va  en  disant  :  (i  C'est  pourtant  avec  un  petit  couteau  d'un  sou  que 
j'ai  saigné  ces  dix-huit  butors!  »  Dans  le  Siège  de  Guingamp,  un  coup  de 
canon  tue  dix-huit  cents  Français  et  en  blesse  autant  ou  davantage.  L'ar- 
mée d'Abdérame,  dans  Sainte  Geneviève,  u  couvre  tout  le  pays  depuis 
Sodome  jusqu'à  Tours.  »  Dans  un  guerz,  fort  dramatique  d'ailleurs,  un 
navire  en  perdition  arrive  à  la  côte  devant  Babylone,  et  le  curé  de  cette 
ville,  «  un  saint  homme  bien  charitable,  »  vient  confesser  les  mourants. 
Il  serait  facile  de  multiplier  ces  exemples.  Or,  on  peut  feuilleter  les  deux 
volumes  du  Barzaz  sans  rencontrer  une  seule  de  ces  gaucheries  qui  pul- 
lulent dans  les  chants  authentiques,  dans  la  collection  Luzel  par  exemple, 
et  les  remaniements  reprochés  à  M.  de  la  Villemarqué  seraient  par  ce  fait 
seul  assez  prouvés.  L'auteur  a  bien  déclaré  dans  sa  préface  que  lorsqu'il 
s'est  trouvé  en  face  de  plusieurs  versions  du  même  chant,  il  les  a  corri- 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  5  5 

gées  et  complétées  les  unes  par  les  autres,  afin  d'arriver  avec  le  plus  de 
vraisemblance  possible  au  texte  primitif.  C'est  là  une  chimie  linguistique 
fort  scabreuse,  qu'un  artiste  habile  comme  M.  de  la  Villemarqué  peut 
tenter  avec  succès,  mais  qu'il  est-d'usage,  en  philologie  rigoureuse,  de 
laisser  faire  au  public  en  se  bornant  à  lui  en  fournir  les  éléments  tels 
qu'ils  se  produisent.  Il  y  a  plus,  et  M.  de  la  Villemarqué  est  trop  modeste 
en  se  donnant  comme  un  simple  collectionneur  de  textes  ;  il  y  a  en  effet 
beaucoup  de  variantes  de  presque  tous  les  chants  bretons  connus,  mais 
la  langue  commune  à  tous,  c'est  l'idiome  francisé  que  parlent  les  paysans, 
tandis  que  les  chants  du  Barzaz  Breiz  sont  généralement  écrits  dans  ce 
breton  tout  conventionnel  de  l'école  Legonidec  dont  j'ai  esquissé  plus 
haut  la  théorie.  Tout  d'abord  il  semble  que  M.  de  la  Villemarqué  soit 
parti  de  cette  idée  que  les  chanteurs  actuels  des  guerz  bretons  ont,  par 
ignorance  et  incurie,  niaisement  altéré  des  chants  composés  par  des 
hommes  incultes,  mais  doués  d'une  haute  inspiration  poétique  et  inca- 
pables d'avoir  employé  le  jargon  vulgaire  qui  nous  a  transmis  leurs 
œuvres  :  dans  ce  cas,  il  se  serait  cru  suffisamment  autorisé  à  rechercher 
quelle  a  dû  être  la  forme  primitive  de  ces  petits  poèmes^  et  à  les  restituer 
dans  cette  forme.  Comme  au  point  de  vue  purement  littéraire  l'œuvre 
sortie  de  ce  creuset  a  été  parfaitement  réussie,  le  monde  d'artistes  et  de 
dilettanti  pour  lequel  écrivait  l'auteur  des  Barzaz  l'a  applaudie  des  deux 
mains  :  il  est  vrai  qu'il  n'avait  pas  à  s'occuper  d'une  question  d'authen- 
ticité ou  de  vérité  historique.  Ce  qui  l'intéressait,  c'était  le  mérite  intrin- 
sèque de  l'œuvre  :  peu  lui  importait  qu'elle  fût  due  à  un  contemporain 
ou  à  des  rapsodes  inconnus  et  anonymes  de  tels  ou  tels  siècles.  La 
critique  purement  littéraire  est  tout  à  fait  libre  de  penser  là-dessus 
comme  le  public  dont  je  parle  :  mais  on  comprend  que  le  linguiste  ou 
l'historien  se  place  à  un  autre  point  de  vue. 

Au  moment  de  discuter  nettement  l'authenticité  du  Barzas  Breiz,  je 
commence  par  déclarer  que  ma  critique  n'admet  aucun  doute  injurieux 
pour  la  bonne  foi  de  l'auteur,  et  que  la  discussion  ne  porte  que  sur  une 
méthode  que  je  trouve  arbitraire  et  dangereuse,  mais  qu'il  a  parfaitement 
le  droit  de  croire  légitime.  Il  est  évident  que  M.  de  la  Villemarqué  a,  en 
histoire  comme  en  poésie  populaire,  des  idées  préconçues  auxquelles  il 
obéit  sans  trop  s'en  douter.  La  première,  toute  grammaticale,  est  celle 
dont  il  a  été  question  plus  haut.  La  grammaire  l'amené  tout  naturellement 
à  un  autre  système  à  propos  de  la  composition  poétique  de  ces  chants, 
et  ce  système,  il  l'expose  nettement  dans  sa  préface.  Selon  lui,  la  pre- 
mière forme  d'un  chant  populaire  est  toujours  la  plus  parfaite,  la  plus 
complète  et  la  plus  riche  :  le  temps  et  la  transmission  orale,  bien  loin 


<)6  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

d'enrichir  l'œuvre,  ne  font  que  la  mutiler,  l'affaiblir,  la  défigurer.  L'auteur 
primitif  avait  seul  l'inspiration,  les  transmetteurs  n'ont  été  que  des  ins- 
truments passifs  :  tout  ce  qu'il  y  a  de  poétique  et  de  beau  vient  du 
premier,  les  seconds  n'y  ont  ajouté  que  des  erreurs,  des  grossièretés  ou 
des  platitudes. 

Il  ne  faut  pas  s'étonner  si  un  écrivain,  poète  lui-même  et  doué  d'une 
vive  imagination,  est  parti  de  ce  système  pour  se  mettre  à  la  place  des 
vieux  bardes  qu'il  regarde  comme  les  victimes  de  l'ignorance  populaire, 
et  pour  nous  rendre  les  textes  originaux  tels  que,  selon  lui,  ils  «  ont  dû  » 
être  d'abord  composés.  Supposons-le  en  face  d'un  de  ces  textes  informes 
qu'il  a  recueillis,  Jeannetie-la-Sorcière  par  exemple.  C'est  une  de  ces 
mille  histoires  de  sorcellerie  qui  hantaient  tous  les  cerveaux  il  y  a  deux 
siècles  et  demi.  La  chanson  a  plus  de  valeur  littéraire,  toutefois  elle  ne 
manque  pas  d'un  certain  réalisme  sauvage,  et  l'héroïne  est  bien  plus 
vraie  que  les  magiciennes  pour  rire  d'Apulée  et  de  Lucien.  C'est  peut- 
être  l'histoire  d'une  maritorne  de  village,  rimée  par  un  mendiant  nomade 
qui  aura  vu  la  chose  en  action  :  mais  une  hypothèse  aussi  vulgaire  ne  se 
présente  même  pas  à  l'esprit  du  collectionneur.  La  sorcière  sait  lire,  elle 
est  lettrée,  donc  c'est  Héloïse,  elle  est  la  maîtresse  d'un  clerc,  d'un 
homme  d'église  qui  la  mène  au  sabbat  :  ce  ne  peut  être  que  l'Héloise 
d'Abélard.  Héloïse  n'était  pas  bretonne,  et  Abélard  même  l'était  fort  peu, 
mais  c'est  une  mince  objection.  Voilà  l'auteur  penché  sur  sa  thèse,  tour- 
nant et  retournant  en  tous  sens  les  couplets  qu'il  s'agit  de  restituer  tels 
qu'ils  «  ont  dû  »  exister  d'abord,  corrigeant,  ajoutant,  émondant  et  au 
bout  de  ce  travail,  se  disant  avec  satisfaction  :  «  Décidément,  j'ai  rétabli 
ce  chant  tel  qu'il  a  été  composé  du  temps  du  duc  Hoël.  »  On  l'étonne- 
rait  fort  en  lui  disant  que  le  véritable  auteur,  c'est  lui,  et  que  cette  œuvre 
est  sienne  et  rien  autre.  Il  nous  semble  voir  un  peintre  de  talent  qui  se 
met  à  retoucher  l'œuvre  d'un  de  ses  élèves,  y  travaillant  deux  heures  de 
suite,  puis  se  levant,  se  croisant  les  bras  devant  le  tableau  fini  et  disant 
avec  la  plus  grande  conviction  :  «  Jeune  homme^  vous  avez  décidément 
du  mérite  !  » 

Si  la  bonne  foi  de  l'auteur  est  hors  de  cause,  il  n'en  est  pas  moins 
vrai  qu'il  a  mis  en  circulation  des  poésies  qui  sont  censées  d'autrui 
et  qui  sont  de  lui,  qui  sont  données  comme  contemporaines  de  Clovis  et 
de  Charlemagne  et  qui  datent  de  1850  et  environ.  Une  conséquence 
fâcheuse  et  inévitable,  c'est  que  des  hommes  de  goût,  qui  aiment  la 
belle  poésie  et  qui  ont  le  droit  de  ne  pas  savoir  le  breton,  acceptent  les 
Barzaz  Breiz  pour  de  l'histoire  et  en  usent  sans  défiance.  Je  viens  de 
citer  Jeannette-la-Sorcicrc,  transformée  en  Héloïse  et  Abélard:  M.  Ch.  de 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  57 

Rémusat  l'a  prise  et  placée  parmi  les  pièces  justificatives  de  son  Histoire 
d'Abélard.  Augustin  Thierry,  dont  l'imagination  était  encore  plus  facile  à 
entraîner,  ne  s'est  pas  fait  faute  de  puiser  à  cette  source  dangereuse  :  il  a 
emprunté  jusqu'à  trois  pièces  aux  Barzaz,  entre  autres  une  des  plus 
suspectes,  le  Tribut  de  Nominoé.  Un  détail  piquant,  c'est  que  cette  pièce 
lui  a  paru  «  remplie  de  détails  de  moeurs  d'époque  très-ancienne'.  » 

Voilà  le  plus  grand  danger  de  cette  méthode  :  c'est  d'introduire  dans 
l'histoire,  devenue  si  justement  exigeante  aujourd'hui  en  fait  de  vérité, 
des  éléments  suspects  qui  ne  peuvent  qu'y  apporter  une  confusion  déplo- 
rable. Des  critiques  indulgents  voudraient  ne  voir  dans  ces  œuvres  que 
des  fantaisies  poétiques  sans  responsabilité  devant  l'histoire,  des  traduc- 
tions en  beaux  vers  de  légendes  nationales  qui  n'ont  pas  la  prétention  de 
s'imposer  aux  érudits  :  mais  M.  de  la  Villemarqué  ne  nous  permet  pas  de 
l'entendre  ainsi.  Pour  lui,  le  poète  populaire  est  forcément  le  contempo- 
rain des  faits  qu'il  chante  :  il  peut  ajouter,  embellir,  toujours  le  fonds 
existe  :  de  la  théorie  absolue  qu'il  développe  à  ce  sujet  dans  sa  préface 
il  résulte  nécessairement  que  si  le  fait  raconté  dans  un  de  ses  chants  est 
reconnu  faux,  le  chant  lui-même  devient  apocryphe.  Que  dire  alors  de 
l'un  de  ses  plus  beaux  morceaux,  la  Submersion  de  la  ville  dis?  C'est  une 
légende  extrêmement  répandue  en  Bretagne,  une  imitation  telle  quelle 
de  l'épisode  biblique  de  Sodome,  mais  où  le  feu  du  ciel  est  remplacé  par 
les  flots  de  la  mer  :  on  la  retrouve  près  de  Nantes  et  dans  d'autres  pays 
d'Europe.  Non-seulement  les  historiens  ne  l'ont  jamais  prise  au  sérieux, 
mais  elle  a  contribué  à  faire  révoquer  en  doute  par  quelques  critiques 
trop  absolus  l'existence  du  roi  breton  Grallon  ou  Glarzen  qui  en  est  un 
des  héros.  M.  de  la  Villemarqué,  au  contraire,  n'hésite  pas  sur  le  fait  de 
la  catastophe  ni  à  plus  forte  raison  sur  l'existence  de  la  ville  d'Is,  prou- 
I  vée  à  ses  yeux  par  un  texte  d'un  géographe  barbare  qu'il  n'a  évidemment 
1  jamais  lu 2,  V Anonyme  de  Ravenne.   L'auteur  insiste  sur  la  question  de 
j  contemporanéité,  parce  que  certains  contradicteurs  ont  paru  penser  que 
ses  chants  d'avant  l'an  1 500  auront  été  composés  vers  cette  époque,  mais 
I  sur  de?  traditions  plus  anciennes.  Il  n'a  pas  de  peine  à  démontrer  l'ina- 
I  nité  de  cette  hypothèse,  toutefois  ses  arguments  favoris  ne  sont  pas  heu- 
i  reux  :  il  énumère  les  principaux  traits  d'archaïsme  épars  dans  les  mor- 
i  ceaux  contestés,  et  prétend  que  ces  traits  sont  de  véritables  dates  de 
composition  primitive.  Cependant  ce  sont  précisément  là  les  restitutions 
que  l'on  reproche  à  l'éditeur  du  Barzaz  Breiz  :  nul  ne  lui  refuse  le  savoir 

I .  Dix  ans  d'études  historiques. 
\     2.  Voir  le  singulier  quiproquo  sur  le  mot  patria,  qui  revient  plusieurs  centaines  de  fois 
!  dans  l'Anonyme  {Congrès  de  St-Brieuc,  1868,  dise,  d'ouverture  par  M.  de  la  Villemarqué). 


58  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

archéologique,  ni  la  faculté  de  puiser  avec  goût  dans  les  Bollandistes  ou 
le  Cartulaire  de  Landevennec,  seulement  il  tombe  ici  dans  la  même  pétition 
de  principe  qu'il  a  déjà  commise  en  citant  à  chaque  instant  le  Barzaz 
comme  une  autorité  classique  dans  son  édition  du  Dictionnaire  de  Lego- 
nidec.  Le  titre  même  de  ce  livre  est  une  erreur  de  plus  :  barzaz  (chant 
bardique)  est  un  néologisme  absolument  arbitraire,  qui  n'est  ni  breton, 
ni  gallois,  et  qui  a  été  fait  avec  la  racine  barz,  laquelle  a  existé,  puisqu'on 
la  trouve  dans  D.  Pelletier,  mais  qui  a  disparu  tout  à  fait  du  breton 
actuel.  La  Basse-Bretagne  a  eu  des  bardes,  il  n'y  a  pas  à  le  contester, 
bien  que  d'ailleurs  M.  de  la  Villemarqué  ait  recours  a  de  singuliers  argu- 
ments pour  prouver  la  persistance  de  l'esprit  bardique  dans  les  Gaules, 
comme  quand  il  transforme  en  barde  une  manière  de  sacristain  (aditaus) 
à  qui  Ausone  fait  observer  railleusement  qu'il  n'a  pas  ramassé  fortune  au 
service  du  Dieu  Belenus.  Le  Barzaz  Breiz  est  l'exemple  unique  d'un 
recueil  de  chants  populaires  dont  le  titre  soit  inintelligible  au  peuple 
chez  lequel  ces  chants  ont  été  recueillis  :  il  est  vrai  que  ce  titre  a  au 
moins  l'avantage  de  résumer  par  un  mot  la  méthode  qui  a  présidé  à  la 
composition  du  livre. 

Les  dernières  éditions  du  Barzaz  s'ouvrent  par  un  chant  bizarre,  obs- 
cur, qui  semble  un  formulaire  d'initiation.  Il  est  intitulé  les  Séries  (ar 
Rannou).  Un  «  enfant  blanc  du  Druide  »  (sic),  néophyte  aspirant  aux 
mystères  druidiques,  s'adresse  à  un  initié,  qui  lui  chante  successivement 
douze  strophes  contenant  une  série  de  nombres  d'un  à  douze  :  ces 
strophes,  qui  n'ont  ni  sens  apparent,  ni  liaison  entre  elles,  forment  un 
cours  mnémonique  complet  de  druidisme.  Les  voici  textuellement  : 


Tout  beau,  bel  enfant  du  Druide,  tout  beau,  réponds-moi,  tout  beau,  que 
veux-tu  que  je  te  chante? 

—  Chante-moi  la  série  du  nombre  un  jusqu'à  ce  que  je  l'apprenne  aujour- 
d'hui. 

—  Pas  de  série  pour  le  nombre  un  :  la  nécessité  unique:  le  Trépas,  père  de 
la  Douleur  :  rien  avant,  rien  de  plus. 

Deux  bœufs  attelés  à  une  coque:  ils  tirent,  ils  vont  expirer:  voyez  la  mer- 
veille! 

11  y  a  trois  parties  dans  le  monde,  trois  commencements  et  trois  fins,  pour 
l'homme  comme  pour  le  chêne.  Trois  royaumes  de  Merlin,  pleins  de  fruits  d'or, 
de  fleurs  brillantes  et  de  petits  enfants  qui  rient. 

Quatre  pierres  à  aiguiser,  pierres  à  aiguiser  de  Merlin,  qui  aiguisent  les  épées 
des  braves. 

Cinq  zones  terrestres  :  cinq  âges  dans  la  durée  du  temps  :  cinq  rochers  sur 
notre  tour. 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  ■     59 

Six  petits  enfants  de  cire,  vivifiés  par  l'énergie  de  la  lune  :  si  tu  ignores,  je  le 
sais. 

Sept  soleils  et  sept  lunes  :  sept  planètes  y  compris  la  Poule.  Sept  éléments 
avec  la  farine  de  l'air. 

Huit  vents  qui  soufflent  :  huit  feux  avec  le  grand  feu,  allumés  au  mois  de  mai 
sur  la  montagne  de  la  guerre. 

Neuf  petites  mains  blanches  sur  la  table  de  l'air,  près  de  la  lourde  Lezarmeur, 
et  neuf  mères  qui  gémissent  beaucoup. 

Neuf  korrigans  qui  dansent  avec  des  fleurs  dans  les  cheveux  et  des  robes  de 
laine  blanche,  autour  de  la  fontaine,  à  la  clarté  de  la  pleine  lune.  La  laie  et  ses 
neuf  marcassins,  à  la  porte  de  leur  bauge,  grognant  et  fouissant,  fouissant  et 
grognant:  petit!  petit!  petit!  accourez  au  pommier:  le  vieux  sanglier  va  vous 
faire  la  leçon. 

Dix  vaisseaux  ennemis  qu'on  a  vus  venant  de  Nantes  :  malheur  à  vous!  mal- 
heur à  vous!  hommes  de  Vannes. 

Onze  prêtres  armés,  venant  de  Vannes,  avec  leurs  épées  brisées,  et  leurs  robes 
ensanglantées,  et  des  béquilles  de  coudrier:  de  trois  cents  plus  que  onze. 

Douze  mois  et  douze  signes  :  l'avant-dernier,  le  Sagittaire,  décoche  sa  flèche 
armée  d'un  dard.  —  Les  douze  signes  sont  en  guerre.  La  belle  vache,  la  vache 
noire  qui  porte  une  étoile  blanche  au  front,  sort  de  la  forêt  des  dépouilles  :  — 
Dans  sa  poitrine  est  le  dard  de  la  flèche  :  son  sang  coule  à  flots  :  elle  beugle  tète 
levée;  la  trompe  sonne  :  feu  et  tonnerre  :  pluie  et  vent  :  tonnerre  et  feu:  rien, 
plus  rien,  ni  aucune  série! 

Ces  versets  étranges  n'ont  de  sens  que  si  on  se  reporte  aux  formules 
druidiques  extraites  des  Triades  de  Bretagne  et  que  tout  le  monde 
peut  lire  aux  annexes  du  premier  volume  de  l'Histoire  de  France  de 
M.  Michelet.  Si  ce  chant  est  authentique,  il  vaut  à  lui  seul  la  collection 
entière,  car  il  daterait  de  la  conquête  romaine  (série  i  i)  et  prouverait 
ainsi  l'unité  du  druidisme  dans  l'île  bretonne  et  dans  les  Gaules,  unité 
qu'aucun  autre  document  ne  vient  confirmer.  Cependant,  on  se  heurte  ici 
à  deux  invraisemblances  :  la  première,  celle  d'un  rituel  païen  qui  serait 
venu  oralement  jusqu'à  nous,  sans  altération,  à  travers  treize  siècles  au 
moins  de  christianisme  :  la  seconde,  celle  d'un  chant  composé  cinq  siècles 
avant  l'arrivée  des  Bretons  sur  le  continent,  par  conséquent  en  langue 
gauloise  et  transmis  par  les  Armoricains  aux  Bretons  qui  l'auraient  tra- 
duit dans  leur  langue.  Ce  sont  là  des  invraisemblances  telles,  qu'elles 
ressemblent  beaucoup  à  des  impossibilités.  Il  ne  faut  pas  oublier  que 
même  après  Zeuss,  Diefenbach,  MM.  Pictet  et  de  Belloguet,  nous  ne 
sommes  pas  du  tout  fixés  sur  ce  qu'était  au  juste  la  langue  des  Gaules. 
Il  est  prouvé  que  c'était,  comme  le  breton  cymraeg  de  Pile,  une  branche 
du  grand  arbre  celtique  :  mais  le  français  et  le  valaque  sont  tous  deux 


6o  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

des  langues  de  souche  latine  et  ne  se  ressemblent  pas  plus  pour  cela.  De 
tout  ceci,  faut-il  conclure  que  les  Séries  sont  purement  et  simplement 
l'œuvre  de  M.  de  la  Villemarqué  ?  En  aucune  façon:  il  s'est  borné  à 
remanier  un  texte  bien  connu  dans  toute  la  Bretagne,  mais  où  le  drui- 
disme  n'est  pour  rien. 

Les  Bretons  sont  un  peuple  grave  et  sincèrement  religieux,  et  c'est 
peut-être  parce  qu'ils  sont  sûrs  de  leur  foi  qu'ils  ne  voient  aucun  incon- 
vénient à  prendre  avec  les  objets  de  leur  culte  des  libertés  fort  vives.  Il 
n'y  a  guère  de  prière  usuelle  ou  de  cérémonie  catholique  qui  ne  soit 
l'objet  d'une  parodie  plus  ou  moins  attique,  empruntant  le  plus  souvent 
la  forme  de  ces  récitatifs  burlesques  ironiquement  appelés  oraisons.  Tous 
nos  paysans  connaissent  le  Prône  de  Cornouaille,  Notre-Dame  de  Coadry, 
le  Pater  du  Veau,  les  Vêpres  des  Grenouilles  (Gousperou  ar  Ranet).  La 
messe  impose  au  paysan  breton,  mais  les  vêpres  l'ennuient  franchement, 
et  pour  s'en  moquer  il  s'est  mis  à  parodier  une  prose  latine  qui  se  chan- 
tait il  y  a  encore  trente  ans  dans  quelques  cathédrales  :  Die  milii  quid 
sit  unus?  Unus  est  Deus  qui  régnât  in  cœlis.  Die  mihi  quid  sint  duo?  Duo 
sunt  Testamenta...  On  voit  que  c'est  un  catéchisme  mnémonique  qui 
rappelle  l'anecdote  bien  connue  du  Catéchisme  du  grenadier  la  Ramée.  Les 
Bretons  ont  pris  cette  prose  et  en  ont  fait,  sur  un  rhythme  neuf  et  bizarre, 
une  série  de  coqs  à  Pane  tous  plus  extravagants  les  uns  que  les  autres, 
et  dont  on  a  compté  plus  de  cinquante  variantes.  En  voici  une  prise  au 
hasard  :  elle  donnera  une  idée  du  reste. 


1 .  Demi-soleil  à  Marie  :  passe  le  soleil  à  Marie. 

2.  Deux  propriétaires  qui  panent  :  passe  au  large,  tu  feras  bien. 

3.  Trois  bagues  d'argent  pour  jouer.  Passant,  dis-moi,  où  sont  les  trois  fils 
du  logis? 

4.  Quatre  vaches  d'un  noir  de  mûre,  traversant  des  terres,  des  terres... 

5.  Cinq  canards  chantant  l'Exaudi. 

6.  Six  frères,  six  sœurs. 

7.  Sept  soleils,  sept  lunes. 

8.  Huit  petits  batteurs  sur  l'aire:  battant  des   pois,  battant  des  pampres  :  ils 
battent  sur  l'aire  en  se  tenant  par  la  main. 

9.  Neuf  prêtres  armés  revenant  de  Nantes,   avec  leurs  épées   brisées,  leurs 
chemises  sanglantes  :  le  plus  rude  gars  qui  lève  la  tête  tremble  en  les  voyant. 

10.  Dix   chariots  tout  neufs,  qui  ne  cessent  de  gémir,  en  grand  danger  de 
périr. 

1 1 .  Grognant  et  regrognant,  onze  truies  toutes  semblables  allant  à  l'accouple- 
ment. 

12.  Douze  épées  amies  démolissent  le  bout  du  pignon  menu  comme  son. 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  6i 

On  peut  se  demander  comment  on  a  pu  tirer  de  cette  folie  en  douze 
couplets  le  chant  réellement  beau  des  Séries.  Rien  de  plus  simple  :  on  a 
conservé  la  charpente,  le  rhythme,  quelques  vers  du  texte  :  sur  le  reste, 
on  a  plaqué  des  vers  nouveaux  dont  l'ensemble  forme  un  résumé  com- 
plet de  la  mythologie  celtique  des  Triades  renforcées  d'un  extrait  du 
vieux  chroniqueur  Lebaud.  Certains  changements  de  mots  sont  plus 
apparents  dans  la  traduction  que  dans  le  texte  :  ainsi  dorneric  (petit 
batteur)  est  devenu  dornic  (petite  main)  :  de  ranet  (grenouilles)  pluriel 
de  ràn,  on  a  fait  rannou  de  rann  (série,  ou  plus  exactement  part, 
portion).  Le  rajustement  a  été  si  heureusement  exécuté,  que  les  disciples 
de  l'auteur  ont  pu  publier  les  variantes  les  plus  bizarres  des  Vêpres  des 
Grenouilles  en  se  persuadant  qu'ils  apportaient  de  nouvelles  confirmations 
à  l'authenticité  des  Séries  et  de  la  tradition  druidique. 

Un  chant  beaucoup  plus  connu,  grâce  au  patronage  éclatant  d'Augus- 
tin Thierry  qui  le  donna  comme  pièce  justificative  de  son  Histoire  de  la 
Conquête  de  l'Angleterre,  est  ce  chant  dramatique  du  Retour  d'Angleterre 
dont  le  texte  réel  a  été  publié  avec  variantes  par  M.  d'Arbois  de  Jubain- 
ville.  La  comparaison  des  deux  versions  sera  fort  instructive,  car  elle 
fera  toucher  du  doigt  la  méthode  de  restitution  dont  j'ai  signalé  plus  haut 
le  danger  au  point  de  vue  de  la  vérité  historique.  Voici  d'abord  la  pièce 
originale  :  elle  est  l'histoire  fort  simple  d'un  jeune  paysan  qui  s'est  laissé 
raccoler  par  suite  d'un  coup  de  tête  et  que  le  mal  du  pays  ressaisit  en 
Lorraine. 

«  J'ai  un  fils,  Silvestrick,  et  je  n'ai  que  lui  :  et  il  a  eu  la  hardiesse  de  venir 
i>  m'affliger,  il  a  eu  la  hardiesse  d'aller  au-devant  de  sa  tête  :  il  est  soldat  dans 
i>  l'armée  devant  son  capitaine  :  —  J'ai  eu  la  bonté  d'aller  le  demander,  devant 
»  beaucoup  de  gens  honorables,  à  son  capitaine.  Le  capitaine,  quand  il  me  vit, 
»  resta  étonné.  — Par  vous,  vieillard,  (dit-il),  je  suis  étonné:  vous  pensez 
»)  enlever  au  roi  ses  soldats!  Il  a  touché  son  paiement,  il  faut  qu'il  s'embarque. 
»  Dites-moi,  capitaine,  combien  il  a  coûté,  et  si  j'ai  assez  d'argent,  il  sera  rem- 
»  bourse.  —  Vous  auriez  cinq  cents  écus,  vous  ne  l'auriez  pas;  car  il  n'y  a 
»  pas,  dans  la  compagnie,  de  soldat  qui  me  plaise  comme  lui.  —  Quand  j'étais 
»  à  Roz-Julou  dans  mon  lit  bien  endormi,  j'entendais  les  filles  du  Roudour 
»  chanter  la  chanson  de  mon  fils.  Et  moi  de  me  tourner  du  côté  du  mur,  et  de 
)>  commencer  à  pleurer.  Seigneur  Dieu!  Silvestrik,  où  es-tu  maintenant?  Peut-être 
»  es-tu  mort,  à  cinq  cents  lieues  de  moi,  tes  petits  os  jetés  à  manger  aux  poissons! 
»  S'ils  étaient  près  de  moi  maintenant,  je  les  embrasserais!  J'ai  un  petit  oiseau 
»  ici  près  de  ma  porte,  au  milieu  entre  deux  pierres  dans  un  trou  du  mur;  je  me 
»  trompe  s'il  n'est  pas  à  couvert.  Si  mon  oiseau  vient  à  se  lever,  pour  faire  une 
»  bonne  année,  je  ferai  que  mon  oiseau  aille  voir  mon  fils.— Oh!  oui,  écrivez  votre 
)>  lettre,  petit  vieillard,  quand  vous  voudrez;  je  suis  prêt  à  la  porter  tout  de'suite 


62  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

)>  à  votre  requête.  —  Quand  la  lettre  fut  écrite  et  mise  dans  le  bec  de  l'oiseau, 

)i  vers  Metz  en  Lorraine  avec  lui  elle  partit.  —  Arrêtez-vous,  Silvestrik,  lisez 

I)  cette  lettre-ci,  qui  vous  est  envoyée  par  votre  père  qui  est  de  ce  côté-ci.  — 

»  Descendez,  petit  oiseau...   que  je  vous  écrive  une  réponse  à  mon  père  à  la 

»  maison,  que  je  vous  écrive  une  lettre  pour  lui  dire  que  dans  quinze  jours  d'ici 

»  je  me  trouverai  avec  lui.  —  Bonjour,  petit  oiseau,   maintenant  que  vous  êtes 

»  revenu,  Silvestrik  est-il  bien   portant,   si  vous  l'avez  vu?  —  Oui,  Silvestrik 

»  se  porte  bien,  je  lui  ai  parlé,  dans  quinze  jours  il  se  trouvera  ici.  »  Pendant 

»  que  le  père  affligé  se  lamentait,  son  fils  Silvestrik  écoutait  par  le  trou  de  la 

»  porte.  —  Taisez-vous,   taisez-vous,  dit-il,  père  de  bonne  volonté,  ne  versez 

))  plus  de  larmes;  voici  votre  fils   revenant  de  l'armée;  pardonnez-moi,  mon 

»  père.  Prenez  ma  pipe  et  mes  deux   pistolets  ;  je  vous  les  donne  pour  votre 

»  pénitence.  Afin  que  vous   ne  puissiez  dire  que  vous  avez  nourri  un  fils  pour 

»  vous  affliger.  Pardonnez-moi,  mon  père.  « 

Il  semble  difficile  de  faire  au  premier  abord  quelque  chose  de  bien 
intéressant  de  cette  historiette  d'embauchage,  qui  paraît  du  dernier  siècle 
et  ne  peut  en  tout  cas  remonter  à  cent  ans  de  plus.  Il  y  a  cependant  quel- 
ques strophes  poétiques  dans  la  pièce,  à  partir  du  vers  :  «  Quand  j'étais 
à  Roz-Julou...  «  Voici  maintenant  ce  qu'elle  est  devenue  dans  le  Barzas 
Breiz  : 

«  Entre  la  paroisse  de  Pouidrégat  et  la  paroisse  de  Plouaré,  il  y  a  de  jeunes 

»  gentilshommes  qui  lèvent  une  armée  pour  aller  à  la  guerre  sous  les  ordres  du 

»  fils  de  la  Duchesse,  qui  a  rassemblé  beaucoup  de  gens  de  tous  les  coins  de  la 

»  Bretagne.  —  Pour  aller  à  la  guerre  par  delà  la  mer  au  pays  des  Saxons,  j'ai 

»  mon   fils   Silvestrik   qu'ils  attendent.   J'ai  mon  fils  Silvestrik,    mon   unique 

»  enfant,    qui   part  avec  l'armée,   à   la  suite  des  chevaliers.  —  Une  nuit  que 

))  j'étais  couchée  et  que  je  ne  dormais  pas,  j'entendis  les  filles  de  Kerlaz  chanter 

»  la  chanson  de  mon  fils  ;  et  moi  de  me  lever  aussitôt  sur  mon  séant  :  Seigneur 

»  Dieu!   Silvestrik,  oij  es-tu    maintenant? —  Peut-être  es-tu  à  plus  de  trois 

»  cents  lieues  d'ici,  ou  jeté  dans  la  grande  mer  en  pâture  aux  poissons.  Si  tu 

»  eusses  voulu   rester  près  de  ta   mère  et  de  ton  père,  tu  serais  fiancé  mainte- 

»  nant,  bien  fiancé.  —  Tu  serais  à  présent  fiancé  et  marié  à  la  plus  belle  fille 

»  du  pays,  à  Mannaik,  de  Pouidrégat,  à  Manna,  ta  douce  belle,  et  tu  serais  avec 

»  nous  et  au  milieu  de  tes  petits  enfants,  faisant  grand  bruit  dans  la  maison. — 

»  J'ai  près  de  ma  porte  une  petite  colombe  blanche  qui  couve  dans  le  creux  du 

))  rocher  de  la  colline;  j'attacherai  à  son   cou,    j'attacherai  une  lettre  avec  le 

»  nœud  de  rubans  de  mes  noces,  et  mon  fils  reviendra.  —  Lève-toi,   ma  petite 

))  colombe,  lève-toi  sur  tes  deux  ailes;   volerais-tu,   volerais-tu  loin,    bien  loin, 

»  par  delà  la  grande  mer,  pour  savoir  si   mon  fils  est  encore  en  vie?  —  Vole- 

)»  rais-tu   jusqu'à  l'armée  et   me  rapportcrais-tu   des   nouvelles  de  mon  pauvre 

»  enfant?  —  Voici  la  petite  colombe  blanche  de  ma  mère  qui  chantait  dans  le 

»  bois  ;  je  la  vois  qui  arrive  aux  mâts,  je  la  vois  qui  rase  les  flots.  —  Bonjour 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  65 

»  à  vous,  Silvestrik,  bonheur  à  vous  et  écoutez:  j'ai  ici  une  lettre  pour  vous. — 
»  Dans  trois  ans  et  un  jour  j'arriverai  heureusement;  dans  trois  ans  et  un  jour 
»  je  serai  près  de  mon  père  et  de  ma  mère.  —  Deux  ans  s'écoulèrent,  trois  ans 
n  s'écoulèrent.  —  Adieu,  Silvestrik,  je  ne  te  verrai  plus!  Si  je  trouvais  tes  pau- 
»  vres  petits  os  jetés  par  la  mer  au  rivage,  oh  !  je  les  recueillerais,  je  les  baise- 
»  rais!  —  Elle  n'avait  pas  fini  de  parler  qu'un  vaisseau  de  Bretagne  vint  se 
))  perdre  à  la  côte,  qu'un  vaisseau  du  pays,  sans  rames,  les  mâts  rompus,  et 
»  faisant  eau  de  toutes  parts,  se  brisa  contre  les  rochers.  —  Il  était  plein  de 
))  morts  :  nul  ne  saurait  dire  ou  savoir  depuis  combien  de  temps  il  avait  vu  la 
»  terre  :  et  Silvestrik  était  là:  mais  ni  père,  ni  mère,  hélas!  ni  amie  n'avait  aimé 
»  ses  yeux.  » 

On  saisit  tout  de  suite  la  différence  des  deux  pièces  et  l'étendue  du 
remaniement  opéré  par  l'auteur  de  la  seconde.  Sa  préoccupation  était  de 
donner  à  son  chant  l'intérêt  historique  qu'il  n'avait  pas  et  l'émotion  qui 
n'y  était  guères.  Si  nous  sommes  touchés  de  la  douleur  ingénue  du  vieux 
père,  le  public  élégant  et  à  sentimentalité  un  peu  banale  que  l'auteur  a 
surtout  en  vue  sera  plus  sensible  aux  larmes  d'une  mère,  et  choqué  de 
ce  mot  plus  vrai  que  touchant:  «  Je  serais  riche  aujourd'hui...  »  Quant 
au  dénoûment,  le  vaisseau  désemparé,  couvert  de  morts,  l'image  un  peu 
précieuse  de  ces  yeux  qu'une  fiancée  n'a  pas  aimés,  sont  bien  plus  dra- 
matiques que  le  retour  jovial  du  soldat  libéré  et  la  pipe  offerte  au  père 
comme  un  gage  de  repentir.  Qu'a-t-il  fallu  pour  opérer  cette  transforma- 
tion et  remonter  de  six  ou  sept  siècles  dans  l'histoire  ?  Remanier  une 
quarantaine  de  vers.  Le  cycle  héroïque  de  Lez-Breiz,  où  M.  de  la  Ville- 
marqué  veut  nous  faire  voir  l'histoire  idéalisée  de  Morvan,  martyr  de  la 
liberté  bretonne  au  temps  de  Louis-le-Débonnaire,  a  été  une  oeuvre  plus 
laborieuse  et  plus  hardie,  en  raison  de  son  étendue  et  de  l'importance 
des  refontes.  Au  premier  aspect,  ce  long  cycle  offre  plus  d'une  invrai- 
semblance; d'abord  la  haute  antiquité  qu'on  lui  attribue  et  qui  est  très- 
supérieure  à  celle  des  chants  historiques  les  plus  anciens  des  autres  collec- 
tions connues.  A  peu  d'exceptions  près,  en  effet,  la  muse  populaire  ne 
remonte  pas  au-delà  du  quinzième  siècle,  et  la  plupart  des  recueils  sont 
même  restés  en  deçà.  On  sait  ce  que  sont  devenus^  sous  l'œil  impitoya- 
blement clairvoyant  de  la  critique  contemporaine,  tant  de  pastiches  où 
des  écrivains  peu  circonspects  ont  puisé  leur  couleur  locale,  le  chant 
basque  d'Altabizcar,  le  Jugement  de  Libussa  si  cher  aux  ultrà-slaves  de 
Bohême.  Pour  en  revenir  à  Lez-Breiz,  le  choix  même  du  héros  était  une 
seconde  cause  légitime  de  défiance.  Si  Lez-Breiz  est  le  patriote  Morvan, 
le  vaillant  adversaire  du  fils  de  Charlemagne,  le  poème  armoricain  aurait 
donc  pour  héros  un  brillant  représentant  de  la  liberté  bretonne  contre  le 


64  f^a  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

conquérant  étranger,  et  un  martyr  de  cette  liberté  :  deux  invraisem- 
blances, nonobstant  toutes  les  théories  sentimentales  qu'on  a  pu  faire 
sur  la  justice  distributive  de  la  muse  rustique.  Rien  de  plus  capricieux, 
sous  ce  rapport,  que  l'inspiration  populaire.  L'histoire  ne  manque  pas 
d'hommes  illustres  et  courageux  qui  ont  soutenu,  pour  la  liberté  des 
petits  peuples  menacés  par  les  colosses  de  la  force  brutale,  les  luttes  les 
plus  inégales,  les  plus  héroïques,  les  plus  désespérées  :  quelques-uns  ont 
triomphé,  mais  combien  ont  péri  à  l'œuvre,  depuis  Epaminondas  jusques 
à  tant  de  glorieux  morts  contemporains!  Feuilletons  les  collections  de 
chants  nationaux  :  à  la  place  des  grands  noms  consacrés  par  l'histoire, 
nous  y  trouverons  comme  héros  favoris  de  la  pensée  populaire  de  très- 
équivoques  personnages,  presque  toujours  obscurs,  parfois  légendaires, 
des  chevaliers  d'aventure,  voire  des  bandits  doués  des  qualités  que  le 
peuple  comprend  le  mieux,  c'est-à-dire  facétieux,  galants,  bienfaisants 
envers  les  pauvres  gens,  rudes  envers  les  collecteurs  d'impôts  et  la 
maréchaussée.  Prenons  quelques  exemples  :  quel  est  le  demi-dieu  des 
Slaves  du  sud,  Serbes  et  Bulgares?  Ils  n'ont  que  le  choix  parmi  les 
tzars,  les  younates  et  les  voievodes  qui  les  ont  si  souvent  menés  à  la  vic- 
toire contre  les  Grecs  byzantins  ou  les  Turcs  :  au  lieu  d'une  individualité 
de  cette  brillante  pléiade,  ils  font  prendre  pour  héros  d'adoption  Marko 
Kralievitch,  qui  malheureusement  n'eut  rien  de  légendaire,  car  c'était  un 
gentillâtre  serbe-macédonien  du  xV  siècle,  qui  se  battit  sous  le  drapeau 
turc  ou  sous  le  drapeau  chrétien,  selon  les  exigences  de  ses  intérêts 
féodaux  ou  de  sa  vanité,  et  qui  se  fit  tuer  sottement  et  sans  gloire  dans 
une  querelle  misérable.  Passons  aux  Roumains  :  quel  a  été  leur  unique 
grand  homme  avant  le  xvu'^  siècle  ?  Évidemment  c'est  le  prince  paladin 
Etienne  de  Moldavie.  Or  je  ne  connais  sur  lui  qu'un  seul  chant  roumain, 
Kodréan  (qui  par  parenthèse  est  inédit)  et  il  joue  un  rôle  ridicule  :  le  vrai 
héros  du  chant  est  le  bandit  Kodréan  qui  lutte  de  ruses  avec  le  prince  et 
fmit  par  lui  voler  son  premier-né  et  le  mettre  à  la  broche  :  coup  d'éclat 
qui  engage  Etienne  à  le  prendre  au  sérieux  et  à  traiter  avec  lui. 

La  muse  celtique,  dira  M.  de  la  Villemarqué,  obéit  à  de  plus  nobles 
inspirations.  Je  voudrais  le  croire,  mais  j'en  demande  la  preuve  et  je  ne 
la  trouve  pas.  Le  fonds  de  nos  guerz  authentiques  est  peu  varié  :  ce  sont 
en  général  des  drames  de  village  occasionnés  par  les  passions  sauvages 
de  quelques  hobereaux  obscurs,  parfois  aussi  les  brillants  coups  d'épée 
de  vrais  chevaliers  des  anciens  temps.  A  cette  classe  appartient  un  chant 
très-répandu  en  Bretagne  et  concernant  un  sieur  des  Aubrays  (Lezobrè 
en  breton),  que  l'Armoriai  nous  montre  n'avoir  pu  être  antérieur  au 
milieu  du  xv*'  siècle,  et  qui  était   probablement  un  certain  Jean   des 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  65 

Aubrays,  mort  en  165 1 .  De  Lezobrè  on  a  tiré  Lezbreiz  en  faisant  quelque 
peu  violence  à  la  langue,  et  plus  tard,  quand  on  a  retrouvé  les  textes 
originaux,  M.  de  la  Villemarqué  a  de  nouveau  affirmé  l'origine  carolin  ■ 
gienne  de  sa  version  de  Lezbreiz,  en  ajoutant  que  le  peuple  ayant  perdu, 
le  souvenir  du  héros  primitif,  avait  fini  par  appliquer  l'ancien  chant 
au  Des  Aubrays  du  temps  de  Louis  XIV.  Bien  mieux,  il  pense  que  Lez- 
breiz, devenu  universellement  populaire  en  Bretagne,  aura  passé  chez 
les  Gallois  et  sera  devenu  le  prototype  du  conte  de  Peredur  dans  le 
cycle  de  la  Table-Ronde.  La  critique  est  absolument  déroutée  par  de 
semblables  assertions,  qui  sont  répétées  pour  toutes  les  pièces  antérieures 
à  l'époque  de  la  Ligue. 

Le  connétable  Duguesclin  a  joué  un  rôle  trop  brillant  dans  notre 
histoire  pour  ne  pas  avoir  une  place  dans  le  Barzaz.  En  1 363,  il  était  à 
Guingamp,  et  sur  les  instances  des  bourgeois  du  lieu  que  molestaient 
des  Anglais,  maîtres  des  châteaux  de  Trogofï  et  de  Pestivien,  il  attaqua 
et  rasa  ces  deux  nids  de  routiers.  De  là  deux  pièces  du  livre,  le  Vassal 
de  Duguesclin  et  la  Sœur  de  lait,  dont  les  versions  réelles,  publiées  récem- 
ment dans  la  collection  Luzel,  n'ont  rien  de  l'éclat  emprunté  qu'elles 
revêtent  dans  le  Barzaz.  Le  noble  sire  Jean  de  Pontorson,  vassal  du  con- 
nétable, y  devient  un  petit  marchand  de  Rouen,  Jeannot-le-Bon-Garçon, 
volé  dans  une  auberge  de  Rohan  en  allant  à  une  foire  et  le  routier  anglais 
Rogerson  de  M.  de  la  Villemarqué  est  un  certain  sire  de  Rosmelchon  qui 
se  lève  matin  pour  aller  guetter  les  jeunes  paysannes  sur  les  routes.  Je 
connais  un  chant  inédit,  le  Suisse,  qui  a  passé  par  les  mêmes  modifica- 
tions. Il  s'agit  de  paysans  cupides  qui  vendent  leur  sœur  a  un  gros 
Suisse  (probablement  un  chef  de  lansquenets  de  l'armée  royale  au  temps 
de  la  Ligue).  Ce  Suisse  est  transformé  dans  le  Barzaz  en  un  baron  de 
Jauioz,  noble  gascon  du  xiv«  siècle,  que  M.  de  la  Villemarqué  suppose 
arbitrairement  avoir  voyagé  en  Bretagne.  La  version  véritable  a  deux 
traits  que  l'on  s'est  bien  gardé  de  conserver  dans  l'autre.  «  Le  grand 
Suisse  est  au  coin  du  feu,  gros  comme  trois  hommes  ordinaires  :  com- 
ment dormir  avec  un  pareil  monstre!  »  La  captive  voit  passer  des 
hirondelles  et  les  charge  d'un  message  pour  sa  famille,  (f  excepté  pour 
mon  frère  Louis,  ce  brigand  qui  m'a  vendue  au  Suisse  !  »  Dans  le  Bar- 
zaz, elle  pardonne  à  son  frère  Louis,  une  vraie  fin  de  romance.  L'autre 
version,  la  vraie,  est  plus  naturelle,  elle  est  plus  bretonne  surtout.  Ce 
système  de  rajustement  est  dangereux,  car  si  on  l'admet  une  fois,  il 
sera  difficile  d'établir  la  limite  où  il  doit  s'arrêter.  Je  remarque  par 
exemple,  que  plusieurs  chants  du  Barzaz  ont  été  remontés  de  plusieurs 
siècles  au  moyen  d'un  très-léger  changement,  consistant  à  remplacer  des 
Rev.  Celt.  Il  5 


66  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

noms  modernes  par  des  noms  anciens  équivalents.  Dans  le  Seigneur  Nann, 
par  exemple,  qui  est  reporté  à  l'époque  druidique,  Nann  est  armé  «  d'une 
forte  lance  en  chêne  :  »  dans  le  vrai  chant,  le  Comte  et  la  Naine,  le 
comte  a  tout  bonnement  son  fusil.  On  remarque  que  dans  tous  les  chants 
du  Barzaz  qui  précèdent  le  xve  siècle,  il  n'est  question  que  de  lances, 
d'arcs  et  de  flèches,  qui  ont  remplacé  assez  arbitrairement  les  fusils  et 
les  pistolets  des  textes  véritables.  A  propos  du  Seigneur  Nann,  je  ferai 
observer  la  singulière  préoccupation  d'archaïsme  qui  a  fait  placer,  parmi 
ses  chants  de  l'époque  druidico-bardique,  l'épisode  burlesque  où  figure 
Jean  du  Trévou.  Le  vrai  Jean  du  Trévou  a  fini  par  être  retrouvé  par 
M.  Le  Men  qui  l'a  connu:  c'est  un  vétérinaire  empirique  du  village  de 
Trévou,  qui  vivait  il  y  a  douze  ans  et  qui  vit  peut-être  encore; 

Nous  arrivons  à  quelque  chose  de  plus  grave,  à  une  série  de  chants 
qui  ne  sont  plus  remaniés,  mais  qui  sont  sortis  tout  entiers  du  cerveau 
de  poètes  contemporains  ;  les  Prophéties  de  Guinclan,  la  Ville  d'Is,  le  Vin 
des  Gaulois,  Nominoé,  sont  aisés  à  reconnaître  pour  des  pastiches  assez 
réussis,  et  ne  sont  probablement  pas  les  seuls.  Le  succès  du  Barzaz 
Breiz  a  eu  un  résultat  regrettable,  celui  de  tenter  des  gens  d'esprit  qui 
maniaient  facilement  les  vers  bretons  et  qui  n'ont  vu  qu'un  passe-temps 
amusant  et  inoffensif  dans  des  mystifications  de  ce  genre.  Une  collection 
dont  l'auteur  est  mort  il  y  a  peu  d'années  et  dont  l'école  bretonne  atten- 
dait merveilles,  celle  de  M.  de  Penguern,  est  pleine  de  ces  pastiches,  et 
à  voir  le  choix  malheureux  des  quelques  chants  de  cette  collection  qui 
ont  été  publiés  çà  et  là,  on  serait  tenté  de  croire  qu'elle  ne  contenait 
guère  autre  chose.  Les  meilleurs  de  ces  chants,  la  Vieille  Ahès,  les 
Moines  de  l'île  Verte,  sont  aujourd'hui  reconnus  pour  l'œuvre  d'un  jeune 
poète  très-sympathique,  mort  récemment,  et  que  des  poésies  françaises 
sur  la  Bretagne  avaient  classé  parmi  les  talents  vigoureux  de  second 
ordre.  M.  K.  était  un  écrivain  fort  loyal,  qui  n'entendait  commettre  là 
qu'une  espièglerie  fort  licite,  et  il  n'est  nullement  prouvé  qu'il  songeât 
sérieusement  à  tromper  le  public  sur  la  provenance  de  ses  imitations. 
Cependant,  quel  que  soit  l'auteur  des  chants  du  Barzaz  énumérés  plus 
haut,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  M.  de  la  Villemarqué  a  reçu  de  ses 
correspondants  bretons  des  pièces  entièrement  apocryphes,  aussi  apo- 
cryphes que  les  chants  basques  des  Cantabres  et  de  Roncevaux,  et  qu'il 
n'y  a  pas  saisi  au  passage  des  détails  qui  auraient  dû  le  mettre  en 
défiance,  de  grossières  fautes  de  langue',  des  erreurs  chronologiques. 


I.  Klouar  Dahut,  douce  Daliut.  L'adjectif,  en  breton,  ne  se  met  jamais  devant  le  subs- 
tantif sauf  dans  les  mots  composés,  d'ailleurs   assez  rares,  comme  mad-oberou,  bonni 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  67 

En  voici  une  assez  grave.  Le  chanoine  Moreau,  historien  de  la  Ligue  en 
Basse-Bretagne_,  parle  d'une  insurrection  rurale  qui  saccagea  Quimper 
en  1450  ou  1489  :  il  ne  sait  trop  laquelle  des  deux  dates.  Sur  ce  texte, 
un  pasticheur  compose  les  Jeunes  gens  de  Plouyé,  et  choisit  la  date  de 
1430,  afin  de  faire  figurer  dans  son  petit  poème  le  vénérable  évêque 
Rosmadec,  qui  ne  mourut  qu'en  1446.  Le  morceau  paraît  dans  le  Bar- 
zaz  et  des  recherches  trop  tardives  dans  les  archives  de  Quimper  démon- 
trent que  c'est  la  date  de  1489  qui  est  la  vraie. 

Encore  une  fois,  je  ne  veux  pas  accuser  M.  de  la  Villemarqué  de  ces 
inventions  :  mais  il  a  obéi  à  un  besoin  fâcheux  de  pittoresque  à  tout 
prix  en  accordant  l'hospitalité  de  son  livre  à  des  œuvres  suspectes,  dont 
l'auraient  dû  garantir  le  sentiment  de  l'art  et  le  savoir  en  matière  de 
philologie  bretonne  qu'on  ne  peut  lui  contester.  Le  Barzaz  a  fait  école, 
et  les  faux  chants  historiques  se  sont  tellement  mêlés  aux  vrais  que  l'on 
n'a  souvent,  pour  distinguer  les  uns  des  autres,  d'autre  guide  qu'un 
sens  intime  plus  ou  moins  facile  à  éveiller,  et  discutable  en  tout  cas.  Je 
suis  persuadé,  par  exemple,  que  le  chant  de  la  collection  Penguern  inti- 
tulé la  Révolte  du  papier  timbré,  est  un  pastiche  bien  fait,  mais  je  n'en 
puis  donner  de  preuves  aussi  catégoriques  que  pour  la  Ville  d'Is  ou  la 
Vieille  Ahcs.  Celle-ci  a  une  histoire  assez  amusante.  Une  vive  polémique 
est  engagée  depuis  environ  dix  ans  en  Bretagne,  sur  la  question  de 
savoir  si  le  peuple  breton  actuel  descend  en  très-grande  majorité  des 
émigrés  bretons  expulsés  par  les  Saxons  au  cinquième  siècle,  ou  si  ces 
émigrés  se  seraient  fondus  dans  une  population  gauloise  armoricaine 
beaucoup  plus  nombreuse  que  les  nouveaux  venus.  La  fiscalité  impériale 
avait  transformé  la  Gaule  en  désert,  disent  les  uns  :  il  a  fallu  qu'une 
masse  puissante  d'immigrants  vînt  repeupler  l'Armorique  reconquise  par 
les  forêts  et  les  bêtes  sauvages.  —  Le  régime  impérial  n'était  pas  aussi 
funeste  que  vous  le  dites,  répondent  les  autres  :  il  a  donné  à  notre  pays 
une  prospérité  relative,  et  les  Bretons  ne  s'y  sont  établis  que  comme  des 
fugitifs  recourant  humblement  à  l'hospitalité  des  indigènes.  Au  milieu  de 
la  discussion,  soutenue  des  deux  côtés  (surtout  du  côté  breton)  avec  un 
esprit  d'érudition  et  de  critique  qui  manque  trop  souvent  aux  philologues 
du  même  pays,  le  coryphée  de  l'école  «  nationale  )>  M.  de  la  Borderie, 
apporta  un  beau  chant  intitulé  la  Vieille  Ahès,  qui  racontait  dans  un  style 
apocalyptique  la  construction  des  voies  romaines  dans  la  Gaule,  et  mon- 
trait derrière  le  constructeur  de  routes,  le  collecteur  du  fisc  venant  faire 


œuvres  :  goal-gomzou,  mauvaises  paroles  :  goal-amzer,   tempêtes  :  an   droug-speret,   le 
mauvais  esprit. 


68  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

le  vide  dans  la  campagne,  pendant  que  des  aigles  noirs  et  des  aigles 
gris  se  battaient  dans  la  plaine.  M.  de  la  Borderie  admettait  sans  hésita- 
tion l'antiquité  de  ce  chant,  passé,  selon  lui,  du  gaulois  dans  le  breton  : 
il  y  lisait  couramment  l'histoire  de  la  fiscalité  romaine,  des  guerres 
civiles  pour  l'Empire,  des  invasions  barbares  :  il  voyait  dans  Ahès 
une  figure  allégorique  et  faisait  à  ce  sujet  un  rapprochement  émouvant 
avec  la  Marianne  des  carriers  socialistes  de  Maine-et-Loire.  Ce  chant 
confirmait  tellement  sa  thèse,  qu'il  n'avait  qu'une  crainte,  c'était  d'être 
soupçonné  de  l'avoir  fabriqué  pour  les  besoins  de  la  cause.  M.  de  la 
Borderie  avait  tort  de  s'inquiéter  :  nul  ne  le  soupçonnera  d'inventer  des 
textes,  et  d'ailleurs  le  «  coupable  «  est  connu.  Cette  pièce  sort  de  la 
collection  Penguern,  et  l'auteur  est  M.  K.  désigné  plus  haut. 


Ainsi,  pour  me  résumer,  le  mouvement  philologique  breton  a  inspiré 
des  œuvres  qu'on  peut  ranger  en  deux  catégories  distinctes,  celles  qu'on 
a  faites  en  cette  langue  et  celles  qu'on  a  faites  sur  d\e,  en  d'autres 
termes,  les  travaux  purement  littéraires  et  les  choses  d'érudition.  Cette 
dernière  classe  est  nécessairement  la  plus  faible  des  deux.  Outre  que  le 
patriotisme  ardent  et  souvent  chimérique  des  Celtes  s'accommode  mal  de 
la  froide  rigueur  que  l'érudition  contemporaine  a  empruntée  aux  sciences 
d'observation,  nos  celtistes  provinciaux,  éloignés  des  grands  centres  où 
ils  pourraient  se  mettre  au  courant  des  progrès  inou'is  que  la  philologie  cel- 
tique a  faits  depuis  trente  ans  à  l'étranger,  aiment  mieux  se  tirer  d'affaire 
par  le  dédain.  Vous  rencontrerez  des  gens  qui  vous  diront  sérieusement 
que  Zeuss  et  Pictet,  ne  parlant  pas  le  breton,  n'ont  pas  eu  qualité  pour  en 
traiter.  Les  excentricités  de  la  vieille  école  celtique,  —  celtica  negaîa, 
negatur  orbis,  —  se  manifestent  encore  de  temps  à  autre.  A  un  récent 
congrès  gallois  (eisteddfod),  un  orateur  bas-breton  est  venu  déclarer  qu'on 
parle  breton  en  Perse,  et  que  sans  savoir  un  mot  de  persan,  il  causait 
couramment  avec  les  marchandes  de  légumes  de  Téhéran.  Ce  n'est  là 
qu'un  cas  isolé  :  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  les  études  celtiques 
n'existent  pas  en  Bretagne,  et  que  MM.  Gaidoz  et  d'Arbois  de  Jubain- 
ville,  qui  représentent  dignement  dans  ces  études  la  philologie  française 
en  face  de  l'Allemagne,  sont  tous  deux  étrangers  au  sol  armoricain. 

Si  les  œuvres  érudites  font  un  peu  défaut,  le  contingent  littéraire  est 
abondant.  Autour  du  drapeau  de  Legonidec  relevé  par  M.  de  la  Ville- 
marqué  s'est  groupé  un  essaim  de  chauds  patriotes,  jeunes  pour  la  plu- 
part, qui  ont  pris  pour  mot  d'ordre  l'épuration  de  la  langue  et  essayé 


La  Poésie  populaire  en  Bretagne.  69 

d'agir  directement  sur  l'esprit  rétif  de  leurs  compatriotes.  Ils  ont  échoué, 
et  il  n'entre  pas  dans  le  plan  de  cette  étude  d'en  développer  longuement 
les  raisons.  La  principale  cause  est  que,  préoccupés  avant  tout  de 
purisme,  ils  ont  parlé  au  paysan  une  langue  conventionnelle  et  pédan- 
tesque  qui  l'a  rebuté.  Tous  font  des  vers,  et  presque  tous  ont  un  vrai 
talent  :  talent  surtout  descriptif,  il  est  vrai,  mais  qui  rachète  par  l'éclat 
des  images  et  la  souplesse  de  la  forme  les  lacunes  du  fond.  Cette  école 
procède  de  Brizeux  croisé  de  Turquety  :  mais  elle  n'a  pas  la  chaleur 
communicative  du  poète  de  Marie.  Le  peuple  ne  l'écoute  pas  :  les  lettrés, 
qu'elle  a  surtout  en  vue  (elle  n'imprime  à  peu  près  rien  qui  n'ait  une 
traduction  française  en  regard),  les  lettrés  ont  d'autres  sources  d'émo- 
tion poétique  à  leur  portée.  Sans  parler  des  plus  hautes  gloires,  quand 
on  a  lu  une  satire  de  Laprade,  un  poème  néo-grec  de  Leconte  de  l'Isle, 
ou  d'André  Lefèvre,  un  sonnet  de  Soulary,  on  trouve  quelque  monotonie 
à  la  perpétuelle  paraphrase  de  «  la  terre  de  granit  recouverte  de  chênes.» 
Ces  douze  ou  quinze  rénovateurs  dévoués  et  convaincus  n'ont  en  Bre- 
tagne (un  seul  exceptéj  d'autre  public  qu'eux-mêmes.  Je  le  constate 
avec  tristesse,  leur  patriotisme  et  leur  talent  méritent  mieux  :  mais  ils 
ont  infiniment  moins  agi  sur  l'esprit  des  campagnes  que  tels  poèmes 
dramatiques  ou  comiques  qui  leur  inspirent  une  sainte  indignation,  les 
Quatre  fils  Aymon,  Michel-Morin,  l'Enfant  Sage.  Morlaix  est  la  seule  ville 
de  l'Ouest  au-dessus  de  dix  mille  âmes,  où  la  classe  ouvrière  ait  obsti- 
nément conservé  le  breton,  malgré  le  chemin  de  fer  et  les  usines.  Parmi 
les  causes  de  cette  durée  exceptionnelle  de  l'idiome  national,  je  n'hésite 
pas  à  ranger  un  vieux  petit  théâtre  breton  perdu  au  fond  d'un  faubourg, 
où  l'on  jouait  des  pièces  originales  et  des  traductions  de  mélodrames  de 
boulevard,  écrites  dans  un  patois  déplorable,  le  même,  hélas!  que  celui 
de  Sainte  Nonn  ou  de  Dom  Lagadeuc.  Je  me  souviens  d'y  avoir  conduit, 
il  y  a  des  années,  un  voyageur  américain  qui  est  aujourd'hui  un  illustre 
homme  d'État,  M.  Charles  Summer,  qui  s'y  amusa  beaucoup  sans  com- 
prendre un  mot. 

La  philologie  et  la  littérature  bretonnes  sont  toutes  deux  dans  une 
fausse  voie,  et  il  n'est  guère  à  espérer  qu'elles  en  sortent  d'ici  à  un 
certain  temps.  M.  de  la  Villemarqué  aura  sa  part  de  responsabilité  dans 
cette  déviation,  par  la  très-réelle  influence  qu'il  a  exercée  et  par  le 
caractère  indécis  de  son  livre  qu'il  s'obstine  à  nous  donner  comme  histo- 
rique, tandis  que  c'est  avant  tout  une  œuvre  d'art.  Le  «  barde  de 
Nizon  »,  comme  il  s'intitule  lui-même,  a  l'imagination  trop  vive  et  trop 
nerveuse  pour  s'astreindre  aux  arides  minuties  de  l'érudition  :  il  n'a 
presque  jamais  touché  à  ce  domaine  sans  exciter  en  Angleterre  et  en 
France  des  réclamations  parfois  acerbes  ]  mais  dès  qu'il  en  sort,  il  rede- 


70  La  Poésie  populaire  en  Bretagne. 

vient  ce  qu'il  est  réellement  :  un  poète  et  un  artiste  délicat.  Je  ne  con- 
nais pas  (et  je  le  regrette)  la  chanson  d'ivrogne  qu'il  a  entendue  dans 
un  cabaret  de  Coray  et  qui  lui  a  servi  à  composer  sa  superbe  Danse  de 
VEpée;  mais  ces  strophes  fières  et  folles  sont  si  heureusement  adaptées 
à  l'air  non  moins  sauvage  qui  les  accompagne,  que  tout  le  monde  y  a  été 
pris  dès  l'abord.  Je  sais  bien  que  beaucoup  de  choses  trop  modernes, 
éparses  dans  cette  collection,  accusent  leur  temps  et  le  goût  régnant 
vers  1839  :  telles  sont  ces  descriptions  romantiques  où  la  muse  popu- 
laire ne  s'attarde  jamais,  ces  petits  paysages  dont  le  livre  est  rempli, 
cette  mer  comparée  à  une  cavale  bleue  qui  hennit  et  bondit  de  joie,  ou 
bien  encore  certaines  préciosités  sentimentales,  concessions  évidentes 
aux  engouements  d'une  génération  qui  chantait  les  romances  bretonnes 
de  M"*^  Loïsa  Puget.  Ces  petites  imperfections  ont  été  loin  de  nuire 
au  succès  du  «  barde  »,  succès  dont  la  Bretagne  a  singulièrement 
profité  comme  renom. 

Quels  que  soient  les  auteurs  réels  des  chants  compris  dans  le  Barzaz 
Breiz,  qu'ils  aient  vécu  il  y  a  des  siècles  ou  qu'ils  soient  nos  contempo- 
rains, la  muse  celtique  a  toujours  le  droit  de  les  compter  comme  siens, 
et  nous  ne  comprenons  guère  l'étrange  patriotisme  qui  voit  un  crime  de 
lèse-nationalité  dans  toute  tentative  impartiale  faite  pour  apporter  dans 
ces  études  des  lumières  nouvelles.  Il  y  a  là  un  malentendu  qui,  s'il  se 
prolongeait,  menacerait  l'esprit  breton  de  rester  éternellement  dans  un 
faux  art,  une  fausse  critique,  une  fausse  histoire.  Voilà  pourquoi  il  n'est 
que  temps  de  laisser  derrière  soi  les  mirages  séduisants  et  d'entrer  dans 
les  saines  réalités  avec  des  œuvres  comme  les  Clianis  de  Basse-Bretagne 
(Gwerziou  Breiz-Izel)  de  M.  Luzel,  résultat  de  recherches  patientes  qui 
ont  duré  trente-deux  ans  '.  La  vraie  muse  populaire  est  là,  avec  les 
scories  qui  sont  la  marque  particulière  de  l'inspiration  rustique,  et  qui 
ont  été  si  soigneusement  écartées  du  Barzaz.  Que  M.  Luzel  ne  se  fasse 
pas  d'illusions.  Son  livre  ne  sera  pas  adopté  par  le  monde  élégant  :  les 
pianistes  en  renom  ne  joueront  pas  ses  mélodies  dans  les  salons  de  high- 
life,  et  il  peut  être  sûr  d'avance  qu'il  n'aura  pas  les  sept  éditions  de 
M.  de  la  Villemarqué.  En  revanche,  son  livre,  déjà  recommandé  par  un 
philogogue  d'un  goût  sûr  -,  prendra  place  parmi  les  classiques  de  la 
poésie  populaire  chez  les  races  héroïques  de  l'Europe,  à  côté  des  chants 
grecs  de  Passow  et  des  p/c5mcu  serbes  de  Vouk  Stephanovich.  J'estime 
qu'il  y  a  compensation. 

Guillaume  Lejean. 

1.  Il  y  a  dans  cette  collection  des  chants  recueillis  en  1836,  trois  ans  avant  le  Barzaz- 
Brciz. 

2.  M.  Renan,  Débats  de  1868. 


NOMS   PROPRES   BRETONS 

COMMENÇANT  PAR  Ab  OU  Ap. 


La  note  de  M.  Renan  relative  à  Fétymologie  du  nom  d'Abélard, 
publiée  dans  le  premier  volume  ''p.  263  et  suiv.)  de  la  Revue  Celtique, 
donnera  peut-être  quelque  intérêt  aux  observations  suivantes  sur  les 
noms  propres  bretons  dans  la  composition  desquels  entre  le  mot  Ab  ou 
Ap,  fils.  En  voici  la  nomenclature  aussi  complète  que  possible  '  : 

Abalain,  Abalan.  84 

Abalea,  Abalia,  Abeillea,  Abeille.  54 

Abaler  {sic)  ?  i 

Abariou  (Ab-Cariou)  -  ?  2 

Abarnot,  Abernot.              .  26 

Abharnou,  Abarnou.  21 


1 .  Les  chiffres  indiquent  le  nombre  de  personnes  portant  les  noms  devant  lesquels  ils 
sont  placés,  mortes  dans  toute  l'étendue  de  l'ancien  évêché  de  Léon,  pendant  la  période 
décennale  de  1802  à  181 3. 

2.  U  faut  probablement  lire  Abaziou. 


12  Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  ou  Ap. 

Abautret.  29 

Abaziou'.  26 

Abeghile  (filius  alterius).  17 

Abeozen  (filius  Eudonis).  5 

Abiven,  Abyven  (filius  Yvonis).  1 5 1 
Aperry^  Apery,  Appere,  Abere,  Abare  (Ab-Herry_,  filius  Henrici).  41 

Abgrall,  Accrall,  Acrall,  Avrall  (filius  Gradloni).  316 

Abgueguen.  8 

Abguillerm  (filius  Guillelmi).  8 

Abhamon^  Apphamon,  Appamon,  Apamon  (filius  Hamonis).  21 

Abherve,  Apperve,  Aperve  (filius  Hervei).  22 

Abili.  73 

Abiliou  2.  I 

Abjan,  Abjean.  57 

Abolier,  Aboliver,  Abolivier.  i8 

Abomnes,  Abonnes  (filius  Omnesii).  2 

Apriou,  Appriou  (Ab-Riou).  25 
Apprioual,  Arioual,  Brjoual,  Avroual  (Ab-Rioual,  filius  Rivalloni).     9 

Total,  1017 

On  trouve  encore  les  formes  composées  suivantes  : 
Aperebeozen  (Ab-Herry-Ab-Eozen,  filius  Henrici  filii  Eudonis). 
Abgrallabhamon.  (Ab-Grall-Ab-Hamon,  filius  Gradloni  filii  Hamonis). 

Pour  me  rendre  compte  d'une  manière  exacte  de  la  distribution 
géographique  de  ces  noms  dans  le  Finistère,  j'ai  fait  dans  les  tables 
décennales  de  ce  département,  un  relevé  par  commune,  de  tous  les 
individus  morts  de  1802  à  181 3,  dont  le  nom  commençait  par  le  mot 
Ab.  Le  résultat  de  ce  dépouillement  a  été  que  ces  sortes  de  noms  sont 
particuliers  à  l'ancien  évêché  de  Léon.  On  ne  les  trouve  qu'exception- 
nellement dans  quelques  villes  des  évêchés  de  Quimper  et  de  Tréguier; 
et  ceux  qui  les  portent  dans  ces  localités,  appartiennent  à  des  familles 
originaires  du  Léon. 

Voici  de  quelle  manière  ces  décès  sont  répartis,  pendant  cette  période, 
dans  chacun  des  trois  archidiaconés  de  l'ancien  diocèse  de  Léon  : 


1.  Formé,  je  pense  de  Ab-Siou.  Siou  est  un  nom  très-répandu  dans  le  Léon.  Aziou  ne 
s'y  rencontre  pas. 

2.  Iliou  est  le  pluriel  d'Ili,  nom  d'homme  commun  dans  l'évêché  de  Léon.  Les  noms 
de  famille  affectent  souvent  la  forme  du  pluriel,  dans  toute  la  Bretagne  bretonnante 
[Eozenou,  Euzenou,  Evenoii,  Ivinou,  Douarinou,  Jezcquellou,  etc.). 


Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  ou  Ap. 


7? 


I.  Archidiaconé  de  Léon 
(Partie  Est  du  diocèse.  — 
Borné  au  N.  par  la  Manche, 
à  l'E.  par  la  rivière  de  Mor- 
laix;  au  S.  par  la  chaîne  des 
montagnes  d'Are;  à  l'O.  par 
la  rivière  la  Flèche,  en  bre- 
ton Seaz). 


II.  Archidiaconé  de  Que- 
menet-Ui.  —  (Partie  centrale 
du  diocèse. —  Compris  entre 
la  Manche  au  N.;  la  rivière 
la  Flèche,  à  l'E.  et  les  rivières 
Aber-Vrac'h  et  Aber-Benoit 
au  S.-O.) 


m.  Archidiaconé  d'Ack 
(Partie  Ouest  du  diocèse.  — 
Séparé  du  précédent  archi- 
diaconé par  les  rivières 
Aber-Benoit  et  Aber-Vrac'h; 
entouré  de  tous  autres  côtés 
par  la  mer). 


Bodilis 

18 

Goulven 

8 

Bourg-Blanc 

16 

Carantec 

I 

Guiquelleau 

7 

Brélès 

Cleder 

23 

Guissény 

30 

Gouesnou 

Comanna 

Kerlouan 

66 

Guipavas 

Guiclan 

38 

Kernilis 

9 

Lambezellec 

27 

Guimiliau 

Kernouez 

5 

Landerneau 

4' 

Lampaul-Guimiliau 

34 

Lanarvily 

6 

Le  Drenec 

Landiviziau 

58 

Landeda 

$ 

Loc-Brevalaire 

Lanhouarneau 

Lannilis 

24 

Locmaria-Plouzané 

La  Roche 

Lesneven 

38 

Plabennec 

Loc-Eguiner 

Ploudaniel 

30 

Plougonvelen 

Locmelar 

10 

Plouedern 

7 

Plouguin 

Mespaul 

Plouguerneau 

46 

Ploumoguer 

Morlaix 

18 

Plouider 

36 

Plouvien 

I  c 

Pencran 

Plounéour-Trez 

40 

Saint-Marc 

Pleyber-Christ 

Plouneventer 

25 

Saint-Pabu 

Ploudiry 

Saint-Frègant 

1 1 

Saint-Pierre-Quilbignon 

Plouenan 

Saint-Méen 

16 

Saint-Renan 

Plouescat 

14 

Saint-Servais 

4 

Saint-Thonan 

Plougoulm 

Treflez 

6 

Treglonou 

Plougourvest 

Trégarantec 

10 

Total, 

'55 

Plouneour-Menez 

■7 

Trémaouezan 

9 

Plounevez-Lochrist 

J8 

Total, 

448 

Plouvorn 

12 

Plouzévédé 

12 

Roscoff 

Sibiril 

} 

Sizun 

8 

Saint-Martin-des-Champs  2 

Saint-Pol-de-Léon 

Saint-Sauveur 

11 

Saint-Thégonnec 

22 

Saint-Vougay 

Taulè 

Treflevenez 

Tresilidé 

Total, 


416 


Il  résulte  de  ce  relevé,  que  le  nombre  des  décès  de  personnes  dont  le 
nom  commençait  par  Ab  ou  Ap,  dans  l'évêché  de  Léon,  fut  de  1017, 
pendant  la  période  décennale  de  1802  à  1813,  et  que  la  moyenne  de 
ces  décès,  par  commune,  fut  de  20  pour  l'archidiaconé  de  Quemenet-Ili, 
de  1 1  pour  celui  de  Léon,  et  de  7  pour  celui  d'Ack.  Si  dans  ce  dernier 
archidiaconé,  on  ne  tient  pas  compte  des  décès  de  Landerneau,  ville 
placée  aux  confins  des  trois  archidiaconés  du  diocèse  de  Léon,  ni  de 
ceux  de  Lambezellec,  commune  qui  s'étendait  jusqu'aux  portes  de  Brest, 
et  sur  le  territoire  de  laquelle  demeuraient  un  grand  nombre  d'ouvriers 


74  Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  ou  Ap. 

employés  aux  travaux  de  l'arsenal  de  cette  ville,  et  venus  pour  la  plu- 
part de  tous  les  points  de  l'évêché,  on  obtient  une  moyenne  de  4  décès 
seulement  pour  les  communes  de  l'archidiaconé  d'Ack. 

Le  mot  Ab  ou  Ap,  qui,  comme  on  vient  de  le  voir,  était  autrefois  d'un 
usage  général  dans  le  pays  de  Léon,  ne  se  retrouve  ni  dans  le  comique, 
ni  dans  les  dialectes  bretons  de  Tréguier,  de  Cornouaille  et  de  Vannes. 
Mais  il  existe  dans  le  gallois.  Avant  l'adoption  des  noms  de  famille  ou 
surnoms,  ce  mot  était  très-usité  dans  la  Cambrie  et  il  a  continué  à  y 
être  employé  dans  les  généalogies. 

De  cette  donnée  philologique,  on  pourrait  conclure  que  les  Bretons  qui 
colonisèrent  la  partie  de  la  cité  des  Osismii  représentée  par  l'ancien  dio- 
cèse de  Léon,  étaient  sortis  du  Pays  de  Galles.  Cette  conclusion  serait 
conforme  aux  présomptions  historiques. 

Je  suis  très-porté  à  croire,  en  effet,  que  la  partie  nord  de  l'Armorique, 
de  l'Océan  à  la  rivière  de  Couesnon,  formant  le  territoire  de  la  cité  des 
Osismii^,  fut  d'abord  occupée  parles  Dumnonii  de  l'île  de  Bretagne,  qui  y 
fondèrent  le  royaume  de  Domnonée.  Les  Cornavii  des  bords  de  la  Saverne 
s'établirent  ensuite  au-dessous  des  Dumnonii,  dans  le  territoire  de  la  cité 
des  Corisopites  ou  Curiosolites  qui  prit  plus  tard  le  nom  de  Cornubia  (Cor- 
nouaille). Il  est  fort  probable  que  ces  derniers  colonisèrent  aussi  la  cité 
des  Veneti^.  Ce  ne  serait  que  plus  tard  qu'une  colonie  d'émigrants,  partie 
de  la  Cambrie,  serait  venue  s'implanter  dans  le  pays  déjà  occupé  par 
les  Dumnonii,  et  y  aurait  fondé  le  comté  et  l'évêché  de  Léon.  On  se 
rendrait  compte  ainsi  de  la  suprématie  que  les  rois  de  la  Domnonée 
exercèrent  sur  les  comtes  de  Léon  pendant  une  partie  du  vi''  siècle,  et 


r.  Voir  Études  historiques  sur  le  Finistère,   par  R.    F.   Le  Men.  Quimper,   Jacob,  vue 
Kéréon,  37.  —  J.  Salaun^  rue  Kéréon,  56. 

2.  Quelques  personnes  frappées  de  la  grande  différence  qui  existe  aujourd'hui  entre  le 
breton  de  Vannes  et  les  autres  dialectes  bretons,  ont  cherché  à  l'expliquer  par  une  diffé- 
rence d'origine.  Je  crois  qu'au  moyen  âge  le  breton  de  Vannes  était  le  même  que  celui 
de  Cornouailles.  C'est  ce  qui  paraît  résulter  de  l'examen  des  noms  de  localités  anciens  de 
cet  évêché,  le  seul  moyen  de  comparaison  dont  nous  puissions  disposer  à  mon  avis.  La 
cause  principale  de  l'altération  du  breton  de  Vannes  a  été  le  changement  de  l'accent 
tonique  dans  cet  évêché.  L'accent  tonique  breton,  qui  se  place  toujours  sur  la  pénultième, 
n'existe  plus  dans  le  breton  de  Vannes.  On  l'y  a  remplacé  depuis  longtemps  par  l'accent 
tonique  français.  On  se  figure  aisément  les  ravages  qu'une  pareille  substitution  doit  pro- 
duire dans  la  constitution  des  mots  d'une  langue.  L'altération  produite  dans  le  breton  du 
sud  de  la  Bretagne  par  l'introduction  de  l'accent  tonique  français  se  fait  déjà  sentir  à 
quelques  lieues  de  Quimper.  Sur  la  limite  du  Finistère  et  du  Morbihan,  vers  Quimperlé, 
l'accent  tonique  n'est  ni  breton  ni  français,  ou  plutôt  il  y  a  pour  chaque  mot  deux  accents 
toniques  de  même  valeur,  l'un  français  et  l'autre  breton.  L'effet  de  ce  double  accent  qui 
s'emploie  aussi  bien  en  breton  qu'en  français  dans  cette  zone  de  transition,  est  loin  d'être 
harmonieux.  Je  doute  qu'il  existe  en  France  un  parler  plus  désagréable  que  celui  d 
Quimperlé.  Dans  l'évêché  de  Tréguier  l'accent  breton  s'est  maintenu  malgré  le  voisinag 
du  pays  Callo.  Aussi  le  breton  est-il  loin  d'avoir  éprouvé  dans  cet  évêché  les  altérations 
que  l'on  remarque  dans  le  breton  de  Vannes. 


I 


Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  ou  Ap.  75 

on  s'expliquerait  pourquoi  l'auteur  de  la  Vie  de  Saint-Paul  Aurélien  donne 
encore  le  nom  de  Domnonée  au  territoire  du  comté  de  Léon,  à  une 
époque  oij  les  comtes  de  ce  nom  s'étaient  rendus  indépendants. 

Dans  cette  hypothèse,  on  serait  en  droit  de  conclure  de  la  statistique 
donnée  plus  haut,  que  la  partie  de  l'évêché  de  Léon  qui  fut  le  plus  forte- 
ment occupée  par  les  émigrants  gallois,  fut  l'archidiaconé  de  Quemenet- 
Ili  (^Commendatio-Ili)  ' .  C'est  dans  ce  territoire  qu'était  située  la  capitale 
des  Osismii,  Vorganium,  dont  je  viens  de  découvrir  l'emplacement  à 
l'embouchure  et  sur  la  rive  droite  de  l'Aber-Vrac'h^.  C'est  aussi  dans 
cet  archidiaconé,  notamment  dans  les  communes  de  Guisseny,  de  Ker- 
louan  et  de  Plouneour-Trez,  qu'existe  une  race  particulière  d'hommes 
appelés  Paganis  (expression  que  l'on  traduit  par  païen),  qui  ont  conservé 
jusqu'à  nos  jours  des  mœurs  bizarres  et  sauvages,  tout  à  fait  différentes 
de  celles  des  populations  voisines. 

L'archidiaconé  de  Léon  bien  plus  étendu  que  le  précédent  vient  en 
seconde  ligne  sous  le  rapport  de  l'importance  de  la  colonisation  galloise. 

Quant  à  l'archidiaconé  d'Ack  (abréviation  à'Achmensis  ou  à'Agnensis), 
les  traces  de  la  colonisation  galloise  y  sont  bien  moins  sensibles  que 
dans  les  deux  subdivisions  ecclésiastiques  dont  il  vient  d'être  question. 
Il  y  a  sur  le  littoral  de  cet  archidiaconé  des  cantons  entiers  où  l'on  ne 
trouve  aucun  nom  d'homme  commençant  par  Ab.  Il  n'en  existe  pas  non 
plus  dans  l'archipel  d'Ouessant  qui  faisait  partie  de  son  territoire.  Il  n'y 
avait,  dans  le  principe,  dans  l'évêché  de  Léon  que  deux  pagi,  le  pagus 
Leonensis,  et  le  pagus  Agnensis.  La  forme  pagus  Achmensis  se  rencontre 
dans  la  Vie  de  saint  Paul  Aurélien.  Je  suis  très-porté  à  y  voir  une  altéra- 
tion de  pagus  Oxmensis.  A  l'appui  de  cette  opinion  je  ferai  observer  que 
Vorganium,  capitale  des  Osismii,  dont  le  nom  se  changea  plus  tard  en 
celui  du  peuple  dont  elle  était  la  ville  principale,  était  dans  ce  pagus; 

1 .  Voir  le  mémoire  que  je  viens  de  publier  sur  la  ville  de  Vorganium  dans  mes  Études 
historiques  sur  le  Finistère. 

2.  A  l'appui  de  l'hypothèse  de  la  colonisation  de  l'évêché  de  Léon  par  des  émigrants 
venus  du  Pays  de  Galles  je  reproduis  ici  une  observation  que  j'ai  déjà  consignée  ailleurs, 
(L'Aguilaneuf.  —  Revue  Archéologique,  nouv.  série,  t.  X,  p.  178).  Le  mot  aber  signifie 
confluent  de  deux  rivières,  ou  embouchure  d'un  fleuve.  Il  y  a  dans  le  département  du 
Finistère  six  rivières  de  ce  nom  :  VAber-Vrac'h,  en  Landéda;  VAber-Benoit,  en  Lannilis; 
VAber-lldut,  en  Lannildut;  VAber-Lac'h,  aujourd'hui  Lauberlac'h,  en  Plougastel-Daoulas, 
dans  la  rade  de  Brest;  VAber,  en  Crozon,  dans  la  baie  de  Douarnenez,  et  \'Aber  dans  le 
chenal  de  l'île  de  Batz,  entre  RosCoff  et  Santec.  Ce  mot,  que  l'on  rencontre  si  fréquem- 
ment dans  le  pays  de  Galles,  paraît  être,  en  Bretagne,  particulier  à  l'ancien  évêché  de 
Léon  et  aux  parties  de  la  Cornouaille  qui  ont  été  autrefois  possédées  par  les  comtes  de 
Léon.  On  ne  le  trouve  pas  dans  les  autres  évêchés  bretons,  où  il  est  assez  fréquemment 
remplacé  par  le  mot  Aron,  que  l'on  ne  rencontre  pas  dans  l'évêché  de  Léon,  et  dont  la 
forme  ancienne  est  Hamn  (Cartulaire  de  Landévennec,  texte  du  xi''  siècle,  cfr.  amnis), 
d'où  Afn,  Haffn,  Avn,  Aven,  Avon,  Aon  et  On,  dont  les  géographes  modernes  ont  fait 
Aulne,  nom  actuel  de  la  rivière  de  Châteaulin  (Finistère). 


76  Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  on  Ap. 

car  je  ne  doute  pas  que  la  subdivision  féodale  et  ecclésiastique  du  Que- 

menet-Ui,  n'ait  été  établie  aux  dépens  de  son  territoire. 


Je  ne  connais  pas  actuellement  dans  le  département  du  Finistère,  de 
noms  propres,  dans  la  composition  desquels  entre  le  mot  Mab,  fils.  S'il 
en  existe,  ils  doivent  être  fort  rares.  En  parcourant  le  contrôle  général 
des  conscrits  de  ce  département  pour  les  années  1806,  1807,  et  1808, 
je  n'ai  trouvé  que  le  nom  Mabetad,  qui  présente  cette  particularité. 
Encore  est-il  bon  de  faire  observer  que  le  mot  Mab  n'y  remplit  pas 
exactement  le  rôle  de  VAb  des  noms  léonnais.  Mabetad  signifie  en  effet 
fds  de  son  père,  et  appartient  à  une  catégorie  de  noms  bretons  qui  sont 
toute  une  phrase,  tels  que  ;  lan  Berhehouc,  Jean  Court-son-cou  (qui  a  le 
cou  court)  ;  louen  Doughedroat,  Yves  Porte-son-pied  ;  Lan  Poezhevara, 
Alain  Pèse-son-pain  \  Per  Sarhelagat  ;  Pierre  Ferme-son-œil,  etc. 

Dans  un  rentier  de  1477  de  biens  appartenant  au  duc  de  Bretagne 
en  la  paroisse  de  Ploesane  (Plouzané)',  je  trouve  le  nom  Mapedat,  qui 
diffère  surtout  de  la  forme  précédente  par  la  mutation  de  la  lettre  /,  et 
le  nom  Mapodore.  Dans  ces  deux  noms  le  p  remplace  le  b  que  l'on 
remarque  constamment  en  Cornouaille,  dans  les  anciens  exemples  du 
mot  Mab.  La  commune  de  Plouzané  ^  était  autrefois  comprise  dans 
l'archidiaconé  d'Ack,  c'est-à-dire  dans  la  partie  de  l'évêché  de  Léon  oii 
l'élément  gallois,  comme  je  l'ai  fait  observer  plus  haut,  a  laissé  dans  la 
population  moins  de  traces  que  dans  le  reste  du  diocèse.  On  pourrait 
donc  attribuer  à  l'élément  Domnonéen  les  deux  noms  que  je  viens  de 
mentionner  et  dans  la  composition  desquels  entre  le  mot  Map. 

Le  mot  Mab,  dans  les  actes  du  moyen  âge,  est  le  plus  souvent  repré- 
senté par  sa  traduction  latine  filius,  mais  la  forme  bretonne  se  remarque 
quelquefois,  au  xi*^  et  au  xiie  siècle,  notamment  dans  des  titres  de 
l'abbaye  de  Sainte-Croix  de  Quimperlé  (Finistère,  ancien  évêché  de 
Cornouaille):  Daniele  mab  Riou;  Riuallun  mab  Kiled;  Riuallun  mab 
Herueu;  Roderch  mab  Albatt;  Irispoë  mab  Numenoë  (commencement 
du  xii*"  siècle);  Eudon  mab  lestin;  Riuallen  mab  Euen  ;  Guilhelmus  mab 
an  Dunan  (1161)5.  Je  n'ai  pas  rencontré  le  mot  Ab  dans  les  actes  de 
cette  époque. 

1.  Archives  du  Finistère. 

2.  Canton  de  Saint-Renan,  arr.  de  Brest  (Finistère). 

3.  Voir  Histoire  de  l'abbaye  de  Sainte-Croix  de  Quimperlé,  par  dom  Placide  le  Duc, 
publiée  avec  une  continuation  jusqu'en  1790,  des  notes  et  des  pièces  justificatives  par  R. 
F.  Le  Men.  —  Quimperlé,  Th.  Clairet. 


Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  ou  Ap.  77 

Je  crois  utile  de  faire  remarquer  que  je  ne  connais  pas  d'exemple  du 
mot  Ab  employé  devant  un  surnom,  tandis  que  l'on  voit  par  le  nom 
Guilhelmus  mab  an  Dunan,  cité  plus  haut,  que  le  mot  Mab  s'employait 
dans  cette  circonstance;  car  an  Dunan  est  évidemment  un  surnom. 

L'usage  d'ajouter  à  son  nom  celui  de  son  père,  de  son  grand-père  et 
même  de  son  bisaïeul,  s'est  conservé  plus  longtemps  dans  l'évêché  de 
Léon  que  dans  le  reste  de  la  Bretagne.  On  trouve  dans  plusieurs  actes 
du  xiV  siècle  passés  par  la  Cour  de  Penzé,  près  Morlaix,  des  généalo- 
gies de  ce  genre,  dont  voici  un  exemple  :  «  Scaichent  toutz  que  par 
nostre  court  de  Pensaez,  Hervé,  le  fiuz  Henry,  le  fiuz  Alin,  le  fiuz  au 
Charpentier  vendist  à  Alin  de  Quoetthiraezeuc,  etc.  » 

Le  nom  Alard  est  rare  dans  le  Finistère,  et  appartient  à  l'ancien 
évêché  de  Léon^  ainsi  que  sa  forme  bien  plus  commune  Elard.  On  écrit 
ordinairement  ces  noms  avec  un  ^  à  la  fin.  Cependant  leurs  diminutifs 
Alary  et  Elary  que  l'on  trouve  assez  fréquemment,  semble  indiquer  que 
leur  orthographe  régulière  est  Alar  et  Elar. 

Alar  est  le  nom  d'un  saint  breton  très-populaire  en  Léon  et  dans 
certaines  parties  de  la  Cornouaille,  qui  est  peut-être  le  même  que  saint 
Alor,  patron  de  plusieurs  paroisses  de  ce  dernier  évêché,  et  qui  figure 
le  troisième  dans  le  catalogue  des  évêques  de  Quimper.  Mais  comme  sa 
légende  n'est  pas  connue  on  lui  a  substitué  celle  de  saint  Eloi,  et  on 
en  a  fait  un  forgeron  ou  un  maréchal-ferrant.  De  sorte  que  saint  Eloi  est 
invoqué  dans  ce  pays  sous  le  nom  de  sant  Alar.  Un  assez  grand  nombre 
de  chapelles  sont  dédiées  au  même  saint  sous  ce  double  vocable.  Dans 
la  Cornouaille  Armoricaine  saint  Eloi  représente  non -seulement  saint 
Alar,  mais  aussi  saint  Teiliau,  évêque  de  Landaff. 

En  m'occupant  des  recherches  qui  font  l'objet  de  cette  note,  j'ai  ren- 
contré assez  souvent  les  noms  Evillard,  Ivillard  et  Acguillard,  dans  des 
communes  rurales  du  Finistère. 

R.  F.  Le  Men. 


LAVAROU  KOZ  A  VREIZ  IZEL. 


TREDE  STROLLAD. 


203 

Neb  'zo  laouen  garni  bara  scac'li 
A  gav  da  beuri  e  peb  kaclu 

204 

Ann  dour  a  red 

Ne  ra  droug  da  zen  ebed. 

20$ 

Ann  tamm  hag  al  lomm 

A  zalc'h  ann  den  en  he  blomm. 

206 

Al  lomm  heb  ann  tamm 
A  ra  d'ann  den  kaout  lamm. 

207 

Ann  tamm  heb  al  lomm 
A  zo  war  galon  ann  den  evel  plomm. 

208 

Ar  pod  dour  pa  den  en  tl 
Prest  he  c'houitel  da  bep-hini. 

209 

Pep-hini  d^he  dro 
Evel  ann  toaz  e  go. 

210 

Gwelloc^h  eur  pred  bepred 
Eget  eur  bouezellad  éd. 

21  I 

Gwelloc'h  eun  tamm  bemdez 
Evid  re  da  Veurlarjez. 

212  Ne 

c'houzanver  ket  ann  dienez  ken  a  ve  eat  ar  fcunteun  da  hcsk. 

2 1 3  Biskoaz  den  gant  naoun  bras 
Tamm  bara  fall  ne  gavas. 

214  Sac' h  goullo  ne-d-eo  ket  evit  chom  en  he  za. 
Pa  vez  leun  ar  zac'h  ne-d-a  ket  ken  ebarz. 

2 1 5  Dioc'h  he  dant  ve  gorroed  ar  vuoc'h. 

2 1 6  Roit  d'ar  zaout  bouet  freaz 
Hag  e  zavo  dienn  war  al  leaz. 


PROVERBES    ET   DICTONS 

DE  LA  BASSE  BRETAGNE. 


TROISIEME    SERIE. 
I. 

205  Qui  de  pain  sec  se  contente 

Trouve  à  se  nourrir  en  tout  lieu. 

204  Eau  qui  court 

Ne  fait  de  mal  à  personne. 

205  Morceau  et  goutte 
Tiennent  l'homme  d'aplomb. 

206  Goutte  sans  morceau 

Fait  faire  à  l'homme  plus  d'un  saut. 

207  Morceau  sans  goutte 

Sur  le  cœur  de  l'homme  pèse  comme  du  plomb. 

208  Cruche  qui  rentre  à  la  maison 
A  chacun  prête  son  goulot. 

209  Chacun  à  son  tour 
Comme  la  pâte  à  lever. 

210  Mieux  vaut  un  repas,  pour  toujours  assuré, 

Qu'une  boisselée  de  blé. 

2 1 1  Mieux  vaut  un  peu  chaque  jour 
Que  trop  au  carnaval. 

212  On  ne  souffre  pas  de  la  disette  tant  que  la  fontaine  n'est  pas  allée 

à  sec. 

2 1 3  Jamais  homme  ayant  grand'  faim 

Ne  trouva  morceau  de  pain  mauvais. 

214  Sac  vide  ne  saurait  rester  debout.  (La  faim  et  les  privations 
débilitent  l'homme.) 

Quand  le  sac  est  plein^  plus  rien  n'y  entre. 

21 5  Selon  la  dent  on  trait  la  vache.  (C.-à-d.  :  d'après  ce  qu'elle 
mange,  la  vache  donne  du  lait.) 

216  Nourrissez  bien  vos  vaches 

Et  la  crème  s'élèvera  sur  le  lait. 


8o  Lavaroii  Koz  a  Vreit  Izel. 


IL 


2 1 7  Pred  jall  ha  pred  mad 

A  zalc'h  ean  tiegez  en  lie  stad. 

218  Beza  '2:0  iri  seurt  beva  :  beva,  bevaïkha  bevetiez. 

2 1 9  Souben  ar  c'hik  hag  irvinen 
A  ra  d'ar  valez  îeir  chiken. 

220  Souben  ann  tri  zràik  : 
Dour,  c'hoalen  ha  bara'ik. 


221 

Kement  'zo  fall 
A  gar  ar  zall. 

222 

Tammou  bihan  hag  allez 

A  garg  ar  c'hoj  ha  pa  ve  diez. 

22? 

Avalou  douar  da  gwalc'h 
Hag  ar  c'hik  jast  awalc'h. 

224 

Ar  pez  a  ra  d'ann  dridi  beza  treud, 
Kalz  emaint  war  neubeud. 

225 

Kerc'heiz  a  lez  pesk  bihan 
A  zebr  meljeden  d'he  c'hoan. 

226 

Fars  forn 

A  vez  debret  gant  ann  dorn. 

227 

Ann  hini  'zebr  stripou 
A  zebrkaoc'h  a-wesiou. 

228 

Mad  eo  leaz  dous,  mad  eo  leaz  trer 

Ha  mad  da  bep-hini  gouzout  chom  en  he  renk. 

229  Tri  seurt  tud  a  laka  amann  war  ho  bara  :  ar  veleien,  abalamour  ma-^ 

z-int  sakr\  ann  duchcntil,  abalamour  ma-z-int  nobl;  hag  ar pàisantet, 
abalamour  ma-z-int  sod. 

230  Cwadegen  evit  gwadegcn  pa  vo  lazet  ar  moc'h. 

231  Ann  hini  a  zebr  avalou  poaz 
Birviken  askorn  ne  gac'haz. 

2  3  2  Eur  sprec'hen  a  zebr  allez  kement  hag  eur  marc'h  mad. 

2  3  3  Braz  al  labour,  —  bihan  ann  dibrl. 

234  Marc'harlt  Mlllmaout, 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  8 1 

II. 

2 1 7  Mauvais  repas  et  bon  repas 

Tiennent  un  ménage  en  bon  état. 
2i8  II  y  a  trois  manières  de  vivre  :  vivre,  vivoter  et  misérer. 

219  Soupe  de  viande  et  de  navets 
Fait  triple  menton  à  la  servante. 

220  Soupe  de  trois  pauvres  choses  : 
Eau.  sel  et  méchant  pain. 

22 1  Tout  ce  qui  est  mauvais 
Demande  à  être  salé. 

222  Morceaux  petits  et  répétés 
Remplissent  le  ventre,  fût-il  difficile. 

223  Des  pommes  de  terre  tant  que  tu  voudras, 
De  la  viande  —  juste  le  nécessaire. 

224  Ce  qui  fait  que  les  étourneaux  sont  maigres 
C'est  qu'ils  sont  beaucoup  sur  peu. 

225  Héron  qui  laisse  petit  poisson 
Mange  à  souper  des  limaçon^. 

226  Far  >  cuit  au  four 
Avec  la  main  se  mange. 

227  Qui  tripes  mange 
M....  parfois  avale. 

228  Bon  est  le  lait  doux,  bon  est  le  lait  aigre, 

Et  bon  est  à  chacun  de  savoir  rester  à  son  rang. 

229  Trois  classes  d'hommes  mettent  du  beurre   sur  leur  pain   :   les 

prêtres,  parce  qu'ils  sont  sacrés;  les  gentilshommes,  parce  qu'ils 
sont  nobles  ;  et  les  paysans,  parce  qu'ils  sont  sots  ^. 
2p  Boudin  pour  boudin  quand  on  tuera  le  cochon.  (C.-à-d.  :  cadeau 
pour  cadeau,    —   service  pour    service,    quand   l'occasion   se 
présentera.  Quelquefois  aussi  :  dent  pour  dent,  —  œil  pour  œil.) 

231  Qui  mange  pommes  cuites 
Jamais  os  ne  ch... 

232  Une  haridelle  mange  souvent  autant  qu'un  bon  cheval. 

233  Grand  le  travail,  —  petit  le  manger. 

234  Marguerite  Milimaout, 

1.  Espèce  de  flan  qui  se  fait  avec  du  lait,  de  la  farine  de  froment,  du  sucre  et  des  œufs. 

2.  Ce  dicton  railleur  tend  à  établir  l'égalité  des  hommes  devant  la  faim. 

Rev.  Celt.  Il  6 


82  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

Deuî  dre  ama  gand  ho  saout  : 
Kig  ha  fars  a  zo  er  pod, 
Deuî  dre  ama  hag  ho  po  lod. 
2J5  Perigou  melen,  kraouennigou  gell, 

N'euz  ar  valez  gand  ar  mevel; 
Krampoez  amanenet,  bannigou  lez, 
N'euz  ar  mevel  gand  ar  valez. 

III. 
2  3  6  Laka  kig  er  pod, 

Ann  tan,  sur,  hen  devezo  lod. 

237  Pa-z-a  ar  hillik  war  ann  tan 
Ez  a  ann  daou  en  unan. 

238  Pep  loudouren 

A  gav  mad  he  c'heusteuren. 
2  5  9  lanned  eo  matez  lanned, 

lanned  hag  he  mestrez  a  ribod  kevred  ' . 

240  Bevin,  houad,  ha  kik  maout 

'Zo  mad  d'ann  neb  hell  ho  c'haouî. 

241  Bramma  a  ra  eur  bourc^his,  pa  he  gof  a  zo  goullo,  hag  eur  breizad  ai 

vreugeud,  pa  he  hini  a  zo  leun. 

242  Paourentez  a  dosta  en  kuz 
Euz  kegin  lipous  ha  re  druz. 

243  Da  c'henou  a  zo  braz 
'Vel  genou  fourn  ar  raz. 

244  Nep  'zo  lipous  e  vuzellou 
A  lez  noaz  he  jaritellou. 

2à,s  Fanch  koz  a  zebr  iskiz 

Ken  na  dap  gand  he  viz. 

246  Ne  zebrann  na  chivr,  na  pleizenn, 
Red  e  monet  da  glask  va  nouenn. 

IV.  ! 

247  Micher  ar  remm 
Dibri  boed  ha  klemm. 

248  Evid  ar  remm,  ann  drouk-pcnn  hag  ar  glizienn, 

1.  Le  piquant  de  ce  dicton  repose  sur  le  mot  ribod,  qui  ne  signifie  pas  seulement' 
baratter,  mais  aussi  faire  ribote.  Dire  que  Jeannette  et  sa  maîtresse  barattent  de  compagnie,  i 
c'est  donner  à  entendre  qu'elles  s'enivrent  ensemble. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  83 

Venez  par  ici  avec  vos  vaches  : 
Viande  et  far  '  il  y  a  dans  le  pot, 
Venez  par  ici  et  vous  en  aurez  morceau. 
2^5  Petites  poires  jaunes,  petites  noix  brunes, 

Donne  à  la  servante  le  valet; 
Crêpes  beurrées,  petites  gouttes  de  lait, 
Donne  au  valet  la  servante. 

III. 
2:^6  Mets  viande  au  pot. 

Le  feu,  sûrement,  en  aura  sa  part. 

257  Quand  le  poêlon  est  sur  le  feu 
Deux  se  réduisent  à  un. 

258  Chaque  souillon 

Trouve  son  mauvais  ragoût  bon. 

259  Jeannette  est  la  servante  de  Jeannette, 
Jeannette  et  sa  maîtresse  barattent  de  compagnie. 

240  Chair  de  bœuf,  canard  et  viande  de  mouton, 
Bonnes  choses  pour  qui  peut  les  avoir. 

241  Un  bourgeois  pète  quand  son  ventre  est  vide,  et  un  Breton  rote 

quand  le  sien  est  plein. 

242  La  pauvreté  s'approche  à  la  sourdine 
De  délicate  et  trop  grasse  cuisine. 

245  Ta  bouche  est  grande 

Comme  la  bouche  d'un  four  à  chaux. 

244  Quiconque  a  les  lèvres  friandes 
Laisse  ses  jarrets  nus. 

245  Le  vieux  François  mange  salement 
Jusqu'à  ce  qu'il  prenne  avec  les  doigts. 

246  Je  ne  puis  manger  ni  chevrette,  ni  plie, 

Il  faut  aller  me  chercher  l'extrême-onction. 

IV. 

247  Métier  de  goutteux  — 
Bien  manger  et  se  plaindre. 

248  A  rhumatisme,  migraine  et  crampe, 

I .  Le  far  dont  il  est  ici  question  n'est  autre  chose  qu'une  pâte  de  farine  de  blé  noir 
ou  de  froment  que  l'on  fait  cuire  dans  le  bouillon,  en  la  renfermant  dans  un  sac  de  toile 
très-épaisse. 


84  Lavaron  Koz  a  Vreiz  Izel. 

Ne  gavot  biken  al  louzaouenn. 
249  Bron  goret  hag  askorn  îorret, 

Gwasoc'h  'vit  ar  werbl  na  eut  ket. 
2^0  Ar  c'hlenved  a  zeii  war  varc'h,  hag  a  la  kuit  war  droad. 
251  Da  zistaga  ar  c'hlenved 

Enl  louzou  divezad  n'hen  deuz  galloud  ebed. 
2^2  Ann  hik,  iec'hed  da  vihannik, 

Ha  da  gozik,  marvik. 

V. 

253  Ann  hini  a  ziwall  sec'hed 
A  ziwall  iec'hed. 

254  Nemet  sec'het  pe  naon  a  pe, 
Na  zebr  tamm  na  ne  ev  banne. 

255  Ev  da  win  pur  ha  souben  tomm, 
Ha  pep  hini  diouc'h  da  ezomm. 

2  56  Muioc'h  a  dud  a  laz  ar  gwin 

Evit  na  bare  ar  medisin. 

257  Nep  'zo  re  vignoun  d'ar  gwin  mad 
'Zo  enebour  da  vab  he  dad. 

258  Aotrou  Personn,  deut  afo, 
Ar  foerellik  eo  a  zo. 

Aotrou  Personn,  deut  d'ar  red, 
Ar  foerellik  na  ehan  ket. 

259  Ann  nep  hen  euz  evet  a  evo. 

260  Ann  neb  a  gar  re  ar  gwin 
A  ev  dour  a-benn  ar  fin. 

261  Digant  mignoun  eo  well  kaout  dour 
Evit  gwin  digant  traïtour. 

262  Bezit  atao  kuzet  oc' h  eun  den  mezo, 
Rak  ar  pez  a  oar  ann  holl  her  gwezo. 

263  Eur  zac'h  dizere  co. 

264  Ar  c'hillok.  —  Erru  ann  oac'h  d'ar  ger. 
Ar  c'haz.  —  Hag  hen  meo,  meo,  meo. 
Ar  c'hi.  —  Atô,  'to,  'tô,  'îô,  vez  '. 

'  Dastumct  ha  troei  e  galkk  gant  L.  F.  SalvET. 

I .  Ce  dicton,  qui  est  tout  un  petit  tableau  de  genre,  a  de  plus  le  mérite  d'offrir  un  exemple  1 
des  curieux  effets  d'harmonie  imitative  que  les  Bretons  se  plaisent  à  tirer  de  leur  langue. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  85 

Vous  ne  trouverez  jamais  de  remède. 

249  Mamelle  apostumée,  os  cassé, 
Rien  n'est  pire  que  le  bubon. 

250  La  maladie  vient  à  cheval  et  s'en  retourne  à  pied. 
2  5 1  Pour  triompher  de  maladie, 

Tardif  remède  est  sans  vertu. 
252  Le  hoquet,  —  santé  pour  l'enfant, 

Et,  pour  le  vieillard,  —  fin  prochaine. 

V. 

2  5  3  Qui  est  maître  de  sa  soif 

Est  maître  de  sa  santé. 
254  A  moins  que  tu  n'aies  soif  ou  faim, 

Ne  mange  morceau  ni  ne  bois  goutte. 
2  5  5  Prends  ton  vin  pur  et  ta  soupe  chaude, 

L'un  et  l'autre  selon  ton  besoin. 
2  56  Plus  de  gens  fait  mourir  le  vin 

Que  n'en  guérit  le  médecin. 
2^7  Quiconque  aime  trop  le  bon  vin 

Est  ennemi  du  fils  de  son  père. 
2 58  Monsieur  le  Curé,  venez  vite, 

C'est  la  foire  qu'il  a  ; 

Monsieur  le  Curé,  dépêchez-vous, 

La  foire  ne  s'arrête  pas. 
2 $9  Qui  a  bu  boira. 

260  Qui  aime  trop  le  vin 
Par  boire  de  l'eau  finit. 

261  Mieux  vaut  l'eau  d'un  ami 
Que  le  vin  d'un  traître. 

262  Ne  confiez  jamais  vos  secrets  à  l'homme  ivre, 
Car  ce  qu'il  sait  tout  le  monde  le  saura. 

263  C'est  un  sac  non  fermé.  (C,-à-d.  :  Il  ne  peut  garder  ce 
qu'on  y  met,  ce  qu'on  lui  confie.) 

264  Le  coq.  —  Le  chef  de  la  famille  arrive  à  la  maison. 
Le  chat.  —  Et  il  est  ivre,  ivre,  ivre. 

Le  chien.  —  Toujours,  toujours,  toujours,  toujours  il  l'est. 
Recueilli  et  traduit  par  L.  F.  Sauvé. 


THE  BATTLE  OF  CNUCHA. 


[The  principal  value  of  the  following  story  from  Lehor  na  huidre,  an 
Irish  Ms.  written  circa.A.   D.   iioo,  is  that  it  présents  probably  the 
oldest  written  form  of  one  important  fragment  of  the  legendary  history 
80  widely  extended  among  the  Celtic  family  in  the  British  Islands,  in  which 
'iJ^■^.*^,  Find  mac  Cumhaill  (or  Fingal)  occupies  the  part  of  principal  hero,  and 

__Oisinj^_or_^ssiaTi^_^  The  style  of  the  narrative,  so 

terse  and  simple,  is  in  favourable  contrast  with  the  prosy,  redundant, 
oftentimes  absurdly  bombastic  compositions  of  a  later  period,  and  justi- 
fies the  opinion  of  scholars  that  it  was  written  some  centuries  earlier 
than  the  date  of  the  Ms.  from  which  the  présent  text  has  been  copied. 
The  language,  also,  is  singularly  pure;  on  which  account  care  has  been 
taken  to  print  in  différent  type  the  portions  of  words  represented  by 
abbreviations  in  the  original. 

The  admirers  of  Mac  Pherson's  ambitious  attempt  to  localize  the 
Ossianic  legend  within  the  narrow  limits  of  North  Britain,  now  happily 
through  the  growth  of  a  more  independent  and  unselfish  spirit  of  criti- 
cism  fast  becoming  fewer  in  number,  will  see  with  surprise  that  ail  the 
characters  in  this  most  ancient  fragment  of  the  literature  of  which  he 
would  rob  ail  other  branches  of  the  Celtic  race,  are  purely  Irish.  The 
places  mentioned  are  likewise  Irish.  But  though  the  Irish  may  justly 


FOTHA  CATHA  CNUCHA  INSO  (Lehor  na  huidre  p.  41  b). 

Diambôi  Cathair  môr  mac  Fedelmthi  fir  iirglais  maie  Cormaic  gcltai  gdith 
irrigi  Temrach,  ocus  Cond  cétchathach  hi  Cenandos  hi  ferand  rigdomna.  Boi 
drùi  amra  la  Cathair  .  1 .  Nuadu  mac  Achi  maie  Dathi  maie  Brocain  maie 


The  baille  of  Cnucha.  87 

claim  to  hâve  nursed  Find,  or  at  least  to  hâve  stood  to  him  in  the  tradi- 
tional  relationship  of  God-parents,  they  cheerfully  allow  ail  their  tribal 
connections  (and  foremost  among  them  the  Scotch  people)  to  share  the 
glory  of  his  manhood. 

There  are  other  versions  of  the  birth  and  origin  of  Find  Mac  Cumhaill, 
some  of  which  are  noticed  in  CampbeH's  Leabhar  na  Feinne,  vol.  I,  pp. 
33,  34,  etc.;  but  ail  are  of  much  later  date.  The  most  important  of 
thèse  is  the  tract  published  by  the  late  D<-  O'Donovan,  from  a  fifteenth 
century  Ms.,  in  the  Transactions  of  the  Ossianic  Society,  vol.  IV.  (Dublin, 
1859),  on  the  «  Boyish  Exploits  of  F.  m.  C.  »  Dr  O'Donovan,  like  most 
other  Irish  antiquaries,  regarded  Find  Mac  Cumhaill  as  a  genuine  histo- 
rical  personage,  who  resided  mostly  at  Almha  in  the  County  of  Kildare, 
but  possessed  another  résidence  at  a  place  called  Magh-Elle  fnow  Moy- 
elly)  in  the  adjoining  King's  County.  That  a  person  named  Find  Mac 
Cumhaill  did  live  at  the  time  indicated  ''3^''  cent.)  I  do  not  deny.  But  it 
is  as  certain  that  his  history  has  degenerated  into  a  pure  myth,  as  that 
there  is  now  no  trace  of  a  dun  or  fortress  on  the  hill  of  Almu,  or  Allen. 

In  autumn  last  I  had  the  pleasure  of  visiting  the  hill  of  Allen  with 
Mr.  J.  F.  Campbell,  the  indefatigable  and  enlightened  coUector  of  Ossianic 
legends,  and  although  we  were  shevvn  the  thicket  out  of  which 
Find's  hounds,  Bran  and  Sceolân,  are  still  fabled  to  start  nightly,  to 
the  alarm  of  late  wayfarers,  we  could  find  no  trace  of  such  a  dun  as 
is  referred  to  in  the  following  tract.  The  hill  is  almost  a  bare  rock,  on 
which  materials  to  erect  a  dun  or  even  a  rath  are  now  scarcely  obtain- 
able.  But  beautifully  situated  in  the  midst  of  a  lovely  country,  over 
which  it  commands  a  wide  prospect,  it  was  well  adapted  for  a  place 
of  assembly,  or  for  the  chase. 

The  allusion  to  Tadg's  command  that  Find's  mother  should  be  burned  is 
curious.  The  existence  of  the  practice  ofburning  women  for  incontinency 
among  the  Celts  of  Britain  and  Ireland  is  borne  out  by  other  références  in 
ancient  tracts.  But  the  discussion  of  the  question  hère  would  extend  this 
note  beyond  reasonable  limits.  —  W.  M.  Hennessy.] 


THE   CAUSE    OF   THE    BATTLE    OF    CNUCHA'    HERE  : 

When  Cathair  Môr  ^,  son  of  Fedelmith  Fir-urglais,  son  of  Cormac 
Gelta-gaith,  was  in  the  kingship  of  Temhair  3,  and  Conn  Ced-chathach4  in 
Cenandos,  in  the)  rigdomna's  land,  Cathair  had  a  celebrated  druid,  to 
wit,  Nuadu  son  of  Achi,  son  of  Dathi,  son  of  Brocan,  son  of  Fintan,  of 


88  The  battle  of  Cnucha. 

Fintain  do  thuaith  Daîhi  a  bregaib.  Bol  in  drui  oc  iarraid  feraind  illaignib 

for  Cathair,  ar  rofitW  combad  illaignib  no  beth  a  chomarbus. 

Dober  Caîhair  a  thoga  tiri  db.  Isseàferand  rothog  in  drui  .1.  aima. 
Robi  ro  bo  banceli  do  Nùadhait  .1.  Almu.  lngex\  Becain. 
Ro  chumiaiged  dnn  oc  an  druid  andsin  in  Almain,   ocus  ro  comled  alamu 
dia  sund  corbo  aen  gel  uU,   ocus  combad  desin  nobeth  Almu  fuirri,  diane- 
brad. 

Oen  gel  m  dun  dremni  drend 
mar  nogabad  ael  Erend  ; 
dond  alamain  tue  dia  thig 
is  de  ata  almu  ar  almain. 

Ro  bôi  ben  Nùadat  .  i ,  Almu  oc  iarraid  a  anma  do  l'ith  forsin  cnuc,  ocus 
tucad  disi  ind  ascid  sin  .\.a  ainm  do  bith  forsin  chnuc,  ar  is  inti  ro  ad[n]acht 
iartain,  dianebrad  : 

Almu  rop  alaind  m  ben 

ben  Nuadat  mâir  maie  Aiched; 

ro  cuinnig  ba  fir  m  dàl 

a  ainm  for  m  cnuc  comlân. 

Bôi  mac  sainemail  oc  Nuadait  .  i .  Tadg  mac  Nuadat.  Rdiriu  ingen  Duind 
duma  a  banchélisidé.  Drùi  amra  dam.  Tadg.  Tanic  bas  do  Ni'iadait.,  ocus  ro 
dcaib  a  dûn  amal  rubôi  oc  a  mac;  ocus  isse  Tadg  bd  drài  do  chathâir  dar  ési 
a  athar. 

Bert  Rdiriu  ingin  do  Thadg  (p.  42  a).  i .  Mnrni  muncaim  a  ainm.  Ro  as 
gnôe  mâir  in  ningin  isin  combitis  meic  rig  ocus  roflatha  na  erend  oc  a  tochra. 
Bôi  dana.  cummal  mac  trenmôir  rigfennid  //erend  /ri  Idim  cuind.  Bol  sidé 
dana  cumma  châich  oc  iarraid  na  ingint.  Do  brcth  nuadô  erafa[ï]r,  ar  rofitxr 
combad  tremit  nobiad  scarad  dô  fr\  almain.  Inund  mathair  do  clmmall  ocus 
d'athair  cuind  .1.  do  fedelmid  rechlaià'i. 

Tic  trd  cumhall  ocus  berid  ar  écin  Mur  ni  for  aitbcd  leis  ar  ni  îhucad  dà 
chena  lii.  Tic  Tadg  co  Cond  ocus  innisid  dô  a  sarugud  ô  clmmall.,  ocus gabais 
/ri  grisad  cuind  ocus  oca  imdercad.  Fâidid  cond  techta  co  Cumall,  ocus  asbert 
fris  ériu  ddcbdil  no  a  ingen  do  thabairt  do  thadg.  Asbert  Cumall  natibred, 
acht  is  cach  ni  dobérad  ocus  nibdd  si  m  ben.  Fâidis  Cond  a  amsaig  ocus 
urgrend  mac  lugdarh  cuirr  ri  luagni,  ocus  ddiri  derc  mac  echach,  ocus  ded  a 
mac  {is  frlsside  atberthe  goll  iartain)  dosaigid  cummaill.  Tinolaid  cumall  a 
socraiti  chucu,  ocus  do  berar  cath  cnucha  ctorro,  ocus  marhtair  cummall and, 
ocus  cuirfer  dr  a  muntiri. 

Do  fuit  cumall  la  goll  mac  morna.  Gonais  luchet  goll  ina  rose  cormill  a 
suil,  conid  de  rodlil  goll  de,  conid  de  asbert. 


P  The  baîtle  of  Cnucha.  89 

Tuath-Dathi  in  Bregaî.  The  druid  was  soliciting  land  in  Laigen^  from 
Cathair;  for  he  icnew  that  it  was  in  Laigen  his  successorship  would  be. 

Cathair  gave  him  his  choice  of  land.  The  land  the  druid  chose  was 
Almu7, 

She  that  was  wife  to  Nuadhu  was  Almu,  daughter  of  Becan. 

A  dân  was  built  by  the  druid  then  in  Almu,  and  alamu  ^  was  rubbed 
to  its  wali,  until  it  was  ail  white;  and  perhaps  it  was  from  that  l'the  name) 
'  Almu  '  was  applied  to  it;  of  which  was  said  : 

Ail- white  is  the  dùn  of  battle  renown 
As  if  it  had  received  the  lime  of  Ireland  ; 
From  the  alamu  which  he  gave  to  his  house 
Hence  it  is  that  '  Almu  '  is  applied  to  Almu. 

Nuadu's  wife,  Almu,  was  entreating  that  her  name  might  be  given  to 
the  hill;  and  that  request  was  granted  to  her,  to  wit,  that  her  name  should 
be  upon  the  hill  ;  for  it  was  in  it  she  was  buried  afterwards  ;  of  which 
was  said  : 

Almu  —  beautiful  was  the  woman  !  — 
Wife  of  Nuadhu  the  great,  son  of  Achi. 
She  entreated  —  the  division  was  just  — 
That  her  name  ^should  be   on  the  perfect  hill. 

Nuadu  had  a  distinguished  son,  to  wit,  Tadhg  son  of  Nuadhu.  Rairiu, 
daughter  of  Dond-duma,  was  his  wife.  A  celebrated  druid,  also,  (was;  Tadg. 

Death  came  to  Nuadu?;  and  he  left  his  dùn,  as  it  was,  to  his  son  ; 
and  it  is  Tadg  that  was  druid  to  Cathair  in  the  place  of  his  father, 

Rairiu  bore,  a  daughter  to  Tadhg,  i  e.  Murni  Muncaim  '°  her  name. 

This  maiden  grew  up  in  great  beauty,  so  that  the  sons  of  the 
kings  and  mighty  lords  of  Ireland  were  wont  to  be  courting  her. 

Cumall,  son  of  Trenmor,  king-warrior  of  Ireland,  was  then  in  the 
service  of  Cond  " .  He  also,  like  ever  every  other  person,  was  demanding 
the  maiden.  Nuadu  gave  him  a  refusai,  for  he  knew  that  it  was  on  account 
of  him  'Cumall  he  would  hâve  to  leave  Almu '2. 

The same  woman  '  5  was  moiher  to  Cumhall  and  to  Cond's  father,  to  wit, 
Fedelmid  Rechtaide. 

Cumall  cornes,  however,  and  takes  Murni  by  force,  in  elopement  with 
him,  since  she  had  not  been  given  to  him.  Tadg  cornes  to  Cond,  and 
relates  to  him  his  profanation  by  Cumall,  and  he  began  to  incite  Cond, 
and  to  reproach  him. 

Cond  dispatches  messengers  to  Cumall,  and  ordered  him  to  leave 
Ireland,  or  to  restore  his  daughter  to  Tadhg.  Cumall  said  he  would  not 


90 


The  battit  of  Cnucha. 
Aéd  ha  ainm  do  mac  ddiri, 
didr  gdet  luchet  condni; 
ô  rogdet  in  laigni  trom, 
airi  conrate  fns  goll. 


Mdrbais  goll  luchet.  IS  desin  dana  ro  bôi  fich  bunaid  et'ir  rmccu  morna 
ocusfind.  Dû  ainm  robdtar  for  dairi  .  i .  morna  ocus  dairi. 

Luid  murni  iarsin  co  cond,  ar  rodi  'Il  a  athair  di,  ocus  nlr  leic  cuci  hi,  an 
ro  bo  torrach  hi,  ocus  asbert  fna  munfw  a  breoad;  ocus  arai  nir  lam 
ammudugud  (p.  42  b.)  /ri  cond.  Ro  boi  ind  ingen  oca  iarfaigid  do  chund 
cinnas  do  genad.  Asbert  cond,  eirg  forse  co  fiacail  mac  conchind  co  temraig  • 
mairci,  ocus  dentar  thasait  and,  ar  dérfiur  do  chumall  henfiacla  .  i .  bodball 
tendron.  Luid  condla  [odla,  MS.)  gilla  cuind  Ici  dia  idnacul,  co  ranic  tech 
fiacla  co  temraig  mairci.  Ro  fcrad  fdelti  fnsin  ningin  andsin,  ocus  ro  bomaith 
arrochtain  and.  Ro  hasaited  ind  ingen  iartain,  ocus  bert  mac,  ocus  dobreta 
demni  d'anmum  dô. 

Ailter  in  mac  iartain  ko  corbo  tualaing  fogla  do  denum  for  cach  naen  rop , 
escarait  dô.  Fuacraid  dana  cath  no  comrac  oenfir  for  tadg,  no  Un  éraic  a  ' 
athar  do  thahairt  dô.  Asbert  tadg  co  tibred  breith  do  ind.  Rucad  in  bret,  ; 
ocus  issi  m  breth  rucad  do  .1.  almu  ama\  robôi  do  lecur\  do  ar  dilsi,  ocus[ 
tadg  dia  fachail.  Doronad  amlaid;  rofacaib  tadg  almain  do  find,  oeus  tanic' 
co  t.'.aith  dathi  co  a  fer  and  duthaig  fesin,  ocus  ro  aitreb  i  cnuc  rein  fris  i. 
raiter  tulach  îaidg  indiu;  ar  is  uadsom  raiter  tulachtaidgfria,  osin  co  sudi 
conid  desin  asbert  inso  : 


Cuinchis  find  for  tadg  na  tor, 
i  fuma//  môr  domarbod, 
cath  can  chardi  do  can  dâil, 
no  comrac  oenfir  d'fagbail. 
Tadg  uair  nir  tualaing  catha 
in  agid  na  ard  flatha, 
ro  fac  leis  ba  loor  do, 
mar  roboi  uli  almo. 


Do  coid  find  m  almain  iartain,  ocus  ro  aittreb  inti,  ocus  issi  ro  bo  dun] 
arus  bunaid  dô  ccin  ro  bo  béo.  | 

Do  roni  find  ocus  goll  sid  iartain,  ocus  do  ratad  eric  a  athar  0  claindl 
morna  do  find;  ocus  batar  co  sidamail  no  co  tarla  etorro  i  temair  lùacrx 
imman  maie  slanga  ocus  im  banb  sinnamac  M  aliénai  g  do  marh  ad.  dianebrad:\ 


The  battu  of  Cnucha.  91 

give  her;  but  everything  he  would  give,  and  not  the  woman.  Cond 
sent  his  soldiers,  and  Urgrend  son  of  Lugaid  Corr  king  of  Luagni  '4, 
and  Daire  Derc  son  of  Eochaid,  and  his  son  Aed  (who  was  afterwards 
called  Goll  'Sj  to  attack  Cumall.  Cumall  assembles  his  army  against  them; 
and  the  battle  of  Cnucha  is  fought  between  them,  and  Cumall  is  slain 
there,  and  a  slaughter  of  his  people  is  efïected. 

Cumall  fell  by  Goll  son  of  Morna.  Luchet  wounded  Goll  in  his  eye,  so 
that  he  destroyed  his  eye.  And  hence  it  is  that  (the  name)  «  Goll  «  atta- 
ched  to  him;  whereof  was  said  : 

Aed  was  the  name  of  Daire's  son, 
Until  Luchet  of  famé  wounded  him; 
Since  the  heavy  lance  wounded  him, 
Therefore,  he  has  been  called  Goll. 

Goll  killed  Luchet.  It  is  for  that  reason,  moreover,  that  a  hereditary 
feud  existed  between  the  sons  of  Morna  and  Find. 

Dairi  had  two  names,  to  wit,  Morna  and  Dairi. 

Murni  went,  after  that,  to  Cond;  for  her  father  rejected  her,  and 
did  not  let  her  (come)  to  him,  because  she  was  pregnant;  and  he  said 
to  his  people  to  burn  her  '6.  And  nevertheless,  he  dared  not  (compass)  her 
destruction  against  Cond. 

The  girl  was  asking  of  Cond  how  she  should  act.  Cond  said:  c  Go,  « 
said  he,  «  to  Fiacal  son  of  Concend^  to  Temhair-Mairci,  and  let  thy 
delivery  be  efïected  there  »  :  (for  a  sister  to  Cumall  was  Fiacal's  wife, 
Bodball  Bendron). 

Condla,  Cond's  servant,  went  with  her,  to  escort  her,  until  she  came 
to  Fiacal's  house,  to  Temhair-Mairci.  Welcome  was  given  to  the  girl 
then  ;  and  her  arrivai  there  was  good.  The  girl  was  delivered  afterwards, 
and  bare  a  son;  and  Demni  was  given  as  a  name  to  him, 

The  boy  is  nursed  by  them,  after  that,  until  he  was  capable  of  com- 
mitting  plunder  on  every  one  who  was  an  enemy  to  him.  He  then  pro- 
claims  battle  or  single  combat  against  Tadg,  or  else  the  full  eric  of  his 
father  to  be  given  to  him.  Tadg  said  that  he  would  give  him  judgement 
therein.  The  judgement  was  given;andthisisthejudgementthat  was  given 
to  him,  to  wit,  that  Almu,  as  it  was,  should  be  ceded  to  him  for  ever, 
and  Tadg  to  leave  it.  It  was  done  so.  Tadg  abandoned  Almu  to  Find, 
and  came  to  Tuath-Dathi,  to  his  own  hereditary  land;  and  he  abode  in 
Cnoc-Réin,  which  is  called  Tulach-Taidg  '7  today;  for  it  is  from  him  it  has 
been  called  Tulach-Taidg  from  that  time  to  this.  So  that  hence  was  said 
this  : 


92  The  batîle  of  Cnucha.  | 

Ars'm,  doronsatar  sld, 
^^  Find  ocus  goll  commeit  gnim  ; 

^^''VvtC  co  torchair  banb  sinna  dé 

mou  muic  hi  temair  luacrae.... 


t.  Cnucha.  The  place  now  called  Castleknock  (in  Irish  Caislen-Cnucha),  on  the  rive 
Liffey,  near  Dublin,  where  there  is  a  remarkable  tumulus.  Some  good  copies  of  the  oh 
Irish  taie  called  «  the  battle  of  Cnucha  »,  a  taie  well  worthy  of  publication,  are  in  th 
collection  of  the  Royal  Irish  Academy. 

2.  Cathair  Mor.  Cathair  the  Great.  As  the  name  Cathair  is  now  generally  angliciseï 
"  Charles,  »  Cathair  Mor  might  be  rendered  «  Charlemagne.  »  The  Four  Masters  give  hi 
obit  under  A.  D.  122,  which  would  be  much  too  early  for  the  chronology  of  the  Fingalia: 
era.  O'Flaherty,  who  refers  the  death  of  Cathair  Mor  to  A.  D.  177  [Ogygia,  pp.  jio-12 
is  nearer  to  the  mark. 

3.  Temhair.  Now  Tara,  co  Meath. 

4.  Conn  Ced-chaîhach.  Hundred-battled  Conn.  Obiit  A.  D.  197  (O'Flaherty). 

5.  Brega.  A  district  anciently  comprising  the  greater  part  of  the  présent  county  of  Meath 
aud  portions  of  Westmeath  and  Dublin  counties. 

6.  Laigen.  Lagenia,  or  Leinster,  which  province  did  not  anciently  indude  any  of  th 
counties  north  of  Dublin  county.  The  expression  illaignib  means  «  in  Lageniensibus  »;  fo 
Irish  writers  in  speaking  of  the  provinces,  regarded  the  people,  not  the  districts  inhabite 
by  them. 

7.  Almu.  Now  the  hill  of  Allen,  near  Newbridge  in  the  counly  of  Kildare. 

8.  Alamu.  Some  kind  of  colouring  stufF. 

9.  Death  came  to  Nuadu.  An  unusual  way,  in  Irish,  of  saying  that  Nuadu  died.  Th 
ordinary  form  would  ht  fuair  Nuadu  bas;  lit.  «  N.  found  death.  » 

10.  Murni  Muncaim;  lit.  Murni  «of  the  fair  neck».  The  dimin,  of  M urni  {murnin,  pror 
moorneen)  is  a  term  of  endearment  still  applied  to  girls  by  the  Irish-speaking  people. 

11.  In  the  service  of  Cond.  The  original  is  fri  laini  cuind;  lit.  «  ad  manus  Quinti.  » 

12.  To  leave  Almu.  The  original  of  the  clause  u  he  would  hâve  to  leave  Almu  »  (n 
biad  scarad  do  fri  Almain),  literally  translated,  would  read  u  there  would  be  separatio 
for  him  with  Almu.  « 

15.  Woman.  She  is  described,  in  the  Irish  genealogical  tracts,  as  «  Baine,  daughter  ( 
Seal  Balb,  king  of  the  Fomori,  i.  e.  of  Finland.  »  See  the  Account  of  the  celebrate 
women  of  Ireland,  »  in  the  Book  of  Lecan,  fol.  1S4  sq. 

14.  Luagni,  or  Luagni  Temrach.  A  sept  seated  near  Tara,  in  the  présent  county  Meatl 

15.  Goll,  i.  e.  blind.  Vid.  O'Donovan's  suppl.  to  O'Reilly,  in  voce. 

16.  To  burn  her.  Many  instances  occur  in  Irish  taies  ot  the  existence  of  the  practice  i 
burning  women  for  adultery.  In  the  story  of  Corc  Mac  Lugdach  (Book  of  Leinster,  fo 
206,  a,  2),  we  read.    Ba  bés  itossaig   nach  ingen  dognid  bais  dar  cenn  a  urnaidm 
breothad.  «It  was  thecustom  at  first  to  burn  any  woman  who  committed  lust  in  violation 
her  compact.  » 

17.  Tulach-Taidg.  «Tadg's  hill.»  The  situation  ofthis  place,  which  must  be  in  Meatl 
bas  not  yet  been  satisfactorily  determined. 

18.  Temhair-Luachra.  «Temhair  of  Luachair  ».  Luachair,  or  Luachair-Dedad,  was  th 
ancient  name  of  the  hilly  district  stretching  between  the  counties  of  Limerick  and  Kerr] 
the  latter  of  which  is  still  called  Ciarraighe-Luachra  by  the  Irish-speaking  people  ( 
Munster.  The  word  »  Temhair,  »  the  etymology  of  which  is  yet  uncertain,  enters  inl 
the    composition    ofmany    topographical  names    in  Ireland. 

19.  Slanga-pig.  The  Slanga-pigs,  like  the  mucca  Drebrend,  or  «  pigs  of  Drebriu,  »  an 
the  mucca  Manannain,  or  «  pigs  of  Manannan  »  (the  Irish  Neptune),  were  magical  swim 
which  reappeared  as  often  as  they  were  killed  and  eaten.  Irish  romance  is  full  of  them 
and  in  an  account  preserved  in  the  Book  of  Fermoy,  fol.  21s,  b.  2,  it  is  stated  that  Û 
last  Slanga-pig  distributed  to  the  men  of  Ireland,  sa'tisfied  2j  battalions! 


o  „ 

1 


The  battle  of  Cnucha.  9? 

L  Find  demands  from  Tadg  of  the  towers, 

For  killing  Cumall  the  great, 
Battle,  without  respite,  without  delay, 
Or  that  he  should  obtain  single  combat, 
Because  Tadg  was  not  able  to  sustain  battle 
Against  the  high  prince, 
Heabandoned  to  him,  it  was  for  him  enough, 
Almu  altogether,  as  it  stood. 

Find  went  afterwards  to  Almu,  and  abode  in  it.  And  it  is  it  that  was 
his  principal  résidence  whilst  he  lived. 

Find  and  Goll  concluded  peace  after  that  ;  and  the  eric  of  his  father 
was  given  by  the  Clann-Morna  to  Find.  And  they  lived  peacefully,  until 
(a  quarrel)  occurred  between  the  min  Temhair-Luachra  '8,  regarding  the 
Slanga-pig'^T,  when  Banb-Sinna  son  of  Maelenaig  was  slain;  of  which 
was  said  : 

Afterwards  they  made  peace  — 
Find  and  Goll  of  mighty  deeds  — 
Until  Banb-Sinna  was  slain 
Regarding  the  pig,  in  Temhair-Luachra. 


Ai^c  Ae^    /fer»     fx-  ^1.  ^nTzx;         ^  ^^'^  ^^^^  c^^  v^ 

t 


p 


MÉLANGES. 


LES  LÉGENDES  DES  MONNAIES  GAULOISES. 

NOTE    COMPLÉMENTAIRE'. 

Dans  cette  note  complémentaire,  nous  ressemblons  un  peu  à  u 
modeste  correcteur  d'épreuves  d'imprimerie  qui  viendrait  après  un  prott 
Tout  le  monde  sait  que  quelle  que  soit  l'habileté  du  dernier  correcteui 
si  l'on  revoit  son  épreuve,  il  y  aura  encore  des  corrections  possible; 
Il  était  difficile  de  faire  mieux  que  M.  Anatole  de  Barthélémy,  et  cepen 
dant  nous  trouvons  encore  à  glaner  après  lui. 

C'est  aussi,  il  faut  le  dire,  un  peu  la  faute  de  ce  numéraire  improvis 
au  milieu  des  éventualités  inséparables  d'une  lutte  de  dix  années,  frapp 
dans  des  oppida  restreints,  dans  des  camps,  partout  où  la  troupe  de 
monétaires  rencontrait  une  sécurité  relative. 

Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  des  hésitations  et  des  tâtonnements  di 
numismatistes  modernes  :  seulement  on  doit  le  reconnaître,  la  scienc 
procède  à  pas  lents,  il  est  vrai,  mais  sûrement  ;  et  nous  sommes  bien  prè 
du  moment  où  la  lecture  des  monnaies  gauloises  sera  fixée  d'un 
manière  absolue.  De  remarquables  conquêtes  ont  été  faites  depuis  treni 
ans  et  ce  sera  l'honneur  de  la  génération  actuelle  d'avoir  déblayé  c 
champ  hérissé  de  difficultés  de  toutes  sortes. 

A.  Initial  d'ethnique  sur  les  monnaies  des  Andes,  des  Agésinates,  de 
Ambilatri  ou  des  Anagnutes.  Rev.  nutn.  1859. 

ABVCATO.  Ou  plutôt  ABVGATO  avec  un  anousvara  à  la  i''"  syllabt' 
Art  Gaulois,  ['"partie  pi.  79  n"  i". 

ABVDOS.  On  trouve  aussi  ABVDS  Art  Gaul.    i^p.  pi.  80  n"  2. 

ACVTIOS.  méd.  carn.  représentée  n°  2  pi.  52  de  VArt  Gaul. 

ADIETVANVS  REX  —  SOTIOTA.  La  vraie  légende  est  : 

REX  ADIETVANVS  FF  —  SOTIOTA.  Voir  Art  Gaul.,  V'  part.,  p 

1.  Voyez  Revue  Celtique,  1,  p.  292  et  suiv. 


Légendes  des  monnaies  gauloises.  95 

90  n»  2  et  le  n»  47  lui-même  du  Dict.  d'arch.  celt.  les  deux  lettres  F, F. 
commentées  page  24,  2'  col  de  VArt  Gaul. 

ALABDOAIIOS  —  NIDE.  Légende  très-incertaine;  le  D  a  toujours 
été  pris  pour  un  rho,  l'A  pour  un  delta,  le  reste  n^est  pas  incertain.  Nous 
avons  cru  de  plus  à  la  présence  d'un  K  renversé  devant  AL.  Mais  de 
nouveaux  exemplaires  rendent  ce  K  très-douteux.  Ailleurs  c'est  une 
étoile  qui  semble  placée  avant  AL.  Art  Gaul.  n°  1'"',  pi.  76. 

AMBILLI-EBVRO  —  .  AMBILO-EBVR.  On  trouve  sur  cette  série 
de  monnaies  :  AMBIL-EBVRO,  AMBILL-EBVRO,  AMBILLI-EBVRO 
l'A  et  l'M  conjoints.  Supplément  à  l'essai  de  monog.  d'une  série  de 
médailles  gauloises  imitées  dis  deniers  consulaires  au  type  des  Dioscures,  par 
M.  le  marquis  de  Lagoy.  Br.  in-40,  Aix  1856.  —  Nulle  part  AMBILO- 
EBVR.  Il  existe  au  cabinet  des  Antiques  à  Paris  un  exemplaire  sur 
lequel  on  lit  AMBIL  devant  la  tête,  avec  un  annelet  dans  le  champ. 
C'est  cet  annelet  qu'on  a  souvent  persisté,  à  tort,  à  joindre  à  la  légende. 
Voir  Catal.  Duchalais,  pi.  5  n°  1''.  L'annelet  y  est  un  peu  trop  rappro- 
ché de  la  légende;  il  est  plus  central  dans  l'original;  voir  n°  121  de 
l'Art  G.  2'-'  part.  p.  79.  La  suppression  de  cette  légende  est  d'autant 
plus  importante  que  c'était  un  acheminement  à  la  légende  AMBIORIX 
rêvée  par  les  anciens  numismatistes.  EBVR  n'existe  pas^  il  y  a  EBVRO 
sur  cette  pièce,  l'V  et  l'R  conjoints.  Voir  le  travail  de  M.  A.  de  Long- 
perier  sur  le  nom  AMBILLIVS  Rev.  Num.,  1860;  l'opinion  de  M.  de 
Saulcy  sur  l'ethnique  des  Ambiliates  ou  Ambiluarêtes,  Rev.  Num.  1869, 
et  VArt  Gaulois,  p.  24  T"  col.  et  feuille  11  de  la  2"  partie. 

ANNAROVECI  répété  des  deux  côtés.  Lecture  certaine;  on  trouve  la 
figure  de  cette  rare  médaille  dans  la  Revue  de  Num.  belge  1862,  pi.  IV, 
n°  i'^''. 

ANNICOIOS.  Deux  exemplaires  que  nous  avons  possédés  et  qui  sont 
maintenant  dans  la  collection  de  Saulcy  et  l'exemplaire  du  musée  Saint- 
Germain  portent  ANNICCOIOS  par  deux  C.  Art.  Gaul.  p.  55  i™  col. 

AR  conjoints,  monog.  des  Arvernes,  Art  Gaul.,  pi.  ici  n"^  8  et  9. 

ARKAN.  ARCANTODAN-ROVECA.  ARCANTODA-MAVFENN.  Les 
sources  citées  ne  sont  pas  toujours  applicables  :  ARCANTODAN  sans 
autre  légende,  ni  au  droit  ni  au  revers,  est  représenté  avec  soin,  pi.  48 
no  le'' de  VArt  Gaul.,  comme  aussi  par  M.  Lambert  pi.  XVI,  fig.  16, 
mais  plus  sommairement.  La  légende  ARKANT  est  mentionnée  Rev.  num. 
1860  p.  352.  ARCANTODAN-ROVECA  est  figurée  Bull,  de  la  Soc. 
d'agr.  se.  et  arts  de  la  Sarihe,  1857,  Lettre  à  M.  le  marquis  de  Lagoy, 
n»  6  de  la  pi.  à  l'appui;  toutefois  le  nom  ARCANTODAN  du  droit 
manque  sur  notre  exemplaire,   par  défaut  d'espace;  mais  il  existe  sur 


96  Légendes  des  monnaies  gauloises. 

deux  autres  exemplaires  cités  mais  non  reproduits,  voir  Rev.  Num.,  1860, 
p.  352,  La  médaille  ARCANTODA-MAVFENN  est  figurée  sous  n"'  1", 
i*"'  bis  et  4  de  la  pi.  VI  de  la  Rev.  num.  1862.  Le  revers  des  deux 
pièces  n"^  r-' et  ler  i,,s  est  SIMISSOS  PVBLICOS  LIXOVIO;  le  droit 
du  no  4  est  CISIAMBOS,  le  revers  de  cette  dernière  étant  ARCANTODAN- 
MAVF.  C'est  la  juxtaposition  de  ces  deux  noms  sur  un  même  côté  de  la 
pièce  qui  a  sans  doute  fait  penser  à  M.  de  Saulcy  qu'ARCANTODAN 
était  un  titre,  une  qualité. 

AREM AGIOS  est  figuré  pour  la  première  fois  avec  la  lettre  G  au  lieu 
du  C  précédemment  admis,  dans  VArt  GauL,  pi.  82,  n°  i". 

ARVS  porte  au  droit  SECVSIAVS  et  non  SECVSIA.  Voir  Art  GauL. 
fig.  7,  n°  2  ;  cette  restitution  est  importante,  le  sens  de  ces  deux  lettres 
V  S  a  été  expliqué  par  M.  de  Longpérier,  Rev.  de  Philologie  1847,  t.  II, 
p.  195.  Voir  Rev.  num.  1858,  p.  355.  —  Cette  opinion  a  été  adoptée 
par  M.  de  Saulcy,  Rev.  num.  1862,  p.  24. 

ATAV.  Voir  Art  GauL,  fig.  19,  pi.  \'^,  voir  aussi  n''  2  de  la  même 
planche;  interprété  par  d'autres  numis.  DIAV. 

AVSCROCOS.  La  légende  AVSCROCOS  n'est  pas  figurée  dans 
Lelewel  VII  32;  mais  dans  la  Rev.  num.,  1855,  pi.  1'%  fig  2,  et  dans 
VArt  GauL,  n°  2,  pi.  44.  AVSCROCVS  est  seulement  donné  dans  h 
Rev.  num.,  année  1869,  page  2. 

ATPILLI  F  ou  ATPILII  F.  l'F  du  système  vertical.  Au  reven 
ORETIR.  Voir^r?  GauL  pi.  46  n°  2. 

ATPI  légende  microscopique  gravée  sur  la  joue  d'Apollon,  sur  une 
obole  marseillaise.  De  la  Saussaye.  GauL  narb.  n°  52  de  la  pi.  i"". 

AVDAIACOS.  Mauvaise  lecture,  signalée  par  M.  le  marquis  de  Lago) 
dans  son  Supplément  à  l'essai  de  monog.  déjà  cité. 

AVLERCOS;  les  premières  lettres  conjointes.  Art  GauL,  i'^  partie,  p 
54  et  55.  Lambert,  i"'  partie,  pi.  VIII,  n"  25  ;  toutefois  cette  derniers 
représentation  est  très-sommaire.  Voir  ERCOD. 

AVLIRCO  du  côté  du  cheval,  EBVROVICOIV  du  côté  du  sanglier 
Les  lettres  IV  sont,  croit-on,  numérales;  un  semis  porte  EBVROVICOII 
Rev.  num.,  1847,  p.  8$. 

AVGII.  sur  un  denier  d'argent  au  revers  de  DVRNACOS,  Rev.  de  L 
num.  Belge,  année  1865,  n"  $,  pi.  XIII.  Toutefois  la  lecture  n'est  pa: 
certaine;  il  peut  bien  y  avoir  AVSCI  pour  AVSCRO. 

AVRATO-ILENTOS.  Lambert,  2'  partie,  n»  1  $  de  la  pi.  XVI;  mai; 
l'A  n'est  pas  certain,  il  pourrait  y  avoir  un  D.  ILENTOS  douteux. 

BAO.  Rev.  num.,  1859,  pi.  n°  1 1  de  la  pi.  2. 

BELINOS.  Lecture  certaine.  Pièce  figurée  pour  la  première  fois  pai 


Légendes  des  monnaies  gauloises.  97 

M.  le  marquis  de  Lagoy,  fig.  30  de  la  planche  à  l'appui  de  sa  brochure 
intitulée  :  Notice  sur  l'attrib  de  qq.  méd.  de  la  Gaule,  inéd.  ou  inc,  in-4'', 
Aix,  1857. 

BIIINOS,  lisez  BPIINOS,  d'après  M.  de  Longpérier,  M.  Lambert  et 
notre  sentiment,  Art  Gaul.  page  25,1'*  col. 

EOVIBIION.  Cette  pièce  du  musée  de  Rouen,  représentée  incomplè- 
tement par  M.  Lambert  i'"  part.,  XI,  16,  a  été  reproduite  avec  plus  de 
soin  dans  la  2^  partie  de  l'Art  Gaul.n°j]  p.  54.  Il  n'est  pas  possible  dès 
lors  de  ne  pas  y  lire  BOVIBITOV  ixou  ios,  le  T  retourné. 

BRIC-COMAN.  BR.-COMAN.  BRICO.-COMA.  Ces  pièces  ont  été 
publiées  avec  soin  par  M.  le  marquis  de  Lagoy,  dans  ses  brochures  sur 
les  pièces  au  cavalier.  On  lit  sur  les  plus  complètes  BRIG.-COMAN  {Art 
G.  2^  p.  r\°  125  p.  80}  et  sur  un  exemplaire  de  M.  de  Saulcy  BRICO. 

BVGIOC.  Nous  avons  lu  BVCIOC  sur  cette  pièce,  reproduite  dans 
VArt  Gaulois,  2^  partie,  mais  on  sait  que  le  G  et  le  C  permutent  dans  les 
légende  des  monnaies  gauloises. 

CABALLO  représenté  n"'  2  de  la  pi.  38  et  4  de  la  pi.  101  de  l'Art 
Gaul. 

CAL-MOR  ou  CAL-ROVV  ou  ROM.  CAL  est,  croit-on,  pour  CALITIX 
qu^on  trouve  dans  la  même  série,  mais  MOR  est  très-incertain,  à  raison 
du  renversement  de  certaines  lettres.  On  trouve  ce  même  mot  énigma- 
tique  MOR  ou  ROM  ou  ROVV  au  revers  de  VOLVNT. 

CAMBOTRE  avec  un  signe  d'abréviation,  croit-on,  sur  le  T.  exempl. 
de  ma  collection,  figuré  Art  Gaul.,  pi.  64,  n"  2. 

CAMVLO.  Rev.  num.,  1863,  page  501.  Lecture  difficile  interprétée 
CAETVLO  par  M.  Lenormant. 

CA-IVR,  analogue  à  CAMBOTRE  et  à  CAM;  collections  diverses. 
Inédit.  Art  G.  p.  75  2"  p. 

CAND  ou  DNAC,  sur  les  pièces  au  cavalier  analogues  à  DVRNACOS. 
Voir  Monog.  de  Lagoy,  in-4°,  Aix,  1847,  fig.  25  de  la  pi.  à  l'appui; 
cette  médaille  existe  deux  fois  au  cabinet  de  la  Bibl.  Nat.  et  le  mot 
CAND  est  répété  des  deux  côtés  de  la  pièce,  mais  une  fois  régulièrement 
et  une  fois  en  boustrophédon. 

CAS.  On  trouve  le  plus  souvent  GAS  par  un  G  à  queue.  Voir  Art 
Gaul.,  n"  5  de  la  pi.  87. 

CATAV.  Lisez  peut-être  CVTVR  car  les  A  ne  sont  ni  barrés  ni  poin- 
tés et  PR  est  très-indiqué.  Voir  le  bois  gravé,  agrandi,  page  63,  i^e 
colonne  de  \'Art  Gaul.  et  la  fig  donnée  n°  2  de  la  pi.  5  du  même  ouv. 

CINCIVNV.  Mauvaise  lecture  vulgarisée  par  Lelewel;  dans  la  pi.  V, 
n"  17,  on  ne  lit  cependant  que  AXIAGIIIO,  l'Len  forme  de  lambda.  Nous 

Rev.  Celt.  Il  .  7 


1 


98  Légendes  des  monnaies  gauloises. 

avons  signalé  la  lecture  de  Lelewel  comme  défectueuse,  précisément 
dans  l'article  de  la  Rev.  num.,  année  1848,  p.  344  et  prouvé  que  cette 
lecture  devait  être  ramenée  à  celle  normale  CALIAGIIIS,  pour 
CALIAGEIS  ou  CALIAGIES,  l'L  étant  toujours  renversé  sur  presque 
tous  les  exemplaires  et  en  forme  de  lambda. 

COIOS  est  au  revers  de  ORCIITIRIX  sur  notre  exemplaire  publié  n°  2 
de  la  pi.  72. 

COMA  pour  COMAN  se  trouve  encore  au  revers  de  COON  et  de 
VIID.  Voir  les  broch.  précitées  de  M.  de  Lagoy. 

COMMIOS  GARMANOS  se  lit  COMIOS-CARMANO  sans  S  et  avec 
un  seul  M  sur  deux  exempl.  de  la  Bibl.  Nationale.  Voir  p.  31  de  l'Art 
Gaul  et  Rev.  num.  1863,  p.  312. 

CONA,  mauvaise  lecture.  Un  dessin  sommaire  reproduit  page  404  de 
la  Rev.  num.  année  1844,  a  seul  pu  accréditer  la  lecture  CONA. 
A  la  vue  de  l'exemplaire  qui  est  au  cabinet  de  la  Bibl.  nat.  on  lit 
CONTA  ou  CONTVA,  T  conjoint  avec  l'N,  l'A  renversé  ou  conjoint 
avec  un  V.  Du  reste  il  peut  y  avoir  dans  cette  inscription  monogramma- 
tique  d'autres  lettres  conjointes,  par  exemple  un  V  conjoint  avec  l'N  et  le 
T  de  manière  à  produire  CONVITA...  c'est-à-dire  le  nom  Convictoli- 
tani  ;  mais  M.  de  Saulcy  ne  pense  pas  qu'il  s'agisse  du  Convictolitanis 
des  Commentaires,  la  monnaie  est  trop  ancienne. 

CONAT.  Rev.  num.,  pi.  XIII  n°  18. 

CVBIO  doit  évidemment  être  complété  de  l'S  final  puisqu'on  avait 
d'ancienne  date  la  fin  du  nom  VBIOS.  Rev.  num.,  i866_,  page  242.  Au 
revers  .SC...  traces  de  légende. 

AEIOVIGIAGOC  est  douteux  aussi  complet.  Voir  Rev.  num.,  1854,  p. 
84  où  cette  monnaie  paraît  pour  la  i"'  fois.  Le  nom  entier  y  est 
AElOïGilAGOG;  voir  encore  Rei'.  num.,  1859,  pi.  XIII  n^  2,  ei  Art  G. 
2"  partie  n°  98,  où  le  nom  semble  être  identique;  mais  le  n'^  3  de  la 
même  planche  et  l'un  des  n"'  98  précités  donnent  certainement 
AF.OVIGIAGOG.  Voir  aussi  Rev.  num.,  1859,  pi.  2  où  un  exemplaire 
incomplet  donne  AEIOVGI.  A  côté  de  cette  série  de  monnaies  en  lettres 
grecques  qui  n'offre  le  nom  qu'au  revers,  il  existe  une  autre  série  très- 
différente  qui  présente  au  droit  le  nom  abrégé  du  même  Divitiacus  en 
lettres  grecques,  Rev.  num.,  1859,  pi.  2,  n"  9,  où  on  lit  AEIOVIG, 
Art  Gaul.,  pi.  66,  n°  T''  qui  donne  AEIOYIGII;  au  revers  on  lit  en 
lettres  mélangées  :  AEIVGAG  ou  seulement  Al- IVIG;  Rev.  num.,  1863, 
pi.  XVI  n"  8  et  Art  Gaul.,  pi  12  n°  2,  où  le  nom  du  revers  plus  complet 
est  AEIVIGAG.  Un  autre  exemplaire,  publié  dans  le  Dict.  arch.  de  la  G., 
semble  donner  pour  ce  revers  :  AEIVGIAG. 


Légendes  des  monnaies  gauloises.  99 

DRVCCA  sans  TVRONA,  Art  Gaulois,  n°  i"'  de  la  pi.  $2. 

DRVCCA  au  revers  de  TVRONA.  Recherches  sur  les  monnaies  au  type 
Chartrain,  par  M.  Cartier,  pi.  17,  n°  9  où  cette  médaille  est  repré- 
sentée. 

DVRNACVS-ESIANNI  n'existe  pas.  M.  de  Saulcy  a  figuré  le  premier 
cette  médaille  qui  porte  DONNVS-ESIANNIF,  l'F  final  est  peut-être 
douteux. 

ECCAIOS.  Indépendamment  de  la  légende  citée  il  en  existe  une  autre 
identique  sur  une  médaille  au  type  du  cavalier  brandissant  un  glaive, 
trouvée  dans  Seine-et-Oise. 

EAKESOOVIX  —  TASGIITIOS.  On  trouve  aussi  EAKESOOVCIZ  sur 
un  exemplaire  de  ma  collection.  Voir  Art  Gaul.  n°  1'"'  de  la  pi.  II. 

ELIOCA0I  —  SVTICOS.  La  légende  est  plus  complète  sur  un  exem- 
plaire de  la  collection  de  Saulcy.  Voir  le  n"  45  du  Dict.  arch.  de  la  G.  On 
y  lit  certainement  VELI0CA6I,  l'E  étant  conjoint  avec  le  V  initial.  Ce 
complément  est  très-important  puisqu'il  achève  l'ethnique  des  Véliocasses. 

ERCOD  —  ERCOD,  mauvaise  lecture;  il  y  a  ....ERCOS,  fm  du  mot 
AVLERCOS.  Voir  Art  Gaul.,  2«  partie,  p.  54  et  55,  no^  74  et  75. 

GALIAGIIID  par  un  G  plutôt  que  CALIAGIIID.  Cependant  on  trouve 
l'un  et  l'autre.  Voir  Art  Gaul.,  pi.  10,  n"  2  et  pi.  3^  n°  r'' et  le  mémoire 
de  M.  E.  H.  Rev.  num.  185  5,  pi.  X,  où  six  de  ces  médailles  sont  repré- 
sentées. 

GARMANO  et  non  GARMANOS  ;  on  trouve  aussi  CARMANO.  Voir 
Rev.  num.,  1863,  où  le  fait  est  affirmé  et  les  sources  sont  indiquées. 

IBRVIX  pour  IIBVROVIX.  Voir  Rev.  mm.,  1863  où  la  forme  mono- 
grammatique  de  la  légende  est  rendue  visible. 

IFKX  et  ITR.  Lettre  à  M.  le  marquis  de  Lagoy.  Bull,  de  la  Soc.  d'agr. 
se.  et  arts  de  la  Sarthe,  n"^  8  et  9  de  la  pi.  méd.  De  la  même  série  que  le 
KARI0A. 

INDVTILLir.  Voir  les  formes  diverses  de  cette  légende  dont  la  fin 
est  souvent  monogrammatique,  dans  la  Rev.  num.,  1867,  3'  lettre  à 
M.  de  Saulcy. 

K  —  K.  sur  des  médailles  des  Cénomans,  pi.  24,  n°  2  de  l'Art  Gaul. 

KAA.  En  tenant  compte  dumonog.  et  des  lettres  placées  sous  le  cheval 
ou  entre  ses  jambes,  on  trouve  presque  toujours  KAAEAV  ou  KAAEAOV; 
cependant  KAA  existe  sur  certaines  médailles  où  les  monog.  et  lettres 
sont  remplacés  par  une  rouelle.  Voir  la  pi.  58  de  VArt  Gaul. 

KAPI:-'A.  La  vraie  lecture  de  cette  pièce  denotre  collection  est  KARI9A 
l'R  romain  n'est  pas  douteux.  Lettre  à  M.  le  marquis  de  Lagoy,  Bull,  de  la 
Soc.  d'agr.  se.  etarts  de  la  Sarthe,  1857,  n°  7  de  la  pi.  à  l'appui. 


1 


I  00  Légendes  des  monnaies  gauloises. 

KARNITOS  ou  KAPONTOS  ne  sont  pas  précisément  de  mauvaises 
lectures,  puisqu'on  ne  trouverait  rien  à  proposer  de  meilleur,  ce  sont  des 
lectures  très-approchées,  l'état  de  l'exemplaire  ne  permet  pas  d'aller 
plus  loin, 

LIXIOVATIS.  La  vraie  lecture  est  LIXOVIATIS,  voir  Rev.  niim. 
1862,  p.  156  et  177,  pi.  VI. 

LVCIOS.  L'exemplaire  cité  de  Lelewel  est  bien  insuffisant.  Voir  Art 
Gaul.  pi.  22  n"  2  qui  donne  une  bonne  figure  avec  la  légende  complète 
LVCIOS-LVCIO... 

LVCOTIOS,  les  meilleurs  exemplaires  ne  donnent  que  LVCOTIO. 
Voir  précisément  Lelewel,  IV,  21. 

LVXTIIPIOS.  Il  y  a  réellement  LVXTIIRIOS  par  un  R,  sur 
l'exemplaire  fort  beau  et  très-complet  du  musée  de  Rouen,  et  sur 
l'exemplaire  de  la  coll.  de  Saulcy;  le  i"'  est  donné  dans  l'/lrt  G(ïu/.  n°  96 
2"  part.,  le  second  est  reproduit  avec  l'R  dansleD/cr.  ^rc/i.^e/^  G.,no7i . 

MAV.  médaille  d'un  type  tout  différent  de  celle  sur  laquelle  on  lit 
MAVC-NINNO.  Lettre  à  M.  de  Saulcy,  Rev.  nuni.,  1859,  n"  13  de 
la  pi.  2. 

MAVC....AIIOC  —  NINNO.  Lettre  à  M.  le  marquis  de  Lagoy.  Bull,  de 
la  Soc.  d'agr.  se.  et  arts  de  la  Sarthe,  1857.  Quant  à  Duchalais  et  à 
Lelewel,  ils  n'ont  ni  connu  ni  mentionné  cette  pièce  avec  la  fin  du  mot 
AIIOC. 

...OBNOS.  Rev.  num.  1865,  p.  150. 

OINO  ou  ONIO,  cab.  de  la  Bibl.  nat.  Duchalais,  n°  459. 

...OMONDON.  Ce  nom  n'est  pas  complet  et  il  peut  y  avoir  aussi  bien 
...DMONSON;  voir,  pour  la  forme  des  caractères,  VArt  Gaul.,  p.  loi, 
n°  2. 

ORETIR  —  ATPILLI.  F  Art  Gaul.  pi.  46,  n°  2. 

OSNAII.  Voir  Art  Gaul.,  pi.  40,,  n"  2  où  la  légende  est  dessinée  avec 
soin. 

ROOV  n'existe  pas  au  revers  de  CN.  VOLVNT,  c'est  ROVV  ou  ROM 
ou  MOR. 

S  —  A  sur  des  statères  pictons  ou  santons.  Art  Gaul.,  pi.  41,  n°  i"'. 

SACTO  bronze  aquitain.  Voir  Etudes  num.  par  Benj.  Fillon,  pi. 
i-,n''5. 

SANTONOS.  On  trouve  non-seulement  ce  mot,  mais  SANTONO- 
ARIVOS  sans  S  et  encore  SACTNOS,  les  trois  lettres  G,  T,  N  conjointes. 
Cette  dernière  légende  est  reproduite  seulement  dans  V Art  Gaul.  n"  i*^'' 
de  la  pi.  :^o  ei  dans  U  Rev.  num.,  185:?,  pi.  1"',  n^  7,  Lelewel  et  Ducha- 
lais ne  l'ont  pas  connue. 


T 


Légendes  des  monnaies  gauloises.  loi 

SEGISA  :  Il  paraît  bien  y  avoir  à  la  fin  un  V  et  non  un  A,  car  il  n'y  a 
pas  de  trait  intérieur,  seulement  l'V  est  peut-être  retourné.  Voir  VArt 
GauL,  pi.  28  n"  2,  où  le  G,  lettre  longtemps  douteuse,  est  très  carac- 
térisé. 

SEMISSOS  PVBLICV  LEXOVIO.  L'exempl.  de  l'anc.  coll.  de  la 
Saussaye  maintenant  au  musée  de  Lyon  porte  SEMISSOS  LEXOVIO 
PVBLICA,  le  trait  intérieur  de  l'A  est  très-visible;  Art  Gaul.  pi.  56, 
n»  ler.  M.  de  Saulcy  a  relevé  Rev.  num.,  1837,  page  12,  1857,  p.  40J, 
et  1862,  p.  I  $6  et  177  l'inscription  suivante  sur  divers  exemplaires  : 
SIMISSOS  PVBLICOS  LIXOVIO. 

SENVS  n'existe  pas.  Il  n'y  a  que  SENV  sur  notre  exemplaire  publié 
dans  la  Rev.  num.,  1863,  pi.  XVI,  no  4,  et  resté,  croyons-nous,  unique. 

SOBIVS,  lecture  due  à  M.  Anatole  de  Barthélémy.  Nous  avions  cru 
lire  SOLIMA,  par  erreur  sans  doute. 

STRATOS,  lecture  probablement  mauvaise,  le  haut  du  T  étant 
emporté,  il  pourrait  y  avoir  SIRATOS.  Voyez  Art  Gaul.  n°  76  2®  partie. 
On  a  la  déesse  SIRONA. 

SVTICOS,  On  trouve  SVTICCOS  par  deux  G.  Art  Gaul.,  pi.  94,  n°  i . 

TOCIANT,  lisez  TOGIANT,  le  G  n'est  pas  douteux.  SOLIMA  ou 
SOBIVS  au  revers,  la  pièce  est  mal  conservée.  Art  Gaul. y  !«  partie,  p. 
56  n°  78. 

VADNIILOS  et  VANDIILOS  se  lisent  sur  des  monnaies  identiques; 
on  lit  encore  dans  des  exemplaires  dégénérés  VANDIIAIOS  et 
VANDIIALOS,  les  lettres  AI  et  AL  conjointes  et  altérées,  mais  nulle  part 
il  n'y  a  VADAHIILOS.  Voir  le  mémoire deM.  H.  Rev.  num.,  185$,  pi.  X 
qui  donne  sept  de  ces  médailles. 

VIIPOTALO.  Presque  toutes  ces  médailles  donnent  seulement 
VIIPOTAL,  un  exemp.  VIPOTAL.  L'exempl.  du  cabinet,  à  l'épée, 
offre  seul  VIIPOTALO.  Voir  le  mém.  de  M.  H.  Rev.  num.,  1860,  pi.  VI, 
donnant  six  variétés,  et  VArt  G.  i''  part.  n°  65  p.  46. 

VLLVCCI.  On  trouve  sur  les  plus  anciens  exemplaires  VLLICCIS  ou 
VLVICCIS.  Rev.  num.,  pi.  XI,  n"  12,  année  1859. 

VIIRICO.  Lettre  à  M.  le  marquis  de  Lagoy,  Bull,  de  la  Soc.  d'agr.  se. 
et  arts  de  la  Sarthe,  1857,  n°  16  de  la  pi. 

VIRO.  Coll.  Bonsergent.  Fillon.  Etud.  num.  pi.  !■•%  n°  3. 

VIROT.  L'exempl.  Lambert,  2"  partie,  pi.  XVI,  n"  5  porte  comme  le 
nôtre  figuré  Art  Gaul.,  pi.  67,  n"  2,  VIP.  T. 

E.  HUCHER. 

Je  remercie  mon  ami  et  confrère^  M.  Hucher,  du  soin  qu'il  a  mis  à 


102  Légendes  des  monnaies  gauloises. 

reviser  la  Liste  des  mots  relevés  sur  les  monnaies  gauloises  que  j'ai  propo- 
sée aux  lecteurs  de  la  Revue  Celtique. En  matière  aussi  délicate,  le  con- 
trôle est  indispensable,  surtout  quant  il  est  dû  à  des  personnes  expéri- 
mentées; lorsqu'il  s'agit  de  déchiffrer  des  légendes  souvent  difficiles  à 
apprécier,  il  faut  bien  se  garder  de  se  croire  infaillible. 

Dans  son  long  Supplément,  M.  Hucher  donne  beaucoup  plus  de  rensei- 
gnements bibliographiques  que  je  n'en  avais  fourni  :  il  renvoie  souvent 
à  son  bel  ouvrage  intitulé  VArt  Gaulois.  Les  numismatistes  connaissent 
tous  ce  livre  dont  le  mérite  est  incontestable  pour  vulgariser  les  types 
monétaires  grossis  de  manière  à  les  faire  comprendre  par  les  personnes 
qui  n'ont  pas  l'habitude  d'étudier  les  pièces  elles-mêmes  :  ce  système  de 
grossissement,  excellent  pour  les  types,  a  moins  d'authenticité,  à  mon 
avis,  en  ce  qui  touche  les  légendes  monétaires,  parce  que  pour  celles-ci, 
l'œil  du  dessinateur,  prévenu  à  l'insu  de  celui-ci,  peut  donner  à  telle  ou 
telle  lettre  une  forme  plus  arrêtée  qu'elle  ne  l'est  sur  l'original.  Je  me 
hâte  de  dire  que  M.  Hucher  y  a  mis  le  plus  de  conscience  possible. 

Voici  les  observations  que  je  crois,  à  mon  tour,  devoir  faire  à  mon 
savant  confrère  : 

Je  maintiens  la  légende  ABVCATO. 

La  légende  lue  BAO  par  M.  Hucher  peut  être  BAG. 

Je  préfère  BIIINOS  pour  BELÎNOS  à  BPIINOS  pour  BRENOS  que 
je  crois  très-douteuse. 

La  légende  BRIG-COMAN  est  BRIC-COMAN. 

CABALLOS  est  la  véritable  forme. 

Quelquefois  on  lit  CAMBOTTRE. 

La  véritable  lecture  de  CA-IVR  doit  être  CAMB  ou  KAMB  en  lettres  liées. 

CAS,  je  ne  crois  pas  que  l'on  puisse  admettre  GAS. 

J'ai  fait  une  erreur  en  accolant  ESIANNI  à  DVRNACVS  au  lieu  de 
DONNVS,  mais  je  doute  de  l'F  final  que  M.  Hucher  joint  à  ESIANNI. 

Je  maintiens  les  formes...-  ERGOD,  ainsi  que  CALIAGIIIS  au  lieu  de 
GALIAGIIIS;  LIXOVIATIS. 

On  a  quelquefois  la  forme  LVCCIOS. 

Au  mot...  OMONDON,  je  ferai  observer  qu'on  peut  à  la  rigueur  lire... 
COMONDON. 

ORETIR  n'existe  pas;  il  y  a  ORCETIR  par  un  C  et  un  E  liés. 

Lorsque  j'aurai  recueilli  de  nouvelles  légendes  monétaires  gauloises, 
et  j'en  ai  déjà  pu  relever  quelques  unes,  je  m'empresserai  de  donner  un 
supplément  à  ma  première  liste.  C'est  ainsi  qu'avec  l'aide  de  M.  Hucher 
et  les  bons  conseils  de  M.  de  Saulcy,  j'arriverai  à  un  résultat  définitif. 

A.  DE  B. 


Légendes  des  monnaies  gauloises.  lo? 

P.-S.  M.  de  B.  ne  m'en  voudra  pas  de  dire  un  dernier  mot  sur  les  quelques 
légendes  dont  il  maintient  la  lecture,  on  verra  que  nous  sommes  bien  près  de 
nous  entendre. 

ABVCATO.  Je  n'ai  pas  forcé  le  galbe  de  la  lettre  G;  il  est  tel,  sur  l'exemplaire 
reproduit,  que  je  l'ai  vu  sur  la  médaille  (n°  12  de  la  pi.  79  de  VArt  G.);  comme 
le  C  et  le  G  permutent  sans  cesse  sur  les  médailles  gauloises  ainsi  que  je  l'ai 
démontré  maintes  fois,  la  question  est  peu  importante;  il  se  dégage  toujours  de 
de  cette  légende,  en  supposant  un  anousvara,  un  nom  très-voisin  de  celui  du  roi 
des  Bituriges. 

11  y  a  bien  BAO  sur  la  médaille  de  M.  Bretagne  et  j'ai  proposé  dans  le  temps, 
comme  le  fait  notre  ami,  de  lire  BAG  et  même  d'attribuer  par  suite  la  monnaie 
à  Bagacum;  mais  l'attribution  reste  bien  hypothétique  quand  il  iaut  modifier 
l'une  des  maires  littera  d'une  légende  aussi  courte.  Voir  mon  article  de  1859. 
Rcv.  nuin. 

BIIINOS,  en  supposant  la  lecture  BPENOS  mauvaise,  ce  qui  n'est  pas  cer- 
tain, ne  peut  jamais  donner,  ce  semble,  que  BEINOS  ou  BIENOS  et  non 
BELINOS,  nom  qu'on  trouve  très-bien  formé  sur  une  médaille  d'une  tout  autre 
provenance  que  les  BIIINOS,  et  dans  laquelle  l'L  n'est  jamais  douteux. 

J'admets  bien  que  l'exemplaire  de  M.  Lambert  qui  a  induit  M.  de  Longpérier 
à  lire  BPENOS  est  unique  jusqu'ici  et  même  que  l'R  sous  la  forme  d'un  rho 
grec  est  assez  mal  Irappé;  mais  toujours  est-il  que  cette  pièce  sur  d'autres  exem- 
plaires meilleurs,  n'offre  jamais  l'L,  mais  trois  jambages  verticaux  dont  deux  doi- 
vent équivaloir  à  la  lettre  E. 

La  légende  BRIG-COMAN  existe  au  moins  sur  un  exemplaire  de  l'ancienne 
collection  de  Lagoy,  très-beau  et  d'un  style  très-élevé.  J'ai  reproduit  cette  pièce 
sous  n°  126  de  la  deuxième  partie  de  l'Art  G.  qui  n'était  pas  publié  lors  de  la 
rédaction  de  ma  note  complémentaire. 

Mais,  je  le  répète,  le  C  et  le  G  permutent,  sans  cesse,  sur  nos  médailles;  il  est 
inutile  d'élever  aucun  débat  sur  ce  point. 

Les  médailles  CA-IVR  bien  connues  depuis  leur  publication  faite  récemment, 
sous  les  n°^  109  à  i  14  de  la  2*=  partie  de  VArt  G.  ont  reçu  dans  cet  ouvrage  un 
commencement  d'interprétation  :  nous  n'y  reviendrons  pas. 

L'F  d'ESIANNI  est  aussi  douteux  pour  moi  que  pour  mon  ami  Anat.  de  B.  Il 
faut  plutôt  chercher  dans  ce  mot  un  ethnique  comme  l'a  démontré  en  dernier  lieu 
M.  de  Saulcy. 

ERCOD  est  évidemment  une  mauvaise  lecture;  je  l'ai  prouvé  par  la  juxtapo- 
sition, sous  n°^  74  et  75  de  la  2'=  partie  de  l'Art  G.  des  deux  médailles  AVLERCOS 
et  ...ERCOS  identiques  de  style  tt  d'aspect. 

CALIAGIIID  et  GALIAGIID  soulèvent  encore  la  même  question  aujourd'hui 
élucidée,  que  CAS  ou  GAS,  ABVGATO  ou  ABVCATO,  BRIC  ou  BRIG, 
CARMANO  ou  GARMANO.  Inutile  de  s'appesantir  plus  longtemps  sur  un  fait 
si  bien  établi. 

LIXOVIATIS;  je  n'ai  rétabli  ce  nom  que  parce  que  mon  ami  Anat.  de  B.  lui 
avait,  par  une  erreur  involontaire,  substitué  le  nom  impossible  LIXIOVATIS. 


!04  Diirnacos. 

Le  nom  LVCCIOS  par  deux  C  existe  en  effet;  je  vais  publier  la  belle  médaille 
du  musée  Saint-Germain  qui  offre  ce  nom,  déjà  connu  d'ancienne  date  et  cité 
par  M.  A.  de  B.,  mais  sans  l'S  final. 

COMONDON  est  bien  douteux,  le  C  fait  absolument  défaut  et  le  premier  0 
peut  être  un  D;de  plus  le  D  de  la  dernière  syllabe  est  aussi  très-incertain;  il  est 
impossible  de  rien  conclure  en  ce  moment;  c'est  fâcheux^  car  la  médaille  offre  un 
grand  intérêt  archéologique. 

ORETIR  existait  sur  l'exemplaire  de  ma  collection;  mais  rien  n'empêche  de 
supposer  la  conjonction  de  l'E  et  du  E,  en  supposant  ce  dernier  carré;  comme 
par  exemple  dans  la  légende  CAMBOTRE,  à  l'égard  de  laquelle  j'ai  à  me 
reprocher  une  hardiesse  du  même  genre  (page  74  de  la  2'  part,  de  VArt  G.). 

E.  H. 

DURNACOS. 

M.  d'Arbois  de  Juhainville  rend  d'incontestables  services  à  la  lin- 
guistique en  éclairant  les  origines  du  langage;  sa  critique  est  toujours 
modérée  et  impartiale  tant  qu'il  reste  dans  le  domaine  de  la  philologie, 
qu'il  connaît  bien.  Lorsqu'il  fait  irruption  dans  les  questions  étrangères 
à  ses  études,  on  ne  doit  pas  s'étonner  que  ses  appréciations  aient  moins 
de  précision  et  d'équité. 

Ayant  à  rendre  compte  de  mon  ouvrage  sur  VArt  Gaulois,  M.  d'A.  de 
J.  me  prête  des  doctrines  que  je  n'ai  jamais  professées.  «  Voici  un 
exemple,  dit-il,  de  la  témérité  avec  laquelle  certains  numismatistes  con- 
fondent des  racines  complètement  différentes,  »  et  sous  cettre  rubrique 
peu  flatteuse,  il  place  M.  de  Saulcy,  un  maître,  et  moi,  povcro!  qui  le 
suis  de  bien  loin. 

M.  d'A.  de  J.  se  trompe  complètement  en  mêlant  au  débat  la  ques- 
tion philologique  du  mot  «  Durance  »;  M.  de  Saulcy  a  pu  placer  les 
peuplades  qui  ont  frappé  les  médailles  au  nom  Durnacos  dans  les  régions 
arrosées  par  la  Durance,  mais  il  n'a  jamais  cherché  à  identifier  le  nom 
de  cette  rivière  avec  le  mot  Durnacos.  Moi-même,  en  relatant  l'attribution 
géographique  de  ce  savant,  je  n'ai  fait  que  lui  donner  une  adhésion  polie, 
puisque  mon  opinion  sur  le  mot  Durnacos,  émise  d'ancienne  date,  s'appuie 
sur  la  racine  Durn  et  non  sur  le  mot  Dur  ou  Durum,  dérivé  de 
Dubron. 

M.  d'A.  de  J.  aurait  dû  remonter  à  la  source  de  l'opinion  ancienne 
qui,  déjà,  décomposait  Durnacos  en  deux  parties  Dur  et  acos;  il  aurait 
vu  qu'elle  émanait  de  Duchalais  qui  a  cru  devoir  traiter  cette  question 
dans  son  Catalogue  des  médailles  gauloises  du  Cabinet  national. 

Envisageant  Durnacos  comme  un  nom  de  ville,   Tournay,  Duchalais 


Durnacos.  105 

s'exprime  ainsi  (page  209)  :  «  Quoique  la  langue  gauloise  ne  soit  pas 
»  connue,  nous  pouvons  cependant,  à  l'aide  d'une  foule  de  rapproche- 
»  ments,  parvenir  à  expliquer  quelques-uns  des  mots  qui  nous  en  ont  été 
»  conservés.  Dur  et  aciim  sont  de  ce  nombre  et  (7  est  évident  pour  tout  le 
»  monde  que  Durum  signifie  cours  d'eau^  et  acum  habitation.  Durnacum 
»  veut  donc  dire  habitation  située  sur  le  bord  d'une  rivière...  l'n  étant 
»  mis  là  seulement  comme  liaison...  « 

La  publication  de  ce  catalogue  remonte  à  l'année  1846. 

En  1848  nous  avons  personnellement  émis  très-timidement,  comme  il 
convenait  à  notre  insuffisance,  une  tout  autre  opinion. 

«  Durnacos  avions-nous  dit  :  (^Rev.  num.,  page  354)  nous  paraît  être 
»  autre  chose  qu'un  nom  de  chef,  et  il  est  composé  de  deux  radicaux 
»  Durn  et  acos.  Durn  devait  se  prononcer  Tourn  d'abord  parce  que  le 
»  peu  que  nous  savons  de  la  langue  celtique  nous  autorise  à  penser  que 
»  les  lettres  faibles  devenaient  fortes  au  langage  et  ensuite  parce  que  la 
»  syllabe  Tourn,  Torn,  se  rencontre  à  chaque  instant  au  moyen-âge, 
1)  soit  comme  entrant  dans  les  noms  de  lieux,  soit  comme  ayant  trait 
»  aux  questions  de  territoire;  or,  nous  sommes  en  mesure  d'établir  que 
»  dans  le  Maine,  au  moins  ',  un  territoire  et  ses  habitants,  communs  à 
))  deux  paroisses,  se  nommaient  une  Tourne.  »  C'est  ce  qui  résulte 
d'une  charte  de  Martin  Berruyer,  évêque  du  Mans,  de  1450,  relatant 
des  usages  consacrés  par  d'autres  chartes  de  Guy  d'Étampes  (i  1 33),  de 
Guillaume  de  Passavant  (i  166),  de  Robert  de  Clinchamp  (i  309). 

«  Le  mot  acos,  acum,  qui  entre  si  fréquemment  dans  la  composition 
))  des  noms  de  lieux,  s'est  changé  presque  partout  en  aye,  ay  ou  aie. 
»  Ainsi  Durnacos  est  littéralement  traduit  par  Tournaye,  Tournaie  ou 
»  Tournée;  or  le  mot  Tournée  existe  dans  la  charte  de  Martin  Berruyer, 
»  comme  l'équivalent  de  communauté.  »  Aujourd'hui  M.  d'Arb.  de  Jub. 
ne  voit  dans  le  suffixe  acos  que  l'indice  de  l'adjectif.  Dans  notre  système, 
Durnacos  voudrait  donc  dire  qui  est  de  la  confédération  ou  de 
l'alliance. 

Cette  opinion,  nous  l'avons  répétée  en  1866  dans  notre  article  intitulé  : 
Révision  des  légendes  des  monnaies  de  la  Gaule,  page  19  de  l'Annuaire  de 
la  Soc.  fr.  de  num.,  tout  en  relatant  celle  de  M.  de  Saulcy,  professée 
dans  la  Revue  numismaliijue  avec  une  réserve  qui  aurait  dû  lui  concilier 
les  bonnes  grâces  de  M.  d'A.  de  J. 

«  Il  me  semble  aujourd'hui,  dit  M.  de  Saulcy,  qu'il  n'y  a  plus  guères 


1.  Roquefort  a  indiqué   au   mot   Tourne  un  sens  général  analogue  :  Mise  du  tout  en 
commun.  Closs.  de  la  langue  romane. 


io6  Durnacos. 

)>  de  possibilité  de  voir  dans  les  noms  Durnacos  et  Durnacus  autre  chose 
»  que  la  désignation  sous  laquelle  étaient  connues,  parmi  les  Gaulois,  les 
)>  peuplades  placées  sous  l'autorité  d'  Auscrocos  et  de  Donnus.  Qui  sait 
»  si  cette  appellation  n'a  pas  quelque  signification  analogue  à  celle  de  , 
»  montagnards  ou  de  rn^erains  des  torrents.  Il  appartient  aux  celtisants  de  le 
»  décider,  ou  mieux  de  le  reconnaître.  « 

Il  semblerait  que  M.  de  Saulcy  cherche  lui-même  à  justifier  l'épithètej 
modeste  dont  M.  d'A.  de  J.  gratifie  les  articles  de  la  Revue  numismatique. 
signés  par  MM.  de  la  Saussaye,  de  Saulcy,  de  Longpérier  et  tant 
d'autres  savants  qui  sont  l'honneur  des  lettres  françaises,  M.  d'A.  de  J. 
est  sans  doute  de  cette  école  qui  qualifie  la  numismatique  de  science  de 
troisième  ou  quatrième  ordre. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  certain  qu'il  n'y  a  pas  de  témérité  dans  les! 
hypothèses  si  réservées  de  M.  de  Saulcy.  ! 

Lorsque  ce  dernier  parle  de  la  Durance,  il  ne  mentionne  jamais  cettf 
rivière  que  comme  Vhabitat  ou  la  région  qui  paraît  avoir  été  occupé( 
par  les  peuplades  d'où  sont  sorties  les  médailles  au  nom  Durnacos. 

Ce  qui  le  confirme  surabondamment  c'est  ce  que  dit  ce  savant  dan:' 
son  article  de  la  Rev.  num.  de  1864,  page  172  :  «  J'avais  deviné  justi' 
»  en  attribuant  ces  monnaies  aux  peuplades  des  Alpes  et  des  bords  di 
»  la  Durance,  car  la  prétendue  monnaie  des  Auscii  porte  au  droit,  devan 
))  la  figure,  la  légende  Durn.  » 

Enfin,  dans  son  dernier  article,  paru  depuis  ÏArt  Gavlois  qui  a  s 
malencontreusement  excité  les  susceptibilités  de  M.  d'A.  de  J.,  M.  d 
Saulcy  s'exprime  ainsi  :  «  Durnacos-auscro  ou  -auscrocos  et  Durnacus 
))  Donnus  ne  sont  en  aucune  façon  frappés  par  deux  chefs  alliés  ;  Durna 
))  eus  est  un  ethnique  et  les  noms  propres  offerts  par  ces  monnaies  son 
»  Auscrocus  et  Donnus.  »  Rev.  num.,  1869. 

Nulle  part,  du  reste,  M.  de  Saulcy  ne  s'occupe  d'interprétations  phi 
lologiques  et  je  me  repens  très-fort  d'avoir  rappelé  à  son  sujet  l'opinio 
de  Duchalais,  faisant  dériver  Durnacos  de  Dur  ei  de  acos.  M.  de  Saule 
ne  peut  en  aucune  façon  être  responsable  de  cette  interprétation,  encor 
bien  moins  de  celle  qui  identifie  les  mots  Durnacos  et  Durance;  nul  d 
nous  n'a  jamais  énoncé  cette  hérésie. 

De  plus  on  voit  clairement  que  M.  d'A.  de  J.  en  supposant  que  Dur 
nacos  est  un  nom  d'homme  se  met  en  opposition  avec  tous  les  numism; 
tistes;  pour  lui  qui  ne  l'est  point,  c'est  au  moins  peu  modeste  si  ce  n'e 
pas  téméraire. 

Cette  question  n'est  pas  aussi  simple  que  le  croit  M.  d'A.  de  J.  « 
Durnacos,  dit-il,  est  un  nom  d'homme  »  !  Or  nous  voudrions  bien  savo 


Durnacos.  107 

quel  est  le  numismatiste  qui  a  cru  et  publié  que  Durnacos  est  un  nom 
d'homme.  Ce  qui  précède  prouve  que  jamais  on  n'a  été  de  cet  avis;  les 
uns  y  ont  vu  un  nom  de  ville,  les  autres  un  ethnique;  les  plus  humbles 
et  les  plus  timides  un  nom  générique. 

Nous  devons  ajouter  que  la  racine  Durn  «  main  «  déjà  trouvée  par 

M.  Breullier,  nous  ayant  été  indiquée  par  M.  d'A.  de  J.,  nous  lui  avons 

répondu  qu'il  ne  serait  peut-être  pas  impossible  de  justifier  par  la  même 

racine  Durn  «  main  «  le  mot  Tournée  avec  le  sens  de  communauté  ou 

alliance,  indiqué  par  nous  il  y  a  25  ans.  En  effet  les  langues  grecque 

et  latine,  qui  ont  puisé  leurs  éléments  à  la  même  source  que  le  gaulois, 

ont  retenu  pour  les  mots  yê.p  et  manus  le  double  sens  de  main  et  de 

troupe  ou   réunion  d'hommes  alliés  dans  un  but  commun.  Tite-Live  s'est 

servi  dans   ce   sens  du  mot  manus   lorsqu'il  a  parlé   de   l'expédition 

d'Elitovèse  :  «  Alia  subindè  manus  Cenomanorum,  Elitovio  duce.  «  Les 

Grecs  avaient  dit  :  «  [j.v(i\r,  yûp  zKrfizz;.  «  Hérodote,  Pollux,  Plutarque 

;  et  Thucydide  offrent  aussi  de  nombreux  exemples  de  ce  sens  figuré. 

Durnacos  pourrait  donc  fort  bien  se  prêter  à  la  même  interprétation, 

;  surtout  si  l'on  se  rappelle  que  les  Gaulois  s'envoyaient  des  mains  de 

;  bronze  en  signe  d'alliance,  qu'on  trouve  des  preuves  encore  de  ce  sym- 

;  bolisme  dans  les  médailles  des  Pictons  et  que,  dans  tous  les  temps,  les 

mains  jointes  ont  symbolisé,  sur  les  monuments,  la  même  idée  d'aUiance 

j  et  de  fidélité. 

1  Si  donc,  comme  le  pensent  tous  les  numismatistes,  Durnacos  n'est  pas 
I  un  nom  d'homme,  et  il  serait  trop  long  d'expliquer  ici  tous  les  motifs  qui 
,  s'y  opposent,  on  pourrait  peut-être  y  voir  un  nom  générique  synonyme 
j  de  confédérés,  ou  un  ethnique  offrant  l'idée  d'alliance  ou  de  commu- 
:  nauté  d'efforts.  Dans  tous  les  cas,  nous  dirons  comme  l'a  dit  avant  nous 
M.  de  Saulcy,  c'est  aux  celtisants  qu'il  appartient  de  décider  ces  ques- 
, lions  d'interprétation,  en  se  basant  toutefois  sur  les  données  de  la  science 
numismatique. 

E.    HUCHER. 

il  Je  suis  très-sensible  aux  paroles  aimables  par  lesquelles  débute 
!m.  Hucher.  Il  m'adresse  des  éloges  que  je  ne  mérite  point.  Ma  seule 
lambition  est  de  contribuer  à  répandre  en  France  les  découvertes  que 
.nous  devons  à  la  Grammatica  Celtica  de  Zeuss,  mais  que  ce  livre  a 
;  jcntourées  de  formes  peu  en  harmonie  avec  les  habitudes  de  beau- 
coup de  savants  français.  Seulement  je  ne  puis  atteindre  ce  but  sans 
contredire  un  certain  nombre  d'idées  reçues  qui  sont  mal  fondées  et 
d'idées  nouvelles  qui  me  paraissent  tout  aussi  hasardées. 


io8  Durnacos. 

Si  ma  critique  semble  à  quelqu'un  prendre  le  caractère  d'attaque  per- 
sonnelle, j'admettrai  volontiers  que,  contrairement  à  mon  intention,  ma 
rédaction  aura  eu  quelque  vice  de  forme,  et  je  le  regretterai,  mais  quant 
au  fond  des  questions  il  y  a  des  concessions  que  je  ne  puis  faire.  J'écris 
ce  que  je  pense,  sauf  à  reconnaître  à  chacun  le  droit  de  croire  et  de  dire 
que  je  me  trompe. 

J'ai  trouvé  dans  le  livre,  si  remarquable  d'ailleurs,  de  M.  Hucher, 
t.  I,  p.  23,  col.  I,  le  passage  suivant  :  «  Il  (M.  de  Saulcy)  a  pensé  avec 
))  toute  raison  que  les  mots  DVRNACOS,  DVRNACVS,  DVRNAC,  qui 
))  reviennent  si  souvent  sur  ces  médailles  et  dans  lesquelles  la  syllabe 
»  DVR  évoque  naturellement  l'idée  d'eau,  étaient  un  seul  et  même  col- 
n  lectif  signifiant  riverains  des  torrents.  »  J'ai  déclaré  que  cette  doctrine 
rationnelle  en  apparence  avant  la  publication  de  la  Grammatica  celtica 
était  insoutenable  aujourd'hui.  Dour  «  eau  »  en  breton  armoricain  es 
une  forme  moderne  du  gaulois  dubron  que  je  supposerais  dérivé  d( 
la  racine  dhu  «  agiter  »  ou  de  ses  formes  secondaires  dhav  «  courir 
couler  »,  DHAV  «  laver  »,  étudiées  par  M.  Poil {Etymologlsche  Forschun-, 
gen,  2"  édition,  t.  IV,  p.  1067  et  suivantes,  n"'  283,  284,  28$).  0 
peut  comparer  le  sanscrit  dhuni  «  fleuve  »  l'ossétique  don  «  eau  »  (cf 
Diefenbach,  Gothisches  Woerterbuch,  t.  II,  p.  628).  Le  thème  gauloi 
duros  avec  lequel  on  a  longtemps  confondu  dour  «  eau  »  paraît  dérivé  d 
la  racine  dhar.  Sur  ce  point,  mon  opinion  est  identique  à  celle  d 
M.  Pictet  (Revue  Archéologique,  Nouvelle  série,  t.  XV,  p.  286,  287). 

Maintenant  M.  Hucher,  —  je  le  constate  avec  satisfaction,  —  aban 
donne  la  doctrine  que  j'ai  combattue.  Mais  dans  la  note  à  laquelle  j 
réponds  il  émet  une  autre  hypothèse  non  moins  inacceptable  à  mon  sens 
Suivant  lui  Turnacum,  nom  de  la  ville  de  Tournay,  serait  le  même  m( 
que  Durnacos. 

Turnacum  est  un  nom  de  lieu_,  dérivé,  au  moyen  du  suffixe -âfo-,  d 
nom  propre  d'homme  Turnus,  qui  était  gaulois  (Gr.  C.^,  p.  806)  e 
même  temps  que  latin  {Enéide,,  livre  VII),  et  qui  pourrait  se  rattache 
à  la  racine  tvar,  festinare  (Pott,  V,  p.  315,  n''  445)  comme  le  lati 
?iirm^  (Corssen,  Krit.  Beitraege,  p.  438;  Curtius,  Griech.  Etym.^,  p.  205' 
Durnacos  est  un  autre  mot  :  il  ne  peut  avoir  la  même  racine,  puisqu 
commence  par  un  d  et  non  par  un  t  :  sous  prétexte  des  permutations  ( 
la  consonne  initiale  qui  dans  dans  les  langues  néo-celtiques  se  fo 
d'après  certaines  règles  et  suivant  que  le  mot  précédent  l'exige,  on  : 
peut,  sans  violation  des  lois  de  la  phonétique,  confondre,  ni  dans  c 
langues  ni  en  gaulois,  les  sourdes  initiales  avec  les  sonores.  Je  persis 
à  croire  que  durnacos,  dérivé  de  durna-,  durno-,  se  rattache  probabl 


Durnacos.  109 

ment  à  la  même  racine  que  le  thème  duro-,  c'est-à-dire  à  dhar  qui  paraît 
avoir  donné  à  la  langue  latine  les  dérivés /or/w,  firmus,  frenum. 

Suivant  M.  Hucher  le  thème  durna-  durno-  aurait  servi  aux  Gaulois 
pour  désigner  la  «  main  »  employée  comme  signe  de  paix  et  de  confé- 
dération. 

Ce  système  présente  suivant  moi  la  difficulté  que  voici  :  le  mot  qui 
signifie  proprement  «  main  »  dans  les  dialectes  néo-celtiques  est  Idm  en 
vieil  irlandais,  aujourd'hui  lâmh  ;  lau=lam  en  vieux  cambrien,  aujour- 
d'hui law ;  lau  et  lof=lam  en  vieux  comique  (Gr.  C.^,  p.  1 14,  1066); 
en  armoricain  moderne  la=^laff=lam,  aujourd'hui  inusité  (Dictionnaire 
de  Grégoire  de  Rostrenen  au  mot  «  main  »).  M.  Ebel  rapproche  ce  m.ot 
du  grec -r:aXi[r/]  et  du  latin  palma  (Gr.  C.^,  p.  771),  hypothèse  inadmis- 
sible puisque  la  chute  du  p  initial  dans  les  langues  celtiques  laisse  subsis- 
ter la  voyelle  suivante  (Gr.  C^.,  p.  67).  M.  Pictet,  après  lui  Bopp 
(Glossarium  sanskritum,  v"  labh)  et  M.Whitley  Stokes  (/r.  gloss.,  p.  98, 
n"  812)  paraissent  donc  avoir  eu  raison  de  rattacher  l'irlandais  Lîin  à  la 
racine  labh,  de  le  rapprocher  du  grec  XaiJ.(iâvw,  comme  nem  »  ciel  »  du 
sanscrit  nabhas  et  du  grec  véçoç  (Gr.  C^.,  p.  41).  Comparez  le  français 
«  samedi  »  de  sabbati  dies  avec  un  m  qui  tient  lieu  d'un  b  primitif.  Le 
sens  propre  de  Lim  serait  «  instrument  servant  à  prendre  »;  -/dp  de  la 
racine  hr=ghar  a  la  même  signification  étymologique  (Curtius,  Gr.  Et^., 
p.  181  ;  Pott,  Etym.  Forsch.^,  t.  V^  p.  206,  n°  410). 

Au  sens  propre,  le  thème  durna-  durno-,  employé  substantivement, 
sert,  dans  les  dialectes  néo-celtiques,  à  désigner  le  poing,  l'arme  des 

■  boxeurs,  qu'on  appelle  en  grec  T.'j'([j:r„  en  latin  pugnus,  en  vieil  allemand 
\fùst{Gr.  Et.^,  p.  258).  Les  autres  sens  sont  dérivés  de  celui-là. 

I  Je  commence  par  les  dictionnaires  irlandais.  Mac-Curtin  rend  l'anglais 
\  fisty  par  dornach,  hand  par  lâmh.  O'Reilly  traduit  l'irlandais  dorn  par  fist, 
[  haft,  h.andle,  blow,  cuff;  dornach  par  a  boxer,  a  buffer,  pugilistic;  dornad 
^  \)3iV  fisty  cuffs,  et  dornaim  par  / /?ox.  C'est  Idmh  qui  suivant  lui  signifie 
'  hand  et  lamhach  veut  dire  having  hands.  O'Brien  qui  ne  donne  pas  de 
;  dérivés  indique  pour  dorn  le  même  sens  qu'O'Reilly.  Les  dictionnaires 
'  gaéliques  sont  d'accord  avec  les  dictionnaires  irlandais.  Suivant  celui  de 
la  Higldand  Society,  dorn  employé  comme  nom  signifie  pugnus,  colaphus, 
'  alapa,  manubrium,  scctio,  pars  exigua  cujusvis  rei,  comme  verbe  à  l'impé- 
'  ratif,  le  même  mot  veut  dire  feri,  ice,  pugno  percute;  dornach  est  traduit 

■  ^  par  majores  solito  pugnos  habens,  pugil  ;  et  c'est  lâmh  qui  est  rendu  par 
^manus.  Mac-Leod  est  en  parfaite  harmonie  avec  la  Highland  Society.  En 
-  gallois  nous  trouvons  entre  dwrn  et  law  la  même  distinction.  Suivant 
'  Spurrel  dwrn  veut  dire  a  fist;  dyrned,  box,  cuff,  hlow;  dyrnodiwr,  a  pugi- 


1 10  Durnacos. 

lisl;  dyrnodio,  to  tliump.  Le  même  lexicographe  rend  law  par  hand.  Aussi 
dans  la  Bible  galloise  dwrn  correspond  au  latin  pugnus  de  la  vulgate, 
Exode,  XXI,  i8;  Isaie,  LViii,  4;  et,  dans  les  mêmes  passages,  la  version 
irlandaise  se  sert  du  mot  dorn  :  tandis  que  le  maniis  de  la  vulgate  a  le 
gallois /^jf  et  l'irlandais  Idmh  pour  équivalent  dans  la  Genèse,  m,  22; 
IV,  u;  V  29;  VIII,  9;  IX,  2,  etc.  Le  comique  et  l'armoricain  font  seuls 
exception  à  la  règle  générale.  Comme  le  dit  M.  Robert  Williams  dans 
son  Lexicon  Cornu-Britannicum  au  mot  durn  :  In  Cornish  and  Armorie  iî 
generally  means  a  hand,  while  in  Welsh,  Irish,  Gaelic,  and  Manx  it  is  applied 
îo  afist.  Ce  qui  montre  que  le  sens  de  «  main  »  est,  pour  ce  mot,  dérivé 
et  moderne,  bien  qu'on  le  trouve  déjà  dans  le  Catholicon  de  Lagadeuc, 
c'est-à-dire  au  xv"^  siècle,  c'est  que  le  verbe  dérivé  armoricain  dornaff 
aujourd'hui  dorna,  dourna  et  dournein  signifie  «battre»  et  non  «  tendre 
la  main  )>. 

Il  me  paraît  difficile  d'admettre  que  les  Gaulois  aient  considéré  la  boxe 
et  le  poing  menaçant  du  pugiliste  comme  un  symbole  impliquant  l'idée 
de  confédération,  d'alliance,  de  communauté  d'efforts.  Au  lieu  du  mot 
dorn,  dwrn,  c'est-à-dire  du  thème  durna  ou  d'un  de  ses  dérivés,  ce  serait, 
du  mot  idmh,  law  —  sous  une  forme  plus  archaïque  évidemment  —  mais 
enfin  ce  serait  de  ce  mot  ou  d'un  de  ses  dérivés  qu'ils  se  seraient  servis, 
comme  leurs  petits-neveux  l'ont  fait  dans  la  traduction  de  l'Exode, 
xxiii,  I,  où  le  junges  manum  îuam  de  la  vulgate  est  rendu  en  irlandais 
par  cuir  do  Idmh,  et  en  gallois  par  dod  dy  law. 

Ce  passage  du  livre  sacré  me  remet  en  pensée  la  situation  où  me  place 
la  polémique  dans  laquelle  je  me  trouve  engagé.  Les  numismatistes  si 
éminents  par  leur  science  et  toujours  si  bienveillants  pour  moi,  qui  sont 
cités  dans  la  réplique  de  M.  Hucher,  restent  en  dehors  du  débat  ;  et  il  est' 
parfaitement  inutile  que  je  répète  ici  ce  que  tout  le  monde  sait  du  mérite 
de  leurs  travaux.  Quant  au  livre  de  mon  honorable  contradicteur,  je  dirai 
encore  une  fois  que  j'en  fais  le  plus  grand  cas,  que  j'y  trouve  à  critiquer 
seulement  quelques  détails  accessoires.  Je  n'ai  jamais  eu  l'intentior 
d'engager  une  lutte  avec  ce  savant  ni  de  lui  adresser  le  cri  de  guerre  qu 
se  lit  au  dictionnaire  de  la  Highland  Society,  t.  I,  p.  ^50 5  :  dorn!  c'est-à- 
dire  thump,  strike  with  îhe  fist.  En  suivant  des  voies  différentes,  nou; 
cherchons  à  atteindre  le  même  but.  Avons  donc  le  même  mot  d'ordre 
et  que  ce  soit  le  texte  biblique  cité  quelques  lignes  plus  haut  :  cuir  de 
lanih!  —  dod  dy  law! 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


Un  F  gaulois  valant  dh. 


UN  F  GAULOIS  VALANT  DH. 

L'origine  de  1'/  gaulois  est  fort  douteuse  et  probablement  diverse.  En 
général  les  aspirées  primitives  qui  deviennent  /  en  latin  sont  remplacées 
dans  les  langues  celtiques  par  les  moyennes  du  même  organe  que  ces 
aspirées  (Gr.  C.^,  p.  36). 

On  trouve  réunis  à  la  page  76  de  la  Gr.  C^  un  certain  nombre 
d'exemples  de  1'/  gaulois.  Deux  me  semblent  devoir  être  rayés  :  Fornolus 
(an.  632)  est  un  dérivé  du  \aiin  furnus  «  four  »,  en  bas-latin /or/2U5 ; 
fornolus  =furnulus.  Felgerias  =  filicerias  est  un  dérivé  bas-latin  de  fdix 
«  fougère  ». 

Il  n'y  a  pas  la  même  critique  à  adresser  aux  maîrona  aufanis,  aufandc 
ou  aufanes  de  Nimègue,  de  Lyon  et  de  Cologne  (Orelli-Henzen,  2079, 
2106,  $930).  L'adjectif  aufania,  aufana,  aufanis  paraît  bien  gaulois.  Or 
il  semble  naturel  de  le  considérer  comme  dérivé  de  la  même  racine  que 
les  noms  osques  Oufens,  Aufina,  c'est-à-dire  de  la  même  racine  que  le 
latin  uber  «  fertile  »  «  fécond  »,  uber  «  mamelle  ».  Cette  racine  est  udh 
«  être  fécond  »  (Corssen,  Aussprache*,  t.  I,  p.  151,  353).  Les  matrone 
aufanes,  aufan<z,  aufanis  seraient  les  «  matrones  fécondes,  »  ou  «  pour- 
vues de  mamelles  »,  ce  qui  n'est  qu'une  autre  manière  d'exprimer  la 
imême  idée. 

Dans  le  cas  où  l'on  admettrait  la  vraisemblance  de  cette  hypothèse,  il 
serait  naturel  de  rattacher  aussi  à  la  racine  udh  le  nom  d'homme  gaulois 
■Aufustius  d'une  inscription  de  Genève  (Orelli,  273)  et  les  noms  de  famille 
italiens  Aufellius,  AufilHus  (Fabretti,  Glossarium,  col.  215-216)  :  ces 
noms  signifieraient  probablement  «  riche,  heureux,  prospère  ». 
:  Le  nom  d'homme  gaulois  PoucpTv:-:,  le  nom  de  lieu  gaulois  Pcj^tâva 
pourraient  donc  sans  inconvénient  être  rapprochés  du  latin  Rufus,  bien 
que  l'équivalent  du  mot  latin,  dans  les  langues  néo-celtiques,  ait,  sui- 
vant la  règle  ordinaire,  substitué  la  moyenne  à  la  dentale  aspirée  primi- 
tive :  tel  est  le  vieux  cambrien  rud{Gr.  C.^,  p.  1 39),  en  armoricain  mo- 
derne raz  =  rud^  u  rouge  ».  Le  gaulois  Po'jço;  serait  une  forme  secon- 
daire tombée  en  désuétude  dans  les  langues  néo-celtiques. 

H,    D'A.    DE  J, 


1.  L'armoricain  rud  se  trouve  dans  le  surnom  Drem-rud,  «  face  rouge,  »  de  Daniel, 
cinquième  comte  de  Cornouaille,  Cartulaire  de  Landevenec,  f"  164,  v,  Bibliothèque  de 
:iuimper. 


1 1  2  Couteau  de  bronze  de  Besançon 

LE  COUTEAU   DE  BRONZE   DE  BESANÇON.  1 

Dans  le  t.  IV  des  Beitrxge  de  Kuhn,  p.  162  et  suivantes,  M.  Beckerl 
a  voulu  compléter  son  intéressante  étude  sur  le  D  barré  des  Gaulois 
{Ibidem,  t.  III,  p.  207  et  suivantes).  Le  nom  propre  gaulois,  inscrit 
sur  un  couteau  de  bronze  du  musée  de  Besançon,  doit  suivant  lui  être 
lu  VADVRIX  avec  un  d  barré  =  ss,  en  sorte  que  ce  nom  serait  iden- 
tique à  vasso-rix.  Pour  arriver  à  cette  identification  M.  Becker  est  oblige 
d'admettre  qu'à  la  fin  des  composés  gaulois  u  =  0,  doctrine  au  moin; 
fort  téméraire  (Gr.  C.^,  p.  853). 

Ce  qui  achève  de  renverser  le  système  de  M.  Becker,  c'est  que  ce  sys- 
tème s'appuie  sur  une  lecture  défectueuse  de  l'inscription  de  Besançon 
M.  Castan  a  donné  un  fac-similé  de  ce  document  dans  sa  remarquabb 
étude  sur  le  champ  de  Mars  de  Vesonîio,  que  la  Revue  archéologique  ; 
publiée  en  1870  (t.  XXI,  p.  95,  pi.  IV).  On  y  lit,  non  pa 
VADVRIX,  mais  SVADVRX  —  suadu-rix  ou  svadu-rix.  Le  premier  term 
est  peut-être  un  composé  de  su  =  eu,  et  d'un  thème  adu  (compare 
Aduatici);  peut-être  aussi  n'a-t-il  que  deux  syllabes  et  doit-il  être  1 
smdu;  comparez  le  grec  r,o6ç  =  svâda-s  qui  existe  en  sanscrit,  et  qi 
est  devenu  en  latin  suavis  =  svâdu-i-s  '. 

Dans  tous  les  cas,  le  nom  inscrit  sur  le  couteau  de  bronze  de  Besanço 
n'a  de  commun  avec  Vasso-rix  que  le  second  terme,  rix.  Le  premie 
terme  du  nom  gaulois  gravé  sur  ce  couteau  est  tout  différent  du  premie 
terme  de  passo-rix. 

H.   D'A.  DE  J. 

THE  KLOSTERNEUBURG   INCANTATION. 

By  the  kind  intervention  of  Professer  Dr  Sachau  I  hâve  récente 
obtained  six  photographs  of  the  Irish  metrical  incantation  found  b 
Haupt  in  the  '  codex  regularum  '  preserved  at  Klosterneuburg  ne; 
Vienna.  Thèse  photographs  enable  one  to  correct  seven  errorsin  Haupt 
transcript  as  printed  by  Zeuss  and  Ebel  (G.  C.^  954].  The  poem  cor 
tains  six  couplets  and  one  triplet,  in  ail  fifteen  lines,  which  in  the  m 
are,  as  Zeuss  says,  arranged  in  eight  lines. 


1.  Cet  adjectif  existait  probablement  en  gaulois.  L'adjectif  gallois  chweg,  en  armorie 
c'houek,  «  iioux,  »  serait  une  forme  contractée  d'un  primitif  'svadu-i-co-s  [Gr.  C. 
p.  124,  14s,  848),  dont  le  thème  serait  un  développement  du  thème  latin  svadu-i-.  p' 
tard  suavi  avec  syncope  du  d  comme  dans  les  dialectes  nèo-celtiques. 


The  Klosterneuburg  incantation.  1 1  j 

I .  Cris  finndin  damimdegail  imum  imacuâirt. 

Naramtairthea  innsét  timcellas  intuaith. 
^ .  Ramthi  Idm  indulé[m]an  [dimdegail]  mahrond. 

Lurech  dé  dumimdegail  otamind  gombond. 
) .  Cris  finneain  muchris  argalar  arches 

Aruptlh^aib  ban  mb[a]eth  araech  adamles. 
7.  Cris  eoin  muchris  ralég  sûidi  hglan. 

Claid  fegafer  soid  uptha  ban. 
9.  Cris  nathrach  muchris  nathair  imàiJ 
N âramgonat  jir  naramillet  mn.i. 
Durennaib  rombra  fomôir  imdtâ. 
1 2 .  Fobrut  mûri  dam  fo[r]sarabi  inri 

Fotrochlanib  [dam]  jochochlan  mubi. 
14.  Mucholmoc  ramcharastar  arfégad  arfis. 
Isairai  ramcharastar  uair  istend  mochris. 
Line  1  and  2  are  correctiy  given  in  Z^  954.    Finndin    (leg.  findin^ 
'  gen.  sg.  of  Finân,  the  name  of  two  saints,  one   (Findn  laindrech  lobarj 
'  mentioned  in  the  Félire  March  16,  the  other  {Findn  camm  cind  etig   men- 
\  tioned  in  the  same  poem  at  April  7.  Innsét  for  in  sét  a  nom.  sg. 
'      Line   3.   For  Ramthi  Idm   which  is  quite  clear  in  the  codex^    Haupt 

•  gives  Raucthi  Idin  which  is  not  Irish.  Ramthi  is  for  ro-m-thi,  where  ti  is 

■  a  ^d  sg.  s-conjunctive  meaning  '  veniat  '.  See  mina   thii,  co  ti,  ti-at, 
'  Beitr.  vu.  47.  The  induléan  of  the  ms.  is  obviously  a  mistake  for  indû- 

■  leman,  the  gen.  sg.  (with  the  article)  of  dùlem  '  creator  '.  Compare 
tarfds  dé  Idm  induileman  ('apparuit  ei  manus  Creatoris')   Leb.    Brecc, 

■  p.  37  ^.  The  latter  half  of  the  line  requires  three  syllables,  which  I  hâve 
conjecturally   supplied    in  brackets.    Compare  Idm    dé   domm   indegail 

-  '  manus  dei  ad  me  protegendum  '  Patrick's  hymn. 

[     Line  5.  For  finnedin,  gen.  sg.  of  Finneân,  Finniân  (of  Cluain  Iraird,  a 

wellknown   saint  of  the  sixth  century),  Haupt  \vror\g\y  gives  fimieain. 
Line  6.  Uptaib  a  scribe's  mistake  for  upthaib,  dat.  pi.  of  the  Middle-Irish 

iormoî  epaid,  nom.  or  ace.  pi.  aipthi  (gl.  veneficia)  Z^  60.  The  Middle- 
'  Irish  ace.  pi.  uptha  occurs  in  line  8.  Hence  the  adj.  aupthach  n.  pi.  f. 

mnd  aupthacha.  Vis.  Adamn.  224. 
For  ban  rhbaeth    '  mulierum  stultarum  '  the  ms.  has  (as  Haupt  gives 

it)  baniiibeth.  for  araech  the  ms.  has  ajraech.  aech  I  take  to  be  Cormac's 

oech  :'=  'poechj  '  hostis  '  =  A.  S.  fâh,  Engl.  foe. 

•  adamles  a  Middle  Irish  relative  form  ,  like  timcellas  {do-imm-chella-s) 
line  I,  contracted  from 'aiame//e5  from  the  verbale///-  adeilliub  'veniam' 
Z  2  4^8  ,  with  the  infixed  pronoun  of  the  first  pers.  sg. 

Rev.  Celt.  Il  8 


114  The  Klosterneuburg  incantation.  î 

Line8.Forc/^/ti/(?gaHauptwronglygives^fl/^/erga,reading^forthec/ot 
the  ms.  and  overlooking  the  punctum  delens  which  the  scribe  has  placed 
over  the  r  oï  ferga.  Claid  is  for  clôid  a  dissyllable,  meaning  '  superat  ', 
'dejicit',  'devincit'  {donaib  doithib  gl.  uictis,  Ml.  1^5  '=),  and  fega  i; 
the  Middle-Ir.  ace.  pi.  oi  fcig  'acutus'  [sciath  fri  faebrafégi  '  scutun 
contra  acies  acutas  '  Brocc.  h.  97^  coropféig  rose  fornanme  '  ut  sit  acutu: 
oculus  animi  vestri  '  Z  ^  998;  feig  .  i .  gér  O'Cl.]  hère  used  as  a  substan- 
tive,  perhaps  with  the  meaning  of  Horace's  acutabelli  '  périls  of  war' 
For  ban  the  ms.  has  mban  with  a  dot  over  the  m. 
Line  10.  For  fir  the  ms.  has /is/r  with  the  punctum  delens  over  a. 
Line  1 1 .  Romôra  for  rommbra  ^d  sg.  conj.  active  with  infixed  pronoun 
The  rest  of  the  line  is  obscure  to  me. 

Line  12.  For  mûri  dam  Haupt  gives  muridam,  but  in  the  photograp 
the  words  are  separated  clearly  enough.  Mari  is  a  middle-Irish  form  c 
Maire  '  Maria  ',  '  Mariae  '.  So  in  the  Vision  of  Adamnân  :  illo  estecht 
Mûri.  Dam  (for  dom)  Z.  921.  ]n  forsarabi  we  hâve  the  préposition /o/ 
the  relative  sa(n),  the  prefix  ra-  fur  ro-,  and  the  verb  subst.  be  'est , 
hère  meaning  '  fuit  '  because  of  the  prefix. 

Line  n.  A  syllable  is  wanting.  I  hâve  inserted  dam  conjecturally.  irocl 
lanib  dat.  pi.  of  some  word  obscure  to  me.  Mubii  gen.  sg.  hua  Liatha 
of  Lesmér  Mochuta.  Mobi's  girdle  is  also  mentioned  in  the  Liber  Hym 
norum,  f °  1 3  ^  ç^qq  Goidelica^,  p.  104),  and  in  the  Lebar  Brec( 
p.  32  «. 

Line  14.  Mu  (meus)  Colmoc  =  Co\màn,  a  saint  mentioned  in  the  Félii 
at  July  25. 

Line  1  $.  The  ms.  has  wrongly  ramcharasîhar. 
The  translation  givenby  Ebel,  G.  C.  954^  shouldaccordingly  bemo, 
dified  as  foUows  : 
I .  Cingulum  Finani  ad  me  protegendum  circum  me  circa 

Ne  me  laedat  {?)  via  quae  c'mg\t  regionem. 
3 .  Mihi  veniat  manus  Creatoris  ad  protegendum  ventrem  meum  ! 

Lorica  dei  ad  me  protegendum  a  vertice  meo  ad  plantam  meam 
5.  Cingulum  Finniani  cingulum  meum  contra  morbum  et  curam, 

Contra  reneficia  muWerum stultarum^conlrâhostem  (.^)  qui  me  adit. 
7.  Cingulum  lohannis  cingulum  meum,  qui  legit  sapientiam  puram, 

Superat  acuta  ''tela)  virorum,  vertit  veneficia  mulierum. 
9.  Cingulum  serpentis  cingulum  meum,  serpens  circum  est, 
Ne  me  vulnerent  viri,  ne  me  perdant  mulieres. 

Ad  stellas  me  magnificet 

12.  Sub  pallio  Mariae  ego  (sum\  super  quod  fuit  Rex  fscil.  Christus) 


Etymological  Scraps.  1 1 5 

Sub     ....     ego  :sum),  sub  cucullulo  Mubii. 
Mucholmoc  me  amavit  propter  intellectum,  propter  scientiam  : 
Propterea  me  amavit,  quia  est  firmum  cingulum  meum. 

W.  S. 
Calcutta,  Jan.  18.  1875. 


ETYMOLOGICAL  SCRAPS. 

Just  as  H',  written  u  in  Old  and  Mid.  Welsh  but  sounded  like  English 
w,  becomes  gw  (gu)  in  such  words  as  O.  W.  pelguar,  lat.  quatuor,  soy, 
by  which  I  mean  the  sound  of  v  in  the  English  word  yes  (not  distin- 
guished  by  theordinary  orthography  from  /),  becomes  in  somes  instances 
dj:  with  this  compare  dj  for/ in  Greek  (Curtius'  Gr.  des  gr.  Etym.^  p. 
569).  In  modem  Welsh  the  d  regularly  becomes  dd,  while  the  j  very 
frequently  disappears  altogether.  This  taken  for  granted,  light  may  be 
thrown  on  the  formation  of  the  foilowing  words  : 

1.  Cilydd,  'a  companion  or  fellow'  is  to  be  equated  with  0.  Ir.  cèle 
'socius,  maritus'  of  they'ti  declension  'Gr.  celt.^  229). 

2.  Dydd,  'day'  probably  represents  dij-  resembling  in  its  formation  the 
ilatin  dies. 

3.  Haidd,  'barley',  suggests  the  séries  "sasja,  'hahja,  "haja,  'liadja, 
'hed,  heidd,  haidd  :  compare  skr.  sasya,  Zend  hahya,  'corn\ 

i  4.  The  particle  id  attached  to  démonstratives  as  in  «  ir  gur  hurmuid  )> 
(vif  ille)  in  the  Capella  Glosses,  and  in  «  cant  hunno/^i  »  (apud  illum) 
and  «  hïnnoid  amser  »  (id  temporis,  hac  vice)  in  the  (Oxford;  Dunstan 
Codex,  is  possibly  to  be  compared  with  skr.  ayam,  masc.  iyam,  fem., 
'this'.  Hâve  \ve  not  traces  of  the  same  élément,  whatever  it  may  be,  in 
the  perplexing  prepositionals  ynddo,  ynddi,  ynddynt  and  others  of  the 
same  class? 

5.  Ardd-  in  ardd-u,  'to  plough'  and  ardd-wr,  'a  ploughman',  seems  to 
represent  arj-  and  strongly  reminds  one  of  lith.  arj-u,  O.  Bulg.  orj-an, 
'I  plough';  Goth  arj-an  'to  plough'.  It  is  needless  tosay  that  Welsh  has 
also  the  simpler  form  of  the  same  root  in  ar,  'ploughed  land',  aradr,  'a 
plough'  and  aredig,  'to  plough'. 

6.  Iwerddon,  'Ireland',  undoubtedly  represents  *lverjon  or  perhaps 
'Everjon,  as  Welsh  i  not  unfrequently  supplants  an  older  ê,  while,  on 
the  other  hand,  Mid.  Welsh  Ewyrdonic,  'Irish',  may  be  a  reversion  from 
'Iwyrdonic.  Now  Iverjon  or  Everjon  would  be  an  oblique  case,  probably 
the  accusative,  corresponding  to  a  nominative  Iverjo  or  Everjo  identical 


ii6  Eîymological  Scraps. 

with  Mr.  Stokes'  Iverio  or  Everio,  one  of  which  he  considers  to  havej 
been  the  oldest  form  of  the  name  of  Eriu  or,  as  it  is  now  more  com- 
monly  and  less  correctly  called,  Erin:  this  he  bases  on  Ptolemy'; 
'Iou£pvtç,  'loutpvia,  'lo'Jîfvto'.,  the  «  Evernlli  patriâ  »  of  the  c  Vitr 
Columbae  »  and  the  Hiherione  and  Hyberionacum  of  the  Eook  of  Armagh 
see  Stokes'  «  Old  Irish  Glossaries,  ;>  p.  Ixiii. 

7.  The  Welsh  verb  substantive  has  tenses  with  the  base  bydd-,  0 
which  we  may  take  as  examples  bydd-af,  'I  shall  be  or  am  wont  to  be' 
bydd-wn,  'I  used  to  be',  and  bydd-ed,  'kl  (him  etc.)  be',  where  bydd-mx 
be  supposed  to  stand  for  *bij-  from  an  eariier  "buj-  of  the  same  origin  a: 
the  j^olic  fj'.-iù,  the  Umbrian  future  fui-esî  and  perhaps,  the  latin  //- 
for/ui-oon  which  see  Corssen's  Aussprache^  l,  143,  and  Kuhn's  Zeit 
xxi,  125-6.  The  dh  of  such  modem  Inshiorms as bidhim,bidhir,  etc.,  doe 
not  militate  against  the  view  hère  advanced  as  the  reader  will  fmd,  0 
turning  to  the  Gram.  Celtica,  pp.  491-499,  that  it  is  not  represented  i 
Old  Irish;  and,  as  thèse  words  are  pronounced  'biyiin',  'biyir'  etc.,  w 
should  probably  not  be  far  wrong  werewe  to  suppose  such  an  Old  Iris, 
forn>as  biit  to  hâve  been  pronounced  'biyif;  the  sounds  of  dh  and  q 
having  then  not  been  reduced,  in  the  course  of  phonetic  decay,  to  the 
présent  value  of  English  y,  for  the  représentation  of  which  the  diagrapl 
compete  in  Mod.  Irish. 

8.  Cledd,  'the  left  (hand'),  whence  also  go-gledd,  'the  north',  is  idei 
tical  with  0.  Irish  de,  which  Zeuss  can  hardly  be  correct  in  regardir 
as  having  lost  a  final  v  (Gr.  Celt.^  57)  :  rather  should  it  be  referred  ' 
the /a  declension;  but  compare  gothic  hleidama,  'left,  the  left  (hand'). 

9.  Rliydd,  'free',  Ihave  no  hésitation  in  regarding  as  standing  for  "mW^ 
'rij  :  ifto  this  we  restore  an  original  /?  initial,  which  it  has  probabily  los, 
we  arrive  at  a  form  prij,  which  harmonizes  to  a  nicety  with  frij-an 
frij-ai  and  other  forms  of  the  Gothic  adjective,  which  in  the  nominati' 
is  contracted  into  freis,  Ger.  frei,  Eng.  free. 

10.  Trydydd,  'tertius',  trydedd,  'tertia',  seem  to  stand  respective 
for  "triîijas  (Jtritidja,  tritid)  and  'triîijâ  {"tritidjà,  Uriiida,  trited),  wi 
which  compare  skr.  trtija-,  goth.  iliridja,  'third'. 

11.  S\m\hr\y  pedwerydd,  ^  (\\iarlus\  pedwaredd,  'quarta',  claim  comp 
rison  with  skr.  îûrja-,  îurija-,  'fourth',  representing  as  it  is  supposed 
more  regular  form  caturija-.  Thèse  coïncidences  with  Sanskrit  will  n 
surprise,  when  it  is  remembered  that  the  strange  appearance  of  t 
Sanskrit  féminine  ordinals  tisras  and  catasras  is  nowhere  more  faithfu 
reproduced  than  in  the  Welsh  tair  and  pedair.  Hère  Mr.  Stokes  calls  1 
attention  to  Léo  Meyer's  explanation  of  Gothic  forms  such  as  tvadi 


Etymological  Scraps.  i  1 7 

daddja  etc.  in  Kuhn's  Zeit.  vii,  196,  which  a  reader  who  ismorefortunate 
than  myself,  may  consult. 

12.  \Ve  hâve  already  pointed  out  some  Welsh  words  matching  the 
Irish/ti  declension  masculine  and  neuter  ;  now  \ve  proceed  toidentifya 
:class  of  Welsh  féminines  with  the  féminine  y'rt  declension  of  the  Irish  : 

I.  Words  ending  with  llon-edd  'fulness'  such  as  cyfreith-lonedd,  dig- 
llonedd,  gwxîli-lonedd,  pryd-lonedd,  rhad-lonedd,  serch-lonedd,  0.  Irish 
■Idne,  'plénitude'  (Gr.  celt.  247);  caredd,  'sin,  crime',  0.  W.  cared  (gl. 
nequitiae),  0.  Ir.  caire  (g[.  accusationis)  ;  cinverwedd,  'bitterness',  0.  Ir. 
setbi,  'acerbitate'  (Gr.  Celt.  248);  gwirlonedd,  'truth'  O.  Ir.  firinne; 
■gwyledd,  'bashfulness',  0.  Ir.  fêle  (Gr.  celt,  18);  hy-nerthedd  would  be 
the  Welsh  corresponding  to  0.  Ir.  so-nartai  'firmitatem',  but  I  do  not 
know  that  the  word  is  used;  tleferydd,  'utterance'  is  a  modification 
•probably  of,  llefaredd  and  is  used  in  the  féminine  in  the  Book  of  Common 
Prayer,  though  Pughe  gives  it  as  masculine  asindeed  he  does  with  most 
of  the  other  words  hère  discussed,  the  confusion  with  respect  to  the  gen- 
'der  of  thèse  and  other  abstract  nouns  being  very  great  in  mod.  Welsh; 
'llyfredd,  'cowardice'  O.  Ir.  lobri,  'infirmitates' (Gr.  celt.  249);  moeledd, 
i'baldness',  0.  Ir.  m.iile;  truedd,  wretchedness',  O.  Ir.  trôige;  trugaredd, 
'mercy'  0.  Ir.  îrôcaire.  Nearly  ail  thèse  nouns  hâve  been  formed  from 
•adjectives  still  in  use  and  remind  one  of  similar  formations  in  Lithuanian 
such  as  ilg-ja-,  'length',  from  \lga-,  'long',  augszt-ja-,  'height',  from 
'iiugszta-,  'high',  as  well  as  of  such  0.  Bulgarian  forms  as  pesel-ije,  'joy', 
from  veselii  'joyous',  and  pisan-ije,  'writing',  from  pisanii,  'written'  : 
Schleicher's  Compendium^,  :>g8. 

II.  The  termination  edd  is  also  used  in  forming  nouns  from  nouns, 
■thus  teyrnedd,  'sovereignty',  from  teyrn,  'a  sovereign',  hekdd,  'filth', 
•from  'hal,  whence  halog,  *^polluted';  honedd,  'stock,  noble  extraction', 
■from  bon,  'stem,  trunk';  tuedd,  'tendency',  lit.  'asiding',  from  ?u/side'; 
■tymheredd,  'température',  from  îymher,  'temper'. 

III.  In  other  instances  it  imparts  the  nouns  to  which  it  is  affixed  no 
'appréciable  différence  of  meaning  beyond  a  nuance  ofabstractness  or  ccl- 
'lectivity,  as  will  be  seeninthe  foUowing:  carnedd,  carn,  'a  heap';  cyndda- 
redd,  "cynddar  (breton  connar),  'hydrophobia  rage';  dialedd,  dial,  'ven- 
geance'; digonedd,  digon,  'enough';  gormodedd,  gormod,  'too  much'; 
■edajidd,  'yarn';  edan,  'thread';  îangnefedd,  îangnef,  'peacefulness'. 

t  IV.  The  next  step  wasto  make  it  do  duty  instead  of  a  plural  ending. 
!A  listofsuch  quasi-plurals  would  take  up  too  much  room  hère,  but  we 
•may  remark  that  teyrnedd,  for  instance,  which  occurs  in  Mid.  Welsh  as 
'afem.  sing.  'Myv,  Arch.  692,  694  ,  is  in  later  Welsh  usually  treated 


1 18  Etymological  Scraps. 

as  the  plural  oîteyrn  and  that  tiredd  is  always  regarded  as  the  plural  of 
tir  'land',  while  its  Cornish  représentative  îireth  seems  to  hâve  remai- 
ned  singular  throughout.  This  reminds  one  strongly  of  0.  Bulgarian 
using,  for  instance,  the  féminine  bratija,  'brotherhood',  as  the  plural  of 
bratiî,  'brother'. 

13.  I.  Similarly  -ydd,  corresponding  to  the  termination  of  the  masc. 
'and  neut.)  of  the  Irish  ja  declension,  is  used  in  Mod.  Welsh  to  form 
quasi-plurals  such  as  heolydd,  'streets',  and  nentydd,  'brooks'. 

II.  Hère  also  belong  in  ail  probability  district-names  such  as  Meirio- 
nydd,  'Merionethshire',  Eifionydd,  'the  district  of  Eifion',  to  which  add 
Giraldus'  Elennyth  and  Mailerinylh  :  such  names  are  féminine  in  Mod, 
Welsh,  but  made  such  probabty  by  the  influence  of  words  like  gwlad, 
'country\  swydd,  'county',  ardai  and  cymmydogaeth,  'neighbourhood', 
which  ail  happen  to  be  féminine.  Compare  Italia,  Patavium,  etc. 

A  few  words  must  be  hère  said  on  the  plural  endings  of  nounsin  Mod. 
Welsh,  of  most  of  which  we  may  briefly  say,  that  they  are  not  plurals, 
but  abstract  nouns  singular  doing  duty  as  the  plurals  of  the  simpler  forms 
from  which  they  are  derived,  as  will  be  seen  at  once  :  — 

1 .  Edd  needs  no  further  notice. 

2.  Ydd  in  plurals  is  the  same  as  in  llawenydd,  'gladness',  from  llawen, 
'glad',  and  ymennydd  (=  inpen-],  'what  is  in  the  head  or  skull,  i.  e. 
the  brain'  O.Ir.  inchin  ,  Corn,  impinion,  Gr.  b(yi<fx\oq  —  the  requisitt 
proof  is  contained  in  such  words  as  ////,  'flood',  ar\AQwlan>,  'rain', 
making  the  plurals  Uifogydd  and  gwlawogydd  from  the  àl%ctives  llifoL 
and  gwlawog  respectively. 

3.  /  in  plurals  such  as  meini,  'stones',  seiri,  'carpenters',  is  identicai 
with  the  same  in  diogi,  'laziness',  from  diog,  'lazy',  and  tlodi,  'poverty'. 
from  tlawd,  'poor'. 

4.  Od  in  buchod,  'cows',  and  monachod'  'monks',  is  the  same  as  ir 
pennod,  'a  heading,  chapter',  from  pen,  'head',  and  cernod,  'a  striking 
on  the  cheek'  :  compare  -atiis  of  latin  forms  such  as  arhitraîus  and  magis- 
trâtus. 

5.  r^  in  ewythryd,  'uncles',  for  which  Pughe  gives  ewyîhredd,  whicl 
I  hâve  never  heard,  and  cefndryd,  'cousins',  is  the  affix  which  meets  U5 
in  such  words  as  mehyd,  'boyhood',  from  mah,  'boy,  son'  and  icchyd. 
'health',  from  iach,  'healthy'. 

6.  Ed  in  merched,  'girls'  is  no  other  than  the  ed  of  such  words  a! 
syched,  'thirst',  from  sych,  'dry'. 

7.  Mid.  Welsh  shows  other  similar  instances  which  we  cannot  herei 
discuss;  se  we  pass  by  on  and  jon  as  in  dynion,  'men',  as  being  proba-j| 


Supplementary  remarks  on  ilie  Luxembourg  folio.  1 19 

bly  adjectival  in  their  origin,  and  hasten  to  add,  that,  although  the  laws 
of  Welsli  phonology  do  not  countenance  our  looking  for  a  plural  termi- 
nation  represeniing  the  final  syllable  of  the  corresponding  Indo-Euro- 
pean  plural,  we  hâve  the  following  terminations  left  as  the  relies  of 
imparisyllabic  declensions  and  rightly  associated  with  the  plural  in  Welsh  : 
—  I.  Neuter  plurals  in  -ina  or-ana  are  found  a  few  times  in  O.  Welsh, 
e.  g.  emiein,  "^names'  from  enu,  'name',  0.  Ir.  anmann,  \z.\m  nomina ; 
cemmein,  'steps'  from  cam,  'a  step(in  walking'j  ;  ruimmein,  'bonds',  from 
.ruim  wrongly  treated,  I  think,  as  ruim  mein.  II,  0.  Welsh  ou,  later  eu, 
\now  au,  as  in  pethau,  'things',  probably  represents  -avas  of  Indo-Euro- 
pean  stems  in  u  :  compare  Skr,  sUnus,  'a  son',  nom.  pi.  sunavas,  Old 
Bulg.  synove.  III.  Oedd,  for  oidd  =  aid,  possibly  represents  Sanskrit 
-ayas  in  such  words  as  avayas,  the  nom.  pi.  of  avis,  'a  sheep'  :  this, 
'  however,  would  require  us  to  suppose -aya^to  hâve  become,  aijas,  -aidja, 
■aid,  etc. 

John  Rhys. 
June  18.  1873.  î^hyl  (North  Wales). 


SUPPLEMENTARY  REMARKS  ON  THE   LUXEMBOURG   FOLIO. 

With  respect  to  my  remarks  on  the  Lux.  Folio  in  the  last  number  of 
the  Revue,  I  beg  to  place  before  the  reader  the  following  corrections 
:  mostly  due  to  the  kindness  of  Mr.  Whitley  Stokes  :  — 
.'  P.  3^2.  Mr.  Stokes  hardlyapproves  ofmy  identifying-om  in  i/ouo-/H'/zwo;» 
I  with  -wm  in  degwm,  etc.  Probably  Professor  Evans  has  struck  the 

'         nail  on  the  head  in  regarding  it,  Arch.  Camb.  1872,  p.  309,  as  the 
ending  of  the  infmitive  of  the  â-  conjugation. 

IAs  to  drogn  and  drog  for  drong  I  am  now  inclined  to  think  we  hâve 
hère  a  loanword  from  A.   Sax.  throng  just  as  A.  Sax.  îhreaj  QÏves 
in  Welsh  drefa. 
P.  353.  Mr.  Stokes  compares  with  cri-  the  Irish  criathar  =  Lat.  crî- 

Ibrum  from  "crîfrum,  "crîthrum. 
He  objects  to  ro  prefixed  to  a  participle  and  suggests  that  rocredihat 
j         is  a  3rd  sg.  prêt,  passive  rendering  uigricatus  (^esf). 
I  P.  354.  Rhigyl  will  not,  1  fear,  do  to  explain  riglion  on  account  of  its 
j  still  retaining  its  g  :  some  other  way  of  elucidating  this  word  must 

be  found. 
s  P.  355.  Ewyn  =  Ir.  uan,  '  foam  '  (Stokes). 
J  The  comparison  with  avsg  is  to  be  struck  out,  as  Mr.  Stokes  points 


120  Supplementary  remarks  on  tlie  Luxembourg  folio. 

out  that  the  Irish  cotlud  =  'con-tolud,  the  simplex  of  which  he  finds 

in  the  Book  of  Leinster  (161.  b.    1)  as  a  3rd  pi.  to75(7er  glossed 

dachotlatar. 
P.  561.  With  bodin,  buiden  Ebel  compares  German  aufgebot  (Stokes). 
P .  362.  Nemawr  is  to  be  struck  out  as  it  is  nèmawr,  Cornish  nammur,  namur. 
P.  363.  Ar-ocrion  reminds  Mr.  Stokes  of  Ir.  âcher,  but  he  adds  that  the 

quantities  differ. 

He  suggests  also  that  buan  =:^Skr.  javana  from  'gvavana  :  it  reminds  i 

me  ralher  of  German  ge-bogen. 
P.  368.  Line  2  for  derived  read  borrowed. 

P.  571.  Mr.  Stokes  suggests  that  the  /  in  ascorinol  is  the  irrational  vowel. 
P.  373.  Mr.  Stokes  reads  imcobloenî  considering  the  character  above  the  • 

0  to  be  an  /  intended  as  a  correction,  which  it  may  well  be.  as  such 
corrections  do  occur  in  the  ms.:  imcobloenî  he  supports  by  référence 
to  immisline  in  the  Capella  Glosses. 

1  fear  my  attempt  to  explain  cobrovol  was  rather  ingenious  than 
convincing;  so  I  venture  another  conjecture:    Verbialia  may  bei 
regarded  as  équivalent  to  verbalia  :  compare  mundiano,  p.    351, 
line  6.  Further  cobrouol  is  a  derivative  from  cobrou  which  we  may. 
suppose  =  verbum  and  to  be  now  cyfreu.  But  Davies  thinks  cyfreu 
=  iirgyfrcu,  '  dowry.'    Pughe  gives   the  word  as  meaning  only 
<(  ornaments,  jewels  ;  »  but  in  the  following  quotation  which  he* 
gives  the  word  means  «  a  song,  strain.  »  — 

u  Cog  lafar  a  gân  gàn  ddydd 

Cyfrau  eichiawg  yn  noiydd.  »  — 
The  plural  cy/reuisu  occurs  in  the  lolo  Mss.  p.  262,  in  the  followinp 
triplet  where  its  meaning  can  hardly  be  very  différent  :  — 

«  Goruc  Gwron  gyfreuau 
A  threfn  lefn  ar  lef  odlau 
A  chyfawd  gorddawd  goreuau.  » 
This  will  be  found  translated  in  the  same  volume  in  the  follovvin| 
inimitable  style  :  —  «  The  Achievement  of  Gwron  was  the  devisina 
of  ornament,  and  polished  order,  for  poetic  compositions  ;  and  thj 
exalting  of  excelling  energy.  »  Hère  cyfreuau  may  mean  rhyme 
or  allitérations  :  should  it  be  co-brou,  cy-freu,  one  could  hardly 
wrong  in  referring  it  to  the  same  origin  as  Skr.  bravîmi,  '  I  speakj 
P.  37^.  I  should  hâve  said  that  pi  is  a  word  which  occurs  for  magpie. 
Possibly  merllyn  should  be  struck  out  as  équivalent  to  marw-llyn. 

J.  Rhys. 
Feb.  j.   1873. 


Sur  le  médaillon  de  M.  Soldi.  I2i 

SUR    LE   MÉDAILLON    DE    M.   SOLDI, 

ÉLÈVE  DE  ROME  , 
REPRÉSENTANT  LA  GAULE. 

M.  Soldi  a  envoyé  de  Rome,  en  1872,  un  médaillon  de  plâtre  repré- 
sentant la  Gaule  ;  c'est  une  espèce  de  cartouche  circulaire  posée  sur  une 
base,  dans  le  linteau  de  laquelle  l'artiste  a  inséré  le  mot  Gallia,  peut-être 
aurait-il  bien  fait  de  mettre  GallicC  et  de  représenter  un  être  triple  comme 
sur  les  médailles  du  Rêmes. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'image  est  fière  et  émouvante  ;  une  ceinture  de 
serpents  se  tordant  devant  la  face  ajoute  à  l'intérêt.  Mais  ce  qui  nous 
touche  surtout,  c'est  la  coiffure  symbolique  que  l'artiste  a  cru  devoir  lui 
donner  :  il  a  coiffé  sa  figure  de  l'effigie  d'un  coq  en  colère.  Rien  n'y 
manque,  l'animal  crie  le  bec  ouvert ,  une  énorme  crête  charge  sa  tête 
expressive;  ses  ailes  sont  élevées,  et  sa  queue  forme  le  panache  du 
casque.  Il  semble  vouloir  combattre  les  serpents  qui  l'enserrent. 

Or,  cette  représentation  parait  inspirée,  en  supposant  M.  Soldi  au 
courant  de  la  science  numismatique,  par  la  médaille  du  musée  de  Rouen 
que  nous  avons  figurée,  il  y  a  deux  ans,  dans  notre  prospectus  de  ['Art 
Gaulois,  r  partie,  et  que  nous  venons  d'éditer  avec  glose,  page  42, 
2«  col.,  de  cet  ouvrage  ;  M.  Soldi  lui  aurait  pris  la  figure  sur  la  panse  et 
le  serpent.  Mais  nous  avons  fait  ressortir  suffisamment,  croyons-nous, 
le  point  de  départ  éminemment  satirique  de  cette  représentation,  pour 
que  nous  ne  puissions  garder  le  silence  aujourd'hui  sur  la  représentation  de 
M.  Soldi.  Il  nous  a  paru  que  cette  représentation  du  coq  emblématique, 
la  plus  ancienne  assurément  qui  existe,  était  le  fait  d'un  ennemi  de  la 
Gaule  plutôt  que  l'expression  spontanée  et  sérieuse  du  sentiment  national. 
Gallus  caniat,  disaient  les  Romains,  et  c'étaient  eux  sans  doute,  ou  des 
Gaulois  vendus  à  Rome,  qui  prenaient  l'initiative  de  ces  représentations 
hybrides,  traitées  avec  un  caractère  amoindri,  et  offrant  au  revers  la 
déesse  Rome  triomphante;  ajoutons  que  le  moyen-âge  a  continué,  comme 
nous  l'avons  démontré,  à  traiter  le  coq  assez  sévèrement. 

Il  serait  donc  à  désirer  que  les  artistes  de  l'école  de  Rome,  avant 
d'adopter  des  emblèmes,  étudiassent  à  fond  la  matière  et  ne  s'exposassent 
pas  à  propager  des  types  qui  n'ont  pas  la  sanction  de  la  science,  quel- 
qu'anciens  qu'ils  puissent  être.  Le  sanglier  aurait  bien  plus  de  droit  que 
le  coq  à  représenter  la  Gaule,  car  c'est  lui  qu'on  mettait  en  guise  d'en- 
seigne, au  haut  des  étendards,  pendant  les  guerres  de  l'indépendance. 

E.   HUCHER. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Ethnogénie  Gauloise;  les  Cimmériens ,  par  Roget,  baron  de 
Belloguet;  ouvrage  posthume  publié  par  les  soins  de  MM.  Alfred 
Maury  et  Henri  Gaidoz.  Paris,  Maisonneuve,  1873,  xii-i  19  p.  in-S". 
—  Prix  :  3  fr.  ^0. 

Voici  comment,  dans  un  Avis  au  lecteur,  M.  Gaidoz  s'exprime  sur  celte 
oeuvre  posthume  de  M.  de  Belloguet,  suite  et  complément  des  trois 
volumes  déjà  parus  de  son  Ethnogénie  (cf.  Rev.  Celt.,  I,  p.  457  et  494)  : 
«  Ces  fragments  relatifs  aux  Cimmériens  sont  les  seuls  qu'on  ait  trouvés 
dans  les  papiers  de  M.  de  B.  sinon  achevés,  du  moins  rédigés.  Ils 
auraient  certainement  gagné  à  être  imprimés  sous  les  yeux  mêmes  de 
leur  auteur,  qui  ne  les  avait  pas  soumis  à  une  dernière  et  définitive  révi- 
sion. Pourtant  les  personnes  auxquelles  par  ses  dernières  volontés  M.  de 
B.  remettait  le  sort  des  travaux  qu'il  laissait  en  manuscrit,  ont  pensé  que 
ces  essais  inachevés  non-seulement  méritaient  de  voir  le  jour,  mais 
étaient  encore  une  importante  contribution  à  l'étude  de  ces  difficiles  pro- 
blèmes. La  question  cimmérienne,  célèbre  par  ses  obscurités,  est  loin 
d'avoir  été  résolue,  et  les  recherches  sagaces  de  M.  de  B.  jettent  sur 
elle  un  jour  nouveau.  La  question  de  la  nationalité  des  Cimbres,  à  peu 
près  réglée  dans  l'opinion  de  la  science  allemande,  ne  l'est  pas  encore 
chez  nous  où  l'on  persiste  à  leur  attribuer  une  origine  celtique  en  s'ap- 
puyant  de  l'autorité  de  MM.  Amédée  Thierry  et  Henri  Martin.  La  dis- 
cussion ingénieuse  et  solide  où  M.  de  B.  rattache  les  Cimbres  aux 
Germains  garde  donc  toute  sa  valeur.  —  La  seule  critique  que  nous  nous 
permettrons  d'adresser  à  cette  œuvre  posthume  de  M.  de  B.,  est  qu'il  ne 
s'est  pas  préoccupé,  dans  ses  rapprochements  étymologiques,  de  recons- 
truire la  forme  ancienne  des  mots  néo-celtiques  qu'il  cite,  et  que  souvent 
cette  forme  proteste  contre  ses  rapprochements.  Mais  ce  sont  là  des 
taches  légères  dans  une  œuvre  d'ordre  essentiellement  historique  '.  » 

1.  En  même  temps,  publié  par  les  soins  pieux  de  la  veuve  dévouée  de  M.  de  Belloguet, 
paraissait  un  volume  contenant  les  œuvres  littéraires  de  la  jeunesse  de  M.  de  B.,  Mélanges 


Bibliographie.  12} 

Épigraphie  gallo-romaine  de  la  Moselle,  Étude  par  P.  Charles 
Robert,  membre  de  l'Institut.  F" partie,  Monuments  élevés  aux  Dieux, 
Paris,  Didier.  1873,  ''^"4'^'j  viii-96  pages  et  cinq  planches.  —  Prix  : 
.^fr. 

Ce  que  ce  mémoire  contient  de  plus  intéressant  au  point  de  vue  des 
études  celtiques,  c'est  ce  qui  concerne  le  dieu  Mercure  (Hermès)  et  la 
déesse  Rosmerta.  Mercure  était,  d'après  César,  la  divinité  suprême  des 
Gaulois.  Dans  une  des  inscriptions  publiées  par  M.  Robert,  le  nom  de  ce 
dieu  est  suivi  de  l'épithète  Visucius,  en  qui,  d'après  une  hypothèse  un 
peu  hardie  de  M.  K.  Christ,  on  devrait  reconnaître  le  nom  du  dieu  topi- 
que de  Besançon,  mais  qui  pourrait  être  simplement  dérivé  au  moyen 
du  suffixe  cio-  d'un  thème  gaulois  visu-  identique  au  latin  visu==vid-tu. 
Ce  thème  se  trouve  en  vieil  irlandais  dans  le  substantif  ^U5  =  vissa-  = 
vista-  =  vidtu-  «  science  »  (Gr.  C.  2,  787).  Visu-cius  pourrait  donc 
signifier  «  le  voyant  »  «  le  savant  »  et  ainsi  être  un  synonyme  à'Ogmius 
(Gr.  C.2,  p.  1-2)  nom  du  dieu  de  l'élcquencechezlesGaulois, comme  Hermès 
en  Grèce.  Rosmerta,  nom  d'une  déesse  associée  à  Mercure  par  plusieurs 
monuments,  parait  être  un  participe  passé  composé  avec  la  particule  aug- 
mentative  ro  (Gr.  C.  ^  p.  46,  860,  864,  895,  cf.  p.  67);  la  racine  est 
SMAR  qui  se  trouve  sous  la  forme  smer  dans  le  nom  d'un  peuple  de  Bre- 
tagne ZiJ.içi-y.'.  (Ptolémée),  dans  le  nom  propre  Smertulitaniis  d'un  habi- 
tant de  Nantes,  conservé  par  une  inscription  latine  (Orelli,  188)  et  qui 
parait  composé  de  deux  termes  Smertu-Htanos,  le  second  signifiant  large. 
La  racine  indo-européenne  smar  signifie  «  penser,  «  et,  suivant  la  date 
de  l'objet,  suivant  qu'il  fait  éprouver  de  l'attrait  ou  de  la  répulsion,  «  se 
souvenirs  «  aimer»  «  être  soucieux  »,  etc.  En  sanscrit  smrta-  veut 
dire  «  aimé  »  ,  on  connaît  le  sens  du  grec  \jAp'.[jMx,  du  latin  memoria  ;  le 
cornique-armoricain  mar  veut  dire  «  doute,  hésitation  » ,  l'irlandais 
smuairean  «  chagrin,  abattement  ».  Les  bas-reliefs  qui  représentent 
Mercure  et  Rosmerta  semblent  figurer  une  mythe  solaire.  Le  dieu  appelé 
Mercure  (nom  latin  employé  au  lieu  d'un  nom  gaulois  que  nous  igno- 
rons), serait  comme  l'Hermès  grec  une  personnification  du  soleil  (ou 
plus  rigoureusement  de  l'aurore  qui  précède  et  annonce  le  soleil).  Ros- 

de  littérature,  prose  et  vers,  par  Roget,  baron  de  Belloguet,  1814-1835.  Paris,  imp.  Claye 
(tiré  à  100  e.x.  pour  être  offert  aux  amis  de  M.  de  B.).  Ce  sont:  une  étude  du  génie  poé- 
tique, une  tragédie  intitulée  Arminius,  et  des  poésies  diverses.  On  y  trouve  un  esprit  lettré, 
généreux,  et  qu'un  goût  très-vif  pour  la  poésie  des  grandes  scènes  d'histoire  devait  ame- 
ner à  la  science  historique.  La  tragédie  d'Arminius  où  M.  de  B.,  malgré  la  chronologie, 
faisait  figurer  Civilis,  et,  malgré  l'histoire,  transformait  ce  dernier  en  fils  de  Vercingé- 
torix,  montre  que  l'antiquité  gauloise  avait  de  bonne  heure  saisi  son  imagination  et 
attaché  son  esprit. 


1 24  Bibliographie. 

mena  serait  la  terre  fécondée  par  ses  rayons.  Ce  nom  de  Ros- 
merta  voudrait  dire  «  la  bien  aimée  »,  soit  dans  le  sens  d'épouse  du 
dieu,  soit  dans  le  sens  de  mère  des  hommes  ;  cette  déesse  a  en  effet  dans 
certains  monuments  un  autre  nom  :  maia,  synonyme  de  mater.  Le 
mémoire  de  M.  Robert  me  semble  présenter  un  intérêt  de  premier  ordre 
pour  les  savants  qui  étudient  la  mythologie  gauloise.  — Il  est  accompagné 
de  planches  admirablement  exécutées. 

H.    D'A.    DE  J. 

Die  Keltischen  Namen  der  rœmischen  Inschrifsteine  Kserntens. 

von  D'-  Friedrich   Pichler,  68  p.  in-S",  Klagenfurt  (Separatabdruck 
aus  dem  «  Archiv  des  historischen  Vereines  ;>  XII). 

Les  inscriptions  latines  trouvées  en  Carinthie  contiennent  à  côté  de 
noms  romains  un  grand  nombre  de  noms  étrangers  au  latin,  et  tantôt 
identiques,  tantôt  analogues  par  leurs  termes  de  composition  aux  noms 
de  la  Gaule,  qui  témoignent  ainsi,  jusqu'au  temps  de  la  romanisation,  de 
l'ancienne  nationalité  des  habitants  du  pays.  Un  savant  de  la  Carinthie, 
M.  Fr.  Pichler,  qui  s'était  déjà  occupé  de  l'épigraphie  de  sa  province 
natale  dans  des  travaux  que  nous  regrettons  de  n'avoir  pas  sous  les  yeux, 
a  réuni  ces  noms  et  il  les  publie  en  forme  de  glossaire.  Après  chaque 
nom,  placé  à  sa  place  alphabétique,  l'auteur  indique  la  provenance 
de  l'inscription,  et  des  ouvrages  d'épigraphie  qui  en  traitent.  Le 
commentaire  est  purement  archéologique  et  bibliographique  :  M.  P. 
n'a  pas  cherché  à  expliquer  ces  noms  et  il  n'a  qu'effleuré  le  domaine 
linguistique.  N'étant  pas  linguiste,  ne  connaissant  même  pas  de  nom, 
semble-t-il,  la  Grammatica  Celtica  de  Zeuss,  il  a  eu  la  fâcheuse  idée  de 
vouloir  donner  ces  noms  sous  la  vraie  forme  celtique,  et  ne  pensant  pas 
que  l'ancien  celtique  pût  avoir  une  flexion  comme  le  latin,  il  a  cru  arri- 
ver à  son  but  en  supprimant  seulement  les  désinences  latines  et  en  écri- 
vant par  exemple  Redsomar,  Counert,  Aîegnat,  Atebodu,  Vercombog,  etc. 
C'est  là  un  procédé  que  la  critique  ne  peut  approuver,  mais  comme  le 
commentaire  donne  pour  chaque  nom  la  forme  sous  laquelle  ce  nom 
figure  dans  les  inscriptions,  ce  faux  système  de  restitution  n'enlève  pas 
au  travail  de  M.  Pichler  son  mérite,  celui  de  présenter  dans  un  catalogue 
facile  à  consulter  les  noms  celtiques  ou  censés  tels  qui  se  rencontrent 
dans  les  inscriptions  latines  de  la  Carinthie. 

H.  G. 


Visione  di  Tugdalo,  volgarizzata  nel  secolo  XIV,  ed  ora  per  la  prima 
volta  posta  in  lucedaFrancescoCoRAZziNi.  Bologna,  Romagnoli,  1872, 


Bibliographie.  1 2  5 

XC-133   p.  in-i6,  plus   6  pages  pour  la  table  et  les  errata;  tiré  à 
202  exemplaires  numérotés.  —  Prix  :  7  lire. 

Tandis  que  reste  inédite  la  version  irlandaise  de  la  Vision  de  fondai 
qui  se  trouve  dans  le  ms.  H.  3,  18  du  Collège  de  la  Trinité  à  Dublin, 
on  publie  sur  le  continent  les  versions  en  langue  latine  ou  en  langues 
vulgaires.  En  1869,  M.  Schade  publiait  à  Halle  la  version  latine  (Visio 
Tnugdali  [sic],  éd.  Oscar  Schade,  Halis  Saxonum^  ;  en  1870,  M.  Giu- 
liari  en  publiait  une  version  italienne  d'après  un  texte  assez  corrompu 
d'un  manuscrit  de  Vérone  (//  libro  di  Theodolo,  0  vero  la  visione  di  Tantolo 

da  un  cod.  del  XIV  sec per  Mr.  Giuliari,  Bologna,  Romagnoli,;  et  ces 

deux  publications  donnaient  lieu  à  un  travail  critique  du  savant  M.  Mus- 
safia  de  Vienne  (Sulla  Visione  di  Tundalo,  appunti  di  Ad.  Mussafia,  dans 
les  comptes-rendus  de  l'Académie  de  Vienne,  vol.  LXVII,  p.  157  et 
suiv.  :  a  été  tiré  à  part  en  brochure),  travail  dans  lequel  l'auteur  passe 
en  revue  les  versions  de  ce  récit  qui  existent  en  diverses  langues,  latine, 
allemande,  hollandaise,  anglaise,  suédoise^,  irlandaise,  espagnole,  pro- 
vençale, française,  italienne.  Il  n'y  manquait  que  la  mention  d'une  ver- 
sion serbe  qui  a  été  publiée  récemment  et  l'indication  de  la  version 
irlandaise.  M.  Corazzini  publie  aujourd'hui  à  Bologne  (dans  la  collection 
de  curiosités  littéraires  de  l'ancienne  littérature  italienne  que  publie 
M.  Romagnoli),  une  version  italienne  qui  date  des  premières  années  du 
xiv^  siècle,  et  qui  est,  nous  dit-il,  remarquable  par  la  pureté  de  la  langue. 

Ce  volume,  qui  est  imprimé  avec  le  soin  et  le  luxe  qui  caractérisent  les 
publications  de  M.  Romagnoli,  contient,  avec  le  texte  et  les  variantes  des 
autres  éditions  italiennes,  un  commentaire  philologique  (qui  n'intéresse 
que  les  italianisants),  et  une  longue  introduction  où  M.  C.  résume  les 
recherches  de  M.  Mussafia  sur  les  versions  en  langue  latine  et  en  langues 
vulgaires,  et  compare  les  diverses  versions  italiennes. 

Il  faut,  aux  renseignements  qu'il  donne,  ajouter  la  mention  d'une  ver- 
sion serbo-croate  de  la  légende  de  Tondal  que  nous  signale  notre  savant 
ami,  M.  Louis  Léger.  Elle  vient  d'être  publiée  par  M.  G.  Danicic,  dans 
un  volume  d'anciens  textes  (^Starine) ,  édité  par  l'Académie  des  Slaves 
méridionaux  d'Agram.  M.  Danicic  l'a  découverte  dans  le  ms.  n°  324  de 
la  bibliothèque  de  l'Académie  d'Agram,  ms.  qui  date  du  xvi^  siècle.  Le 
fragment  relatif  à  Tondal  présente  deux  lacunes,  au  commencement  et  à 
la  fin.  Il  occupe  les  pages  109-1 18  du  volume  intitulé  Sîarine,  sous  le 
titre  de  Vidinja  Tondalova  «  vision  de  Tondal.  »  M.  Léger  a  collationné 
le  texte  serbo-croate  avec  le  texte  latin  de  M.  Schade  et  le  texte  italien 
de  M.  Corazzini,  et  nous  apprend  que  le  texte  slave  est  considérablement 
abrégé. 


1 26  Bibliographie. 

Il  reste  à  publier  la  version  irlandaise  et  à  savoir  si  le  texte  original 
est  l'irlandais  ou  le  latin.  L'enquête  est  ouverte  :  les  savants  de  Dublin 
tiendront  sans  doute  à  honneur  de  la  terminer. 

H.  G. 

LiTTRÉ  :  Dictionnaire  de  la  Langue  française.  Paris,  Hachette, 
2  vol.  grand  in-4°,  1 863-1 872,  Lix-2080;  2628  pages.  —  Prix: 
100  fr. 

Brachet  :  Dictionnaire   étymologique    de  la   langue    française, 

Paris,  Hetzel.  i  vol.  in-12,  cvii  et  560  pages.  —  Prix  :  8  fr. 

La  publication  de  ces  deux  Dictionnaires  en  même  temps  que  celle  de 
tant  de  travaux  si  remarquables  dus  à  MM.  G.  Paris  et  P.  Meyer  paraît 
ouvrir  une  ère  nouvelle  et  marquer  le  commencement  d'une  période  vrai- 
ment scientifique  dans  les  études  philologiques  en  France.  Le  livre  de 
M.  Littré  et  celui  de  M.  Brachet  se  distinguent  chacun  par  un  mérite 
différent.  Le  grand  ouvrage  de  M.  Littré  donne  pour  chaque  mot  un 
recueil  de  textes  rassemblés  par  l'auteur  et  qui  nous  fait  connaître  la 
succession  historique  des  différentes  formes  revêtues  par  ce  mot  et  les 
diverses  significations  qu'il  a  prises  depuis  l'origine  de  la  langue  fran- 
çaise. Ce  qui  fait  le  prix  du  volume  de  M.  Brachet  et  en  même  temps 
son  originalité,  c'est  que  pour  tous  les  mots  venus  du  latin,  il  indique 
en  vertu  de  quelles  lois  phoniques  la  forme  française  s'est  substituée  à 
la  forme  usitée  dans  la  langue  mère. 

Le  côté  faible  de  ces  deux  ouvrages  nous  semble  se  montrer  dans  les 
étymologies  germaniques  et  celtiques_,  dues  la  plupart  à  M.  Diez.  Les 
mots  français  d'origine  germanique  sont,  pour  le  plus  grand  nombre, 
empruntés  à  la  langue  franque,  et  non  à  d'autres  dialectes  germaniques, 
tels  que  le  haut  allemand,  l'anglo-saxon  ;  les  caractères  phoniques  spé- 
ciaux à  la  langue  franque  se  reconnaissent  la  plupart  du  temps  dans  les 
mots  français  d'origine  germanique.  Ainsi,  le  français  bouter  ne  peut 
venir  du  moyen  haut  allemand  bozen  '  qui  a  subi  la  seconde  substitution 
de  la  dentale  ;  il  vient  d'un  mot  franc  "bauîan  et  par  contraction  'boîan 
qui  avait  échappé  à  cette  substitution,  comme  le  vieux  Scandinave  bauîa 
et  l'anglo-saxon  beàtan  dont  Vcâ  =  au.  Quant  à  la  voyelle,  on  peut 
comparer  le  thème  franc  Audo-,  Odo-,  d'où  le  français  Oudin  =  Audi- 
nus,  Ouen  =  Audocnus.  «Brandon»  est  dérivé,  non  pas  de  l'ancien  haut 
allemand  branî  «  tison  »  -,   mais  du   franc  brand,  dont  l'existence  est 

1.  Diez,  Wcerterbuch  %  t.  I'''',  p.  79  ;  cf.  Brachet,  p.   100;  Littré,  t.  1,  p.  401. 

2.  Diez,  Vœrterbuch  *,  t.  1",  p.  8  ;  cf.  Brachet,  p.  loi  ;  M.  Littré,  p.  407,  propose 
l'allemand  moderne  brand,  origine  étrange  pour  un  mot  français  qui  existait  déjà  au 
xiii=  siècle. 


Bibliographie.  1 27 

prouvée  par  le  nom  propre  mérovingien  Childe-brandus.  «Guetter»  n'est 
pas  tiré  du  verbe  vieux  haut  allemand  vahlan  ' ,  mais  du  substantif  franc 
vacta  que  nous  ont  conservé  plusieurs  textes  carlovingiens.  «Hameau» 
n'est  pas  dérivé  du  gothique  haims,  ni  de  l'allemand /ze/m^  :  —  les  lois  du 
vocahsme  s'y  opposent,  —  ni  de  l'anglo-saxon  ham  :  —  les  Anglo-Saxons 
n'ont  pas  colonisé  la  France.  —  C'est  un  diminutif  du  franc  hâm.  Grimm 
a  établi  que  dans  la  langue  franque  â  comme  ê  vaut  ai  gothique,  ei  alle- 
mand (Geschicbte  der  deuîschen  Sprache,  ^^  édition,  p.  376)  :  ainsi  dans 
la  langue  franque  hâm  était  l'équivalent  régulier  du  gothique  haims  et  de 
l'allemand  heim  ;  et  ce  mot  franc  n'est  pas  hypothétique  :  il  nous  est 
conservé  dans  le  composé  ham-êdius  ?  «  conjurateur  »  littéralement 
jureur  du  village.  » 

Passons  aux  mots  d'origine  celtique.  «Bièvre  »  ne  peut  venir  du  latin 
fiber  «  castor.  »  Les  lois  du  consonantisme  et  du  vocalisme  s'y  opposent 
également.  Quant  au  substantif  beber  d'où  l'on  suppose  dérivé  l'adjectif 
bebrinus,  il  ne  peut  être  latin,  puisqu'il  nous  donne  l'exemple  inouï  en 
latin  d'un  b  initial  tenant  lieu  d'/(Schleicher,  Compendium^,  p.  249-250). 
L'unique  passage  du  scholiaste  de  Juvénalcité  par  Diez,  Grammatik  ^,  t. 
I,  p.  9,  ne  suffit  pas  pour  établir  que  Vad]ecl\ï  bebrinus  appartienne  réelle- 
ment à  la  langue  latine.  La  forme  latine  de  cet  adjectif  nous  est  donnée 
par  le  nom  de  rivière  Fibrênus  (Cic,  de  leg.,  II,  i,  3  ;  Silius,  VIII,  400) 
et  par  un  passage  de  Pline  l'Ancien,  qui  écni  fibrinus  (XXXU ,  9).  Bebri- 
nus, beber  soT\l  des  mots  gaulois  (^Gr.  C.^,  p.  37;  cf.  Corssen,  Beiîr., 
p.  228,  Aussprache  ^,  t.  I,  p.  14$,  16 ij.  Le  sanscrit  babhrus  pour  bha- 
brus  nous  fait  connaître  la  voyelle  primitive  de  la  première  syllabe  qui, 
en  gaulois,  avait  fléchi  en  e  dans  beber  et  dans  son  dérivé  Bebronna,  en  / 
dans  les  dérivés  Bibrax  et  Bibracte.  La  conséquence  de  tout  ceci  est  que 
le  français  «  bièvre  »  ne  vient  pas  du  latin  comme  le  suppose  M.  Brachet. 
Le  tirer  du  breton  befer  comme  le  fait  M.  Littré  est  encore  inexact. 
Befer  est,  comme  «  bièvre  »,  une  forme  moderne  du  gaulois  beber. 

Suivant  MM.  Littré  et  Brachet,  le  français  archaïque  «  boule  »,  nom 
d'arbre,  d'où  «  bouleau  »  viendrait  du  latin  bétula^^.  Mais  Vé  de  la  pre- 


1.  Diez,  Wœrterbuch-,   t.  I",  p.  233,  cf.  Brachet,  p.  273;  Littré,  t.  I"',  p.  195  s- 

2.  Diez,  Wœrterbuch-,  t.  II,  p.  327,  Brachet,  p.  276.  M.  Littré  cite  en  outre  un  mot 
haut-allemand  cham,  qui  est  imaginaire,  et  qui,  s'il  existait,  aurait  pour  correspondant 
français  un  mot  commençant  par  ch. 

3.  Diplôme  de  679-680.  Tardif,  Monuments  historiques,  p.  18,  coL  2.  Je  dois  recon- 
naître que  Grimm,  Grammatik -,  t.  II,  p.  752,  donne  de  la  première  partie  de  ce  mot 
une  explication  différente,  mais  cela  ne  change  rien  au  principe  phonique  qui  fait  la  base 
de  ma  critique. 

4.  Littré,  t.  !"■,  p.  389  ;  Brachet,  p.  98  :  cf.  Diez,  Wœrterbuch  2,  p.  63,  qui  admet  la 
possibilité  de  l'étymologie  celtique. 


1 28  Bibliographie.  ! 

mière  syllabe  du  mot  latin  ne  peut,  comme  ces  savants  le  supposent, 
donner  ou  en  français.  «  Boule  »  vient  de  betûlla,  forme  gauloise  que 
nous  fournit  l'Histoire  naturelle  de  Pline  traduite  avec  tant  de  compétence 
par  M.  Littré.  Voici  le  passage  de  Pline  :  Gaudet  frigidis  sorbus  et  magis 
etiam  betulla.  Gallica  h<zc  arbor  mirarili  candore  atque  tenuitate  (XVI,  30). 
M.  Littré  a  rendu  ce  passage  comme  il  suit  :  «  Le  bouleau  est  un  arbre 
»  de  la  Gaule  très-blanc  et  très-élancé.  »  (T.  I,  p.  579).  M.  Roget  de 
Belloguet  a  inséré  ce  nom  dans  son  glossaire  gaulois.,  r*"  édition,  p.  148; 
2' édition,  p.  197;  mais  il  n'en  a  pas  conservé  l'orthographe  celtique; 
or  cette  orthographe  que  caractérise  un  suffixe  très-fréquent  dans  la 
langue  de  nos  ayeux,  -lla^  -llo  au  lieu  du  latin  -la,  -lo  (Gr.  C.^,  p.  767  , 
est  indispensable  pour  expliquer  le  mot  français  «  boule  »  pour  'bedoulh 
=  betûlla,  comme  «  maille  »  pour  médaille  (de  metallea;.  Betulla  est 
dérivé  d'un  thème  betu  qui  explique  aussi  les  diverses  formes  bretonnes  : 
en  gallois  bedu,  bedwen,  en  comique  bedeven,  en  armoricain  bezo,  bezven. 
Le  vieil  irlandais  bethe  se  dit  même  probablement  pour  betu-ia  (cf.  Gr. 
C.^,  p.  1077  . 

Sur  «  changer,  »  dérivé  du  bas-latin  cambiare',  il  pourrait  être  c 
propos  de  dire  que,  suivant  le  glossaire  gaulois,  publié  par  Endlicher, 
cambiare  est  un  verbe  gaulois,  et  que  cette  assertion  du  glossateur  inconni 
paraît  justifiée  par  le  verbe  breton  armoricain  kemma  =  cambiam. 

MM.  Littré  et  Brachet  s'accordent  avec  M.  Diez  pour  considérer  h 
français  «  balai  »  comme  identique  à  l'armoricain  balan.  Mais  il  serai 
bon  d'avertir  que  balan  est  une  forme  moderne  employée  pour  banazl 
en  moyen  gallois  banadil,  qui  permet  de  supposer  un  primitif  "banadilla 
On  devrait  s'assurer  si  le  mot  français  n'est  pas  antérieur  à  l'introductioi 
de  la  forme  balan  dans  le  breton  armoricain  ^. 

Nous  concluons  que  si,  grâce  aux  travaux  de  MM.  Littré  et  Brachet  e 
de  toute  une  école,  dont  ils  sont,  le  premier  surtout,  d'éminents  repré 
sentants,  d'immenses  progrès  ont  été  faits  dans  la  connaissance  étymolo 
gique  des  mots  français  d'origine  latine,  les  mots  français  d'origim 
germanique  et  celtique  n'ont  pas  encore  été  jusqu'ici  étudiés  avec  autan 
d'exactitude  et  de  précision,  et  qu'un  certain  travail  est  encore  indispen 
sable  pour  élever  cette  partie  très-secondaire  et  peu  importante,  mai 
enfin  cette  partie  du  vocabulaire  français,  au  niveau  scientifique  attein 
de  nos  jours,  par  la  première  et  la  plus  considérable  catégorie  des  mot 
dont  MM.  Littré  et  Brachet  ont  écrit  l'histoire. 

Ajoutons  que  l'étude  des  mots  d'origine  latine  en  breton  peut  quel 

1.  Littré,  t.  I"'',  p.   5(1  ;  Brachet,  p.  124;  cf.  Diez,  Wœrterbuch^,  t.  I"',  p.  102. 

2.  Littré,  t.  1"',  p.  285  ;  Brachet,  p.  8,  cf.  Diez,  Wartcrbuch  ^ .  t.  II,  p.  208. 


67 


u'r  gair  a  ganlhyno,  mal  yn  le  ai  i  yr 
ulad  ?  à  i'r  ylad,  tros,  o  ymadrod,  o'- 
madrod,  yeithi'  ai  lau,  uyth  a  louiai, 
tros  yeithiau;  blaid  ag  oen  ble'  da  gya 
nur  tros  bley  da  :  a  phob  amser  e  doedir 
y  dau  air  yn  vn,  megis  pe  baent  vn 
gair  mae'n,  tros  mae  yn,  taro'r  gyr, 
tros  tara  y  gur.  Mo.  Paru  ydydys  yn 
aeuidio  y,  yn'r,  meyn  manoed  o'r  fatli 
yma,  yy'r  peth,  mae' r  gyr,  tros  yy  y  pe- 
th,  mae  y  gyr.  Gr.  I  ochel  'drygsain, 
canys  anuedaid  a  diflas  fyd  lafar  ci- 
maint  0  fogeiliaid  ynghyd.  Amhynny  e 
dynnuyd.  y,  rhagyas  yr  heny,  ymaith, 
ag  fal  y  gelid  gyybod  y  dylai  ef  fod 
yno,  e  dodyyd  r,  le  dy lassai  ef  fod,  a 
pha  bryd  bynnag  yr  scythrir  y,  rhagy- 
as yr  heny,  e  rodir  r,  yn  i  le.  Mo.  Pes 
sayl  mod  yr  scrifénir  y  rhagyas  yma  ? 
Gr.  nail  ai  y,  yr,  ne'r,  pan  del  cyssain 
I      ij        yn 


129 

l'histoire 

in  juzev, 

'évus,  ou 

vient  le 

en  i  et 

('angue; 

Vae  de 

5rachet 


Ballads       /  ''^^-z  '» 

rt  books;        ^ 

d  of  their   0«t4A<'t-*»  ,  ^ 


Arranged 
London, 

e,  ou  de 
iighlands 
lus  utiles 

"ontenté 
Icosse  ; 


iitions,  Ù4*^U^Ï**i^ 

.s  de  la  ^'  ^i  y,^j^ 

a  critique  t^'^jp^^^"-'^'^] 

éjugés.  Il  ^  ^^f^^  ^ 

mêle  aux  ^^.^t^^iL 

.ères  illu-  ^ 
lu  Barzaz 


.ampbell 

ses  nou- 

.  par  lui,  il 

suivre  avec 


%*"^U^t- 


^c  voiu...^  C-.  .         -acu  uc  ...dtenaux-pout  in .c  de  la  poésie 

ossianique  en  Ecosse  et  subsidiairement  pour  l'étude  de  l'authenticité  de 
l'Ossian  de  M.  Pherson.  Il  comprend  toutes  les  sources  écossaises  con- 
nues, imprimés,  manuscrits,  ballades  recueillies  oralement  par  M.  C.  et 
autres  collecteurs,  et  ne  laisse  en  dehors  que  les  poèmes  ossianiques  de 


mière  syl' 
donner  ou 
nous  fourr 
par  M.  Lii 
etiam  betidl 
M.  Littré 
->  de  la  G? 
Belloguet 
2'  édition, 
or  cette  oi 
langue  de  i 
est  indispe 
=  beti'illa, 
dérivé  d'ur 
en  gallois  b 
Le  vieil  irh 
C.^p.  107 

Sur  «  cl 
propos  de  i 
cambiare  est 
paraît  justif 

MM.  Lit 
français  <(  b 
bon  d'averti 
en  moyen  g 
On  devrait  , 
de  la  forme 

Nous  COI 
de  toute  un( 
sentants,  d' 
gique  des 
germanique 
d'exactitude 
sable  pour 
enfin  cette  p 
de  nos  jours,  pai 
dont  MM.  Littré 
Ajoutons  que  ' 

1.  Littré,  t.  l"',  p. 

2.  Littré,  t.  l''-,  p. 


68 


ynnessaf  oi  flaen  ef  ag  ynnessaf  ar  i  ol. 
hefyd.  y,  a'  scrifennir,  mal  doeth  y  gyr, 
os  cyssain  a  dau  o'r  blaen,  a  bogail  ne 
diphd  ar  yr  ol,  yr,  a  gyfleir;  mal  gyas. 
yr  ardyr,  ne  pan  del  gair  yn  dechrau 
ag  st,  se,  ne,  sp,  ar  i  ol,  mal  yr  staluyn,  yr 
scyphthr,  yr  spodol.  eîto  rhai  a  ryd  y  yn- 
nechrau'r  cyfriu  eirlau,  mal  yr  ysîa- 
lyyn.  Ond  os  bogail  a  fyd  0  flaen  ag  0  ol 
i'r  rhagyas,  ne  oi  flaen  yn  vnig,  îeccaf 
oed  scrifennu'  r'r,  mal  da'r  gur,  plu'r 
adar.  Cyrn  yr  scyîhrnod  bob  amser  eL\ 
fyd  tu  ag  at  y  gair  a  golod  i  fogail, 
mal  ued'  imi  dyfod,  guae'r  neb  ai  gye-> 
lai.  Mo.  Digon  yu  hyn  am  yr  scythr-^ 
nod;  beth  yu'r  didolnod  sy'n  ol.  Gr-| 
Didolnod  a  scrifennir  uych  ben  dy) 
fogail  falhyn,  ai,  i  dangos  na  chyme- 
rir  mor  bogeiliaid  hynny  ynghyd  me-* 
gis  vn  diphdong  ond  bod  yn  i  didoli 
nhuy 


la  première  et  la  pius  consjunuuic  caiegone  des  mo^ 
et  Brachet  ont  écrit  l'histoire, 
l'étude  des  mots  d'origine  latine  en  breton  peut  quel 

SSi  ;  Brachet,  p.  124;  cf.  Diez,  Wœrterbuch-\  t.  r',  p.  10 
285  ;  Brachet,  p.  8,  cf.  Diez,  Wœrterbiich  ^ ,  t.  Il,  p.  208. 


69 


nhyy  i  yneuîhur  dyy  silaf,  mal  prïo- 
das,  cyrchfau.  Mo.  Mi  a  uelaf  beth 
yy  gyahaniadau  *madrod,  mae  syd  an 
genrhaid  i  yybod  ynghylch  y  phu- 
grau. 

Phugrau      iaynscrifennyd'mth      a      de- 
screifiad  pob  vn  honynt.  Cap.  8. 

Gr.  Yn  gyntaf,  beth  y  y  phugr,  yedi  hyn 
ny  pessayl  vn  syd  o  honyn  yn  pyrthynu 
at  y  rhan  yma  o  ramadeg.  Mo.  Fely 
Beth  yy  phugr?  Gr.  Lyybr  ne  fath  ar 
doedyd  ag  scrifennu  yedi  dieithro  yn 
difarn  ag  yn  gelfydus  odiyrth  y  phord 
gyphredin.  Mo.  Pa  bryd  y  dieithvir 
yn  difarn  o  diar  y  phord  vnion?  Gr. 
Pan  fo  i  ardel  gentho  o  yr  ayduredig 
ne  henafi£th,  ne  o  arfer  a  chytûdeb  gy- 
yr  dyscedig.  Canys  ni  elir  bar  nu  ar  neb 
a  ganlhyno  aydurdod  gyr  hynod  yn  y 

gy^fy 


129 

l'histoire 

in  juzev, 

'hus,  ou 

vient  le 

en  i  et 

'angue; 

Vae  de 

îrachet 


Ballads 
Id  ma- 
rt  books; 
d  of  their 
Arranged 
London, 

e,  ou  de 

^ighlands 

lus  utiles 

•ontenté 

Icosse; 

Jitions, 

.s  de  la 

ssignée , 

a  critique 

éjugés.  Il 

mêle  aux 

.ères  illu- 

\\}  Barzaz 

.ampbell 

ses  nou- 

.  par  lui,  il 

juivre  avec 


^^e  volume  esi  un  recueil  ue  matériaux- pour  i'nibLonv;  de  la  poésie 
ossianique  en  Ecosse  et  subsidiairement  pour  l'étude  de  l'authenticité  de 
l'Ossian  de  M.  Pherson.  Il  comprend  toutes  les  sources  écossaises  con- 
nues, imprimés,  manuscrits,  ballades  recueillies  oralement  par  M.  C.  et 
autres  collecteurs,  et  ne  laisse  en  dehors  que  les  poèmes  ossianiques  de 


'^r  - 


mière  syl 

donner  o.: 

nous  four- 

par  M.  L 

etlani  bet!' 

M.  Littré 

n  de  la  G 

Belloguet 

2'  édition 

or  cette  t 

langue  de 

est  indispi 

=  beti'illa, 

dérivé  d'u 

en  gallois  < 

Le  vieil  in 

C.^,  p.  ic 

Sur  tt  c 

propos  de 

cambiare  e.' 

paraît  jus 

MM.   Li, 
français  (( 
bon  d'avert 
en  moyen  ^ 
On  devrait 
de  la  forme 
Nous  co: 
de  toute  un 
sentants,  d 
gique  des 
germanique 
d'exactitude 
sable  pour 
enfin  cette  |. 
de  nos  jours,  pdi 
dont  MM.  Littré 
Ajoutons  que 

I.  Littré,  t.  I"',  p. 
i.  Littré,  t.  l"'-,  p. 


70 


gylfydyd,  a  defod  hir  0  amser,  ag  ol 
traed  gyyr  cyfaruyd.  Mo.  Pamser  y 
dieithrir  yn  gylfydus  0  diar  y  briphord 
Gr.  Pâ  alo  gur  rodi  rhessiim  trosto  yn 
hynny  0  beîh,  megis  i  ochel  drygsain,  i 
achub  pennil,  ne  i  ryu  beth  aral  a  fy- 
dai  ressymol.  Mo.  Pessayl  vn  syd  yn 
pyrîhynu  at  laynscr.  Gr.  Etto  digon 
i  ni  son  am  yyth  syd  reitiaf  yrthyn  :  o'r 
hain,  tair  a  ryd  ir  gair  chyaneg  0  ly^ 
thrennau  ne  s'il af au.  s.  gyraiddyfiad, 
gujthdrychiad ,  brigdyfiad  :  tair  erail 
syd  yrthyyneb  i  rhain,  ag  a  dynnant 
ymaith  lythyren,  ne  silaf  o^r  gair.  mali 
guraiddorriad,  trychiad,  brig  dorriadi 
dyy  a  neyidia  lythrennau,  fal  trosetfe 
niad ,  traysmansayd.  Mo.  Beth  yu 
gyraiddyfiad^  Gr.  Phugr  ne  phord  i 
rodi  at  decrau^r  gair  lythyren  ne  si- 
laf,  mal  yr  yscrifen.  tros  yr  scrifen;  ydu 

yf> 


la  première  et  la  pius  consiu^iuu.c  cdcegone  des  mots 
et  Brachet  ont  écrit  l'histoire, 
l'étude  des  mots  d'origine  latine  en  breton  peut  quel- 


Brachet,  p. 
Brachet,  p. 


14  ;  cf.  Diez,  Wœrterbuch  %  t.  I^' 
cf.  Diez,  Wœrterbuch  ',  t.  II,  c 


7» 


yf,  tros  yyf.  Mo.  Beth  y  y  gyrthdrych 
iad?  Gr.  Mod  i  frathu  lythyren  ne 
silaf  ynghanol  gair,  mal  odiyrth,  tros 
oiyrth;  leyrch  tros  leyych;  odigartref 
tros  0  igartref.  Mo.  Beth  y  y  hrigdy- 
jiad?  Gr.  Phord  idodi  lythyren,  ne  si- 
laf at  diued  gair,  mal  annogi,  tros  an 
nog.  Mo.  Beth  yy  guraiddoriad? 
Gr.  Mod  i  dorri  ymaith  darn  o  de- 
chrau'r  gair,  mal  menyn,  tros  ymenyn 
sprydol,  tros  ysprydol ;  ab  sion  yn  le  fab 
sion.  Mo.  Beth  yy  trychiad?  Gr.  Phord 
i  dynnu  al  an  lythyren  ne  silaf  o  berfed 
gair  mal  lythrennau,  tros  lythyrênau; 
rhoi,  tros  rhodi;  cael,  tros  caphael,  my- 
nd ,  tros  myned.  Mo.  Beth  vrthynny 
ydyy  brigdorriad?  Gr.  Phugr  yn  torri 
i  phord  ben  y  gair,  mal  gofyn,  dyfyn, 
tros  gofynnu,  dyfynnu;  canys  o^r  gair 
mynnu,  y  cyfansodyyd  y  dau.  Mo. 
Moes- 


129 

l'histoire 

in  juzev, 

'évus,  ou 

vient  le 

en  /  et 

l'angue; 

Vae  de 

îrachet 


,/u^st^ 

^M^ 


Ballads 
Id  ma- 
rt  bocks; 
d  of  their 
Arranged 
London, 


e,  ou  de 

■lighlands 

lus  utiles 

'ontenté 

icosse; 

iitions, 

.s  de  la 

ssignée , 

a  critique 

éjugés.  Il 

mêle  aux 

.ères  illu- 

lu  Barzaz 

.ampbell 

ses  nou- 

.  par  lui,  il 

îuivre  avec 


'-  v.e  volume  est  un  recueil  de  matériaux- pour  l'histoire  de  la  poésie 
ossianique  en  Ecosse  et  subsidiairement  pour  l'étude  de  l'authenticité  de 
l'Ossian  de  M.  Pherson.  Il  comprend  toutes  les  sources  écossaises  con- 
nues, imprimés,  manuscrits,  ballades  recueillies  oralement  par  M.  C.  et 
autres  collecteurs,  et  ne  laisse  en  dehors  que  les  poèmes  ossianiques  de 


mière  sy 
donner 
nous  foii 
par  M.  l 
etiam  bet- 
M.  Littr 
.)  de  la  C 
Bellogut 
2'  édition 
or  cette 
langue  d' 
est  indis 
=  betûha 
dérivé  d't 
en  gallois 
Le  vieil  ir 
C.^  p.  I 

Sur  « 
propos  d 
cambiare 
paraît  ju: 

MM.   l 
français 
bon  d'av^, 
en  moyen 
On  devra 
de  la  for  m 

Nous  C( 
de  toute  u 
sentants,  ' 
gique  des 
germaniq 
d'exactitudf 
sable  pour 
enfin  cette  \ 
de  nos  jours,  pdi 
dont  MM.  Littré 

Ajoutons  que 

1.  Littré,  t.  1"',  p. 

2.  Littré,  t.  !"■,  p. 


7? 


Moessych  ueled  dyscreifiad  iroselfyn- 
niad.  Gr.  Ho  syd  phugr  yn  gossod  vn 
elfen  ne  lythyren  yn  le^r  (al,  mal  mené 
ginidith,  tros  medeginidth,  sarthes,  tros 
sarphes  ;  canys  o'r  gair  medig  a  serpes 
y  maenî  yn  dyfod.  Mo.  I  yneuîhur  pê 
ar  y  phugrau,  doeduch  beth  yy  trau- 
symansayd  ne  draysymsymud  ?  Gr. 
Phord  i  droi,  din  drospen,  y  nait  lythy- 
ren yn  le^r  Ul,  a'r  lal  yn  i  le  hithau, 
mal  lassyyr,  tros  salyyr,  or  gair  psal- 
terium. 

Cy^ilafi£th.  s.  mod  i  yneuthur  geiriau 
o'r  silafau.  Cap.  9. 

MO.     Docdych     beth     ynghylch     cy^ila- 

fiœth,  ag  yno  hi  a  fyd  madus  yn  gadu 

nosyyl.   Gr.  Silafu  y  y   o'r   lythrennau 

yn  gymyys,  gyneuîhur  silafau.  ond  cys- 

silafu 


la  première  et  la  pius  consiUv.iuuic  catégorie  des  mots 
et  Brachel  ont  écrit  l'histoire, 
l'étude  des  mots  d'origine  latine  en  breton  peut  quel- 

SSi  ;  Brachet,  p.  124  ;  cf.  Diez,  Wœrterbuch-,  t.  1"',  p.  102. 
283  ;  Brachet,  p.  8,  cf.  Diez,  Wœrterbuch'^,  t.  Il,  p.  208. 


U 


7Î 


silafu  y  hyd  vn  pan  fo  yn  guneuîhur 
gair  0  gyssijlt  amrafael  silafau.  yrthyn 
ny  cy^ilafiath  a  dengys  pa  ryu  silafau 
a  scrifënir  ynghyd,  a  pha  rai  a  roir  yn 
yahannedig,  mal  pa  vn  a  scrifennir 
ai  yrthyfi,  yntau  urthy  fi.  rheir  a  fydai 
son  yma  am  bob  gair  ar  i  ben  ihun,  ne 
yneuthur  dosparth  manyl  a'r  hyn  o 
bync.  Digon  yij  ystyriau  tri  pfieth  yro- 
yran  :  vn  yu,  pa  bryd  y  cyfansodir  rha 
guas  ai  bennaeth  ynghyd,  yr  ail,  pam 
ser  y  rhoir  y  rhagyas  ynglyn  yrth  i  ber 
thynas  ;  y  trydyd  yy,  pan  del  dau  air 
aral  i  gyfarfod,  a  elir  i  cyfansodi,  pob 
vn  o'r  dau,  nei  cymeryd  ar  yahan  pa 
vn  a  ynair  ai  scrifennu  nhyy  megis 
vn  gair,  yntau  ar  i  pennau  i  hunain. 
Mo.  Doedych  yn  gyntaf  beth  y  y  rha- 
gyas. Gr.  Gair  heb  aryydhau  dim, 
ond  yn  vnig  gyasneuthu  i  ryu  air  aral 
K  afo 


129 

l'histoire 

lin  juzev, 

''évus,  ou 

vient  le 

en  /  et 

l'angue; 

Vae  de 

3rachet 


Baliads       /  /^/ 
Id  ma-    ^     ^^^ 

rart  bocks;        f 

md  of  their    ^/%ari'i^ 

'.  Arranged     /f 

s.  London, 

que,  ou  de 

Highlands 

plus  utiles 

;s  -ontenté 

licosse; 

iitions, 

-S  de  la 

ssignée , 

la  critique 

■éjugés.  Il 

.  mêle  aux 

hères  illu- 

lu  Barzaz 

.ampbell 

.  ses  nou- 

par  lui,  il 

suivre  avec 


■  A-e  volume  est  un  recueil  de  matériaux- pour  l'histoire  de  la  poésie 
ossianique  en  Ecosse  et  subsidiairement  pour  l'étude  de  l'authenticité  de 
l'Ossian  de  M.  Pherson.  Il  comprend  toutes  les  sources  écossaises  con- 
nues, imprimés,  manuscrits,  ballades  recueillies  oralement  par  M.  C.  et 
autres  collecteurs,  et  ne  laisse  en  dehors  que  les  poèmes  ossianiques  de 

Rev.  Celt.  Il  /fr-._         /  9  T ^  yi 


~^jJU^r^Xr,'^-y''->ya,f,€CZl_J*^-    /t-<ÈA^^^Z^,^.^^^f^ 


128 

mière  s^ 
donner 
nous  foi 
par  M. 
etiam  h\ 
M.  Lhv 
i)  de  la 
Bellogi 
2'  éditi 
or  cett 
langue 
est  indi 
==  betû  ^ 
dérivé  d'i 
en  gallois 
Le  vieil  ii 
es  p.  I 

Sur  « 
propos  c 
cambiare 
paraît  j' 

MM. 
français 
bon  d'à 
en  moye 
On  devra 
de  la  forn. 

Nous  Cl 
de  toute  u 
sentants, 
gique  dt 
germanic^ 
d'exactitudt 
sable  pour 
enfin  cette  \ 
de  nos  jours,  pdi 
dont  MM.  Littré 

Ajoutons  que 

1.  Littré,  t.  1",  p. 

2.  Littré,  t.  l"',  p. 


74 


a  fo  pennaeth  ido,  yeithiau  i  henu  mal 
y  êVf  y^  àrth,  ne'r  amser  ;  yeiîhiaa  e 
yasnaetha  i  ferf,  mal  yr  yyf,  y  mae, 
Jfan  a  drayod  dafyd.  Chui  a  yelych 
nad  yy,  y,  ag.  a,  yn  aryydo  dim,  ond  y, 
veithiau  yn  gyasneuîhu  i  heny,  yei- 
thiau i  ferf;  a,  i  ferf  ynvnig  y  ladiny- 
yr  a  eily  hyn  arîicylys.  Mo.  A  gyssyl 
dir  hyn  ai  bennaeîh  vn  amser  ?  Gr. 
Pan  fo  berf  yn  benndth  ido;  ni  lefys  ef 
gyfyrd  a  hi  vn  amser,  nag  a  heny  ond 
yn  anfynych,  megis  yma  yrourô,  tros  yr 
ayr  hon.  Eithr  pan  fo  rhagheny  yn  bê- 
naeîh  ido,  e  fyd  hyfach  i'  muascu  ag  ef 
mal  hyn,  yr  hyn,  yr  hon,  yrhyn,  yrhain, 
yrheini,  ne  yrth  yreiddorriad  ei  eut- 
toccir  nhyy  mal  rhyn,  rhain ,  rhaini. 
Pa  bryd  y  gynair  hyn,  mae'n  haus  yr- 
th y  glust  farnu,  nag  yrth  reoledigae- 
thau  i  draethu.    Mo.    Beth   am   raghe- 


la  première  et  la  pius  consiu^iuuic  cdtegone  des  mots 
et  Brachet  ont  écrit  l'histoire, 
l'étude  des  mots  d'origine  latine  en  breton  peut  quel- 

jji  ;  Brachet,  p.  124  ;  cf.  Diez,  Wœrîerbuch  -,  t.  h',  p.  102. 
283  ;  Brachet,  p.  8,  cf.  Diez,  Warterhuch  *,  t.  Il,  p.  208. 


I 


75 


ny,  a  elir  doedyd  yrun  peth  amdano? 
Gr.  Rhaid  yn  gyntaf  gyyhod  y  byd  yn 
byrthynas    i    raghenu ,    yeithiaa    henu , 
amser  aral   ardodiad^   ag  yeithiaa  be- 
rf.  Ni  rodir  dim  onof  ynglyn  yrth  he- 
nu, odieiîhr  fy,  yn  vnig,  pan  fô  gyestai 
mud  yn  i  galyn,  a  hynny  a  fyd  ymhob 
gair  y  bo  îrôlefn  ne'  scafnlefn  yn  yrei- 
diol  yndo,  mal  fymhen,  fynhir,  fyngl- 
hust,  fymarf,  fynyn  :  fyngylad.  Ond  os 
ardodiad  fyd   i  byrthynas,  ei  cyssyltir 
jynychaj,  mal  attaf,  attafi,  attafinau  : 
fely  ith  ylad,  im  gylad,  ich  gylad,  in 
gylad,  iy,  ne  oi  ylad,  megis  y  cair  gye- 
led  yn   helaethach    [os   day    arnom  son 
am  yr  uthran  o'  madrod)   yrth  dospar 
th  rhageny,  ag  ardodiad.   Tu  ag  am  y 
ferf,  mae  yn  anayd  cymryd  phord  ru- 
yd  dibal   a  chyphredin ,   oblegid  meun 
ami  0  leoed  ef  a  elir  roi'r  rhagheny  yn 
K      ij     vn  ar 


129 

ite  l'histoire 
ricain  jazev, 

judévus,  ou 
nue  vient  le 
t  d'c'  en  i  et 
::  la  langue; 
;e  de  Vae  de 

M.  Brachet 


DE  J. 


^lic  Ballads 
)m  old  ma- 
rare  books; 
md  of  their 
I.  Arranged 
s.  London, 

'que,  ou  de 
l  Highlands 
plus  utiles 
is  contenté 
d'Ecosse; 
traditions, 
tants  de  la 

assignée , 
;  la  critique 
réjugés.  Il 
;  mêle  aux 
hères  illu- 
du  Barzaz 

Campbell 
\  ses  nou- 
:  par  lui,  il 
suivre  avec 


i  t-e  volume  est  un  recueil  de  matériaux- pour  l'histoire  de  la  poésie 
ossianique  en  Ecosse  et  subsidiairement  pour  l'étude  de  l'authenticité  de 
l'Ossian  de  M.  Pherson.  Il  comprend  toutes  les  sources  écossaises  con- 
nues, imprimés,  manuscrits,  ballades  recueillies  oralement  par  M.  C.  et 
jautres  collecteurs,  et  ne  laisse  en  dehors  que  les  poèmes  ossianiques  de 

Rev.  Celt.  Il  /U,^         /  9  T — ^  yf 


^   tl  Yd^ 


^/u^ 


fr%ur^ 


'/= 


'^Vy^STL,^ 


s. 


128 

mière  s-y 
donner 
nous  foi 
par  M. 
etiam  b\ 
M.  Lit'.' 
)>  de  la 
Bellogi 
2'  éditi 
or  cetl 
langue 
est  indi 
=  betû  u 
dérivé  d'i 
en  gallois 
Le  vieil  i) 
es  p.  ! 
Sur  « 
propos  c 

cambiare 

paraît  i' 
MM. 

français 

bon  d'à 

en  moye 

On  devré 

de  la  forn 
Nous  c 

de  toute  l 

sentants, 

gique  dt 

germani(._ 

d'exactitudt 

sable  pour 

enfin  cette  \ 

de  nos  jours,  pdi 

dont  MM.  Littré 
Ajoutons  que 


78 


ir  ferf,  e  droir,  n.  yn,  m,yny  fan  yma, 
mal  yn  y  diyaeîhaf,  0  giielsom  mi.  ond 
n.  ni  sylf  pan  doder.  ni,  oflaenyferf,  ni 
a  glousom  ni,  megis  y  doedassom  am.  f. 
yny  gyntaf  ynig.  Yr  ail  liossaug  a  elid 
yn  yel  i  scrifennu  ynghyd  a'r  rhagenu 
bob  amser,  mal  gyeluchui,  pe  gyelych- 
yi,  gyelsochyi,  ahyn  oedfyrach,  a  digô 
gyedaid.  Etto  nid  gyiy  didoli  mo  hon 
odiyrth  y  personay  erail,  ag  nid  yy'r 
phord  yma  mor  laynlythr  a  phed  scri- 
fennid  y  rhagheny  ar  i  ben  ihun.  Am 
hynny  gorau  ag  egluraf  y  y  i  scrifênu 
*nhyy  yn  vahanrhedayl,  a  hyn  syd  fia- 
yd  i  gady  ymhob  le;  eithr  ynghyd  e  fyd 
yeithiau  rheir  y  geiriau,  mal  schri- 
fennychyithau.  Yrun  peth  syd  iy  far- 
nu  am  y  dryded  liossog.  Ond  od  scrifen 
nir.  t,  ar  ol.  n,  mal  guelsont,  teccach  fyd 
hyynt,  ne  hyy  ;  mal  guelsont  hyy,  ne  gye 
tant 


Littré,  t.  I' 
Littré,  t.  1" 


la  première  et  la  pius  consiu^iuL/.c  catégorie  des  mo| 
et  Brachet  ont  écrit  l'histoire, 
l'étude  des  mots  d'origine  latine  en  breton  peut  queB 

(SI  ;  Brachet,  p.  124;  cf.  Diez,  WœrUrhuch-,  t.  1^',   p.  lo 
283  ;'  Brachet,  p.  8,  cf.  Diez,  Wartcrbuch^.  t.  Il,  p.  208. 


79 


lant  huynt.  Eiîhr  pan  adauer.  t,  alan, 
rhyydach  a  lyfnach,  iy  laferu,  fyd  nh- 
yy  mal  guelson  nhyy.  Rhaid  yn  bênaf 
dim  yma  a  hefyd  yrth  scrifennu'r  gei 
riau  erail ,  edrych  yn  dyfal  pa  rai  a'- 
muascan  ynghyd  yn  gymyys,  yn  digy- 
mel,  yn  deg  i  cyflafar,  ag  yn  esmyyth 
iy  doedyd  :  a  hyn  sy  haus  dal  arno,  yr- 
th ymdidan,  scrifennu,  a  darlain  ;  nai 
draethu  meyn  scrifen  i  fodloni  payb. 
Mo.  Moessych  air  ne  dau  cyn  ymado 
ynghylch  cyfansayd  geiriau  a  rhânau 
erail  o'  madrod.  Gr.  Yn,  pen  fynno  ar 
i  ol  yestai  mud  a  dodir  yr  vn  ar  gair  ; 
mal  ynnhy,  ynnuy,  ynnyn,  ymlhith,  ym- 
ol,  ymhob,  yngylad  forgan,  ynghaer  le- 
on,  Heblay  hyn  rhaid  yy  gyybod  fod  yn 
todi.  n.pan  ossoder.  yn,  oflaen  gyestai  ye 
fussayl  ne  daflodayl,  mal  ymhob,  yma- 
rn  Siô,  ynghalon  y  pren.  Canys  gyrth- 
yn 


129 

nte  l'histoire 
iricain  jazev, 

jadévuSy  ou 
que  vient  le 
it  d't-  en  i  et 
e  la  langue; 
se  de  Vae  de 

M.  Brachet 


DE  J. 


elic  Ballads 
om  old  ma- 
rare  books; 
and  of  their 
d.  Arranged 
;s.  London, 


'ique,  ou  de 
îi  Highlands 

plus  utiles 
■as  contenté 
s  d'Ecosse; 

traditions, 
itants  de  la 
:  assignée, 
e  la  critique 
oréjugés.  Il 
e  mêle  aux 
chères  illu- 

du  Barzaz 
'..  Campbell 
id  ses  nou- 
:  par  lui,  il 
îuivre  avec 


v^e  volume  est  un  recueil  de  matériaux- pour  l'histoire  de  la  poésie 
ossianique  en  Ecosse  et  subsidiairement  pour  l'étude  de  l'authenticité  de 
l'Ossian  de  M.  Pherson.  Il  comprend  toutes  les  sources  écossaises  con- 
nues, imprimés,  manuscrits,  ballades  recueillies  oralement  par  M.  C.  et 
autres  collecteurs,  et  ne  laisse  en  dehors  que  les  poèmes  ossianiques  de 

^^-    Celt.    Il  ^,  y  9  


(^y^o.  ,JUt 


^y-^y^jcx. 


'cf -*--/•- 


V 


128 

mière  s> 
donner 
nous  fo' 
par  M. 
etiam  h, 
M.  Lit  > 
,.  de  b 
Bellog 
2=  édit 
or  ceti 
langue 
est  ind 
=  beU.  .^ 
dérivé  d'i 
en  gallois 
Le  vieil  i 
C.\  p.  ' 

Sur  0 
propos  ( 
cambiare 
paraît  • 

MM 
françai; 
bon  d'à 
en  moye 
On  devri^ 
de  la  forn 

Nous  c 
de  toute  i 
sentants, 
gique  di 
germanit. 
d'exactitudi 
sable  pour 
enfin  cette  ; 
de  nos  jours,  pdi 
dont  MM.  Littré 

Ajoutons  que 


82 


yn  yreidiol  ne  yn  gyrchfa  meyn  gair, 
a  phessayl  cyrchfa  syd  i  bob  gyreidiol. 
Heblau  hyn  mi  a  ferciais  deubeth  ne 
dri  anghenrhaid  i  uneuthur  yn  iaun 
silafau  ô  gyssuît  y  lythrênau,  ynnolhyn- 
ny  mi  a  nodais  a  doedassoch  ynghykh 
yr  yyth  aryyd  syd  i  yahanu'  madrod 
yn  drefnus.  Cida  hyn  igyd,  mi  a  gre- 
phais  yn  oynda  ar  a  doedassoch  am  yr 
yyth  phugr  pyrthynassol  at  launscr.  a 
bod  tair  onyn  yn  rhodi  chyaneg,  îair 
erail  yn  tynna  ymaith,  dyy  yn  neyidio, 
le  lythrênau.  yn  diyaethaf  o'r  cybl  mi 
a  gefais  beth  dysc  yrth  a  doedassoch 
am  gyssylafiath.  Ond  yn  y  rhan  ymcL 
chyi  a  fuoch  fyrrach  nog  y  mynnassun 
iychfod.  Canysjy'  yylys  si  oed  gael  do- 
yed  dosparth  helaeth  a  manyl  i^m  hy- 
phordi  yn  gyf aryyd  i  gy^ilafu  pob  rhâ 
0*  madrod.  Gr.  Ni  elir  gyneuthur  dosA 
parth 


la  première  et  la  plus  consiUv.»uuic  catégorie  des  mot! 
et  Brachet  ont  écrit  l'histoire, 
l'étude  des  mots  d'origine  latine  en  breton  peut  quel- 


1.  Littré,  t.  I",  p.   5SI  ;  Brachet,  p.  124;  cf.  Diez,  Wœrterbuch-,  t.  {•",  p.  102. 

2.  Littré,  t.  l"',  p.  283  ;  Brachet,  p.  8,  cf.  Diez,  Wœrterbuch'',  t.  Il,  p.  208. 


Bibliographie.  129 

quefois  donner  la  solution  de  certaines  difficultés  que  présente  l'histoire 
des  mots  d'origine  latine  en  français.  Ainsi  le  breton  armoricain  jazev, 
((  juif,  »  établit  l'existence  en  latin  vulgaire  d'un  substantif  jiidcvus,  ou 
mieux  judévos  =  judaeus.  C'est  aussi  du  bas-latin  judtvos  que  vient  le 
français  «  juif,  »  grâce  à  la  syncope  du  d,  et  au  changement  d'J  en  i  et 
de  V  en/,  tous  phénomènes  conformes  aux  lois  ordinaires  de  la  langue;  jKâ,^*^ 
et  ces  lois  s'opposent  au  changement  du.'ien/etàlamétathèse  de  Vae.  de  /  • 

judaeus,  c'est-à-dire  aux  deux  explications  à  l'aide  desquelles  M.  Brachet  /  f   " 

parvient  à  tirer  le  français  «juif»  du  latin  classique.  Ofi-aâirr      /^ 

H.  D'A.  DE  J.        c/'*f*^/t> 

Leabhar  na  Feinne.  Vol.    I.    Gaelic  Texts.   Heroic  Gaelic  Ballads       /  //^/  *t 

coUected  in  Scotland  chiefly  from  1 5 1  2  to  1 87 1 ,  copied  from  old  ma-  ^  *t/^^*-C. 
nuscripts  preserved  at  Edinburgh  and  elsewhere,  and  from  rare  books;        ' 

and  orally  coUected  since  1859;  with  lists  of  collections,  and  of  their  ^'^yv-*  c^  ^  ^ 

contents  ;  and  with  a  short  account  of  the  documents  quoted.  Arranged  /f  y— 

by  J.  F.  Campbell,  xxxvj-224  p.,  10-40,  sur  deux  colonnes.  London,  *"  *'^**^^^'^'^ 

Trubner,  1872.  —  Prix  :  20  sh.  'J-vt^jV^W^ 

Toutes  les  personnes  qui  se  sont  occupées  de  l'Ecosse  celtique,  ou  de      ^/u.'AsT" 
la  littérature  populaire,  connaissent  les  Popu/flrT^/^5o///ieI4^e5f  Highlands 
de  M.  Campbell,  un  des  livres  les  plus  consciencieux  et  les  plus  utiles 
dont  la  littérature  celtique  ait  été  l'objet.  L'auteur  ne  s'est  pas  contenté 
d'avoir  élevé  ce  cairn  aux  héros  populaires  des  Hautes-Terres  d'Ecosse; 


continué  ses  investigations,  recueillant  ballades,  contes^  traditions,    p^USh**^ 


et  s'attachant  surtout  à  réunir  tous  les  fragments  encore  existants  de  la 
légende   ossianique.    Dans   la   tâche   laborieuse  qu'il    s'est  assignée 
M.  Campbell  mérite  tous  les  éloges  et  tous  les  remerciements  de  la  critique 


pour  son  zèle,  pour  sa  sincérité  et  pour  son  manque  de  préjugés.  Il   A*t  ^r<^  ^ 


arrive  trop  souvent  en  effet  que   l'amour-propre  national  se  mêle  aux  /v-Z^^^^^V*" 
questions  littéraires  et  ne  veuille  pas  renoncer  à  de  vieilles  et  chères  illu-      ^ 


sions;  c'est  l'histoire  de  VOsûan  de  Mac-Pherson  en  Ecosse,  du  Barzaz 

Breiz  de  M.  delà  Villemarqué  en  Bretagne.  Non-seulement  M.  Campbell  *^t^^ly 

aborde  ces  questions  avec  l'impartialité  d'un  juge,  mais  quand  ses  nou-  t^tnx^^^u*^ 

velles  recherches  modifient  une  opinion  anciennement  émise  par  lui,  il  ^        /     ^ 

n'hésite  pas  à  en  faire  l'aveu  (voir  p.  xxxiv,  a).   On  peut  suivre  avec  Z*^/**'*^ 

confiance  un  semblable  guide.  Cl^^^^î**^ 

Ce  volume  est  un  recueil  de  matériaux- pour  l'histoire  de  la  poésie  ^/"t^»»^!^ 

ossianique  en  Ecosse  et  subsidiairement  pour  l'étude  de  l'authenticité  de  ^J^-^,,^^  j 

l'Ossian  de  M.  Pherson.  Il  comprend  toutes  les  sources  écossaises  con-  -«a^,^/; 

nues,  imprimés,  manuscrits,  ballades  recueillies  oralement  par  M.  C.  et  ^ — j    P^ 

autres  collecteurs,  et  ne  laisse  en  dehors  que  les  poèmes  ossianiques  de  ''**  /**^  '-'^ 


130  Bibliographie.  1 

M.  Pherson  et  du  D'  Smith,  parce  que  leur  authenticité  est  contestable.! 
Il  est  du  reste  facile  de  se  procurer  ces  deux  recueils.  .  I 

V^oici  la  liste  des  collections  dont  M.  C.  a  cité  ou  mis  à  contributior 
les  textes  dans  son  Leabhar  nç  Feinne  v  Livre  des  Finnians  »  : 


Earliest    Collector's  name. 

Place  and  District. 

Printed  0 

date. 

Manuscrit 

1^12  Mac  Gregor 

Dean  of  Lismore,  Argyll. 

P.  1 

1603  Mac  Phail 

Dunstaffnage,  Argyll. 

Ms.| 

1690  Mac  Lean? 

Ardchonaill,  Argyll. 

Ms. 

■  1739  Pope 

Minister  of  Rea,  Caithness. 

Ms. 

1755  Mac  Nicol 

Minister  of  Lismore,  Argyll. 

Ms., 

1755  Jérôme  Stone 

Teacher,  Dunkeld,  Eastern  Highland; 

P.; 

1750-Fletcher. 

Farmer  in  Auchalladar,  Glenorchay. 

Dunstafî 

nage  to  Scone. 

Ms, 

1762  Mac  Diarmaid? 

Rannoch. 

Ms 

1774  Kennedy 

Schoolmaster,  Kilbrandon,  Argylj, 

Ms 

1780  Hill 

English  writer,  Dunkeld  to  Morven,  ( 

?tc. 

P. 

1784  Mac  Arthur 

Minister  of  Mull,  Argyll. 

P. 

1784  Young 

Bishop  of  Clonfert.  Scotch  Highiands 

P.' 

1786  Gillies 

Printer.  Perth. 

P. 

1789  Miss  Brooke. 

Ireland, 

P.' 

1801   Irvine 

Minister  of  little  Dunkeld,  Perth. 

Ms, 

1802  Mac  Donald  ofStaffa Scribe;  Mac  Pherson,  teacher,  Mull, 

Argyll, 

Ms! 

1803  Rev.  A.  Campbell 

Port  Ree,  Skye. 

Ms 

1804  A.  and  D.  Stewart 

Scotch  Highiands. 

P. 

1805  Highland  Society 

d". 

P. 

1805  J.  Mac  Donald 

Minister,  Northern  Highiands. 

Ms 

1813  Turner 

Soldier,  Pauper.  Scotch  Highiands. 

P. 

1814  Grant 

Advocate                                d». 

P. 

1816  H.  andJ.MacCaliumTravellers                              d». 

P 

1841   Mackenzieo!  Glasgow                                              d°. 

P 

1857  Rev.D'MacLauchlanMinister                                 d". 

Mi 

1860  J.  F.  Campbell 

Barrister                                d°. 

P. 

1862              d". 

d". 

Ms 

1872              d". 

do. 

Mj 

Cette  énumération  comprend  toutes  les  collections  faites  en  Ecosse  ( 
ballades  et  de  chants  populaires  gaéliques.  M.  C.  fait  l'histoire  de  ch; 
cune  et  en  apprécie  la  valeur  dans  une  étude  critique  de  ces  textes  q 
ouvre  le  volume.  Dans  ces  collections  M.  C.  a  puisé  toutes  les  pièc 
qui  se  rapportent  aux  traditions  ossianiques  et  il  les  publie  par  ordre  ( 
matières.  Après  un  argument  (écrit  en  anglais)  du  récit  ou  du  suj 
traité,  et  une  critique  sommaire  des  différentes  versions^,  M.  C.  doni 


Bibliographie.  i  ^  i 

ces  versions  mêmes  imprimées  ou  manuscrites  par  ordre  chronologique 
il  les  donne  dans  le  texte  gaélique,  sans  traduction).  Les  ballades  sont 
rangées  sous  les  chefs  suivants  :  I.  Histoire  de  Cuchullin.  —  II.  Histoire 
de  Deirdre.  —  III.  Histoire  de  Fraoch.  —  IV.  Histoire  de  Fionn  et  des 
Feinne  (ou  FinnianSy,  et  Guerre  avec  les  Normands.  —  V.  Parodies.  — 
VI.  Ballades  héroïques  d'époque  postérieure. —  VII.  Ballades  mythiques. 
—  VIII.  Poèmes  dans  le  genre  de  Mac  Pherson.  —  IX.  Ballades  de  la 
collection  d'Alexandre  Pope. 

Ce  volume  est  donc  un  répertoire  complet  de  toutes  les  sources  poé- 
tiques écossaises  car  il  ne  contient  que  des  textes  en  vers)  relatives  au 
cycle  Finnian  dont  la  légende  ossianique  n'est  elle-même  qu'un  épi- 
sode. L'auteur  ne  nous  dit  pas  ce  que  contiendront  les  volumes  suivants, 
textes  en  prose,  traductions,  ou  études  sur  le  cycle  lui-même.  Mais 
venant  d'un  collectionneur  aussi  zélé  et  aussi  sincère  que  M.  C,  ils  ne 
peuvent  manquer  d'être  instructifs,  et  comme  on  dit  en  anglais  suggestive 
au  même  degré  que  celui-ci. 

H.  G. 


Encore  un  mot  sur  le  Barzaz  Breiz.   Lettre  à  M.   J.    Salaûn,    par 
M.  H.  d'Arbois  de  JuBAiNviLLE.  Paris,  Dumoulin,  1875;  8  p.  in-8^ 
!    —  Prix  :  I  fr. 

Un  journal  de  Brest,  ÏOcéan,  a  publié  au  commencement  de  cette 
année  1875)  une  série  d'articles  intitulés  la  Question  du  Barzaz  Breiz  ', 
articles  qui  contiennent  pour  toute  discussion  des  affirmations  dénuées  de 
preuves  et  surtout  des  attaques  personnelles  contre  M.  Luzel.  L'auteur 
de  ces  articles,  M.  Salaùn,  au  lieu  de  traiter  cette  question  pour  ce 
qu'elle  est,  pour  une  question  littéraire,  l'a  transformée  en  question 
politique  et  sociale,  faisant  du  Barzaz  Breiz  le  palladium  de  la  Bretagne 
égitimiste  et  catholique;  attaquer  l'un  serait  attaquer  l'autre.  0  Breiz, 
'Breiz,  paour  kez  Breiz!  0  Bretagne!  Bretagne!  pauvre  chère  Bretagne!) 
s'écriait  M.  Salaùn,  semblable  à  un  Jérémie  breton,  et  il  disait  :  «Notre 
époque  paraît  vraiment  frappée  de  vertige;  poussé  par  une  sorte  d'ins- 
:inct  fatal,  le  génie  ou  plutôt  le  démon  de  la  destruction  semble  s'être 
incarné  en  nous  ;  c'est  avec  frénésie,  avec  rage  que  nous  nous  achar- 
.lons  à  saper  les  fondements  de  l'édifice  social  ;  c'est  une  véritable  aber- 


1.  N"'  des  21  octob..  1 3  et  14  novemb.  1872,  25  et  26  mars  et  10  avril  1873.  —  L'Océan 
çiyant  refusé  d'insérer  une  réponse  de  M.  Luzel,  celui-ci  a  répliqué  dans  le  Finistère 
)oumal  de  Quimper\  du  20  novembre  1872,  et  dans  VËlecleur  du  Finistère  (journal  de 
■Jrest  ,  des  7  et  9  avril  1873. 


1J2  Bibliographie.  î 

ration,  car  la  plupart  des  insensés  qui  se  livrent  ainsi  à  ces  actes  d( 

démolition  périront  nécessairement  sous  les  décombres.  » 

C'est  sur  ce  ton  et  avec  ce  style  que  M.  Salaûn  a  pris  la  défense  di 

l'authenticité  du  Barzaz  Breiz  dans  les  colonnes  du  journal  que  nou , 

venons  de  nommer,  s'abstenant  de  discuter  les  anachronismes  histori) 

ques  et  linguistiques  de  ces  poésies,  ce  qui  pourtant  est  la  vraie  «  ques-i 

tion  du  Barzaz  Breiz  ».  Au  surplus  son  but  semble  avoir  moins  été  d' 

discuter  cette  question  que  d'essayer  de  déconsidérer  M.  Luzel,  —  c'es 

la  façon  dont  en  Bretagne  certaines  personnes  comprennent  les  droit 

de  la  critique  à  l'égard   d'un  contradicteur,  —  et  de  nier  aux  écrivain 

étrangers  à  la  Bretagne  le  droit  d'avoir  une  opinion  sur  l'authenticité  d 

Barzaz  Breiz.  Bien  plus,  non-seulement  M.   Salaùn  leur  refusait  tout 

compétence,  mais  il  les  transformait  en  révolutionnaires,  ennemis  d 

Dieu  et  de  la  société.  Cette  tactique  n'est  pas  nouvelle  ;  il  y  a  deu 

siècles  l'abbé  Cottin  l'employait  pour  nuire  à  Boileau  dont  la  critiqu 

l'ennuyait. 

Qui  méprise  Cottin  n'estime  point  son  roi. 
Et  n'a,  selon  Coitin,  ni  Dieu,  ni  foi,  ni  loi. 

Cottin  ici,  c'est  M.  Salaùn,  avocat  du  Barzaz  Breiz.  Quiconque  ni 
l'authenticité  des  poèmes  de  ce  recueil  est  un  affreux  révolutionnaire 
«  M.  Luzel  sera-t-il  éclairé  en  voyant  les  représentants  du  radicalism 
se  servir  de  sa  critique  pour  essayer  de  démolir  une  œuvre  admirable, 
laquelle  ils  n'entendent  d'ailleurs  pas  le  premier  mot  ?  »  Voilà  commer 
certains  Bretons  pratiquent  l'art  de  la  critique,  et  l'appliquent  ù  lei 
propre  littérature,  0  Breiz!  Breiz!  paour  kez  Breiz!  (0  Bretagne!  Bre 
tagne!  pauvre  chère  Bretagne!). 

Bien  que  ces  articles  n'appelassent  pas  une  réponse  (on  ne  répon. 
qu'à  des  arguments  et  à  des  faits,  et  il  n'y  a  ni  l'un  ni  l'autre  dans  k' 
articles  de  M,  Salaùn j,  pourtant  u  un  représentant  du  radicalisme  ) 
M.  d'Arbois  de  Jubainville,  a  jugé  à  propos  d'intervenir  pour  montra 
au  public  de  Bretagne  que  la  discussion  ouverte  sur  l'authenticité  d 
Barzaz  Breiz  n'est  pas,  comme  ose  le  dire  M.  S.,  une  «odieuse  intrigue 
menée  par  M.  Luzel  pour  «  traquer  un  gentilhomme  ».  Il  l'a  fait  daij 
une  brochure  adressée  à  M.  Salaùn.  «  Une  question  purement  littérainj 
comme  celle  dont  il  s'agit,  doit  être  étudiée  froidement  et  en  elle-mêm(* 
Or  vous  ne  parlez  que  de  considérations  politiques  et  de  personnalité;: 
Votre  discussion  enveloppe  le  point  en  litige  d'une  sorte  de  nuée  or; 
geuse  qui  le  couvre  des  ténèbres  les  plus  profondes,  quand  je  m'atter 
dais  à  le  voir  éclairé  par  le  flambeau  de  cette  science  toute  spéciale  qi 
devrait  montrer  un  Breton  parlant  de  la  langue  et  de  la  littérature  de  s 


Bibliographie.  ij; 

province.  >>  Cela  dit,  M.  d'A.  de  J.  va  au  fait,  s'abstenant  de  personna- 
lités et  donnant  ainsi  une  première  leçon,  leçon  de  convenances,  à 
M.  Saiaùn.  L'autre  leçon  est  une  leçon  de  grammaire.  «  Je  ne  puis 
répéter  ici,  dit  M.  d'A.  de  J.,  ce  que  j'ai  écrit  dans  différentes  Revues 
sur  la  valeur  historique  du  Barzaz  Breiz.  Je  vais  seulement  vous  donner 
un  exemple  du  procédé  par  lequel  j'ai  formé  mon  opinion.  »  Et  M.  d'A. 
de  J.,  prenant  pour  exemple  le  Gwerz  intitulé  «  le  tribut  de  Nomenoë  », 
montre  par  les  anachronismes  du  langage  et  de  la  métrique,  que  cette 
pièce  est  une  œuvre  contemporaine  et  un  pastiche.  Il  termine  en  enga- 
geant M.  Salaûn  à  répondre  à  des  arguments  grammaticaux  par  des 
arguments  grammaticaux  et  à  réfuter  «  toutes  les  objections  accumulées 
contre  1  a  thèse  qui  fait  du  Barzaz  Bre/z  un  monument  historique  »,  et  il  ajoute  : 
i«  Mais  si  vous  ne  trouvez  à  répondre  que  des  personnalités,  ou  si  vous 
prétendez  nous  entraîner  sur  le  terrain  de  la  politique,  je  serai  en  droit 
d'en  conclure  que,  la  cause  plaidée  par  vous  ne  fournissant  aucune  raison 
topique,  vous  vous  serez  trouvé  dans  l'alternative  ou  de  garder  le 
silence  ou  de  porter  la  discussion  sur  un  sujet  étranger  au  litige.  C'est 
ce  dernier  parti  que  souvent  un  avocat  préfère,  mais  il  ne  peut  d'une 
manière  plus  éclatante  reconnaître  sa  cause  mauvaise  et  abandonner  le 
iclient  qu'il  prétend  défendre.  » 

I  Dans  les  articles  de  M.  Saiaùn  était  citée,  en  faveur  de  M.  de  la  Ville- 
marqué,  une  lettre  de  M.  l'abbé  Henry,  le  doyen  des  écrivains 
bretons,  le  maître  et  l'ami  de  M.  de  la  Villemarqué,  qui  donne  à  ce  der- 
nier un  certificat  inattendu.  Le  vénérable  abbé  Henry  déclare  qu'à 
l'époque  de  la  publication  du  Barzaz  Breiz,  M.  de  la  Villemarqué  n'avait 
qu'une  connaissance  imparfaite  du  breton  ;  voici  ses  paroles  :  «  A  cette 
ipoque,  M.  de  la  Villemarqué  ne  savait  pas  assez  de  breton  pour  com- 
ooser  un  couplet  de  quatre  vers  sans  faire  six  fautes.  »  Cette  déclaration 
;st  grave,  et  en  la  rendant  publique  dans  un  article  écrit  à  la  plus  grande 
gloire  du  Barzaz  Breiz,  M.  Saiaùn  ne  s'est  pas  rappelé  certaine  fable  de 
^a  Fontaine  où  il  est  question  d'un  pavé  malencontreusement  lancé  à 
m  ami.  En  outre,  il  aurait  dû  penser  qu'il  mettait  M.  l'abbé  Henry 
luelque  peu  en  contradiction  avec  M.  de  la  Villemarqué  lui-même  qui, 
lans  l'argument  de  la  Fête  des  Pâtres,  disait  :  «  Que  de  fois  ne  l'avons- 
iious  pas  chanté  nous-même  dans  notre  enfance  [le  vieux  chant  des 
)âtres],  alors  que  nous  ne  parlions  d'autre  langue  que  le  breton  !  »  Ces 
jaroles  se  trouvent  dans  la  première  édition  du  Barzaz  Breiz,  t.  11, 
1.  247.  L'argument  où  elles  figurent  a  disparu  de  la  dernière 
jdition. 

H.  G. 


PÉRIODIQ_UES. 


ARCH^OLOGIA    CAMBRENSIS. 

The  Archaologia  Cambrensis  or  iht  Journal  of  the  Cambrian  Archaological  Asso 
ciation  is  a  quarterly  published  by  Mr.  Parker  (377,  Strand,  Londonj  and  nov 
edited  by  the  Rev.  Daniel  Silvan  Evans,  a  man  who  has  long  been  before  thi! 
public  as  a  Welsh  scholar  of  the  highest  standing  :  this  we  regard  as  a  guarani 
tee  that  in  future  we  may   look  to  the  Association's  publication  for  rationa: 
philology  and  sound  criticism  as  far  as  Welsh  questions  are  concerned  :  we  ar  • 
very  glad  to  find  that  Mr.  Evans  has  been  able  to  secure  the  services  of  suc 
men  as  Stokes  and  professer  Evander  Evans.  The  philological  articles  centaine, 
in  the  Arch.  Cam.    wiil   in  future  be  noticed   in  this  review  as  they  appear 
suffice  it  at  présent  to  begin  with  the  number  for  January  1872  :  the  article  0 
«  the  Lomarec  Inscriptions  »  p.    10-2;  based   on  a  notice  of  the  same  by  L 
Villemarqué  in  the  memoirs  of  the  «  Académie  des  Inscriptions  »  is  interestint 
The  legend  hère  discussed  is  to  the  following  effect  :  «  Ir  ha  ema  J.  C.  in  ri, 
which,  it  is  argued  fairly  in  spite  of  occasional  slips  in  philology,  means,  «  Illit 
eu  jus  est  Jésus  Christus  in  Regem.  »  The  April  number  opens  with  a  long  an 
instructive  article  on  «  some  South  Wales  Cromlechs.  »  p.  81-143. 

The  July  number  (1872)  contains  a  capital  article  by  Stephens  on  the  bardi 
alphabet  called 'Coelbren  y  beirdd',  p.  181-210.  The  following  are  the  conclusior 
which  Mr.  S.  cornes  to  :  I.  «  That  Coelbren  y  beirdd  has  no  prétentions  to  ; 
high  antiquity,  and  is  neither  found  on  sculptured  stones  nor  in  cid  mss.  I 
That  it  was  invented  in  the  beginning  of  the  1  ^th  century,  when  paper  an. 
parchment  were  forbidden  to  the  Cymry,  and  that  the  inventor  was  in  ail  pre 
bability  the  bard  Gwilym  Tew.  III.  That  it  was  not  an  original  alphabet,  except  1 
respect  of  derivatives,  but  an  imitation  of  the  Roman  letters.  IV.  That  it  w; 
in  common  use  in  the  1  ^th  century,  as  in  shewn  by  the  poems  of  the  bard: 
and  that  by  the  end  of  the  i6th  it  had  ail  but  ceased  to  be  known.  »  J.  ( 
Meyer's  treatment  of  «  the  Welsh  poems  in  the  Codex  Jiivencus,  »  p.  21 2-222,  m 
leave  to  others  to  characterize,  as  we  entirely  disagree  with  him.  Brash  rea( 
the  Bridell  ogham  as  (ollows  :  Neqasagrom  Maqi  Mucoi  Neel,  and  of  cour: 
makes  it  out  to  be  Gaedhelic.  (p.  249-257). 

The  October  number  contains  the  first  of  a  séries  of  d  Studies  in  Cymr 
Philology  by  prof.  Evander  Evans,  p.  297-314:  »  this  is  a  most  interestir 
article  on  which  we  will  venture  a  few  observations  ;  —  Prof.  E.  is  unfortuna 


Périodiques.  1^5 

in  his  method  of  distinguishing  vowel  length  in  Welsh,  for  his  «  gwêled  »  would 
lead  a  stranger  to  think  that  the  c  in  gwcled  is  as  long  as  the  c  in  gwël,  which 
it  is  not.  The  simplest  plan  perhaps  would  be  to  distinguish  the  maximum 
length  thus  tân  ovtûn  'fire'j  and  to  leave  the  intermediate  length  umraarked,  as  in 
tanau  'fires',  whiie  the  sharpened  or  forced  vowel  may,  if  necessary,  be  marked 
thus  tàiinau,  the  plural  of  tant,  'a  musical  string'.  To  the  infinitives  molim, 
crcbim,  diprim,\ve  may  add  a  Mid.  Welsh  instance  in  -if,  namely  odif,  which 
occurs  in  the  following  passages  in  the  Mabinogi  of  Cilhwch  ac  Olwen.  Mab.  iv. 
p.  219  :  —  ymaael  aoruc  yspadaden  penkawr  yn  un  or  tri  llechwaew  gwen- 
wynnic  aoedgeir  ylaw.  ae  dodi  ar  eu  hol.  ae  aruoll  aoruc  bedwyr  aeo^;/ynteu. 
agwan  yspadaden  pennkawr  trwy  aual  y  garr  yngythrymet.»  Hère  we  hâve  o^i/ 
land  its  compound  dodi  :  p.  220  it  occurs  several  times  :  —  n  Kymryt  aoruc 
■ynteu  yr  eil  llechwaew  aoed  ach  y  law.  ae  odif  ar  eu  hol.  ae  aruoll  aoruc  menw 
,  mabgwaed.  ae  odif  ynteu  ae  wan  yn  alauon  y  dwy  uron  :  »  the  other  passages 
larenearly  identical.  Odif  (now  odi)  means  here'to  castorthrow'  and  is  équivalent 
Ao'bnrw'  :  in  later  Welsh  it  seems  to  stand  for  'bwrw  cira'  =  'to  snow'.  Whiie 
discussing  such  names  as  CuiuUam  and  Cuneglasus  and  wishing  to  show  that  cun 
in  them  meant  a  «  chief  or  captain  »  the  professor  forgets  to  mention  that  Gil- 
,das  expressly  says  that  buncglasus  Oater  Cynlasi  means  in  Latin  lanio  fulvus.  The 
statement  that  «  there  are  several  other  words  [besides  maccwy]  in  which  the 
:  Welsh  has  both  the  c  form  and  the  p  form  »  requires  to  be  proved  more  expli- 
;citly,  for  talcm  on  account  of  its  disturbing  similarity  to  the  Breton  talgcnn  is, 
|to  say  the  least  of  it,  a  shaky  instance.  In  the  same  number  Dr.  Ferguson,  p. 
:355,  discusses  the  Bridell  ogham  and  would,  unless  we  are  mistaken,  read  Nei- 
^lasagrom  Maqi  Mucoi  Greci. 

I  Jan.  1873,  Mr.  Brash  returns  to  the  Bridell  ogham  rp.  103)  and  objects  to 
Dr.  Ferguson's  reading  Netta,  because,  as  he  says,  be  has  not  before  met  with 
this  prefix,  whereas  Nec  or  Nech  is  familiar  to  him  —a  manner  of  talking  which 
;  looks  suspicious,  for  what  is  wanted  is  the  probable  reading  of  the  stone  :  when 
he  and  Dr  Ferguson  hâve  agreed  on  that,  they  may  venture  to  leave  the  resuit 
■  to  be  dealt  with  by  philologists  :  interprétation  and  reading  should  be  mixed  up 
:as  little  as  possible  in  such  cases.  Mr  Rhys  «  On  some  of  our  British  Inscrip- 
;  tiens  »  p.  74-77,  suggests  that  the  Irish  can  lay  no  reasonable  claim  to  the 
.oghams  found  in  Wales  and  Cornwall  and  maintains  that  the  inscription  Trcnac- 
.callo  •=  Trcn  ac  Cailo,  «  Tren  and  Catlo.  n  He  accepts  the  reading  Maqiqici  on 
•  the  Fardel  stone  but  substitutes  Svaqquci  for  the  usual  reading  Sfaqquci,  which 
seems  to  be  the  resuit  of  Irish  Antiquarians  antedating  their  /  which  is  known 
.to  stand  for  are  original  v.  Identifying  svaq  with  Welsh  chwech  'six',  be  hints 
that  Svaqquci  Maqiqici  =  Svaq-Quici  Maqui  Qaici,  «  Sex  Quici  filii  Quici.  »  But 
,by  far  the  most  important  contribution  to  this  number  is  the  batch  of 'Old- 
Welsh  glosses  on  Martianus  Capella'  lately  discovered  by  Mr.  Bradshaw  and 
edited  hère  with  most  valuable  notes  by  Mr.  Stokes,  p.  1-21.  We  hâve  but 
,few  observations  to  add  :  —  As  to  anu,  now  emv,  'name',  it  hardly  can  be  an 
instance  of  the  vocalization  of  m,  the  word's  history  being  probablythe  follov/- 


1 36  Périodiques. 

ing  :  'anman  (for  original  naman),  *ànma,  'anm,  "anùm,  'imuv,  'anu  with  which 
compare  the  double  forms  crrriv  and  cwryf,'hter,  and  ulw  and  ulyf,  'hot  ashes': 
similarly  enuein,  for  which  later  Welsh  substitutes  enw-au,  'names'  implies  the 
séries  *anmana,  'cnmena,  'enmen,  'enamen,  *enuven,  'enuen,  enuein  :  Cimmaetic  can 
hardly  be  for  cim-mav-ctic  :  rather  ought  it  to  be  perhaps  am-mag-ctic  from  the  same 
root  mag  as  cyfodh,  'wealth',  the  latin  conqiieslos,  which  it  is  meant  to  explain 
having  been  confounded  with  conquisitos  through  the  influence  of  the  med.  lat. 
conqucstus,  u  pro  quibuslibet  bonis  quavis  ratione  acquisitis;  etiam  quse  a  pâtre 
et  matre  hsereditario  iure  quis  possidet.  »  (Ducange).  Possibly  aiso  mcdd-u  'to 
possess'  =  megcd-u.  It  is  to  be  hoped  that  tum,  'a  bend,  a  turn',  which  Ebel 
has  suggested  to  Mr.  Stokes  to  explain  dattotimb,  is  a  bona  fide  Welsh  word  : 
Pughe  has  it,  but  without  a  quotation  to  support  it.  Perhaps  dMolimb  means 
dattotim  a  noun  of  the  same  forms  as  the  infinitives  molim  etc.  to  be  analysed  dat- 
dotim  or  datt-otim;  for  the  quotations  just  given  from  the  Mabinogion  show  that 
both  dodi  and  odif  sometimes  meant  Ho  throw'  :  hère  dattotimb  would  mean  the 
act  of  'throwing  up  or  vomiting'  referred  to  in  the  latin  «  cum  coactissima  ges- 
tione  vomueris;  »  \{  dattotimb  is  to  be  referred  strictly  to  gcstionc  one  mighl' 
expect  that  to  hâve  been  egcstione.  To  thèse  forms  we  may  add  diod,  which  i 
occurs  frequently  in  the  Mabinogion  in  the  sensé  of  'throwing  or  casting  aside'i 
and  of'stripping  off'  arms  or  clothes.  I 

Liiird  (gl.  horti)  tor*lubgirtli  :  sing.'lubgarthvjhence  the  modem  lliiarth  seems 
to  indicate  that  u  in  this  instance  had  not  attained  its  modem  sound  approa-' 
ching  German  ù.  Of  course  Pughe  when  he  renders  «  Bid  las  lluartli,  »  «  Loi 
a  camp  be  green  »  had  no  notion  that  lluanh  is  simply  'a  garden'  and  not  '. 
camp'. 

BEinNiAD.  An  article  on  'YGymraeg  a'r  Lladin  by  Rev.  J.  B.  Jones  B.  A. 
Bridgend,  appeared  in  the  number  for  July  1872  of  this  periodical  pp.  7^-80 
It  contains  some  ingénions  conjectures,  but  cannot  be  considered  satisfactory,  a; 
the  learned  author  is  evidently  unacquainted  with  Zeuss. 

Traethodydd.  a  second  article  on  'Hen  Lyfrau  y  Cymry'  has  appeared  ir, 
the  number  for  January  1873,  pp.  35-$!,  of  this  periodical.  It  contains  notice;' 
ofafewbooks  and  éditions  unknown  belore,  and  interesting  particulars  concernin§ 
others.  In  the  number  for  April  of  the  same  year,  John  Peter  has  an  article  or 
'  William  Salesbury  fet  Llysicuwr  being  a  description  of  a  Botanical  work  ir 
Ms.  by  the  eminent  translator  of  the  New  Testament  into  Welsh.  It  contain; 
several  new  words,  and  a  few  new  botanical  terms  not  found  in  Hugh  Davies' 
work. 

Dysgedydd.  This  is  a  monthly,  the  organ  of  the  independents,  and  now  ir 
its  52^  year.  There  appeared  in  the  number  for  January  1873,  pp.  ii-ij  at 
article  by  John  Peter  entitled  'Dodo  (aunty)  being  a  short  illustration  of  th( 
principlc;  that  language  is  an  instrument  of  Ethnology.  Another  article,  by  the. 


Périodi(]ues.  ijy 

.  same  author,  appeared  in  the  February  number,  pp.  51-54,  on  the  theory  of 
questions  and  ansvvers  in  tiie  Welsh  language. 

Mémoires  de  la  Société  des  ANTinuAiRES  de  France,  t.  XXXIII.— P.  I. 
Les  monuments  celtitjues  et  Scandinaves  des  environs  d'Inverness  par  M.  J,   Ma- 

•  rion.  Ce  sont  :  les  cercles  de  pierre  de  Clava  et  de  Leys  dans  lesquels  l'auteur 
reconnaît  des  sépultures  celtiques   (p.  6);   les  forts  vitrifiés  de  Craig-Phadrick 

,  et  de  Ord-hill-of-Kcssoch,  spécimens  d'un  genre  de  construction  dont  il  existe  en 

Ecosse  plus  de  cent  monuments  et  qui  paraît  d'origine  Scandinave,  VII'-X"  siècle 
,fp.  9>;    les   pierres  sculptées  de  Sweno  et  Dunkeld,   sorte  de  stèles  funéraires 

attribuées  aux  Pietés  (p.  45).  De  nombreuses  planches  sont  jointes  au  texte  de 
icette  dernière  partie  :  M.  M.  s'est  beaucoup  aidé  du  livre  de  M.  Stuart  intitulé  : 

Sculpturcd  stoncs  of  Scotland.  —  P.  71.  L'Êmaillerie  gauloise  au  mont  Beuvray, 
,par  M.  Bulliot  :  étude  sur  un  atelier  d'émailleur,  découverte  dans  l'antique  ville 
.gauloise  de  Bibracte.  —  P.  106.  Description  de  quelques  refuges  par   M.    Keller. 

Ces  refuges  situés  en  Suisse  sont  au  nombre  de  vingt-sept.  La  date  d'une  grande 
■partie  d'entre  eux  ne  peut  être  établie  que  par  comparaison  avec  les  autres  et  par 

•  conséquent  d'une  manière  un  peu  hypothétique.  Mais  des  fouilles  ont  démontré 
que  quelques-uns  sont  l'œuvre  de  la  population  qui  demeurait  dans  les  habita- 
tions lacustres  (p.  122,  13 1). 

Les  sujets  suivants,  traités  dans  le  Bulletin  de  1872,  rentrent  dans  le  cercle 
des  études  celtiques  :  P.  54.  Découverte  d'une  statue  de  déesse  mère  en  bois, 
dans  un  puits  funéraire  du  temps  d'Aurélien  (communication  de  M.  Quicherat). 
—  P.  55.  Fouilles  archéologiques  faites  en  Suisse  en  1871  (M.  Nicard).  —  P. 
69,  Envoi  au  musée  de  Saint-Germain  d'objets  recueillis  au  mont  Beuvray.  Une 
planche  reproduit  les  graffiti, trouvés  jusqu'ici  dans  cette  localité  (M.  Bertrand). 
P.  73.  Inscription  chrétienne  donnant  le  nom  de  Lentinum  aujourd'hui  Lempsy 
:(Puy-de-Dôme)  ^M.  Chassaing).  —  P.  75.  Rapprochement  entre  le  nom  de 
[Mars  Randosatis  et  celui  de  Randan  fPuy-de-Dôme),  cf.  Beitr,  t.  III,  p.  420 
'M.  Chassaing).  —  P.  76.  Plaque  d'argent  trouvée  à  Roques  d'Authero  (Rhône), 
portant  une  inscription  gravée  à  la  pointe  et  supposée  celtique  (M.  Quicherat). 
■ — P.  83.  Nom  de  Sirona  dans  deux  inscriptions  du  musée  de  Bordeaux  (M.  San- 
isas).  —  P.  89.  Fouilles  dans  l'arrondissement  de  Lille,  poterie  au  nom  de 
Catu-sualis  (M.  Rigaux).  —  P.  100.  Monuments  dédiés  aux  proxumes  chez  les 
sVoIces  Arécomiques  'M.  Aurès).  —  P.  102.  Observations  sur  une  inscription 
de  Bordeaux  où  se  trouve  le  nom  de  Sirona  (M.  Creully).  —  P.  117.  Sépul- 
ture gallo-romaine  trouvée  en  Vendée  par  M.  Fillon  (M.  Quicherat).  Un  médail- 
■Ion  porte  la  légende  A.  V.  M.  CN.  ALINGV.  M.  Fillon  rapproche  ALINGV 
du  nom  de  lieu  Almgône,  aujourd'hui  Langon.  Si  cette  hypothèse  est  exacte,  il  y 
aurait  là  un  exemple  gaulois  de  u--=d  dans  le  suffixe  on,  et  on  pourrait  rapprocher 
cet  exemple  du  Frontu  =  Fronto  de  l'inscription  du  vieux  Poitiers,  Beitr.,  t.  III, 
p.  166;  cf.  Gr.  C.'-,  p.  772.  —  P.  127.  Statère  d'or  gaulois  anépigraphe  inédit, 
trouvé  aux  environs  de  Craon  (Mayenne;,  texte  et  dessin  (M.  Chabouillet).  — 
P.  159.  Observations  nouvelles  sur  une  inscription  de  Bordeaux  où  se  trouve  le 


I  ^8  Périodiques. 

nom  At  Sirona  (M.  d'Arbois  de  Jubainvillej.  —  P.  152.  Noms  de  potiers  du 
musée  de  Bordeaux  (M.  Sansas).  —  P.  1 57.  Critique  de  la  lecture  de  l'inscrip- 
tion du  musée  de  Bordeaux  déjà  mentionnée  (M.  Sansas). 

REVUE  ARCHÉOLOGIQUE:  Septembre  1872.  P.  160-162.  Alpes  Peniuna 
Graiœ,  Cottia,  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville;  combat  des  étymologies  con 
testables  de  ces  noms  présentées  dans  la  Revue  Savoisicnne  —  P.  171-176 
Une  sépulture  étrusque  en  Belgique,  par  M.  H.  Schuermans.  —  P.  177-189 
Fouilles  de  Bibracte,  par  M.  Bulliot  (suite).  Dans  cet  article,  purement  archéo 
logique,  sont  relevées  quelques  marques  de  potier. —  Novembre.  P.  327  :  Ana 
lyse  d'une  communication  faite  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettre 
par  M.  Léon  Renier  sur  une  inscription  nouvelle  au  Dieu  Borvo  :  (nous  étendon 
les  ligatures) 

AVG-SACR-DEO 

BORVONI  ET  CANDI       [ET,  ND  liées] 

DO  iERARI  SVB  CV 

RA  LEONIS  ET  MAR        [ET,  AR  liéesj 

CIANI  EXVOTO  R 

AERARI  DONA 

Cette  inscription,  gravée  sur  une  plaque  de  bronze,  a  été  trouvée  en  creusaiîj 
les  fondations  d'une  maison  à  Entrains,  l'ancien  Intaranum,  dans  la  Nièvre.  Il  n' 
a  que  quatre  mots  à  compléter:  AVG  pour  i4ugui/o,  SACR  pour  ^(îcram,  DON/ 
pour  cionaverunt  et  enfin  R  à  la  fin  de  la  cinquième  ligne  pour  relato. 

Janvier  1873.  Pp.  46-47.  Note  sur  une  inscription  de  Voltino,  par  M.  H.  d'Arb,  d 
Jubainville^  Inscription  signalée  comme  celtique  par  M.  Becker  (Beitraege  III' 
171)  et  expliquée  comme  telle  par  M.  Siegfried  et  Wh.  Stokes  (ibid.  VI,  17 
M.  d'A.  de  J.  objecte  que  Dugiava  se  rencontre  comme  nom  de  femme  dar 
une  inscription  latine  de  Limone  (Corp.  Inscr.  lat.  de  l'Académie  de  Berlin. 
V,  p.  512,  no  4887).  —  Mars;  p.  197  —  202.  Le  Dieu  gaulois  Bcknas ,  / 
déesse  gauloise  Belisama;  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville.  Dérivant  après  Sie{ 
fried  le  nom  Belenus  de  la  racine  Gval  «  ardere,  «  M.  d'A.  de  J.  en  étudie  If, 
dérivés  dans  les  noms  d'homme  et  de  lieu.  —  Avril,  p.  217-227,  Mémoi, 
sur  un  tombeau  gallo-romain  découvert  à  Saintes  en  novembre  1871,  par  M.  Tl. 
Grasilier.  —  P.  267;  Note  sur  la  découverte  de  Vorganium,  capitale  des  Osi\ 
mil  III'  Lyonnaise)  par  M.  R.  F.  Le  Men.  Dans  la  dernière  ligne,  jusqu'ici  ind'j 
chiffrée,  de  l'inscription  de  la  colonne  milliaire  romaine  connue  sous  le  nom  c 
pierre  de  Kerskao,  M.  Le  Men  a  lu  le  nom  de  Vorganium.  Il  annonce  un  trav.1 
plus  étendu  sur  la  situation  de  Vorganium  et  sur  la  géographie  des  Osismii. 

RoMAM.K,  recueil  trimestriel  consacré  à  l'étude  des  langues  et  des  littératur 
romanes,  publié  par  P.  Meyer  et  G.  Paris.  —  T.  I,  n°  1,  p.  1.  Romani,  Rom 
ma,  par  M.  G.  Paris.  Ce  remarquable  travail  contient,  p.  16  et  17,  quelqu 
observations  fort  exactes  sur  l'histoire  des  langues  celtiques  depuis  la  conquêj 
romaine.  —  N*  4,  p.  457.  De  l'origine  et  du  développement  des  romans  de  la  Tat\ 


Périodiques.  139 

ronde,  \e  Saint-Graal  par  M.  P.  Paris'.  L'auteur  établit  que  l'origine  de  la 
légende  du  Saint-Graal  et  de  Joseph  d'Arimathie  est  monastique,  ne  remonte  pro- 
bablement qu'au  X1I°  siècle,  et  est  complètement  étrangère  aux  traditions  bre- 
tonnes desquelles  dérivent  les  autres  romans  de  la  Table  ronde.  Il  avait  soutenu 
une  doctrine  opposée  dans  l'introduction  placée  en  tête  du  tome  I"  de  ses 
Romans  de  la  Table  ronde  où,  parlant  du  poème  de  Joseph  d'Arimathie,  il  dit  : 
«  Ce  roman  en  vers  est  fondé  sur  une  tradition  que  j'appellerais  volontiers 
»  l'évangile  des  Bretons  et  remonterait  peut-être  au  troisième  ou  au  quatrième  siècle 
*  de  notre  ère  ^p.  93).  »  Cette  opinion  était  fort  séduisante  et  en  l'abandonnant 
parce  qu'elle  contredit  la  chronique  de  Senones,  parce  que  la  légende  de  Joseph 
d'Arimathie  n'était  connue  ni  de  Geofroi  de  Monmouth,  ni  de  Wace,  le  savant 
académicien  donne  un  exemple  que  devrait  suivre  plus  d'un  érudit  enchaîné  par 
l'habitude,  la  paresse  ou  l'amour-propre  à  des  idées  préconçues. 

T.  II,  n"  5,  p.  80.  Quisque  et  Cala  dans  les  langues  romanes  par  M.  P. 
Meyer.  —  Le  savant  romaniste  signale  la  présence  de  la  préposition  cala  sous 
différentes  formes  dans  le  français  archaïque,  en  espagnol,  en  provençal,  en  ita- 
lien; quand  il  veut  remonter  plus  haut,  il  trouve  deux  exemples  dans  la  vulgate 
et  à  une  date  plus  ancienne  le  xaTâ  grec.  Mais  sans  aller  en  Grèce,  sans  sortir 
des  pays  auxquels  appartiennent  les   langues    que  nous   venons  de  nommer,  il 

:  aurait  pu  citer  une  langue  parlée  dans  chacun  de  ces  pays  par  une  masse  consi- 
dérable de  population  antérieurement  à  la  vulgate,  avant  comme  pendant  la  domi- 
nation romaine.  Cette  langue  est  le  gaulois.  Des  noms  composés  gaulois  nous  ont 
conservé  cette  préposition   sous  sa   forme  la  plus  ancienne  :  Cata-mantaloedis, 

:  Cata-Liuni,  Cata-sextus  (Gr.  C.%  p.  866);  et,  sous  sa  forme  moderne gat,  elle  est 
encore  facilement  reconnaissable  dans  le  breton-armoricain. 

Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  t.  XXXIII,  p.  289.  Notice  sur  la 
contrée  de  Bourgogne,  appelée  pagus  Scodigorum  par  M.  Finot.  Ce  nom  de 
pays  tirerait  son  origine  d'un  nom  de  lieu  dont  le  sens   était  à  l'origine  beau- 

■  coup  plus  restreint  :  vallis  Scodinga,  V«  siècle.  Scodinga  pourrait  être  celtique. 
•  On  a  réuni  d'autres  exemples  de  la  désinence  ingû-  ingo-  dans  des  noms  de  lieu 
'gaulois  {Gr.  €',  p.  795). 

Mémoires    de    la    Société    de    linguistique    de    Paris,    t.    II,    p.   66- 

■  69,  J.  Grimm  et  Marcellus  de  Bordeaux,  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubain- 
ville.  M.  d'A.  de  J.  combat  l'interprétation  par  l'irlandais  proposée  par  M.  Pic- 
tet  pour  les  formules  magiques  de  Marcellus  de  Bordeaux.  D'accord  avec  Zeuss 
et  M.  Ebel,  il  se  refuse  à  y  voir  un  texte  celtique  et  propose  l'explication  de 
quelques-unes  par  le  latin   et  par  le  grec.    Mais  il  admet,  comme  M.  Ebel,  que 

.'  l'origine  gauloise  d'une  partie  au  moins  des  noms  de  plantes  donnée  comme 
gaulois  par  Marcellus  ne  peut  être  contestée. 


I.  Ce  travail  a  aussi  été  publié  dans   \e  Bulletin   du    bibliophile,  nov.-décemb.    1872. 
4i8-49i. 


140  Périodiques. 

Bulletin  monumental  ou  collections  de  Mémoires  sur  les  monuments  histo- 
riques de  France  (Paris,  Derache,  Didron)  4"  série,  tome  I",  1873,  p.  1 1-37:— 
Ëtude  sur  une  inscription  romaine  inédite  de  Tours  et  sur  le  monument  dont  elU\ 
révèle  l'existence,  par  M.  R.  Mowat  (tiré  à  part  en  brochure,  Paris,  Franck),! 
traite  en  passant  de  l'adoption  de  noms  romains  par  les  Gaulois,  après  la  con-j 
quête,  et  particulièrement  de  la  fréquence  du  nom  de  Julius  chez  ces  derniers.     ! 


Revue  politique  et  littéraiue,  2'  année,  p.  83  3 , 1  "'  mars  1873.—  Les  poésia 
populaires  de  la  Basse-Bretagne  par  M.  L.  Havet.  —  C'est  le  travail  le  plu; 
complet  qui  ait  été  jusqu'ici  publié  sur  le  Barzaz-Breiz.  M.  Havet  après  un  coup 
d'oeil  d'ensemble  sur  la  poésie  populaire  bretonne  en  général,  arrive  aux  chan^ 
sons,  constate  qu'elles  sont  empruntées  au  même  fonds  commun  que  la  pluparl! 
des  chansons  populaires  françaises,  grecques,  allemandes,  slaves  publiées  jusqu'ici 
puis  il  écrit  l'histoire  de  la  publication  de  M.  de  La  Villemarqué;  il  résume  le: 
nombreux  mémoires  dans  lesquels  la  valeur  historique  et  scientifique  du  Barza: 
Breiz  a  été  discutée  tant  en  France  qu'en  Allemagne,  notamment  par  M.  L 
Men,  Liebrecht  et  surtout  par  M.  Luzel  qui,  en  1S72,  a  fait  paraître  à  I: 
librairie  Franck  une  brochure  intitulée  :  De  l'authenticité  des  chants  du  Barza: 
Breiz  (in-8°,  47  pages).  Il  est  inutile  de  dire  que  la  conclusion  de  l'auteur  es| 
conforme  à  celle  que  donne  dans  ce  numéro  de  la  Revue  celticjue  (p.  44)  le  savan'; 
et  regrettable  Lejean.  Mais  l'article  de  M.  Havet  ne  fait  pas  double  emploi  avei 
celui  de  M.  Lejean,  et  il  est  sur  certains  points  beaucoup  plus  complet  :  la  par 
tie  bibliographique  notamment  y  est  fort  développée.  Nous  apprenons  doni 
avec  plaisir  que  le  travail  du  jeune  philologue  vient  d'être  réimprimé  à  Lorient 
chez  Corfmat.  Les  poésies  populaires  de  la  Basse-Bretagne  forment  une  brochur^ 
in- 12  de  42  pages  qui  a  sa  place  marquée  dans  la  bibliothèque  des  celtistes  , 
côté  de  celle  de  M.  Luzel,  sur  l'authenticité  des  chants  du  Barzaz-Breiz. 

Beitraege  zuiî  veruleichenden  spnACHFonscHUNG.  T.  VIL 
!«'  cahier,  p.  i.  Le  verbe  irlandais,  fin,  par  M.  Whitley  Stokes.  L'auteur  cri| 
tique  et  cherche  à  compléter  la  partie  de  la  Gr.  C*.  qui  traite  le  même  sujet.  I 
relève  beaucoup  de  formes  négligées  par  M.  Ebel.  Nous  citerons  comme  exem 
pies:  r  l'optatif  (p.  n;  2°  le  futur  composé  avec  la  racine  ta  (p.  28);  3°  I 
prétérit  composé  avec  la  racine  bhu  (p.  31),  l'imparfait  composé  avec  la  racin 
Av  (?)  (p.  54).  On  y  trouve  aussi  beaucoup  d'observations  étymologiques  inté 
ressantes,  telle  est  la  réfutation  de  la  doctrine  qui  admet  dans  un  certain  nombri 
de  mots  celtiques  la  substitution  de  la  ténue  à  la  moyenne  (Gr.  C.*,  p.  18)  tfi 
est  le  rejet  de  l'identification  proposée  entre  le  sanscrit  prati  et  l'irlandais  frit. 
Gr.  C.*,  p.  67).  —  P.  69.  L'accusatif  pluriel  dans  Us  langues  bretonnes  par  I 
même.  Cet  accusatif  pluriel  est  identique  au  pluriel  en  /  :  on  sait  que  dans  le 
langues  bretonnes  1'/;  long  primitif  est  devenu  /';  le  pluriel  en  1  est  un  accusât! 
pluriel  en  ùs  qui  a  perdu  son  s  final.  Ces  deux  articles  font  le  plus  grand  hon 
neur  à  la  science  et  à  la  perspicacité  de  l'habile  celtiste  auquel  nous  les  devons- 
2»  cahier,  p.  228,  Gloses  kymritjucs  d'Oxford  par  John  Rhys.  Ce  mémoire  a  et 


* 


Périodiques.  141 

communiqué  avant  son  impression  à  M.  Ebel  qui  l'a  utilisé  dans  son  édition  de 
la  Cr.  C  II  contient  quelques  observations  ingénieuses  que  M.  Ebel  n'a  pas 
reproduites  :  ainsi  dans  le  second  terme  du  composé  strutulr'iguar  «  selle 
d'homme  »  (vocabula  in  pensum  discipuli,  {-  42  a,  Gr.  C.*,  p.  1061),  guar  est, 
suivant  M.  Rhys  fp.  238;,  le  génitif  de  gur,  homme.  Ce  serait  le  seul  exemple 
connu  du  génitif  singulier  en  breton.  Mais  nous  ne  comprenons  pas  pourquoi  la 
voyelle  radicale  de  gur  ordinairement  supprimée  (Gr.  C,  p.  130)  se  serait 
conservée  au  génitif  plutôt  qu'aux  autres  cas,  ni  comment,  en  admettant  l'hypo- 
thèse de  M.  Rhys,  cette  voyelle  n'aurait  pas  subi  la  même  assimilation  qu'au 
nominatif  pluriel  gwyr  dont  la  désinence  primitive  est  la  même  que  celle  du  géni- 
tif singulier.  Suivant  nous  donc  guar  ^  gur,  et  M,  Ebel  a  eu  raison  de  ne  pas 
adopter  l'hypothèse  de  M.  Rhys. 

3"  cahier,  p.  358,  Gloses  phrygiennes  par  M.  Fick.  Du  phrygien  i3o£|j.ga),ûv  (xà 
alSoïov)  l'auteur  aurait  pu  rapprocher,  non-seulement  le  gothique  vamba ,  en 
vieux  haut  allemand  wamba  {venter,  utérus,  vulva),  originairement  vambd,  et  son 
dérivé  moyen-haut  allemand  wempel  =  vîimpil  {schamtheil),  mais  aussi  le  vieux  gal- 
lois gumbclauc  =--  vambilâco  (utérus)  conservé  par  un  fabliau  vieux  Scandinave  que 
nous  a  signalé  M.  G.  Paris.  Le  mot  gallois  serait  dérivé  au  moyen  du  suffixe 
auc  =  âco  d'un  thème  vambil[a]  qui  paraît  identique  au  vieux  haut  allemand 
wempel.  Quant  au  thème  wamba,  d'où  wempel  est  dérivé,  on  doit  probablement 
le  reconnaître  dans  gwamm,  terme  de  mépris  pour  dire  «  femme  »  en  breton 
.armoricain.  On  peut  proposer  l'équation  gwamm  =  vambâ. 

,    Zeitscrift  fur  yergleichende  sprachforschung,  t.  XXÎ,  livraisons  1-5. 
,    P.  3.  Le  vieux  slave  nuta  «  troupeau   »  est  l'objet  par  M.  Fick  d'une  inté- 
ressante notice  où  figure  le  franc  nimid  et  où  nous  sommes  étonnés  de  ne  pas 
trouver  le  gaulois  neméton. 

P.  7-8.  M.  Fick  donne  en  quelques  mots  une  très-curieuse  étude  sur  les 
'ormes  féminines  des  noms  de  nombre  trois  et  quatre  dans  les  langues  celtiques. 
Le  sanscrit  et  le  zend  sont  avec  le  celtique  les  seules  langues  indo-européennes 
qui  aient  conservé  ces  formes  féminines  :  5  =  skt.  tisras  =  zend  tisaro  =  vieil 
irl.  te[s]ora,  teoir  —  gallois,  armoricain  teir ;  4  =  skt.  k'alasras  ■=.  vieil  irl. 
cetht[s]ora,  cetheoir  ^  gallois  peteir  =  armoricain  peder.  Le  savant  auteur  n'en 
conclut  pas  que  le  celtique  fût  plus  proche  parent  du  rameau  asiatique  que  les 
autres  langues  indo-européennes,  il  tire  seulement  la  conséquence  que  les  formes 
'éminines  des  noms  de  nombre  trois  et  quatre  appartiennent  à  la  langue  indo- 
îuropéenne  primitive. 

P.  9-10.  11  établit  les  deux  équations  :  védique  Icatitha  =  grec  tiôtto;  =  latin 
luotus,  skt.  tatitha  =z  lat.  rdto;  la  première  équation  nous  donne  Tétymologie  du 
jrelon  armoricain  pet,  ped  «  combien  »  qui   ne   peut  venir  de  pa-pez  quoi  qu'en 

I.  Il  est  par  conséquent  moins  intéressant  que  le  remarquable  travail  du  même  auteur 
•.ur  le  Folium  Luxemburgense,  publié  dans  le  tome  I"  de  la  Revue  celtiijue,  p.  346,  et 
:îui  annule  complètement  l'édition  du  même  texte  donnée  par  M.  Ebel,  Gr.  C*  p. 
1063. 


142  Périodiijues. 

dise  Zeuss,  Gr.  C,  p.  399,  puisque  la  consonne  finale  est  différente  et  que  l 
composé  pebez  existe  et  n'a  pas  le  même  sens  que  pcl.  De  la  seconde  équation 
il  résulte  qu'il  n'y  a  définitivement  aucun  rapport  entre  le  latin  totiis  et  le  thèmi 
gaulois  touto,  en  breton  tut. 

P.  13.  M.  Fick  justifie  par  la  comparaison  avec  le  prussien  ash-la-  «  sixième/ 
avec  le  lithuanien  usz-es  «  couches,  ->  littéralement  «  six  semaines,  »  la  form 
primitive  proposée  par  M.  Ebel  pour  le  breton  armoricain  c'houcch,  galloi 
chwech  «  six  »  cette  forme  primitive  est  sveks.  C'est  évidemment  la  forme  fonda 
mentale  dans  le  rameau  européen  :  bien  qu'en  grec  comme  en  latin  et  dans  le 
langues  germaniques  toute  trace  du  v  ait  disparu.  j 

P.  105-108.  M.  Savelsberg,  dans  ses  études  ombriennes  fait  sur  l'étymologied* 
l'ombrien  panu  des  observations  applicables  au  breton  pan,  «  quand  :  »  ni  l'u 
ni  l'autre  ne  seraient  identiques  au  latin  quando,  ce  serait  du  grec  xrivo;  «  cela 
ci  1)  qu'il  faudrait  les  rapprocher.  Les  redoublements  de  \'n  et  de  \'s  qu'il  signai] 
en  ombrien  se  trouvent  aussi  en  gaulois  {Gr.  C.-,  p.  774,  786).  \ 

P.  252-254.  M.  Windisch,  rendant  compte  du  mémoire  de  M.  Herman, 
Brunnhofer  sur  les  mots  Tâ).a  et  lac,  établit  que  le  latin  lac,  lactis,  et  l'irlania , 
mlacht,  plus  tard  lacht,  le  vieux  comique  lait,  »  l'armoricain  lez,  comme  I; 
gothique  miluks  dérivent  de  la  racine  jiarg  «  frotter.  »  ; 

P.  366-370.  M.  Fick  a  réuni  quelques  étymologies  celtiques.  — Le  vieil  irlarj 
dais  lâr,  en  breton  armoricain  leur,  gallois  laur,  Lnrr  «  sol,  aire»  paraît  avo; 
perdu  un  p  initial  et  doit  être  rapproché  du  vieil  ^ï\em.flôra,  anglais  floor,  etd 
lithuanien  ploti.  La  racine  est  pla,  et  veut  dire  «  frapper.  »  —  Les  adjecti 
ithemar  «  vorâce  »  et  [p]lanmar  «  plein  )»,  relevés  dans  un  texte  irlandais  d 
IX"  siècle,  sont  identiques  au  sanscrit  admara  «  vorace,  »  et  au  thème  gr( 
7rXYi[jL(jLupo  =  Tr)>r,v|j:apo  d'où  7r>.:n(A[Aupa ,  «  haute  marée.  »  — Le  vieil  irlanda 
(\\aig  «  glace,  r>  en  gallois  i^[g]  d'où  le  breton  armoricain  icn  ~  iagin,  est  iden 
tique  à  l'anglais  icc,  au  vieux  Scandinave  iaki,  au  lithuanien  iza-s.  —  Le  vie 
irlandais  cnàm  «  os  »  «  jambe  »  est,  sauf  le  genre,  identique  au  grec  my)\p\  = 
kan-mâ  et  à  l'anglo-saxon  hamm  «  jarret.  »  —  Le  vieil  irlandais  ciad,  en  gallo 
coit,  en  breton  armoricain  moderne  coat  «  bois,  »  supposent  un  primitif  céta  idei 
tique  au  second  terme  du  latin  bu-cetum  :  le  correspondant  allemand  est  hcii 
«pâturage.» — La  racine  slavo-germanique  va/g,  «  laver,  «  se  retrouve  dans 
vieil  irlandais /o/fflim,  dans  le  gallois  go/c/;i  et  dans  l'armoricain  givalc'hi. 

P.  385-434.  M.  Windisch  nous  présente  une  ibrt  savante  critique  du  Dictioil 
naire  comparatif  des  langues  indo-germaniques  de  M.  Fick,  auquel  il  reproche  avr 
raison  d'avoir  à  peu  près  laissé  de  côté  les  langues  celtiques.  Il  signale  en  irlai 
dais  la  présence  des  racines  nag,  nig  «  laver,  »  snigh  «  neiger;  »  il  s'appuie  si 
l'irlandais  traig  «  pied  »  pour  repousser  l'hypothèse  de  M.  Fick  qui  rapporte 
grec  xpéxw  à  la  racine  trak  au  lieu  de  la  racine  tragh  ;  il  s'aide  de  l'ancien  irlai 
dais  pour  rechercher  la  forme  primitive  des  racines  ank,  nak;  dans  ses  observ; 
tions  sur  l'emploi  de  l'infixe  na,  il  étudie  l'origine  de  l'irlandais  inga  «  ongle 
en  gallois  twin^  en  breton  armoricain  ivin;  de  l'irlandais  imbliu  «  nombril;  »>  i 
l'irlandais  ainm  «  nom,  »  en  gallois  enw.  en  armoricain  hano.  Dix  pages  de  se 


L 


Périodiques.  14^ 

travail  (424-434)50111  exclusivement  consacrées  à  des  étymologies  celtiques  : 
racine  kas,  «  briller,  voir,  «  d'oij  l'irlandais  cais,  «  œil;  »  racine  var  «  voir  » 
;d'où  le  gallois  gwelet  qui  se  trouve  aussi  en  armoricain  ;  racine  rak,  ark,  «  rayon- 
ner »  d'où  l'armoricain  comique  hgat,  gallois  llygat  «  œil,  »  et  la  racine  secon- 
daire néo-celtique  losc  «  brûler;  »  racine  svar  «  briller  »  d'où  l'irlandais  sotus  et 
follus  «  clair;  »  racine  sku  «  regarder  »  d'où  le  comique  armoricain  skouarn 
«  oreille;  »  racine  ruk,  luk,  «  briller  »  d'où  l'irlandais  làcharn,  latin  lucerna  : 
racine  lu  «  gagner  »  d'où  le  comique  lomiern,  armoricain  louarn,  «  renard  »;  racine 
'gfl</  «  parler  »  d'où  l'irlandais  guidid,  il  prie;  »  racine  gar  «  se  réunir  »  d'où 
l'irlandais  ad-gaur,  comenio.  Du  gothique  sakja  «  chercher,  »  on  peut  rappro- 
cher l'irlandais  saigim  «  je  vais  à;  »  du  sanscrit  sama  «  année,  «  du  zend  ham 
'«  été,  »  l'irlandais  sam,  «  50/^;'/;,  »  le  vieux  gallois  «  ham  »  «  été,  «  en  moyen 
^armoricain  haff,  aujourd'hui  han,  etc.  Je  ne  puis  trop  faire  l'éloge  de  ce  mémoire 
que  je  désirerais  seulement  voir  quelquefois  complété  par  l'indication  des  formes 
armoricaines.  Ainsi,  M.  Windisch,  signalant  en  irlandais  la  présence  de  dérivés 
nombreux  de  la  racine  skar,  «  couper,  détruire  »  ne  parle  pas  de  l'armoricain 
diskar,  diskaïa.  Quand  il  cherche,  dans  les  dialectes  bretons,  des  dérivés  de  la 
racine  sv.\n  «  brûler  »  à  rapprocher  de  l'irlandais  sûil  «  œil  »  =  svali,  il  ne 
trouve  que  le  gallois-cornique  heul  «  soleil  »  ;  en  breton-armoricain  heol  =  savl. 
Cependant  il  nous  paraît  difficile  de  ne  pas  mettre  à  côté  de  sûil  et  de  heol  le 
■breton-armoricain  sell  «  regard  »,  en  comique  sell,  syll  =  savli,  et  les  dérivés 
sellad  «  œillade  »,  sellûut  «  regarder  ». 


CHRONIQUE. 


Un  concours  celtique  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  —  1 
collection  de  monnaies  gauloises  de  M.  de  Saulcy.  —  La  linguistique  ; 
Congrès  de  Saint-Brieuc  en  1872.  —  La  Société  archéologique  du  Finistèr 
—  La  Société  archéologique  galloise.  —  Discours  de  M.  Blackie.  —  I 
Société  gaélique  d'inverness.  —  Cours  de  gaélique  de  M.  l'abbé  Bourke.  ■ 
Un  concours  de  l'Académie  de  Dublin.  —  Une  rectification.  —  Une  réel 
mation  de  M.  le  docteur  Halléguen. 


Cette  année,  les  études  celtiques  figurent  facultativement  dans  un  concot 
établi  près  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  celui  du  prix  Bruni 
En  voici  le  texte  :  | 

PRIX  BRUNET. 

«  M.  Brunet,  par  son  testament  en  date  du    14  novembre  1867,   a  fondé 
«  prix  triennal  de  trois  mille  francs  pour    un  ouvrage  de  bibliographie  savante  t^' 
))  l'Académie  des  Inscriptions,  qui  en  choisira  elle-même  le  sujet,  jugera  le  p. 
»  digne  de  cette  récompense. 

»  L'Académie,  se  proposant  d'appliquer  successivement  ce  prix  aux  diver;: 
))  branches  de  l'érudition,  avait  décidé  qu'il  serait  décerné,  pour  la  premiij 
»  fois,  en  1871,  puis  en  1872,  au  meilleur  ouvrage  de  bibliographie  savai' 
»  relatif  à  la  littérature  ou  à  l'archéologie  de  l'antiquité  classique  ;  elle  le  prorc 
»  aujourd'hui  jusqu'en  1874,  en  l'appliquant  à  l'antiquité  grecque,  italique  ou  c 
»  tique  (archéologie,  histoire  et  littérature). 

»  Tous  les  ouvrages  manuscrits  ou  imprimés  depuis  1871  inclusivemei 
»  seront  admis  au  concours  et  devront  être  déposés  avant  le  i"  janvier  1874 

Il  ne  semble  pas  que  l'Académie,  en  laissant  ainsi  le  choix  aux  concurrents, 
soit  rendu  suffisamment  compte  des  difficultés  que  comporte  une  bibliograp, 
de  l'antiquité  celtique.  L'antiquité  grecque  et  italique  a  été  étudiée  avec  tant 
zèle  et  depuis  si  longtemps  déjà  (on  pourrait  presque  dire  depuis  la  Renaissanc 
que  les  points  de  repère  sont  fixés,   les  travaux  préparatoires   abondent  et  , 
matériaux  s'offrent  pour  ainsi  dire  d'eux-mêmes  comme  les  pierres  d'Amphi([ 
II  en  est  tout  autrement  pour  l'antiquité  celtique.   Et  encore,   dans  quel  si- 
faut-il  comprendre  ce  mot?  Doit-on  se  borner  aux  antiquités  de  la  Gaule  et 
Iles  Britanniques  sans  dépasser  la  fin  de  l'époqueromUinePCest  déjà  un  imme 
travail,  mais  au  moins  le  terrain  est-il  déjà  délimité,  et  de  toutes  les  branches  iJ 
études  celtiques,    l'archéologie   est-elle  la  plus  développée,   celle  qui  à  l'he  ? 
actuelle  est  en  pleine  possession  d'elle-même.  Mais  s'il  faut  y  joindre  l'histoire 
la  littérature  des  pays  celtiques,  la  tâche  dépasse  les  forces  d'un  homme,  et 


Chroniijue.  145 

bibliothèques  publiques  n'en  fournissent  pas  les  éléments.  La  bibliothèque  natio- 
nale de  Paris  et  celle  du  musée  britannique  de  Londres  sont  toutes  deux  très- 
pauvres  en  ouvrages  celtiques. 

Nous  ne  pensons  donc  pas  que  l'Académie  reçoive  pour  ce  concours  un  essai 
de  bibliographie  celtique  :  mais  elle  rendrait  grand  service  à  nos  études,  si  elle 
proposait  comme  sujet  d'un  prochain  concours  une  partie  nettement  délimitée  de 
la  bibliographie  celtique.  Elle  pourrait  proposer  une  bibliographie  soit  de  l'archéo- 

[  logie  Gallo-romaine  et  Britannique,  soit  de  la  philologie  celtique,  entendant  par 

I  là  l'ensemble  des  œuvres  grammaticales,  lexicographiques,  littéraires  et  mytholo- 
giques des  littératures  néo-celtiques,  soit  d'une  des  littératures  néo-celtiques 
prise  à  part.  Il  existe  une  bibliographie   de  la   littérature  galloise  (cf.  fiev.  Celt. 

,  I,  281);  il  en  existe  une  de  toutes  les  publications  relatives  à  l'île  de  Man  ;  il  en 
existe  une,  incomplète  il  est  vrai,  de  la  littérature  gaélique  d'Ecosse.  Mais  il 
n'en  existe  encore  ni  de  la  littérature  irlandaise,  ni  de  la  littérature  bretonne 

:  armoricaine.  La  compilation  de  semblables  manuels  bibliographiques  serait  œuvre 
éminemment  utile  et  mériterait  les  encouragements  de  l'illustre  compagnie.  Il 
faut  pourtant  remarquer  qu'une  bibliographie  bretonne  (nous  entendons  par  là 
une  bibliographie  des  œuvres  publiées  en  breton)  serait  fort  difficile  par  la  rareté 
dans  nos  bibliothèques  publiques  des  ouvrages  un  peu  anciens;  ceux-ci  ne  se 
rencontrent  plus  que  dans  les  ventes  ou  dans  les  bibliothèques  des  collectionneurs. 
Mais  en  laissant  aux  concurrents  la  liberté  de  choisir  entre  diverses  monogra- 

,  phies  de  ce  genre,   l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  susciterait  sans 

.doute  quelque  travail  utile  à  ces  études  celtiques,  qui  figurent  si  rarement  dans 

■  le  programme  de  ses  concours. 


\  Nous  empruntons  au  Polybiblion  (N*  de  février  1873,  p.  1 14),  la  notice  sui- 
vante sur  l'achat  par  l'État  de  la  collection  de  monnaies  gauloises  de  M.  de 

jSaulcy,  la  plus  riche  et  la  plus  complète  qui  ait  encore  été  formée  :  elle  a  été 

j achetée  200,000  francs  : 

!  K  L'Assemblée  Nationale  vient  de  voter  l'acquisition  de  la  collection  de  Saulcy, 
qui  comprend  plus  de  7,000  pièces,  dont  950  en  or,  et  324  en  argent,  et  qui 
va  être  déposée  au  Cabinet  des  Antiques  de  la  Bibliothèque  Nationale. 

11  II  est  de  toute  justice  de  rappeler  que  sur  les  instances  d'un  savant  numis- 
matiste,  M.  An.  de  Barthélémy,  un  groupe  composé  des  hommes  les  plus  émi- 
nents  dans  les  matières  d'archéologie  et  d'histoire  gauloise,  adressa  en  mai  1872 
aux  Sociétés  savantes  des  départements,  une  circulaire  pour  adjurer  celles-ci 
.d'émettre  des  vœux  motivés,  tendant  à  faire  acquérir  par  l'État  cette  magnifique 
collection  qu'on  craignait  de  voir  s'immobiliser  en  Angleterre.  Soixante-six 
^sociétés,  représentant  quarante-quatre  départements,  répondirent  à  cet  appel 
■avec  un  louable  et  patriotique  empressement;  et,  muni  de  leurs  vœux,  M.  An. 
de  Barthélémy  put  se  présenter  devant  le  Ministre  de  l'Instruction  publique,  en 
compagnie  de  deux  membres  de  l'Assemblée,  MM.  Vinay  et  Henri  Martin,  et  le 
convaincre  de  l'importance  attachée  à  l'objet  de  leur  démarche.  Enfin,  d'après 
Rev.  Celt.  Il  10 


1 46  Chronique. 

l'avis  unanime  d'une  commission  nommée  pour  examiner  la  collection  de  Saulcy 
revenue  à  Paris,  et  un  rapport  fait  à  l'Assemblée  Nationale  par  M.  Beulé,  la, 
Commission  du  Budget  n'hésita  pas  à  proposer  un  vote  favorable  que  les  repré-. 
sentants  s'empressèrent  de  donner.  » 


On  vient  de  publier  le  Comptc-rcndu  des  triw^iix  de  la  session  du  congres  scienti- 
fiqut  de  France,  tenu  à  Saint-Brieuc  du  i»""  au  10  juillet  1872,  sous  les  auspices 
de  la  Société  d'Émulation  des  Côtes-du-Nord  (Saint-Brieuc,  impr.  Fr.  Guyon). 
Nous  ne  nous  étonnons  pas  que  des  «  savants  »  dn  pays  aient  voulu  démontrei 
que  toutes  les  langues  viennent  du  Breton  armoricain,  et  que  celui-ci  est  «  Ij 
langue  primitive^  la  langue-mère  universelle  ;  »  --  la  saine  philologie  n'est  pa; 
encore  assez  répandue  pour  avoir  extirpé  tout  germe  de  Celtomanie  ;  —  mai; 
nous  avons  le  droit  de  nous  étonner  qu'un  Congrès,  s'intitulant  scientifique,  n'ai 
pas  prononcé  l'ordre  du  jour  pur  et  simple  sur  de  pareilles  rêveries,  et  ait  ai 
contraire  inséré  dans  son  compte-rendu  (p.  124- 129)  une  analyse  de  ces  «recherche;; 
linguistiques  !  » 

Une  société  savante  de  Bretagne  qui  avait  cessé  d'exister  depuis  un  certaiii 
nombre    d'années,    la    Société    archéologique    du    Finistère,    vient    de    renaîtr 
grâce  à  l'initiative  de  quelques-uns   de  ses  anciens  membres  et  principalemen 
de  MM.  de  Blois  et  Le  Men.  Sa  séance  de  reconstitution  a  eu  lieu  le   1 5  a\ 
187:;,  à  Quimper.  D'après  l'art.  \<'<'  de  son  règlement,  elle  a  pour  objet: 

«    1"  De  rechercher,  d'étudier  et  de  décrire  les  monuments  anciens  et  plu 
spécialement  ceux  du  Finistère,  et  de  veiller  à  leur  conservation; 

))  2"  D'étudier  l'histoire,  les  idiomes  et  les  institutions  du  pays; 

))  30  De  travailler  à  l'accroissement  du  musée  départemental  d'archéologie. 

Elle  a  commencé  à  publier  dans  un  bulletin  mensuel  ses  procès-verbaux,  «I 
les  lectures  faites  dans  ses  séances  y  sont  analysées  et  quelquefois  reproduites*! 


Une  nouvelle  Société  savante  est  sur  le  point  de  se  fonder  en  Galles,  sousl 
nom  de  «  Société  Archéologique  Galloise  »  (Cymdeithas  Hynafiaethol  Gymra 
Parmi  ses  promoteurs  se  trouvent  deux  noms  connus  de  nos  lecteurs,  MM.  Silva'" 
Evans  et  John  Peter.  Cette  Société  n'a  pas  l'ambition  de  faire  concurrence  à  I 
savante  et  puissante  «  Association  Archéologique  Cambrienne,  »  dont  les  pubi 
cations,  rédigées  en  anglais,  sont  bien  connues  du  monde  savant.  La  nouvel! 
association  se  propose  un  but  plus  populaire  et  plus  national.  Elle  fera  ses  pubI 
cations  en  langue  galloise,  et  par  là,  en  même  temps  qu'elle  instruira  le  peupl 
gallois  sur  son  histoire  et  sur  ses  antiquités,  elle  l'intéressera  à  ces  recherches  t 
suscitera  des  collaborateurs  de  bonne  volonté  qui  signaleront  les  antiquités  d 
leur  endroit,  recueilleront  les  traditions,  légendes,  chants  populaires,  pn. 
verbes,  etc.  Les  promoteurs  de  cette  nouvelle  Société  ne  peuvent  manquer  d 
trouver  dans  le  patriotique  public  de  Galles  assez  de  souscripteurs  pour  réalise 


f 


Chronicjiie.  147 

leur  projet,  d'autant  plus  que  la  cotisation  annuelle  est  peu  élevée  (six  shillings). 
Le  secrétaire  provisoire  est  M.  John  R.  Elias,  à  Pentraeth,  Anglesey.  La  pre- 
mière session  de  la  nouvelle  Société  se  tiendra  à  Mold,  le  premier  lundi 
d'août    1875. 


A  la  reprise  des  cours  de  l'Université  d'Edimbourg  en  novembre  (1872), 
M.  Blackie,  professeur  de  grec,  a  rouvert  le  sien  par  une  leçon  sur  «  la  valeur 
intellectuelle  des  différentes  langues  au  point  de  vue  de  la  culture  intellectuelle,  » 
dans  laquelle  il  a  parlé  en  fort  bons  termes  de  la  faveur  que  le  gaélique  devrait 
rencontrer  en  Ecosse,  et  de  la  valeur  littéraire  de  cette  langue  en  elle-même.  La 
dépopulation  rapide  des  Hautes-Terres,  le  dédain  pour  la  langue  indigène  que 
professent  aujourd'hui  les  classes  aisées  sont,  plus  que  la  facilité  des  communica- 
tions, la  cause  de  cette  décadence.  M.  Blackie  a  exprimé  en  outre  le  désir  qu'une 
chaire  de  philologie  celtique  soit  fondée  dans  une  des  Universités  Écossaises. 
Cette  leçon  a  été  analysée  dans  le  Scotsman  du  7  novembre  1872.  —  M.  Blackie 
a  repris  la  défense  du  gaélique  avec  beaucoup  d'esprit  et  de  force  dans  un  discours 
prononcé  à  une  soirée  donnée  au  profit  de  la  souscription  ouverte  pour  fonder 
une  chaire  de  philologie  celtique  à  l'Université  d'Edimbourg.  Ce  discours  a  été 
publié  dans  le  Scotsman  du  16  avril  1873. 


La  II  Société  gaélique  d'Inverness  (Comiinn  Gmlig  Inbhir-Nis)  a  été  fondée 
en  1871.  L'article  2  de  ses  statuts  expose  l'objet  de  ses  fondateurs  :  «  La  Société 
a  pour  but  de  perfectionner  ses  membres  dans  l'usage  de  la  langue  gaélique  ;  de 
cultiver  le  langage,  la  poésie  et  la  musique  des  Hautes-Terres  d'Ecosse;  de 
sauver  de  l'oubli  la  poésie  celtique,  les  traditions,  légendes,  livres  et  manuscrits  ; 
d'établir  à  Inverness  une  bibliothèque  de  livres  et  de  manuscrits,  en  quelque 
langue  que  ce  soit,  qui  traitent  du  génie,  de  la  littérature,  de  l'histoire,  des 
antiquités  et  des  intérêts  matériels  des  Hautes-Terres  et  de  leurs  habitants  ;  de 
défendre  leurs  droits  et  la  réputation  des  Gaels  ;  et,  d'une  manière  générale,  de 
servir  leurs  intérêts  dans  le  pays  ou  à  l'étranger,  n  Le  langage  employé  dans  les 
réunions  est  le  gaélique  une  séance  sur  deux.  Tous  les  ans,  en  juillet,  la  Société 
î  une  réunion  générale  où  elle  décerne  des  prix,  dans  des  concours  de  littérature 
n  de  poésie  gaélique  et  de  musique  nationale  Piob  (en  anglais  Pipe,  espèce  de 
flageolet),  etc.  Pour  mor.trer  qu'elle  concilie  le  culte  des  traditions  nationales 
avec  la  littérature,  elle  a  élu  un  Barde,  uu  Piobaire  et  un  bibliothécaire.  Elle 
vient  en  outre  de  publier,  comme  premier  volume  de  ses  transactions,  les  princi- 
pales lectures  faites  dans  les  séances  de  sa  première  année'. 


I.  Transactions  of  the  Gaelic  Society  of  Inverness.  Vol.  1.  —  Year  1871-72.  Inverness, 
'rinted  for  ttie  Society  by  William  Mackay,  14  High  Street.  1872.  XV-127  p.  in-8'.  En 
t'oici  le  sommaire  : 

Introduction.  —  Preliminary  Meeting.  —  Incorporation  of  Society.  —  Inaugural  Lec- 
ure  by  the  Rev.  A.  D.  Mackenzie.  —  Lament  for  Lord  Clyde,   by  Angus   Macdonald 


148  Chronique. 

Il  porte  pour  épigraphe  la  vieille  devise  :  Clann  nan  Gaidhdl  ri  guailUa, 
a'cheile.  «  Les  enfants  des  Gaels  épaule  contre  épaule.  »  Nous  avons  été  un  pe 
surpris  de  voir  combien  les  œuvres  des  Celtistes  du  continent  sont  peu  connue 
dans  l'extrême  Nord  de  la  Grande-Bretagne  :  l'ouvrage  fondamental  de  Zeu< 
n'est  mentionné  que  par  M.  William  Ross.  Mais  il  serait  injuste  de  critiquer  tro 
sévèrement  les  travaux  de  cette  jeune  Société  qui  déploie  tant  de  zèle  et  qi 
promet  de  rendre  des  services  à  la  littérature  celtique.  Nous  espérons  que  dar 
leurs  prochains  volumes  ils  feront  une  part  plus  grande  à  la  publication  de  texte: 
légendes,  poésies  et  mélodies  populaires,  proverbes,  documents  historiques,  eti 

La  seconde  réunion  annuelle  a  eu  lieu  dans  les  premiers  jours  de  juillet  187 
à  Inverness,  avec  grand  succès.  De  la  sorte,  il  y  aura  désormais  en  Ecosse  ut 
espèce  de  pendant  aux  Eisteddfodau  du  pays  de  Galles. 


Un  écrivain  patriote  de  l'Irlande,  qui  a  pris  à  tâche  de  répandre  la  connai 
sance  du  gaélique  et  de  l'empêcher  de  disparaître,  M.  l'abbé  Ulick  Bourke,  dire 
teur  du  petit  séminaire  de  Tuam,  a  entrepris  la  publication  dans  un  journal  (, 
cette  ville  de  leçons  hebdomadaires  de  gaélique  (The  Tuam  News  and  Weste. 
Advcrtiscr,  N'^  du  vendredi).  Ces  leçons  s'adressent  à  la  fois  aux  Irlandais  q 
comprennent  leur  langue  de  naissance  comme  un  patois  parlé  autour  d'eu , 
veulent  savoir  le  lire  et  l'écrire,  et  à  ceux  (s'il  s'en  rencontre)  qui,  l'ignora 
entièrement,  prouvent  leur  patriotisme  jusqu'à  l'apprendre  comme  on  apprend  u 
langue  étrangère.  M.  Bourke  avait  déjà  tenté  cette  œuvre  dans  ses  Easy  Lcsso 
in  Irish,  Dublin,  Mullany  ;  puis,  dans  un  journal  intitulé  The  Keltic  Journal  a. 
Educator,  dont  sept  numéros  seulement  parurent;  (il  s'imprimait  à  Manchester 
Dans  ce  journal,  M.  Bourke  renonçait  désormais  et  sagement,  selon  nous,  à  l'ai 
cien  alphabet  irlandais  qui  effraie  l'illettré,  et  il  adoptait  les  caractères  romain. 
M.  Bourke  risque  davantage  d'atteindre  son  but  par  le  journal  de  Tuam  que  p 
le  Keltic  Journal  and  Educator.  Ce  dernier  ne  s'adressait  qu'aux  lecteurs  gagn 
d'avance;  dans  le  journal  de  Tuam,  les  leçons  de  M.  Bourke  vont  trouv 
un  public  étendu,  et  s'imposent  pour  ainsi  dire  à  lui.  Nous  félicitons  sine 
rement  M.  Bourke  de  son  zèle;  mais,  à  parler  franchement,  nous  douto 
que  son  œuvre  soit  couronnée  de  succès.  Sans  doute  un  peuple  animé  d'i. 
patriotisme  ardent  peut,  pour  affirmer  sa  nationalité  opprimée,  réapprendre  si 
idiome  tombé  au  rang  de  patois  et  l'élever  de  nouveau  au  rang  de  langue  écn 
et  cultivée  ;  les  Tchèques  de  Bohème  ont  fourni  un  brillant  exemple  à  cet  éga 


(poésie  gaélique  par  le  barde  de  la  Société.)  —  Local  Topography,  by  Alexander  M«. 
kenzie.  —  The  clan  System,  by  John  Murdoch.  —  The  Legends  of  Glen-Urquhart,  1 
William  Mackay  fen  gaélique).  —  The  Forty-Five,  hy  Charles  Mackay  (en  gaélique),  j 
Survey  of  the  Celtic  Languages,  by  the  Rev.  William  Ross.  —  The  Highland  Clearancii 
by  John  Macdonald.  —  Notes  on  the  History  of  the  Cael,  by  Lachlan  Macbean.  —  Il 
first  annual  assembly  (comptes  rendus,  discours  et  poésies  parmi  lesquelles  une  tri 
duction  en  vers  gaéliques  du  God  savc  the  qucen,  par  le  Barde  de  la  Société).  —  Nationj 
lity  by  Professer  Blackie.  —  List  of  members  of  the  Society.  —  Donations  towards  t 
Library.  { 


chronique.  149 

au  commencement  du  siècle.  Rien  n'annonce  qu'il  doive  en  être  ainsi  en  Irlande, 
et  le  mouvement  séparatiste  du  Home  Rule  n'est  accompagné  d'aucune  revendica- 
tion de  la  véritable  nationalité  de  l'Irlande,  je  veux  dire  de  sa  langue.  Cette  con- 
sidération ne  diminue  en  rien  le  mérite  des  efforts  de  M.  l'abbé  Ulick  Bourke.... 

Si  Pergama  dextra 
Defendi  possint...  hac  defensa  fuissent  ! 


Nous  avons  appris  par  les  journaux  irlandais  que  l'Académie  royale  d'Irlande 
offre,  sur  les  fonds  qui  lui  ont  été  légués  au  siècle  dernier  par  M.  Cunning- 
ham,  deux  prix  de  50  livres  chacun  (1250  fr.)  «  pour  les  meilleurs  rapports 
ou  essais  sur  l'état  actuel  de  la  langue  et  de  la  littérature  irlandaise,  écrite  ou 
non  écrite,  dans  les  provinces  de  Munster  et  de  Connaught.  »  Les  mémoires 
devront  être  envoyés  avant  le  !"■  mars  1874.  Nous  regrettons  de  n'en  pouvoir 
dire  davantage,  n'ayant  pas  reçu  le  programme  détaillé  de  ce  concours,  qui  a. 
paraît-il,  été  publié  à  Dublin. 

Dans  notre  dernière  chronique,  nous  annoncions  (p.  500J  que  M.  Ebel  venait 
d'être  chargé  d'un  cours  de  philologie  celtique  à  l'Université  de  Berlin.  Nous 
empruntions  cette  nouvelle  à  un  recueil  allemand  qui  annonce  tout  spécialement 
las  nominations  dans  l'Enseignement  supérieur  en  Allemagne  au  Literarisches 
Central  Blatt.  Or  elle  est  erronée  dans  ce  qui  en  faisait  le  principal  intérêt.  M. 
Ebel  a  bien  été  appelé  à  l'Université  de  Berlin,  mais  pour  occuper  une  chaire  de 
grammaire  comparée.  C'est  sa  réputation  bien  établie  de  celtiste  qui,  au  premier 
bruit  de  sa  nomination  à  Berlin,  a  fait  croire  qu'on  avait  créé  pour  lui  une  chaire 
celtique.  Il  n'en  était  rien.  Mais  M.  Ebel  enseignant  la  grammaire  comparée  à 
l'Université  berlinoise  ne  manquera  pas  de  prendre  quelque  jour  pour  objet 
principal  de  ses  leçons  nos  études  qui  lui  sont  si  familières  depuis  longtemps. 

Dans  le  même  numéro  nous  donnions  (p.  499)  une  bibliographie  de  la  ques- 
tion du  Barzaz  Brclz,  et  sans  nous  attacher  à  l'ordre  chronologique,  nous  men- 
tionnions en  dernier  lieu  la  communication  de  M,  Halléguen  au  Congrès  de 
Saint-Brieuc,  telle  qu'elle  nous  est  connue  par  le  compte-rendu  de  ce  congrès. 
'A  parler  franchement,  nous  donnions  cette  indication  par  scrupule  d'exactitude > 
îcar  notre  intention  était  d'indiquer  non  les  opinions  émises  sur  l'authenticité  du 
Barzaz  Breiz,  mais  les  travaux  dans  lesquels  cette  question  a  été  discutée,  soit 
par  la  comparaison  d'une  pièce  du  Barzaz  Bmz  avec  la  pièce  populaire  corres- 
pondante, soit  par  des  arguments  historiques  et  philologiques.  Or,  si  M.  Hal- 
léguen a  posé  la  question  au  congrès  de  Saint-Brieuc,  il  ne  l'a  pas  (/îicufe'f 
—  autant  que  nous  pouvons  juger  par  le  compte-rendu. 

Mais  M.  Halléguen  n'a  pas  été  satisfait,  et  il  a  trouvé  mauvais  que  nous  ne 
l'ayons  pas  cité  m  tête  de  cette  note  bibliographique.  Après  nous  avoir  person- 
nellement exprimé  cette  plainte,  il  l'a  formulée  dans  un  article  intitulé  «  M.  de 


1 50  Cinonicjue. 

la  VUkmarquc. —  Le  Bai:a:  Brciz  «  et  publié  dans  la  Revue  politique  cl  htlèrau 
du  19  juillet  1873.  Cet  article  était  extrait  d'un  prochain  ouvrage  de  M.  Hallt 
guen  et  la  rédaction  disait  en  le  publiant  qu'il  «  complétait  utilement  l'étude  c 
critique  littéraire  de  M.  L.  Havet  que  la  Revue  politique  avait  publiée  le  1"  mai: 
dernier.  »  Nous  avons  vainement  cherché  en  quoi  l'article  obscur  et  diffus  c 
M.  Halléguen  «  complète  utilement  »  l'étude  si  ^détaillée  et  surtout  si  intell 
gible  de  M.  Louis  Havet  (voir  plus  haut  p.  140).  Tout  ce  que  nous  avons  con 
pris  dans  cet  article,  c'est  que  M.  Halléguen  y  revendique  la  priorité  dans 
question  du  Barzaz  Brciz  et  qu'il  le  fait  en  visant  spécialement  la  note  bibliogr 
phique  de  notre  dernière  chronique. 

Nous  donnons  volontiers  acte  à  M.  Halléguen  de  sa  réclamation,  d'avoir 
premier  posé  la  question  de  l'authenticité  des  chants  populaires  de  laBretagni, 
mais  —  outre  qu'en  ces  matières  la  priorité  est  moins  à  celui  qui  pose  ui 
question  qu'à  celui  qui  la  discute  et  la  résout,  et  que  la  même  pensée  vie 
simultanément  à  plusieurs  personnes,  —  nous  sommes  forcés  de  constater  qi 
dans  les  termes  mêmes  où  M.  Halléguen  pose  la  question,  c'est-à-dire  dai 
l'ordre  des  dates,  la  priorité  ne  lui  appartient  pas.  Qu'on  remarque  ces  date: 
c'est  le  18  octobre  1867  que  M.  Halléguen  prenait  la  parole  au  congrès  ( 
Saint-Brieuc,  et  la  nouvelle  édition  du  Catholicon  — dans  la  préface  de  laque! 
M.  Le  Men  porte  un  jugement  si  net  et  si  précis  sur  l'ensemble  du  Barzaz  Bn 
et  nommément  sur  les  pièces  les  plus  importantes  —  cette  édition  avait  dé 
paru.  Le  Catholicon  a  été  mis  en  vente  à  Saint-Brieuc  même  dans  l'après-mi 
du  14,  et  il  était  en  vente  à  Lorient  et  à  Quimperlé  avant  cette  date.  M.  Hr 
léguen  parlera-t-il  encore  de  «  l'interversion,  non  intentionnelle,  sans  dout 
des  dates,  et  par  suite  du  rôle  des  écrivains  dans  cette  campagne  de  restaur 
tion  historique  et  littéraire  de  la  Bretagne  armoricaine?  «  (Revue  politique,  \c)]u 
let  1875).  Bien  plus,  si  l'on  voulait  résoudre  absolument  cette  question  de  pri 
rite  et  chercher,  pour  employer  les  expressions  de  M.  Halléguen  «  qui  a 
premier  posé  la  question  de  l'authenticité  des  chants  populaires  »  publiés  p 
M.  de  la  Villemarqué,  il  faudrait  remonter  treize  ans  plus  haut,  remonter 
l'étude  sur  la  Poésie  des  races  celtiques  publiée  par  M.  Renan  dans  la  Revue  0 
Deux-Mondes  du  1"'  février  1854,  et  oià  l'éminent  critique  émettait  en  terni 
discrets,  mais  précis,  des  doutes  sérieux  sur  l'authenticité  des  pièces  hist 
riques  du  Barzaz  Breiz. 

M.  Halléguen  n'a  donc  aucun  droit  de  revendiquer  la  priorité  dans  la  que 
tion  de  l'authenticité  du  Barzaz  Breiz,  et,  s'il  la  revendique,  c'est  moins  à  Paij 
qu'il  devrait  le  faire  (car  à  Paris  au  moins  on  le  nomme  et  on  donne  la  réll 
rence  de  ses  travaux)  qu'en  Bretagne  même  où  l'on  traite  souvent  cette  que- 
tion  sans  avoir  l'air  de  se  douter  que  M.  Halléguen  y  ait  touché.  Il  peut  s'' 
convaincre,  par  exemple,  par  les  articles  de  M.  Salaûn,  cité  plus  haut,  p.  1; 
articles  dans  lesquels  le  rédacteur  de  VOcéan  a  défendu  l'authenticité  du  Bar: 
Breiz  contre  M.  Luzel  seul,  sans  seulement  prononcer  le  nom  de  M.  le  docte 
Halléguen. 

H.  GAIDOZ. 


NÉCROLOGIE. 

M.  Edwin  Norris,  né  le  24  octobre  1795,  mort  le  10  décembre  1872  à 
Londres,  est  surtout  connu  dans  la  science  philologique  par  ses  grands  travaux 
assyriologiques  et  par  ses  publications  sur  les  langues  de  l'Afrique  et  de  la  Poly- 
nésie ;  mais  son  esprit,  curieux  autant  que  puissant,  s'était  un  instant  tourné 
vers  les  études  celtiques,  et  cette  diversion  à  ses  études  ordinaires  nous  a  valu 
son  bel  ouvrage  The  ancient  Cornish  Drama  (2  vol.  in-S",  Oxford,  1859). 

M.  Maximilien  de  Ring,  né  en  1799,  mort  au  commencement  de  187?,  a  été 
I  plus  d'une  fois  amené  par  ses  études  sur  les  antiquités  de  l'Alsace  à  toucher  des 
\  questions  d'histoire  et  d'archéologie  celtique,  principalement  dans  les  ouvrages 
!  suivants  :  Etablissements  celtiques  dans  le  sud-ouest  de  l'Allemagne,  Fnhourg,  1842; 
j  Etablissements  romains  du  Rhin  et  du  Danube,  Paris,  1852-53;  Notices  et  Mémoires 
ï  sur  les  tombes  celtiques  de  l'Alsace,  de  la  Souabe,  de  l'Allemagne...  1840-64. 
! 

Le  D'  Adolphe  Bacmeister,  mort  en  février  1873  à  Stuttgart  à  l'âge  de 
'  46  ans.  Esprit  aussi  brillant  qu'érudit,  il  restait  lettré  tout  en  traitant  des  ques- 
j  tions  philologiques  :  dans  le  tome  I  (seul  publié)  de  ses  Alemnanische  Wanderun- 
'  gen  (Stuttgart,  1867),  il  s'est  occupé  des  traces  laissées  par  les  Celtes  dans  la 
■  nomenclature  géographique  de  l'Allemagne  du  Sud.  On  nous  dit  qu'il  a  en  outre 
j  publié  dans  l'Oesterreichische  Wochenschrift  (n°'  9,  10  et  1 1  de  1872)  une  série 
d'articles  intitulés  Keltische  Studien,  mais  écrits  en  vue  du  grand  public. 

;  M.  Amédée  Thierry,  membre  de  l'Académie  des  sciences  morales  et  politi- 
i  ques,  frère  de  l'illustre  Augustin  Thierry  et  lui-même  historien  éminent,  né  le 
'  2  août  1797,  mort  le  26  mars  1873,  auteur  d'une  Histoire  des  Gaulois ,  et  d'une 
\  Histoire  de  la  Gaule  sous  l'administration  romaine.  Son  Histoire  des  Gaulois  publiée 
!  en  1828  (elle  a  eu  depuis  plusieurs  éditions),  reste  encore  aujourd'hui  une  œuvre 
!  remarquable  ;  mais  elle  est  précédée  d'une  longue  introduction  sur  l'ethnographie 

gauloise,  aujourd'hui  en  complet  désaccord  avec  la  science.  La  théorie  de 
'  MM.  Am.  Thierry  sur  la  dualité  de  la  race  gauloise  a  été  renversée  par  VEthno- 
^  génie  gauloise  de  M.  de  Belloguet,  et  ne   se  rencontre  plus  aujourd'hui  que  dans 

des  ouvrages  de  troisième  main,  écrits  sur   la   Gaule  par  des  personnes   sans 

compétence. 

M.  Patrick  Kennedy,  né  le  10  mars  1801,  mort  à  Dublin  le  28  mars  1873. 
Libraire  dans  cette  ville,  M.  Kennedy  s'était  fait  sa  propre  éducation  et  était 
iCe  que  les  Anglais  appellent  un  «  self-made  man  ».  Après  avoir  longtemps  vendu 
des  livres,  il  se  mit  à  en  faire,  et  il  en  fit  non  sans  valeur.  Il  était  un  rédacteur 
assidu  du  Dublin  University  Magazine,  et  il  avait  dans  ces  dernières  années  écrit 
des  ouvrages  intéressants,  quoique  faits  de  seconde  main,  sur  les  traditions  et 
les  légendes  irlandaises  (cf.  Rev.  Celt.  I,  p.  276).  Il  avait  publié  tout  récem- 
ment un  nouveau  recueil  de  ce  genre  sous  le  titre  de  The  Bardic  Storics  of  Ireland 
(Dubhn,  Mac  Glashan  et  GilL). 


1^2  Nécrologie. 

Le  D'  Cari  Lottner,  né  à  Berlin  le  20  juin  1834^  mort  à  Dublin  le  5  avi 
1873,  avait  été  appelé  en  1860  à  Dublin  comme  professeur  de  sanscrit  et  biblii 
thécaire-adjoint  à  l'Université  de  cette  ville  (Trinity  Collège)  ;  il  y  remplaça 
un  de  ses  compatriotes,  celtiste  éminent  mort  jeune,  Rodolphe  Siegfried. 
occupa  ces  fonctions  jusque  dans  ses  dernières  années  et  ne  quitta  plus  Dublii 
où  il  est  mort  le  5  avril  1873.  M.  Lottner,  dont  les  connaissances  étaient  aus 
variées  que  sûres,  ne  s'était  enfermé  dans  aucune  spécialité  ;  il  était  plusicu 
fois  entré  dans  le  domaine  des  études  celtiques  avec  des  articles,  publiés  dans 
Zeitschiift  et  dans  les  Beitrage  de  Berlin,  sur  la  place  du  celtique  dans  la  famil 
indo-européenne.  C'est  par  lui  qu'a  été  mis  au  jour  le  travail  posthume  de  Sie; 
fried  relatif  à  l'inscription  de  la  lame  d'argent  trouvée  à  Poitiers. 

M.  Prosper  Proux,  né  à  Poullaouen  (Finistère)  en  1811,  mort  à  Morlaix 
1 1  mai  1873,  était  un  des  plus  distingués  et  des  plus  originaux  parmi  les  poèt 
bretons  contemporains.  Il  avait  publié  deux  volumes  de  poésies,  le  premier  i 
1838  sans  nom  d'auteur  :  Canaoucnnou  grét  gant  eiir  C'hernewod,  recueil  1 
pièces  badines  et  légèrement  grivoises  devenu  aujourd'hui  d'une  extrême  raret- 
L'autre  volume  a  paru  en  1866  sous  le  titre  Bombard  Kerne,  Jabadao  ha  Kami 
avec  traduction  française  en  regard  et  précédé  d'une  notice  de  M.  Luzel  (Gui 
gamp,  Legoffic).  Prosper  Proux  était  le  Béranger  de  la  Bretagne  bretonnarit 
Son  ami  M.  Luzel  a  consacré  à  sa  mémoire  une  belle  élégie  {Klcmgan  war  va 
P.  Proux j  Barz  Kerne)  dans  VEcho  de  Morlaix  du  i"  juin  1873. 

M.  William  Rees,  mort  à  Tonn,  près  Llandovery,  le  13  juillet  1873  dans 
65e  année  de  son  âge.  Ancien  libraire,  M.  W.  Rees  avait  publié  d'importan 
ouvrages  relatifs  à  la  principauté  de  Galles  et  à  son  histoire,  et  notamment  I 
Mabinogion.  Il  était  le  neveu  du  feu  W.  J.  Rees  qui  a  édité  le  Liber  Landavcn: 
et  les  Lives  of  the  Cambro-British  Saints  pour  la  n  Welsh  Mss.  Society  «  et  frè 
cadet  du  professeur  Rees,  auteur  d'un  livre  sur  les  Welsh  Saints. 

La  mort  de  l'ex-empereur  Napoléon  III  doit  aussi  être  mentionnée  ici,  m 
tant  pour  avoir  commencé  une  Histoire  de  Jules  César  que  pour  avoir  institué 
commission  de  la  topographie  des  Gaules  et  fondé  le  Musée  de  Saint-Germai 
en-Laye,  deux  institutions  utiles  entre  toutes  pour  l'étude  de  l'antiquité  gauloi 
et  dont  nous  entretiendrons  bientôt  nos  lecteurs. 

H.  G. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Chronique  par  M.  H.  Gaidoz  (Un  concours  celtique  à  l'Académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres).  —  La  collection  de  monnaies  gauloises  de  M.  de 
Saulcy.  —  La  linguistique  au  Congrès  de  Saint-Brieuc  en  1872.  — La 
Société  archéologique  du  Finistère.  —  La  Société  archéologique  galloise.  — 
Discours  de  M.  Blackie.  —  La  Société  gaélique  d'Inverness.  —  Cours  de 
gaélique  de  M.  l'abbé  Bourke.  —  Un  concours  de  l'Académie  de  Dublin.  — 
Une  rectification.  —  Une  réclamation  de  M.  le  docteur  Halléguen. 

Nécrologie.  —  MM.  Norris;  de  Ring;  Bacmeister;  Amédée  Thierry; 
Kennedy;  Lottrier;  Proux;  Rees;  Napoléon  IIL 


SUPPLÉMENT. 

We  are  very  sorry  to  find  that  we  cannot  this  time  give  our  readers  the  usual  insîal- 
mtnt  oj  Griffith  Robcrts'  Welsh  Grammar  :  wc  shall,  however,  mah  up  for  this 
unavoidabU  omission  in  our  next  issue.  —  Ed. 


NOUVEAUX  ERRATA  DU  VOLUME  I". 

P.  302,  I.  32,  au  lieu  de  :  intervention  —  lire  :  interversion 
P.  309,  1.  17,  au  lieu   de:  gratuit  de  villes  en  faveur  duquel  —  lire:  gra- 
tuite... de  laquelle 
P.  341,  I.  32,  au  lieu  de:  0.  Br.  Urm-gent  —  lire:  0.  Br.  Uur-gent 
P.  488,  I.  1 1  de  la  note,   au  lieu  de:  dans  les  poésies  de  Conrad  de  Wurz- 
ourg  —  lire  :  dans  le  poème  de  Conrad  de  Wurzbourg 


$ 


Les  numéros  de  la  Revue  Celtique  ne  se  vendent  pas  séparément;  on 
s'abonne  pour  un  volume  qui  paraît  en  plusieurs  livraisons  formant 
ensemble  environ  $20  pages.  —  Prix  d'abonnement:  Paris,  20  fr.; 
Départements,  22  fr.;  Étranger,  le  port  en  sus.  On  souscrit:  Pour  la 
France,  en  envoyant  un  mandat-poste  payable  au  nom  de  M.  F.  Vieweg, 
propriétaire  de  la  librairie  Franck,  67,  rue  de  Richelieu^  à  Paris;  pour 
l'étranger,  par  l'intermédiaire  d'un  libraire. 

Une  liste  des  souscripteurs  est  publiée  avec  chaque  volume. 

Il  est  tiré  quelques  exemplaires  sur  papier  de  Hollande  portant  sur  le  titre  le 
nom  imprimé  du  souscripteur.  Le  prix  d'abonnement  à  ces  exemplaires  est  double, 
c'est-à-dire  40  fr.  pour  Paris,  44  fr.  pour  les  départements. 

Toutes  les  communications,  correspondances,  etc.,  doivent  être 
adressées  franc  de  port  à  M.  H.  Gaidoz,  aux  soins  de  M.  F.  Viev^eg, 
propriétaire  de  la  librairie  Franck,  rue  de  Richelieu,  67,  Paris. 

La  direction  de  la  Revue  ne  s'engage  pas  à  renvoyer  aux  auteurs  les 
manuscrits  non  insérés. 


TO   OUR   BrITISH    SUBSCRIBERS    : 

Subscribers  are  respectfully  requested  to  remit  the  amount  of  L  i 

subscription  for  the  2nd.  volume  of  the  Revue  Celtique,  by  Post  Office 

Order  payable  at  the  General  Post  Office  London  to 

Trûbner'  and  C" 

57  and  59,  Ludgate  Hill, 

London. 

N.  B.  A  few  copies  are  printed  on  laid  paper  with  the  names  of  subscribers. 
The  terms  of  subscription  for  thèse  copies  is  double,  viz.  two  pounds  per  annum. 

A  list  of  the  subscribers  is  given  with  every  yearly  volume. 

Subscriptions  for  America  and  the  Colonies  are  received  by  : 

E.  Steiger,  New-York  (U.  S). 

John  Wiley  and  Son,  d»    d° 

J.  B.  Lippincott  and  Co.,  Philadelphia  (U.  S.) 

Mohun  and  Co.,  Washington  (U.  S.) 

Dawson  Brothers,  Montréal  (Canada). 

G.  Robertson,  Melbourne  (Australia). 
Àll  literary  communications  to  be  addressed,  post  free,  «  To  the  Edi- 
ter, care  of  Mons.  F.  Vieweg,  propriétaire  de  la  librairie  A.  Franck, 
67,  rue  de  Richelieu,  Paris.  » 

Books  for  review  to  be  sent  «  To  the  Editor,  care  of  Messrs  Trùbner' 
AND  G",  57  and  59,  Ludgate  Hill_,  E.  C.  London.» 

The  Editor  cannot  undertake  to  return  communications  which  are 
not  asked  for. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


I 

Les  Numéros  ne  se  vendent  pas  séparément. 


A       ^  PUBLIÉE  V^    ^ 

^^  ^^ 

jQ^      AVEC     LE     CONCOURS     DES     PRINCIPAUX     SAVANTS       >^V> 
DES   ILES    BRITANNIQUES   ET    DU    CONTINENT 


ET 
DIRIGÉE    PAR 


H.   GAIDOZ 

Professeur  de  géographie  et  d'ethnographie  à  VÉcole  des  Sciences  Politiques  de  Paris, 

Membre  de  la  Cambrian  Archaological  Association  et  de  la  Royal  Archxological 

Association  of  Ireland,  etc. 


Vol.  II.  —  N"  2 
(n»  6  de  la  collection) 

Juin  1874 

AVEC  UNE  CARTE  LINGUISTIQUE  d'ÉCOSSE 


LIBRAIRIE  A.  FRANCK  (f.  vieweg  propriétaire) 
6-j,  rue  de  Richelieu,  PARIS 

TRUBNER  AND  e 
57  and  59,  Ludgate  Hill,  LONDON 

Numbers  are  not  sold  separately . 


EXPLICATION  DE  LA  CARTE. 

La  partie  teintée  de  la  carte  qui  accompagne  ce  numéro  représente  la  partie 
de  l'Ecosse  oij  la  langue  maternelle  est  en  1873  le  gaélique.  Il  faut  y  joindre 
l'île  de  Saint-Kilda,  dans  l'Atlantique,  à  l'ouest  des  îles  Hébrides,  qui  ne  figure 
pas  dans  le  cadre  restreint  de  cette  carte,  mais  qui  est  entièrement  de  langue 
gaélique.  —  L'île  de  Bute  n'a  reçu  qu'une  demi-teinte  parce  que  les  personnes 
parlant  gaélique  y  sont  peu  nombreuses,  et  surtout  parce  qu'elles  n'y  sont  pas 
nées,  mais  y  sont  venues  d'autres  parties  de  l'Ecosse.  —  Pour  plus  de  détails, 
voir  l'article  de  M.  Murray,  auquel  cette  carte  sert  de  commentaire. 


SOMMAIRE  DU  PRÉSENT  NUMÉRO. 

I.  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines  du  Rhin  inférieur, 

par  M.  H.  Kern P-  '53 

II.  Présent  limits  of  the  Celtic  language  in  Scotland  (with  a  map) ,  by 
James  A.  H.  Murray,  Esq • 178 

III.  Etymological  Scraps,  by  John  Rhys,  Esq iSS 

IV.  Mythological  Notes,  by  Whitley  Stokes,  Esq 197 

V.  Recherches  sur  l'histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain,  par 

M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville 204 

VI.  Ch  breton  armoricain,  par  M.  L.  Havet 217 

VII.  Proverbes  et  dictons  de  la  Basse-Bretagne,  recueillis  et  traduits 

par  M.  L.  F.  Sauvé 218 

Mélanges  : 

1)  Supplément  à  la  liste  des  mots  relevés  sur  les   monnaies  gauloises, 

par  M.  A.  de  Barthélémy 245 

2)  Chansonnette  bretonne,  recueillie  et  traduite  par  M.  F. -M.  Luzel.  245 

3)  Le  Mystère  des  Trois  Rois  à   Vannes,   par    M.   H.  d'Arbois  de 
Jubainville 248 

4)  Les  Sociétés  savantes  de  Bretagne 250 

BiiîLioGUAPHiE  : 2^1 

Celtes,  Gaulois  et  Francs,  par  M.  A.  Bertrand  (H.  G.)  —  Examen  critique 
des  expéditions  gauloises  en  Italie  par  M.  Lemière  (A.  de  B.)  —  L'art  gaulois, 
par  M.  Hucher  (A.  de  B.)  —  Notice  sur  les  monuments  épigraphiques  de 
Bavai  et  du  Musée  de  Douai,  par  M.  E.  Desjardins  (H.  G.)  —  Étude  sur  l'ins- 
cription itinéraire  de  Saint-Christophe,  par  M.  Mowat  (A.  de  B.)  —  Les  cités 
gallo-romaines  de  la  Bretagne,  par  M.  Longnon  (A.  de  B.)  —  Dictionnaire  des 
antiquités  grecques  et  romaines,  par  MM.  Daremberg  et  Saglio.  —  On  the 
Manners  and  Customs  of  the  ancient  Irish  by  O'Curry  (H.  G.)  —  Carswell's 

{Suite  à  la  page  3  de  la  couverture.) 


F  NOMS    GERMANIQJJES 

DANS  DES  INSCRIPTIONS  LATINES  DU   RHIN   INFÉRIEUR' 


Dans  le  Corpus  Inscripîionum  Rhenanarum,  publié  par  le  D''  Brambach, 
se  trouve  une  inscription  (n'^  149)  consacrée  aux  «  déesses-mères  de  Trê- 
ves, »  Matribus  Treveris.  Il  y  a  encore  beaucoup  d'autres  inscriptions, 
tant  aux  bords  du  Rhin  qu'ailleurs,  dans  lesquelles  on  voit  le  mot  maires 
ou  maîronae  accompagné  d'un  attribut,  d'un  adjectif  dérivé  d'un  nom  de 
lieu.  Personne  n'en  doute  quand  l'attribut  est  un  nom  de  peuple  ou  de 
lieu  qu'on  retrouve  chez  les  écrivains  romains  ou  grecs,  comme  dans 
l'exemple  cité.  Mais  dans  le  cas  contraire,  il  est  bien  difficile  de  voir  au 
premier  abord  si  l'attribut  est  dérivé  d'un  nom  de  lieu,  ou  non.  Souvent 
on  ne  sait  à  quelle  langue  attribuer  certain  mot  latinisé,  mais  évidem- 
ment d'origine  non  latine.  Car,  tandis  qu'il  arrivait  quelquefois  qu'un 
étranger  rendait  hommage  aux  divinités  de  sa  résidence  temporaire,  il 
n'arrivait  pas  moins  souvent  que  l'un  ou  l'autre,  se  ressouvenant,  loin 
de  son  pays,  de  ses  dieux  tutélaires,  leur  consacrait  un  monument  en 
pays  étranger.  Les  noms  des  fondateurs  étant  souvent  romains,  ou  en 
tout  cas  n'étant  pas  indubitablement  germains,  ne  fournissent  point  les 
données  dont  nous  avons  besoin.  Ce  n'est  que  par  un  heureux  concours 
de  circonstances  que  nous  pourrons  découvrir  la  signification  de  quelque 
mot  non  latin,  quoique  latinisé.  Commençons  par  des  inscriptions  dans 
:  lesquelles  le  mot  attributif  ressemble  à  un  nom  de  lieu  connu. 
i  L'inscr.  62 1 ,  découverte  non  loin  de  Juliers,  contient  les  mots  Matro- 
jNis  Hamavehis.  Comparez  n''^  $29  et  550,  trouvées  toutes  deux  à  Wake- 
lendorp  :  Matronis  Vacallinehis  (et  Vacalinehis).  Il  n'y  a  guère  de 
doute  que  celles-ci  contiennent  la  forme  ancienne  de  Wakelen  (haut- 
allemand  Wacheln).  Il  est  connu  que  beaucoup  de  noms  de  village 
doivent  leur  origine  à  un  nom  d'arbre.  La  dernière  partie  d'un  semblable 

! 

t     ».  cf.  plus  haut  la  note  de  la  p.   10. 

Rev.  Celî.  Il  I  > 


1 54  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

nom  composé  est  dorp  «  village,  »  heim  «  demeure,  »  etc.,  tandis  que 
la  première  est  un  adjectif  de  matière,  ou,  plus  rarement,  le  nom  d( 
l'arbre  au  génitif.  Ainsi  l'ancien  allemand  nous  fournit  les  exemples  de 
Elsindorf  «  village  d'aunes,  »  Eichindorf,  Erlindorf,  Dornakindorf,  Piri- 
boumesdorf,  etc.  L'adjectif  wakelen  «  de  genévrier  «  et  le  substanti 
wakelder  «  genévrier  »  sont  encore  en  usage  dans  le  comté  de  Zutphen. 
La  forme  haut-allemande  de  wakelde;  est  wacholder.  Vacalin,  ou  suivan 
l'orthographe  moins  ancienne  wakalin  ou  wakalîn,  deviendrait  régu- 
lièrement wakelcn  en  bas-francique  moderne  ou  néerlandais,  et  wacheli 
en  allemand  moderne.  Il  est  certain  que  le  village  s'appelle  Wakclen-dorp 
et,  quoique  nous  ne  puissions  démontrer  que  wakelcn  ailétéuneexpressio) 
elliptique  pour  le  mot  composé,  il  sera  permis  de  conclure  que  Maîrona 
Vacalinehae  ne  peut  que  signifier  :  «  Les  dames  de  bon  secours  de  Wa 
kelendorp,  »  ou  «  des  habitants  de  W.  » 

Le  mot  vacalineh-  sera  donc  une  dérivation  secondaire  de  vacalin 
reste  à  savoir  de  quelle  manière  le  mot  est  dérivé. 

Si  nous  comparons  la  terminaison  avec  celle  de  Hamavehis,  de  M.  An 
DRUSTEHiABus(4o6),de  M.  Mahlinehis(407),  de  m.  Textumehis  (6:54  ■ 
comp.  579),  etc.,  nous  remarquerons  à  diverses  reprises  un  h  dans  1 
terminaison.  La  question  se  présente  de  savoir  quelle  valeur  il  faut  attri 
buer  à  cette  lettre  dans  ces  cas  :  Etait-ce  un  moyen  de  faire  ressorti 
que  Ve  ne  fait  pas  avec  1'/  suivant  une  diphthongue  ;  c'est-à-dire  que  eh 
devait  se  prononcer  en  deux  syllabes,  eïi'  Ou  était-ce  un  moyen  d^expr 
mer  le  son  du  ;  allemand  (le  y  anglais  dans  you)  ?  Un  tel  h  se  trouve  e 
haut-allemand  dans  bliihen,  kiilie,  etc.,  et  était  usité  déjà  en  vieux  hautj 
allemand,  il  y  a  plus  de  mille  ans,  ex.  dans  sahan,  sahen  «  semer  »  a- 
lieu  de  sajan,  sajen.  Quelques  autres  inscriptions  semblent  prouver  qu'o, 
écrivait  dans  le  même  mot  tantôt  h,  tantôt  /.  Comparez  p.  ex.  n"  61' 
avec  617;  dans  l'une  il  y  a  Etraienis,  dans  l'autre  Ettrahenis;  encor 
Gesaienis  (Brambach  lit  Cesaienis)  et  Gesahenis.  L'orthographe  d^ 
Veteraneis  (575)  varie  avec  Veteranehis  (571,  572,  576,  585,  $861 
et  Veteranehabus  ($73,  574).  Ces  exemples  nous  donnent-ils  le  dro:j 
de  regarder  1'/;  comme  un  moyen  d'exprimer  le  son  du  y  germanique  0; 
comme  une  lettre  qui  n'était  pas  prononcée  ?  Point  du  tout,  à  cause  d' 
ce  que  nous  allons  dire. 

Dans  les  langues  germaniques,  1'/;  entre  deux  voyelles  alterne  avec  i 
ou  disparaît,  excepté  dans  la  période  la  plus  ancienne.  Ainsi  en  néerlandj 
nous  voyons  geslagen  «  battu,  n  à  côté  de  slaan  (pour  slahen);  zage\ 
«  vîmes,  virent,  «  à  côté  de  zie,  pour  zihe  «  vois,  «  etc.  ;  en  alleman 
zielien  «  tirer  «  mais  gezogen,  etc.  D'un  autre  côté  le  y  est  souvent  rem 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  i  $  5 

placé  par  g.  Par  exemple  le  document  de  Frekkenhorst,  en  vieux-saxon, 
donne  tantôt  kôii  ou  kôji  «  vaches,  »  tantôt  kôgii.  Cette  particularité 
phonétique  a  été  une  des  causes  que  la  terminaison  ige  en  anglo-saxon, 
en  néerl.,  etc.,  alterne  avec  ije;  par  ex.  dans  les  verbes  anglos.  nerigan, 
nerian^  goth.  nasjan  «  sauver;  »  fandigan,  fandian  «  rechercher,  quêter;» 
néerl.  kruisigen,  kruisen  «  crucifier,  «  vereenigen,  vcreenen  «  réunir,  »  etc. 
Quant  aux  substantifs,  il  suffira  d'observer  que  le  néerl.  dievegge  «  vo- 
leuse »  dont  la  forme  ancienne  est  îhiuvagia,  thiuvegja  n'est  rien  autre 
chose  que  le  féminin  de  dief  (voleur) ,  et  formé  avec  le  suffixe  désignant 
l'agent  féminin  du  thème  thiuva.  De  la  même  manière  maker  «  faiseur  « 
fait  en  moyen-néerl.  makerigge  v  faiseuse.  »  Par  contre  on  dit  klappei 
«  bavardeuse  »  et  non  plus  klappege;  de  plus  merrie  «  jument  »  dont  la 
forme  ancienne  doit  avoir  été  maribia. 

Or,  il  y  a  un  suffixe  indo-europ.  ka,  fém.  kâ  '  et  kia,  qui  devient  en 
germ.  ha,  fém.  lia  et  hia,  sauf  les  développements  ultérieurs.  Comme  ce 
suffixe  paraît  souvent  être  pléonastique,  et  comme  une  terminaison  gia 
en  german.  peut  s'être  développée  aussi  bien  du  suffixe  fém.  indo-europ. 
ia  que  du  suffixe  fém.  indo-europ.  kia,  il  est  impossible  de  décider,  quant 
à  présent,  si  \'h  que  nous  rencontrons  dans  vacallinehis,  hamavehis,  etc. 
est  sorti  de  la  transformation  du  /  ou  du  k.  Dans  la  dernière  supposition, 
la  forme  masculine  ^txz^lhamaveh,  vacalineh,  etc.,  et  le  suffixe  eh  —  sansk. 
aka  ou  ika,  lat.  icus,  grec  aoç,  etc.  De  [Va{alin  se  forme  ainsi  Wakali- 
neh;  de  Mahlin,  aujourd'hui  Mechelen,  en  français  Malines,  quant  à  la 
forme  ^,  Mahlineh  fMalinois);  fém.  Mahlinehia  oï  Mahlinehï  (Malinoise); 
de  Hamavia  (Chamavie),  Hamaveh  (latin  Chamavicus)  ?. 


1.  Dans  les  langues  germaniques  il  n'est  pas  possible  de  distinguer  toujours  nettement 
entre  le  suffixe  fém.  ia,  skr.  î,  etc.,  et  le  suffixe  apparent  â.  En  réalité  il  n'y  a  primiti- 
vement dans  les  langues  indo-europ.  qu'une  seule  terminaison  désignant  le  féminin, 
c'est  ia.  Ainsi  le  thème  bharant,  çspovT,  etc.  devient,  avec  le  suffixe  fém.  bharantla;  ce 
qui  se  change  en  bharantl  en  skr. ,  en  çjpo'JTa  en  grec.  De  même  le  thème  vidus  avec 
ia,  devient  yidus-ia,  plus  tard  en  skr.,'  vidusht.  en  grec  slo-jTa.  Si  ia  vient  après  une 
voyelle,  1'/  passe  en  7,  déjà  dans  une  période  relativement  ancienne  de  l'ârien.  Comme  en 
skr.  tasmdi  asti  devient  tasmây  asti,  même  tasmâ  asti,  ainsi  \'y  développé  d'i  s'est  perdu 
entre  deux  voyelles  dans  les  mots,  non-seulement  en  grec,  ce  qui  est  reconnu,  mais  aussi 
en  sanskrit.  P.  ex.  de  lî  le  causatif  était  nécessairement  la-ia-payati.  Ceci  devenait  laya- 
payati,  la-apayati,  enfin  dans  le  skr.  comme  nous  le  connaissons,  lâpayati.  De  même  bh'i 
forme  bhâpayati;  les  intermédiaires  sont  bha-ap.,  bhayap.,  bhaiap.  De  là  le  phénomène 
qu'en  skr.  nous  trouvons  â  jouant  le  rôle  de  Guna  d'un  i  ;  p.  ex.  dans  grhndti,  mais 
grhnUe:  nâ  :  ni  =  o{tanoti):  u(tanute).  La  raison  est  bien  simple-,  î  =  ia;  le  guna 
i'ia  =  aia;  mais  aia  devient  aya,  a-a,  â;  par  conséquent  nâ  est  guna  de  nî.  Chez  les 
substantifs  et  adjectifs  le  suffixe  ia  a  perdu  son  ;  quand  1';  fut  précédé  d'une  voyelle  ; 
p.  ex.  akva-ia  est  devenu  akvaya,  akvaa.  akvâ  ;  en  skr.  açvd,  en  grec  '.Tz-rz-r,;  etc.  Pour 
former  le  vocatif  on  retranche  1'^  ;  ainsi  nadia(nadî),  vocat.  nadi  ;  akvaia,  voc.  akvai, 
skr.  aç%'e.  Dans  le  dernier  cas  1'/  s'est  sauvé,  mais  il  est  perdu  en  açvâ,  comme  en  lâpa- 
yati, comme  en  tasnid  asti,  etc. 

2.  Il  y  a  beaucoup  de  lieux  du  nom  de  Mahlin  (Mechelen),  en  Hollande,  en  Belgique, 
et,  si  je  ne  me  trompe,  dans  la  Prusse  rhénane. 

5.  La  Hamava  (Chamavia  des  anciens),  le  Hamaland  du  moyen  âge  est   le  comté  de 


1 5  6  Noms  germanitjues  dans  des  inscriptions  latines. 

Le  dernier  mot  n'est  pas  le  seul  qui  nous  offre  l'exemple  d'un  h  ini- 
tial; un  autre  est  Hludana,  Hludena  (voy.  Brambach,  index).  Quand 
Grégoire  de  Tours,  vivant  quelques  siècles  après  le  temps  des  inscriptions, 
exprime  Vli  initial  des  mots  francs  par  ch,  ce  n'est  pas,  ce  me  semble, 
parce  que  les  Francs  de  son  temps  prononçaient  Vh  initial,  identique 
chez  tous  les  peuples  germains,  comme  le  ch  allemand,  comme  le  voulait 
Grimm,  mais  parce  que  les  Gallo-Romains  de  ce  temps-là  n'avaient  pas 
le  son  de  1'//  germ.  Ce  que  les  Français  nomment  un  h  aspiré  est  même 
trop  faible  pour  exprimer  le  son  de  Vh  germ.  Le  ch  chez  Grégoire  et 
dans  bien  des  documents  des  rois  francs  n'est,  à  mon  avis,  autre  chose 
que  phonétiquement  Vh  germ.  ;  il  est  du  moins  certain  que  Grégoire  écrit 
aussi  Chuni,  quoique  ce  peuple  fût  nommé  partout  Huns,  Skr.  Hùna, 
Magyar  Hun  ;  même  Oùvvot,  sans  aspiration. 

Revenons  aux  suffixes  ah,  eh,  ih,  =  indo-eur.  aka,  ika.  Vh  de  ces 
suffixes  étant  généralement  remplacé  par  g,  leur  forme  dans  les  langues 
germ.  est  ag,  eg,  ig,  bien  que  ah  n'ait  pas  entièrement  disparu;  par  ex. 
goth.  ainahs  =  lat.  unicus,  mais  v.  h. -ail.  einac;  le  goth,  bairgahei  est, 
comme  le  grec  opeivr,,  dont  il  est  la  traduction,  proprement  un  adj.' 
féminin,  du  thème  bairgaha.  A  côté  d'ainahs,  il  y  a  déjà  en  goth.  manags,\ 
néerl.  menig  u  maint,  »  etc.  Si  nousprenonse/i  dans  W^mej/e/iw,  etc.,  pour! 
=  ig,  le  suffixe  aura  une  signification  possessive;  p.  ex,  en  anglos.  ysl 
signifie  «  tempête;  »  l'adjectif  js^  «  de  tempête;  •>  les  mots  «  spiritus 
procellae  »  dans  le  psaume  io6,  24  sont  rendus  en  anglos.  par  ystigt 
gâstas.  Nous  sommes  confirmés  dans  l'opinion  qu'eh  n'est  rien  autre 
qu'une  forme  jumelle  d'ig,  par  les  inscriptions  sur  une  pierre  déterrée 
près  de  Zundert,  en  Brabant-Septentrional.  Elle  a  Deae  Sandraudigae, 
c'est-à-dire:  «  à  la  déesse  de  Sandraud;  »  le  village  se  nommait  au, 
moyen-âge  Sunderd (voy.  vanden  Bergh,  M iddelnederl.  Géographie,  222).; 
Comme  Sandraudig  désigne  «  de  Sandraud,  »  Hamaveh  =  Hamavig  serai 
«  de  Hamaua,  »  j 

Un  autre  suffixe  que  l'on  rencontre  fréquemment  dans  la  langue] 
ancienne,  c'est  ia,  grec  loç,  latin  ius,  védique  ia,  skr.  classique  y^,  etc. 
Nous  le  reconnaissons  dans  M.  afliabus  (358);  M,  alagabiabus  (296); 
M,  gabiabus  (557-560).  Les  inscriptions  dédiées  aux  matronae  gabiai- 
ont  été  découvertes  en  plusieurs  endroits  ;  on  en  connaît  quatre,  auxquelles 
il  faut  encore  ajouter  une  autre  aux  Junones  gabiae.  Le  mot  gabia  est,  à 
mon  avis,  une  dérivation  au  moyen  d'ia,  du  mot  v,  h.-aW.gâbaou  gàba, 


Zutphen  de  notre  temps.  L'inscription  à  l'honneur  des  Matronae  Hamavehae  a  été  trou- 
vée dans  la  Prusse  rhénane,  mais  il  n'est  point  nécessaire  que  les  M.  Ham.  fussent  indi- 
gènes de  la  contrée  où  le  monument  a  été  érigé. 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  \  57 

néerl.  gave.  Un  dérivé  en  goth.  est  gabigs  «  riche,  »  v.-norois  gbfugr 
«  munificus,  généreux;  »  et  goth.  gabei  «  richesse,  munificence.  »  On 
pourra  donc  traduire  matronae  gabiae  par  «  les  dames  distributrices  de 
dons,  «  ou  «  dames  de  munificence.  »  Dans  un  sens  plus  restreint,  le 
motdonner  signifie  donner  en  mariage,  p.  ex.  en  v.-norois  gijta.  Partant 
les  Matronae  gabiae  pouvaient  être  envisagées  comme  les  protectrices  des 
mariages.  Si  l'explication,  donnée  ailleurs,  de  Nehalennia  par  «  dona- 
trice »  est  Juste,  on  s'explique  aisément  pourquoi  le  synonyme  gabia  se 
retrouve  assez  souvent  comme  un  attribut  des  Matronae,  dont  l'homo- 
généité avec  Nehalennia  est  reconnue  '.  Junones  gabiae  pourrait  signifier 
tant  que  Junones  munificae,  et  en  même  temps  Junones  pronubae. 

L'explication  que  nous  avons  donnée  trouve  un  appui  dans  l'inscrip- 
tion 296,  où  on  lit  :  Matronis  Alagabiabus  «  aux  dames  de  grande 
munificence.  »  Le  mot  ala  «  tout  »  est  comparable  au  grec  7:av;  ainsi 
alagabia  est  parfaitement  analogue  à  Travow-sipa,  Tràvowpoç,  ou  KaviX- 
ê'.o;. 

Le  même  ala  «  tout,  tout-à-fait,  très  «  comme  première  partie  d'un 
mot  composé  se  reconnaît  dans  le  mot  alatervis.  La  pierre  qui  contient  ce 
mot  a  été  découverte  en  Ecosse;  on  y  lit  (d'après  de  Wal,  Moederg., 
n°  CXXIIj  : 

MATRIB.  ALA 

TERVIS  ET 

MATRIB.   CAM 

PESTRIB.  COH   I 

TVNGR. 
Quoique  la  pierre  ait  été  découverte  en  Ecosse,  nous  voyons  pourtant 
que  les  fondateurs  étaient  des  Belges  germains,  des  Tongres  de  l'armée 
romaine.  Cette  inscription  nous  dédommage  tant  soit  peu  de  la  perte 
d'un  monumeut  rhénan,  où  il  y  aurait  eu  le  mot  alatervis  d'après  une 
conjecture  adoptée  par  Brambach  (n"  625),  mais  dont  le  fac-similé,  soit 
exact,  soit  défectueux,  ne  nous  donne  pas  le  droit  de  lire  ainsi.  Dans 
alatervis  nous  trouvons  teru=  moyen-néerl.  tere  (arbre),  qui  se  rapporte 
au  goth.  tria  de  la  même  manière  que  le  grec  y-vu,  lat.  genu,  au  goth. 
kniu.  Un  rapport  analogue  existe  entre  le  skr.  dru  et  dâru;  jànu  etjnu; 
sânu  et  snu;  entre  le  skr.  snâva,  snâyu  et  néerl.  zenuw  «  nerf,  »  anglos. 
sinu,  v.  h. -ail.  senawa,    etc.^    Puisque  les  idées  d'arbre,  bois,  forêt  se 

1.  M.  de  Wal,  dans  son  ouvrage  sur  les  Déesses-Mères,  p.  xcv  a  indiqué  la  res- 
semblance entre  Matronae-Cabiae  et  la  Frû  Gaue. 

2.  De  teru  est  dérivé  le  néerl.  teer  «  goudron  »  anglos.  teorve,  tyrve  «  résine,  gou- 
.  dron,  et  par  faute  de  mieux  désignant  aussi  bitume.  »  Ce  mot  signifie  donc  primitive- 
.  ment  «  provenant  de  l'arbre,  »  substant.   «  produit  de  l'arbre.  »  Teru  doit  avoir  désigné 


1 


1 58  Noms  germanicjues  dans  des  inscriptions  latines. 

touchent,  nous  pouvons  expliquer  matres  a!aterv(j)ae  par  «  déesses-mères 
de  toute  sorte  de  forêts,  »  ou  en  latin  pur,  matres  silvanae,  silvestrcs. 
Comp.  chez  de  Wal,  Moederg.,  n°  LXXXVIII  :  Sulevis  et  campestribus 

SACRUM. 

On  rencontre  ala  une  troisième  fois  dans  une  inscription  de  Xanten 
(197),  consacrée  à  Alateivia.  Dans  ce  mot  je  vois  le  féminin  d'un  adjectif 
employé  substantivement,  correspondant  à  l'anglos.  œltœve,  ealteav  «  bien- 
portant,  sain,  sauf.  »  L^inscription  est  dédiée  par  un  médecin.  Pour  cette 
raison  nous  pouvons  accepter  comme  assez  probable  l'explication  à^ Ala- 
teivia par  «  santé,  Hygieia.  » 

Non  moins  évidemment  germanique  est  un  autre  mot  qui  se  trouve 
sur  quatre  inscriptions  découvertes  en  différents  endroits,,  à  savoir  gava- 
dia  (n"^  206,  608,  609,  610).  Ce  mot  rappelle  d'abord  le  goth.  vadi, 
thème  vadja  «  gage,  «  néerl.  wedde  «  gage,  »  v. -norois  ved  (lat.  pignus, 
sponsio)  ;  goth.  gavadjan  «  engager  »  (lat.  spondere),  angl.  wcdlock, 
wedding  «  mariage,  »  proprement  «  engagement,  »  ainsi  qu'en  français 
l'épouse  est,  comme  chacun  sait,  le  latin  sponsa  '.  Puisque  gavadia  est 
clairement  une  dérivation  de  vadi,  nous  ne  nous  égarerons  pas  beaucoup, 
si  nous  paraphrasons  matronae  gavadiae  par  matronae  sponsales. 

Un  autre  mot  germain,  c'est  Saxanus,  Saxsanus.  Une  vingtaine  de 


une  espèce  particulière  de  pins,  comme  en  sanskrit,  oîi  dâru  est  un  nom  aussi  du  pUu- 
dâru,  TtÎTuç,  ou  devadâru.  Island.  tjara,  suéd.  tj£r,  comparé  à  l'angl.  tyrve,  prouve  qucj 
la  forme  plus  ancienne  était  tir{a)via.  Les  Allemands  ont  leur  mot  theer  du  platt-deutschJ 
ou  du  néerlandais.  i 

I.  Le  german.  vadi,  etc.  est  de  la  même  famille  qu'en  latin  vadimonium,vadari,  etc.;( 
en  sanskrit  vadhû,  qui  réunit  en  soi  les  significations  du  lat.  sponsa  et  du  franc,  épouse.] 
De  plus  il  y  a  en  skr.  vadhitra  a  qui  facit  sponsalia,  le  dieu  Amour;  »  et  vadhatn] 
((  sponsor,  celui  qui  aide.  »  Ce  dernier,  homonyme  de  vadhatra  «  telum,  arme  poui, 
frapper  »  n'a  pas  été  omis  dans  le  dict.  de  Pétersbourg,  qui  de  tous  les  dictionnaires  dtj 
skr.  est  le  plus  complet.  Mais  M.  Roth  ne  donne  pas  la  signification  de  ce  vadhatra,  ei! 
ne  cite  qu'un  seul  passage  du  Grhya  de  Pâraskara.  C'est  pourquoi  il  sera  nécessaire  dtj' 
citer  un  autre  passage  assez  clair  pour  préciser  le  sens  du  mot.  Dans  le  Çatapatha-j 
Brâhmana  12,9,  3,  8  nous  lisons  :  tasmâd  yo  vadhatra  bhavati  sa  bibhyatam  pranayati; 
ce  qui  signifie  en  latin  :  «  propterea  qui  sponsor  (adjutor)  est,  is  timentem  producit  (bem 
conducit).  »  Le  passage  cité  p:ir  M.  Roth,  est  2,  7  du  Grhya  de  Pâraskara,  œuvre  iné- 
dite. Mes  deux  manuscrits  donnent  drdhavrato  vadhatrah  syât  (sarvatra  âtmânam  gopâ- 
yet)  sarveshâm  nïitram  iva.  Les  mots  en  parenthèse  sont  écrits  in  margine  dans  le  plui 
ancien  de  mes  manuscrits  et  semblent  manquer  aussi  dans  les  manuscrits  de  M.  Roth,  î 
juger  d'après  sa  citation.  Le  reste  veut  dire,  en  latin  :  «  Firmi  voti  sponsor  sit,  quas' 
omnium  sodalis  (amicus),  »  et  en  français  :  «  qu'il  soit  une  sauvegarde  (un  protecteur.) 
aide)  à  la  parole  duquel  on  peut  se  fier,  l'ami  de  tous,  pour  ainsi  dire.»  Le  sens  primitif  d(] 
vadh  paraît  être  celui  de  frapper,  donner  un  coup,  »  qui  est  resté  la  signification  ordi- 
naire en  sanskr.;  bien  connu  est  avadhit,  vadlia;  etc.  Vadhya  sign.  «  coupable  »  e'i 
digne  d'être  frappé,  »  soit  par  une  amende  ou  une  autre  peine,  p.  ex.  la  peine  capitakj 
(comp.  le  latin  culpa,  et  franc,  coup).  Puisqu'une  alliance,  une  vente  sont  encore  main- 
tenant scellées  par  un  coup  de  main,  il  n'est  pas  invraisemblable  que  le  sens  de  s'engager, 
s'allier  se  soit  développé  de  celui  de  frapper,  donner  un  coup.  Comp.  aussi  l'expression 
lat.  icere  focdus.  Mais  quel  que  soit  le  sens  primitif,  dans  les  langues  german.  vadh  a| 
retenu  la  signification  de  lier,  allier,  en  goth.  vidan,  vath,  vedum,  vidans,  etc.  i 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines  1 5  9 

monuments  sont  consacrés  à  Hercule  Saxanus  (voy.  Brambach,  index); 
trois  à  Saxanus,  avec  omission  du  mot  Hercule  (657,  658,  685).  Les 
fondateurs  étaient  tous  des  soldats.  Un  des  noms  du  dieu  de  la  guerre 
chez  les  Germains  était  Saxnot,  anglos.  Saxnedt.  Un  autre  nom  était 
Heru  (glaive),  dont  la  forme  sanskr.  est  çara  (arme  aiguë,  et  en  particu- 
lier le  vajra  du  dieu  du  ciel  et  de  la  tonnerre,  Indra).  Ainsi  nous  lisons 
dans  le  Rigvéda  2,   12,  10  : 

Ydh  çdçvato  mdhy  éno  dddhânân 
dmanyamânân  chdrvâjaghâna. 

«  Lui  qui  frappa  avec  son  arme  aiguë  une  foule  de  ceux  qui  avaient 
fait  beaucoup  de  mal,  les  irrespectueux.  » 

Un  troisième  nom,  Tius,  Tyr,  est  identique  quant  à  la  forme  à  l'indo- 
europ.  diu,  skr,  dyu,  Ztùq,  etc. ,  comme  chacun  sait.  Mais  il  ne  me 
semble  pas  nécessaire  d'identifier  le  dieu  Tyr  directement  avec  Jupiter, 
le  ciel,  parce  que  dyu  signifie  aussi  «  rayon  brûlant,  foudre,  »  de  même 
que  la  forme  redoublée  didyu.  Quant  à  saxanus,  sahsan,  il  n'est  pas 
certain  que  le  sens  primitif  ait  été  celui  de  «  tranchant,  »  mais  c'est 
pourtant  assez  probable  parce  que  sahs  signifiait  «  couteau.  » 

Quoi  qu'il  en  soit  de  l'étymologie  du  mot  sahsan,  nous  le  trouvons 
comme  nom  d'homme  deux  fois  dans  une  charte  du  comté  de  Zutphen, 
de  l'année  828,  une  fois  un  certain  habitant  dudit  comté  y  est  nommé 
Saxani  ;  l'autre  fois  un  autre  individu  y  est  appelé  Saxini  ' .  Une  autre 
preuve  décisive  que  Saxanus  était  un  des  noms  du  Mars  germanique, 
c'est  le  fait  que  le  même  mot  existe  encore  dans  le  dialecte  du  Haut- 
Palatinat,  une  province  qui  n'est  pas  très-éloignée  de  la  contrée  des 
inscriptions  dédiées  à  Hercule  Saxanus.  Nous  trouvons  dans  le  Bayeri- 
sches  Woerterbuch  de  J.-A.  Schmeller,  I,  10  (4''  éd.),  les  mots  suivants, 
qui,  traduits  en  français,  disent  : 

«  Ui,  interjection  favorite  dans  le  Haut-Palatinat,  pour  exprimer  une 
affirmation,  ou  de  l'étonnement  ;  ui  Dunner  (tonnerre]  I  ui  Straul  (foudre)! 
ui  Weder  (tempête ,  !  ui  Sdksn  (Saxan)  !  » 

Nous  avons  dit  auparavant  que  Saxan  =  Tyr,  c'est-à-dire  le  skr, 
dyu  =  didyu,  et  partant  la  personnification  de  la  foudre,  du  vajra  du  dieu 
Indra.  Le  Kuîsa  du  Veda  est  aussi  le  compagnon  d'Indra  en  langue 
mythologique  ;  c'est-à-dire  en  prose  :  le  vajra.  Voy.  Yâska,  Nirukta,  3,11. 

Moins  clair  que  Saxans  est  un  autre  mot,  attribut  des  Matronae,  que 
nous  font  connaître  quatre  inscriptions  de  Gelduba,  aujourd'hui  Gelb, 
et  de  ses  environs;  savoir  n"'  249,  250,  251  et  252.  Le  mot  est  tantôt 

I .  Voy.  Sloet,  Oorkondenboek  van  Gelre  en  Zutfen,  n"  29. 


1 6o  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

écrit  octocanahus,  tantôt  octocannabus  et  octocannis.  D'après  une  ortho- 
graphe plus  exacte  ocana  [ookand)  peut  être  le  fém.  du  partie,  ou  adject. 
ocan,  V. -saxon  ocan,  anglos.  eàcen  «  accru,  abondant,  opulent,  puis- 
sant. «  Une  allusion  à  la  signification  de  ce  mot  se  trouve,  je  crois,  dans 
les  sculptures  du  n°  250,  une  corne  d'abondance  et  un  gobelet.  Oci, 
c'est-à-dire  ocht,  me  semble  être  une  autre  prononciation  à^aht  (thème 
ahtï)  «  possession  » ,  anglos.  eaht,  aehî,  etc .  Pour  expliquer  ceci  nous  sommes 
contraints  de  remonter  plus  haut,  d'autant  plus  que  les  éditeurs  de  textes 
ne  semblent  pas  avoir  nettement  distingué  deux  mots  intimement  liés. 

La  comparaison  des  langues  ariennes  nous  apprend  qu'il  y  a  deux 
racines  '  corrélatives  qui  sont,  dans  leur  forme  sanskrite,  aç  et  iç  ou  ïç. 
Toutes  deux  signifient  «  obtenir,  atteindre.  »  D'^f,  arien  ak,  dérivent, 
par  ex.  ashti  «  possession;  »  amça  «  part,  portion;  »  le  verbe  açnoti,  etc. 
D'/p  ou  îç  le  parf.  moyen  est  içe,  proprement,  j'ai  obtenu,  je  m'en  suis 
emparé,  potitus  siim,  employé  comme  un  présent,  semblable  à  veda,  etc., 
dans  le  sens  de  «  je  possède,  j'ai  le  pouvoir  sur,  possiim.  »  L'actif  à'tçe 
n'est  pas  en  usage  en  sanskr.,  pour  la  même  raison  qu'en  grec  Y.iv.-r,\xy.i  • 
n'est  usité  qu'au  moyen.  Quoique  l'actif  soit  hors  d'usage,  on  peut  le' 
reformer;  la  i'*^  et  la  3^  pers.  sing.  serait  iyeça;  la  3^  plur.  îçuh,  etc. 
Une  forme  sanskr.  iyeça  ramené  à  l'arien  plus  ancien  devient  i-aika. 
Puisqu'en  german.  la  réduplication  est  le  plus  souvent  omise,  et  que  la 
distinction  entre  les  formes  fortes  et  faibles  n'est  pas  toujours  observée, 
i-aika  est  devenu  en  goth.  àih,  àihum  ou  àiçium,  etc. 2  De  là  le  mot 
aigin  «  propriété;  «  néerl.  et  ail.  eigen,  propre;  v.  h.-all.  eiht,  parfois 
avec  h  prosthétique,  «  heiht.  » 

Une  particularité  de  l'orthographe  gothique  fait  qu'on  ne  peut  décider 
si  le  goth.  aihts  (thème  aihti)  était  prononcé  avec  le  son  àWi  ou  à\xi\\ 
en  d'autres  termes,  si  aihts  s'accorde  avec  le  v.  h.-all.  eiht  ou  avec  Ici 
bactrien  ishti  «  possession,  biens  »  5.  Outre  eiht  le  v.  h.-all.  possède 
encore  le  thème  ehti  que  les  éditeurs  écrivent  êht.  Une  forme  èht  pèche, 
à  mon  avis,  contre  les  lois  phonétiques.  Car  ou  bien  il  y  a  eu  dans  le  mot 

1 .  En  employant  ce  terme  en  usage,  je  ne  prétends  pas  que  nous  soyons  allés  assez 
loin  dans  l'analyse  des  langues  ariennes  pour  connaître  les  vraies  racines. 

2.  M.  le  prof.  Heyne,  dans  l'e.xcellente  5"  édit.  de  l'Ulfila  de  Stamm,  écrit  aihum, 
aigan,  ce  qui  en  effet  serait  plus  régulier,  mais  est  inadmissible  à  cause  du  verbe  v. -h.- 
all.  eigun,  eigan  ;  anglos.  âh,  âgon,  etc.,  où  il  ne  peut  pas  être  question  d'un  i.  En 
général,  la  distinction  entre  les  formes  fortes  et  faibles  n'est  pas  rigoureusement  mamte- 
nue  dans  la  plupart  des  langues  ariennes;  p.  e.x.  en  grec  on  a  aussi  bien  èoixaort  que 
£Î?a'ji(FsFi^ac7t),  Ysyôvaai  et  yc^àaTt  (pour  ysya-aairi);  etc.  Même  en  skr.  on  dit; 
vavakshe,  vavakshiih  au  lieu  de  uvakshe,  uvalcshah  ;  vmamuh  et  vemuh  (provenant  de  ; 
vaivMmuii,  celui-ci  devuvcmuh),  et  beaucoup  d'autres  pour  ne  citer  pas  d'e.xemples  comme 
sasmare,  où  la  forme  forte  a  été  préférée  pour  faciliter  la  prononciation. 

3.  Les  manusc.  du  Zend.-Avcsta  ont  plusieurs  fois  îshti,  mais  ils  sont  écrits  trop 
négligemment  pour  mériter  notre  foi  quand  il  s'agit  de  la  quantité  prosodique  des  voyelles. 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  i6i 

une  abréviation  de  voyelle  devant  la  consonne  double,  ou  bien  cette 
abréviation  n'a  pas  eu  lieu.  L'abrévation  de  voyelle  devant  une  consonne 
double  est  de  règle  en  néerl.  ;  p.  ex.  dans  d/pour  eelf,  hitte  pour  heette, 
zocht,  kocht,  gerucht,  licht  (lumière),  etc.  ;  en  anglais,  left  (de  leave), 
theft  (de  thief),  eleven,  he  read  (mauvaise  orthographe  pour  redd^,  dreamt, 
slept,  etc.  ;  en  n.  h.-allemand  il  y  a  du  moins  plusieurs  exemples  ;  licht 
u  lumière,  »  hiîze,  elf,  etc.  Bref,  l'abréviation  est  de  règle  en  anglais, 
néerl.,  anglo-saxon,  v. -norois  ;  assez  commune  en  allemand,  mais  très- 
rare  en  v.  h. -allemand.  Pourtant  le  cas  est  possible  en  v.  h.-allemand. 
Encore,  l'abréviation  a  eu  ou  elle  n'a  pas  eu  lieu.  Dans  la  première  hypo- 
thèse, Ve  long  d'clit  devrait  devenir  bref.  Dans  l'autre  cas  on  ne  peut 
s'expliquer  comment  eiht  se  changerait  en  êht  dans  le  même  dialecte  et 
au  même  siècle.  Il  résulte  que  Ve  du  v.  h. -ail.  ehî  est  bref  et  qu'il  n'a 
rien  à  démêler  avec  Vei  du  mot  synonyme  eiht.  Ensuite,  Ve  dans  eht  n'est 
point  un  e  (=  î),  car  la  terminaison  ayant  un  /,  un  tel  ë  radical  devien- 
drait nécessairement  /,  comme  p.  ex.  en  h. -ail.  wicht,  nimmt,  sieht,  etc. 
Reste  donc  un  autre  e,  Vumlaut  d'un  a.  Par  conséquent  v.  h. -ail.  eht  se 
ramène  à  un  thème  plus  ancien  ahti,  et  quoique  synonyme  d^eiht,  n'y  est 
pas  identique.  Ajoutons  qu'ehî  est  souvent  écrit  aeht,  ce  qui  maintenant 
s'explique  de  soi-même. 

En  anglos.  on  trouve  quelquefois  eaht,  quelquefois  aeht.  Puisque  Vea 
devant  h  ne  peut  répondre  en  aucune  façon  à  un  goth.  ai,  v.  h.-allem. 
^/,  et  que  ea,  aussi  bien  que  ae  peut  représenter  en  anglos.  Va  du  gothi- 
que, il  suit  que  l'anglos.  eaht  =  aeht  s'est  développé  à'ahti. 

La  forme  v.-néerl.  (bas-franc.)  du  mot  a  dû  être  achtd)  (^se  trouvant 
ians ï), néerl. deelachtig  «  ayant  part»,  woonachtigv ayant  domicile», etc. 
Il  est  bien  remarquable  sous  plusieurs  rapports  que  dans  le  dialecte  alle- 
nand  des  Suisses  on  dit  theilochtig,  wahrochtig,  au  lieu  de  theilhaft, 
vahrhaftig  des  Allemands,  et  conformément  au  néerl.  deelachtig,  waar- 
ichtig  (voy.  Grimm,  D.  G.  II,  303).  Cet  aeht,  et dial.  oc/if,  se  retrouve  en 
;anskr.  sous  la  forme  d'ashti  «  possession,  »  et  puisque  la  racine  aç 
■ignifie  la  même  chose,  ou  à  peu  près  que  iç,  îç,  il  est  bien  naturel  que 
e  bactr.  ishti,  îshti,  v.  h.-all.  eiht,  ne  se  distinguent  pas,  quant  au  sens, 
lu  sanskr.  ashti,  german.  ahti,  v.  h.-all.  eht,  aeht  '. 

I .  Le  même  ahti  dans  le  sens  de  «  famille,  genre,  genus  »  est  bien  connu  par  le  v.- 
or.  âtt,  aett.  suédois  tett,  etc.  En  néerl.  le  mot  est  devenu  un  quasi-suffixe;  p.  ex.  en 
eusachtig  «  gigantesque  :  »  geelachtig  «  jaunâtre.  »  etc.  Dans  la  forme  d'echtn  mariage  » 

a  survécu  en  néerl.  comme  mot;  comp.  pour  la  parenté  des  idées  de  possession, 
îmille  et  mariage,  le  sanskr.  parigraha.  Un  dérivé  à'ahti  «  genus  »  est  le  néerl.  et 
H.  echl  «  genuinus  ;  »  d'une  façon  analogue  le  skr.  jâtya  «  genuinus  »  est  dérivé  de 
iti  «  genus  ;  »  le  lat.  genuinus  de  genus  ;  le  grec  Yvr,7io;  d'une  forme  ancienne  gnâti, 
kr.  jnâti. 


102  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

Il  est  bien  connu  que  devant  ht  le  changement  à'a  et  d'o  est  très-usii 
en  germ.;  aussi  nous  ne  voulons  que  rappeler  quelques  exemple: 
V.  h. -ail.  mohta,  n.  h.-all,  et  néerl.  mocht(e)  ^=goth.  mahta;moj.-x{it\ 
amhacht  et  ambocht;  anglos.  brohte,  dial.  néerl.  brocht  =  goth.  braht\ 
suisse  ochtig  =  néerl.  achtig.  Cela  suffira  pour  ''justifier  la  suppositr 
qu'oci  dans  octocan  n'est  qu'une  autre  prononciation  à'acht.  Il  ne  reî 
qu'à  prouver  que  la  combinaison  des  idées  exprimées  par  acht  et  ôc 
n'était  pas  rare.  La  preuve  nous  la  tirerons  de  la  littérature  angl 
saxonne.  Dans  Aelfric,  de  Veteri  Testamento,  lo,  43  (éd.  du  D''  Greii 
nous  lisons  : 

«  Job  vaes  gehâten  sum  heâh  godes-thegen  on  thâm  lande  Chus,  svlc 
geledfull  ver,  velig  on  aehtum.  » 

Cela  veut  dire  :  «  Hiob  était  le  nom  d'un  certain  éminent  serviteur 
Dieu  dans  le  pays  de  Chus,  homme  très-pieux,  riche  en  biens.  » 

La  même  idée  est  exprimée  plus  d'une  fois  par  un  mot  composé,  se 
blable  à  octocan.  Ainsi  dans  le  poème  de  Juliana,  vs.  18  : 
Sum  vaes  aehtvelig  aedheles  cynnes, 
Rîce  gerêfa,  rondburgum  veold. 

En  français  :  «  Il  y  avait  une  personne  de  noble  famille,  riche 
possessions,  un  préfet  puissant  qui  gouvernait  des  châteaux  de  frC 
tière.  « 

Dans  le  même  poème,  v,  101,  nous  rencontrons  un  mot  comp»; 
aehtspêdig,  synonyme  d'aehtvelig  : 

Vidhsaecest  thîi  lo  svidhe  sylfre  raêdes 

Tliînum  brydguman,  se  is  betra  thonnc  thû, 

Aedhclra  for  eordhan,  aehtspêdigra 

Feohgcstreôna  :  he  is  tô  freonde  god.  1 

Ce  que  l'on  peut  rendre  ainsi  :  «  Tu  résistes  trop  fort  opiniâlremi': 
à  ton  amant,  qui  est  au-dessus  de  toi,  étant  de  plus  haute  noblesse  i 
propriété  foncière,  plus  opulent  en  biens  acquis,  de  sorte  qu'il  vaut  bi 
d'être  ton  ami.  » 

Je  n'ai  jamais  lu  en  anglos.  un  mot  cahteacen,  mais  la  différence  eni 
eacen  et  spêdig  ou  velig  étant  imperceptible,  il  n'est  pas  trop  hasardé  J! 
supposer  que  le  mot  ait  existé  ;  en  tout  cas  chacun  l'aurait  compr. 
Octocan  =  supposé  eahteâcen  serait  «  opulent  en  biens,  »  à  peu  près  i 
même  chose  que  gahia. 

Il  n'y  a  rien  d'étrange  que  dans  le  composé  octocan  le  premier  memlj! 
ait  perdu  la  terminaison  /  du  thème  octi.  Le  même  phénomène  se  n- 
contre  dans  toutes  les  langues  germaniques,  au  moins  encore  en  gothiqi. 
Quelques  inscriptions  rhénanes  contiennent  des  mots  attributifs,  évide  • 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  165 

'nent  composés,  dont  le  premier  membre  est  au.  Or,  il  y  a  quelques  mots 
jans  les  langues  germaniques  dont  la  forme  ancienne  doit  être  avia,  apa 
m  avi,  existant  encore  en  allemand  sous  les  formes  d'aue,  au,  en  néerl. 
mwet  ooi  (compar.  Grimm,  D.  \V.  I,  601),  etc.  Un  thème  avi  resterait 
:;n  goth.  inaltéré  comme  premier  membre  d'un  composé,  du  moins  régu- 
dèrement.  Il  n'en  est  pas  ainsi  dans  les  autres  langues  germaniques.  Un 
hème  fém.  en  a  perd,  de  même,  son  a,  sauf  en  goth.  ;  p.  ex.  en  v.  h.-all. 
on  dit  erda,  terre,  mais  erdlich;  anglos.  eordhe,  mais  eordlicyning, 
mdidic,  etc.  ;  néerl.  aarde,  mais  aardrijk;  v. -saxon  ertha,  mais  erthriki. 
Jn  thème  avia  perdrait  dans  les  anciens  dialectes  germ.  son  a  au  nomi- 
iiatif,  même  en  goth.  dans  la  plupart  des  cas  ;  de  même  comme  premier 
nembre  du  composé  avia  deviendrait  généralement  avi.  Cependant  la 
ilernière  règle  admet  quelques  exceptions.  P.  ex.  le  thème  thivia  «  jeune 
ille,  servante,  »  devient  en  v. -saxon  thivi  (comme  en  goth.  au  nomin.), 
\hiu,  même  ////,  et  dans  un  dialecte  considérablement  plus  ancien,  le 
rancique  de  la  Loi  Salique,  nous  trouvons  plus  d'une  fois  thiu,  p.  ex.  en 
heu-rofana  «  raptus  puellae.  »  Ainsi  il  nous  est  permis  de  supposer  sans 
lucune  hésitation  que  déjà  au  temps  des  inscriptions  rhénanes  les  thèmes 
met  ava  pouvaient  perdre  la  terminaison,  quand  ils  formaient  le  premier 
;nembre  d'un  composé,  et  de  présumer  la  même  chose  d'un  thème  avia, 
inalogue  à  thivia. 

I  Les  significations  d'aue,  au  sont  assez  bien  résumées  par  Grimm 
D.  W.  I,  601),  quand  il  les  paraphrase  par  «  terre  entourée  d'eau,  terre 
lumide,  pré,  ile.  »  Ses  efforts  pour  rattacher  aue  au  goth.  aliva,  v.-sax. 
iha,  néerl.  a,  ne  sont  pas  heureux.  Et  par  le  sens  et  par  la  forme  la 
.:onjecture  du  philologue  illustre  est  inadmissible.  —  Par  le  sens,  parce  que 
lans  aucune  langue  arienne  aqua,  ahva,  ap,  ne  signifie  «  terre,  »  de  quelque 
*orte;  par  la  forme,  parce  que  d'a/;va  ne  saurait  devenir  augia,  forme 
;:ollatérale  à'avia,  auia.  Les  mots  germ.  sont  évidemment  les  congénères 
:lu  sanskr.  avani,  qui  signifie  aussi  bien  «  fleuve  »  que  «  terre,  »  et  par 
\  forme  un  parallèle  du  franc,  rivière  et  de  l'allemand  revier,  emprunté, 
'.  n'est  pas  nécessaire  de  le  dire,  au  vieux  français  ' . 

r  I.  Le  v.-nor.  ey,  île,  suéd.  oe,  etc.  se  réduit  au  thème  avia,  comme  mey,  jeime 
lie,  à  mavia  [nomin.  mavi).  Au  premier  siècle  de  notre  ère  les  Scandinaves  disaient 
'ncore  a\ii{a),  témoin  Scandinavia.  Le  néerl.  ooi,  «  pré  près  d'un  fleuve,  n  dérive 
robablement  du  même  thème,  bien  qu'un  autre  mot  ooi  «  a  bien  certainement  pour 
.lèrne  avi,  sanskr.  et  goth.  avi,  lat.  ovi-s,  etc.  Une  forme  avec  l'èpenthèse  d'un  g, 
■revenant  de  la  transformation  de  la  semi-voyelle,  est  augia,  île;  forme  aussi  répandue 
u  sud,  en  Bavière,  qu'au  Nord  le  long  des  côtes,  p.  ex.  Wangeroog,  Rottumeroog, 
chiermonnikoog,  Calantsoog,  etc.  La  forme  anglos.  d'aiigia  est  êg,  îg  {tgland),  d'où 
anglais  island.  Que  l'é,  i  du  mot  anglos.  est  long,  c'est  prouvé  par  l'orthographe  ieg  = 
;.  Le  néerl.  ei  dans  eiland,  île,  est  une  transformation  d'avia  ou  avi;  la  preuve  nous 
il  fournie  par   l'homonyme  ci,  «  œuf,  »   provenu  d'un    mot   arien  aviam,  et  dialect. 


164  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

Des  trois  composés  qui  ont  au  pour  premier  membre,  nous  rem  « 
querons  d'abord  aufania.  Aux  Matronis  Aufaniabus  sont  dédiées  tis 
inscriptions,  n°'  73,  295  et  526,  dont  la  première  a  été  découverte  ps 
de  Nimègue,  la  seconde  non  loin  de  Cologne,  la  troisième  prèsd'Eusl- 
chen.  Une  autre  forme  se  trouve  n"  405  :  Matronis  Aufanibus,  tans 
que  n°  $46,  déterré  à  Zulpich,  donne  Aufanis.  De  la  comparaison  dV- 
faniabus  avec  aufanibus  et  aufanis  il  résulte  avec  probabilité  que  le  non: . 
sing.  était  aufani,  comme  en  goth.  thivi,  mavi. 

A  première  vue  fania,  nominat.  fani,  rappelle  le  v. -norois  Fenja  a 
fille  de  géant  qui  avec  sa  compagne  Menja  est  tenue  en  servitude  et 
le  roi  Frôdhi,  le  maître  du  siècle  d'or.  Dans  le  Grottasôngr  (str. , 
dans  l'Edda  de  Lùning,  p.  495;,  nous  lisons  : 

Nà  eru  komnar  til  konungshûsa 

Framvîsar  tvaer,  Fenja  ok  Menja. 

Thaer  'ro  at  Frôdha,  Fridhleifs  sonar, 

Mâttkar  meyar  at  mani  hafdhar. 

En  français  :  «  Maintenant  elles  sont  arrivées  dans  la  maison  roy;., 

deux  femmes  prévoyant  l'avenir,  Fenja  et  Menja.  Elles,  les  jeunes  fils 

puissantes,  sont  tenues  en  servitude  chez  Frôdhi,  fils  de  Fridhleif.  »  . 

Dans  la  strophe  1 3,  Fenja  et  Menja  se  montrent  dans  le  caractère  Se 

Valkyries  : 

En  vit  sidhan  a  svîthiodu, 

Framvîsar  tvaer,  Ifolk  stigum, 

Beiddum  bidrnu(J)  en  brutum  skioldum. 
Cela  signifie  à  peu  près  :  «  Et  plus  tard  nous  deux,  prévoyantes  ' 
l'avenir,  descendîmes  dans  la  mêlée,  attendîmes  avec  désir  les  hén  ' 
et  cassâmes  des  boucliers.  » 

âviam,  d'où  le  grec  (wF-.ov)  wôv,  lat.  ovim.  Le  thème  de  l'anglos.  ealand,  île,  n  e 
laisse  pas  aisément  déterminer.  Généralement  on  a  identifié  \'ea  de  ce  mot  au  gi;. 
anva.  C'est  chose  possible,  mais  point  du  tout  élucidée,  parce  que  nous  ne  connais  ■$ 
pas  la  prononciation.  En  tout  cas  le  mot  ealand  a  disparu  de  l'ang.,  ou  bien  il  faut  •- 
mettre  que  ce  soit  une  forme  dialectale  d'igland,  et  alors  ea  ne  serait  pas  le  goth.  a  ', 
mais  avia(ava),  qui  peut  régulièrement  devenir  ea  en  anglos. 

I .  Les  mots  beiddum  biornu  sont  ordinairement  rendus  par  :  «  nous  chassâmes  :s 
ours.  »  Le  contexte  montre  que  Fenja  et  Menja  n'étaient  pas  à  la  chasse  des  ours,  i,.s 
dans  la  mêlée  de  guerriers.  Le  texte  paraît  altéré  ;  peut-être  il  portait  biarna  =  an§;i. 
beornas,  accus,  plur.  d'un  mot  que  la  rédaction  islandaise  aura  éloigné  parce  qu'il  A\. 
devenu  obsolète.  Angl.  beorn,  v.-néerl.  bern  (dans  des  noms  propres  comme  Hilàib) 
vient  de  la  même  racine  qu'en  sanskr.  bhara  «  bataille,  »  praharati,  porter  un  co, 
praharana  »  arme,  »  prahâra,  «  coup,  etc.;  lat.  ferire;  v.-nor.  beria,  etc.  La  fc  e 
sanskr.  de  beorn  est  bharaua,  qui  cependant  ne  se  trouve  pas  avec  le  sens  de  combatt.,; 
ana  forme  ici  un  nom  d'agent,  comme  dans  bharana,  »  nourrissant,  entretenanj» 
vardhana,  nandana,  nâçana,  etc.  Le  sanskr.  a  conservé,  dans  le  même  sens,  bhar!, 
«  combattant,  guerrier,  baron,  seigneur.  »  C'est  ce  bharata  qui  a  son  équivalent  g( . 
dans  le  goth.  balths,  anglos.  bcald,  batd,  etc.  «  brave,  fort,  franc.  »  Le  roi  Alaric  r.t 
de  la  famille  des  Balthes,  c'est-à-dire  des  Bharatas.  Un  synonyme  de  beorn  et  balthi\i 
v.-néerl.  frank,  v.-sax.  {rèkni,  anglos.  frlcne,  etc. 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  165 

i  Le  lecteur  est  prié  de  comparer  Simrock,  D.  Mythologie,  p.  317 
(j*  éd.),  où  le  sens  du  mythe  est  expliqué,  puis  Grimm,  D.  Myth. 
(2* éd.),  p.  49^.  Grimm  identifie  à  bon  droit  Fenja  et  Menja  avec  Fani- 
gold  et  Manigold. 

.  Fenja  (thème  fenj an,  pour  faniân),  étant  une  dérivation  secondaire,  est 
jsité  comme  le  nom  propre  d'une  fille  de  géant  et  dans  le  sens  de 
■:<femina»,  comme  fenna.  Un  mot  germ.  fani,  feni  (thème  fania  ou  faniâ) 
i  eu  une  signification  plus  large,  celle  de  Valkyrie,  fée,  nymphe.  En 
noy.  h.-all.  nous  retrouvons /ani  sous  la  forme  àefeine,  fein  «  nymphe.  » 
Z'est  une  chose  très-ordinaire,  spécialement  dans  les  dialectes  franci- 
ques, qu'un  ei  prenne  la  place  d'g  devant  les  liquides.  Ainsi  en  néerlandais 
bas  francique)  on  dit  einde  et  ende  (goth.  andi)  ;  deinzen  (pour  thansjan)  ; 
leir  ex.  heer  (armée);  meir  et  meer  (lac);  veil  (pourvu//,  vénal;  v.-nor. 
'alr)\  veilig  (sauf,  protégé,  anglos.  faele  ou  faêle),  etc.  En  h.-all.  on 
)eut  comparer  feil  (vénal;,  feilschen;  pour  les  dialectes  h.-all.  je  renvoie 
e  lecteur  à  l'œuvre  admirable  de  M.  H.  Weinhold,  Alemannische  Gram- 
natik,  p.  55.  Il  est  facile  de  comprendre  que  feine  ait  été  confondu  avec 
in  mot  emprunté  au  français,  savoir /ee  (de  fata).  Mais  cette  confusion 
rès-naturelle  ne  nous  donne  pas  le  droit  de  dériver  feine  de  son  synonyme 
•ée,  comme  Grimm  l'a  fait  dans  son  Dictionn.  s.  v.  ;  compar.  sa  Mythol. 
45  (l'^éd.).  Il  aurait  fallu  expliquer  comment  un  n  pouvait  se  glisser 
ms  feine  ;  Grimm  ne  l'a  pas  fait.  En  effet,  Vn  étant  inexplicable  s\  feine 
enait-  de  fée,  l'identification  des  deux  mots  est  tout  à  fait  hors  de 
uestion. 

■  Le  même  fani  a  survécu  encore  longtemps  dans  le  terme  Fenesberg, 
'■■  montagne  de  la  nymphe,  de  la  dame,  »  que  quelque  pédant  a  méta- 
lorphosé  en  Venusberg  v  montagne  de  Vénus,  »  si  bien  connu  de  l'his- 
)ire  du  Tannhaeuser.  Les  nains  nommés  Fenesleute  s'y  rapporteront 
ussi;  voy.  Simrock,  D.  Mythol.  412  (3e  édit.).  Bien  plus,  le  palais  de 
i  déesse  Frigg  s'appelle  Fensalir  (nouvelle  Edda,  ch.  35).  D'après  Sim- 
'Dck,  Mythol.  96,  cela  signifierait  «  salle  de  mer,  »  mais  fen  ne  veut 
lire  «  mer  «  que  par  une  métaphore  assez  ignoble;  il  signifie  une 
lare.  Il  est  bien  plus  probable  que  Fensalir  n'est  rien  d'autre  que 
salir  de  Frigg,  »  c'est-à-dire  a  palais  de  la  dame.  »  Car  Frigg, 
.-sax.  frî,  anglos.  freo,  etc.  est  le  sanskr.  priyâ  «  bien-aimée,  femme.» 
■'est  un  synonyme  de  menia,  moy. -néerlandais  minne,  «  chérie,  bien- 
mée  »  (d'oia  le  franc,  mignonj;  v.-h.-all.  meriminna,  néerl.  meermin, 
armin,  «  dame  du  lac,  sirène.  »  Tous  les  mots  pour  aimable,  chéri 
{priment  aussi  l'idée  de  femme,  p.  ex.  sanskr.  priyâ,  vanitâ,  kântâ, 
Jand  ils  sont  pris  substantivement;  v.  sax.  frî,  etc.  Pour  prouver  que 


i66  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

les  idées  de  «  femme  »  et  de  «  dame  »  passent  l'une  à  l'autre,  on  n'a  is 
besoin  d'un  long  commentaire.  Ainsi  le  norois  Freya  «  domina,  dami  « 
v.-h,-all.  frawa,  anglos.  fred,  néerl.  vromve,  etc.  alterne  avec /r/,/;g 
«  femme,  »  et  le  vendredi  se  nomme  en  islandais  aussi  bien  Fni- 
dagr  (jour  de  la  dame),  que  Friddagr,  tandis  que  les  autres  lan^js 
german.  n'ont  que  le  seul  Fridag,  etc. 

En  résumé, /cir/i,  v.-nor. /e/i  dans  Fensalir;  moy.-h.-a\\.fein[e);  d. 
des  inscriptions  : /tî/î/^  devait  avoir  la  signification  de  dame,  fem», 
nymphe.  Les  Aufanias  sont  les  dames  soit  de  la  région,  soit  du  flet;; 
dans  le  premier  cas  elles  seraient  les  merfeine,  wasserfeine  du  moy.-.- 
all.;  dans  l'autre  des  feine  de  Vau.  Nous  ne  ferons  pas  l'analyse  étymo- 
gique  du  mot  ;  qu'il  suffise  d'observer  que  pania,  autre  forme  pa  î, 
a  dû  avoir  le  sens  de  dame  déjà  avant  la  séparation  des  tribus  arien  s. 
Car  dans  le  grec  nous  retrouvons  pania  sous  la  forme  de  {oiz)-zt, 
pour  xovia;  en  tchèque /ja/z/,  dame;  en  ancien  german.  rhénan  [au)fi; 
enY.-noroïs  f en  dans  fensalir.  La  forme  jumelle  pania  se  maintien  m 
russe  fa/2 /a  ';  une  troisième  forme  c'est  le  lithuanien  po/ze  (de  p'i  . 
où  la  voyelle  radicale  est  longue  comme  au  masculin  ponas,  seigm-; 
aussi  en  tchèque  pdn,  seigneur.  Une  quatrième,  apparemment  is 
récente  et  probablement  un  diminutif,  c'est  le  v.-nor.  Fenja. 

Outre  aufani,  le  mol  fan i  se  montre  dans  Matronis  Aumenaien,  en 
monument  découvert  près  de  Cologne  (n"  345).  Les  noms  de  Fenjtt 
Menja,  Fanigold  et  Manigold,  les  feine  et  les  minne,  se  trouvent  a  ;z 
souvent  en  compagnie,  mais  cela  ne  prouve  pas  qu'il  existe  un  rapjrt 
intime  entre  Aufani  et  Aumenaien.  Les  difficultés  qui  s'opposent  à  re>'i- 
cation  de  menaien  sont  telles  que  je  ne  me  sens  pas  la  force  de;s 
vaincre.  En  attendant  des  lumières  d'ailleurs,  il  n'est  pas  tout  à  fait  lU- 
tile,  peut-être,  de  marquer  les  difficultés.  En  v.-h.-all.  menni,  M 
(merimenni)  a  une  forme  secondaire  rninn(f)un  (voy.  Graff.  Sprachsdi, 
2,  774),  ce  qui  indique  un  thème  miniôn,  plus  ancien  minian,  menx. 
Mais  menaien  ne  saurait  en  aucune  façon  répondre  à  meniZin;  il  est  a  ;z 
distinctivement  une  dérivation  secondaire  avec  le  suffixe  en  (=  în,i) 
de  menai  ou  menahi;  plus  tard  je  prouverai  que  le  suffixe  en  n'est  |:n 
autre  que  le  goth.  în,  in.  Devant  un  tel  suffixe  un  mot  mcnalii  devienc-it 
nécessairement  menah;  le  produit  serait  menahen,  point  du  tout  md- 
hien,  encore  moins  menaien.  En  effet,  à  juger  d'après  le  fac-similde 
Brambach,  Vi  n'est  guère  certain.  Un  mot  mÊ/ui/;/ peut  désigner  p- 


I.  Dans  la  langue  v. -slave  (v. -bulgare)  c'est  la  règle  que  des  mots  tels  que  bc 
déesse,  ont  i  (arien  ia,  sanskr.  t)  au  nomin.,  mais  que  dans  les  autres  cas  ils  sont 
nés  suivant  un  thème  iâ. 


l'i- 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  167 

plade,  commune;  compar.  v.  nor.  almennr,  «  vulgaire,  populaire,  » 
dlmcnningar,  «  compascua.  »  Les  idées  et  les  formes  de  deux  mots  qui 
par  l'étymologie  diffèrent  complètement,  savoir  managi  «  foule,  peuple  « 
et  [ga^main,  «  commun  »  (étymol.  =  lat.  commànis  pro  commocnis)  se 
croisent  tellement  qu'il  est  impossible  de  décider  si  le  v.-h.-all.  allmeind 
K  compascuum,  »  quoique  identique  quant  à  la  signification  au  norois 
almenning,  est  le  même  mot  ou  un  autre.  Car  meind  peut  s'être  développé 
■àe  mennidi  (voy.  ce  que  nous  avons  dit  de  Vei  =  e  devant  les  liquides), 
mais  rien  ne  s'oppose,  de  l'autre  côté,  à  le  dériver  de  mein,  commun, 
parce  qu'il  signifie  «  terre  commune.  »  Le  suisse  allmend,  au  contraire, 
,est  évidemment  le  même  mot,  étymologiquement,  que  le  norois 
ilmenningar .  Nous  ne  pouvons  savoir  si  Ve  de  nunah  (supposé  pour 
rnenai  de  Brambach)  est  long  ou  bref,  mais  il  se  trouve  que  c'est  chose 
indifférente  ici,  parce  que  dans  les  deux  cas  le  mot  pourrait  signifier 
«commune,  peuplade;  »  aumenahi  «  peuplade  riveraine;  n  l'adjectif 
lumenahen  «  appartenant  à  la  peuplade  riveraine.  «  Il  va  sans  dire  que 
lous  ne  donnons  une  telle  explication  que  comme  conjecture,  autant 
qu'il  ne  sera  pas  décidé  s'il  faut  lire  h  au  lieu  d'/. 

Une  troisième  fois  nous  rencontrons  au  dans  n°  297,  trouvé  près  de 
Pologne  et  portant  :  Matronis  Rumanehis  item  Aulaitinehis.  La  leçon 
"ejetée  par  Brambach  est,  sinon  la  vraie,  du  moins  possible,  tandis  que 
miaitinehis,  comme  lui  veut  lire,  n'est  rien.  Rumaneh  est  dérivé  avec 
fh  =  ih,  ig,  de  Ruman,  Romain  ;  signifie  donc  «  des  Romains.  »  Pour 
:xprimer  le  franc.  «  un  Romain  »  on  dit  en  néerl.  «  een  Romein  ;  pour 
;xprimer  l'adjectif,  on  dit  Romeinsch.  La  différence  entre  le  néerl. 
vmeinsch  et  le  rumaneh  de  l'inscription  est  celle-ci,  que  le  suffixe  eh  a 
:té  remplacé  par  isch.  Pour  l'u  compar.  le  goth.  Rumoneis,  Ruma,  mais 
nglos.  Romane;  v.-sax.  Rumaburg  et  Rumuburg,  ville  de  Rome  (Héliand), 
.  côté  de  Romano  liudi  dans  le  même  poème,  et  Roma  dans  le  fragment 
l'Essen.  La  même  différence  d'orthographe  existait  déjà  au  temps  des 
■ascriptions,  car  n"  601  porte  Rumanehahus,  mais  n°  565  Romanehis. 

Le  mot  item  nous  porte  à  penser  qu'en  aulaitineh  se  cache  l'idée  d'in- 
igène  ou  quelque  chose  de  semblable.  Si,  par  hypothèse,  aulait  a 
.ésigné  «  district  riverain,  »  alors  aukitin  en  serait  un  dérivé,  le  suffixe 
tant  en  =  in,  en,  et  il  signifierait  «  appartenant  au  district  riverain;  » 
ubstantivement  «  habitant  du  d.  r.;  aulaitineh  «  appartenant  aux  habi- 
înts  du  d.  r.  »  Si  au  contraire  laitin  était    un  substantif,   signifiant 

district,  »  auleitineh  serait  v  appartenant  au  district  riverain.  «  Don- 
er  la  preuve  que  laitin  a  réellement  existé  dans  le  sens  de  district, 
rovince  est  hors  de  mon  pouvoir.  Cependant,  je  voudrais  remarquer 


i68  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

que  laitin  est  formellement  le  danois  leden.  En  islandais  il  y  a  une  foie 
du  même  radical,  leit.  Les  mots  danois  et  island.  ne  signifient  plus  le 
«investigation,  enquête.  »  Mais  isl.  leita,  dan.  lede  est  parfaitemit 
synonyme  de  soekja,  soege.  Or,  de  soekja  est  dérivé  sôkn,  et  ce  nt 
signifie  aussi  bien  «  enquête,  »  que  «  district,  paroisse.  )>  Le  suffixe  e 
laitin  dan.  leden  et  de  sôkn,  et  la  signification  de  leita  et  soekja  étit 
identiques,  il  n'y  a  pas  le  moindre  empêchement  à  dire  aussi  bien  U  n 
que  sokin  pour  désigner  «  district.  «  Il  faut  avouer  que  tout  cela  e 
suffit  pas  pour  préciser  le  sens  de  laitin  ;  espérons  plus  de  données  e 
l'avenir. 

Celui  qui  voudra  admettre  l'identité  formelle  de  laitin  et  du  dan.  lec\ 
devra  aussi  conclure  que  Vdi  goth.  a  été  représenté  par  ai  dans  1'  - 
cien  dialecte  de  Cologne.  Jusqu'ici  je  n'ai  pas  rencontré  dans  les  inscv 
tions  rhénanes  un  autre  exemple  sûr  de  cet  ai;  d'autres  monuments  en 
district  plus  occidental  présentent  un  e,  qui  paraît  être  l'équivalent  u 
goth.  ai,  v.-sax.  c,  néerl.  ee.  Je  ne  dis  pas  qu'une  telle  différence  (  - 
lectale  ait  quelque  chose  d'étonnant;  au  contraire,  nous  savons  queis 
auteurs  grecs  et  romains  écrivent  Boiohemum  (Boihemum),  Boioh'- 
mum  et  Bcuiai[j.ov  (chez  Strabon  VII,  i). 

Un  e  comme  équivalent  de  Vê  v.-saxon  apparaît,  à  mon  avis,  dan  e 
mot  vetaraneh,  veteraneh.  N"  570  porte  Matronis  Vetaranehabus  ;" 
$715  $7<^>  584  et  586  M.  Veteranehis;  n"  373  M.  Veterehab  , 
n°  $75  M.  Veteraneis,  Tous  les  monuments  sont  des  districts  de  Du'n 
et  d'Aix-la-Chapelle. 

La  différence  d'orthographe  dans  la  seconde  syllabe  indique  que  (à 
alors  un  a  bref  et  un  e  sourd  variaient  dans  des  syllabes  qui  n'ava  it 
ni  l'accent  principal  ou  aigu,  ni  l'accent  secondaire  particulier  jx 
langues  germaniques.  Le  fait  nous  était  déjà  connu  par  l'exempU'e 
Hludena  alternant  avec  Hludana.  Vctan  (ou  vïtôn,  vctân)  est  à  compî|;r 
avec  le  v.-nor.  veita  «présenter,  fournir,  donner,  »  skr.  nivedaya]', 
v.-nor.  veitsla  «  banquet  »  et  «  don  gratuit,  bénéfice;  »  veitull,  déi'é 
de  veita  avec  le  suffixe  fréquentatif  al,  signifie  «  donnant  libéralemfj, 
hospitalier.  »  Le  suffixe  al  {il,  ni)  ne  diffère  pas  d'ar,  ir,  ur.  Le  veje 
fréquentatif  répondant  à  l'adj.  veitull  serait  régulièrement  vïtalon  ou  v':- 
ron  dans  le  dialecte  des  monuments  rhénans.  Vêtaron  signifie  donc  «  le 

I.  Synonyme  du  v.-nor.  veita  est  le  goth.  biudan,  etc.  Les  deux  racines  vid  et  IjA 
(bhudh)  ont  été  synonymes  depuis  un  temps  immémorial.  Ainsi  le  sanskr.  nivedcji 
signifie  aussi  bien  offrir,  donner,  qu'informer,  annoncer;  de  même  l'anglos.  beodan,  ,:. 
A  vedayati  correspond  verfi,  vedl,  table,  banc  ;  une  hauteur  de  sable  érigée  pour  y  Y 
senter  les  dons  du  sacrifice  aux  dieux.  Le  synonyme  de  ce  veditsi  en  goth.  biuds,  an{|. 
beod,  v.-nor.  biada,  etc.,  table.  ! 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  169 

hospitalier,  régaler.  ;)  Compar.  les  verbes  fréquentatifs  en  néerl.:  fladde- 
ren  «  voleter  »  leuteren  «  babiller  »  flikkeren,  «  pétiller  »  glibberen,  blake- 
ren,  blikkeren;  etc.;  en  v.-h.-aW.  flagarôn,  vlogarôn,  «  voleter  »  scaparôn; 
uoberàn  «  exercer  »  DGr.  II,  i  ^7,  où  opfarôn  doit  être  biffé,  parce 
qu'il  ne  contient  pas  un  suffi.xe  ar;  il  est  dérivé  d'opfar,  transformation 
du  lat.  offerre. 

Le  nom  d'action  de  vetaron  est  vetarania,  vetarani,  vetarana  a  hospita- 
lité, libéralité;  »  compar.  v.-nor.  veitingasamr,  «  libéral,  »  veiting 
«  régal.  »  Vetaraneh,  avec  le  suffixe  eh  Çili)  peut  se  traduire  par  «  d'hos- 
pitalité. »  Une  confirmation  de  cette  interprétation  est  fournie  par  les 
sculptures;  celles  du  no  571  représentent  une  corne  d'abondance  et 
des  fleurs;  celles  du  n°  572  également  une  corne  d'abondance,  une  cor- 
beille et  un  objet  qui  ressemble  à  un  coutre;  celles  du  n"  $7$  une  femme 
tenant  à  la  main  une  coupe  à  verser  simpulum;,  et  un  garçon  qui  retient 
un  pourceau  gras;  celles  de  n°  585  une  corne  d'abondance  et  des  fleurs. 
La  coupe  à  boire  semble  un  symbole  de  verser  à  boire  et  de  donner, 
deux  idées  exprimées  en  néerl.  et  en  ail.  par  un  seul  mot,  sclienken,  et 
rappelle  le  nom  de  Nehalennia  «  échanson  »  et  «  donatrice,  »  tous  deux 
exprimés  en  néerl.  par  schenkster. 

:  L'idée  d'échanson  se  retrouve  dans  le  nom  d'une  déesse  à  laquelle 
est  dédié  un  monument  zéelandais,  savoir  la  Dea  Burorina  (Brambach, 
jf  46).  Burorin  n'est  probablement  qu'une  autre  dénomination  de  Neha- 
lennia. Burori  correspond  à  l'anglos.  byrele,  «  échanson  »  quand  on  tient 
compte  de  la  variation  ordinaire  des  sons  r  et  /.  Le  mot  ayant  le  thème 
•en  ia  ou  /,  il  suit  que  la  forme  féminine  doit  être  bnrorin(J.d),  tandis  que 
fiehal,  thème  n^hala,  a  pour  fémin.  la  forme  nehalaennia  ou  nehalenia.  Le 
mot  néerl.  borrel  (goutte,  Allem.  schnapps)  appartient  à  la  même  famille 
que  byrele,  byrelian  des  anglo-saxons,  bjrla,  byrlari  des  Scandinaves. 
:^ant  à  ar,  alternant  avec  al,  comp.  v.-sax.  dunkar,  néerl.  donker, 
angles,  (iu/zcor  «  obscur,  »  avec  v.-h.-all.  tunchal,  n.-h.-all.  dunkel; 
•inglos.  svancor  avec  v.-h.-all.  swanchal;  v.-nor.  gdngull,  gangleri  avec 
y. -h. -ail.  gangar,  gangarari;  v.-h.-all.  martolôn,  néerl.  martelen  avec 
.i.-h.-all.  martern;  n.-h.-aW.  wandern  et  wandeln  avec  néerl.  wandelen, 
mgl.  wander;  et  beaucoup  d'autres  exemples  (voy.  aussi  Grimm,  D.  Gr., 
I,  119). 

Il  doit  en  être  à  peu  près  de  même  pour  vesuniahen  que  pour  veta- 
■aneh.  Aux  Matronae  Vesuniahenae  appartiennent  n°'  580,  $82,  583, 
■84  et  542  ;  la  dernière  inscription  est  de  Zulpich,  les  autres  d'entre 
'ulpich  et  Duren.  Quand  nous  nous  souvenons  du  goth.  andavizn, 
'■iuv'.ov;  vizon  in  azetjam  «  faire  bonne  chère  en  festins,  »  c-a-aXav; 
Rev.  Celt.  Il  12 


lyo  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines, 

gavizneigs  im  «  je  me  conjouis,  »  cuYrfio\xxr,  v.-h.-all.  gastwissi  «  rég? 
d'hôtes,  hospitalité,  »  nous  verrons  dans  vesuniaha  un  subst.  formé  avt 
le  suffixe  aha,  aga  et  signifiant  l'action  de  se  régaler  ou  de  régaler,  fe' 
tin.  Le  suffixe  aha,  aga  est  assez  fréquent  en  v. -frison  et  ne  manque  p 
au  bas-francique  de  la  loi  salique;  p.  ex.  en  v. -frison  tichtega,  «  incr 
mination  ))  (néerl.  betichting) ;  ajtega,  etc.;  dans  la  loi  salique  texag 
teskega  (pour  taskiaga),  tesceia  «  vol.  »  Plus  tard  la  forme  aga,  aha  a  c 
céder  la  place  à  la  forme  plus  forte  unga,  inga. 

Comme  vesuniaha  est  «  festin,  régal,  »  l'adj.  vesuniahên  peut  se  rend 
«  de  festins.  »  Les  Matronae  vesuniahenae  sont  les  protectrices  de 
bonne  chère.  »  Ici  comme  dans  le  cas  précédent  les  images  nous  vie 
nent  en  aide  pour  confirmer  l'interprétation.  Car  sur  la  pierre  de  n°  5! 
est  reproduit  un  vase  sur  une  table  ;  sur  celle  de  n°  583  un  jambon,  u 
corne  d'abondance,  des  fruits  dans  une  corbeille  et  un  paon  ou  co 
n°  $42  montre  à  gauche  et  à  droite  une  corne  d'abondance.  Après  toi 
vesuniahên  et  alagabia  expriment  des  idées  du  même  ordre;  la  derniè 
est  plus  générale,  la  première  plus  spéciale. 

J'ai  plus  d'une  fois  avancé  l'opinion  que  le  suffixe  en  ou  en  est  l'éqr 
valent,  ou  plutôt  une  autre  orthographe  du  goth.  ein  ou  in.  Il  est  hc 
de  propos  de  rechercher  ici  jusqu'à  quel  degré  \'e  et  Va  du  latin  ont  ( 
prononcés  comme  /  et  u,  soit  dans  la  langue  vulgaire,  soit  dans  la  pr 
nonciation  urbaine.  Je  me  borne  à  rappeler  que  dans  les  langues  roman 
plus  d'un  ê  et  0  (long  et  bref)  de  l'orthographe  classique  a  pris  le  son  > 
et  u,  et  que  le  fleuve  Rhenas  sonnait  déjà  comme  Rin  dans  la  bouche 
divers  peuples  german.,  il  y  a  plus  de  1000  ans.  Au  vi**  siècle  de  noi 
ère,  Grégoire  de  Tours  écrit  régulièrement  e  et  0  pour  exprimer  le  si 
de  1'/  et  de  l'û  german.  P.  ex.  il  écrit  Chlodove{h)us.  Eh  bien,  il  est  ce 
tain  que  la  voyelle  primitive  de  veh  est  un  î,  i.  U  est  certain  aussi  q' 
les  Français  prononcent  Louis,  avec  un  /,  et  que  l'ail.  Ludvvig  n'a  jam.i 
eu  un  e  au  lieu  de  1'/.  Il  est  donc  clair  que  l'e  n'est  rien  d'autre  qu'u^ 
orthographe  imparfaite  pour  désigner  le  son  d'un  î  ou  /.  Dans  les  dinî 
nutifs  franciques  le  suffixe  lin  est  constamment  écrit  lenus  par  Grégoiij 
Le  français  Louis  ne  peut  pas  servir  à  prouver  que  Vo  de  Grégoire  vei 
dire  un  û,  il  faut  l'avouer,  mais  dans  ce  cas  l'û  est  certain  parce  que  ' 
mot  connu  hlùd  a  un  û  primitif  et  des  développements  d'û  dans  1 
langues  modernes  german.,  mais  aucune  de  ces  langues  n'a  jamais 
un  0  =  û'.  Les  sons  d'c  et  d'i  sont  si  aisément  confondus  qu'il  n') 

I.  La  forme  francique  de  Chloc!ove{li)us  a  dû  être  U\ûdov'i{h)s,  et  dans  la  prononc 
tion  vulgaire  Hlùvi(h)s,  car  le  d{dh,  th)  s'élide  très-facilement  entre  deux  voyelles,  p 
ou  moins  dans  la  plupart  des  langues  german.  (p.  ex.  dans  anglos.  feover,  ail.  vier,  eic 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  171 

rien  d'étonnant  que  1'/  germ.  ait  été  exprimé  par  e;  l'exemple  de  Bace- 
nis  silva,  le  Bôkin{waldj  de  plus  tard,  date  d'un  temps  encore  plus  reculé 
que  les  monuments  rhénans. 

Même  si  l'on  préférait  supposer  que  Ve  d'en  est  un  e  sourd  et  que  déjà 
aux  temps  des  inscriptions  on  prononçait  en  comme  en  anglos.,  néerl., 
anglais,  la  valeur  du  suffixe  ne  changerait  pas.  En  tout  cas  ce  serait  du 
même  thème  que  le  goth.  ein. 

Un  mot  bien  connu  et  qui  a  survécu  dans  tous  les  idiomes  german. 

est  marc{a)  «  marche,  territoire.  «  Il  se  retrouve  dans  une  inscription 

de  Remagen  (n°  646;,  portant:  J.  0.  M.  et  genio  loci,  Marti,  Her- 

cuLi,  Mercurio,  Ambiomarcis.  Ambiomarkia  signifie  si  je  ne  me  trompe  : 

appartenant  à  la  marche  environnante,  de  l'alentour  provincial.  Ambio, 

ou  du  moins  ambi,  est  resté  en  anglos.  comme  embe,  autour.  Une  autre 

:  forme  d'embe  est  l'anglos.  ymb,  v.-h.-all.  umbi.  Le  v.-noro/s  qui  pré- 

,  sente  en  général  un  singulier  mélange  de  formes  très-antiques  et  d'autres 

>.  qui  ont  subi  des  changements  violents,  a  um,  forme  aussi  avancée  que 

le  n.-h.-all.  um.  Vo  dans  ambio  s'explique  comme  un  élément  indiquant 

!  l'adverbe.  Ainsi  en  goth.  ût  (généralement  =  se,  quelquefois  iHio)  et 

t  ùta  (toujours  sSo));  in  (=  àv,  tic)  et  inna  (=:lco));  v.-h.-all.  ab  et  aba, 

I  abo.  —  Le  subst.  composé  dont  l'adj.  ambiomarkia  est  une  dérivation 

i  est  certainement  d'ancienne  date;  le  v.-nor.  a  ummerki,  le  v.-h.-all.  um- 

î  bimarchon. 

\      Une  forme  collatérale  d'ambio  est  abia,  que  nous  apprend  le  n°  635. 
I  Cette  inscription  du  district  d'Aix-la-Chapelle  contient  les  mots  Matro- 
■  Nis  Abiamarc.   Pour  prouver  que  les  formes  ambio  et  abia  sont  des 
i  jumelles,  nous  n'appellerons  pas  au  sanskr.  qui  ne  connaît  que  abhi,  abhî; 
•  ni  au  grec  qui  ne  possède  que  i[j.oi.   Il  suffit  que  dans  le  v.-norois  of  et 
.  um,  dont  la  forme  ancienne  reconstruite  est  abhi  et  ambhi,  ont  la  même 
:  valeur,  tellement  que  nous  lisons  parfois  tous  les  deux  dans  la  même 
règle  ;  p.  ex.  dans  le  poème  de  Helgi  Hundingsbani,  I,  21  : 
Sendi  âru  allvaldr  thadhan 
Of  lopt  ok  um  Idg,  leidhar  at  bidhja. 
Ce  qui  veut  dire  :  «  Le  monarque  envoya  pour  cette  raison  des  messa- 
gers par  tout  l'air  et  par  toute  la  mer,  pour  demander  secours.  » 

Pour  la  différence  de  la  voyelle  terminale  dans  abia  et  ambio,  nous 
renvoyons  le  lecteur  à  l'exemple  donné  plus  haut  de  aba  et  abo  en  v.  h.- 

mais  principalement  en  bas-francique.  L'orthographe  Clovis  n'a  jamais  exprimé  le  son, 
car  un  cl  ne  saurait  produire  /  en  français.  La  forme  française  étant  Louis,  il  en  suit 
que  les  Francs  n'ont  jamais  prononcé  autrement  que  Hluvi(h)s  (et  Hludovihs).  Le  ch  de 
■l'orthographe  gallo-romaine  sert,  comme  nous  avons  vu  plus  haut,  à  exprimer  le  son  de 
\'h  germ. 


172  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

ail.  et  à  la  variation  continuelle  d'^  et  o  terminaux  en  v.-sax.,  bas- 
francique,  etc.  Il  n'est  pas  nécessaire  d'établir  que  ambio  et  abia  n'ont 
pas  appartenu  au  même  dialecte.  Car  en  latin  nous  retrouvons  amb  et 
ob,  provenu  à'ambi  et  obi,  témoin  obi-ter,  comparé  à  prae-ter;  de  la 
même  manière  le  mot  lat.  ut  a  perdu  son  /,  quoiqu'u?j  ne  soit  pas  moins 
usité;  le  lat.  aut  est  primitivement  auti,  comme  en  osque.  On  sait  qu'en 
latin  le  suffixe  ti  de  la  3"  pars.  sing.  et  celui  de  mots  fémin.  ont  perda) 
leur  /.  ; 

Il  y  a  deux  inscriptions,  n"'  634  et  $79,  l'une  originaire  de  Floisdorf, 
l'autre  de  SoUer,  dans  lesquelles  on  reconnaît  une  forme  intéressante  du 
superlatif.  C'est  le  mot  textumeh.  Le  goth.  a  gardé  le  superlatif  en  thuma 
(selon  les  circonstances  :  duma,  prononc.  dliuma,  et  tuma)  =  arien  tama, 
pour  quelques  mots  qui  indiquent  une  direction.  P.  ex.  aftuma  «  dernier.j 
'éay%-oq,  »  iftuma  «  subséquent,  proximus,  »  hleiduma  «  gauche,  sinister.  );j 
Le  latin  fait  de  tumus,  timus  un  usage  plus  fréquent;  extumus,  intimas 
ultinius,  optimus.  Dans  le  même  sens  que  tama  les  langues  ariennes  con-, 
naissent  ma;  p.  ex.  skr.  madliyama,  analogue  à  l'anglais  middlemost, 
néerl.  middelste,  tous  deux  avec  un  suffixe  de  superlatif  très-distinct.  L<' 
goth.  a  innuma  «  intérieur,  »  auhuma  v  supérieur.  »  Par  ces  exemple: 
l'on  voit  que  le  superlatif  et  le  comparatif  peuvent  s'exprimer  par  li 
même  suffixe.  1 

Les  nombres  ordinaux,  qui  ont  la  nature  de  mots  indiquant  la  plac»! 
d'un  objet,  prennent  aussi,  comme  on  sait,  divers  suffixes  du  superlatif 
Ainsi  ma  dans  le  goth.  fruma,  lat.  primus;  sanskr.  daçama,  lat.  decumus 
decimus,  mais  le  grec  avec  un  autre  suffixe  du  superlatif  :rp(OTo;,  BéxaTOç  j 
sanskr.  saptama,  lat.  septimus,  grec  ï'^jooij.o;;,  etc.  Le  grec  et  le  latin  quj 
pour  «  septième  »  font  usage  de  ma,  ont  une  autre  forme  de  superlatif, 
va,  pour  le  nombre  suivant;  o'(doFoq,  octavus;  le  néerl.  a  encore  un 
autre  forme,  savoir  l'arien  ista,  dans  achtste  «  huitième;  »  encore  un, 
autre,  l'arien  ta,  est  usité  en  anglos.  eahtodha,  angl.  eighth,  etc.  A  pro, 
prement  parler  va  n'est  pas  un  autre  suffixe  que  ma  ;  c'est  une  formj 
jumelle.  En  sanskrit  çyâma  et  çyâva  ne  sont  que  deux  variations  d'u 
seul  mot  ;  de  même  les  suffixes  mant  et  vant  désignent  exactement  la  mêm; 
chose,  et  dans  quelques  cas  les  deux  formes  coexistent  dans  la  langue 
comme  kakudmant  et  kakudvant.  Ce  qui  en  latin  se  dit  primus,  en  goth 
jruma,  est  exprimé  en  sanskr.  par  pàrva,  de  pcrcva. 

Les  mots  pour  droite  et  gauche  montrent  généralement  un  suffixe  d| 
comparatif.  Mais  en  gothique,  nous  l'avons  déjà  vu,  quelquefois  un, 
forme  de  superlatif  est  prise  dans  le  sens  du  comparatif.  Comme  va  = 
ma,  le  goth.  tailisva  est  un  superlatif,  avec  le  sens  d'un  comparatif,  e 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  1 7  3 

lat.  dexter;  de  même  hleiduma,  mais  en  latin  sinister.  A  côté  du  goth. 
taihsva  (pour  taihsava),  v.-néerl.  tesewa,  v.  h.-all.  zesawa,  droite,  une 
autre  forme  taihsuma  serait  parfaitement  régulière.  En  effet,  le  moy. 
h.-all.  la  possède,  zeseme. 

Le  positif  du  superlatif  taihsva,  c.  à  d.  taihs,  ne  se  trouve  plus  en  goth., 
du  moins  dans  les  textes  qui  nous  sont  restés.  De  l'arien  daksa,  sanskr. 
daksha,  qui  en  goth.  serait  taihs,  est  formé  en  latin  le  superlatif  dextu- 
mus,  dextimus,  pour  dexitumus.  C'est  ce  dextimus  latin  qui  a  son  congénère 
german.  dans  le  textum  de  nos  inscriptions. 

Le  comparatif  proprement  dit,  en  lat.  dexter,  grec  os^t-epoç,  n'a  pas 
manqué  au  germanique.  Il  s'est  maintenu  en  néerl.  dans  le  nom  du  comté 
de  Teisterbant.  Teis  s'est  développé  de  tessi,  tehsi,  à  la  manière  de  einde, 
deinzen,  etc.,  dont  nous  avons  parlé  plus  haut.  Dans  le  nom  cité,  teister, 
lat.  dexter,  doit  signifier  «  méridional  ;  »  Teisterbant  est  le  district  au  sud 
du  Rhin,  du  Vahal,  ou,  si  l'on  veut,  au  sud  de  la  Batavie.  Les  mots 
signifiant  «  à  droite,  «  expriment  aussi  la  direction  méridionale  ;■  ainsi 
le  sanskr.  dakshiiia,  de  daksha,  fort,  a  le  sens  du  dexter  des  Latins,  du 
taihsva  des  Goths,  et  de  «  sud;  »  v.  h.-all.  sund,  néerl.  zuid,  etc.  est 
proprement  «  fort,  »  puis  «  à  droite,  «  et  enfin  <c  sud.  » 

Le  positif  tehsa  ou  tehsia,  Bé^ioç  a  aussi  existé  autrefois,  avec  le  sens 
de  méridional.  Un  dérivé  de  ce  positif  est  néerl.  Tessel,  Texel  (pour 
Tehsel),  nom  d'île.  Compar.  pour  le  suffixe  l'écossais  easel,  oriental  ;  et  le 
nom  d'île  Oesel  dans  la  mer  Baltique.  L'île  de  Tessel  aura  été  ainsi  nommée 
parce  qu'elle  était  la  seule  située  au  sud  du  Vlie,  ou  parce  qu'elle  était 
la  plus  méridionale  de  la  série  d'îles  le  long  des  côtes  de  la  Frise,  tandis 
que  Nordernei  «  île  septentrionale  »  était  la  plus  septentrionale  des  îles 
appartenant  à  la  Frise  proprement  dite. 

Un  autre  nom  géographique  nous  fournit  l'exemple  du  positif  tehsa 
alternant  avec  le  superlatif  tehsva  sans  que  la  signification  change  pour 
cela.  Je  veux  dire  Texandria,  Toxandria  ou  Tassandria  et  Texuandri. 
La  variation  de  tex  et  tox  (tehs  et  tohs)  est  un  exemple  de  plus  du  fait 
que  l'e  et  0  alternent,  spécialement  devant  h,  g,f,  k;  p.  ex.  en  moy.- 
néerl.  woch  etwech  «  chemin,  »  ochte,  ofte,  v.-sax.  eftho;  vieux-néerl. 
Lokkia  =  Lekkia,  nom  de  rivière,  etc.  Chez  Pline  se  trouve  la  forme 
I  Texuandri  [tehsvandri).  De  tohsa  et  tehsva  «méridional,  »  ou  peut-être  d'un 
superlatif  fo/!5^m  (=  moy.  h.-all.  zeseme)  et  d'un  superlatif  pléonastique 
tehsvam,  se  dérivent  régulièrement  un  adverbe  Tohsandra  «  au  pays  du 
sud;  »  tohsandri  ou  tohsanderi  «  un  habitant  du  pays  du  sud,  un  méri- 
dional; »  un  fém.  tohsandriâ  «  pays  des  méridionaux.  «  Ainsi  en  latin 
d'ex  se  dérivent  extra,  exterus,  exterior,  externus.   L'emploi  du  suffixe 


174  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines. 

locatif  îra,  /râ  est  bien  connu  ;  p.  ex.  sanskr.  Kurupancâlatrâ  «  au  pays 
des  Kurupancâlas;  »  manushyatrâ  «  parmi  les  hommes;  «  devatrâ, 
«  parmi  les  dieux;  »  compar.  Pâ/zini  5,  4,  $6.  La  forme  goth.  de  tra 
itéra]  ou  f^ra  est  thar\  de  fra  elle  est  thra,  avec  les  changements  néces- 
sités par  la  nature  de  la  lettre  finale  du  thème  précédent  ;  par  ex.  hindar 
(.(  derrière;  mais. aftra,  «  de  retour,  »  etc.  Avec  le  même  thar,  thera  est 
formé  le  nom  Flandre.  Il  dérive  du  thème  Flâma,  Flâm,  qui  avec  le 
suffixe  devient  Flândra;  de  flândra  a  au  pays  des  Flâms,  «  se  forme 
flànderi  «  habitant  du  pays  des  F.  ;  «  puis  un  fém.  flândria  «  pays  fla- 
mand. ))  La  forme  vlaanderen  peut  être  proprement  le  datif  du  pluriel  de 
vlaanderi,  de  sorte  que  in  Vlaanderen  aurait  signifié  «  parmi  les  habitants 
de  F.,  ))  mais  il  n'est  guère  impossible  qu'il  y  ait  eu  déjà  primitivement 
un  singulier  flândern  (compar.  lat.  externus)  ou  quelque  autre  dérivé. 
D'une  façon  analogue  à  Flandre  de  Flâm,  on  a  formé  de  Borocht,  Boruct, 
Bruct,  etc.,  nom  de  contrée  ou  de  peuple,  Boructra  (c'est-à-dire  Boruct- 
trd)  «  au  pays  de  Borocht  ;  »  boructari,  brader  «  Bructérien  ;  »  mais  en 
anglos,  on  disait  Boruht-vare,  mot  composé,  signifiant  «  habitant  de  Bo- 
ruct. ))  Pour  revenir  aux  Texandriens,  ils  ont  vraisemblablement  reçi 
leur  nom  d'hommes  du  midi  des  Bataves  et  des  autres  tribus  au  nord 
du  Vahal  et  du  Rhin,  qui  par  ce  nom  désignaient  tous  ou  presque  tousi 
leurs  congénères  germains  établis  dans  la  Belgique.  Maintenant  il  s'expli- 
que de  soi-même  comment  Pline,  Hist.  Nat.  4,  17  (éd.  Detlefsen),  a  pi 
dire  «  Texuandri  pluribus  nominibus',  »  car  toxander  n'était  pas  un  noir; 
générique,  mais  l'appellation  commune  des  tribus  germaniques  au  suc' 
du  Rhin.  Ajoutons  un  fait  curieux.  Dans  une  charte  de  l'an  815'  nou; 
lisons  : 

Anno  vero  eiusdem  régis  Ludovici  tradidit  Alfger  in  pago  Texandriéj 
sive  Testarbanto,  in  villa  Empele  ecclesiam  et  mansum  tmum  &\ 
prata,  etc.  I 

On  le  voit,  l'identité  de  testar,  teister  et  tehsa,  tohsa,  tehsva  n'est  plui; 
une  hypothèse.  i 

Le  textiun  de  nos  deux  inscriptions,  je  n'en  doute  guère,  a  signifid 
«  méridional  ;  »  textumeh  «  propre  aux  méridionaux.  »  Mais  quels  son' 
ces  méridionaux  ?  Voilà  une  question  que  je  ne  saurais  résoudre.  ! 

Pour  conclure,  j'appellerai  l'attention  du  lecteur  sur  un  reste  intéres- 
sant de  déclinaison  qu'un  hasard  étrange  a  sauvé.  Trois  pierres  votive: 
(n'"  607,  610,  611)  sont  consacrées  aux  Matronis  Vatviabus  ;  une 
quatrième  (no  626)  porte  :  Matronis  Vatviabus  Nersihenis.  Le  der-' 

I.  Codex  Laureshamensis,  I,  p.  165;  chez  Sloet,  Oorkondcnboek,  i,  p.  30. 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines  1 7  5 

nier  monument  a  été  découvert  non  loin  des  bords  de  la  Niers,  petite 
rivière  nommée  Nersa,  Nerse  au  moyen-âge.  Dans  une  charte  de  l'an 
805  nous  trouvons  un  village  du  nom  de  Nerschina  (ce  qui  serait,  en 
forme  plus  ancienne  :  Nersihina).  Je  ne  saurais  dire  si  Nerschina  est  le 
même  village  que  Neersen  de  notre  temps,  et  pour  cette  raison  je  ne 
chercherai  pas  à  décider  si  Nersihen  est  une  forme  congénère  de 
Nerschina,  ou  s'il  y  a  eu  peut-être  un  Nersih  ou  Nersing,  différent  de 
Nerschina.  En  tout  cas,  nersihenae  doit  signifier  :  appartenant  à  certain 
lieu  dont  le  nom  dérive  de  la  Niers.  Comme  les  autres  monuments  ont 
été  trouvés  ailleurs,  loin  de  la  Niers,  il  s'en  suit  que  vatvia  ne  désigne 
point  un  adjectif  de  lieu.  J'espère  prouver  maintenant  que  vatvia  est 
dérivé  de  vaîva,  forme  dialectale  du  goth.  vahîvo.  Vahtvo  étant  «  garde, 
çuXay.-ri,  »  il  suit  que  vatvia  signifie  gardien,  çuXa-/.ty.6;.  Matronae  vatviae 
sont  les  Dames  gardiennes;  m.  v.  Nersihenae,  les  Dames  gardiennes 
deN. 

A  part  les  quatre  inscriptions  citées,  il  y  en  a  une  autre  (n"  612), 
trouvée  à  Gusten,  qui  contient  :  Matronis  Vatvims.  Il  n'est  pas  néces- 
saire de  dire  que  ce  vatvims  n'est  pas  un  datif  latin.  Quiconque  songe  à 
la  grammaire  des  langues  german.  anciennes  y  reconnaîtra  aussitôt  la 
forme  de  datif  qu'il  faudrait  attendre.  Depuis  longtemps  on  est  d'accord 
que  le  datif  plur.  en  german.  se  terminait,  avant  la  période  gothique, 
en  ms.  A  l'exception  du  v. -norois  qui  a  sauvé  les  datifs  thrimr  et  tveimr, 
les  autres  dialectes  ont  rejeté  le  s  final  de  la  terminaison  ms.  Le  datif 
plur.  vatvims  est  jusqu'ici  un  exemple  unique.  Il  est  bien  dommage  que 
nous  ne  sachions  pas  si  l'i  devant  ms  dans  ce  mot  était  prononcé  long  ou 
bref.  Dans  le  premier  cas,  îms  serait  au  lieu  d'iams  ;  dans  l'autre  cas, 
ims  est  à  comparer  avec  le  goth.  im  au  datif  plur.  de  mots  tels  que 
naiteins,  laiseins,  hazeins,  etc.,  dont  le  nom.  plur.  sonne  naiteinos,  laisei- 
nos,  hazeinos;  le  gén.  plur.  naiteino,  laiseino,  hazeino.  On  explique  ce 
phénomène  ordinairement  ainsi  :  que  dans  quelques  cas  on  a  affaire  à  un 
.hème  en  i,  dans  d'autres  à  un  thème  en  â.  Je  doute  fort  que  l'explica- 
don  soit  rigoureusement  exacte,  parce  que  les  mots  goth.  cités  sont  évi- 
demment, quant  à  l'élément  dérivatif,  identiques  aux  mots  v.-frisons  et 
înglo-saxons  en  ene,  franciques  de  la  Loi  salique  inia,  ijna,  ina,  ena 
nomin.  probablement  ini,  in,  en),  v.-h.-all.  iani,  v.-nor.  ian,  un.  Il 
;erait  difficile  de  prouver  que  ces  mots  ont  jamais  eu  un  thème  en  â.  Il 
/aut  mieux,  ce  me  semble,  supposer  qu'un  échange  a  eu  lieu  entre 
e  suffixe  fém.  ia,  sanskr.  î,  grec  '.%  (p.  ex.  dans  vidushî,  nadi,  bharantl, 
.B'jîx,  zipzuzxj  et  le  suffixe  i.  Rien  de  plus  fréquent  que  ces  doubles 
hèmes  en  sanskrit  ;  p.  ex.  aranyànis  et  aranyânî;  osliadhis  et  oshadin,  etc. 


176  Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  I 

sont  parfaitement  identiques  quant  à  la  signification.  L'usage  d'un  s  es 
pour  plusieurs  mots  en/  arbitraire;  p.  ex.  tantrî  et  iantrîs;  kalyânî  e 
kalyâiHs  Cvéd.);  kumârî  et  kumârîs  (véd.).  En  gothique  il  y  a  des  adjectif 
comme  andanems,  brùks,  etc.,  qui  sont  indubitablement  des  partie,  fut 
du  passif^  formés  avec  le  suffixe  ia,  sanskr.  ya  (véd.  encore  ia),  lati 
ius  (dans  eximiiis),  et  pourtant  déclinés  comme  des  thèmes  en  /.  Pa 
conséquent,  des  thèmes  en  ia  et  /  se  confondent  aussi  au  féminin,  et  il 
a  des  raisons  suffisantes  pour  établir  que  Via  ou  î  (ei)  du  fém.,  qui  n'es 
pas  toujours  remplacé  par  iâ,  peut  en  germanique  produire  ims  au  dai 
plur.,  du  moins  dialectalement.  Puis  il  est  assez  clair  que  dans  le  gotl- 
naiteinos,  naiteino  un  /  (/')  est  élidé  devant  l'o,  comme  dans  les  compa 
ratifs,  comme  frodoza,  au  lieu  de  frodioza,  et  au  gén.  plur.  gasti 
anste,  etc.  au  lieu  de  gastje,  anstje.  Quoi  qu'il  en  soit,  la  chose  principale 
la  terminaison  du  datif  plur.  ms  est  certaine,  et  c'est  un  témoignag 
inattendu,  quoique  superflu,  pour  l'exactitude  de  la  théorie.  j 

Nous  avons  supposé  que  vatvo,  vatva  est  le  même  que  le  goth.  vaktvv 
«  garde.  »  La  supposition  sera  justifiée  si  nous  pouvons  prouver  qi 
dans  la  province  des  pierres  votives  l'/z  devant  t  pouvait  disparaître.  ' 
n'est  pas  nécessaire  de  faire  un  appel  au  v.-norois,  où  Vh  s'élide  devai 
t  suivant  la  règle,  ni  à  l'anglais,  où  Vh  {gh)  disparaît  également  en  pare 
cas,  dans  la  prononciation,  ou  devient  un  /,  p.  ex.  might  et  draug.\ 
(pron.  draft);  ni  même  au  néerl.,  qui  ne  fournit  que  quelques  exemple! 
comme  niet,  ail.  nicht;  iets;  moy. -néerl.  clîite  =  diichte,  etc.  Nous  poi 
vons  prouver  que  dans  le  dialecte  rhénan  de  Cologne  et  de  la  contre 
voisine,  au  moyen-âge,  l'élision  de  Vh  devant  t  est  la  règle.  P.  e: 
brahte  {brachte)  y  sonne  brate;  geslehte  devient  geslete,  etc.;  voy.  VO 
terspiel,  dans  la  Zeitschrift  de  Haupt  II,  302,  passim. 

Le  hasard  nous  a  mis  en  état  de  donner  une  autre  preuve.  Un  moni 
ment  découvert  on  ne  sait  plus  exactement  où,  mais  dans  le  pays  c 
Rhin  inférieur,  n°  1993  chez  Brambach,  commence  ainsi  :  In  h.  d.  <■ 
Dis,  Deab.  q.  omnib.,  Matribus  vapthiabus,  et  Genio  loci  sacrum.  Si  noii 
pouvons  montrer  que  vapthia  est  une  forme  dialectale  légitime  de  vatvic] 
l'identité  des  Matronae  vatviae  et  des  Maires  vapthiae  laissera  peu  de  douti; 
et  l'explication  sera  confirmée  justement  par  la  petite  différence  des  forme. 
L'orthographe  vapthia  pour  exprimer  vaphtia  (vaftia)  est  bizarre,  maisf 
quelque  sorte  régulière.  Car  sur  un  monument  zéelandais  (chez  Bran- 
bach,  n°  36),  nous  retrouvons  la  même  orthographe  dans  le  nom  d'Anj 
bacthius,  c'est-à-dire  Ambachtius.  C'est  quelque  chosede  semblable  quan! 
en  v.-h.-all.  une  orthographe  sccpti  «  dard,  «  exprime  le  son  de  scephl 
(comp.  Mùllenhofï  et  Scherer,  Denkm.  296).  Les  sons  de /et  d'/i  alteij 


Noms  germaniques  dans  des  inscriptions  latines.  1 77 

•nant  devant  un  ?;  en  néerl.  ft  est  souvent  devenu  dit,  p.  ex.  kracht,  zacht, 
stichten,  luchî,  etc.,  où  l'allemand  a  kraft,  sanft,  stiften,  luft;  par  contre, 
l'allemand  a  sichten  «  cribler,  »  mais  le  néerl.  ziften,  la  forme  originale, 
parce  que  le  mot  est  dérivé  du  néerl.  zeef,  ail.  siebe.  La  transition  de 
;/)/  Icht,  ght)  en  ft,  si  fréquente  en  anglais,  n'est  pas  sans  exemple  en  bas- 
francique;  ainsi  au  lieu  de  druhtîn  «  seigneur,  »  gesihte,  «  vision,  »  les 
psaumes  bas-fr.  ont  druftin,  gesifte.  Par  là  la  supposition  que  vaftia  est 
une  prononciation  dialectale  de  vahtia  est  justifiée.  Vahtia  est  formé  de 
vahta  de  la  même  manière  que  vahtvia  de  vahtvo.  Tandis  que  le  goth.  et 
un  des  dialectes  rhénans  préfèrent  vahtvo,  vatvâ,  d'autres  se  servent  du 
.synonyme  vahta;  ainsi  v.-sax.  et  v.-h.-all.  wahta,  néerl.  et  ail.  wacht 
«  garde.  »  Pour  résumer,  les  Matres  vaphtiae  «  les  Mères  gardiennes,  » 
ne  sont  qu'une  variation  des  Matronae  vatviae  «  les  Dames  gardiennes.  » 

H.  Kern. 


PRESENT     LIMITS 

OF  THE  CELTIC  LANGUAGE 

IN  SCOTLAND. 


Nous  devons  à  l'obligeance  de  M.  James  A.  H.  Murray,  membre  ( 
la  Société  philologique  de  Londres,  la  permission  de  reproduire  ici  ' 
qu'il  a  écrit  sur  la  délimitation  des  langues  celtique  et  anglaise  < 
Ecosse,  dans  son  érudite  monographie  des  dialectes  anglo-écossais  :  T 
Dialect  ofthe  Southern.  Counties  of  Scotland;  its  pronunciation,  grammarai 
historical  relations,  vij-2$i  p.  in-8,  Londres,  Asher,  187^ 

Bien  que  ces  pages  ne  soient  pas  inconnues  à  plusieurs  de  n 
lecteurs,  et  notamment  à  nos  lecteurs  écossais,  il  nous  a  semblé  utile  < 
les  mettre  à  portée  du  public  celtique  tout  entier,  et  nous  désirons  qii 
le  travail  de  M.  Murray  sur  l'Ecosse  suscite  des  travaux  analogues  da:j 
les  autres  pays  celtiques.  Aujourd'hui  en  effet  que  les  langues  celtiquj 
reculent  si  promptement  devant  les  progrès  grandissants  de  l'AngU: 
dans  les  Iles  Britanniques,  du  Français  sur  le  continent,  il  importe  ( 
marquer  l'étendue  précise  de  leur  domaine.  Nous  serions  heureux  ( 
publier  dans  cette  revue  des  recherches  analogues  sur  la  géographie  d 
langues  irlandaise,  galloise  et  bretonne,  et  nous  attirons  sur  ce  point  l'i 
tention  de  nos  lecteurs  que  leurs  voyages  ou  leurs  relations  mettent  ( 
état  d'observer  l'état  linguistique  des  pays-frontière,  ne  fût-ce  que  po 
quelques  villages.  Ces  notes,  auxquelles  nous  offrons  volontiers  l'hospitalij 
de  la  Revue,  se  compléteraient  l'une  et  l'autre  et  permettraient  de  faij 
pour  les  autres  pays  celtiques  ce  que  M.  Murray  a  fait  avec  tant  de  zè 
et  de  succès  pour  l'Ecosse. 

Nous  n'ignorons  pas  que  ces  recherches  sont  délicates  et  qu'ell 
demandent  souvent  une  sorte  d'enquête.  Là  où  l'usage  de  deux  langu 
se  rencontre  et  se  confond,  il  faut  observer  ou  savoir  de  personn 
dignes  de  foi  : 


Présent  Limits  of  îhe  Celîic  Language  in  Scotland.  1 79 

1°  De  quelle  langue  les  habitants  se  servent  le  plus  volontiers  entre 
:ux,  en  l'absence  d'étrangers  ; 

2°  Quelle  langue  on  parle  de  préférence  aux  enfants  ; 

30  Par  l'intermédiaire  de  quelle  langue  on  enseigne  la  langue  de  l'État 
ians  les  écoles  ; 

4"  Dans  quelle  langue  on  prêche  à  l'église  ; 

Et,  si  les  deux  langues  sont  employées  à  des  offices  différents  ; 

5"  A  quelles  heures  se  célèbrent  les  divers  offices,  par  quelles  classes 
le  la  société  ils  sont  principalement  suivis,  et  dans  quelle  proportion  ; 

Enfin  si  la  langue  de  l'État  (anglais  ou  français,  suivant  le  pays)  a 
emplacé  la  langue  celtique ,  il  faut  s'informer,  et  autant  que  possible 
uprès  des  ecclésiastiques  eux-mêmes; 

'  6°  Depuis  quelle  époque  la  langue  celtique  a  disparu  du  service  reli- 
;ieux. 

1  Tels  sont  les  principaux  points  qui  doivent  attirer  l'attention  dans  une 
nquête  de  ce  genre  et  d'après  lesquels  on  peut  établir  avec  quelque 
attitude  une  frontière  linguistique. 

M.  Murray  s'était  entouré  de  ces  précautions  et  de  beaucoup  d'autres 
mcore,  et  les  noms  de  ses  correspondants  sont  une  garantie  que  l'enquête 

été  menée  avec  toute  la  rigueur  possible.  Aussi  n'est-ce  pas  pour 
liminuer  le  mérite  de  son  travail,  mais  pour  rendre  hommage  à  un 
îvant  modeste  (dont  l'œuvre  est  restée  inconnue  à  M.  Murray  et 
iu  public  britannique),  que  nous  mentionnerons  un  travail  antérieur  sur 
i:  même  sujet.  Il  y  a  plus  de  vingt  ans,  un  savant  allemand  qui  s'est 
ccupé  avec  beaucoup  de  zèle  de  géographie  linguistique,  M.  Nabert, 
ivait  parcouru  la  plus  grande  partie  de  l'Ecosse  pour  dresser  cette  déli- 
litation  des  langues  que  M.  Murray  nous  donne  à  son  tour.  M.  Nabert 

a  pas,  à  notre  connaissance,  publié  le  résultat  des  observations  qu'il  a 

ites  allant  de  village  en  village,  mais  c'est  sur  ses  indications  qu'a  été 
resséela  ligne  de  partage  entre  les  langues  anglaise  etscoto-gaelique  dans 
I  carte  linguistique  des  Iles  Britanniques  du  grand  atlas  de  M.  Berghaus', 
t  il  faut  dire  à  l'honneur  de  M.  Nabert  que  la  ligne  de  démarcation 
u'il  donnait  coïncide  dans  son  ensemble  (et  sauf  quelques  points)  avec 

îlle  de  M.  Murray. 

La  partie  principale  de  l'ouvrage  de  M.  Murray  est  formée  par  une 

•ammaire  comparative  des  dialectes  anglo-écossais  de  l'Ecosse  du  Sud 

de  l'Est,  sujet  étranger  à  nos  études;  mais  cette  grammaire  est  pré- 


i.  H.  Berghaus  :   Fhysicalischer  Atlas,   VIII  Abth.  :  Ethnographie,  carte  n'  12,   cf. 
tte  p.  17,  col.  I.  —  Nous  citons  d'après  la  deuxième  édition,  Gotha,  1852. 


i8o  Présent  Limits  ofthe  Celtic  Language  in  Scotland.  » 

cédée  d'une  longue  introduction  historique  d'un  intérêt  beaucoup  p'i 
général.  Nous  devons  y  signaler  notamment  les  pages  consacrées i 
l'établissement  des  Anglais  dans  le  Nord  de  la  Grande-Bretagne,  au  p:- 
grès  fait  par  leur  langue  aux  dépens  du  celtique,  aux  vicissitudes  j- 
lesquelles  le  nom  de  Scot  et  d'Écossais,  originairement  réservé  aux  Ga  j 
des  Hautes-Terres,  est  arrivé  à  désigner  le  peuple  et  la  langue  d'orig; 
germanique  du  Nord  de  la  Tweed,  et  enfin  celles  où  M.  Murray  mon'* 
avec  une  grande  vraisemblance  une  influence  phonétique  et  psycholo'- 
que  exercée  par  le  celtique  sur  les  dialectes  anglais  parlés  en  Écos . 
Cet  essai  intéresse  au  même  titre  le  philologue  que  l'historien  et  ne  ; 
y  renvoyons  le  lecteur  qui  s'intéresse  de  plus  près  à  l'histoire  et  à  i 
langue  de  l'Ecosse  celtique. 

Les  personnes  qui  possèdent  le  volume  de  M.  Murray  trouveront  (; 
modifications  et  des  additions  dans  le  texte  que  nous  reproduisons  :  n(  5 
les  devons  à  l'auteur  lui-même,  qui  a  bien  voulu  corriger  les  épreu  s 
de  cet  extrait.  C'est  également  sous  ses  yeux  et  par  ses  soins  qu'a  i 
dressée  la  carte  linguistique  de  l'Ecosse  celtique  qui  accompagne^ 
numéro  de  la  Revue.  j 

H.   G.         \ 
i 

The  extent  to  which  the  Gaelic  is  still  spoken  in  Scotland  i 
been  already  referred  to.  Having  found,  while  engaged  in  the  prej* 
ration  of  this  v^ork,  that  there  exists  no  accurate  account  of  jî 
limits  within  which  the  old  tongue  is  now  confined,  at  the  suggestiorif 
some  ofthe  members  ofthe  Philological  Society,  I  issued  in  1869-18', 
a  séries  of  inquiries  to  clergymen  and  others  residing  along  what,  fn 
Personal  examination,  I  knew  to  be  the  linguistic  frontier,  accompar'i 
by  sketch  maps  of  their  respective  districts,  upon  which  I  asked  tl::i 
to  lay  down  the  approximate  limits  of  the  Gaelic.  Thèse  inquiries  w? 
in  every  instance  most  courteously  and  fully  answered,  and  I  hâve  h« 
to  acknowledge  the  great  obligations  under  which  I  lie  to  the  varijs 
gentlemen  who  so  warmly  responded  to  my  requests  ' .  When  arran> 


I.  Thèse  are  the  Rev.  Wm.  Ross,  of  Chapelhill  Manse,  Rothesay,  a  native  ofCaithr., 
to  whom  I  am  mainly  indebted  for  notes  upon  Caithness  and  the  other  connties  N  ;if 
the  Murray  Firth,  and  also  on  the  islands  and  coasts  of  the  Clyde;  the  Rev.  Cn 
Mackenzie,  of  Ardclach,  and  Rev.  John  White,  Moyness,  for  the  counties  of  Nairn  p> 
Elgin;  the  Rev.  Waher  Grcgor,  of  Pittsligo  (Editor  of  the  «  Banffshire  Dialect  »),  |i 
James  Skinner,  Esq.,  Factor  to  the  Duke  of  Richmond  for  Elgin  and  Banff;  the  I[. 
Robt.  Neil,  of  Glengairn  (through  Rev.  Dr.  Taylor,  of  Crathie),  for  Aberdeenshire 
Rev.  Neil  Me  Bride,  of  Glenisla,  for  N.  W.  of  Forfar,  and  adjacent  parts  of  Aber(,p 
and  Perthshires  ;  ihc  Rev.  Samuel  Cameron,  of  Logierait,  Rev.  Dr  Me  Donald,  ofCon 
Rev.  Hugh  Me  Diarmid,  of  Callander,  for  the  adjoining  parts  of  Perthshire;  the  I 


HP'  Présent  Limits  of  the  Celtic  Language  in  Scotland.  1 8 1 

(Tients  were  being  made  for  the  census  of  1871,  ihe  Philological  Society 
Tiemorialized  the  Home  Office  with  a  view  to  hâve  the  Hnguistic  sta- 
tistics  of  Great  Britain  collected  in  the  returns,  as  is  so  admirably  done 
^n  Russia,  Austria,  and  other  Continental  countries.  Had  this  been 
icceeded  to,  very  much  more  minute  information  than  is  hère  commu- 
licated  would  hâve  been  within  our  reach.  But  as  no  attention  was  paid 
0  the  suggestion,  thèse  notes  will  in  some  measure  do  for  the  Gaelic 
,vhat  would  hâve  been  possible  also  for  Irish,  Welsh,  and  the  Norman 
i^rench  of  the  Channel  Isles.  The  gênerai  resuit  is  seen  in  the  Map, 
vhere,  however,  it  is  to  be  observed  that  the  outside  limits  of  the  Gaelic 
ire  shown,  that  is,  every  district  is  included  in  which  Gaelic  is  still 
poken  by  any  natives,  regardiess  of  the  fact,  that  English  may  there  be 
,ipoken  by  the  majority  of  the  people.  To  a  distance  of  ten  miles  proba- 
ily,  ail  round  the  frontier,  Gaelic  may  be  considered  to  be  the  language 
(f  a  decreasing  minority,  especially  in  the  towns  ;  in  almost  every  part 
if  the  Highlands,  English  is  now  more  or  less  understood  and  spoken, 
hough  in  the  extrême  west,  and  especially  in  the  Islands,  many  persons 
lay  be  found  who  know  nothing  but  the  native  tongue.  «  From  Barra 
lead  to  the  Butt  of  Lewis,  there  is  very  little  English;  individuals  may 
le  found  who  speak  it,  but  not  a  community.  »  Thèse  facts,  which 
lOuld  not  easily  be  shown  on  the  map,  are  detailed  in  the  following 
;Otes,  whence  also  it  can  be  seen  how  steadily  the  Celtic  has  been 
Weating  backwards  step  by  step  within  living  memory.  The  traditional 
lighland  boundary  line,  as  it  exisîed  to  174$,  is  also  known  to  us,  and 
ffords  the  same  évidence  as  to  the  retreat  of  the  Gaelic  frontier. 
;  The  hnguistic  boundary  is  formed  by  a  wide  curve,  extending  from 
jie  head  of  the  Murray  Firth  by  the  N.E.  corner  of  Perthshire  to  the 
i'irth  of  Clyde  ;  of  the  three  natural  divisions  of  Scotland,  the  Gaelic 
rea  does  not  now  touch  the  Southern,  cuts  ofîthe  larger  part  of  the  Cen- 
fal,  and  the  whole  of  the  Northern,  with  exception  of  the  N.E.  point  of 
aithness,  and  the  Orkney  and  Shetland  Isles,  which  hâve  long  been 
eutonic  '.   On  the  other  hand  it  includes  a  portion  of  the  N.E.  of  Ire- 


'.  Mackintosh,  of  Buchanan,  for  the  W.  part  of  Stirlingshire  ;  the  Rev.  Duncan 
impbell,  of  Luss,  for  the  district  between  Loch  Lomond  and  Loch  Long;  and  the  Rev. 
eil  Mackenzie,  of  Kilchrenan,  formerly  missionary  in  St.  Kilda,  for  that  island,  and 
her  western  parts.  To  the  Revs.  W.  Ross,  Neil  Me  Bride,  and  Walter  Gregor  (Meinber 
'  the  Philological  Society),  I  am  specially  indebted  for  much  gênerai  assistance  in  addi- 
bn  to  the  information  as  to  thetr  own  districts. 
I.  The  Orkneys  were  certainly  occupied  by  Celts  at  the  date  of  their  conquest  by  the 
andinavians  in  the  9th  century;  as  to  the  Shetlands,  more  remote  from  the  Scottish 
.ainland,  the  question  is  doubtful.  At  least  the  Celtic  language  utterly  disappeared  from 
e  isles,  in  which  dialects  of  the  Norse  lingered  till  within  the  memory  of  very  old  peo- 


1 82  Présent  Limits  of  the  Celtic  Langaage  in  Scotland.  I 

land,  ihe  dialect  of  which  is  identical  with  that  of  the  opposite  coaslj 
Kintyre  (or  Cantire).  More  particularly,  the  line  may  be  drawn  fréta 
point  on  the  Murray  Firth,  about  three  miles  W.  of  the  town  of  Nai , 
southwards  towards  Loch  Clans,  and  S.E.  to  Geddes,  thence  S.  and  . 
by  the  S.W.  boundary  ofthe  parish  of  Auldearn,  and  so  onto  Coulm(y 
on  the  Findhorn,  whence  S.E.  to  the  Knock  of  Murray.  Thence  acr^s 
the  Spey,  midway  between  Cromdale  and  Ballindulloch,  to  Lyne  on  e 
Avon,  and  along  the  southern  watershed  of  GlenLivetto  Aberdeenshi  ; 
across  Strath  Don,  nearly  in  the  line  of  the  road  from  Inverness  d 
Balmoral,  to  a  point  on  the  Dee,  about  four  miles  above  Ballater.  So,ii 
of  the  Dee,  the  GaeHc  has  retreated  about  seven  miles  farther  west,  so  1 1 
the  line  leaves  that  river  about  four  miles  above  Balmoral ,  and  runs  so  h 
over  the  Qram  pians,  to  the  boundary  between  Perth  and  Forfar  lo 
part  ofthe  latter  county  being  Gaelic),  which  it  follows  as  far  as  Mojt 
Blair,  thence  across  Glen  Shee  and  Stralh  Airdle,  the  lower  parifif 
which  is  now  English,  and  S.W.  across  the  moors  to  the  Tay  betw|a 
Dunkeld  and  Dowally.  From  Dunkeld  byBirnam  Hill,  and  the  southi 
watershed  of  Strath  Bran  to  Glen  Almond,  thence  south  by  the  headif 
Glen  Turritt  to  Comrie.  From  Comrie,  along  the  braes  of  Doune  to  s 
Teith,  three  or  four  miles  below  Callander,  and  so  on  by  the  north  s  e 
of  Lake  of  Monteith  to  Gartmore,  where  the  boundary  leaves  Perthsh  . 
In  Stirlingshire^  from  Gartmore  to  Rowardennan  on  Loch  Loraond,  ;  i 
across  that  lake  by  Glen  Douglas  to  Loch  Long.  In  the  Clyde,  the  lî 
may  be  carried  directly  down  by  the  east  of  Bute,  Arran,  and  Cantij. 
But  this  includes  extensive  districts  in  which  it  is  hard  to  say  how  jr 
the  Gaelic  is  to  be  considered  native,  inasmuch  as  it  would  certaif 
hâve  been  already  extinct  there  but  for  fresh  accessions  of  Celts  fri 
more  inland  districts.  One  correspondent,  a  native  of  Arran,  says  î 
line  should  proceed  «  from  Arroquhar  to  Dunoon,  and  from  Dunoor;) 
Kames  Castle  (leaving  out  the  Toward  district  as  no  longer  Gaeli^ 
from  Kames,  across  the  narrow  part  of  Bute  (Gaelic  being  no  lonf 
native  in  the  south  half  of  Bute)  to  Arran,  so  as  to  include  that  islaij, 

i 

pie  lately  alive,  though  for  several  centuries  this  Noms  had  been  waning  before  the  Engji 
introduced  by  fishermen  and  other  settlers  from  the  Scottish  mainland.  The  présent  di3|t 
of  thèse  islands  is  net  really  descended  from  the  Noms;  it  is  merely  an  English  dia;t 
which  has  displaced  the  other,  adopting  (in  Shetland  especially)  a  few  of  its  words  1 
forms.  In  Caithness,  it  is  now  certain  that  the  Norse  was  completely  driven  out  by  3 
Celtic,  as  it  was  in  Sutherland.  in  Lewis  and  other  of  the  Hébrides,  and  the  Isle  of  Mi. 
The  présent  Teutonic  dialect  of  Caithness  is  not  descended  from  the  Scandinavian  or<r 
nected  with  it;  it  is  the  Scotch  of  Banff  and  Aberdeen  on  the  opposite  side  ofthe  Muir 
P'irth,  which  has  been  introduced  by  fishermen  who  hâve  seUled  on  the  coast  of  CaithiA 
during  the  last  three  centuries;  before  this  language,  the  Gaelic,  after  having  conque) 
the  Scandinavian,  and  recovered  the  whole  of  Caithness,  is  now  again  retreating.        I 


Présent  Limiîs  of  the  Celtic  Langmge  in  Scotland.  183 

I  and  thence  to  the  Mull  of  Kintyre  ;...  even  in  some  districts  within  the 

'  line,  such  as  Dunoon  and  south  end  of  Kintyre,  Gaelic  is  almost  extinct,  « 

'  Another,  who  is  minister  of  the  Free  Gaelic  Church  in  Rothesay,  says, 

i  «  In  Bute,  and  the  district  on  the  shores  of  Cowall,  from  Inverchaolin, 

'by  Toward,  Dunoon,  Sandbank,    Kilmuu,  and  Strone,  English  prevails, 

'  but  a  few  natives  and  a  considérable  immigrant  population  still  speak 

Gaelic.  Of  the  native  farmers  in  the  Isle  of  Bute,  probably  ten  can  speak 

Gaelic.  A  small  portion  of  the  Gaelic-speaking  people  in  the  town  of 

Rothesay  are  also  natives,  but  the  large  body  consists  of  immigrants. 

Gaelic  is  still  preached  in  the  Established  Church  at  North  Bute,  also 

occasionally  at  Port  Bannatyne,  while  there  is  regular  Gaelic  service  in 

the  Established  and  Free  Gaelic  churchesin  Rothesay.  The  Gaelic  popu- 

ilation  in  North  Bute  is  almost  entirely  immigrant.  About  1843-$,  the 

iestate  of  Skipness  was  sold,  and  the  new  proprietor  cleared  away  a 

large  part  of  the  inhabitants,  who  came  over  and  settled  in  Bute.  In  the 

district  from  Inverchaolain  to  Strone,  along  the  shore,  a  few  natives 

still  speak  the  language  ;  there  is  a  considérable  Gaelic  population  in 

Kilmun,  and  a  few  in  Sandbank  ;  in  Dunoon  there  are  said  to  be  upwards 

of  200  Gaelic-speakers,  but  chiefly  immigrant.  It  is  curious  to  observe 

'the  nature  of  the  change  going  on  along  the  border  line  :  the  Gaelic 

people  are  gradually  going  to  the  principal  towns  in  their  neighbourhood, 

while  Lowlanders  who  hâve  been  successful  in  business  in  the  towns, 

3r  farmers  from  the  south,  go  to  occupy  farms  or  résidences  within  the 

'jaelic  area.  This  change  has  taken  place  extensively  in  the  district  from 

Otter  Ferry  on  Loch  Fyne  round  to  Loch  Long...  I  do  not  think  Gaelic 

;S  extinct  anywhere  in  Kintyre.  Even  in  the  farming  district  of  Southend, 

!)  few  natives  still  speak  it;  and  in  Campbellton,  I  think  a  majority  of  the 

i)eople  use  the  ancient  tongue,  so  that  the  line  may  safely  pass  south  of 

f;he  peninsula.  « 

In  Caithness,  at  the  other  extremity  of  the  line,  the  boundary  is 
Irawn  «  from  the  mouth  of  the  water  of  Forss,  west  of  Thurso,  by  the 
''illage  of  Hallkirk,  and  to  the  N.E.  of  Harpsdale,  along  the  road  to 
Vchkeepster,  and  thence  by  a  gentle  curve  to  Bruan  Head.  «  The  majo- 
ity  of  the  people  in  the  village  of  Lybster,  and  in  Mid  Clyth  and  East 
2lyth,  speak  English.  In  Caithness,  Gaelic  is  regularly  preached  in 
)unbeath,  Latheron,  Lybster,  Halsary,  Westerdale,  Hallkirk,  Reay,and 
'iccasionally  in  Bruan.  In  Ross-shire  the  district  from  Tain  to  Tarbat 
jess,  and  along  the  coast  to  Invergordon,  is  chiefly  Gaelic.  The  Gaelic 
.Ichool  Society  occupies  two  stations  in  this  peninsula,  one  at  Hilton 
nd  Balintore,    and  another  at   Inver.    The   district   from   Cromarty 


1 84  Présent  Limits  oj  the  Celtic  Language  in  Scotland. 

southward  along  the  shore  to  near  Avoch,  is  chiefly  English,  local  trad' 
tion  stating  that  it  has  been  so  since  the  time  of  James  VI,  when 
number  of  people  from  the  south  settled  hère  (see  Hugh  Miller's  «  Schoc 
and  Schoolmasters  ») '.  But   there  is  a  large  Gaelic  congrégation 
Resolis,  and  smaller  ones  at  Fortrose  and  Avoch. 

In  the  County  of  Nairn,  Auldearn  has  been  an  English  parish  for  mai 
générations.  In  the  town  of  Nairn,  Gaelic  preaching  was  given  up 
the  parish  church  in  1854,  upon  pétition  of  the  parishioners  ;  it  is  st 
partly  used  in  the  Free  Church  for  the  sake  of  old  people,  but  thèse  a 
chiefly  immigrants  from  the  parishes  of  Ardersier,  Petty,  etc.,  who  ha- 
seltled  in  the  town.  In  the  parish  of  Ardclach,  a  few  natives  speak  Gaeli 
and  for  the  sake  of  old  people  it  is  preached  in  the  Free  Church,  but  h 
been  discontinued  for  ten  or  twelve  years  in  the  parish  church  ^. 
the  other  parishes  of  this  county,  Gaelic  is  still  preached  for  the  sake 
the  old  people,  but  the  Cellic  is  «  gradually  disappearing,  most  of  the  youi 
people  being  quite  ignorant  ofit.  »  The  traditional  Highland  bounda 
passes  through  the  town  of  Nairn,  and  its  mixed  population  wasalreai 
a  matter  of  note  in  the  reign  of  James  VI,  if  we  may  crédit  a  story  to 
of  that  monarch  after  his  accession  to  the  English  throne.  His  courtie 
are  said  to  hâve  boasted  in  his  présence  of  the  size  of  London  in  con 
parison  with  any  town  in  Scotland,  but  the  King  declared  that  there  w 
in  the  North  of  Scotland  a  town  so  large,  that  the  people  at  one  extr 
mity  of  it  spoke  a  différent  language  from  those  at  the  other  ! 

In  the  lower  division  of  Elginshire,  Gaelic  is  extinct,  but  is  si 
preached  in  the  parishes  of  Cromdale,  Abernethy,  and  Duthil,  in  t 
upper  part  of  the  county  ;  in  Banffshire  it  is  used  in  divine  service  or 
at  Kirkmichael  and  Tomantoul.  «  No  Gaelic  has  been  spoken  in  any  p: 
of  Inveravon  for  very  many  years,  nor  in  Glen  Livet  for  upwards 
forty  years  at  least;  even  in  Tomantoul,  I  am  told  by  natives  that  t 
children  now  cannot  speak  one  word  of  it,  and  that  in  thirty  years 
less  it  will  be  quite  lest.  >> 

1.  Inverness  has  aiso  a  large  English  population,  which  local  tradition  attributes  te 
garrison  left  by  Cromwell.  Extraordinary  ideas  are  current  as  to  the  purity  of  thelnv( 
ness  English,  the  most  that  can  be  said  for  which  is,  that  it  is  Book-English  and  ij 
Lowland  Scotch.  But  u  it  is  not  correct  to  consider  Inverness  as  an  English  town,  iso] 
ted  and  surrounded  by  the  Gaelic;  the  latter  has  still  a  firm  hold  of  a  large  part  of  1 
town;  in  at  least  four  churches  Gaelic  is  the  language  used,  and  that  for  people  bc 
and  brought  up  in  the  town.  » 

2.  Over  ail  the  Highlands  nearly,  it  will  be  found  that  the  Gaelic  lingers  in  the  Fi! 
Churches,  long  after  it  disappears  from  the  Established  Churches.  The  Celtic  popuiati 
took  an  intense  interest  in  the  Non-intrusion  struggle  and  when  that  culminated  int] 
disruplion  of  the  national  Church  in  1843,  the  Highlanders  almost  to  a  man  joined  l 
Free  Church.  There  was  consequently  no  longer  any  need  for  Gaelic  to  be  preached  in  1 
Established  Churches. 


En.,t,.Th   .l^Zo,- 

'' 

m.'n,^^^r 

A 


Ii 


Présent  Limits  of  the  Celtic  Language  in  Scotland.  1 8  5 

In  Aberdeenshire,  Gaelic  is  not  now  used  in  the  public  worship  of 
any  church,  Down  to  the  Disruption  in  184?,  it  was  partly  used  in  the 
parish  churches  of  Braemar,  Crathie,  and  Glengairn,  and  in  the  parish 
church  at  Ballater  at  the  Communion  only  ;  but  in  ail  thèse  it  has  been 
disused  since  1845,  and  in  the  Free  Churches  since  1850.  In  the  Roman 
Catholic  Chapels  it  has  been  obsolète  for  a  much  longer  period.  It  is  still 
used  in  ordinary  conversation  by  a  considérable  proportion  of  the  popu- 
lation of  Glengairn,  Crathie,  and  Braemar;  it  is  the  first  language  learnt 
in  a  very  few  familles,  but  every  child  above  ten  years  of  4ge  may  be 
said  to  understand  English.  It  is  nearly,  but  not  altogether  extinct  in 
Strathdon  ;  but  has  not  been  used  in  Glenbucket  for  a  long  time  pasl. 
Towie  and  Glentanner,  although  their  topical  names  are  ail  Gaelic,  hâve 
been  considered  as  below  the  Highland  line  for  several  centuries.  None 
of  the  natives  there  know  anything  of  Gaelic,  which  is  fast  disappearing 
even  in  Braemar. 

Although  a  portion  of  Forfarshire  was  included  within  the  Highland 
boundary,  and  the  local  names  are  Celtic,  Gaelic  is  not  spoken  in  any 
part  of  the  county  ;  nor  has  it  been  used  in  public  worship  in  any  parish 
since  the  Reformation  at  least  fexcept  in  Dundee,  where  there  is  a  Gaelic 
church  for  immigrants,  as  in  Edinburgh,  Glasgow,  and  London). 

In  Perthshire,  Gaelic  is  commonly  spoken  in  the  upper  part  of  Glen 
IShee  and  Strath  Ardle;  but  «  in  the  Free  Church  of  Kirkmichael,  Strath 
[Ardle,  there  has  been  no  Gaelic  preached  for  several  years,  and  it  is 
i^oing  and  almost  gone  in  the  Established  Church  '.  »  It  has  for  some 
Itime  been  used  in  divine  service,  in  summer  only,  in  the  parish  of  Lo- 
i^ierait,  and  «  is  or  ought  to  be  used  in  whole  or  part  in  every  parish 
|n  the  Presbytery  of  Weem.  »  It  has  been  quite  disused  at  Dowally,  but 
|S  partly  used  at  Little  Dunkeld.  «  In  the  parishes  of  Comrie  and  Cal- 
ander,  Gaelic  is  much  spoken,  and  frequently  preached  in  ;  Aberfoyle 
las  a  Gaelic-speaking  minister,  and  he  till  recently  officiated  half  the 
îabbath  in  Gaelic  ;  but  now  only  occasionally.  Thèse  parishes  lie  along 
he  frontier  line  ;  inward,  and  completely  or  nearly  quite  Celtic  are 
3alquhidder,  Killin,  Kenmore,  Weem,  etc.  » 

In  Stirlingshire,  Buchanan  parish,  which  extends  along  the  whole  east 


i.  An  Address  to  Highlanders  respecting  their  native  Gaelic,  showing  its  superiority 
yer  the  artificial  English,  etc.,  by  Archibald  Farquharson.  Edinburgh,  Maclachlan  and 
tewart,  1868.  Referring  to  Strath  Ardle,  the  writer  says,  «  Although  my  native  country, 
am  quite  ashamed  of  them.  »  Who  wrote  the  inscription  u  Mile  failte  »  (a  thousand 
■elcomes)  on  the  top  of  the  arch  at  Kirkmichael,  on  the  occasion  of  a  certain  gentleman 
p  the  country  taking  home  his  English  bride  ?  1  passed  under  it,  and  expressed  my 
stonishment  to  see  it,  as  the  children  spoke  nothing  but  English  in  the  street. 

Rev.  Celt.  II  I  J 


.1 86  Présent  Limits  of  îhe  Celtic  Langmge  in  ScotlanJ. 

side  of  Loch  Lomond,  and  across  to  Loch  Katrine,  is  the  only  part  i 
which  Gaelic  is  spoken,  though  there  is  now  «  probably  not  a  person: 
the  parish  who  cannot  understand  and  speak  English.   No  Gaelic 
spoken  below  the  pass  of  Balmaquha.  Between  that  and  Rowardennai 
Gaelic  is  used  in  some  familles,  and  is  in  pretty  common  use  aba 
Rowardennan.  But  it  has  long  ceased  to  be  taught  in  school,  and  h; 
not  been  used  in  church  for  half  a  century,  with  the  exception  of 
annual  sermon  at  Inversnaid,  discontinued  in   1868.  »  West  of  Loo 
Lomond,  (jaelic  is  extinct  among  the  natives  of  Luss,  but  there  is  a  ce: 
stant  influx  of  slate  quarriers,  servants,  etc.,  who  speak  Gaelic,  frc 
Argyllshire.  English  alone  has  been  used  in  church  for  fifty  years,  tl; 
last  Gaelic  minister  having  been  Dr.  Stewart,  one  of  the  translators 
the  Gaelic  Bible.  Even  he,  in  the  latter  part  of  his  ministry,  had  a  Gael 
service  only  once  a  month.  In  Arroquhar,  Gaelic  is  still  in  gênerai  us 
but  receding.  Divine  service  is  regularly  in  Gaelic  and  English. 

With  regard  to  the  identity  of  dialect  between  the  Scottish  Highlanr 
and  a  part  of  Ulster  (a  point  to  which  my  attention  was  first  called  I? 
H.I.H.  Prince  Lucien  Bonaparte),  I  hâve  been  favoured  with  inform. 
tion  from  the  Rev.  Classon  Porter,  of  Larne,   and  Robt.  Mac  Adar 
Esq.,  of  Belfast,  an  eminent  Celtic  scholar,  and  well  acquainted  with  t 
dialectical  divisions  of  the  Irish.  The  district  in  question  is  «  the  Gle 
of  Antrim,  »  opposite  to  Kintyre,  with  the  adjacent  Isle  of  Rachrin  (ai 
glicized  Rathlin)  ;  the  area  has  been  much  circumscribed   within  livii 
memory,  but  still  extends  from  Cushendall  on  Red  Bay,  northward 
near  Fair  Head,  and  inland  over  the  mountainous  district,  to  a  breadth  ■ 
8  or  10  miles.  «  The  people  are  evidently  the  sameasthoseof  Argy 
as  indicated  by  their  names,  and  for  centuries  a  constant  intercourse  h 
been  kept  up  between  them.  Even  yet  the  Glensmen  of  Antrim  go  regl 
larly  to  the  Highland  fairs,  and  communicate  without  the  slightest  dif 
culty  with  the  Highlanders.  Having  myselfconversed  with  both  Glensm 
and  Arranmen,  I  can  testify  to  the  absolute  identity  of  their  speech.  » 
R.  Mac  Adam,  Esq.  The  Celtic  of  ail  the  rest  of  Ulster,  viz.,  in  Doneg; 
and  isolated  patches  in  Derry,  Tyrone,  and  south  of  Armagh,  Mi 
considerably  from  the  Scottish  Gaelic,  and  is  truly  an  Irish  dialect.  B 
there  is  not  the  slightest  reason  to  deduce  the  Glensmen  from  Scotlam 
they  are  a  relie  of  the  ancient  continuity  of  the  population  of  Ulster  a 
Western  Scotland. 

The  most  advanced  outpost  of  the  Celtic  in  the  Old  World  is  the  I: 
of  St.  Kilda,  lying  far  out  in  the  Atlantic,  to  the  west  of  the  Hebride 
The  language  is  entirely  Gaelic,  none  of  the  natives  knowing  any  Engli.| 


Présent  Limits  of  the  Celtic  Langmge  in  Scotland.  1 87 

but  the  little  that  they  may  be  taught  by  their  minister  or  missionary. 

Ail  the  topical  names  are  Celtic^  and  the  Northmen  seem  never  to  hâve 

:  reached  the  island.  The  Gaelic  has  the  dialectic  peculiarity,  that/ispro- 

:  nounced  instead  of  r,  as  in  Harris,  which  strikes  the  hearer  very  stran- 

[  gely  at  first. 

i  Such  are  the  limits  within  which  the  Scottish  Gaelic  is  now  spoken  ; 
t  its  recession  within  living  memory  aids  us  at  least  in  depicting  the  suc- 
t  cessive  steps  by  which  it  has  receded  during  the  six  or  eight  centuries 
f  since  it  occupied  ail  the  territory  north  of  Forth.  At  the  War  of  Indepen- 
I  dence^  1  think  it  probable  that  it  extended  to  Stirling,  Perth,  and  the 
t  Ochil  and  Sidlaw  Hills,  and  that  north  of  the  Tay  the  «  Inglis  »  was 
I  limited  to  a  very  narrow  strip  along  the  coast.  Galloway  and  Carrick 
[  in  the  S.W.  were  also  Gaelic  till  the  i6th  century;  and  it  is  probable 
t  that  we  are  to  look  to  the  Reformation,  and  to  the  use  of  the  Lowland 
Scotch  in  public  worship  and  the  parish  schools,  for  its  disappearance 
;  there.  The  origin  of  this  division  of  the  Erse  stock  is  involved  in  obs- 
:tcurity,  but  according  to  Mr.  Skene  {The  Four  Ancient  Books  ofWales, 
.ivol.  I,  p.  42)  they  were  a  residuum  of  the  Irish  Scots,  who  devastated 
i  Britannia  in  the  closing  years  of  the  Roman  rule,  A.  D.  ^60  et  seq.,  and 
isucceeded  in  effecting  settlements  among  the  Britons,  not  only  in  this 
;[S.W.  corner  of  Scotland,  but  also  on  the  west  coast  of  Wales,  whence 
:!they  were  at  length  expelled  by  «  Cunedda  and  his  sons  »  450-500. 
;  i  Their  occupation  of  this  part  of  Scotland  has  left  abundant  traces;  in  the 
;  iwest  part  of  Dumfrieshire,  in  Kirkudbright,  Wigton,  and  South  of  Ayr- 

•  shire,  not  only  the  names  of  places,  but  the  native  personal  names  are  of 

:  .Scoto- Irish  origin,  contrasting  strongly  with  the  Teutonic  nomenclature 

:  iof  Eastern  Dumfries  and  Roxburghshire. 

::  !    Celtic  scholars  distinguish  three  dialects  in  the  Scottish   Gaelic,   a    Northern,   a    Cen- 
.,  tral,    and    a    South-western.    The  Northern  division,   cornprising   Caithness,  Sutherland, 

•  Ross,    and    North    Hébrides,    is    distinguished    by   its    «   narrow,    sharp,  and    arid   » 
■  ipronunciation,  its  consonantal  character,  and  tendency  to  suppress  guttural  sounds,  as  in 

mac,  pasgadh,  deagh,  which  are  pronounced  (mak,  paskgsv,  tjff.sv)  for  (makhk, 
paskgegh,  tj^Ê-egh).  «  The  pronunciation  gives  reason  to  think  that  the  inhabitants  spoke 

;  :Some  Northern  language  at  one  time.  »  Probably  this  is  due  tothegreat  influence  of  the 
Norse  in  thèse  parts.  In  the  South-western  division,  cornprising  Argyle,  Perth,  and  the 
^Southern  Isles,  long  é  (ee)  is  used  for  long  i  (ii)  of  the  central  division;  the  language  is 
most  vocal,  «  the  swelling  sound  of  the  terminations  adh  and  agh  are  scarcely  audible 
after  a  broad  vowel:  the  words  are  generally  pronounced  with   amazing   rapidity,  falling 

:  frotn  the  mouth  with  a  kind  of  jerk,  and  such  heedlessness  that  it  is  not  easy  sometimes 
,for  a  stranger  to  catch  the  nature  of  the  sound  '.  »  The  northern  variety  is  that  which 
is  easiest  for  a  Sasunnach  to  acquire  and  understand,  the  South-western  cornes  nearest 
to  the  Irish  and  the  language  of  the  old  Celtic  literature. 

James  A.  H.  Murray. 

I.  Principks  of  Gaelic  Grammar,  by  John  Forbes,F.E.I.S.  Edinburgh,  1848.  The  intro- 
.   idurtion  contains  a  short  sketch  of  the  characteristics  of  the  three  dialects. 


ETYMOLOGICAL   SCRAPS. 


1.  In  a  passage  in  the /Irc/z.  Cambrensis  ior  1873,  p.  11,  Mr.  Stoké 
hints  that  Welsh  îruch,  now  written  tmch,  may  be  formally  equated  witl 
lat.  îrunc-us.  This  woulJ  imply  that  the  rule  familiar  to  us  in  Irish  0 
reducing  ne  and  nt  inîo  ce  and  tt  has  hère  obtained  in  Welsh  also,  i 
being  of  course  understood  that  Welsh  further  changes  ee,  tt,  pp  int( 
eh,  th,  ph  (f)  respectively.  Hâve  we  any  other  instances  ?  I  think.  W( 
bave,  and  venture  to  suggest  the  following  words  as  being  in  point  : 

2.  Crych,  «  crisped,  curly,  »  said  of  hair  which  forms  itself  int( 
curls  or  ringlets  :  this  last  word  points  the  enquiry  to  ring,  A.-Sax.  hrin^, 
which  Fick  finds  referred  to  kragh,  «  umgeben,  umguerten,  ;>  to  whicl 
he  justly  prefers  krak  or  kragk.  Thus  eryeh  would  probably  represen 
an  adjective  of  the  form  'erane-ja  or  "cranc-i. 

3.  Buchedd,  «  life,  biograpby,  «  is  to  be  divided  buch-edd,  with  th( 
-edd  commonly  affixed  to  nouns  or  adjectives  to  form  collective  01 
abstract  nouns;  but  what  arewe  to  make  oibueh  ?  I  am  inclined  to  thinl 
that  it  stands  for  "bîmnc  {"bîvaee-,  *bîàcc-,  bneh-)  from  Fick's  gîvaka 
whence  he  dérives  Skr  jîvaka.  Lat.  vivax,  \À\h.gyvoka-s,  «living,  lively.' 
Instances  of  à  for  va  occur  in  hùn,  «  a  sleep,  »  for  svapna  and  in  haul 
«  sun,  »  from  Fick's  saval.  Buchydd  also  occurs. 

4.  Aelifen,  «  the  groin,  »  0.  Welsh  achmonou,  «  inguina  »  are  corn- 
pounded  of  "mon  which  occurs  in  munnguedou,  «  exta,  »  in  the  Capelh 
Glosses,  and  of  *aeh  from  Fich's  anra,  whence  skr.  anka,  «  Bug,  seite 
schooss,  »  lat.  ancus  and  uneus,  rather  than  from  the  same  origin  a; 
latin  inguen.  With  aeh  in  achmonou^  the  ordinary  Welsh  word  aeh,  asir 
hyd  y  nawfed  aeh,  «  to  the  ninth  génération^  »  must  be  identical  01 
nearly  related. 

5.  Baeh,  «little.small,  ))0,  Irish  becc  and  bec,  Mod.  Ir.  beag,  I  regardas 


Etymological  Scraps.  189 

having  dropped  an  initial  s  or,  as  it  probably  would  hâve  been  pronounced, 
z,  thus  giving  us  "zbacc  for  an  older  *smacc  :  this  vould  be  of  the  same 
origin  as  Fick's  smak^  «  klein,  gering  sein,  »  whence  he  dérives  sjj.a- 
pi-ç,  ;j.'.7.-p:-ç,  lat.  m^ic-ro-,  m^c-z>,  and,  hesitatingly,  mka ;  0.  H.  Ger. 
smâhi,  M.  H.  Ger.  smaehe,  «  klein,  gering,  niedrig,  schmaelich.  »  In 
discussing  this  group  of  words  Joh.  Schmidt  in  his  Vocalismus,  p.  108, 
shows  that  mica  stands  for  *minca  =  O.-Bulg.  ma'^ka,  «  farina,  »  and 
that  smâhi  owes  its  long  vowel  to  the  former  présence  of  a  nasal,  so 
that  hère  at  any  rate  \ve  should  hâve  to  infer,  not  smak,  but  smank, 
which  would  also  explain  the  Celtic  forms  in  question.  That  the  latter 
once  commenced  with  an  s  is  rendered  probable  by  the  fact,  that  in 
North  Wales  bach  forms  a  remarkable  exception  to  the  initial  mutation 
of  féminine  adjectives  ;  thus  geneth  bach,  «  a  little  girl,  «  afon  bach,  «  a 
small  river  ))  not /ac/i  as  might  be  expected  according  to  the  gênerai  rule. 
Now  this  would  be  ail  plain  if  we  suppose  the  word  to  hâve  had  an 
initial  s  and  to  hâve  retained  it  into  the  sixth  or  seventh  century. 

II 

1.  Professor  Evander  Evans  has  shown  in  the  Archsologia  Cambrensis 
"or  1872,  p.  305,  that  Welsh  was  not  without  the  affix  which  takes 
he  form  ing  in  Teutonic  languages  as  in  A.-Sax.  ^theling,  Ger.  Schœning  : 
le  quotes  such  patronymics  as  Coeling,  Dogfeiling,  Dinoding,  etc.  To  thèse 
nay  be  added  Ercilinci  which  occurs  on  an  early  inscribed  stone  in 
:ornwall  supposed  to  read  nonnita  ercili  viricati  tris  fili  ercilinci 
Arch.  Cam.  for  1866,  p.  420).  Now  Teutonic  -ing  and  -ung  are  suppo- 
ed  to  stand  for  an  original  termination  anka. 

2.  If  from  this  Welsh  eliminated  the  nasal  by  assimilation  it  |would 
rrive  at  -ach  which  is  added  to  nouns  (or  adjectives)  to  give  them  a 
.uance  of  collectivity,  abstraction,  or  (more  commonly)  of  contempt,  e. 
;.  cyfeillach,  «  friendship,  »  from  cyfaill,  «  a  friend,  »  grwgnach,  «  a 
;rudging,  »  corach,  «  a  dwarf  »  from  cdr,  «  a  dwarf,  »  plantach, 
'.  children  »  (contemptible)  from  plant,  «  children.  » 

] .  If  the  guttural  changed  a  into  0  as  not  unfrequently  happens  in  Welsh 
.'e  should  hâve  -occ,  modem  -wch,  a  termination  which  we  add  to 
djectives  as  in  caledwch,  «  hardness,  »  from  caled,  «  hard  «  and  more 
arely,  to  nouns,  as  in  peswch,  «  a  cough,  »  from  pas,  «  cough, 
^hooping-cough  »  :  compare  such  words  as  English  railings,  and  Germ. 
chtung. 

4.  Possibly  a  fourth  form  of  the  affix  in  question,  r\ame\y -ych,  maybe 


1 90  Etymological  Scraps. 

contained  in  brydych,  a  term  of  abuse,  and  in  such  words  as  gwledychu 

«  to  reign.  » 

III 

According  to  the  above  we  may  expect  to  find  ng,  nd,  mb,  similarlj 
treated,  that  is  to  say,  reduced  to  gg,  dd,  bb,  whence  in  Old  Welsh  w( 
should  hâve  c,  t,  p.  Such  will  be  seen,  I  think,  to  be  the  case  in  th{ 
following  instances  : 

1.  Ac,  oc,  «  with,  and;  »  acos  now  agos  «  near,  »  0.  Ir.  acus,  ocus.\ 
«  and,  »  occus,  near;  »  o.  Ir.  comocus,  Mod.  Welsh  cyfagos,  «  near.  >! 
Ali  thèse  forms  are  to  be  traced  to  angh,  from  which  corne  Gr,  aY/w! 
Lat.  angustus,  Germ.  eng,  «  narrow.  »  i 

2.  Tag-u  (O,  Welsh  *tacu),  «  to  choke,  strangle,  »  is  to  be  comparée 
with  0.  Bulg.  ta^govaîiy  «  anxium  esse,  »  te"gu,  «  labor,  »  te^gota 
«  onus;  »  or  else  to  be  considered,  together  with  0.  Ir.  tachtad 
«  angens,  »  as  a  compound  équivalent  to  "do-ac-u,  from  angh  already 
alluded  to  :  in  either  case  the  word  is  an  instance  in  point. 

3.  Taroden  or  tarwden  as  written,  but  y  drwden  as  spoken  in  S.  Walesi 
and  y  drwdel  in  N.  Wales,  means  a  skin  disease  to  which  cattle  are  subject* 
This  would  hâve  been  in  0.  Welsh  *tarotenn  or  *trotenn,  evidently  of  thit 
same  origin  as  Gothic  thruts-fill,  «  leprosy,  «  Polish  tra"d,  «  aussatz,  )i 
Lith.  trande,  «holzwurm,  fleischmade,  kaesemilbe,  »  ail  apparently  fronj 
a  root  TRAND  ;  see  Schmidt's  Vocalismus,  p.  160.  Mr.  Stokes  remind  ' 
me  of  the  Irish  trosc,  «  leper,  »  probably  for  "trod-co.  [ 

4.  O.  Welsh  guetid,  Mod.  W.  dy-wed-yd,  «  to  say,  «  dywcdodd  (iv 
S.  Wales  gwedodd),  «  dixit  ;  »  in  Mid.  Welsh  a  strong  perfect  dywan. 
=  "du-vât-a,  was  used  for  dywedodd  :  compare  gwawt,  «  encomium} 
eulogy,  praise,  »  now  exclusively  «  a  mock-encomium,  a  satire,  ridicule.:) 
In  thèse  forms  guet,  gwed  point  to  "vend  of  the  same  origin  as  Skr.  van] 
date,  «  to  praise.  »  '■ 

5.  Medr,  «  skill,  «  medrus,  «  skilful,  »  medraf,  «  I  can,  »  may  proba 
bly  be  regarded  as  cognate  with  O.  Bulg.  ma"driï,  «  intelligent,  »  Lith' 
mandrus,  Germ.  munter,  «  lively,  brisk,  »  Goth.  bi  mundrein,  xaxà  axoiub 
(Phil.  iij.  14).  I 

6.  Ystrad,  0.  Welsh  istrat,  «  the  flat  land  bordering  on  a  slov 
stream,  »  would  certainly  seem  to  be  of  the  same  origin  as  the  Englisl 
word  strand  :  the  latter  is  unfortunately  too  obscure  to  build  much  01 
it  ;  however  ail  attempts  to  dérive  ystrad  from  latin  strâtum  hâve  failei 
both  because  of  the  a  of  the  Latin  word  and  of  the  want  of  a  coramu 
nity  of  meaning  between  them  :  the  same  applies  to  the  Ir.  stratli. 


Etymological  Scraps.  191 

7.  Ystod,  0.  Welsh  *istot,  «  an  interval  of  time  or  space;  »  but  when 

applied  to  space  it  means  only  «  a  swath   «  in  mowing,  namely  in 

S.  Wales.  This  I  would  dérive  from  the  same  origin  as  Germ.  stunde, 

«  an  hour,  d  which  Fick  can  hardly  he  warranted  in  deriving  from 

■  stingan  or  in  explaining  as  meaning  a  point  of  time. 

.  8.  0.  Welsh  nouiîiou  in  the  Oxford  Glosses  renders  the  latin  nundins 
and  the  two  words  seem  of  the  same  origin  as  well  as  signification  ;  for 
the  former  may  safely  be  taken  to  stand  for  "noviddiou  from  "noven-diou 
and  the  latter  for  *noven-din£,  being  composed  of  novem,  «  nine,  »  and 
plurals  meaning  «  days  »;  the  Welsh  *dioa  is  the  plural  oî*diu,  in  Mid. 
W.  dyw,  «  day,  »  plural  dieu,  which  we  hère  hâve  in  its  older  form 
-diou  in  nouiîiou.  The  latin  -din£  admits  of  a  similar  explanation.  In 
Mod.  Welsh  nouiîiou  has  become  newid,  «  change,  exchange  »  also 
«  bargain  »  as  when  we  sayy  mae  newid  arno,  «  it  is  cheap,  »  lit.  «  there 
isa  bargain  on  it.  »  Ail  this  would  point  to  a  fact  of  history,  which  I 
would  leave  to  Pictet  and  Fick  to  discuss, 

9.  Mod.  Welsh  mab,  'a  son,  a  boy',  0.  W.  map,  Ir.  mac,  macc,  are 
ail  represented  in  Ogam  in  Wales  and  Ireland  by  maqvi,  the  genitive  of 
a  base  'maqra  =5  "mac-va  formed  by  affixing  the  suffix  va  'see  Schlei- 
cher's  Compendium^,  p.  399;  to  the  Cehic  root  MAC  from  which  we 
bave  Mod.  W.  mag-u,  'to  breed,  to  nurse,  to  rear',  and  macwy,  'a  boy, 
ayouth,  a  groom',  =;  0.  Ir.  mocu,  maccu  :  corresponding  to  thèse  we 
hâve  in  Ogams,  both  Welsh  and  Irish,  the  genitive  mucoi  —  the  hésita- 
tion between  0  and  a  will  hâve  been  already  noticed  in  the  case  of  ac 
and  oc.  MAC  would,  if  projected  on  the  common  mother-tongue  of  the 
Japhetic  nations  of  Europe,  be  MANGH,  which  Fick  treats  as  a  by-form 
of  MAGH,  and  from  which  he  dérives,  among  many  others,  the  follow- 
ing  words  :  Latin  magnus ,  macîus ;  Goth.  magu,  'a  boy',  magaîhisy 
Car.  magd,  Eng.  maid;  0.  Bulg.  ma^zi,  'a  man'.  With  respect  to  map 
and  maqvi  it  may  be  observed  hère  that  most  of  our  Ogams  date  ante- 
rior  to  the  change  in  Welsh  of  qv  into  p  (as  well  as  of  s  into  h),  a  fact 
which  hopelessly  dissolves  the  near  relation  supposed  to  hâve  existed 
within  the  Celtic  family  between  the  Cymry  and  the  ancient  Gauls  of 
France. 

10.  Lleibjo,  «  lingere,  lambere,  »  said  of  heat  effecting  the  disappea- 
rance  of  water,  Breton  lippat,  «  to  lick,  »  par  abus  as  Le  Gonidec 
thought  for  lipa  :  thèse  point  apparently  to  a  form  *lambja-,  whence 
'labbj-  *lepj-,  etc.  It  is  worth  while  mentioning  that  we  hâve  in  use  in 
Wales  two  kindred  verbs  :  llyf-u,  «  to  lick,  »  of  the  same  origin  per- 
haps  as  Latin  labia,  English  lip,  and  lli-o,  of  the  same  origin  and  signifi- 


192  Etymological  Scraps. 

cation  as  Irish  lighim,  English  lick.  The  latter  is  confmed  to  the  spokei 

dialects  of  S.  Wales. 

1 1 .  Cyffelyb,  «  such,  «  is  résoluble  into  cyf-helyb,  which  by  its  prefi: 
reminds  one  of  Lat.  con-similis.  The  latter  part  of  the  word  stands  fo 
0.  W.  'he-lip  =3  *sa-lip  to  be  compared  with  Goth.  sva-leik-s,  «  so  be 
schaffen,  so,  ein  solcher.»  Similarly  the  Breton  hévélép  would  seem  to  stam 
for  *sama-lip,  which  reminds  one  of  the  Gothic  sama-leik-s  «  gleich 
ûbereinstimmend.  »  Now  Schmidt  has  shown  in  his  Vocalismus,  p.  89 
that  Goth.  leiks  is  identical  with  Lith.  lygus,  «  like,  »  and  Skr.  linga-m: 
«  kennzeichen,  abzeichen,  merkmal.»  So  hère  we  hâve  onlyto  suppos 
the  not  uncommon  change  of  original  g  into  b  in  Welsh  and  our  -lip  i 
found  to  stand  for  *llmb  =:  ling  as  in  the  Sanskrit  word. 

IV 

In  a  few  Welsh  words  ng  has  given  way  to  w  :  without  discussin 
the  physiology  of  such  a  change  I  may  mention  the  following  instances 

1.  Pythewnos  for  *pymtheng-nos,  «  a  fortnight,  »  Irish  coicthiges,  bot 
of  which  literally  mean  fifleen-night.  Pythewnos,  pronounced  pythefnc 
in  N.  Wales,  occurs  in  the  Mabinogion  ii.  391,  andisa  word  in  constar 
use. 

2.  Ewin,  «  nail,  «  for  *ingin  identical  with  0.  Irish  ingen  (gl.  unguis) 
see  Nigra's  Reliquie  Celtiche  i.  36  and  compare  Latin  unguis. 

3.  Gollewin,  more  commonly  ^or//m/2,  «  the  west,  »  belongs  hère, 
we  may  trust  the  Liber  Landavensis,  which  reads,  p.  231,  the  forr 
gullengin  :  in  the  next  page  we  hâve  gulleuin,  so  it  would  seem  that  th 
forms  were  optional. 

4.  Ffrewyll,  «  a  scourge,  »  from  lat,  flagellum,  whence  we  hâve  als 
the  more  regularly  iormeà  fflangell,  «  a  whip,  scourge  »:  as  to  ffrewyll,  th 
substitution  of  r  for  /  in  Welsh  in  loan-words  where  another  /  followe: 
is  not  very  unusual,  and  we  even  fmd  in  an  old  Latin  version  of  th 
Welsh  Laws  quoted  in  Haddan  and  Stubbs'  Councils  and  Ecclesiastia 
Documents  relating  to  Great  Britain  and  îreland,  i.  13O;,  fragillis,  foi 
flagelUs,  to  which  we  may  add,  as  interesting  in  its  vowel  i,flagillo,  fo 
ilagello,  i.  1 35.  It  is  from /r^g///- read  as/ra^g/'/Z-that  our  ffrewyll  cornes  j 
compare  the  Hellenistic  form  <^ç,oi.yiXkiov  and  forms  like  fragelldti 
from  an  Italian  dialect  mentioned  in  the  Mem.  de  la  Soc.  a\ 
linguistique  de  Paris,  11,  112.  The  only  other  loan-word  in  whic 
Welsh  has  made  Latin  g  into  ng  is  lleng  from  legio.  Now  it  is  to  b 
noticed  that  ffrewyll,  fflangell,  lleng  are  mère  book-words  borrowed  prc 
bably  by  authors  or  translators  and  the  way  for  ng  was  opened  by  th 


Etymological  Scraps.  19? 

ambiguity  of  the  orthography  of  old  and  mid.  Welsh,  which  used  g  for 
ng  as  well  as  for  g.  With  lleng  contrast  lleon  =  legionum  in  Caerlleon  = 
Cairlegion  ==  Castra  Legionum,  Urbs  Legionum,  as  Chesîer  used  to  be 
called.  Hère  familiarity  with  the  word  prevented  an  accident  of  spelling 
from  affecting  the  pronunciation. 

5.  Rogedou  glosses  orgiis  in  the  Lux.  FoHo,  and  is  to  be  treated  as  ron- 
gedou,  there  being  other  instances  of  this  orthography  in  that  Ms.  This 
renders  the  identity  of  roged-  with  the  modem  rhewydd,  «  lascivia,  » 
which  had  been  suggested,  beyond  ail  reasonable  doubt. 

6.  Yslywen  or  slowen,  which  are  the  prévalent  forms  for  what  is  written 
'lysw'cn  or  llysywen,  a  pronunciation  seldom  heard  compared  with  slowen  : 
:hese  ail  mean  «  an  eel,  »  and  are  probably  only  modifications  of  the 
>ame  word.  I  would  give  the  préférence  to  yslyw-en  over  llysw-ën,  as 
t  seems  more  probable  that  the  former  should  be  changed  into  the  latter 
'orm  than  vice  versa,  and  that  it  is  of  a  common  origin  with  0.  H.  Ger. 
ûango,  Mod.  H.  Ger,  schlange,  «  a  snake.  » 

V 

'  In  not  a  few  Welsh  words  ag  becomes  au  or  eu  :  when  i  foUows  the 
iiphthong  it  remain  ew,  to  avoid  a  vowel  combination  such  as  we  hâve 
n  French  words  like  lui,  puis. 

1.  Brau,  «  fragile,  »  hreu-an,  «  a  hand-mill,  »  from  the  same  origin 
is  English  hreak  and  Lat.  frango,  fragilis. 

2.  Breuant,  0.  W.  trouant,  «  the  wind-pipe,  »  0.  Irish  brdgat. 

3.  Hau,  «  to  sow  »  [heu-odd,  «  sévit  »)  has  its  most  exact  équivalent 
n  Lat.  seg-es. 

4.  Borau,  «  morning,  »  stands  for  'borag  ifor  "morag]  with  which  may 
oe compared  Ir.  mdrach,  probably  {oT*mdragh:  compare  Goth.maur gins; 
jcr.  morgen.  On  the  other  hand  y  jory,  «  to-morrow,  )>  possibly  implies 
•m  oblique  case  *morig  for  "morag-i. 

5.  Eu-og,  «  guilty,  «  contains  an  eu  which  unmistakably  points  to 
>kr.  âgas,  Greek  à,cç,  «  guilt,  sin;  »  whereas 

6.  Eulon,  «  stercus  caprinum,  »  points  for  the  explanation  of  its  en  to 
.GA  whence  Skr.  aja,  Greek  ai';,  a-vic,  «  a  goat,  »  while  ewig,  «  a  hind,  » 
s  formally  équivalent  to  Skr.  ajikâ,  «  a  young  goat.  »  Other  representa- 
ives  of  Indo-European  ag  might  he  pointed  out  in  Welsh  under  this 
orm. 

VI 

In  a  few  words  ve  seems  to  hâve  successively  become  vo,  wo,  0  as  will 
)€  seen  from  the  following  instances  : 


194  Etymobgical  Scraps. 

1.  Gosper,  «vespers,  «  from  Med.  Latin  vespera,  andpylor,  «powde 
gunpowder;  »  for  this  pluor  sometimes  occurs  formed  by  regroupingtl 
consonants;  thus  *plu-ver  ior  pulver  =  Lat.  pulvis,  pulveris. 

2.  Goreu,  «  best,  »  hishfearr,  as  well  as  goreu  (also  gomg)  «  fecit, 
from  the  same  origin  as  FépYov,  english  work.  The  prefix  gor,  earliti 
gwor  is  to  be  hère  added  as  will  be  seen  by  comparing  it  with  the  Gauliil 
ver  as  in  Vernemeton,  Vercingetorix  :  compare  also  the  name  Vortigern. 

3.  Gwr,  «  man,  »  probably  stands  for  an  earlier  *gwor  =  *gwe 
whereas  the  plural  gwyr,  «  men,  »  has  suffered  no  such  contraction  as 
represents  *gwir-i  :  thèse  agrée  respectively  with  0.  Ir.  fer,  «  vir,  »  fi 
«  viri.  » 

4.  Golch-i,  «  to  wash,  »  golch,  «  lixivium,))  Bvelon  gwelc^ h  or  gwalc\ 
«  lavage,  action  de  laver.  »  Probably  the  prefix  gwo,  now  go,  might  1: 
added. 

5 .  Dichon  =:  dichwen  of  which  Davies  says  «  corruptè  pro  dichwain 
idem  quod  damwain  et  damchwain,  »  «  accident:  «  dichon  now  meai 
«  may  be  »  and  is  used  as  a  kind  of  impersonal  verb  as  in  Dichon  y  da)'. 
«  perhaps  or  may  be  he  will  corne.  »  1 

6.  Diosc,  «  to  strip,  »  «  to  undress,  «  from  'gwesc  of  the  same  orig 
as,  and  of  a  more  regular  formation  than  gwisc  =5  Lat.  vestis. 

7.  Diod,  «  drink,  »  O.  W.  *diot,  probably  for  *di-wet  as  proved  1 
the  Cornish  dewes,  «  drink  ;  »  whether  this  may  further  be  supposed 
stand  for  "di-wend  of  the  same  origin  as  Lat.  unda,  Lith.  vandu^  Engli; 
water,  I  leave  undecided. 

8.  Ongl,  «  angle,  corner,  »  congl,  «  corner,  »  deongl,  «  to  interp 
(a  dream),  «  i.e.  literally  «  explanare,  »  would  also  belong  hère  if  v 
derived  thèse  words  from  Fick's  vank  rather  than  from  the  same  orig 
as  the  latin  angulus. 

9.  Olwyn,  «  a  wheei,  »  evidently  is  an  instance  in  point  as  it  must  star 
for  either  'velv-ln-a  or  "yel-în-a  of  the  same  origin  as  Lat.  volvo.  The 
in  olwyn,  I  may  add,  is  a  vowel,  not  a  semi-vowel,  inourpronunciatioi 

10.  Eos,  «  nightingale,  »  I  would  treat  as  =3  *e-wos  =;  *e-wes  for  'r 
wend-s  or  *d-wet-s  from  vad,  vand,  whence  Greek  àfjOwv,  à^yr^Bm  (H> 
sychius),  which  would  thus  show  a  remarkable  coïncidence  with  oi 
Welsh  Word. 

VII 

The  defmite  article  in  Mod.  Welsh  is  yr  (and  y)  in  O.  Welsh  /; 
and,  as  it  occasions  mutation  of  féminines,  we  may  suppose  it  to  havi 
been  at  an  earlier  period  ir,  mas.,  and  ira,  fem.  Now  what  is  the  origi| 


i 


Etymological  Scraps.  195 

jf  the  Welsh  article  ?  As  generally  used  the  word  is  rather  colourless, 
)ut  we  can  at  least  bring  it  into  contrast  with  another  démonstrative  so 
is  to  show  that  as  such  it  dénotes  ihefurther  rather  than  the  nearer,  thaï 
ather  than  this.  Thus  «  to  day  »  is  heddyw  =  *he,  «  this,  »  and  dyw, 
;<  day,  »  while  «  to-morrow  »  is  y  fory  =:  «  the  [next]  morning  ;  »  simi- 
arly  «  yesterday  «  is  in  books  doe  (breton  déach  and  décn),  while  in  the 
poken  language  it  is  oftener  y  ddoe  =2  «  the  [other]  day,  «  doe  being 
he  représentative  probably  of  an  early  form  "dagja  of  the  same  origin 
.s  English  d.iy.  Similarly  «this  year»  is  eleni ïor  *he-vleni,  Breton  hévléné, 
nvolving  the  same  démonstrative  and  the  same  form  oiblynedd,  «year,» 
vhile  «  last  year  »  is  y  llynedd  (=5  yr  (fjlynedd),  «  the  [other]  year.  » 
rhis  last  reminds  one  of  the  Greek  zéc'jai,  Skr.  parut,  «  last  year.  »  — 
Or.  Windisch  fmds  the  Irish  équivalent  for  thèse  in  uraid  (see  Curtius 
;r.  d.  Gr.  EtJ  no.  360)  :  the  omission  of  p  is  regular,  and  this  leads  me 
0  dérive  yr  from  the  same  origin  as  the  Greek  préposition  Trapà  and  to 
dentify  it  with  the  Sanskrit  adjective  para,  among  the  meanings  of 
vhich  I  fmd  in  the  Petersburgh  Dictionary  :  (a)  Weiterhin-,  ferner  ge- 
îgen-,  stehend,  entfernter,  jenseitig.  l'b)  Vergangen,frùher.  (c)  Spaeter, 
:ukùnftig,  folgend,  nachfolgend.  (d)  Der  vorzûglichere,  bessere,  treffli- 
here,  der  vorzùglichste,  beste,  trefflichste,  aùsserste,  aergste,  summus. 
'he  account  hère  suggested  of  our  ir  (jr)  is  confirmed  by  Ebel's  com- 
■arison  (in  Kuhn's  Beitr.  i.  3 1 1)  of  0.  irish  ire,  «ulterior,  «  comparative 
reia,  with  Greek  r.t^aXoc,  :  it  is  possible  that  ir  =3  Ir.  ire,  but  I  am  more 
iclined  to  think  that  0.  W.  ir  is  to  O.  Ir.  ire  as  Skr.  para  is  to  Greek 
;£pato-ç.  As  to  yr  wyf,  «  I  am,  »  yr  oeddwn,  «  I  was,  »  it  is  possible  that 
■ère  yr  =  Greek  -xçà  in  xape'.ij-i  and  r.xpffK 

VIII. 

'■  Since  writing  the  foregoing  jottings,  in  which  the  disappearance  oi  p 
■ithe  Celtic  languages  has  been  more  than  once  assumed,  it  has  occur- 
;d  to  me  that  it  is  rather  singular  that  such  a  consonant  should  be 
)tally  elided  in  ail  positions  in  a  word,  and  that  it  would  be  more  reaso- 
able  to  regard  it  rather  as  having  been  changed  into  another  consonant 
'hich  might  eventually  disappear.  The  latter,  I  vould  wenture  to  sug- 
est,  was  no  other  than  h.  Such  a  réduction  of  p  to  h,  it  is  true,  is  not 
Dmmon.  I  do  not  recollect  having  heard  of  its  being  usual  in  any  lan- 
uage  but  Japanese  ;  but  as  far  as  the  physiology  of  the  case  is  concer- 
ed  Japanese  is  perhaps  as  much  to  the  point  as  a  Japhetic  language 
'ould  be.  However  this  may  be,  I  beg  to  call  attention  to  the  fact  that 


196  Etymological  Scraps. 

Mr.  Stokes  thinks  (Irish  Glosses  p.  69)  that  the  /;  which  so  constan' 
occurs  in  Irish  Mss.  at  the  beginning  of  Wmnn,  'Ireland',  hdue,  'gran 
son',  huile^  'ail',  etc.  is  not  a  mère  freak  of  the  scribe's.  Now  suppc 
this  hto  represent  an  original  p,  then  Hérinn  might,  with  the  assistan 
of  the  Welsh  Iwerddon,  be  restored  to  the  form  Pîveriana,  which,  thou 
not  very  transparent,  must  be  allowed  to  remind  one  of  Ilispta  trac 
by  Fick  to  'plvar,  fem.  'plvarja,  'fat,  swelling'.  Asto/itfue  it  would  setj 
to  be  a  diphthongized  form  (of  the  ja  declension)  superseded  in  mode' 
Irish  by  the  shorter  6  or  ua,  'descendant,  grandson',  which  I  would  d 
rive  from  the  same  root  as  Latin  puer,  strikingly  reflected  in  the  Wel 
wyr,  'grandson'.  Moreover  Welsh  macwy  =  0.  Irish  mocu  and  mat 
represented  in  Ogam  by  the  genitive  mucoi,  may  be  resolved  into  me 
hwy  or  mag-hwy,  the  former  élément  being  the  same,  from  which  i 
hâve  0.  Welsh  map,  Irish  mac,  'son',  both  represented  in  Ogam  by  t 
genitive  maqvi  vhich  has  already  been  noticed.  A  propos  of  thèse  fon 
the  bilingual  inscription  of  Cilleen  Cormac  deserves  mention  :  Mr.  Stok 
reads  the  Latin  IVVENE  DRVVIDES  (Beitraege,  V,  363)  =  [Lapis, 
pulcralis^  juvenis  Druidis,  and  the  Ogam  digits  which  he  accepts  (B< 
traege,  VI,  p.  viij)  may  be  read  Duvtanos  avei  Sahattos  —  the  tom 
stone)  of  Duvtan  the  descendant  or  grandson  of  Sahatt.  Hère  it  is  tr 
avei  is  written  without  //,  but,  en  revanche,  Sahalîos  is  explained  I 
Mr.  Stokes  as  équivalent  to  *Sapattos,  *Sapantos  nearly  related  to  sapier. 
sapientis  and  used  in  this  instance  to  render  DRVVIDES.  Lastly  I  wou 
mention  huile,  Welsh  oll,  holl,  'ail',  as  words  for  which  satisfacto: 
etymology  is  still  a  desideratum  :  it  is  possible — I  would  not  venture 
say  probable  —  thatthey  corne  from  'palja,  a  base  formed  by  addingtl 
suîfix  ja  to  the  European  root  PAL,  whence  are  derived,  by  means 
another  suffix,  tcoAuç.  Irish  il,  Goth.  fila,  Ger.  viel. 

John  Rhys. 


MYTHOLOGICAL   NOTES 


VII.     LABRAID     LORC     AND     HIS    EARS. 

Ri  robi  forer'md  .i.  labraid  tore  aainmside  7  isamlaid  bai  inlabraidsin  7  da 
0 pill  fair  .i.  dachluais  capaill  fair  7  cach*  duni  nobearrad inri  nomarbtha 
Schetoir.  Tanic  tra  cohaimsir  abearrtha  do  fecht  ann  7  rofuraileth  ar  mac 
intrebthaigi  bai  nacomaidecht  abearrad  intansin.  Adcuas  donbantrebthaig 
'nisin  7  tanic  docum  inrig  7  roataig  he  conaromarbtha  amac. 
■  Ni  marfider  ar  inri  7  na  hindised  se  cebe  ni  aîclther  do. 
'  Ni  indesa  ol  inbaintrebthach. 

Robearrastar  mâc  nabaintrebthaïgi  inri  iarsin  7  roimtigh  iarsin  diathig 

rogab  galar  e  iarsin  7  bahe  med  ingalair  corfasaî  dicenn  ann  7  robi  fri 
'  cian  À.  tri  lethbliaàna  7  nireumaing  erge  risinresin  7  nif rit  h  do  lus** 

nef  ad  he. 

Darala  tra  drdi  don  tigh  fecht  ann  7  amal  adchonnairc  andrai  he  nofoill- 

ghedh  do  ingalar  aroibe  7  adbert  andrai  scel  runda  rofider  anmac  7  dia- 

ndised  inscelsin  robudh  slan  he. 

Cindus  dogentar  anisin  armathair  inmâic. 

Teiged  arindrai  cocomrac  ceithri  slighed  7  impod  dadesil  7  incetchrann 

chearas  do  doleth  des  indised  do  inscel  7  bidslan. 

Dochaaid  iarsin  inmac  7  dorindi  amlaid  7  roscé  anni  robi  inabroind  7  robi 

ch  dath  fair  7  ase  cétchrann  dorala  do  .i.  sail. 

Tanic  iarsin  urcra  dochruit  craiftine  7  dachuaid  dabein  damna  cruiti. 

osas  dobean  asinchrunn  darhindsead  anscel  7  rourlamaigh  iarsin  incruitiri 

hruit  7  rosend  7  ased  roraid 

da  no  pill  for  labraid  lorc. 

I.  See  Revue  Celtique,  I,  256. 
*  Ms.  doncach. 
"  Ms.  frisinlus. 


198  Mythological  Notes. 

Corob  dademnigud  sin  adbert  infili  Niccilt  ces  ccol  [de]  criiit  craifîini  7  . 

H.  2.  16  [called  the  Yellow  Book  of  Lecan  :  a  ms.i 

the  library  of  Trinity  Collège,  Dublin]  col.  690,  6' . 

There  was  a  king  over  Ireland,  Labraid  Lorc  was  his  name,  andtlis 
was  that  Labraid,  with  two  horse's  ears  on  him.  And  every  one  V) 
shaved  the  king  used  to  be  slain  forthwith.  Now  the  time  of  shavj 
him  once  drew  nigh,  and  the  son  of  a  widow  in  the  neighbourhood  m 
enjoined  to  shave  him  then.  That  was  told  to  the  widow^  and  she  ca; 
to  the  king  and  besought  him  that  her  son  might  not  be  slain. 

«  He  shall  not  be  slain,  »  quoth  the  king,  «  if  he  does  not  say  wt 
will  be  seen  by  him.  « 

«  He  will  not  say  it  «  quoth  the  widow. 

Thereafter  the  widow's  son  shaved  the  king,  and  then  he  wenti 
his  house,  and  then  a  sickness  seizedhim,  and  so  great  was  the  sickns 
that  two  heads  grew  upon  him,  and  he  was  (thusj  for  a  long  while.  ) 
wit,  three  half-years,  and  he  could  not  rise  for  ail  that  time,  and  no  h  ) 
was  found  for  him  that  would  heal  him. 

Now  on  a  time  a  wizard  happened  to  corne  to  the  (widow's)  ho  i 
and,  as  soon  as  the  wizard  beheld  him,  the  sickness  wherein  he  lay  ^s 
revealed,  and  the  wizard  said  that  the  son  knew  a  secret  story,  and  tt 
if  he  told  that  story  he  would  be  well. 

«  How  shall  that  be  done  ?  »  says  the  son's  mother. 

«  Let  him  go,  «  says  the  wizard,  «  to  the  meeting  of  four  roads,  ;  I 
liet  him  turn  sunwise,  and  the  first  tree  that  he  meets  on  the  right  si , 
let  him  tell  it  the  story  and  he  will  be  well.  )>  ( 

Then  the  son  went  and  did  so,  and  he  disburdened  his  heart  ',  îÎ 
every  colour  was  on  him;  and  this  is  the  first  tree  which  he  happeii 
on,  to  wit,  a  willow. 

Then  came  ruin  on  the  harp  of  [the  famous  harper]  Craiftine,  and  ; 
went  to  eut  the  makings  of  a  harp,  and  he  eut  from  the  very  treO 
which  the  story  had  been  told  ;  and  then  the  harper  made  ready  > 
harp,  and  played,  and  this  is  what  it  said  : 

«  Two  horse's  ears  on  Labraid  Lorc.  « 

And  to  certify  that,  the  poet  said  : 

«  The  ces  hid  not  music  from  Craiftene's  harp.  » 

This  is  the  Irish  reflex  of  the  Servian  Kaiser  Trojan  liât  Ziegenoln 
(yolksmàrchen  der  Serben,  Berlin  1854,  s.  22$)and  ofthe  widely diffu:J 
legend  of  the  Phrygian  Midas  and  his  ass  's  ears.  See  the  22d  of  | 

I.  Literally  :  «  threw  up  what  was  in  his  belly.  » 


Mythological  Notes.  199 

longol  stories  published  by  Jiilg  in  1865-68,  and  translated  into  En- 
lish  [Sagas  from  the  Far  Easî,  London  1873,  p.  206),  where  our  wizard 
drdi  =  0.  Ir.  drui  "^magus')  is  represented  by  a  lama.  De  Gubernatis 
l'oological  Mythology,  i.  386,suggests  that  the  assis  the  solar  steed  during 
ihe  night. 

;  Jûlg  compares  the  IVunderharfe  in  Kletke's  M  à  hrchensaal,  ahookl  hâve 
lot  at  hand.  The  modem  version  of  the  Irish  taie  is  told  (very  humorous- 
1^)  in  Mr  Patrick  Kennedy^s  Legendary  Fictions  of  the  Irish  Celts,  Lon- 
,on,  1866,  p.  248. 

I  As  to  turning  sunwise  (dextrorsum,  dakshi/zam  kri),  see  Pictet,  Ori- 
ines  indo-européennes,  U,  499-500,  Three  Ir.  Glossaries,  xxxvi. 
As  to  disclosures  by  musical  instruments,  see  the  Scottish  ballad  of 
■;innorie.  Grimm,  Kinder  u.  Hausmàhrchen,  1850,  i.  172,  III,  55,  and 
lepathetic  Lithuanian  daina,  n"  378  in  Nesselmann's  Littauische  Volks- 
\eder  and  Wolf.  Proben  portugiesischer  u.  catalanischer  Volksromanzen. 
i/ien,  1858,  p.  39-40  Qa  caiïa  del  riu  de  arenas). 

vm.  cred's  pregnancy. 

1  Boethine  mac  findaig.  ô  inis  boethine  iniarthuv  laigen.  ocns  créd  ingen 
main  rig  laigen  mâthair  boethine  meic  findaig.  ocus  isamlaid  rogenair 
bethin  .i.  Findach  foglaid  dorala  ambarr  sciach  osinlibraid  fortli  merli 
min  cill  laa  nand.  cotanic  cred  dindniad  aldin  dontiprait.  otchonnairc 
finach  hi.  sanntaigis  inôg  corothuitt  toil  achuirp  uad  farsinsgas  mbiroir 
n  inafiadnaise.  ithid  iarum  aningen  ingass  forsamboi  inchoimpert.  conid 
l'-sin  rogenair  boethin.  ut  dixit  [poeta]. 

Cred  robomaith  inben.  ingen  ronain  rig  laigen. 

conachoemchill  gnathaig  glain.  mdthair  boethin  mak  findaig. 

Finnach  foglaid  robui  aggait.  isinsciaich  osintiprait. 

diandechaid  dinnmad  alam.  créd  rindbalc  ingen  rondn. 

Oroshill  infoglaid  feig  for  ingin  rondin  roréid 

snigis  ni  dothoil  achuirp.  forsinngas  mbiroir  mblathguirt. 

Ithid  aningen  ingass.  forsambi  inchoimpert  choimdess 

conid  desin  saringleo.  rogenair  boethin  bithbeo. 

Lebar  Brecc,  p.  88. 
Boethine  son  of  Findach,  of  Inis  Boethfni,  in  the  west  of  Leinster. 
iad  Créd  daughter  of  Ronân  kingof  Leinster  (was  the;  mother  of  Boethine 
^in  of  Findach.  And  thus  was  Boethfne  born,  to  wit.  Findach  a  reaver, 
1  a  certain  day,  happened  to  be  on  top  of  a  whitethorn  over  the  well, 
îsigning  to  rob  the  church.  And  Cred  came  to  the  well  to  wash  her 


200  Mythological  Notes.  I 

hands.  When  Findach  beheld  her,  virginem  concupivit,    et  voluni 

corporis  eius  [scil.  a7rlc;j,a]  cecidit  ex  eo  onthe  sprig  of  watercress  tl: 

was  before  her.  Then  the  girl  eats  the  sprig  whereon  was  the  a-épi. 

and  thereof  was  born  Boethin,  as  the  poet  said  : 

Créd,  good  was  thewoman,  daughter  of  Ronân  king  of  Leinster,  [dac 

With  her  loveable,  constant,  pure  church,  mother  of  Boethin  son  of  Fi 

Findach  a  reaver  was  thieving,  in  the  whitethorn  over  the  well, 

When  Créd  the  strongeyed,  Ronân's  daughter,  came  to  wash  her  ham 

When  the  keen  reaver  looked  on  Ronan's  gentle  daughter 

Aliquid  seminis  eius  stillavit  on  the  bitter-leaved  sprig  of  watercress. 

The  girl  eats  the  sprig  whereon  is  the  (nuspixa  aptum 

And  thereof  (noble  the  fight  !)  was  born  everliving  Boethin  ' . 

IX.    SOULS  IN  FORMS  OF  BIRDS. 

That  soûls  assume  the  forms  of  birds  see  Grimm^  Deutsche  Mytholog 
2te  Ausg.  S.  788,  and  Thorpe,  Northern  Mythology,  i.  289.  So  in  1 
M'iàdle-ïnsh  Dû  bron  flatha  nime  (Two  sorrows  of  Heaven's  Kingdor 
Lebor  na  huidre,  p.  17,  and  the  Vision  of  Adamndn,  ib.  p.  31^,  t 
soûls  of  the  righteous  corne  «  in  shapes  ofpure  white  birds  >>  {ir-rechti 
en  nglégel)  to  be  taught  by  Eli  under  the  Tree  of  Life.  So  the  soûls 
Maelsuthain's  three  pupils  corne  to  him  «  in  shapes  of  three  white  doveii 
[i-rechtaib  tri  colum  ngeaï)  O'Curry,  Lectures  5  30.  The  soûls  ofthe  wick' 
appear  as  ravens  :  «  et  extemplo  precones  toti  combusti  vitam  finiur 
anime  in  speciebus  corvinis  alveum  advolant.  »  Vita  S.  Paterni,  Ret 
Cambro-British  Saints.  Llandovery,  1853,  P-  92- 

X.    HUMAN    SACRIFICE. 

To  the  instances  of  human  sacrifice  to  ensure  the  stability  of  buildin 
mentioned  in  Three  Irish  Glossaries,  XLI,  and  the  translation  of  Corma 
Glossary,  p.  63,  add  the  foUowing  from  Lebar  Brecc,  p.  33a. 

I.  1  do  not  prétend  to  explain  this  loathsome  legend,  but  give  it  hère  as  possessi' 
singular  similarity  to  the  legend  of  the  nymph  Adrikâ  and  king  Uparicharas  told  (fn 
the  Mahâbhârata,  Adi-parva.  2571-2392)  by  De  Gubernatis,  Zoological  Mythology, 
331-332,  and  translated  by  Fauche,  t.  i. ,  p.  2)4-2(6.  In  the  Indian  st( 
Adrikâ  has  been  transformed  into  a  fish.  A  similar  transformation  is  found  in  an  ea 
Middle  Irish  taie.  The  »  Destruction  of  Echaid  son  of  Mairid  »  {Aided  echach  maie  m. 
rcdo)  in  the  Lebor  na  huidre,  p.  39,  where  Liban,  Echaid's  daughter,  is  changed  inic 
salmon.  The  most  curions  Middle  Irish  fish-legendd  is  that  of  S.  Finan's  mother  Becn 
{Lebar  Brecc,  p.  85),  who  while  bathing  after  sunset  was  impregnated  by  a  salmon 
red  gûld  : 

Eigne  devgoir  tarlustar  lais  tiar  iar  fuined  gréni. 

Rabroind  becnaite  baine,  combahesium  aceli. 


I 


■  Mythological  Notes.  201 

Aîbert  colum  cille  indsin  râmuntir  Ismaith  dàn  àrfréma  dodiil  fôthalma'm 
sûnd.  7  atbert  friu.  iscet  dib  nech  écin  uaib  dodul  fouir  nahinnsise  diacoise- 
crad.  Aîrâchî  suas  ôdranerlattad.  7  ised  atbert.  Dianamgabtha  olse  inseiiom 
km  sin.  A  ôdrâin  ol  colum  cille  rotbia  alôgsin  .i.  nitiberthar  aitghe  doneoch 
'icomligese  mina  foïtsa  shirfeas  artiis. 

Luid  iarum  odran  docum  nime.  Fothaigis[s]ium  cc/ais  hiia  iarum. 

Said  Columb-cille  then  to  his  family  «  it  is  good  for  us  that  our  roots 
îhould  go  under  earth  hère.  »  And  he  said  to  them  «  It  is  permitted  to 
y'ou  that  some  one  of  you  should  go  under  the  clay  of  this  island  to  con- 
;ecrate  it.  »  Odrân  arose  readily  and  spake  this  :  «  If  thou  shouldst  take 
ne,  ')  quoth  he,  «  I  am  ready  for  that.  » 

«  0  Odrân,  »  quoth  Columb-cille,  «  thereof  shalt  thou  hâve  the 
•eward,  namely,  the  prayer  of  no  one  shall  be  granted  at  my  tomb 
inless  he  shall  first  ask  of  thee.  » 

Then  Odrân  went  to  heaven  'and;  then  he,  Columb-cille^  founded  the 
:hurch  of  Hi', 


Isann  dorola  dosom  adenam  intan  rothinscanastar  ascnam  coaraile  inse 
^ura  herenn  amaig  forteched  intedmasa  combetis  .IX.  [tonna]  eturru  7  tir 
rnitic  teidm  tarais  innunn  ut  ferunt  periti.  —  Liber  Hymnorum,  f°  5 a, 
/eface  to  Colmdn's  hymn.  Goidelica  ^,  121. 

Ar  threthan  .i.  arthréthond  quia  ferunt  periti  naut(Z  conidesi  intress  tonn 
ddes  naues,  ib.,  f  19a,  Gloss  on  Sanctan's  hymn.  Goidelica^,  148. 

Then  it  happened  to  him  to  make  it  [the  hymn  |  when  he  began  to 
oyage  forth  to  a  certain  island  of  the  sea  of  Erin^,  fleeing  from  this 
estilence,  till  there  were  nine  waves  between  them  and  land,  for  pesti- 
mce  does  not  corne  beyond,  ut  ferunt  periti. 

Against  tempest  i.e.  against  three-waves  (tré-îhond),  because  expe- 
enced  sailors  assert  that  it  is  the  third  wave  that  drowns  ships. 

Arnergin  decided  that  he  and  his  friends  should  reïnter  their  ships  and 
^ove  to  the  distance  of  nine  waves  out  from  the  shorc,  and   that  then, 

they  were  able  to  land  despite  the  Tuatha  dé  Danann,  the  sovereignty 
;"Ireland  should  be  surrendered  to  them.  See  O'Curry,  Manners  and 

ustoms,  II,  180. 


1.  See  Reeves'  Life  of  St.  Columba,  Dublin,  18(7,  p.  203  (where  the  above  passage  is 
inted,  not  quite  correctly),  204,  415.  Herbert  Irish  Nennius,  Dublin,  1848,  p.  XXV. 
mm,  Diutsche  Mythologie,  2te  aufl.  1095,  1096,  1097. 

Rev.  Celt.  Il  14 


Mythological  Noies. 


XII.  lycanthropy. 


The  earliest  authority,  so  far  as  I  know,  for  the  existence  of  lyca 
thropy  in  Ireland  isthe  following  passage  from  Lebor  na  huidre,  p.  36. 

Indesergi  coltchenn  tra  hias  thall  illo  bràtha  ni  hiniind  7  indesergi  dianl 
ainm  isindaiigtartas  prâestigia  *  .1.  esergi  fiiathaigthi  ama\  inpitondaci 
no  ni  inund  7  indesergi  dianid  ainm  reuolulio  .i.  taîhchor  nahanma  icorpc 
ecsamlaib  iarndermirechî  nataîhchorthe.  no  indesergi  dianid  ainm  metafi 
matio  À.  îarmchmtad  iarndesmirechl  naconricht.  no  ni  inu[n)d  7  indest\ 
dianid  ainm  suhductio  .i.  fothudchestu  .i.  amal  bite  lucht  indremeca.  . 
indesergi  dianid  ainm  snscitatio  .i.  todûscud  marb  triamirbail.  iarndi^ 
mirecht  lazdir. 

Now  the  universal  résurrection  that  shall  be  there  on  Doomsday 
not  the  same  as  the  résurrection  called  in  the  authority  praestigia,  that' 
a  phantasmal  résurrection  like  pythonism.  Nor  is  it  the  same  as  t! 
résurrection  called  revoluîio  i.e.  transmutation  of  the  soûl  into  varie 
bodies  after  the  example  of  the  transmuted  ones.  Nor  the  resurrecti  | 
called  metaformatio  i.e.  transformation  according  to  the  example  of  t 
werwolves  [lit.  'wolf-shapes'].  Nor  is  it  the  same  as  the  resurrecti 
called  subductio  i.e.  subduction,  as  are  those  who  die  prematurely.  N 
the  résurrection  called  suscitatio  i.e.  a  revival  of  dead  persons  throu 
a  miracle  after  the  example  of  Lazarus. 

The  next  eldest  authority  is  the  extract  from  the  lost  Book  of  Glen 
dd-locha,  cited  in  the  Book  of  Ballimote  140/'  and  printed  in  the  Ir 
Nennius,  204  : 

SU  in-faelchon  in-Osraigibh  ata.  Aisdi  ingnad  acn.  Delbait  iaî  icon. 
altaib  **  7  tiagait  iat  i-conrechtaib  7  dia-marbthar  iat  7  feoil  inam-bcL 
isamlaid  bid  na-cuirp  asa-tiagat.  7  aithnit  dia-miiinteraib  nar-sogliiais 
na-cuirp  air  dian-gluaister  nithicfadsum  chiicu  semper. 

Thus  translated  by  the  late  D''  Todd  : 

«  The  descendants  of  the  wolf  are  in  Ossory.  They  hâve  a  wonder 
property.  They  transform  themselves  into  wolves,  and  go  forth  in  t 
form  of  wolves,  and  if  they  happen  to  be  killed  with  flesh  in  their  moutl 
it  is  in  the  same  condition  that  the  bodies  out  of  which  they  hâve  coi 
will  be  found;  and  they  command  their  familles  not  to  remove  their  bodii 
because  if  they  were  moved,  they  could  never  corne  into  them  again 

'  This  might  be  read  praestrigia,  the  first  ;  being  written  over  the  t. 
"  Printed  altaid. 


Mythological  Notes.  20 j 

The  story  told  by  Giraldus  Cambrensis  Top.  Hib.  Dlst.,  2.  c.  19,  of 
the  man  and  woman  transformed  into  wolves  every  seven  years  is  too 
well  known  to  be  cited  hère. 

!  The  Irish  name  for  a  female  werwolf  is  conoel.  Conoel  .i.  ben  tet  a 
\conrecht  (a  woman  that  goes  into  wolfshape)^  H.  2.  16,  col.  98.  In 
'h.  3.  18,  p.  654,  col.  3,  there  is  a  similar  gloss  :  Conel  .i.  ben  îéit  i 
'cùdnricht  (a  woman  that  goes  into  the  form  of  a  little  hound).  Does 
ithis  indicate  a  belief  in  kynanthropy  ?  as  to  which  sec  Schott.  Walla- 
\chische  Màrchen,  s.  298. 


j  Rev.  Celtique,  i.  259,  line  24,  ajter  velle  insert:  the  name  Êsus  would 
'thus  be  cognate  with  Skr.  eshà,  Zend  aêsha,  Gr.  aTaa  «  wish,  »  Sabine 
''aiso-s  «  prayer,  »  and  other  words  cited  by  Fick,  vergl.Wœrterbuch,  26. 
'  Ihid.,  line  51.  Adi:  And  see  Muir,  Sanskrit  Texts,  V,  403,  as  to  the 
Iprocess  by  which  Kâma  («  Désire  »)  came  to  be  regarded  as  a  deity. 
I  Ibid.,  after  line  34,  insert:  Another  Irish  godname  is  Dess,  which 
bccurs  in  the  Tochmarc  Emere  (Wooing  of  Emer)  Lebor  na  huidre, 
'p.  122!'. 

'    Tocbaid  emer  agnùis  càim  cx\.\t[h}aig  inarda  7  dobreth  aichni  forcoincu- 
("ainn  conid  and  aide  asbert. 

\    Dess  (.i.  deus]  imrlada*  duib  (.i.  dia  doredigud  duib)  orsi. 
^   Sldn  imreisc  duibsi  (.i.  ropslan  sibsi  ôcachaisc)  oleseom. 

«  Emer  upraised  her  fair  and  shapely  face,  and  recognized  Cûchulainn, 
10  then  she  said. 
«  May  Dess  («  god  »)  make  smooth  [the  way]  foryou  !  »  quoth  she. 
«  Whole  from  hurt  be  you  !  »  says  he. 

Irish  phonetics  will  allow  dess  to  be  equated  either  with  the  Indian 
Msha  or  with  the  Greek  OscrTéç  (lat.  festus)  in  TroAùOsaxoç, 

Rev.  ' Celtique,  \.  281,  'Man  octipartite.'  See  a  translation  of  a  Welsh 
'ersion  of  this  myth,  Meddygon  Myddfai,  1861,  pref.  XIV,  where  it  is 
ttributed  to  Taliesin  ! 
Corrigendum.   Rev.  Celtique,  i.  p.   260,   1.   34,  for  «   after,   »   read 
because  of,  »  diag  \s=dég,  Z  -  707. 

Whitley  Stokes. 

*  The  fac-similé  published  by  the  Royal  Irish  Academy  has  imriadam. 


RECHERCHES 

SUR 

L'HISTOIRE    DE   L'ARTICLE 

DANS  LE  BRETON  ARMORICAIN. 


Il  est  aujourd'hui  établi  que  le  thème  de  l'article  celtique  est  sanda-  ' 
composé,  je  penserais,  de  trois  termes  :  sa-n-da-.  Le  second  terme  -n-^ 
serait  probablement  un  débris  de  pronom  ana  qui  existe  à  quelques  ca;, 
en  sanscrit*  et  qui  a  été  conservé  en  lituanien 5.  Ce  pronom  signifif 
en  sanscrit  «  celui-ci  )>,  en  lituanien  «  celui-là.  »  Si  de  sa-n-da-,  or 
retranche  le  second  terme,  W  reste sa-da-  identique  au  thème  dupronoir 
grec  co£  dont  le  second  terme  s'est  originairement  décliné  comme  If 
second  terme  de  l'article  celtique.  M.  Bréal  a  donné  des  exemples  d(, 
cette  déclinaison  du  pronom  grec  dans  son  intéressante  notice  sur  h; 
thème  pronominal  da  4.  Quant  au  premier  terme  sa,  il  n'a,  dans  !(' 
sanscrit  classique,  en  zend,  en  grec,  en  gothique,  qu'un  seul  cas,  I( 
nominatif,  et  que  deux  genres,  le  masculin  et  le  féminin  ;  «  mais,  «  di 
Bopp,  «  il  a  peut-être  eu  à  l'origine  une  déclinaison  complète,  carnour 
»  trouvons  encore  dans  le  dialecte  des  védas  le  locatif  sdsmin  forme 
;>  comme  tdsmin;  et,  en  latin,  nous  avons  l'accusatif  5um  pour  eum,  san 
»  pour  eam,  sos  pour  eos  s  »  Ajoutons  sas  pour  cas  et  le  locatif  si  em- 
ployé comme  conjonction,  enfin  plusieurs  cas  du  pronom  composé  osquc 
et  ombrien  dont  le  thème  est  eiso''. 

Dans  l'article  celtique  le  thème  sa  ne  nous  apparaît  ordinairement  qut. 

1.  Whitley  Stokes,  Irish  glosses,  p.  45  ;  Grammatka  celtica,  2°  édit.,  p.  209. 

2.  Voir  le  paradigme  du  pronom  idam  dans  Bopp,  Kritische  Grammatik  der  sanskriU 
Sprache,  §  247. 

}.  Pott,  Etymologische  Forschungen,  2'  édit.,  t.  I",  p.  299,  et  Curtius,  Griech.  Etym. 
2'  édit.,  p.  27s,  n-  421.  Cf.  Fick,  Vergl.  Wœrtcrbuch*,  p.  8. 

4.  Mémoires  di  la  Société  de  Linguistique  de  Paris,  tome  P',  p.  202. 

5.  Grammaire  comparée,  §  54J,  traduction  de  M.  Bréal,  t.  II,  p.  298. 

6.  Corssen,    Ueber  Aussprache,    Vokalismus   und   Betonung  der  lateinischen   Sprachi, 
2'  édit.,  t.  I,  p.  586,  777. 


I 


Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain.  205 

mutilé,  il  n'a  conservé  son  s  initial  que  dans  l'ancien  irlandais,  et  cela 
seulement  après  des  prépositions  qui  gouvernent  l'accusatif  et  le  datif. 
Il  a  perdu  cet  s  aux  autres  cas  dans  l'ancien  irlandais,  et  à  tous  les  cas 
dans  les  autres  dialectes.  Cet  exemple  d'aphérèse  de  Vs  n'est  pas  unique 
dans  les  langues  celtiques  :  on  peut  en  rapprocher  le  vieil  irlandais  <amia/, 
en  breton-armoricain  evel,  qui  s'explique  par  un  primitif  samal,  identi- 
que au  latin  simul.  Amal,  evel  est  une  conjonction  qui  signifie  «  comme  »  ' . 

Il  me  paraît  probable  que  dès  une  époque  antérieure  à  celle  où  le 
rameau  irlandais  s'est  séparé  du  rameau  gallo-breton,  le  thème  sanda 
aurait  affaibli  en  i  son  premier  a,  et  serait  devenu  sinda-.  Si  nous  ren- 
contrions un  exemple  de  l'article  gaulois  au  nominatif  singulier  masculin, 
ce  serait,  je  suppose,  sindos.  En  effet  l'irlandais  et  le  vieux  cambrien 
,  s'accordent  pour  remplacer  par  /  Va  de  la  première  syllabe  du  thème 
sanda,  thème  réduit  à  la  syllabe  sind  dans  le  premier  de  ces  dialectes,  à 
la  syllabe  ir  dans  le  second.  Et  la  voyelle  e  ou  a  de  l'article  comique  et 
armoricain  semblent  être  une  altération  relativement  moderne  d'un  /plus 
ancien. 

Cette  hypothèse  est  confirmée  par  une  loi  de  la  phonétique  latine.  On 
'  sait  que  les  langues  de  l'Italie  sont  les  parentes  les  plus  proches  que  l'on 
!  connaisse  aux  langues  celtiques.  Or  la  langue  latine  a  changé  en  i  un 
nombre  considérable  d'à  suivis  à'n,  comme  l'a  de  la  première  syllabe  du 
thème  sanda.  M.  Corssen  a  réuni  une  liste  d'exemples  de  ce  phéno- 
mène -.  Nous  citerons  les  prépositions  in,  inter,  la  particule  négative  in-, 
l'adverbe//2^t',  les  suffixes  nominaux -w-,  -ino- dam  hominis,  dominus,  etc. 
,En  gaulois,  l'affaiblissement  de  Va  en  i  est  moins  fréquent  qu'il  ne  l'est 
,en  latin.  Le  gaulois  a  gardé  Va  de  la  particule  négative  an-,  les  dialectes 
:  néo-celtiques  ont  également  conservé  cet  a  ',  qui  s'était  maintenu  en 
i  Italie  dans  l'osque  et  l'ombrien  en  face  de  1'/  du  latin  /«- 4.  Le  suffixe 
nominal  -an-  est  devenu  -in-  dans  le  latin  classique  après  être  passé 
;dans  la  période  archaïque  par  l'intermédiaire  -on-,  hemones,  pour 
■  homines,  homonein  pour  hominem  dans  Festus  et  Ennius  :  or,  en  gaulois, 
ice  suffixe  est  resté  -on-,  Senones,  Redones,  Turones.  Le  gaulois  cependant 
fournit  des  exemples  d'affaiblissement  en  /  de  Va  suivi  d'n  :  telle  est  la 
préposition  in  qui  apparaît  sous  cette  forme  dans  le  composé  gaulois  In- 


1.  Grammatica  celtica,  2"  édition,  p.  S  ' ,  7i8,  754,  cf.  Corssen,  Aussprache,  2'  édit., 
■p.  376. 

2.  Aussprache,    Vokalismus  und  Betonung  der  lateinischen   Sprache,   2"  édit.,  t.    II, 
p.  256  et  suiv. 

3.  Gr.  C.%  p.  859,  860,  893;  exemples,  en  gaulois  ;  An-calites;  en  irlandais  an-fiss 
■  inscitia),  en  cambrien  an-vab  (orbus),  en  moyen  armoricain  an-couffat  (oblivisci). 

4.  Corssen,  Aussprache^,  t.  II,  p.  14,  19. 


2o6  Histoire  de  l^ article  dans  le  breton  armoricain, 

subres,  et  depuis  en  irlandais,  en  cambrien  et  en  comique  ■.  Tel  est  le 
suffixe  -ino-  dans  Belinos  variante  de  Belenos.  On  peut  comparer  la  pré- 
position irlandaise  itar  identique  au  latin  inter  =  anîar^.  Il  est  donc 
conforme  aux  vraisemblances  d'admettre  que  le  gaulois  aura  traité  ai 
même  le  thème  sanda-  et  en  aura  fait  sindo-,  comme  nous  le  supposons;! 
c'est-à-dire  que  l'affaiblissement  en  i  du  premier  a  de  ce  mot,  phénomèm! 
qui  se  produit  en  irlandais  et  en  gallois,  remonte  à  une  époque  où  le 
rameau  irlandais  n'était  pas  encore  séparé  de  celui  qui  a  donné  naissanct| 
aux  dialectes  bretons. 

L'article  an  ou  en  du  comique,  l'article  an  de  l'armoricain  ne  peu 
être  opposé  à  cette  théorie.  La  substitution  moderne  d'an  ou  à'en  à  // 
est  un  phénomène  dont  le  français  nous  offre  plusieurs  exemples  et  qu 
par  conséquent  ne  doit  pas  nous  étonner  dans  les  idiomes  bretons  con- 
temporains du  français.  Nous  pouvons  citer  «  mener  »  de  minare 
«  menace  »  de  minacia,  «  menu  n  de  minutus  où  le  son  d'e  subsiste  ei 
français  moderne,  «  en  «  d'm,  <(  en  »  d'inde,  où,  écrivant  e,  nous  pro- 
nonçons a,  «  andouille  »  d'inductile,  «  sanglot  »  de  singultu,  u  sanglier  > 
de  singulare,  «  dimanche  «  de  diedominica,  «  langue  »  delingua,  c  dans)' 
de  deinîus,  où  nous  écrivons  a  comme  nous  prononçons.  M.  P.  Meyei 
a  établi  que  en  accentué  n'a  commencé  à  se  prononcer  an  en  françaiij 
qu'au  xiie  siècle  h  Mais^  pour  les  syllabes  atones,  cette  prononciatioij 
remonte  plus  haut,  puisqu'on  trouve  antegretate  =  integritate  dans  un«j 
charte  mérovingienne  du  vii^  siècle  4.  Or,  l'article  néo-celtique  est  atonii 
et  ne  forme  qu'un  mot  avec  le  substantif  qu'il  précède  :  on  ne  peui 
expliquer  autrement  l'action  qu'il  exerce  sur  la  prononciation  de  la  con  ' 
sonne  initiale  de  ce  substantif. 

Mais  il  ne  peut  me  suffire  ici  d'établir  l'existence  d'une  loi  phonétique 
en  français,  il  me  faut  prouver  que  cette  loi  phonétique  appartient  aussi 
à  la  grammaire  néo-celtique,  et  que  dans  les  langues  néo-celtiques,  //' 
est  devenu  en  et  an  comme  en  français. 

Voici  des  exemples  : 

Le  mot  qui  veut  dire  «  cervelle,  »  en  comique  et  en  gallois,  est  corn 
posé  de  la  préposition  in  et  d'un  dérivé  de  penn  «  tête,  »  c'est  en  moyer 
gallois  emennyd  =  en-pennid  avec  un  e  initial  =  i,  c'est  en  gallois  mo- 
derne ymennyd  avec  un  y  initial  qui  a  le  son  de  notre  e  muet.  L'ancier 
comique  a  conservé  intact  1'/  initial  de  la  préposition  :  ini-pinion  =  in- 


1.  Gr,  CA,  p.  624,  671,  877,  90s. 

2.  Cr.  C.î,  p.  656. 

3.  Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique  de  Paris,  t.  I. 

4.  Tardif,  Monuments  historiques,  n"  26,  I.  19. 


Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain.  207 

penn-ion,  mais  dans  le  comique  moderne  cet  /  s'est  assourdi  en  e  : 
empynion.  L'équivalent,  quant  au  sens,  de  notre  substantif  «  sépulture  « 
est  en  gallois  un  nom  composé,  dont  le  premier  terme  est  la  préposition 
in,  dont  le  second  terme  est  le  substantif  cladd  «  trou  »  :  ce  composé 
est  angladd  avec  un  a  initial  qui  tient  lieu  d'un  /  plus  ancien.  Le  vieil 
armoricain  inis  «  île,  »  qui  se  trouve  aussi  en  vieil  irlandais  '  et  que  le 
vannetais  a  gardé,  est  devenu  enes,  enez  dans  le  dialecte  de  Léon  :  on 
trouve  déjà  enes  dans  une  charte  du  ix^  siècle  que  lecartulaire  de  Redon 
nous  a  conservée.  Citons  aussi  le  vieux  gallois  minid  «  montagne,  «  pro- 
noncé encore  miné  dans  le  dialecte  de  Tréguier,  avec  un  /  qui  se  trouve 
déjà  dans  le  latin  eminere  en  regard  de  l'o  de  mons  =  m.in-ti-s.  A  l'ar- 
chaïque minid  a  succédé  menitlK]  en  comique,  menez  dans  le  dialecte  de 
Léon,  avec  substitution  à  Vi  d'un  e  qui  est  devenu  a  dans  le  vannetais 
^mané. 

L'article  comique  et  armoricain  aura  donc  eu,  s^uivant  nous,  les  formes 
successives  que  voici  : 

1°  Epoque  primitive  :  sanda-s. 

2°  Epoque  qui  a  précédé  immédiatement  la  division  en  deux  rameaux, 
,1'un  irlandais,  l'autre  gallo-breton  :  sinda-s. 
,     50  Epoque  gauloise  :  sindo-s. 
,    4°  Transition  de  l'époque  gauloise  au  moyen-âge  :  inds,  inn,  in. 

50  Moyen-âge  et  temps  modernes  :  en,  an. 

Il  n'y  a  d'exemples  bretons  que  pour  les  trois  dernières  formes  in,  en, 
an.  Dans  la  mission  en  Bretagne  que  M.  le  Ministre  de  l'Instruction  pu- 
blique a  bien  voulu  me  confier  en  1872,  un  des  points  dont  je  me  suis 
principalement  occupé,  a  été  l'étude  de  ces  trois  formes. 

In  est  la  plus  rare.  Elle  n'a  pas,  que  je  sache,  été  signalée  jusqu'ici  ; 
et  c'est  à  M.  de  Blois,  un  des  savants  les  plus  distingués  de  la  Bretagne 
bretonnante,  que  je  dois  les  premières  observations  que  j'ai  entendues  à 
ce  sujet. 

La  forme  in  de  l'article  n'a  été  conservée  que  dans  des  composés,  où 
elle  a  été  pour  ainsi  dire  momifiée. 

Dès  1426,  on  rencontre  dans  les  Réformations  de  la  noblesse  du 
.diocèse  de  Quimper  Ker-im-merch  et  Ker-i-merch  «  village  de  la  fille,  »  par 
assimilation  pour  Ker-in-merch  ^ .  Ce  nom  se  retrouve  en  1667  dans 
V Armoriai  breton  de  Guy  le  Borgne  î. 

1.  Gr.  C.2,  p.  12,  le  vieil  armoricain  inis  a  été  conservé  dans  !e  dérivé  Jnisan,  nom 
propre  d'homme  qui  signifie  probablement  «  insulaire  ».  Gr.  C.^,  p.  89. 

2.  M.  de  Blois  m'a  communiqué  ces  Réformations  en  manuscrit.  Elles  sont  citées  par 
M.  de  Courcy,  Nobiliaire  et  armoriai  de  Bretagne,  2'  éd.,  t.  II,  p.  28. 

?.  P.  141. 


2o8  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

En  1448^  une  Réformation  de  la  noblesse  du  diocèse  de  Léon  nou 
fournit  le  nom  de  Ker-in-cuff  «  village  du  débonnaire.  »  Cuff,  aujourd'hu 
cun,  en  vieil  irlandais  côim,  thème  cômi  '  paraît  identique  au  latin  comis 
Ker-in-cuff  est  encore  aujourd'hui  usité  comme  nom  de  famille  '.  Commi 
nom  de  lieu,  il  a  perdu  Vn  de  l'article,  témoin  :  Ker-i-cuff,  Côtes-du- 
Nord,  Ker-i-cunff  et  Ker-i-cune,  Morbihan.  Cet  n  avait  déjà  disparu  ei 
1 526  dans  Ker-i-scoul  «  village  du  milan  «  qui  figure  à  cette  date  dan; 
la  Réformation  de  la  noblesse  du  diocèse  de  Quimper. 

On  peut  comparer  quelques  noms  de  lieux  modernes  : 

Coat-i-louarn,  «  bois  du  renard,  «  Finistère; 

Ker-i-march,  «  village  du  cheval,  »  Morbihan; 

Toul-i-coet,  «  trou  du  bois,  »  Morbihan. 

Vn  est  conservé  dans  Ker-in-aven,  «  village  du  ruisseau,  »  Morbihan 

Les  lois  actuelles  de  la  langue  exigeraient  : 

Ker-ar-verc'h,  Ker-ai^-c'hun  ou  Ker-er-c'hun,  Ker-ar-skoul,  Koad-al-. 
louarn,  Ker-er-marc'h,  Toul-er-c'hoet,  Ker-en-aven.  j 

La  voyelle  de  l'article  est  aujourd'hui  a  dans  les  trois  dialectes  dfl 
Tréguier,  de  Léon  et  de  Quimper,  e  (prononcez  eu)  dans  le  dialecte  dfj 
Vannes.  Cette  distinction  est  moderne,  même  récente.  Les  textes  ancien;' 
nous  montrent  Ve  usité  concurremment  à  Va  dans  les  parties  de  la  Bre- 
tagne où  l'a  seul  s'emploie  aujourd'hui,  et  Va  concuremment  à  l'^-  dans  la 
région  où  de  nos  jours  Ve  est  seul  admis. 

Si  l'on  s'en  rapporte  à  la  Grammatica  celtica^,  an  est  la  seule  forme 
archaïque  de  l'article  breton.  Le  savant  auteur  ne  cite  d'autre  autoritél 
que  la  «  Vie  de  sainte  Nonne  »  dont  le  seul  manuscrit  connu  date  dui 
xvie  siècle.  On  peut  remonter  plus  haut.  Dès  la  seconde  moitié  du! 
xi«  siècle  où  fut  écrite  la  partie  la  plus  considérable  du  cartulaire  del 
Landévennec,  aujourd'hui  conservé  à  la  Bibliothèque  de  Quimper,  lai 
forme  an  était  usitée.  Au  fo  1 54  r"  de  ce  cartulaire,  on  lit  an  cloedoa,^ 
c'est-à-dire  a  les  clôtures.  »  Dans  la  partie  du  cartulaire  qui  date  du 
xiii^^  siècle,  la  même  orthographe  est  suivie  :  terra  an  Vastardou,  «  terre 
des  bâtards  ;  »  terra  an  Kellhuc,  «  terre  du  coq  ;  »  an  magaerou,  «  les 
murs  »  (f°  145  v");  an  parc,  «  le  champ;  »  Guidomarus  an  Sparll, , 
«  Guiomar  la  Barre»  (f°  i  $4r°).  Landévennec  appartenait  au  diocèse  de  ! 
Quimper.  On  trouve  la  même  orthographe  dans  le  cartulaire  de  la  cathé-  ' 
drale  de  Quimper,  ms.  du  xui''  siècle,  conservé  à  la  Biblioth.  nationale, 
lat.  9890,   où  on  lit  (f"  2  v^,  col.  2)  dans  une  charte  de  mars  1244, 

1.  Cr.  c-,  p.  254. 

2.  Courcy,  Nobiliaire,  t.  II,  p.  28;  cl.  Guy  le  Borgne,  Armoriai,  p.  141. 
j.  Cr.  C.î,  p.  219. 


Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain.  209 

'^en-an-Run  «  bout  du  tertre.  »  Si  je  m'en  rapporte  aux  citations  du 
;artulaire  de  Quimperlé  données  par  le  savant  archiviste  M.  Rosenzweig, 
ians  son  Dict.  topographique  du  Morbihan,  on  observerait  la  même  ortho- 
graphe dans  ce  cartulaire,  qui  appartenait  au  même  diocèse,  qui  daterait 
lussi,  dit-on,  du  xiii^  siècle,  mais  qui  malheureusement  est  sorti  de 
■France  :  Caer-an-croes,  <(  village  de  la  croix  ;  »  Caer-an-penn-\h^ir,  «  vil- 
age  du  long  bout;  »  An-manac-di,  «  la  maison  du  moine  »  '. 

Passons  au  diocèse  de  Tréguier  :  Dans  le  procès  de  béatification  de 
aint-Yves,  ms.  de  la  seconde  moitié  du  xiv^  siècle,  qui  appartient  à  la 
libliothèque  de  Saint-Brieuc  2,  figure  une  femme  du  village  de  Trédarzec 
ont  le  nom  breton  latinisé  est  écrit  An  Qaoanta  5,  «  la  belle  >■>  ou  «  Le- 
eau.  »  Le  fonds  de  l'abbaye  de  Bégard  nous  a  fourni  un  nom  de  lieu 
je  la  paroisse  de  Pedernec  appelé  en  1455  Parc-an-roux,  «champ  du 
jux,  »  et  les  noms  de  lieux  suivants  de  la  paroisse  de  Botlezan  :  An- 
■^adou-fall,  «  les  mauvais  prés,  »  1479  :  Parc-an-du,  «  champ  du  noir,  « 
485;  Parc-an-marec,  «  champ  du  chevalier,»  1493  ;  Parc-run-an-groes , 
•champ  du  coteau  de  la  croix,  »  1497  (Archives  des  Côtes-du-Nord). 
'  Dans  le  diocèse  de  Saint-Brieuc  une  charte  de  Beauport,  datée  de 
478  nous  fait  connaître  à  Plouezec  les  lieux  dits  que  voici  :  Prat-an  - 
oazy,  «  pré  des  oies;  )>  Parc-oar-an-roch,  «  pré  sur  le  roc»;  Loguei-an- 
fzze,  «  loge  du  vieux  -.  'Archives  des  Côtes-du-Nord}. 
1  Au  diocèse  de  Léon,  un  acte  de  la  cour  de  Lesneven,  1476,  conservé 
•IX  archives  du  château  de  Kervasdoué,  dont  je  dois  la  communication  à 
obligeance  de  M .  le  comte  de  Kervasdoué,  mentionne  dans  la  paroisse  de 
labennec  un  lieu  dit  An-parc-nevez  «  le  champ  neuf;  »  un  acte  de  la 
m  de  Saint-Renan  en  1496,  conservé  dans  le  même  dépôt,  nomme 
'i  lieu  dit  Penn-an-knech-nhelaff,  «  bout  de  la  hauteur  la  plus  élevée.  » 
;  Chose  étrange,  l'article  an  se  trouve  dès  le  xiii^  siècle  dans  le  diocèse 
Vannes,  où  l'article  en  est  aujourd'hui  usité.  Ainsi  dans  une  charte 
'iginale  de  l'abbaye  de  Lanvaux,  paroisse  de  Grandchamp,  arrondisse- 
im.  de  Vannes,  une  localité  de  la  paroisse  de  Remungol,  arrondisse- 
i;nt  de  Pontivy,  est  appelée,  en  1264,  Ker-an-halegen,  «  village  du 
yle,  »  et  il  y  figure  un  donateur  appelé  an  Gallic,  «  le  petit  gaulois,  » 
I  autre  appelé  an  Toz  «  le  tondu.  »  Nous  remarquons  la  même  ortho- 
(îphe  dans  une  charte  de  l'abbaye  de  la  Joie,  commune  d'Hennebont. 

I .  Dict.  top.  du  Morbihan,  p.  299,  142,  213.  On  peut  comparer  ;î/(UJ  an  Hedr,  «  fils 
c  hardi,  »  dans  une  charte  de  1066-1079,  publiée  d'après  le  même  cartulaire,  par 
IMorice,  Preuves,  t.  I,  p.  475. 

:.  Il  m'a  été  communiqué  à  Tréguier  avec  la  plus  gracieuse  obligeance  par  M.  le 
s  érieur  du  petit  séminaire  qui  en  prépare  la  publication. 

;.  Pour  an  Koant.  Il  ne  faut  pas  prendre  cette  forme  latinisée  pour  un  superlatif. 


2  10  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

Elle  donne  le  nom  d'un  village  appelé  Bot-Euzen-an-Du,  «  proprié 
d'Eudon  le  noir,  «  paroisse  de  Bubri  aussi  diocèse  de  Vannes.  C'est  i 
1282.  Ces  documents  sont  conservés  en  original  aux  archives  du  Mo 
bihan  où  le  savant  conservateur  M.  Rosenzweig  me  les  a  obligeamme 
communiqués  '. 

La    même   orthographe  persiste  dans  plusieurs  actes  vannetais 
xvi^  siècle.  Ainsi  dans  une  déclaration  datée  de  Pluvigner,  25  janv: 
1562,  qui  se  trouve  dans  le  fonds  de  Lanvaux,  on  trouve  les  cham 
nommés  :  Parc-an-govel,  «  champ  de  la  forge;  «  Pen-ari-garzo,  «  b(. 
des  haies;  j)  Parc-an-ehen,  <.<■  champ  des  bœufs;  »  Parc-an-compaigm 
«  champ  du  compagnon;  ->  Parc-maes-an-men,  «  champ  de  la  campag 
de  la  pierre  ;  Parc-an-croes-hento,   «  champ  de  la  croix  des  chemins 
Une  autre  déclaration  des  mêmes  propriétés,  postérieure  de  dix  ans 
aussi  datée  de  Pluvigner,  écrit  :  Pen-an-garheu  pour  Pen-an-garzo,  c'e 
à-dire  donne  au  dernier  mot  l'orthographe  vannetaise  moderne  en  cons 
vant  l'article  an.  Deux  autres  actes  notariés  de  Pluvigner,  l'un  de  1 5; 
l'autre  de  1 572  concernant  tous  deux  la  paroisse  de  Grandchamp,  p  j. 
de  Vannes,  y  placent  le  village  de  Ker-an-giien,  «  le  village  du  blanc; 
J'ai  consulté  ces  actes  aux  archives  du  Morbihan.  Aujourd'hui  enco' 
contrairement  aux  lois  constantes  du  dialecte  vannetais,  plusieurs  loc 
lités  du  diocèse  de  Vannes  sont  désignées  par  des  noms  composés 
l'article  subsiste  sous  la  forme  an.  Ce  sont:  dans  l'arrondissement 
Vannes,  Ker-an-tal,  «  village  d'en  face,  »  commune  de  Questember 
Ker-an-du,  «  village  du  Noir,  »  commune  d'Elven  ;  dans  l'arrondis 
ment  de  Pontivy,  trois  hameaux  du  nom  de  Ker-an-squcl,  «  village 
l'échelle^  »  l'un  commune  de  Guénin,  canton  de  Baud,  les  deux  aut 
au  canton  de  Loc-ininé,  communes  de  Moréac  et  de  Plumelin;  ai 
l'arrondissement  de  Lorient,  Ker-an-lay.,  w  village  de  la  cour  »*,  commij 
de  Locmariaquer,  canton  d'Auray,  Ker-an-deur,  «  village  de  l'eau, 
commune  d'Erdeven,  canton  de  Belz.  On  remarquera  que  dans  ce  d' 
nier  composé  le  troisième  terme  dear  «eau  »  est  écrit  conformément  a 
lois  du  dialecte  de  Vannes,   bien  que  l'article  ne  respecte  pas  ces  k 
Ces  exemples  sont  empruntés  au  Dictionnaire  topographiijiie  du  Morbih, 
de  M.  Rosenzweig,  on  pourrait  même  y  en  recueillir  d'autres  que 


1.  Je  ne  puis  non  plus  oublier  les  bons  conseils  de  M.  Galles,  directeur  du  mr 
archéologique  de  Vannes,  qui  a  appelé  mon  attention  sur  les  documents  où  je  de'^ 
trouver  les  formes  les  plus  caractérisées  du  vannetais.  Grandchamp,  dont  il  est  sou\f 
question  dans  cet  article,  a  été  la  paroisse  de  Cillart,  auteur  du  Dictionnaire  françois-bu'' 
de  Vannes,  cf.  Levot,  Biographie  bretonne,  t.  I,  p.  3 52-3 s 5. 

2.  Lay  pour  les;   comparez  Henlée,  au  xiv°  siècle   Hen-leis,  Dict.  top.  du  Morbil 
p.  96. 


Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain.  2 1 1 

•iliminés  parce  qu'ils  concernent  des  localités  où  se  parle  un  dialecte 
■ireton  autre  que  le  vannetais.  Ainsi  l'article  a  été  prononcé  an  en  vanne- 
ais  comme  dans  les  autres  dialectes,  et  quelques  noms  de  lieu  du  diocèse 
■e  Vannes  conservent  encore  la  trace  de  cette  prononciation. 

D'un  autre  côté,  la  forme  en  de  l'article  aujourd'hui  seule  usitée  dans 

'e  dialecte  vannetais,  se  trouve  dans  les  textes  anciens,  non-seulement 

[\i  diocèse  de  Vannes,  mais  des  trois  autres  dialectes. 

'  Commençons  par  le  diocèse  de  Vannes.  Une  charte  de  l'année    1037^ 

ionservée  par  le  cartulaire  de  Redon,   mentionne  un  hameau  appelé 

'aer-en-Mosioer,  «  village  du  Monastère,  »  aujourd'hui  «  le  Moustoir,  » 

bmmune  de  Plouhinec,  arrondissement  de  Lorient,  canton  de  Port- 

ouis,  ancien  diocèse  de  Vannes.  En  1259,  dans  une  charte  originale  de 

abbaye  de  Lanvaux,  il  est  question  d'un  lieu  dit  Platea-en-gall  «  place 

■u  Gaulois  »  ou  «  du  Français  »  à  Pluvigner.  En  1279,  une  charte  ori- 

'inale  de  l'abbaye  de  la  Joie  parle  d'une  propriété  située  apiid  montem 

i  Crom,   «  au  mont  du  Courbe,  »  paroisse  de  Saint-Caradec,  près 

'Hennebont.  En   m88,  un  acte  original  de  la  vicomte  de  Rohan,  qui 

it  partie  du  fonds  de  l'abbaye  de  Lanvaux,  nous  fournit  le  nom  de 

'er-en-heull,  «  village  du  soleil,   «  paroisse  de  Baud.  Je  ne  citerai  pas 

('exemples  plus  récents.  Je  ne  voudrais  pas  abuser  de  la  patience  du 

jeteur  en  reproduisant  ici  tous  ceux  que  j'ai  réunis  pour  ce  diocèse. 

'  Je  passe  aux  dialectes  dans  lesquels  la  forme  an  est  seule  usitée. 

•  Dans  le  diocèse  de  Saint-Brieuc,  dont  l'idiome  se  confond  avec  celui 

h  Tréguier,  l'abbaye  de  Beauport  nous  a  laissé  plusieurs  centaines  de 

lartes  dont  les  principales  ont  été  fort  soigneusement  publiées  par 

;M.  Geslin  de  Bourgogne  et  A.  de  Barthélémy'.  J'ai  cependant  cru 

bvoir  collationner  leur  édition  avec  les  originaux.  De  petits  détails  fort 

iportants  aux  yeux  du  linguiste  peuvent  échapper  au  paléographe  le 

:us  attentif.  J'ai  constaté  qu'au  xiii^  siècle,  l'article  est  en  dans  les  chartes 

■  Beauport.  Ainsi  dans  la  paroisse  de  Plouezec,  diocèse  de  Saint-Brieuc, 

trouvait  en  1 2  39  un  hameau  appelé  Kar-en-goiz,  «  village  du  ruisseau,  w 

1271,  un  lieu  dit  Run-en-corellou,  «  colline  des  danses.  »  Dans  la 

roisse  de  Plourivo,  même  diocèse,  nous  voyons  en    1 260  un  hameau 

■■pelé  Quar-en-baelec,  <(  village  du  prêtre.   »  Des  pièces  plus  récentes, 

'core  inédites  et  conservées  comme  les  précédentes  aux  archives  des 

iites-du-Nord,  constatent  le  maintien  du  même  usage  dans  les  siècles 

i'ivants.  Il  y  avait  à  Plouezec  des  lieux  dits  en   1431,  Ker-en-goez, 

-village  du  ruisseau  ,  »  en  1478,  Goez-en-floch,  «  ruisseau  du  page  ;  » 

'.  Anciens  évêchés  de  Bretagne,  t.  IV,  p.  4s  et  suiv. 


212  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

en  1479,  Run-en-bleizi,  «  tertre  des  loups  ;  »  en  1515,  Parc-en-ble. 
«  champ  du  loup  ;  »  en  1605,  Luortz-en-cloarec,  «  courtil  du  clerc;  » 
1639,  Parchigou-en-pitanzer,  u  petits  champs  du  pitancier;  »  en  174 
Parc-dirac-en-portz,  «  champ  devant  la  cour;  »  en  1746,  Liorlz-en-laz. 
«  courtil  du  meurtrier.  » 

La  même  pratique  était  en  vigueur  dans  le  diocèse  de  Tréguier.  L 
preuves  abondent  aux  archives  des  Côtes-du-Nord.  Dans  le  fonds 
Beauport  une  charte  de  l'année  1264  mentionne  une  localité  appel 
Quar-en-marec  ou  Kar-en-marec,  paroisse  de  Plouagat,  diocèse  de  Ti 
guier.  Les  titres  de  l'abbaye  de  Bégard,  même  diocèse,  placent  dans 
paroisse  de  Botlezan,  située  également  dans  ce  diocèse,  Parc-en-basta 
u  champ  du  bâtard  0  en  1449;  Leuric-en-tal-enn-Yliss,  «  petite  aire  en  fî 
de  l'église  »  en  148$;  Pen-en-luorz,  c.  bout  du  courtil  «  en  1493. 
compte  de  l'évêché  de  Tréguier,  1469-1470,  donne  le  nom  d'un  p 
sonnage  appelé  Hamon-en-oan,  c'est-à-dire  «  Hamon  l'agneau,  n  et  ( 
lieux  dits  iMortz-en-kaer,  «  courtil  du  village,  )>  Ker-en-provost,  <*  vilh 
du  prévôt,  ))  Parc-enn-escob,  <.<■  champ  de  l'évêque.  >*  Dans  un  compte 
la  seigneurie  de  Guincampau  même  diocèse,  1432-143 3,  j'ai  rencon 
les  noms  de  deux  individus,  appelés,  l'un  Geoffroy  Ker-en-mana 
«  village  du  moine,  »  l'autre  Olivier  En-fioch,  «  Le-page.  »  Il  y  est  ai 
fait  mention  de  la  dîme  de  Pen-en-kanech,  «  bout  de  la  montée.  » 

Ve  initial  de  l'article  se  trouve  même  dans  le  diocèse  de  Léon.  D; 
un  acte  de  la  cour  de  Lesneven,  daté  de  1645,  et  conservé  au  chât( 
de  Kervasdoué  près  de  Saint-Renan,  j'ai  lu  Liortz-er-punce,  «  courtil 
puits.  »  Un  livre  de  recette  de  l'évêché  de  Léon,  conservé  aux  archi'i 
du  Finistère,  et  se  référant  à  l'année  161 3-1614,  m'a  fourni  les  no' 
de  lieu  Parc-en-escop,  «  champ  de  l'évêque,  n  Lan-en-merchei,  «  lande  1 
filles.  ))  Dans  la  Dictionnaire  de  la  langue  bretonne  de  Lepelletier,  pul 
en  1752,  on  lit  que  dans  le  bas  Léon,  l'article  se  prononce  ordinairem 
er  au  lieu  de  ar  :  exemple,  er  marc'h,  «  le  cheval,  »  pour  ar  marc'h.  1 
usage  paraît  s'être  étendu  même  à  la  partie  septentrionale  du  dioc 
de  Quimper,  puisque  dans  un  acte  de  la  cour  de  Landévennec,  en  16. 
conservé  aux  archives  du  Finistère,  j'ai  lu  er-croas-nevez,  «  la  croix  neuve 
et  dans  les  aveux  de  Landeleau  qui  se  trouvent  aux  archives  d'Ille- 
Vilaine,  fonds  des  Carmes  de  Rennes,  j'ai  trouvé  en  1663,  Parc-en-n 
creis,  «  champ  de  la  colline  centrale,  «  Parc-en-run-tostanff,  «  champ 
la  colline  la  plus  proche,  »  Parc-en-run-pellanff,  «  champ  de  la  col! 
la  plus  éloignée,  »  Parc-toiil-en-portz,  «  champ  de  l'entrée  de  la  cour 
en  1724  En-ty-glas,  «  la  maison  verte,  »  Parcou-cn-leiir-bras,  c<  champ 
la  grande  aire,  »  En-iun,  «  le  marais.  » 


Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain.  2 1  ;? 

iCes  exemples  cornouaillais  me  permettent  de  citer  avec  quelque  con- 
nce,  d'après  D.  Morice  (I,  669),  une  charte  d'un  évêque  de  Quimper, 
68-1 18$,  vidimée  par  un  autre  évêque  de  Quimper,  1244,  oij  il  est 
.estion  Hervei  filii  En-Cufii,  d'Hervé,  fils  du  débonnaire  '. 
Ainsi  on  trouve  dans  tous  les  diocèses  de  Bretagne  des  exemples  d'en 
immQd'an,  article  défini;  l'usage  exclusif  d'en  en  vannerais,  d'an  dans 
i,  autres  dialectes  est  un  fait  récent. 

Pour  traiter  d'une  manière  complète  l'histoire  de  l'article  breton^  il 
i;  reste  à  examiner  à  quelle  date  Vn  final  de  ce  mol  a  commencé  à  se 
]ononcer  r  devant  la  plupart  des  consonnes,  /  devant  les  noms  qui 
.mmencent  par  /.  On  sait  qu'aujourd'hui  n  ne  persiste  que  devant  les 
'yelles,  les  dentales  explosives  et  n. 

Les  plus  anciens  exemples  de  la  substitution  dV  à  n  dans  l'article 
ipartiennent  à  ma  connaissance  au  dialecte  de  Vannes  et  datent  du 
)i«  siècle.  Je  les  ai  trouvés  aux  archives  départementales  du  Morbihan 
(nsles  fonds  de  l'abbaye  de  Lanvaux,  de  la  chartreuse  d'Auray  et  du 
cjpitre  de  Vannes.  En  1 549,  dans  la  déclaration  d'une  tenue  située  dans 
Lparoisse  de  Grandchamp,  il  est  question  du  Parc-er-forn,  «  champ  du 
Ur  »  abbaye  de  Lanvaux).  En  1 554'^  est  parlé  d'un  lieu  d'il  Her-pond, 
te  pont  »,  et  d'un  lieu  dit  Har-her-pond,  ■■(  sur  le  pont,  »  au  village 
c  Goueho,  paroisse  de  Pluvigner  (chartreuse  d'Auray).  Deux  actes 
q  1J72,  concernant  Grandchamp,  nomment  l'un  le  lieu  dit  Lan- 
cir-er-stancq ,  (.<■  lande  sur  l'étang,  »  l'autre  les  lieux  dits  Parc- 
t-noten,  «  champ  de  la  mote  »  et  Parc-er-len,  «  champ  de  l'étang  » 
(•baye  de  Lanvaux).  Un  censier  du  chapitre  de  Vannes,  écrit  en  i  $  54, 
çitient  le  nom  de  la  dame  de  Coaet-er-garff,  «  bois  du  sévère.  »  Je  ne 
cinais  pas  d'exemples  plus  anciens  de  l'r  final  de  l'article  ;  je  ne  dis  pas 
qon  n'en  puisse  point  trouver,  mais  je  n'en  ai  jamais  rencontré,  et  j'ai 
r  ueillid'innombrablesexemples,  tantmanuscritsqu'imprimés,  du  maintien 
dl'/2  final  de  l'article,  avant,  pendant  et  après  le  xvi*^  siècle,  dans  tous 
1(  dialectes  :  rien  n'est  plus  commun  aujourd'hui  encore  que  le  maintien 
dcet  n  dans  les  noms  propres  composés. 
Deux  ouvrages  d'une  grande  valeur  et  qu'il  est  regrettable  de  ne  pas 
vr  plus  souvent  cités  par  les  celtistes  fournissent  chacun  un  fait  en 

si  l'on  admet  avec  M.  Ebel,  Gr.  C.*,  p.  609  (cf.  271],  qu'en  vieil  irlandais  la  par- 
tie initiale  in  dans  certains  adverbes  est  l'article  tantôt  au  datif  tantôt  à  l'ablatif,  on  est 
cduit  à  reconnaître  un  article  dans  la  syllabe  initiale  des  adverbes  bretons  armoricains  : 
hiozts.  cette  nuit,  «  en  vieil  irlandais,  in-nocht ;  ne-vlen-e  «  cette  année  ;  »  hi-zio, 
fitio,  «aujourd'hui»,  en  vieil  irlandais  in-diu;  end-eeun  otout  droit.»  La  particule  end 
seit  l'ablatif  de  l'article.  Dans  hi-rio,  /i/ serait  employé  pour  he  par  assimilation  avec 
l'-u  second  terme,  comme  le  prouve  le  gallois  hediw.  On  pourrait  là  signaler  autant 
d'emples  de  \'e  dans  l'article  breton. 


214  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

contradiction  avec  la  doctrine  que  je  viens  d'exposer.  Dans  le  tome  I 
p.  109,  des  Anciens  évêchés  de  Bretagne,  se  trouve  reproduite  une  chai 
de  l'année  1259,  où  est  citée  une  localité  appelée  Kar-er-goiz,  «  villa 
du  ruisseau  ;  »  mais  en  collationnant  l'imprimé  avec  l'original,  j 
reconnu  qu'il  y  avait  là  une  des  très-rares  fautes  d'impression  contenu 
dans  cet  excellent  ouvrage  et  qu'il  fallait  lire  Kar-en-goiz,  avec  un  n 
non  un  r.  Dans  le  Dictionnaire  topographique  du  Morbihan,  composé  p 
M.  Rosenzweig,  on  voit  que  Ker-i-cuff,  commune  de  Pontivy,  se  ser 
appelé  Ker-er-cuff  en  1406.  Le  savant  archiviste  dont  la  complaisai 
égale  l'érudition  n'a  pu  me  mettre  sous  les  yeux  l'original  de  cette  piô 
qui  n'appartient  pas  aux  archives  départementales  du  Morbihan.  Ce  le 
devait,  selon  moi,  être  dans  l'original  écrit  par  un  k  barré  suivi  des  de 
syllabes  er-cuff.  Dans  les  usages  orthographiques  du  breton  moderne, 
k  barré  sert  à  exprimer  la  syllabe  ker.  Mais  au  moyen-âge,  le  k  ba» 
servait  aussi  à  exprimer  les  syllabes  ka  et  ke,  par  exemple  dans  le  m 
propre  «  Katherine  »  et  dans  le  nom  commun  kenec'h  aujourd'hui  creaa 
«■  montée»:  k  barré  suivi  de  la  syllable  er  doit  donc  se  Ywtkaer,  ancien 
orthographe  de  ker,  «  village.  »  Ainsi  M.  Rosenzweig  aurait  dû,  dai 
mon  opinion,  écrire  Kaer-cuff  au  lieu  de  Ker-er-cuff.  On  ne  pourrait  do 
conclure  de  cet  exemple  rien  de  contraire  à  la  théorie  que  nous  venc 
d'exposer. 

Je  n'ai  donc  pas  trouvé  d'exemple  de  l'r  final  de  l'article  avant   1  j^ 
et  les  premiers  exemples  recueillis  dans  mes  recherches  appartiennent 
dialecte  de  Vannes.  C'est  postérieurement  que  cet  r  final  apparaît  da 
les  autres  dialectes  dont  je  vais  actuellement  m'occuper  tant  d'après 
imprimés  que  d'après  les  manuscrits. 

On  sait  que  dans  les  plus  anciens  imprimés  bretons  l'article  < 
toujours  terminé  par  n.  Il  n'est  encore  terminé  que  par  n  dans  l'éditi 
du  Grand  mystère  de  Jésus,  donnée  à  Morlaix  en  1622,  et  dont  M.  de 
Villemarqué  a  fait  un  utile  emploi  dans  son  édition  de  ce  mystère,  u 
des  meilleures  publications  dont  les  dialectes  bretons  aient  été  l'obj 
La  règle  est  la  même  dans  deux  autres  ouvrages  imprimés  aussi  à  M( 
laix,  l'un  l'année  précédente  :  An  mirouer  a  confession,  1621,  l'autre 
même  année  :  Doctrin  an  Christenien,  1622.  Cette  orthographe  est  ce 
de  l'inscription  du  charnier  de  La  Martyre  que  m'a  obligeamment  signal 
notre  précieux  collaborateur  M.  Luzel,  qui  est  contemporaine  puisqu'e 
est  datée  de  1 6 1 9,  et  qui  commence  ainsi  :  An  maro,  an  barn,  an  ifern  le 
«  La  mort,  le  jugement,  l'enfer  glacé  [sic]  !...' 

I.  M.  de  Kerdanet,  dans  son  édition  d'Albert  !e  Grand,    Vies  des  saints  de  la  Breta\ 


Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain.  2 1 5 

Le  plus  ancien  imprimé  où  j'aie  remarqué  la  forme  ar  est  l'ouvrage 
intitulé  Dictionnaire  et  colloques  français  et  breton,  par  G.  Quiquer  de 
^oscoff,  édition  de  Morlaix,  1626;  mais  ar  n'y  apparaît  que  d'une  ma- 
.lière  tout  à  fait  exceptionnelle.  Dans  la  première  édition  de  la  Vie  des 
:ainis  de  BretJigne,  par  Albert  le  Grand,  1637,  j'ai  relevé  douze  exemples 
lie  l'article  ar,  et  je  n'ai  trouvé  nulle  part  an  pour  ar.  Et  cependant  entre 
l'année  16^7  et  l'année  1659,  date  de  la  Grammaire  du  père  Maunoir, 
t[ui  formule  la  règle  moderne,  on  pourrait  signaler  dans  les  imprimés 
l'ien  des  exemples  où  cette  règle  n'est  pas  encore  observée. 
1  Le  plus  ancien  document  manuscrit,  où  j'aie  trouvé  la  forme  ar  de 
l'article,  avec  a  initial  et  non  e  comme  dans  les  documents  vannetais, 
!St  un  registre  des  rentes  de  l'évêché  de  Léon  pour  l'année  161 3- 
1614  où  il  est  question  de  Terrouer-ar-mesou,  «  territoire  des  champs 
ton  clos.  ))  Ce  registre  est  conservé  aux  archives  du  Finistère.  Mais  les 
ixemples  de  l'emploi  d'an  pour  ar,  au  xvii^  et  au  xyiii^  siècle,  sont  telle- 
ment nombreux  dans  les  noms  de  lieux  que  nous  fournissent  les  actes, 
riS  comptes,  ils  se  rencontrent  si  souvent  dans  les  livres  imprimés  qu'il 
serait  trop  long  de  les  énumérer  ici. 

I  En  voici  quelques-uns  que  j'emprunte  aux  déclarations  contenues 
•.ans  le  fonds  des  Carmes  de  Rennes  aux  archives  d'Ille-et-Vilaine.  Ils 
oncernent  des  propriétés  situées  à  Landeleau,  ancien  diocèse  de  Quimper, 
,ujourd'hui  département  du  Finistère.  En  1673,  Parcou-an-leur-bras, 
i  champs  de  la  grande  aire,  »  Parq-an-feunteun,  «  champ  de  la  Fon- 
i»ine,  »  Parcj-an-roz,  «  champ  du  friche;  >■>  en  1724,  Parc-toul-an-portz, 
I  champ  de  la  porte,  »  Parc-an-roz,  «  champ  du  friche,  »  Parc-an-fenn- 
un,  a  champ  de  la  fontaine,  »  Parc-an-run,  «  champ  de  la  montée,  » 
mrem-an-coat,  «  garenne  du  bois;  »  en  1725,  Liors-an-guern,  «  champ 
€  l'aune,  »  Parc-an-run-bras,  «  champ  de  la  grande  colline,  »  Parc-an- 
mllier-hihan,  «  champ  du  petit  escalier,  »  Parc-an-leur,  «  champ  de 
!îire.  »  Encore  en  1744,  un  acte  de  Beauport  concernant  Plouezec 
;.€ntionne  le  Parc-pen-an-Uorz,  «  le  champ  du  bout  du  courtil  »  (archives 
es  Côtes-du-Nord). 

!  Mais  il  est  inutile  de  recourir  aux  manuscrits  et  aux  textes  inédits  quand 
fS  imprimés  nous  donnent  en  foule  les  noms  propres  composés  où 
i  final  de  l'article  subsiste  contrairement  aux  règles  formulées  par  le 
ire  Maunoir  en  1659.  Tels  sont  dans  l'armoriai  de  Guy  le  Borgne, 
iblié  en  i66j ,  Ker-am-bars ,  «  village  du  barde,  »  Ker-am-bellec, 
village  du  prêtre,    »  Ker-an-couat,  «  village  du  bois,  »  Ker-an-flech, 

moricaine,  p.  505,  note  j  de  la  colonne  i,  a  donné  de  cette  inscription  un  texte  et  une 
îduction  qui  auraient  besoin  d'être  révisés. 


2  lé  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  »  Ces  noms 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-gw 
«  village  du  blanc,  «  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  jour: 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  imp 
meur  nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison 
an  merc'het,  «  les  filles,  «  anzul,  «  le  dimanche,  »  an  lonned,  «  le  bétail 
an  persan,  «  le  curé  '.» 

Quant  à  la  forme  al,  le  plus  ancien  exemple  que  j'en  aie  trouvé  est  dî 
la  vie  des  saints  d'Albert  le  Grand,  édition  de  1637,  p.  45  :  Croas-al-n 
guern,  «  croix  des  mille  mats  «  (p.  45).  Dans  cet  exemple,  la  règle 
la  grammaire  moderne  est  violée.  Cette  règle,  formulée  pour  la  premi( 
fois  par  le  père  Maunoir,  en  1659,  est  que  l'article  prend  la  forme 
devant  les  substantifs  qui  com.mencent  par  /  ;  al  levr,  «  le  livre  n  2.  M 
elle  était  peu  respectée  à  cette  époque  puisque  dans  le  Dictionnaire 
Quiquer  de  Roscoff,  édition  de  Saint-Brieuc,  1640,  on  lit  :  ar  levr  me 
«  ce  livre-ci,  «  ar  langaigou  man,  «  ces  languages-ci ;  «  dans  le  Ci 
fessional  dastumct,  publié  à  Quimper  en  1646,  an  leffric  man,  «  ce  p( 
livre-ci,  »  J'ai  cité  plus  haut,  d'après  un  acte  de  1725,  Parc-an-le 
(c  champ  de  l'aire.  » 

Ainsi  la  forme  actuelle  de  l'article  breton  est  due  à  une  succession 
phénomènes  phonétiques  dont  les  derniers  sont  tout  récents.  Il  y  a  en 
la  forme  actuelle  et  la  forme  primitive  un  rapport  de  filiation  incontes 
ble,  mais  aucune  ressemblance  de  son.  Ces  transformations  successi\ 
qui  changent  si  complètement  l'aspect  des  mots  constituent  la  gran 
difficulté  des  études  celtiques.  Cette  difficulté  n'est  cependant  pas  insi 
montable,  et  nous  espérons  que  peu  à  peu,  mais  à  force  de  travail  et 
patience,  on  parviendra  à  franchir,  en  partie  du  moins,  l'abîme  qui  sépî 
encore  du  gaulois,  —  de  la  langue  mystérieuse  de  nos  ayeux,  — 
dialectes  néo-celtiques  parlés  en  France  et  dans  la  Grande-Bretagne. 

H.   d'ARBOIS  de  JUBAINVILLE. 


1 .  Quand  Grégoire  de  Rostrenen  a  fait  paraître  sa  Grammaire  française  celtique,  c'c 
à-dire  en  1738,  les  formes  ar  et  aide  l'article  étaient  encore  inusitées  non-seulemer 
Fouesnant,  mais  dans  le  Bas-Léon.  Voici  comment  il  s'exprime  :  "  An  sert  d'art! 
près  de  Quimper  et  dans  le  Bas-Léon  toujours  devant  les  consonnes  comme  devant 
voyelles  »  (p.  28).  «  En  Bas-Léon  on  dirait  non-seulement  an  amser,  le  temps,  n , 
aussi  an  glao,  la  pluie,  an  leon,  le  lion...  Auprès  de  Quimper  :  an  amser,  an  glao, 
leon  (p.  29). 

2.  Le  sacré  collège  de  Jésus,  p.  6. 


CH   BRETON    ARMORICAIN. 


8? 


part  h  ar  gy^ilafixth  mor  berpaiîh  a 
hynny,  nés  traeîhu  yn  gyntaf  o  gyfach 
ydisili,  yno  y  cair  gyeled  y  mod  syd  i 
scrifennu'r  yythrâ  o'madrod  o'r  nail 
gur  hyd  y  lai.  Mo.  Fely  mae'n  rhaid 
bod  yn  fodlon  ar  hyn  o  amser,  ïr  dos- 
parth  byr  yma.  Ond  yn  gyttrym  ag  y 
rhodo  duu  seibiàt,  ag  amser  cyn  gym- 
hyyssed  a  hyn  a  goys;om  mi  nayr,  ni 
a  rodyn  gais  ar  fynd  truy  gyfiachydi- 
£th.  Gr.  Chyi  a  yydoch  nad  oes  dim 
hyfrydach  genyfi,  no  son  am  y  gymraeg 
a  phettai  yn  boenus  phord  aral,  ych  dy 
syfiad  chyi  ai  gynai  yn  hyfrydlon. 
i/o.  Ni  yasnaeîha  i  ni  fyned  hyd  adref 
fal  hynn  megis  dau  dyn  mud  heb  doe- 
dyd  vn  gair  on  pennau  rhyd  y  phord. 
Cyel  ynny,  [am  na  yydom  pa  bryd  y- 
\  cayn  rhyu  fath  odfa  drachefn  a  chi- 
maint  o  seibiant  i'mdidan)  sô  am  vn 
L  ij        o'r 


',  i7>); 

d'origine 

ire,  doit 
c  t  origi- 
içais  des 
is,  Saint 
l'articu- 
le Goni- 
i  donnée 
orachen  5 
r  chômer 
■im,  c'est 

tache  ce 
nble  pas 
•in  sifern 
'e  dès  le 

1  claire. 
)n  de  ce 


2i6  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  «  Ces  noms  t 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  d 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-guet. 
«  village  du  blanc,  «  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  journ; 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impr 
meur  nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  oià  la  forme  ar  d 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison, 
anmerc'i-'      '--•^•"--        — '      i-  i--   --i  -       .    ;    -.j   ..i-ui.-:i 

an  persor, 

Quant 

la  vie  de 


guern,  « 
la  gramni 
fois  par 
devant  k 
elle  était 
Quiquer 
«  ce  livr. 
fessional 
livre-ci, 
«  champ 
Ainsi  L- 
phénomè 
la  forme 
ble,  mai,'^ 
qui  chanj 
difficulté 
montable 
patience, 
encore  di 
dialectes 


1.  Quand 
à-dire  en  i 
Fouesnant, 
près  de  Qui 
voyelles  »  ( 
aussi  an  gl- 
leon  (p.  29 

2.  Le  se 


84 


o'r  tair   rhann  erail   i  difyrni'r  phord 
odyma  i'n  letty.  pechod  yy  coli  mildir  0 
dir  heb  na  phruyîh  na  didanuch,  agyn 
gala  siarad  ynghylch  laver  0  beîhau  a 
fydai  hyfryd  gennyfi  i  cloyed,  a  diboen 
i    chiiithaii     grybyyl    amdanynt.     Gr. 
AmhofJbl  i  ni  fyfyrio  yn    dyjndyys  a 
chyilio  yn  fanyl  am  dim  a  fo  na  rhyy- 
strus  na   dyfn   i  ystyristh    ira  fom  yn 
cerded  y  phord  y  ma  syd  mor  ary  a  ch- 
ynn  loyned  0  gerrig,  torlànan,  a  thym-\ 
pathau.   Canys  ni  byd  estyd  myfyrdod, 
0  dieithr  meyn  le  neyltual,  dir  gel,  a  di. 
dyruf,   mal  na   bo  dim   i  lestr  gofcg,  a 
medyl  dyn   i'mroi  yn   gijbl   i'styriau'r 
petit,  a  fo  oi  studiay.  Eithr  trafomyn\ 
myned  rhyd  y  fatli  lyybr  mae'n  anaud^ 
i'r  medyl  selyfyn  ystig  ar  dim  yn  y  byd 


rhyng  edrych  dan  dract  rhag  tripio,  a 
chyfarch  gyel  i'r  phordolion  syd  gima 
int 


CH   BRETON    ARMORICAIN 


85 


int  0  honynt  yn  cyfarfod  a  ni.  Amhyn- 
ny  hardach  yn  oedi'r  peth,  a  gobcithio 
y  denfyn  duu  fan  ag  amser  cymhessu- 
rack  i  son  am  yrheini  ag  iu  dosparth 
yn  faniil.  Mo.  Bodlon ,  ar  hydr  fely 
cael  diurnod  i'mryssymu  ynghylcli  cy- 
fiach.  syd  nessaf  urîh  gijrs  yn  canlyn, 
mi  a  gloun  arnaf  oedi  y  rhann  honno 
tros  hedyy.  Ond  rheir  iam  gënyf  dis- 
gyyl  am  diurnodiau  ynol  hynny  i  fy- 
ned  truy'r  duy  golofn  erail  ag  anhoys- 
sed  ych  cael  chyi  al  an  o'ch  phau  tra 
fo'ch  meistr  yn  ych  cadij  i  meyn  cyn 
gaethed.  Amhynny  byrych  megis  go- 
yni  ar  gystraai^th,  a  thonydisth  i  dor- 
ripethar  fymlys  i,  rhagym  goli  fyine- 
ichiogi.  Cr.  Nid  iayn  i  mi  naghau  i 
chyi  dim  a  ofynnoch  ymy  :  gan  nad  ces 
dim  ar  jy  hely  ond  a  gefais  îryochyi^ 
ni  a  nodun  bync  ne  dau  ymhob  vn  o'r 
L         iij      dyy  ; 


^  '70; 

d'origine 

ire,  doit 
c  t  origi- 
içais  des 
is,  Saint 
l'articu- 
le Goni- 
3  donnée 
orachen  ? 
r  chômer 
■im,  c'est 

tache  ce 
nble  pas 
'in  sifern 
'e  dès  le 

n  claire. 
)n  de  ce 


roupie  » 


2i6  Histoire  de  i article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages^  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  »  Ces  noms  e 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  d 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-guen 
<c  village  du  blanc,  »  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  journ. 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impr 
meur  nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar  d 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison, 

an  merc\  "      '— •^■" ■'      '-  ■'■ '-       •    '   -■-'   .i-Li-:' 

an  persoi 

Quant 
la  vie  dt 


guern,  « 
la  gramn 
fois  par 
devant  1 
elle  étai* 
Quiquer 
«  ce  livr 
fessional 
livre-ci, 
«  champ 
Ainsi  l 
phénomè 
la  forme 
ble,  mai' 
qui  chan 
difficulté 
montable 
patience, 
encore  d 
dialectes 


1 .  Quant 
à-dire  en  ( 
Fouesnani, 
près  de  Qui 
voyelles  »  I 
aussi  an  gl 
leon  (p.  2c 

2.  Le  Si 


86 


dijy  ;  erbyn  darpho  hynny  ni  a  fydun 
ymhê  y  dref,  mal  na  alom  siarad  muy 
yn  gyntaf  dim  rhaid  y  y  dealt,  mae  ur- 
th  y  lythrennau  gureidiol,  cyrchriayl, 
ai  cyrchfaa  y  rhoir  y  rhann  fuyaf  o'r 
rheoledigaethau  i  gystranenu'r  gym- 
raeg  yn  gynhordiaijl.  Amhynny  onis 
medrir  yn  rhugl,  ag  yn  fyfyr  y  dosparth 
a  ynaethom  o'r  blaen  ar  yrhain,  y.  40. 
dolen  nid  gyiy  amcanu  ar  dim  yn  y 
gystrayi£th  friittanyl.  Mo.  A  oes  yn 
y  gymraeg  dri  chynghordiad  megis 
meyn  ieithoe4  erail.  Gr.  Oes  va  rhûg 
y  ferf  ai  henyedigayl,  aral  rhyng  yr 
heny  damyeiniayl  ai  sylyedayl,  y  try- 
dyd  rhyng  y  cofhadigayl  ai  flaenor. 
Mo.  A  guttuna'r  ferf  bob  amser  ai 
henyedigayl  meyn  rhif,  apherson? 
Gr.  cyttuna,  odieithr  veithiau  y  dry- 
ded  berson  liossog.  Canys  yn  fynych  he- 


CH   BRETON    ARMORICAIN 


87 


nu  liossaiig  a  yasnaetha  i  ferf  o'r  rhif 
vnig,  ond  rhaghenu  pa  berson  bynnag 
fo,  a  fyd  rn  rif,  a  pherson  ai  ferf  bob 
amser,  mal,  doeth  y  gyyr  adref,  diêga- 
yd  y  cyrcharorion.  Mo.  Beth  am  he- 
nu  damyeiniayl,  a  fyd  ef  vn  genedl,  a 
rhif,  ai  syluedayl  bob  amser?  canys  nid 
ces  gan  y  gymru  mo'r  achosiaid  a  eil- 
u'r  ladinuyr  casas.  Gr.  am  y  genedl 
mae'n  difade  y  cyîtmant.  Ond  yeith- 
iaii  e  fyd  y  damueiniayl  0  rif  vnig  er 
bod  i  ganlau  ar  iol,  0  if  liossaag,  mal; 
ond  gyych  y  gyyr  /  ne  ond  gychiô  y  gy- 
yr^ mae'r  rhann  fyaf  o'r  henyau  dam 
yeiniayl  heb  ragor  rhyng  gyryy  a  ba- 
nyu  na  chyaith  ryng  vnig  a  liossog 
'"^^  i^^g,  gl(^ri.  yeithiay  e  fyd  y  ganlau 
vnig.  a'r  damueiniayl  liossayg  mal  tri 
gur  tair  guraig. 
Mo.  Beî  y  y  canlay  damueiniayl .  Gr.  I 
sylye- 


',  171); 
d'origine 

ire,  doit 
r  î  origi- 
içais  des 
is,  Saint 
l'articu- 
le Goni- 
i  donnée 
orachen  ? 
r  chômer 
•m,  c'est 

tache  ce 
nble  pas 
'in  sifern 
't  dès  le 

1  claire, 
m  de  ce 


roupie  ) 


2i6  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  »  Ces  noms  e 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  di 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-guen 
«  village  du  blanc,  »  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  journs 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impri 
meur  nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar  d 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison, 

anmerc\-      '- ^" '      '-  -"■ '--       -'-■--      '-^--;' 

an  persoi 

Quant 
la  vie  dt 


guern,  « 
la  gramn 
fois  par 
devant  1 
elle  étai' 
Quiquer 
«  ce  livr 
fessional 
livre-ci, 
«  champ 
Ainsi  1 
phénomè 
la  forme 
ble,  mai 
qui  chan 
difficulté 
montable 
patience, 
encore  d 
dialectes 


1.  Quam 
à-dire  en  i 
Fouesnant, 
près  de  Qui 
voyelles  »  i 
aussi  an  gl 
leon  (p.  2c 

2.  Le  st 


88 


syluedaul,  a  chanlay  berf  yu  i  henue- 
digayl,  a  châlau  cofhadigayl  yy  i  fla- 
enor.  Mo.  meyn  pessayl  pet  h  y  cyn- 
ghordia'r  cofhadigayl  ai  flaenor? 
Gr.  meyn  cenedl,  rhif,  a  pherson,  mal; 
mair  yrhonn,  oed  fam  diiy:  o  lessu  yr- 
hynn  a  diodefaist  trossom  :  myfi'  rhynn 
a  délais  amdano,  a  dylyn  gael  y  mar- 
ch,  ag  yeithiau  e  yasnaetha;  a  ne;  y, 
rhagyas  berf  yn  le'r  cofhadigaul;  rh- 
yn,  mal  :  Christus  qui  est  filius  Dci,  pas 
sus  est,  pro  nobis,  Crist  y  sy4  fab  i  dny, 
a  diodefod  trossom.  Peccator  qui  con- 
vertetur  ad  Deum,  misericordià  con 
sequetur.  y  pychadur  a  dro  at  duy  a 
gaiph  îrugared.  Mae  yn  digon  hayd 
i'-r  cymru  gyfieithu;  qui,  ne,  quem,  tra 
font  henyedigayl  ne  derbyniayl  i  ferf. 
Ond  cuius,  cui,  per  que,  a  quo  syd  an- 
hoyssach  i  troi  yn  gymreigaid,  ag  yn 
gyfat- 


CH   BRETON    ARMORICAIN. 


89 


gyfattebaul  i^r  ladin.  Nid  oes  i  ni  dim 
yn  y  cyfryy  leoed  ond  cei^io  adrodi  rh- 
essum  yr  ymadrod  ladin  tann  gadu  pri 
odoldeb  yn  liiaith  ynhun  mal  :  Deus  eu 
lus  ê  misereri.  dm  yrhunn  syd  ryy  ido 
trugarhau,  Ego  cuius  liber  iste  est. 
myfi'  rhun  syd  eidof  y  lyfr  ne'rneb  pie'r 
lyfr^ne,  perchen  y  lyfr  y  ma.  Ego  cuius 
est  tibi  in  omnibus  obedire,  myfi  yrhyn 
a  dylun  fod  yn  vfydyt  ymhob  peth.  arc. 
Ego  cui  nemo  obedit  myfi  y  rhun  nid 
yu  neb  yn  vfyd  ymy.  tu,  Cui  omnes  obe- 
diunt,  tydi  y  mae  paub  yn  vfyd  yt.  Jlle 
cui  omnia  seruiunt,  efo  y  mae  pob  beth 
yn  guasnaethu  ido,  ne,  y  mae  pob  peth 
yn  i  yasnaethu.  fely  hefyd;  ille  a  quo 
accepi  :  efo,  y  neb  ne'rhyn,  y  cefais  gan- 
tho.  Ego  a  quo  accepisti,  myfi,  y  neb  y 
cefaist  gennyf.  Tu  a  quo  acceperunt, 
tydi  y  neb  y  coussant  gennyt.  Eithr  y  fa 
th 


S  '70; 

d'origine 

ire,  doit 
r  t  origi- 
îçais  des 

•is,  Saint 
l'articu- 
le Goni- 
i donnée 
urachen  3 
r  chômer 
'im,  c'est 

tache  ce 
îible  pas 
>in  sifern 
'e  dès  le 

a  claire. 
m  de  ce 


2i6  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  «  Ces  noms  e 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  di 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-gnen 
((  village  du  blanc,  »  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  journa 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impri 
meur  nommé  De  Kcr-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar  di 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison,  ) 
an  merc' 
an  perso 

Quan 
la  vie  d 


guern,  <■ 
la  gram 
fois  pa 
devant 
elle  étai 
Quique) 
u  ce  liv 
fessionc 
livre-ci 
«  cham 
Ainsi 
phénon 
la  formv 
ble,  ma 
qui  chs 
difficult 
montab 
patienc 
encore 
dialecte 


1.  Qua 
à-dire  en 
Fouesnar 
près  de  ( 
voyelles 
aussi  an 
leon  (p. 

2.  Le 


a  hynn  ni  pherthynant  at  gy 
Ond  at  y  I  uybr  syd  ir  cymru 
Mo.  gyir  :  ni  a  son- 


90 

th  bethau 
strauiceth 
i  gyfieithu  ladin 
niun  am  hynny  amser  aral.  mae'r  moi 
yrth  y  lythrennau  syd  i  roi  rheolcdig£- 
thau  ?  Gr.  yn  gyntaf  dim,  pa  ryu  air 
bynnag  a  fyno  cyrchfa  ;  0,  ar  i  ol,  meyn 
vn  lythyren,  y  gair  hunnu  a  fynn  yr  vn 
gyrchfa,  bid  y  yreidiol  a  fynnochyi. 
Ymbel  ardodiad  a  dyfyn  y  yreidiol  i 
bob  gair,  ar  i  ol,  mal  :  meyn  ty,  meyn  ca 
er.  gar  lay  gar  bron,  y  rhann  fyyaf  a 
fynnât  gyrchfa;  0,  mal  :  tryy  loegr,  tân 
lay,  yrth  bren,  ar  gefn,  i  dy  duy  arc.  Y 
dyrbiniayl,  a  eilu'r  ladinuyr  Accusa- 
îiiium  patientis,  os  roir  ef  yn  nessaf  ar 
ol  i  ferf,  a  dry  i  yreidiol  i  gyrchfa;  0, 
mal  :  guelais  ferch;  curais  yr,  canod  bê 
nil,  etto  os  byd  y  ferf  o'r  mod  àherfyn- 
nedig  ni  sylf  y  iireidiol  mal  :  gyeled  me 
rch 


CH   BRETON    ARMORICAIN. 


rch;  euro  gijr  Canu  pcnnil.  Ondpàro- 
ther  ardodiad,  ne  rhagiias,  ne  raghe- 
nu  rhung  y  ferf  ai  dyrbyniayl,  y  gyrch 
fa  afyd  ynol  y  gair  hunnu  nid  ynol  na 
turisth  y  ferf  mal  :  îorri  pen,  îorri  i  pê 
nau  nhyy.,  i  phenn  hi,  i  benn  ef,  fymhe 
ni,  canu  pend  canu,  dau  hennil,  canu. 
tri  phennil,  canu  ar  delyn,  canu  a  the- 
lyn,  canu  fynhelyn,  ai  gyir  darfod  ido 
daro  gur  /  ai  gyir  daro  honofe  yr  Mo. 
pa  eiriau  a  fynnant  gyrchfa,  o  Gr.  pob 
ardodiad  ganmyyaf,  y  rhagheny,  dy, 
.mal  :  dy  lay,  a  layer  o  eiriau  erail  syd 
reir  i  cyfrif  ar  hyn  o  amser  pob  peth  a 
prisir  a  gaiph  yreidiol  i  bris  ar  i  ol  mal 
pot  ceiniog,  march  trigain,  menig  dyy 
geiniog.  fely  y  peth  a  perchnogir  am  i 
berchennog.  lyfr  Gruphyd  merch  daf- 
yd,  ond  pà  roder  gair  aral  rhyngthynt 
hunny  a  fynn  i  gyrchfa  mal  lyfr  i  ru- 
phyd, 


es  171); 
on  d'origine 

;inaire,  doit 
)Our  t  origi- 
français  des 
Paris,  Saint 
der  l'articu- 

rî,  Le  Goni- 
ogie  donnée 
!  Sprachcn  5 
.  Or  chômer 
:houm,  c'est 

rattache  ce 
semble  pas 
ricain  sifern 
ouve  dès  le 

bien  claire, 
ution  de  ce 


Qn  «  roupie  » 

«5 


2i6  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  »  Ces  noms  e' 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  di 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-guen 
«  village  du  blanc,  »  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  journa 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impri 
meur  nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar  dt 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison,  ) 
an  merc' 
an  perso 

Quan 
la  vie  d 

guern,  <■  92 

la  gram 
fois  pa 
devant 
elle  étai 
Quique) 
«  ce  liv 
fessionc 
livre-ci 
«  cham 

Ainsi 
phénon 
la  form. 
ble,  ma 
qui  chs 
difficult 
montab 
patienc 
encore 
dialecte 


I.  Qua 
à-dire  en 
Fouesnar 
près  de  ( 
voyelles 
aussi  an 
leon  (p. 

1.  Le 


phyd,  tnerch  i  dafyd,  ty  i  duu.  Mo.  di~ 
gon  yu  hynn  yroijrô  ani  gystrauiath  ni 
a     luniyn    yrth    yrhain    reoledig(Ztha\i  ■ 
erail  pan  gapher  muy  0  ennyd  a  lonyd.  \ 
Gr.   os  byd  anayd  gyybod  meyn  rhyu  \ 
eiriau  pa  lythyren  syd  yreidiol,  rhoer;  \ 
a,  ne;  0,  ai  flaê,  ag  yrth  y  gyrchfa  e  fyd 
eglur  y  yreidiol,  mal;  dà,  gan,  gida,  be- 
th,  mal:  arno  a  thano  gennyfi,  a  chan 
fymrrayd.   A  pheth    syd  yna  ?    Pabryd 
bynnag  y  bo  crech  anianayl  yn  gyrch- 
fa; a,  ef  a  fyd  tromlefn  yn  yreidiol;  pà 
fo  yscafnlefn  yn  gyrchfa;  0,  y   yreidiol' 
syd  dromlefn   hefyd.   Mo.    mi  a   yelaf- 
urth  y   dosparth   a  ynaethoch  0' r  blaen 
ynghylch  y   lythrennau  cyrch,  pa  fod  y 
mae  chyilio  am  yraid,  a  chyrchfa  pob 
gair  belach  rhaid  teyi  gâ  yn  dyfod  i'r  ] 
dref,  pan,  delom  i'r  ty  ni  a  sonniyn  air\ 
ne  dau  am  tonydiaxth  tra  fon  yn  rhoi\ 
i'r  lien  ar  y  byrd. 


CH   BRETON    ARMORICAIN. 


DOSPARTH  AR   YR  AIL 
rann  i  ramadeg  a  cluir  cyfiachydiaeth. 

h  Ef  a  unaeth  y  son  a  fu  rhyngom  y  dydi 
a^  diyaethaf,  ynghylch  y  phord  oed  i  sgri- 
fau  cymraeg  yn  gouraint  lauer  o  les  i'm 
non.  Canys  mi  am  cloun  fyhun  yn  cynhe^u 
Oiiieun,  a'm  callon  yn  cyrchncitio  yn  fyn- 
grph  0  yir  lauenyd,  yrth  yrando  ar  draethu 
bi'tani£th,  yn  r'  eidal,  megis  pe  buassyn  yn- 
ginol  gyyned.  Ag  yn  anyedig,  e  fu  digrif 
m^  a  hyfryd  gennyf,  pan  vêlais  art  h  a  doe- 
iixoch,  y  gellid  cael  îrefn  unyedayl,  a  luybr 
hfiord,  i  sgrifennu  ynhiaith,  ag  oi  chyfoetho- 
g/n  gystal  ar  iaith  orau,  ond  lafurio  o'r  cy- 
rti'.  mal  y  mae  rhai  erail  [baub  yn  a  iaith  i 
h.)  yn  gyneuthur.  Mi  a  fum  er  hynny 
h  yroyron  yn  myfyrio  'r  pethau  a  doeda^joch 
a,  megis  yn  cnoi  fynghil  ar  ol  y  yled  honno  : 
ykir  iayn  gennyf  [mal  y  gyyr  duy)  am  gael 
y  'ath  odfa  drachefn,  i  fyned  truy  cyfiachy- 
A  diath  : 

[9î] 


es  171); 

on  d'origine 

;inaire,  doit 
)Our  t  origi- 
français  des 
Paris,  Saint 
der  l'articu- 

n,  Le  Goni- 
ogie  donnée 
î  Sprachen  5 
.  Or  chômer 
:houm,  c'est 

rattache  ce 
semble  pas 
ricain  sifern 
ouve  dès  le 

bien  claire, 
ution  de  ce 


fîn  a  roupie 

•S 


2i6  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  «  Ces  noms  et 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  du 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-guen, 
«  village  du  blanc,  «  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  journal 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impri- 
meur nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar  de 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison,  » 
an  merc'  ■     -•■  ..     _.    ^,     .    .  .        ,      .   ■  .,  ,u_. 

an  perso 

Quan 
la  vie  d 
guern,  <■ 
la  gram 
fois  pa 
devant 
elle  étai 
Quique» 
«  ce  li\ 
fessionc 
livre-ci 
«  cham 

Ainsi 
phénon 
la  form; 
ble,  ma 
qui  ch2 
difficull 
montab 
patienc 
encore 
dialecte 


1.  Qua 
à-dire  en 
Fouesnar 
près  de  i 
voyelles 
aussi  an 
leon  (p. 

2.  Le 


diath  :  fal  y  gellid  chuilio  yn  fanylach  mi- 
rieth  yr  iaith,  a  gueled  yn  eglurach  y  moq^i 
i  sgrifennu  pob  rhann  o'madrod,  megis  y  i- 
naethom  amod  pryd  hynny.  FeUy  gan  d'ii 
onom  i'r  cyfle,  a  chael  adeg  i  goyiro  a  dot  :;- 
som,  na  collyn  mo'r  amser  a  dansonoà  ii 
ynny  rhag  ofn  na  chaphom  yrhayg  mor  - 
phelib,  am  fod  y  gaeaf  yn  neshan  a^r  ydvr 
oer  yn  pyyso  arnom,  mal  na  alom  gael  le  rniji. 
dryst,  a  diryystr  a'r  yinlan  y  ma,  i  fyfyri  9 
do,  ag  i  siarad  am  bethau  perthynassol  cfl 
gylad,  a'nhiaith.  Heblay  hynn  ni  cham , A 
seibiant,  nag  ennyd  i,  morol  am  hynn  gan  - 
dio  a  thrin  pethau  erail,  syd  a  myy  0  byysn 
dynt,  ag  yn  anhepcor  i  ni,  yrîh  fal  y  m  r 
byd  yn  i  ofyn,  a'r  fann,  yr  amscr,  a'n  cyflu  fl 
i  erchi.  Gr.  gyir  a  docdych,  ag  efu  ar.d 
imi  hediy  gael  dyfod  allan  o'r  ty,  a  phan  1 0 
'r  arglyyd  oi  glafyely,  hi  a  fyd  caethach  - 
naf,  a  lai  0  amser  a  fedyl  am  y  gymraeg.  f 
gan  i'r  hir  glefyd  ymai  yanhau  cf  yn  gim§, 

rhaid  ' 
[94] 


CH   BRETON    ARMORICAIN. 


éii  ido  yrth  hir  amser  i  godi  i  gefn  i  fynu. 
Arihynny  hi  a  fyd  fis  etto,  cyn  gai  lu  onofè  stu 
iii  i'm  rhyystro  fi  rhag  gai  lu  myfyrio,  ag 
ysriay  peîh  ar  iaith  Gambr.  Er  hynn  igyd 
ird'o  ef  yn  glaf,  ni  chafi  ond  ar  hyntie  uneu- 
ihi  a  fynnyyf.  Ag  felly  gorau  pyy  gynîaf 
y  xhreuom  ar  gyfiach.  Y  royron  rhag  na 
chihom  aros  chyaiîh  hir,  nag  ymgyfarfod 
)r,ug  myy. 

A^au  i  ni  ganlyn  y  lyybr  a  dechreuasssom 
.S!  chyi  ofyn  ynghylch  y  rhann  yma  a  ryngo 
boiiych,  minuau  a  doedaf  faincan  yn  fyrraf 
y  'alluyf.  Canys  hynny  yur  lyybr  gorau 
sy>  oi  gael  i  dosparth  peth  yn  fyrr,  yn  gyf 
kl,  agyn  eglur.  Gyeled  fod  hynn  yn  yir  a 
yrith  i  Blato  a  laver  o'r  hen  philosophydion 
gyi  i  arfer  yn  gimaint  :  mal  y  mae  oi  yeled 
yn\yfrau  Plato  syd  yedi  sgrifennu  o'mdidan 
de'yn,  ne  fyy  rhai  yn  holi,  erail  yn  atteb. 
M.  nid  ces  yet  gennyfinnau  no'r  phord 
ho.o  Canys  felly  y  cafi  gloyed  ych  medyl, 
Al  am 

[95] 


es  17O; 

on  d'origine 

;inaire,  doit 
)Our  t  origi- 
français  des 
Paris,  Saint 
der  l'articu- 

n,  Le  Goni- 
ogie  donnée 
i  Sprachen  5 
.  Or  chômer 
:houm,  c'est 

rattache  ce 
semble  pas 
ricain  sifern 
ouve  dès  le 

bien  claire, 
ution  de  ce 


fin  «  roupie  » 


1.  Qua 
à-dire  en 
Fouesnat 
près  de  i 
voyelles 
aussi  an 
leon  (p. 

2.  Le 


216  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  «  Ces  noms  et 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  du 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-guen, 
«  village  du  blanc,  »  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  »  Le  seul  journal 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impri- 
meur nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar  de 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison,  » 
an  merc' 
an  perso 

Quan 
la  vie  d 
guern,  <■ 
la  gram 
fois  pa 
devant 
elle  étai 
Quique' 
u  ce  li\ 
fessionc 
livre-ci 
«  cham 

Ainsi 
phénon 
la  form. 
ble,  ma 
qui  chs 
difficull 
montab 
patienc 
encore 
dialecte 


am  bob  peth  a  fytho  muyaf  fymlys  ann^o 
Gen  darfod  iijch  ynnechrau,  r  ymdidan  à  ;< 
îhaf  dangos  beth  yy  cyfiach.  doeduch  yro.^n 
beîh  syd  raid  i'striau  gyntaf  yrth  chyilio  n 
gyfiach.  gair.  Gr.  edrych  yn  gyntaf  dimf 
rann  o'madrod  a  fytho.  Mo.  Pessayl  rlf 
o'madrod  syd  yn  y  gymraeg?  Gr.  yyth.  S.|« 
nu,  rhagheny,  berf,  cyfraniad,  rhagj, 
cyssyltiad,  rhagdodiad,  îaflodiad. 


Beth  yy    heny,  pc^aul  amriy  heny 
phe^ayl  peth  a  damyain  i  heny  1 

Cabidyl  Gyntaf. 


y  syd* 


Mo.  Beth  yy  heny?  Gr.  heny  yy  rhannf 
madrod  yn  aryydhau  peth  a  ellir  i  yeled,  io 
ued,  i  deimlo  de  i  dealt,  heb  amarafcl  amsa 
gentho,  mal  :  ty,  lay,  dyd,  lyfr,  gyynn,  ^r 
dyn.  ma.  pessayl  amryy  heny  y  syd^  Gr.  d\: 
un  a  cily  rhai  heny  cadarn,  ag  a  ellir  i  'J 

[96] 


CH   BRETON    ARMORICAIN 


y,  da  heny  sylyedaul.  Canys  ef  asai  meun 
yadrod  yrtho  ihun  heb  gynhorîhyy  un  aral, 
a^afyd  yrth  adeilad  ymadrod  megis  sylfaen 
i  lynnal  yr  henu  gwan.  Vn  aral  syd  henu 
gtn,  am  na  eil  sefyl  yrtho  i  hun  meyn  pleth 
ykdrod  heb  y  sylyedaul  i'mgynnal  yrtho  : 
aj^felliryn  da  i  alu  heny  ardafodayl  ne  he- 
nJamueiniol  megis  ;  gyych,  teg,  hagr,  a'r  cy- 
pïib.  Mo.  Pe^ayl  rhyyogaeth  heny  sylye- 
dily  syd?  Gr.  dau,  un  syd  cyphredin,  yn  am 
gjhred  amryy  Bethau,  a  kenyan  tano,  mal  : 
gi,  afon,  tref,  gylad;  y  lai  'prioddyl  yy  i  un 
pt  o'r  neultu,  megis  :  y  mae  henu  bedyd  pob 
d-,  fal  :  dafyd,  Gruphyd  louri,  a  phob  henu 
m'tuol  i  beîh  unig  aral,  fal  dyfyrdyy  Arfon 
P  leli,  Clynog,  Rhufain,  Mo.  Pe^^ayl 
P'  a  damyain  i  heny?  Gr.  Saith,  Rhif, 
aos,  cenedl,  treigliad,  phurf,  ansayd,  a 
cinheiriad. 


es  171); 

on  d'origine 

;inaire,  doit 
)Our  t  origi- 
français  des 
Paris,  Saint 
der  i'articu- 

n,  Le  Goni- 
ogie  donnée 
i  Sprachen  ? 
.  Or  chômer 
:houm,  c'est 

rattache  ce 
semble  pas 
ricain  sifern 
ouve  dès  le 

bien  claire, 
ution  de  ce 


[97] 


ynghylch 


fin  {(  roupie 
«S 


2i6  Histoire  de  l'article  dans  le  breton  armoricain. 

«  village  des  pages,  »  Ker-an-goff,  «  village  du  forgeron.  »  Ces  noms  et 
d'autres  analogues  existent  encore  aujourd'hui.  La  dernière  édition  du 
Dictionnaire  des  Postes  contient  les  noms  des  hameaux  de  Ker-an-guen, 
«  village  du  blanc,  »  Ker-an-run,  «  village  du  tertre.  «  Le  seul  journal 
qui  se  publie  en  breton  paraît  à  Quimper  chez  un  fort  intelligent  impri- 
meur nommé  De  Ker-an-gall,  «  du  village  du  Français.  » 

Enfin  il  y  a  un  coin  du  département  du  Finistère  où  la  forme  ar  de 
l'article  n'a  pas  pénétré.  A  Fouesnant,  on  dit  :  an  guer,  «  la  maison,  )i 
an  merc' 
an  perso 

Quan 
la  vie  d 

guern,  <  ^ 

la  gram 
fois  pa 
devant 
elle  étai 
Quique' 
«  ce  liv 
fessionc 
livre-ci 
«  cham 


Amsi 
phénon 
la  form. 
ble,  ma 
qui  ch2 
difficuli 
montab 
patienc 
encore 
dialecte 


1.  Qua 
à-dire  en 
Fouesnat 
près  de  i 
voyelles 
aussi  an 
leon  (p. 

2.  Le 


YNGHYLCH    RHIF    ACHOS, 
cenedl,  a  threigliadau. 

Yr  ail  Gabidyl. 

Mo.  Pe^aul  rhif  syd  ?  Cr.  dau  :  vnig^ 
sonnir  am  un\  mal  :  gyr,  carreg  :  liossog, 
sonnir  am  fuy  nog  un,  mal  :  gyyr,  cerrig. 
Mo.  Pessayl  achos  syd?  Gr.  chyech,  hen  f 
gayl,  genedigayl,  dodayl,  cyhudiayl,  galy'- 
gayl,  ag  afliayl  syrthiad,  ne  achos  :  nid  j 
'rhain  mor  anghenrhaid  i'r  iaith  gymrae_  i 
hynny  :  etto  ni  byde  chyaith  amherthnassol  ) 
frif  gen  fod  pob  dynedyr  cymraeg  yn  son  • 
danynt.  Mo.  Pe^ayl  cenedl  syd  i  heny  y.f 
gymraeg?  Gr.  dyy  :  un  yryf,  mal  :  g{;r  yl/ij, 
ag,  un  aral  fanyy,  mal  :  merch,  hych,  ai',- 
les.  Mo.  Oes  fod  i  yybod  pa  genedl  fo  pob  - 
nu  yn  yr  iaith  gymraeg .?  Gr.  yrth  un  o  l 
fod  y  gelir  adnobod  cenedl  heny  cadarn,  os  i 
gyreidiaul  anyadal    ido  :   rhoder   rhagyasf 

flaen  f 
[98] 


CH   BRETON    ARMORICAIN 


Le  ch  breton  armoricain  vient  souvent  de  5  (Zeuss,  Gr.  C»,  171); 
:e  serait  même  selon  Le  Gonidec  (s.  v.  ch)  une  articulation  d'origine 
oute  moderne  '. 

Mais  chaden  chaîne  (=  lat.  catena),  ayant  ch  pour  k  originaire,  doit 
itmr  du  latin  par  l'intermédiaire  du  français;  et.  ayant  d  pour  t  origi- 
laire,  doit  avoir  été  emprunté  au  français  avant  la  chute  en  français  des 
lentales  médiales,  c'est-à-dire  au  xii*-'  siècle  au  plus  tard  ^G.  Paris,  Saint 
Alexis,  p.  92).  Donc  il  semble  que  l'armoricain  ait  dû  posséder  l'articu- 
ation  ch  dès  le  xii''  siècle. 

M.  Littré  rapporte  à  l'armoricain  chouin  rester  (aussi  soum,  Le  Goni- 
lec)  l'étymologie  du  français  chômer,  chommer;  l'autre  étymologie  donnée 
)ar  M.  Diez  (Etymologisches  Wôrterbuch  der  romanischen  SpracherU 
!.  calma)  n'est  guère  conciliable  avec  les  lois  phonétiques.  Or  chômer 
;xiste  en  français  dès  le  xiii'^  siècle  :  s'il  vient  vraiment  de  choum,  c'est 
à  un  second  indice  de  l'antiquité  du  ch  armoricain. 

M.  Littré  a  adopté  l'étymologie  du  français  cnchifrener  qui  rattache  ce 
lot  à  chanfrein.  La  difficulté  phonétique  est  grande  ;  et  il  ne  semble  pas 
.'ailleurs  qu'on  puisse  séparer  erichifrener  du  breton  armoricain  sifern 
hifern  rhume  de  cerveau.  Or  cnchifrener  comme  chômer  se  trouve  dès  le 
;iii'=  siècle  ^  :  troisième  indice. 

L'histoire  de  l'articulation  ch  en  armoricain  n'est  donc  pas  bien  claire, 
e  signale  ces  difficultés  dans  l'espoir  de  provoquer  une  solution  de  ce 
roblème. 

L.  Havet. 


1.  Ch  arm.  a  le  son  de  ch  français,  sh  anglais,  sch  allemand. 

2.  Le  radical  du  mot  (sans  le  préfixe  en}  existe  dans  le  guernesiais  chiffin  «  roupie  » 
^étivier,  dictionnaire  franco -normand  etc.,  p.  i2j). 

Rey.  Celt.  Il  I  5 


LAVAROU  KOZ  A  VREÎZ  IZEL. 


PEVARDED    STROLLAD. 


265 

/. 

Gwell  eo  furnez 

Evit  pinvidigez. 

266 

Gwell  eo  brud  vad  da  pep-hini 

Eget  kaout  madou  leiz  ann  ti. 

267 

Gwell  eo  chomm  hep  beza  ganet 

Evit  chomm  hep  beza  disket. 

268 

Gwell  eo  d'iski  mabik  hihan 

Eget  dastum  madou  d'ezhan. 

269 

Gwelloc'h  skiant 

Evid  arcViant. 

270 

N'e  ket  dioc'h  ann  arcViant 

A  bouezer  ar  skiant. 

271 

Ann  arc'hant  n'euz  ket  a  lost. 

272 

Madou  'zcu  ha  madou  Ha, 

Evel  moged^  evel  pep  tra. 

27? 

Ar  rod  a  zo  atao  e  tu  pe  du  0  trei. 

274 

Eno  ema  micher  ar  bed  : 

Lakad  ann  traou  d'ar  red. 

Darn  0  vont, 

Darn  0  tont. 

275 

Goude  ar  rastell  e  teu  ar  forc'h. 

276 

War  lerc'h  eun  daspugner 

E  teu  eun  dispigner. 

277 

Ann  danvez  dastumet  gant  ar  rastell 

A  ielo  buhan  gant  ann  avel. 

278 

He  zoc'h  a  ielo  da  venaoued. 

PROVERBES    ET   DICTONS 

DE  LA  BASSE  BRETAGNE. 


QUATRIEME    SÉRIE. 
I. 

26$  Mieux  vaut  sagesse 

Que  richesse. 

266  Mieux  vaut  à  chacun  bon  renom 
Que  richesses  plein  la  maison. 

267  II  vaut  mieux  rester  sans  naître 
Que  rester  sans  rien  connaître. 

268  Mieux  vaut  instruire  le  petit  enfant 
Que  lui  amasser  des  richesses. 

269  Mieux  vaut  savoir 

Qu'argent. 

270  Ce  n'est  d'après  l'argent 
Que  l'on  pèse  le  savoir. 

271  L'argent  n'a  pas  de  queue  '. 

272  Les  biens  viennent,  les  biens  s'en  vont 
Comme  la  fumée,  comme  toute  chose. 

275  La  roue  tourne  toujours  d'un  côté  ou  de  l'autre. 

274  Voici  le  train  du  monde  : 
Mettre  les  choses  à  courir. 

Les  unes  partent, 
Les  autres  arrivent. 

275  Après  le  râteau  vient  la  fourche. 

276  Après  l'amasseur 
Le  dissipateur. 

277  Les  biens  qu'on  ramasse  au  râteau 
Avec  le  vent  s'en  iront  tôt. 

278  Son  soc  (de  charrue)  se  changera  en  alêne.  (C'est-à-dire  :  ses  biens 

diminuent  rapidement.) 

I.  Pour  le  rattraper  quand  il  s'en  va. 


2  20  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

//. 

279  Doue  OUI  ar  stad  na  zell  ket. 

280  Beza  paour  ne-d-eo  ket  pec'hed, 
Gwell  eo  koulskoude  tec'liet. 

281  Ann  liini  lien  eut  a  lip  he  c'heuz, 
Ann  hini  n'hen  eut  a  tell  a  dreuz. 

282  Cwelloc'h  moged  evit  reo, 
Gwelloc'h  argand  evit  bleo. 

283  Gwell  eo  merer  pinvidik 
Eget  denjentil  paourik. 

284  Eun  aWhouez  arc'hand  a  zigor 
Gwell'  vit  eun  alclwuez  liouarn  ann  nor, 
Gwell'  vit  arc'hand  eun  alc'houez  aour. 

28c  Pa  ne  euz  ket  muioc'h  red  e  ober  gand  ar  pez'zo. 

286  Gwell  eo  eur  gad  paket  evit  teir  0  redtk. 

287  Eur  skoet  em  dorn  a  dalv  d'in-me 
Mnioch  eget  daou  0  vale. 

288  Mean-ruill,  mean-ki, 
Na  zestumont  ket  a  ginvi. 

289  Er  iaouankiz  espern'  zo  red, 
A-benn  ma  teuïo  kozni  d'ar  red. 

290  Petra  servich  kaout  eur  vice' h  vad, 
Mar  skuill  al  leaz  gand  eun  toi  troad  ? 

291  Mar  teu  d'ar  vioch  dileazan, 
Kenavo  mignon,  ha  skan. 

292  Kals  bugale  heb  largentez 
A  laka  espern  ann  danvez. 

ic)-^  Mar  fell  d'id  dastum  madou, 

Pa  lammi  unan  laka  daou. 

294  Tenna  heb  lakat 
Berr  e  pad. 

295  'Nn  hini  a  viraz  a  gavaz 
Antronoz-veure  pa  zavaz. 

III. 

296  Ar  pinvidik 
'Zo  gwiridik. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  22 1 

II. 

279  Dieu  ne  regarde  pas  à  la  condition. 

280  Pauvreté  n'est  péché, 
Mieux  vaut  cependant  Péviter. 

281  Qui  a,  se  lèche  les  babines, 
Qui  n'a,  regarde  de  travers. 

282  Mieux  vaut  fumée  que  gelée, 
Mieux  vaut  argent  que  cheveux. 

285  Mieux  vaut  riche  fermier 

Que  gentilhomme  sans  denier. 

284  Clé  d'argent  ouvre 

Mieux  que  clé  de  fer  une  porte, 
Mieux  que  clé  d'argent  ouvre  clé  d'or. 

285  Quand  il  n'y  a  pas  davantage  il  faut  faire  avec  ce  qu'il  y  a. 

286  Mieux  vaut  un  lièvre  pris  que  trois  lièvres  qui  courent. 

287  Un  écu,  que  je  tiens,  pour  moi  vaut 
Mieux  que  deux  qui  se  promènent. 

288  Pierre  qui  roule  ou  que  chien  pousse 
Ne  ramasse  jamais  de  mousse. 

289  Epargne,  durant  ta  jeunesse, 

Pour  l'heure  où  la  vieillesse  au  galop  accourra. 

290  Que  sert-il  d'avoir  une  bonne  vache, 

Si  d'un  coup  de  pied  elle  renverse  le  lait?  (C.-à-d.  :   Que  sert-il 
d'être  riche,  si  l'on  ne  sait  que  gaspiller  follement  sa  fortune  ?) 

291  La  vache  vient-elle  à  perdre  son  lait. 
Vite,  voilà  l'ami  décampé. 

292  Beaucoup  d'enfants,  point  de  largesse. 
Et  l'on  épargne  sa  richesse. 

295  Si  tu  veux  amasser  du  bien. 

Pour  un  d'ôté  mets  deux. 

294  Tirer  sans  mettre 

Dure  peu. 

295  Qui  mit  en  réserve  trouva 
Le  matin  quand  il  se  leva. 

III. 

296  Le  riche 
Est  douillet. 


222  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

icj-j  Nep  lien  euz  arc'hant  hag  a  ro 

A  gav  mignoned  e  peb  bro. 

298  Nep  a  gemer  ha  na  ro  ket 

N'hen  euz  mignon  ebet. 

299  Eur  vad  peur-c'hret, 
Prest  ankounac'het. 

^00  'Nn  hini  brest  arc'hant,  hep  goarant, 

A  goll  ha  mignon  hag  arc'hant. 
501  Kenderv-gompet  pa  bresti, 

Map  da  c'hast  pa  c'houlenni. 
3 02  N'e  ket  gad  marvaillou 

E  paeer  ann  dleou. 
305  Ann  hini  a  ielo  da  gred, 

Mar  na  goll,  na  c'hounezo  ket. 
504  Koll 

A  ro  skiant  da  joli. 
^05  Gwella  skiant  'nn  hini  prenet, 

Nemet  re  ger  e  ve  koustet. 
506  Pa  vez  tro  da  goll 

Eo  gwell  hanter  eget  holl. 
^07  Ann  hini  ne  risk  netra 

Na  koll  na  gonid  ne  ra. 

308  E-kenver  klinka 
Eo  gwerza. 

309  Re  ginnig  marc'hadourez 
A  zo  eur  merk  n'e  ket  e  werz. 

310  Na  werz  netra  da  eur  mignonik 
Ha  na  brenn  ket  digant  pinvidik. 

3 1 1  Prenit  ker  pell  a  gerrot, 
Gwerzit  ker  tost  a  c'hellot. 

5 1 2  Tromplut  a  zo  kompodi  'nn  a  manenn 

Arok  ma  deuz  ar  vioc'h  hi  ferc'henn. 

3 1 3  Eun  ti  kaer  ann  nep  a  zavo 

A  gavo  buhan  he  ialc'h  goullo. 

314  En  ti  nevez  hag  hen  krenn, 
Siminalou  war  hezaou-benn. 

3 1 5  Trouz  arc'hant  ha  c'houez  vad 
Ne  reont  na  ialc'h  na  kofad. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  22^ 

297  Qui  a  de  l'argent  et  le  sème 
Trouve  en  tout  pays  des  amis. 

298  Qui  prend  et  ne  donne 
N'a  d'ami  personne. 

299  Un  bienfait 
Est  vite  oublié. 

500  Qui  prête  argent,  sans  garantie, 
Perd  son  ami  et  son  argent. 

501  Cousin  germain  quand  tu  prêteras. 
Fils  de  p quand  tu  réclameras. 

502  Ce  n'est  avec  des  contes 
Que  se  règlent  les  comptes. 

50?  Qui  de  caution  servira, 

S'il  ne  perd,  point  ne  gagnera. 

504  Dommage 
Rend  le  fou  sage. 

505  Le  meilleur  esprit,  —  l'esprit  acheté. 

Si  trop  cher,  pourtant,  il  n'a  point  coûté. 
}o6  Une  perte  est-elle  imminente. 

Mieux  vaut  la  moitié  que  le  tout. 
]o~  Qui  ne  risque  rien 

Ne  perd  ni  ne  gagne. 
]oS  De  l'apprêt 

Dépend  la  vente.     ' 
509  Trop  offrir  sa  marchandise 

Prouve  qu'elle  n'est  de  vente  facile. 
310  Ne  vends  rien  à  un  ami. 

Et  n'achète  pas  d'un  homme  riche. 

Achetez  aussi  rarement  que  vous  voudrez, 

Vendez  aussi  souvent  que  vous  pourrez. 
}I2        C'est  se  tromper  que  calculer  le  prix  du  beurre 

Avant  d'avoir  acheté  la  vache. 
5 1 5  Qui  bâtira  belle  maison 

Trouvera  tôt  sa  bourse  vide. 

Dans  maison  neuve,  courte  soit-elle, 

Cheminées  sur  les  deux  bouts. 

Bruit  d'argent  et  bonne  odeur 

N'emplissent  ni  la  bourse  ni  le  ventre. 


2  24  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

3 1 6  Red  e  da  dercViel  tinel  gaer 
Beza  pinvidik-bras  pe  laer. 

3 1 7  Gwell  ez  e  hep  die  bar  a  heiz 
Evit  en  prest  bara  gwiniz. 

]  1 8  Gwelloc'h  eun  ti  bihan  hag  eo  bouedok 

Evit  eun  ti  bras  hag  eo  avelok. 

319  Salad,  aotrou,  mar-d-oc'h, 

Setu  eur  marc' h  mad,  mar-d-eo  d'e-hoc'h. 


IV. 


320  Pinvidik  ounn  kouls  ha  nikun 

Pa  'z-ounn  kontant  euz  va  fortun. 

321  Ar  madou  bras,  ann  enoriou 
Euz  a  zent  a  ra  diaoulou. 

322  Seul  vu'a  ve,  seul  vu'  ve  c'hoant 
Da  zastum  lewe  liag  arc'hant. 

323  Seul  yui,  seul  c'hoaz. 

324  Seul  vui,  seul  wellan. 

325  Euz  a  wenn  ann  tousog  hen  euz  aoun  na  vankfe  douar  d'ezhan  d. 

zibri. 

326  Reï  eur  bizenn 
Evid  eur  favenn. 

327  Atao  a  gaver  eost  ann  amezek  gwelloc'h  evid  hon-hini. 

328  Paourik  pa  binvidika 
Gwaz  evid  ann  diaoul  ez  ia. 

329  Dibaod  den  na  binvidika 
Oc'h  ober  gaou  euz  he  nesa. 

3  30  Eun  ti  karget  a  vinored 

N'hen  euz  mignon  na  kar  er  bed. 
3  3 1  Danvez  minoret,  plouz  id-du, 

A  ia  bemdez  war  ziminu. 


3  3  2  Madou  belek  ha  plouz  id-du 

Ne-d-int  mad  'met  d'ober  ludu. 
333  Ar  pez  a  zeu  gand  ar  mare  lano, 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  1 1 5 

^16  Pour  mener  grand  train  de  maison, 

Il  faut  richissime  ou  larron. 

517  Mieux  vaut  sans  dette  un  pain  d'orge 
Qu'en  prêt  un  pain  de  froment. 

518  Mieux  vaut  maisonnette  bien  approvisionnée 
Que  grande  maison  pleine  de  vent. 

pç)  Salut,  monsieur,  si  vous  l'êtes, 

Voilà  un  beau  cheval,  s'il  est  à  vous. 

IV. 

520  Je  suis  aussi  riche  qu'aucun. 
Si  de  ma  fortune  je  suis  content. 

521  Les  grands  biens,  les  honneurs 
Changent  les  saints  en  diables. 

322  Plus  on  a,  plus  on  a  désir 
D'amasser  rentes  et  argent. 

323  Tant  plus,  tant  encore. 

324  Tant  plus,  tant  meilleur. 

325  (Il  est)  de  la  race  du  crapaud  '  qui  craint  qu'à  manger  la  terre  ne 

lui  manque. 

326  Donner  un  pois 
Pour  avoir  une  fève. 

327  Toujours  on  trouve  la  moisson  du  voisin  meilleure  que  la  sienne. 

328  Pauvre  qui  s'enrichit 
Devient  pire  que  le  diable. 

.329  Rarement  homme  s'enrichit 

Sans  faire  tort  à  son  prochain. 
530  Maison  remplie  d'orphelins 

N'a  d'ami  ni  de  parent  au  monde. 
55 >  Biens  de  mineurs,  paille  de  blé  noir. 

Vont  chaque  jour  diminuant. 
552  Biens  de  prêtre  et  paille  de  blé  noir 

Ne  sont  bons  qu'à  faire  de  la  cendre. 
i55  Ce  qu'apporte  le  flot 

I.  Ce  proverbe  s'applique  aux  avares.  L'auteur  d'un  vieux  sermonnaire  manuscrit,  que 
'ai  en  ma  possession,  explique  ainsi  l'une  des  figures  que  l'on  voit  sur  les  étranges 
îbleaux  dont  se  servent  les  prédicateurs  bretons,  dans  les  retraites  et  les  missions  :  «  An 
varisdet  a  so  represantet  e  furm  an  toussoc  pini  a  lavareur  ne  gret  dibry  leiz  e  goff  a 
ouar,rac  aoun  na  vanque  deza.  »  (L'avarice  est  représentée  sous  la  forme  du  crapaud 
ui,  dit-on,  n'ose  manger  plein  son  ventre  de  terre,  de  crainte  qu'elle  ne  vienne  à  lui 
lanquer.) 


220  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

Cand  ar  mare  a  dreac'h  er-meaz  a  ielo. 
J54  Madou  deueî  pront 

Biihan  e  tizillont. 

j  3  5  Ar  madou  a  zeu  dre  'nn  lient  f ail 

A  zo  diez-meurbed  da  ziwall. 

3  36  Heritaich  eur  belek  arahad  lie  gass  d'ar  penn  huela  deuz  ann  ti. 
3  37  Ann  arc'hant  a  zeu  a-berz  ann  diaol 

A  zistro,  buhan,  da  houarna  Pol. 

338  Arpezazeu  dlwar  gousd  ann  diaoul  a  ia  da  houarna  lie  varech, 

c'hoaz  e  chomm  eun  îroad  dishouarn  d'ezhan. 

339  Pol  goz  0  klask  eeuna  he gar  d'he  vamm  lie  zorred  hen  euz  en  du 

damm. 

540  Bleud  ann  diaoul  a  ia  da  vrenn. 

541  Ker  braz  laer  eo  neb  a  zalc'h  ar  zac'h  evel  ann  nep  a  lak'  ebarz. 

342  N'euz  ket  a  chans  warlerc'h  al  laer. 

343  Al  laer  brassan 

A  groug  ar  bihanan. 

344  Al  laeron  vihan  a  vez  krouget 
Hag  ar  re  vras  na  vezont  ket. 

345  Hag  a  vec'h  euz  a  wenn  ar  chi, 
Mar  liocVi  euz  madou,  deut  en  ti; 
Hag  a  vec'h  euz  a  wenn  ar  Roue, 
Mar-d-oc'h  paour,  it  en  hano  Doue. 


346  Abars  nicrvel  reï  he  zanvez 

A  dosta  'nn  den  oc' h  paour  entez. 

347  Ann  hini  koz,  pa  redo, 
D'ann  ankane  ez  aio. 

348  Trista  daou  zra  'zo  er  bed, 
Koll  ar  gweled  hag  ar  c'hcrzed. 

349  Dalc'h  ar  c'Iiej  en  da  zorn,  pa  'man, 
Hag  e  teui  da  domma  out-han. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  227 

S'en  retourne  avec  le  jusant. 
14  Les  biens  qui  viennent  promptement 

Se  dissipent  de  même. 

55  Les  biens  qui  viennent  par  le  mauvais  chemin 
Sont  très-difficiles  à  garder. 

56  Héritage  de  prêtre,  ne  le  portez  au  plus  haut  de  la  maison  ". 
37  L'argent  qui  vient  du  diable, 

Vite,  s'en  va  pour  ferrer  Pol  ^. 

58  Ce  qui  vient  de  la  bourse  du  diable  s'en  retourne  pour  ferrer  son 

cheval,  encore  un  des  pieds  de  celui-ci  reste-t-il  déferré. 

59  Le  vieux  Pol  en  cherchant  à  redresser  la  jambe  de  sa  mère  l'a 

brisée  en  deux. 

40  Farine  du  diable  tourne  en  son. 

41  Aussi  grand  voleur  est  celui  qui  tient  le  sac  que  celui  qui  met  dedans. 

42  N'a  pas  bonne  fin  qui  suit  le  voleur. 
45  Le  grand  voleur 

Pend  le  petit. 

44  Les  petits  voleurs  sont  pendus, 
Les  grands  voleurs  ne  le  sont  pas. 

45  Quand  vous  seriez  de  la  race  du  chien, 
Entrez  chez  moi,  si  vous  avez  du  bien  ; 
Quand  vous  seriez  de  la  race  du  Roi, 
Êtes-vous  pauvre,  —  au  large,  loin  de  moi'. 

V 

46  Avant  de  mourir  abandonner  son  bien 
Rapproche  l'homme  de  pauvreté. 

47  Quand  le  vieillard  courra, 

C'est  l'amble  qu'il  prendra.  (C.-à-d.  :  on  ne  va  pas  vite  en  be- 
sogne, quand  on  est  vieux.) 

48  Les  deux  plus  tristes  choses  du  monde, 
Perdre  la  vue  et  l'usage  des  jambes. 

49  Tiens  bon  la  bûche,  quand  elle  est  dans  ta  main, 
Et  tu  viendras  te  chauffer  à  sa  flamme. 


1.  Parce  que  les  biens  qui  en  proviennent  ne  peuvent  prospérer,  s'ils  ne  retournent 
X  pauvres,  qui,  d'après  l'opinion  générale,  en  sont  dans  l'origine  les  légitimes  pro- 
létaires. Il  est  donc  sage  à  l'héritier  d'un  prêtre  de  ne  pas  les  placer  trop  avant  dans 
maison,  et  même  de  les  laisser  près  de  la  porte,  puisqu'ils  doivent  sortir  sans  tarder. 

2.  Pol  est  un  des  noms  du  diable  en  Bretagne. 

3.  Traduction  littérale  du  dernier  vers  :  Si  vous  êtes  pauvre,  allez  au  nom  de  Dieu. 


228  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

jjo  Ann  hini  a  zalc'h  ann  askorn 

A  ielo  'r  c'hi  da  heul  he  zorn. 

^  j  I  Pa  gaser  ar  paour  d'ann  douar 

Kloc'h  braz  ar  barrez  'zo  houzar. 

1, 5  2  Easoc'h  d'ar  niab  goulenn  oc  h  tad  evit  d'ann  tad  gouienn  oc'h  inab 
3  5  3  Nesoc'li  eo  ilin  evit  dorn. 

3  54  Reï  d'ar  paour  aluzen  allez 

Ne  zlverreaz  blskoaz  ann  danvez. 
35  j  Arroerig, 

Ar  c'haverlg. 

356  Pa  zeu  ar  paour  da  doull  ho  tor, 

Mar  na  roit  d'ezhan,  respontiî  gand  enor. 

357  En  danue  e  hes  dlsplgnet 
N'en-d-e  mui  d'il  na  ne  vou  ket; 
En  hani  alhoueet  d'en  neah 

A  eel  bout  lalret  kend  arouah; 
Er  maru  e  rei  d'ha  pugale 
Er  peli  e  pou  cherret  neze  : 
El  lod  e  rei  d'er  beurerlon 
Vou  ha  s-hani,  te  ha  unon. 

358  Bezit  mut  pa  roet; 

Pa  roer  d'ac'h,  komzet. 


PEMPVED    STROLLAD. 
I. 

359  Gwell  eo  karante  e-tre  daou 

'Vit  na  eo  madou  lelz  ar  cliraou. 

360  Gwell  eo  karante  leiz  ann  dorn 
'Vit  na  eo  madou  leiz  eur  forn. 

361  Ann  aour  melen  a  vez  lodet 
Hag  ar  garante  na  vez  ket. 

362  Madou  a  zcu,  madou  a  la, 
Karante  morse  na  guita. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  229 

jo  De  celui  qui  tient  l'os 

Le  chien  suivra  la  main. 
^  I  Quand  on  porte  le  pauvre  en  terre 

La  maîtresse  cloche  de  la  paroisse  est  sourde. 

52  II  est  plus  facile  au  fils  de  demander  au  père  qu'au  père  de  demander 

au  fils. 

53  Plus  voisin  est  coude  que  main.  (C.-à-d.  :  sur  les  degrés  de  la  pa- 

renté doit  se  mesurer  la  bienveillance.) 

54  Faire  souvent  au  mendiant  l'aumône 
N'a  jamais  appauvri  personne. 

55  Qui  donne  peu 
Reçoit  peu. 

56  Quand  vient  le  pauvre  au  seuil  de  votre  porte, 
Si  vous  ne  lui  donnez,  parlez-lui  doucement. 

57  L'argent  que  tu  as  dépensé 
N'est  plus  à  toi  ni  plus  ne  sera  ; 
Celui  qu'en  haut  tu  as  mis  sous  clé 
Avant  demain  peut  être  volé  ; 

La  mort  à  tes  enfants  livrera 

Ce  que  tu  auras  ramassé, 

Mais  ce  qu'aux  pauvres  tu  donneras 

Restera  tien,  en  propre  t'appartiendra  '. 

58  Soyez  muet,  quand  vous  donnez  ; 
Quand  on  vous  donne,  parlez. 

CINQUIÈME  SÉRIE. 
I. 

59  Mieux  vaut  amour  liant  deux  cœurs 
Que  richesse  emplissant  l'étable. 

;5o  Mieux  vaut  plein  la  main  d'amour 

Que  richesses  plein  un  four, 
ji  L'or  jaune,  —  on  le  divise. 

L'amour,  —  on  ne  le  partage  pas. 
'2  Les  biens  viennent,  les  biens  s'en  vont, 

L'amour  ne  nous  quitte  jamais. 

1.  On  dit  de  même  dans  l'Avranchin,  sur  les  marches  de  Bretagne  : 
Ren  n'est  plus  à  se 
Que  c'qu'on  a  donné. 


230 

Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

?63 

Madou  a  ia  war  bouez  ar  ster. 
Hag  ar  garante  chomm  er  ger. 

364 

Gant  karante  'zo  plijadur 
Ha  gant  madou  tamaladur. 

365 

Ann  delien  'gouez  war  ann  douar, 
Ar  c'hened  ive  a  ziskar. 

?66 

Pa  vec'h  ken  du  hag  ar  mouar, 
Gwenn-kan  oc'h  d'ann  hini  ho  kar. 

367 

Red  e  anavezout 
Araokkarout. 

368 

Karout  hep  heza  karet 
A  zo  poanius  ha  kalet. 

369 

Karantez  pell, 

Karantez  gwell  ; 
Karantez  tost, 
Karantez  losk. 

370  Gwell  eo  'n  em  garout  nebeutoc'h 

Evit  ma  pado  pelloc'h. 

371  Dousou  e  peb  leac'h, 
Karantez  e  neb  leac^h. 

372  Kemeret  hep  reï 

A  laka  karantez  da  dreï; 

Reï  hep  kemeret 
A  laka  karantez  d'ar  red. 

II. 

373  'Nn  hini  'vez  e  gras  ar  merc'hed 
N^hen  euz  na  naoun  na  zec'hed. 

374  Biskoaz  n'euz  bet  chanz-vad  0  karet  ar  merc'hed. 

375  Evid  ar  mor  bout  traïtour,  traïtouroc'h  ar  merc'hed. 

^■jG  Great  he  voutou 

Araok  he  lerou. 

377  Ar  bleunig  a  dro  'wechigo, 
Karantez  ar  placVi  'dro  ato. 

378  Karantez  ar  merc'hed  a  zo  e-giz  ar  pell, 
Pa  sonjer  nebeuta  ez  a  gand  ann  avel. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  1 5 1 

Les  biens  s'écoulent  comme  l'eau  de  la  rivière 
Et  l'amour  reste  à  la  maison. 
Avec  amour  —  plaisir, 
Avec  richesses  —  soucis. 
La  feuille  tombe  sur  la  terre, 
La  beauté  déchoit  aussi. 
Fussiez-vous  aussi  noire  que  la  mûre, 
Vous  êtes  blanche  pour  qui  vous  aime. 
Il  faut  connaître 
Avant  d'aimer. 
Aimer  sans  être  aimé 
Est  pénible  et  dur. 
Amour  éloigné, 
Le  meilleur  amour; 
Amour  rapproché. 
Amour  relâché. 
Mieux  vaut  s'aimer  un  peu  moins 
Pour  que  l'amour  dure  plus  longtemps. 
Des  maîtresses  en  tout  Heu, 
De  l'amour  nulle  part. 

Recevoir  sans  donner 
A  l'amour  fait  tourner  le  dos  ; 
Donner  sans  recevoir 
Met  en  fuite  l'amour. 

IL 

Qui  vit  dans  les  bonnes  grâces  des  femmes 
N'a  ni  faim,  ni  soif. 
Point  de  bonheur  pour  qui  s'attache  aux  femmes. 
Si  traîtresse  que  soit  la  mer,  plus  traîtresses  les  femmes. 
On  lui  a  fait  ses  chaussures 
Avant  ses  bas  ' . 
Fleurette  tourne  parfois, 
Amour  de  fille  tourne  toujours. 
L'amour  des  femmes  est  comme  la  balle, 
Quand  on  y  songe  le  moins  il  part  avec  le  vent. 

Se  dit  d'un  homme  éconduit. 


2}2 

Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

379 

Biskoaz  plac'h  fur,  fur  na  ve  pell 
0  lienti  goaz,  na  na  ve  welL 

380 

Gand  ar  c'hoant  pignat  re  huel 
Ar  pkc'hik  a  ziskenn  bel. 

î8i 

Betek  ken  n'ema  ket  ar  inod 
Ez  ia  plac'h  da  glask  ar  pot. 

382 

Ma  Zalver  ar  bed, 
Nag  a  blac'h  koant'  zo  eaî  da  c'Iirek! 
Ma-z-afe  kemend  ho  deuz  c'hoant, 
Ez  afent  hall  kanî  ha  kant. 

583 

Ar  hig  a  grog  en  he  skouarn. 

384 

Abarz  e  vezo  fin  ar  bed 
Arfalla  douar  gwella  ed, 
Ar  falla  merc'h  givella  dimeet, 
Hag  ar  besterd  arok  oc'h  ober  tro  'r  veret 

ni. 

?8$ 

Easoc'h  dimezi 
Evit  sevel  tl. 

386 

Aliesoc'h  den  dimezet 
Evit  den  plaset  ezet. 

387 

Ne-z-euz  ket  a  koz  votez 
Na  gay  hefarez, 
'Met  devez  e  vez 

388 

Ann  îruillo, 
Ar  merc'het  brac, 
A  gav  fred  ato. 

389 

Ann  dud  iaouank  a  gav  gat-he 
A  gouez  ann  aour  deuz  beg  ar  gwe 
Ha  padal  ann  deliou  a  gouez 
Da  ober  plaz  d'ar  re-nevez. 

390 

Eur  vodenn  skao 
Pa  vez  gwisket  e  vez  brao. 

39' 

Ann  dimeziou  great  a-bell 
Na  int  ncmet  touriou  ha  kestel. 

392 

Ann  dimeziou  a  ziabell 
A  c'halv  eun  tiik  eur  c'hastel. 

Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  2  ]  ? 

579  Jamais  fille  sage,  —  sage  longtemps  ne  reste 

En  hantant  les  garçons,  ni  meilleure  ne  devient. 
^80  En  voulant  monter  trop  haut 

Fillette  bas  descend. 
j8i  Jusqu'à  ce  jour  ce  n'est  la  mode 

Que  fille  aille  quérir  garçon, 
382  Mon  Sauveur  du  monde, 

»  Combien  de  jolies  filles  sont  entrées  en  ménage  ! 

Si  celles  qui  le  désirent  le  pouvaient, 
Toutes,  par  centaines,  se  marieraient. 

585  La  pie  lui  pince  l'oreille.  (C-à-d.  :  Elle  meurt  d'envie  de  se  marier. , 
384  Avant  qu'arrive  la  fin  du  monde, 

La  plus  mauvaise  terre  produira  le  meilleur  blé, 
La  plus  mauvaise  fille  sera  la  mieux  mariée, 
Et  les  bâtards  seront  en  tête  (de  la  procession),  pour  faire  le  tour 
du  cimetière. 

IIL 

}8$  Il  est  plus  facile  de  se  marier 

Que  d'élever  maison. 

586  Plus  commun  est  homme  marié 
Qu'homme  dans  l'aisance  placé. 

387  11  n'est  savate 

Qui  ne  trouve  sa  pareille, 
A  moins  qu'on  ne  l'ait  brûlée. 

588  Les  guenilles, 
Les  belles  filles, 

Trouvent  toujours  à  se  placer. 

589  Les  jeunes  gens  s'imaginent 

Qu'il  tombe  de  l'or  du  haut  des  arbres, 
Tandis  qu'il  n'en  tombe  que  des  feuilles 
Pour  faire  place  aux  feuilles  nouvelles. 
^90  Un  bouquet  de  sureaux 

Quand  il  est  vêtu  semble  beau.   (C.-à-d.   :  la  toilette  corrige  la 
laideur.) 

591  Les  mariages  faits  au  loin 

Ne  sont  que  tours  et  châteaux. 

592  Se  marie-t-on  au  loin, 

Une  cabane  s'appelle  un  château. 
Rev.  Celt.  II  16 


2  54  Lavarou.  Koz  a  Vreiz  Izel. 

j^j  Dimezeî  eo  lann  Billenn 

Da  lanned  Tmillenn. 

J94  E  Breiz  ann  naoun  gand  ar  zec'het 

A  vo  c'hoaz  allez  dimezet. 

395  Etint  dajriîa  museged  gand  paourentez. 

396  Frita  laouen  ar  baoïirentez 
War  ar  bilig  ar  garantez. 

397  Evid  eur  boanigen 
Kant  madigen. 

398  N\  ket  ar  viloni 

A  laka  ann  druzoni. 

399  N'e  ket  bleo  mclen  ha  koanteri 
Eo  a  laka  ar  pod  da  virvi. 

400  Karout  gened  na  bad  ket  pell  ; 
Karout  honestis  a  zo  well. 

401  Bleo  gwenn  ha  lunedo 

Na  blijont  ket  d'ar  merchejo. 

402  Divalo  daou  den  a  kafet 
Eopotr  hep  barv  ha  plac'h  barvek. 

403  Araok  sonj  da  zimezi, 
Red  eo  d'id  kaout  eun  îi 
Ha  douar  diout-hi. 

405  Pep  ki 

A  zo  hardiz  en  he  di. 


IV. 


404  Dimez  da  vab  pa  giri 

Ha  da  verc'h  pa  c'helll  ; 
Gwelloc'h  eo  dimezi  inercVi 
Eget  kaout  anken  warlerc'h. 

406  Evid  reiza  ar  bleizi 
Ez  eo  red  ho  dimezi. 

407  A  ziwar  moueng  ar  gazeg  a  ve  paked  ann  eubeulez. 

408  'Vit  ma  krizet  eun  aval  mad 
Na  eo  ket  kolleî  he  c'houez  vad. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  2  5  5 

^93  Jean  Chiffon  a  épousé 

Jeanne  Guenille. 

394  En  Bretagne  la  faim  à  la  soif 
Se  mariera  souvent  encore. 

395  Ils  sont  allés  frire  ensemble  la  gêne  et  la  pauvreté. 
^96  Frire  la  vermine  de  la  pauvreté 

Sur  le  poêlon  de  l'amour. 

397  Pour  une  petite  peine 

Cent  douceurs. 

398  Ce  n'est  laideur 

Qui  engraisse  l'homme. 

399  Blonds  cheveux  et  gentillesse 
Ne  font  bouillir  la  marmite. 

400  Aimer  beauté  longtemps  ne  dure, 
Mieux  vaut  aimer  honnêteté. 

401  Cheveux  blancs  et  lunettes 
Ne  plaisent  aux  fillettes. 

402  Les  deux  plus  vilains  hommes  qu'il  y  ait, 
Garçon  sans  barbe  et  fille  barbue. 

403  Avant  de  songer  à  te  marier, 
Il  te  faut  avoir  une  maison 

Et  de  la  terre  autour. 

404  Tout  chien 

Est  hardi  dans  sa  maison. 

IV. 

405  Marie  ton  fils  quand  tu  voudras 
Et  ta  fille  quand  tu  pourras  : 
Mieux  vaut  marier  sa  fille 
Qu'avoir  des  regrets  plus  tard. 

406  Pour  ranger  les  loups 
Il  faut  les  marier. 

407  C'est  par  dessus  la  crinière  de  la  jument  que  l'on  enlève  la  pouliche. 

(C.-à-d.  :  Il  faut  savoir  plaire  à  la  mère  si  on  veut  avoir  la  fille.) 

408  Pour  être  ridée  une  bonne  pomme 
Ne  perd  point  sa  bonne  odeur  '. 

I.  Se  dit  des  vieilles  femmes. 


409- 
410 


414 


2j6  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

Ar  bank  en  ian  na  laker  ket 
Dre  ma  ve  ann  alc'houe  kollet. 

Fall  eo  ar  iar  ma  na  eo  evid  ar  c'hillok. 

41 1  Eur  c'hillok,  kemenî  ha  va  dorn, 

'Zo  treac'h  d'eur  iar  kement  hag  eun  li-forn. 

412  Lamfet  ket  Y  c'hok  digant  ar  iar, 
Na  ïann  ar  boc'hick  digant  par. 

41  j  Ann  durzunel  a  ra  truez 

Pa  lie  deuz  kolled  lie  farez. 
Na  euz  dimi  nemet  unan.  — 
'Nn  hini  zime  da  daou,  da  dri, 
Ez  ia  d'ann  ifern  da  leski  ; 
'Nn  hini  zime  da  dri,  da  bevar, 
Ez  ia  'vit  biken  gand  ar  gounnar. 


41 5  Eur  benn-herez,  pa  ve  fall, 

A  dalv  kant  skoet  war  eun  ail. 

416  Eur  penn-her  hag  eur  benn-herez 
A  ra  allez  gwall  diegez. 

417  E'tre  ann  dimi  hag  ar  clieuz 
N'euz  nemet  treaz  ar  c^hleuz^ 
Ha  pa  vo  zellet  m  ad 

N'euz  nemet  treuz  eur  votez-koat. 

418  Ar  re  a  zo  dizher 
Ho  deuz  poan  ha  mizer. 

419  Ar  re  ho  deveuz  bugale 
Ho  deveuz  poan  hep  dale. 

420  Bugale  vihan,  —  poan  vihan  ; 
Bugale  vras,  —  poan  vras. 

42 1  Nep  hen  euz  greg  ha  bugale 
A  die  ive  turlutud  d'he. 

422  E-touez  ann  truillou  hag  ar  pillou 
E  saver  ar  vulgaligou. 

42  j  Dibaot  lez-vamm  a  gar  ive 

Bugale  ail  keit  hag  lie-re. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  257 

^09  Le  coffre  au  feu  ne  se  jette 

Parce  que  la  clé  en  est  perdue  '. 

410  Mauvaise  est  la  poule  si  pour  le  coq  elle  n'est. 

41 1  Un  coq,  pas  plus  gros  que  mon  poing, 

Vient  à  bout  d'une  poule  grosse  comme  un  four. 

412  Vous  n'enlèverez  pas  le  coq  à  la  poule, 
Ni  Jean  le  rouge-gorge  à  sa  compagne. 

415  La  tourterelle  fait  pitié 

Quand  elle  a  perdu  sa  moitié. 
414  II  n'y  a  de  (bonnes)  fiançailles  qu'une  fois. 

Celui  qui  se  fiance  à  deux,  à  trois, 
Va  brûler  en  enfer  ; 

Celui  qui  se  fiance  à  trois,  à  quatre. 

Le  diable  l'emporte  à  tout  jamais. 


Une  fille  unique,  mauvaise  fût-elle, 
Vaut  cent  écus  de  plus  qu'une  autre  fille. 
Un  fils  unique  et  une  fille  unique 
Font  souvent  mauvais  ménage. 

Entre  mariage  et  regret 
Il  n'y  a  que  l'épaisseur  d'une  haie, 

Si  l'on  y  regarde  de  près. 
Il  n'y  a  que  l'épaisseur  d'un  sabot. 
Ceux  qui  sont  sans  enfants 

Ont  peine  et  misère. 

Ceux  qui  ont  des  enfants 

Ont  peine  sans  tarder. 
Petits  enfants,  —  petite  peine  ; 
Grands  enfants,  —  grande  peine. 

Qui  a  femme  et  enfants 

Leur  doit  aussi  de  l'agrément. 
C'est  parmi  loques  et  guenilles 
Que  l'on  élève  les  petits  enfants. 
Rarement  belle -mère  aime  aussi 
Les  enfants  d'une  autre  autant  que  les  siens. 


I .  Se  dit  des  veuves. 


2?8  Lavaroa  Koz  a  Vreiz  Izel. 

424  Endann  tri  de  a  skuiz  peb  den 

Gant  glao,  gant  greg  ha  gant  estren. 

42  5  lena  daou  dra'  zo  en  ti, 

Daoulin  ann  ozac'h  ha  fri  ar  c'hi. 

426  C'houez  ann  tin  hag  al  lavand 
A  zo  gant  ar  merc'heî  iaouank; 
C'houez  ar  banal  mogedet 

A  zo  gant  merc'het  dimezet. 

427  C'hoant  dimezi  ha  beva  pell 
Hen  euz  peb  lann  ha  peb  Katell  ; 
Dimezet  int,  pell  e  vevont, 

Holl  war  ho  giz  e  karfent  dont. 

428  Ar  c'hreg  a  zo  bcrr  a  lostenn  '. 

429  Kaout  boutou  berr. 

430  Kaout  marc'h  rouz. 
4;  1                   Kaout  marc'h  Hamon. 

432  Marc'h  Hamon  'zo  eat  da  Vrest 

Dishuai  ha  digabestr, 
War  ar  vein,  war  ann  drein, 
Hag  ann  hini  goz  war  lie  gein. 

4 }  3  Kuzul  greg  hag  heol  a. bred 

Gwez  a  vent  mad,  gwez  na  vent  ket. 

434  Daonet  a  vo  ma  c'hiez... 
Lavaret  n'e  ket  dicz. 

435  Da  c^hrek  vad  gwella  gwisiegez 
Eo  gouarn  mad  lie  ziegez. 

436  Da  vont  da  zougen  ar  Werc'hez 
E  ranker  prena  dantelez. 

I.  Cette  locution  proverbiale  s'applique  aux  femmes  jalouses,  parce  que,  remuante 
toujours  aux  aguets,  il  semble  naturel  qu'elles  soient  court-vêtues,  pour  que  rien  n'en 
barrasse  leur  marche  et  qu'elles  puissent  suivre  ou  rechercher  facilement  les  traces  ( 
celui  qu'elles  supposent  infidèle. 

Les  trois  locutions  et  le  dicton  suivants  s'appliquent  indifféremment  à  l'homme  ou  à 
femme  que  tourmente  la  jalousie.  Avoir  courtes  chaussures  me  paraît  répondre,  à  ui 
nuance  près,  à  l'expression  française  être  dans  ses  petits  souliers,  éveillant  dans  l'espii 
l'idée  de  gène,  de  contrainte,  de  situation  critique.  Si,  ne  prenant  pas  garde  au  sei 
figuré  des  mots,  on  ne  veut  s'attacher  qu'à  leur  signification  propre,  on  comprend  de  res 
que,  par  suite  des  continuelles  allées  et  venues  des  jaloux,  les  pieds  doivent  leur  enfle 
et  que  toutes  chaussures  finissent  à  la  longue  par  leur  sembler  courtes  et  étroite 
Mais  quel  est  le  cheval  roux,  te  cheval  d'Hanwn  dont  il  est  ici  question  ?  Tout  me  por 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  239 

424  Au  bout  de  trois  jours  chacun  se  fatigue 
De  la  pluie,  de  sa  femme  et  de  l'étranger. 

425  Les  deux  plus  froides  choses  qui  soient  à  la  maison 
Sont  les  genoux  du  maître  et  le  museau  du  chien. 

426  Senteur  de  thym  et  de  lavande 
Accompagne  les  jeunes  filles  ; 
Senteur  de  genêt  enfumé 
Accompagne  les  femmes  mariées. 

427  Désir  de  se  marier  et  de  vivre  longtemps 
Tourmente  tout  Jean  et  toute  Catherine; 
—  Ils  sont  mariés,  ils  vivent  longtemps, 
Tous  voudraient  revenir  sur  leurs  pas. 

428  La  femme  au  jupon  court. 

429  Avoir  courtes  chaussures. 
4J0                      Avoir  le  cheval  roux. 

431  Avoir  le  cheval  d'Hamon. 

432  Le  cheval  d'Hamon  est  allé  à  Brest 

Sans  entraves  et  sans  licol, 
Sur  les  pierres,  sur  les  épines, 
Portant  la  vieille  sur  son  dos. 

433  Conseil  de  femme  et  soleil  matinal 
Tantôt  sont  bons,  tantôt  ne  le  sont  pas. 

434  Ma  chienne  sera  damnée... 
A  dire  ce  n'est  malaisé. 

455  Pour  la  femme  de  bien  la  science  la  meilleure 
Est  de  bien  gouverner  sa  maison. 

456  Pour  aller  porter  la  Vierge, 
Dentelles  il  faut  acheter. 


à  croire  qu'il  faut  voir  en  lui  le  fameux  Bayard,  le  cheval  de  Renaud,  fils  d'/)/mon,  par 
allusion  à  la  bouillante  activité  de  cet  animal  qui,  pendant  la  carrière  agitée  de  son 
maître,  ne  connut  jamais  ni  trêve  ni  repos.  Le  nom  du  cheval  Bayard  lui  vient  de  sa 
couleur  rouge  brun,  par  le  bas-latin  baiardus,  qualificatif  que  les  Bretons  traduisent  sou- 
vent par  rouz.  D'un  autre  côté,  Bayard  n'occupe  pas  seulement  une  place  importante 
dans  les  récits  des  conteurs,  mais,  dans  le  Buez  ar  pevar  mab  Emon,  l'œuvre  poétique 
la  plus  répandue,  sans  contredit,  dans  les  chaumières  bretonnes,  la  force,  la  vigilance 
et,  surtout,  l'infatigable  ardeur  de  l'incomparable  animal,  sont  constatées  presque  à  chaque 
page.  Si  la  double  assimilation  que  je  propose  était  admise,  monter  le  cheval  roHX, 
monter  le  cheval  d'Hamon,  ou  mieu.x  d'Aimon,  reviendrait  donc  à  dire  qu'il  n'est  plus 
de  repos,  de  tranquillité,  de  bonheur  possibles,  pour  celui  qui  se  laisse  emporter  par  la 
jalousie. 


240  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

437  Bnfur,  pa  n'oud  koant, 
Diskouez  ez  peut  skiant. 

438  Greg  a  labour  en  he  zi 
Ne  vez  kals  hano  anezhi. 

439  Gwcll  eo  eun  dorz-vara  war  ann  daol  evit  eiir  mczelour  war  ar  prenest 

440  Gwelioc'h  pensell  evit  toull. 

44 1  Gwell  eo  eur  guden  mad-nezet 
Evit  na  eo  eun  ti  skubet. 

442  N'euz  tiegez 
Hep  buanegez. 

44 î  Pa  vez  kouez,  dorniat,  arat, 

Ema  ar  vreg  en  hi  loariat  ; 
Pa  vez  forniat,  iod  ha  krampoez, 
Penn  ar  vreg  triflet  a  vez. 

444  Eur  c'hoari  gaer  e  vez  e  ti 
Mar  euz  kigel  0  komandi. 

445  Elec'h  ma  vez  eur  dhillok  ne  gan  ket  ar  iar. 

446  Pa  vez  brasa  ar  brezel  e  vez  testa  d'ar  peoc'lu 

447  N'euz  baz  spern  na  baz  lann 
Evit  harpa  oc' h  baz  lann. 

448  Pa  ez  pezo  tanveet  ar  zouben,  te  he  c'havo  mad. 

449  Dalc'h-mad,  lann! 
Te  vo  duk  e  Breiz. 


VI. 


450  Tog  pe  boned  'zo  gan-c-hoc'h, 

Très  eun  dogan  'zo  war-n-hoc'h. 

4  5 1  lann-Iann  !  lannik-Iann  ! 

lann  diou-wech  lann  ! 

452  lann  eo, 

lann  e  vo. 

4$  3  Ema  va  Iod  e  peb-hini 

Kent  am  bezo  bet  va-hini. 

454  Ema  va  Iod  e  kant 

Ken  am  bezo  bet  va  cUioant. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  241 

^57  Sois  sage,  puisque  tu  n'es  jolie, 

Montre  que  tu  as  de  l'esprit. 
^58  Femme  qui  travaille  à  la  maison 

Ne  fait  pas  souvent  parler  d'elle. 
459  Mieux  vaut  tourte  de  pain  sur  la  table  que  miroir  sur  la  fenêtre. 

440  Mieux  vaut  morceau  que  trou. 

441  Mieux  vaut  écheveau  bien  filé 

Que  maison  balayée. 

442  Point  de  ménage 
Sans  querelles. 

44?  A-t-elle  buée,  battage  de  blés,  travaux  de  charrue, 

La  femme  est  dans  ses  mauvaises  lunes  ; 

A-t-elle  pain  à  cuire,  bouillie  et  crêpes  à  apprêter, 

La  femme  a  la  tête  sens  dessus  dessous. 
444  A  la  maison  sera  brouille, 

Si  maîtresse  est  la  quenouille. 
44$  Où  est  coq  poule  ne  chante. 

446  Plus  on  est  au  fort  de  la  guerre,  —  plus  on  est  proche  de  la  paix. 

447  N'est  bâton  d'épine  ou  de  jan  ' 
Qui  résiste  au  bâton  de  Jean. 

448  Quand  tu  auras  goûté  la  soupe,  bonne  tu  la  trouveras. 

449  Tiens  bon,  Jean  ! 

Tu  seras  duc  en  Bretagne. 

VI 

450  Que  vous  portiez  chapeau,  bonnet, 
Mine  de  c...  vous  gardez. 

45 1  Jean-Jean  !  Jeannot-Jean  ! 
Jean  deux  fois  Jean  ! 

452  Jean  il  est, 
Jean  il  sera. 

453  J'ai  ma  part  de  chacune 

En  attendant  que  j'aie  femme  à  moi  ^. 

454  J'ai  ma  part  de  cent 

Jusqu'à  ce  que  mienne  soit  ma  belle. 

1.  Ulex  europaeus,  L. 

2.  C'est  la  réponse  des  don  Juan  en  sabots  du  Léon  et  de  la  Cornouaille  aux  sermon- 
neurs qui  leur  parlent  de  prendre  femme. 


242  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

455  Na  eo  ket  brao 
Beza  dogan, 
Pa  ve  hazado 
Goude  koan. 

456  Dogan  hag  a  oar 

A  ia  rag  enep  d'ar  c'hloar; 
Dogan  ha  na  oar  ket 
N'hen  eixz  baradoz  ebet. 

457  Ac'hanta,  lann  al  Leue! 
Paket  out  bel  adarre. 

VII. 

458  Pa  vez  ann  avel  e  gevret, 

A  zav  c'hoant  c'hoari  d'ar  merc'het. 
—  Fors  d'ann  avel  beza  pe  roud, 
Atao  emaint  e  gond. 

459  Ar  ralla  tra  a  ia  en  hent 

A  zo  eur  pe-moc'h  hep  roc'hal, 
Eur  c'hi  hep  trotal, 
Dion  vaouez  hep  kaozeal. 

460  E-leacVi  ma-z-euz  dioa  vaouez  e  vez  marc'had,  eleac'h  ma-z-euz  In  e  z 

foar. 

461  Ann  taol  eo  ar  pounera, 
Penn  maouez  ar  cVialeta. 

462  Er  fourniou-red,  er  milinou, 
E  vez  klevet  ar  c'heloiou  ; 
Er  poullou  hag  er  sanaillou 
E  vez  klevet  ar  marvaillou. 

465  Ann  hini  avantur  he  vreg, 

E  leac'h  unan  hen  euz  deg. 

464  Gradh  klemmuz, 
Grac'h  paduz. 

465  Ann  hini  goz  a  iamm  en  dour 
Hag  a  bed  Doue  d'he  zikour. 

466  Ar  vreg,  ann  arc'hant  hag  ar  gwin^ 
Ho  deuzho  mad  hag  ho  binim. 

467  Karout  ar  merched  hag  ar  gwinn, 
A  denn,  peurvuia,  da  wal  finn. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  24: 

Ce  n'est  agréable 

D'être  c..., 
Quand  le  bâton  joue 

Après  souper. 

C...  qui  sait  l'être 
Va  malgré  tout  au  ciel, 

C...  qui  l'ignore 
N'a  point  de  paradis  à  attendre. 
Hé  bien  donc,  Jean  le  Veau  ! 
Te  voilà  pincé  de  nouveau. 

VII. 

Quand  le  vent  souffle  du  sud-est, 

Désir  de  folâtrer  s'élève  au  cœur  des  femmes. 

—  Souffle  le  vent  où  il  voudra, 

Elles  sont  toujours  en  goût. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  rare  sur  la  route, 
C'est  un  cochon  qui  ne  ronfle  pas, 
Un  chien  qui  ne  trotte  pas, 
Deux  femfiies  qui  ne  causent  pas. 
Où  il  y  a  deux  femmes,  marché;  où  il  y  en  a  trois,  foire. 
Ce  qu'il  y  a  de  plus  lourd,  —  c'est  un  coup. 
De  plus  dur,  —  une  tête  de  femme. 
Au  four  banal,  au  moulin, 
On  entend  les  nouvelles  ; 
Au  lavoir  et  dans  les  greniers 
On  entend  les  commérages. 
Qui  aventure  sa  femme 
Au  lieu  d'une  en  trouve  dix. 

Vieille  qui  geint, 
Vieille  qui  longtemps  dure. 

La  vieille  saute  dans  l'eau 
Et  prie  Dieu  de  la  secourir. 

La  femme,  l'argent  et  le  vin. 
Ont  leurs  vertus  et  leur  venin. 
Aimer  les  filles  et  le  vin, 
Presque  toujours  entraîne  triste  fm. 


244  Lamrou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

468  Ar  gragez,  siouaz!  hag  ar  gwinn 
'Lak'  ann  tiegez  war  ann  tu  gin. 

469  Greg  a  zo  kustum  da  eva 

A  hep  hent  holl  ne  dalv  netra  ; 
Ouc^h  peb  Itonestis  e  serr  dor, 
Hag  oucli  peb  pec'hed  e  tigor. 

470  Eur  goazdre  'n  em  vezvi 
Hag  eur  c'hreg  dre  c'hoari 

A  skarz  huhan  madou  ann  ti. 

471  Greg  a  ev  gwin, 
Merc'h  a  goms  latin, 
Heol  a  sav  re  vintin, 

A  oar  Doue  pe  gwall  fin. 


Daslumct  ha  troet  c  gallck  gant  L.  F.  Salvet. 


468  Les  femmes  hélas  !  et  le  vin 
Bouleversent  un  ménage. 

469  Femme  habituée  à  boire  ^ 
Sous  aucun  rapport  ne  vaut  rien  ; 
A  toute  vertu  elle  ferme  sa  porte 
Et  l'ouvre  grande  à  tout  péché. 

470  Un  homme  en  s'enivrant, 
Une  femme  en  s'amusant 

Ont  tôt  fait  de  ruiner  la  maison. 


471  Femme  qui  boit  du  vin, 

Fille  qui  parle  latin, 
Soleil  qui  se  lève  trop  matin, 
Dieu  sait  quelle  sera  leur  triste  fm. 


Recueilli  et  traduit  par  L.  F.  Sauvé. 


MÉLANGES. 


SUPPLÉMENT 

A   LA    LISTE    DES   MOTS    RELEVÉS    SUR    LES    MONNAIES   GAULOISES. 

Mon  cher  collaborateur, 

Je  m'empresse  de  vous  signaler  quelques  noms  que  j'ai  eu  la  bonne 
chance  de  relever  sur  des  monnaies  gauloises  ;  celles-ci  m'ont  été  com- 
muniquées longtemps  après  le  petit  supplément  que  j'avais  déjà  donné 
à  la  suite  de  ma  première  liste. 

ANDV denier  d'argent  portant  au  revers  un  cavalier,  montant  un 

cheval  qui  foule  un  homme  sur  ses  pieds.  La  légende,  malheureusement 

incomplète,  ne  permet  de  lire  que  les  quatre  premières  lettres.  Cab.  de 

\¥r.  trouvé  en  Poitou. 

!    CVPINACIOS-VLATOS.  Denier  d'argent.  Id.  îd. 

I    LEMMISOEXSC.  Idem.  Trouvé  en  Poitou. 

I    NERCOD.-NERCOD.  Ce  dernier  trouvé   au    nombre  de  plusieurs 

exemplaires  en  Poitou,  parfaitement  lisible,  permet  de  compléter  et  de 

rectifier  la  légende  ...ERCOS,  adoptée  par  M.  Hucher  :  il  faut  renoncer 

définitivement  à  y  voir  la  fin  de  l'ethnique  AVLERCOS. 

VLATOS.  Voy.  CVPINACIOS. 
:    VRIPPANOS.  M.  trouvé  en  Saintonge.  Ce  petit  bronze  a  quelqu'ana- 
logie  avec  les  monnaies  de  LVCIOS  qui  sont  peut-être  des  Petrocorii. 
Bien  à  vous,  A.  de  B. 

SONIG. 

I. 

Bars  ann  ti  korn,  en  mené  Bre, 

Tra  la  la  la,  ira  la  la  la. 

Me  'meus  choazet  'r  vestres  neve. 


CHANSONNETTE. 
L 
Dans  la  maison  du  coin,  sur  la  montagne  de 

Tra  la  la  la.  Ira  la  la  la  ! 
J'ai  choisi  une  nouvelle  amie. 


246  Sonig. 

Met  eman  ter  lew  eut  ma  zi, 

Tra  la  la  la,  Tra  la  la  la. 

Ha  pa  ve  c^huec'h,  monet  a  rinn. 

—  Demad  d^hec'h,  ma  dous  penheres, 
Setu  me  dent  d'ober  al  lez  ; 

D'ober  al  lez  ha  d'ho  koulenn 
Digant  ho  mamm,  ho  kwir  berc'henn  ; 
Digant  ho  mamm  hag  ho  lez-tad, 
Digant  kement  agar  ho  mad. 

—  Petra  a  rafac'h  ganen-me  / 
Me''zo  ur  plac'hig  dibourve  ; 
Me  n'am  eus  ti  newe  na  koz, 
Na  gwele  da  gousket  en  noz. 

—  Evel  ar  gwenan  a  refomp, 
N'ho  defe  tra  pa  gomansont. 
A  neubeudo  'kargont  ho  zi, 
Ni  raï'  iwe,  ma  dous  Mari. 
Ewit  un  nozwes  da  dremen, 
Ni  a  gousko  war  ar  radenn  : 
Ha  'benn  un  diou  pe  un  ter  noz, 
Ni  gousko  en  ur  gwele-kloz. 

Mais  elle  est  à  trois  lieues  de  ma  maison, 

Tra  la  la  la,  tra  la  la  la  ! 
Y  en  eût-il  six,  j'irai  (la  voir). 

—  Bonjour  à  vous,  ma  douce  penheres, 
Me  voici  venu  pour  vous  faire  ma  cour  ; 
Pour  vous  faire  ma  cour  et  vous  demander 
A  votre  mère,  votre  vraie  maîtresse. 

A  votre  mère  et  à  votre  beau-père 

Et  à  tous  ceux  qui  vous  veulent  du  bien. 

—  Que  feriez-vous  avec  moi  ? 

Je  suis  une  pauvre  fille  sans  fortune  ; 
Je  n'ai  de  maison,  ni  vieille  ni  neuve. 
Ni  de  lit,  pour  y  coucher,  la  nuit. 

—  Nous  ferons  comme  les  abeilles, 
Qui  n'ont  rien  pour  commencer. 

Peu  à  peu  elles  emplissent  leur  maison  ; 
Nous  ferons  ainsi,  ma  douce  Marie. 
Pour  passer  notre  (première)  nuit, 
Nous  coucherons  sur  la  fougère  ; 
Et  au  bout  de  deux  ou  trois  nuits, 
Nous  coucherons  dans  un  lit  clos. 


Sonig.  247 

//. 

Ann  dud  iaouank,  pa  dimezont, 
Na  ouzont  ket  peîra'  reont. 
Hi  na  gomprenont  ket  er-vad 
Eo  rèd  kât  kawel  d' luskellad  ; 
Eo  rcd  kât  kawel  ha  pod-iot, 
Ha  bleud  gwinis  en  ur  chipod. 
Ann  dud  iaouank,  pa  dimezont, 
Ober  ur  jardinn  a  dleont, 
Ha  lakâd  en-hi  tri  seurt  plant, 
Louzou  melkoni  ha  tourmant; 
Louzouenn  ar  basianted, 
Ha  mont  allés  d'higwelet. 
Ann  dud  iaouank,  pa  dimezont, 
Na  ouzont  ket  petra  'reont. 
Me  gred  er-vad  e  sonj  gant-hê 
'Kouez  'nn  aour  melenn  a  veg  ar  gwe, 
Hag  eo  ann  delio  koz  a  ve, 
Da  ober plaz  d'ar  re  neve... 

Kanet  gant  Marc'harit  Fulup,  euz  a  Blunet  (Aodou  ann- 
hantcr-noz),  ar  bcmzek  a  viz  Eosl,  1870. 

II. 
Les  jeunes  gens,  quand  ils  se  marient, 
Ne  savent  pas  ce  qu'ils  font. 
Ils  ne  comprennent  pas  bien 
Qu'il  faut  avoir  berceau  pour  bercer  ; 
Qu'il  faut  avoir  berceau  et  pot  à  bouillie, 
Et  de  la  farine  de  froment  dans  un  autre  pot. 
Les  jeunes  gens,  quand  ils  se  marient, 
Doivent  faire  un  jardin, 
Et  y  mettre  trois  sortes  de  plantes, 
De  l'herbe  de  mélancolie  et  de  tourment. 
De  l'herbe  de  patience. 
Et  aller  souvent  lui  rendre  visite. 
Les  jeunes  gens,  quand  ils  se  marient, 
Ne  savent  pas  ce  qu'ils  font. 
Je  crois  qu'ils  s'imaginent 
Que  l'or  jaune  tombe  du  sommet  des  arbres; 
Et  ce  sont  les  vieilles  feuilles  qui  tombent. 
Pour  faire  place  aux  nouvelles  !  — 

Chanté  par  Marguerite  Philippe,  de  Pluzunet 
(Côtes-du-Nord),  le  15  août  1870. 


248  Le  Mystère  des  trois  Rois  à  Vannes. 

LE  MYSTÈRE   DES  TROIS  ROIS  A  VANNES. 

Dans  la  préface  de  son  édition  du  mystère  de  sainte  Tryphii| 
M.  Luzel  a  réuni  quelques  documents  relatifs  aux  efforts  faits  dansi 
courant  du  siècle  dernier  par  le  clergé  et  la  magistrature  bretonne  pcj" 
parvenir  à  la  suppression  des  représentations  théâtrales  populaires  de'  ! 
les  campagnes. 

L'excessive  crudité  de  certaines  situations  dramatiques  aurait  été  li  ; 
justification  suffisante  de  ces  rigueurs.  On  sait  que  dans  le  mystère  bi- 
ton  de  sainte  Nonne  publié  par  M.  l'abbé  Sionnet  le  fait  le  plus  imp(; 
tant  et  qui  sert  comme  de  pivot  à  tout  le  drame  est  un  viol,  et  que  '• 
viol  a  lieu  sur  la  scène  même.  Il  y  a  longtemps  qu'on  ne  joue  plus  |: 
mystère  de  sainte  Nonne;  le  texte  publié  par  M.  l'abbé  Sionnet  a  dep^ 
longtemps  cessé  d'être  intelligible,  et  nous  devons  à  l'obligeance  ) 
M.  Luzel  la  communication  d'une  rédaction  plus  récente,  probablemi:: 
du  siècle  dernier,  où  les  couleurs  trop  hardies  ont  été  adoucies  avec  1 
certain  succès.  Mais  on  vend  encore  à  Vannes  le  texte  français  d';i 
mystère  des  trois  rois,  où  la  sainte  Vierge  accouche  sur  le  théâtre  ',': 
j'ai  rencontré  à  Vannes  des  gens  qui  avaient  vu  jouer  ce  mystère. 

Il  en  a  existé  une  rédaction  en  breton  vannetais;  je  ne  l'ai  pas  en-i 
les  mains.  Mais  j'en  ai  sous  les  yeux  une  leçon  expurgée ,  malheureuii 
ment  incomplète.  Elle  avait  24  pages.  Le  premier  feuillet  et  les  quai 
derniers  manquent.  Restent  14  pages  qui  terminent  une  brochure  appîi 
tenant  au  grand  séminaire  de  Vannes  et  intitulée  :  Guxrzxnneu  santcï"' 
birlwn£C  Guénétt,  de  voutt  canneît  lyéss,  é-spéciale  ér  Hatéchimeu.  Diskei, 
rintt  bihuein  érhatt,  hag  ind  a  lamou  hag  er  vro  er  Hann^neu  dizonxste. 
Courigétt,  criskétt,  ha  notétt  forli  £ss  (chansons  pieuses  en  breton  ' 
Vannes,  à  chanter  souvent  spécialement  dans  les  catéchismes.  Elles  «r 
seignent  à  bien  vivre  et  elles  ôteront  du  pays  les  chansons  déshonnêtes.f 
Corrigé,  augmenté,  et  avec  une  notation  musicale  facile  à  lire).  Vann' 
Vincent  Galles,  1734,  in-8'',  134  pages  2. 

Le  fragment  du  mystère  des  trois  rois  qui  termine  ce  volume  est  pi;- 
cédé  d'une  préface  en  breton  dont  voici  quelques  extraits  :  | 

Ce  qui  empêche  les  pauvres  gens  de  profiler  de  la  farce  sainte  des  trois  r. 


1.  Pastorale  sur  la  naissance  de  Jésus-Christ  avec  l'adoration  des  mages  et  la  cl 
cente  de  l'archange  saint  Michel  aux  Limbes,  revue  et  corrigée,  dédiée  aux  dévots  à  l'ij 
fant  Jésus  par  frère  Claude  Marie,  hermite  de  la  province  de  saint  Antoine.  Vannes,  | 
M.  Galles,  sans  date,  in-12,  48  pages.  _    _    i 

2.  Je  dois  communication  de  ce  volume  à  M.  le  supérieur  du  grand  séminaire| 
Vannes  que  je  prie  d'agréer  mes  remercîments.  \ 


Le  Mystère  des  trois  Rois  à  Vannes.  249 

(s'il  y  a  un  petit  bien  quelconque  à  tirer  du  tiiéâtre),  c'est  en  premier  lieu  qu'au 
milieu  de  la  troupe  des  acteurs  il  y  a  une  fille,  ou,  pis  encore,  un  homme 
déguisé  qui  représente  la  vierge  Marie,  et  un  garçon  qui  figure  l'enfant  Jésus  : 
plus  semblable  l'un  et  l'autre  à  de  la  canaille  qu'à  des  gens  honnêtes. 

En  second  lieu,  ils  dansent,  hélas  !  au  moment  où  ils  exposent  à  nos  yeux 
le  mystère  adorable  de  l'incarnation.  Quoi!  Les  trois  rois,  saint  Joseph,  les 
anges,  la  Vierge,  Jésus-Christ  !  Mes  cheveux  se  hérissent  sur  ma  tête  !  Ma 
plume  même,  saisie  d'horreur,  refuse  d'écrire  ! 

En  troisième  lieu  on    voit  cette  bande  de  gredins  s'enivrer  avec  l'argent  des 
bonnes  gens,  peut-être  même  se   battre  ;  puis  ils  donnent  une  partie  de  balle  à 
laquelle  prennent  part  les   hommes  ^e  deux  ou  trois  paroisses  ;  enfin  toute  la 
;  jeunesse  se  met  à  danser. 

•  Quels  crimes  après  la  vie  sainte  des  trois  rois  en  face  de  la  chrétienté  ! 
Quels  péchés  pour  ceux  qui  peuvent  et  doivent  empêcher  ce  mal  et  qui  le  sup- 
'  portent  ! 

I  Tout  au  moins  j'invite  les  curés,  les  confesseurs,  les  prêtres,  les  pères,  les 
l  mères,  les  maîtres,  à  huer,  à  chasser  par  la  parole  et  au  besoin  par  des  coups 
(tous  ceux  qui  joueraient  de  nouveau  la  vie  des  trois  rois  de  cette  façon  blâmable; 
(Ct  je  demande  aux  acteurs,  en  paiement  de  ma  peine  ou  plutôt  pour  l'amour  de 
j  Jésus  notre  Sauveur,  de  faire  tout  ce  que  je  marque  ici  pour  eux.  Le  Seigneur 
■  Dieu  sera  honoré  ;  eux  auront  du  mérite  en  ce  monde  et  une  récompense  dans 
''  l'autre. 

i  L'auteur  conclut  par  la  suppression  des  rôles  de  la  Vierge  et  de  l'en- 
fant Jésus.  Il  remplace  par  une  statue  d'albâtre  ou  de  bois  Pactrice  ou 
l'homme  déguisé  en  femme  qui  représentait  la  Vierge.  L'enfant  Jésus  ne 
doit  paraître  qu'après  sa  naissance  couché  dans  son  berceau  ;  comme  la 
Vierge,  c'est  une  statue.  Avant  de  commencer  on  met  ces  deux  statues 
derrière  un  rideau  qu'on  tire  quand  doit  avoir  lieu  l'adoration  des 
images. 

Il  reste  douze  rôles  :  Hérode,  un  écuyer,  les  trois  mages,  Joseph,  les 
anges  Gabriel  et  Michel,  un  soldat,  Lucifer  et  deux  autres  démons. 

Le  costume  de  chacun  est  décrit  minutieusement.  Voici  par  exemple 
le  costume  d'Hérode  : 

Une  chemisette  bordée  d'or,  des  culottes,  des  bas,  des  souliers  blancs,  des 
gants  jaunes,  un  beau  sabre  attaché  à  un  ruban  de  soie  bleue,  une  cravate  de 
toile,  une  robe  de  chambre  dont  les  manches  sont  fendues  jusqu'au  coude,  un 
bonnet  de  velours  bleu  avec  trois  boutons  d'or  au  sommet,  une  couronne  de 
fer-blanc  faisant  bordure,  ses  cheveux  cachés  dessous,  un  bâton  royal  ou  sceptre 
laune  dans  la  main  droite. 

Balthasar,  le  premier  roi  mage,  porte  : 

Une  chemisette,  des  culottes,  des   bas   rouges,   des  souliers  noirs,  des  gants 
Rev.  Celt.  II  1 7 


250  Sociétés  savantes  de  Bretagne. 

blancs  sans  épée,  un  ruban  de  soie  noire  autour  du  cou,  une  robe  de  chamb 
sans  manches,  une  couronne  fermée  jaune,  les  cheveux  frisés  et  poudrés,  l 
sceptre  blanc  dans  la  main  droite. 

Mais  il  ne  paraît  pas  que  les  acteurs  bretons  d'aujourd'hui  s'imposeï 
d'aussi  grands  frais  de  toilette.  Quelqu'un  qui  me  racontait  avoir  \ 
représenter  la  pièce  non  expurgée,  dont  le  texte  français  se  vend  encort 
me  disait  que  le  rôle  de  la  Vierge  était  joué  par  un  paysan  qui  avait  sim 
plement,  et  pour  tout  costume,  mis  sur  ses  habits  une  chemise  de  femm( 
il  n'avait  pas  même  quitté  son  chapeau  noir  à  larges  bords. 

H.  d'^Arbois  de  Jubainville. 

LES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  DE  BRETAGNE. 

La  Revue  des  Sociétés  Savantes  a  donné  récemment  (s'  série  t.  V,  p.  165  et  suiv.i 
liste  des  Sociétés  Savantes  des  départements  correspondant  avec  le  ministère  de  l'in 
truction  publique  en  1873.  Nous  croyons  utile  de  lui  emprunter  et  de  reproduire  ici  1 
indications  de  celles  de  ces  Sociétés  qui  appartiennent  aux  départements  bretons. 

Côtes-du-Nord.  —  Société  archéologique  du  département  des  Côtes-du-Nor 
à  Saint-Brieuc,  fondée  en  1842;  a  publié  5  volumes  de  Mémoires  et  de  Bulletin 
ainsi  que  des  Documents  historiques. 

Société  d'Émulation  des  Côtes-du-Nord,  à  Saint-Brieuc,  fondée  en  1861 
autorisée  en  1866  ;  a  publié  9  volumes  in-8  de  Bulletins  et  Mémoires. 

Société  d'Emulation  de  Dinan,  fondée  en  1862;  a  publié  un  volume  d'A 
nales  in-12  (1862-1863). 

Finistère.  —  Société  académique  de  Brest  fondée  en  1858  et  autorisée  > 
1859  ;  publie  chaque  année  un  Bulletin. 

I Ile-et-Vilaine.  —  Société  archéologique  du  département  d'IlIe-et-Vilaine, 
Rennes,  fondée  en  1846  et  réorganisée  en  1865  ;  a  publié  7  volumes  de  Bull 
tins  ou  Mémoires. 

Loire- Inférieure.  —  Société  académique  du  département  de  la  Loire-Inférieur 
à  Nantes,  fondée  en  1798  et  autorisée  en  1831  ;  a  publié  47  volumes  d'Al 
nales. 

Société  d'Archéologie  de  Nantes,  fondée  en  1845;  a  publié  11  volumes 
Bulletins  1857-1871. 

Morbihan.  —  Société  polymathique  du  Morbihan,  à  Vannes,  fondée  en  i8;j 
et  autorisée  en  1831  ;  publie,  depuis  1857,  un  Bulletin  semestriel. 

A  ces  Sociétés  il  faut  ajouter  la  Société  archéologique  du  Finistère  récpi 
ment  fondée  (cf.  p.  146)  et  qui  publie  un  Bulletin  mensuel  depuis  avril  1875. 


BIBLIOGRAPHIE 


Celtes,  Gaulois  et  Francs,  Lettres  au  D^  Broca,  par  Alexandre  Ber- 
trand, membre  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France.  45  pages 
in-8"  avec  2  cartes.  (Extrait  de  la  Revue  d'Anthropologie.) 

Le  nom  de  M.  Alexandre  Bertrand  est  bien  connu  des  archéologues  ; 
il  suffit  de  rappeler  son  mémoire  sur  les  monuments  dits  celtiques  de  la 
Gaule,  couronné  en  1862  par  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- 
lettres.  Comme  directeur  de  la  Revue  Archéologique  et  surtout  comme 
conservateur  du  Musée  Gaulois  et  Gallo-Romain  de  Saint-Germain,  il  a 
entre  les  mains  tous  les  matériaux  relatifs  à  l'archéologie  de  l'ancienne 
Gaule.  Ses  travaux  méritent  donc  à  un  haut  degré  l'attention  des  hommes 
compétents.  La  brochure  dont  nous  rendons  compte  est  extraite  de  la 
Revue  d'Anthropologie  et  semble  résumer  une  communication  faite  par 
ll'auteur  à  la  Société  d'Anthropologie  :  elle  a  pour  but  de  déraciner  de 
vieux  préjugés  :  «  une  nouvelle  campagne  contre  les  celtisants  m'a  paru 
nécessaire  »  dit  M.  Bertrand 

Pourtant  la  première  partie  de  la  brochure  de  M.B._,  consacrée  à  des 
considérations  de  critique  historique,  ne  nous  semble  pas  apporter 
beaucoup  de  nouveau  à  la  question  celtique.  M.  B.  développe  cette  opi- 
nion que  les  témoignages  des  anciens  sur  les  Celtes  doivent  être  datés 
et  pesés,  qu'il  ne  faut  pas  citer  indistinctement  les  témoignages  des  écri- 
vains des  différents  siècles.  Ce  sont  là  les  règles  les  plus  élémentaires  de 
a  critique  historique.  Sont-elles  donc  bien  peu  connues  à  la  Société 
d'Anthropologie  pour  que  M.  B.  ait  cru  nécessaire  d'insister  avec  autant 
it  force  sur*  ce  point  ?  Quoi  qu'il  en  soit,  il  montre  en  fort  bons  termes, 
3ar  des  exemples  empruntés  aux  témoignages  del'antiquitésur  les  Celtes, 
comment  il  faut  faire  le  départ  des  renseignements  certains  et  des  ren- 
ieignements  vagues,  comment  il  faut  établir  la  date,  la  valeur  et  la  por- 


252  Bibliographie. 

tée  d'un  texte.  M.  B.  étudie  ensuite  un  passage  connu  de  Tite-Live  (V 
34)  où  l'historien  latin  fait  partir  de  Bourges  l'expédition  gauloise  dar 
l'Italie  du  Nord  et  la  colonisation  de  ce  dernier  pays  par  les  Gaulois. 
n'a  pas  de  peine  à  montrer  les  contradictions  de  ce  récit.  Mais  not 
sommes  un  peu  étonné  de  l'entendre  parler  de  «  la  thèse  généralemei 
acceptée  aujourd'hui  de  la  colonisation  des  Noriques  et  de  la  Vindélicii 
de  la  Rhétie  et  de  la  Cisalpine,  probablement  de  l'Helvétie,  par  di 
Gaulois  du  centre  de  la  Celtique  de  César  ».  Quand  une  semblable  thè: 
a  contre  elle  l'opinion  d'un  homme  qui  comme  Jacques  Grimm  fait  aui( 
rite  pour  l'ethnographie  ancienne  de  l'Europe,  on  ne  peut  pas  dire  qu'el 
soit  «  généralement  adoptée  ».  Il  nous  semble  même  qu'on  a  souve 
regardé  le  récit  de  Tite-Live  comme  une  fable.  Il  y  a  plus  d'un  siée 
qu'un  écrivain  français,  qui  ne  manquait  pas  de  critique,  en  faisait  re 
sortir  les  inconséquences  (Du  Buat  :  Histoire  ancienne  des  peuples  de  l'E 
rope,t.  I,  p.  13-50,  Paris,  1772),  et  dans  notre  siècle  même  M.  F. 
Vincent  a  écrit  une  dissertation  spéciale  De  l'invraisemblance  du  récit 
Tite-Live  concernant  le  passage  et  l'établissement  des  Gaulois  en  Italie  '. 

M.  B.  ne  nous  semble  même  pas  avoir  insisté  avec  assez  de  force  s 
les  contraditions  du  récit  de  Tite-Live.  Tite-Live  avait  certaineme 
connu  des  récits  légendaires  sur  l'invasion  des  Gaulois  en  Italie,  arriv 
non  pas  de  l'Ouest,  mais  de  l'Est.  Le  point  de  départ  des  Gaulois  était 
déjà  changé  dans  la  tradition  populaire,  ou  le  fut-il  par  Tite-Live,  c 
crut  sagement  corriger  la  légende  ?  on  ne  peut  le  savoir;  mais  son  ré 
contient  des  contradictions  qui  ne  peuvent  s'expliquer  que  par  u 
transformation  de  ce  genre.  Notamment  ce  passage  que  M.  B.  pa: 
sous  silence  :  ipsi  per  Taurinos  saltusque  Julia  Alpis  transcenderunt.  L 
Taurini  qui  ont  laissé  leur  nom  à  Turin  sont  à  l'Ouest  et  les  Al} 
Juliennes  à  l'Est!  Le  nom  des  Alpes  Juliennes,  laissé  ici  par  l'inadvt 
tance  de  Tite-Live,  est  un  débris  de  l'ancienne  et  véridique  légende  trc 
quée  par  l'historien  latin  et  les  Taurini  y  ont  vraisemblablement  usur 
la  place  des  Taurisci,  peuples  du  Noricum.  Peut-être  même  Taui 
est-il  une  faute  du  copiste  ou  une  erreur  de  lecture  pour  Taurisci. 

Ce  passage  a  une  curieuse  histoire  dans  les  éditions  de  Tite-Live,  | 
on  peut  voir  par  là  combien  il  est  nécessaire,  dans  les  recherches  d'éii- 
dition,  de  ne  pas  s'en  tenir  au  texte  courant  et  consacré,  mais  de  !; 
renseigner  aux  éditions  critiques  qui  donnent  les  variantes.  Le  texte  q]! 
nous  avons  cité  est  celui  des  manuscrits  et  des  éditions  des  xv  \ 
xwv  siècles  (à  cela  près  qu'on  rencontre  une  fois  jurix].  Mais  laconti- 

I.  Dans  son  ouvrage  Recherches  sur  l'origine  des  Boïes,  Paris,   1843. 


Bibliographie.  255 

diction  qu'il  renferme  empêchait  d'y  voir  la  bonne  leçon  :  les  Taurins  et 
les  Alpes  Juliennes  sont  aux  extrémités  opposées  du  demi-cercle  formé 
par  les  Alpes.  Verum  Alpes  Julis  in  Pannoniam,  non  in  Galliam  ducunt, 
comme   s^écrie  un   commentateur   embarrassé.    On   corrigea    donc  le 
passage  pour  en  faire  disparaître  les  Alpes  Juliennes.  Au  xvi^  siècle,  les 
éditeurs  avaient  l'honnêteté  de  mettre  cette  conjecture  seulement  en  note 
et  de  respecter  dans  le  texte  la  leçon  unanime  des  manuscrits  :  mais 
plus  tard  la  conjecture  pénétra  dans  le  texte  et  la  véritable  leçon  ne 
figura  plus  que  dans  les  variantes  rarement  lues.  Chaque  éditeur  cor- 
rige à  sa  façon  et  l'on  trouve  tout,  sauf  la  leçon   véritable.  Draken- 
borgh   (Stuttgart   1821)  donne:  ipsi  per  Taurinos  saltusque  invios  Alpes 
transcenderunt ;  Alschefski  (Berlin,    1841)  :  ipsi  per  Taurinos  saltusque 
Graios  A  Ipis  transcenderunt  ;  Madvig  (Copenhague,  1861)  :  ipsi  per  Tau- 
rinos saltusque  Duris  [?]  Alpes  transcenderunt.   C'est  sans  doute  par  suite 
de  cette  conspiration  des  éditeurs  modernes  contre  le  texte  primitif  de 
Tiie-Live  que  cet  instructif  passage  a  échappé  à  M.  Bertrand,  comme 
il  avait  déjà  échappé  à  du  Buat  et  à  M.  Vincent. 
M.  B.  arrive  ensuite  à  la  question  archéologique.  Ses  longues  et  cons- 
i  ciencieuses  recherches  l'ont  amené  à  des  résultats  importants.  Il  cons- 
i  tate,  par  les  objets  et  par  les  monuments  que  le  sol  nous  a  conservés, 
I  l'existence  de  trois  groupes  humains  distincts  dans  notre  pays,  et  il  éta- 
;  blit  nettement  la  démarcation  qui  sépare  la  contrée  où  l'on  trouve  des 
;  dolmens  de  celle  où  l'on  trouve  des  tumuli.  «  A  l'ouest,  les  dolmens  et 
tumulus  à  chambres  mégalithiques  contenant  exclusivement  des  objets 
,  en  pierre  ou  en  bronze,  mais  le  plus  souvent  en  pierre,  jamais  en  fer  ;  à 
,  l'est,  les  tumulus  agglomérés  à  noyau  de  pierre,  formant  de  véritables 
cimetières  et  ayant  pour  caractéristique  la  présence,  déjà  abondante,  du 
fer  (d'armes  en  fer  surtout),  à  côté  de  nombreux  bijoux  et  ustensiles  en 
bronze,  et  l'absence  presque  complète  d'armes  et  d'objets  en  pierre  '.  » 
Pour  M.  B.  ces  tumuli  sont  l'oeuvre  des  Gaulois  et  l'introduction  du  fer 
marque  leur  arrivée  dans  le  pays  auquel  ils  devaient  donner  leur  nom. 

Si  ces  faits  ne  sont  pas  contestés  par  les  archéologues,  ils  ont  une 
grande  importance  pour  l'ethnologie  de  l'ancienne  Gaule.  Mais  de  ce 
qu'on  peut  reconstituer,  par  les  traces  de  leur  passage,  l'histoire  des 
migrations  humaines,  il  ne  s'ensuit  pas  que  l'on  connaisse  leur  nom  et 
leur  race,  et  sur  ce  point  l'histoire  et  la  linguistique  peuvent  seules  pro- 
noncer. M.  B.  semble  vouloir  distinguer  les  Celtes  des  Gaulois,  termes 

I.  La  division  de  ces  deux  zones  est  donnée  par  une  ligne  qui  partant  de  Namur  en 
Belgique,  se  dirige  parallèlement  aux  côtes  jusqu'à  Soissons,  pour  s'incliner  au  sud  sur 
Laon,puis  sur  Lyon  où  elle  se  confond  avec  le  Rhône. 


2  54  Bibliographie. 

qu'on  est  aujourd'hui  habitué  à  regarder  comme  à  peu  près  synonymes 
peut-être  n'y  a-t-il  là  qu'une  querelle  de  mots.  Nous  devons  attendre 
cet  égard  le  travail  plus  considérable  dont  celui-ci  est  comme  le  pro 
gramme  :  mais  si  M.  Alexandre  Bertrand  déclare  la  guerre  aux  celîisants 
nous  pouvons  l'assurer  que  le  terrain  de  la  linguistique  celtique  ej 
assez  fortement  retranché  pour  que  ceux-ci  ne  craignent  pas  l'assaut  de 
archéologues  et  des  anthropologistes.  H.  G. 

Examen  critique  des  expéditions  gauloises  en  Italie,  sous  1 
double  point  de  vue  de  l'histoire  et  de  la  géographie,  suivi  de  recher 
ches  sur  l'origine  de  la  famille  gauloise  et  sur  les  peuples  qui  la  for 
maient,  par  M.  P.-L.  Lemière.  (Extr.  des  mém.  du  Congrès  scier 
tifique  de  France,  ^S^  session.)  Saint-Brieuc,  Guyon  Francisque 
1873.  68  p.  in-8. 

Dans  ce  travail,  fruit  de  plusieurs  années  de  recherches  consciencieuses 
M.  Lemière,  déjà  connu  par  des  études  estimées  sur  la  numismatiqu 
gauloise  de  l'Armorique,  fait  connaître  son  opinion  sur  les  Gaulois,  (. 
leur  arrivée  en  Occident.  —  M.  Lemière  part  de  ce  principe  que  le 
Celtes  et  les  Gaulois  formaient  deux  races  distinctes  ;  ceux-là  furent  sui 
vant  lui  les  habitants  primitifs  de  l'Europe  ;  ceux-ci  d'origine  scythiqu, 
arrivèrent  en  envahisseurs,  et  moins  nombreux  que  les  vaincus,  se  mèlèj 
rent  à  eux  plus  ou  moins  selon  les  localités  et  les  circonstances,  et  for! 
mèrent  le  groupe  considérable  des  nations  occidentales  auxquelles  lei 
Grecs  anciens  donnaient  le  nom  decelto-scythes. 

Pour  M.  Lemière  l'établissement  des  Gaulois  dans  le  Nord  de  l'Itali 
est  une  grave  erreur  historique  :  pour  lui  il  n'y  a  pas  eu  de  Gaule  cisal 
pine.  Les  Gaulois,  établis  au  nord  et  non  à  l'occident  des  Alpes,  n 
parurent  qu'à  titre  de  mercenaires,  sans  avoir  eu  d'établissements  e. 
Italie  :  il  cherche  à  démontrer  l'impossibilité  de  retracer  les  limites  d  . 
cette  prétendue  Gaule  ;  le  secours  militaire,  payé,  donné  indifféremmen 
par  des  guerriers,  divisés  entr'eux,  à  tous  les  peuples  italiques  se  comj 
battant  les  uns  les  autres  ;  le  fait  qu'il  ne  fut  pas  nécessaire  de  repeu 
pler  le  vaste  pays  que  l'on  prétend  leur  avoir  été  enlevé. 

Après  avoir  recherché  les  populations  gauloises  établies  dans  les  Alpej 
septentrionales  et  à  l'occident  de  la  Germanie,  l'auteur  suit  celles  qi! 
étaient  établies  à  l'orient  du  Rhin  :  à  son  avis  ce  fleuve  ne  formait  pal 
une  limite  entre  deux  races  distinctes  ;  de  ses  rives  jusqu'à  celles  de  1. 
Mer  Noire  l'Europe  était  habitée  par  des  nations  appartenant  toute 
à  la  même  famille  que  les  Gaulois  de  l'occident.  L'origine  de  ces  nationj 
dans  lesquelles  sont  compris  les  Daces  et  les  Gètes,  est  la  race  désignéfi 
sous  le  nom  de  Scythique  par  les  anciens  auteurs  classiques.  En  résumé  | 


Bibliographie.  2  5  j 

les  points  sur  lesquels  insiste  M.  Lemière  sont  ceux-ci  :  1°  Les  Gaulois 
de  la  Transalpine  de  César  ne  furent  pas  les  fondateurs  des  colonies 
qu'on  leur  attribue  en  Germanie,  en  Thrace  et  en  Asie  :  les  tribus  gau- 
loises s'avançant  d'orient  en  occident  continuaient  encore  leur  mou- 
vement lors  de  la  présence  de  César  dans  la  Gaule.  2°  Les  premiers 
établissements  des  Gaulois  en  Occident  et  même  dans  l'Europe  orientale 
remontent  à  une  époque  plus  reculée  qu'on  ne  le  suppose  généralement, 
jo  Avant  l'arrivée  des  Galls  ou  Scythes,  l'Europe  était  depuis  fort  long- 
temps occupée  par  des  populations  d'une  autre  race,  les  Celtes,  ses  pre- 
miers habitants,  auxquels  on  doit  attribuer  les  monuments  mégalithiques. 
Nous  avons  voulu  exposer  ici  les  principaux  points  de  la  thèse  soute- 
nue par  M.  Lemière,  sans  avoir  la  pensée  de  les  discuter  ni  d'en  faire 
ressortir  ce  qu'il  y  a  de  nouveau,  et  ce  qui  a  déjà  été  établi  par 
des  recherches  antérieures.  Nous  essayerons  d'aborder  ce  sujet  dans 
un  travail  d'ensemble  que  nous  préparons  sur  les  publications  archéo- 
logiques et  historiques  relatives  aux  origines  gauloises,  éditées  depuis 
quelque  temps.  A.  de  B. 

L'art  gaulois,  ou  les  Gaulois  d'après  leurs  médailles,  par  Eug.  Hucher 
(2*^  partie),  in-40  de  160  pages,  avec  de  nombreuses  gravures  interca- 
lées dans  le  texte.  Le  Mans,  E.  Monnoyer,  Paris,  Rollin  et  Feuar- 
dent,  1873.  —  Prix  :  30  fr. 

Les  savants  qui  s'occupent  de  l'histoire  et  de  l'archéologie  des  Gau- 
lois n'ont  pas  oublié  le  magnifique  volume  publié  par  notre  collaborateur 
M.  Hucher,  volume  qui  forme  la  première  partie  de  l'ouvrage  dont  nous 
venons  de  transcrire  le  titre.  Dans  cette  seconde  partie,  l'auteur  conti- 
nue à  donner  de  nouveaux  dessins  grossis  des  monnaies  gauloises  qui  lui 
ont  été  communiquées  ;  seulement  il  les  augmente  beaucoup  moins  qu'il 
ne  le  faisait  dans  le  début  et  je  crois  qu'il  a  pris  un  sage  parti.  Grâce  à  son 
coup  d'œil  exercé,  et  à  son  crayon  si  sûr,  il  est  évident  pour  moi  que  ses 
dessins  étaient  parfaitement  exacts,  quelle  que  fût  l'échelle  de  grossisse- 
ment; mais  pour  le  public,  souvent  soupçonneux,  les  grandes  reproduc- 
tions numismatiques  de  la  i"^  partie  pourraient  inspirer  quelque  défiance. 
—  Aujourd'hui  M.  Hucher  donne  la  représentation  de  220  pièces,  d'or, 
'  d'argent  et  de  bronze,  dont  quelques-unes  sont  figurées  ici  pour  la  pre- 
mière fois. 

Le  texte  de  notre  confrère  contient  d'excellentes  notes  au  point  de 
vue  de  la  comparaison  des  types  monétaires  gaulois  avec  des  types  ana- 
logues d'autres  peuples,  et  de  leur  dégénérescence.  Nous  recommandons 
tout  particulièrement  ce  livre  à  nos  lecteurs.  A,  de  B. 


256  Bibliographie. 

Notice  sur  les  monuments  épigraphiques  de  Bavai  et  du  Musé, 
de  Douai.  Inscriptions.  —  Cachets  d'oculistes.  —  Empreintes  d 
potiers.  — Voies  romaines,  par  Ernest  Desjardins.  II-181  p.  in-8 
et  XXIV  planches  hors  texte.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Socic: 
d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  de  Douai  2'^  série.  T.  XI)  tiré  à  8oexen|^ 
plaires  numérotés.  Paris,  Dumoulin,  187^  —  Prix  :   10  fr. 

Si  l'on  faisait  pour  toutes  les  cités  de  la  Gaule  (nous  prenons  ce  nor 
dans  son  vieux  sens)  ce  que  M.  Ern.  Desjardins  vient  de  faire  pou 
Bagacum  Nerviorum,  le  chef-lieu  de  la  Cité  des  Nerviens,  on  aurait  u 
recueil  plus  intéressant  et  plus  complet  que  le  Corpus  établi  avec  le  plul 
de  soin,  car  il  donnerait,  pour  reprendre lesparoles  mêmes  de  M.  D.,«c 
que  le  grand  recueil  universel  de  Berlin  lui-même  ne  saurait  offrir  a 
public,  c'est-à-dire  non-seulement  les  inscriptions,  mais  1°  leur  explici 
tion  philologique  et  historique,  et  2°  les  monuments  eux-mêmes,  dessi 
nés  avec  exactitude  et  présentant  par  conséquent  l'aspect,  le  caractèr 
et  jusqu'à  la  forme  des  lettres  des  documents  originaux.  » 

Bavai  est  le  centre  de  cette  étude.   M.  D.  s'occupe  successivemi 
des  monuments  épigraphiques  provenant  de  Bavai  même,  monume: 
dont  l'intérêt  est  seulement  historique  ;  aucune  divinité  gauloise  n'y 
mentionnée  ;  —  des  cachets  d'oculistes  romains  provenant  de  Bavai  0 
des  environs  ;  c'est  pour  M.  D.  l'occasion  d'un  traité  complet  sur  la  m 
tière  qui  complète  et  rectifie  ceux  de  Sichel  et  de  Grotefend  ;  —  di 
marques  de  potier  provenant  des  ateliers  de  l'ancien  Bagacum  ;  —  enfi^ 
des  voies  romaines  partant  de  Bavai  au  ii^  siècle  de  notre  ère.  Dans  soi' 
Introduction  M.   D.  insiste  sur  la  nécessité  d'étudier   les   monumen' 
épigraphiques  des  anciennes  cités  gauloises  pour  connaître  l'histoire  c 
la  Gaule  sous  la  domination  romaine  et  il  indique  la  méthode  à  suivij 
dans  les  études  de  cet  ordre.  En  l'absence  du  manuel  d'épigraphie  galhi 
romaine,  son  livre  peut  servir  de  guide  à  cet  égard.  Ainsi  à  propc 
d'inscriptions  fausses,  il  expose  quelques  détails  du  style  épigraphique  ( 
montre  à  quels  signes  on  peut  distinguer  les  inscriptions  fausses  à( 
inscriptions  authentiques. 

Ce  qui  dans  ce  volume  intéresse  particulièrement  les  études  celtique! 
sont  les  noms  de  potiers.  M.  D.  en  publie  plusieurs  centaines,  et  poi! 
les  fragments  de  poterie  qu'il  a  vus  lui-même  il  en  donne  le  dessin  darj 
ses  planches,  comme  il  a  fait  pour  les  inscriptions.  Malgré  la  confiancj 
qu'inspirent  les  lectures  de  M.  D.,  on  aime  à  les  vérifier  avec  les  fac] 
simile  des  empreintes  mêmes.  Ceux-ci  sont  au  nombre  de  242.  U  y 
joint  dans  son  texte  des  noms  provenant  de  listes  manuscrites  d'ancien: 
collectionneurs  du  pays  ou  de  l'ouvrage  de  M.  Schuermans  {Sigles  Figi\ 


Bibliographie.  257 

lins).  M.  D.  a  marqué  d'un  signe  spécial  143  de  ces  noms  qui  lui  sem- 
blaient avoir  une  physionomie  gauloise,  et  la  liste  en  pourrait  être  aug- 
mentée de  noms  tels  que  exomn  (n"  1 57)  c.-à-d.  Exomni  manu  ou  offi- 
cina  cf.  Zeuss  Gr.  C.^,  40,  47;  licnvs  (n^  218)  qui  se  rencontre 
dans  l'inscription  gauloise  d'Autun  :  logirni  l'n"  220)  ;  cf.  Zeuss  774; 
LVERicc   n°  2261  cf.  Zeuss  807. 

Il  faut  également  ranger  dans  cette  catégorie  les  noms  de  Sennius 
''n"  45 1)  et  de  Scotius  (n°  428  .  On  n'a  pas  encore  remarqué,  à  notre 
connaissance,  que  le  nom  donné  aux  anciens  Irlandais  dans  les  textes 
latins,  celui  de  Scots,  se  rencontre  comme  nom  d'homme  en  Gaule.  Il  y 
a  même  à  cet  égard  une  curieuse  coïncidence.  Zeuss  a  remarqué  (G.  C^. 
p,  151)  qu'on  trouve  chez  les  écrivains  latins  les  deux  formes  Scotti  et 
Scoti,  c.-à-d.  Sc'oîi.  Cette  double  forme  se  rencontre  également  dans 
l'onomastique  gauloise.  Ici,  dans  les  noms  de  potiers  provenant  de 
Bavai  nous  avons  le  dérivé  Scotius  qui  suppose  un  primitif  Scotus;  et  un 
autre  fragment  de  poterie  trouvé  près  d'Aldenkirchen  (arrondissement 
de  Coblence,  Prusse  Rhénane)  a  donné  scottim,  c.-à-d.  Scotti  m[anu\ 
:  Kamp  :  die  epigraphischen  Anticaglien  in  Kœln,  n^  22^^,  c.  'j 

Le  Surhur  de  l'énigmatique  bas-relief  du  Donon  'aujourd'hui  conservé 
au  musée  d'Epinali  se  retrouve  dans  l'empreinte  n"  45$  SVRBVRO 
■(Surburfij  o^^fficina]  ouo[pus] }) 

I  M.  D.  explique  le  sigle  n"  92  cermn  par  Cerialis  manu,  mais  en 
^accompagnant  cette  explication  d'un  signe  de  doute.  Nous  serions  plutôt 
tenté  d'y  voir  l'abréviation,  par  la  suppression  des  voyelles  dans  les 
deux  syllabes  finales,  de  cermani  qui  se  rencontre  ailleurs  en  toutes 
lettres  ^. 

■  L'étrange  forme  du  n°  241,  maoer,  que  M.  D.  donne  d'après  un 
dessin  anciennement  fait,  l'original  ayant  disparu,  n'est  sans  doute 
qu'une  mauvaise  lecture  de  macer,  nom  des  plus  fréquents. 

Cette  savante  monographie  est  imprimée  sur  papier  vergé  :  les  plan- 
ches, cet  utile  complément  en  matière  épigraphique,  sont  gravées  avec 
soin.  L'érudition  ne  perd  rien  à  ce  luxe  qui  fait  honneur  à  la  Société  de 
Douai.  H.   G. 


Etude  sur  rinscription  itinéraire  de  Saint-Christophe  (Morbihan), 
par  M.  le  commandant  Mowat.  'Extr.  des  Mém.  du  Congrès  scientif. 


1.  cf.  Frœhner,  Inscr.  terr£  coct£ vasorum  n"  1894-1900. 

2.  Dans  des  fragments  de  poteries  trouvés  à  Bourg  (Itinéraire  pittoresque  de  Bugey  par 
M.  H.  de  S.-D.  Bourg,  1837,  p.  163),  et  dans  d'autres  signalés  par  M.  Frœhner,  n"  668- 
i90. 


258  Bibliographie. 

de  France,    38«  session.   Saint-Brieuc,   Guyon    Francisque,  (Pari 
Franck)  1875.  19  p.  in-8  et  1  planche.  —  Pr.  2  fr. 

M.  le  commandant  Mowat  compte  aujourd'hui  au  nombre  des  rai, 
érudits  qui  s'occupent  utilement  d'épigraphie  en  province;  il  a  don,: 
une  interprétation  sûre  d'une  borne  milliaire  qui  jusqu'à  ce  jour  av  ; 
été  mal  déchiffrée.  Cette  borne,  conservée  à  Saint-Christophe,  hame: 
de  la  commune  d'Elven,  porte  le  nom  de  l'empereur  Aurélien,  et  d;: 
de  l'an  276.  M.  Mowat  constate  que  la  dernière  ligne  laisse  voir  ADL} 
là  où,  jusqu'à  lui,  on  avait  lu  AD. M;  et  il  explique  ces  sigles  très-judicie 
sèment  ainsi  a  Dariorito  leugas  XI  :  seulement  com.me  la  pierre  par; 
avoir  été  repiquée  en  cet  endroit,  on  ne  peut  affirmer  si,  primitiveme; 
on  lisait  XI,  XII,  XIII  ou  XIV.  Elle  était  donc  placée  à  une  distance  : 
Vannes  que  l'on  peut  apprécier  entre  24  et  5 1  kilomètres. 

Il  serait  à  désirer  que  M.  Mowat  voulût  bien  continuer  à  étudier  a\ 
autant  de  critique  les  bornes  milliaires  qui  existent  encore  :  on  ne  saur 
imaginer  le  nombre  des  fautes  de  lecture  qui  peuvent  se  compter  d^  ; 
les  transcriptions  qui  sont  publiées,  même  dans  les  ouvrages  les  p  . 
sérieux.  A.  de  B. 

Les  Cités  gallo-romaines  de  la  Bretagne,  par  M.  Auguste  Le 
GNON  (Extr.  des  Mém.  du  Congrès  scientifique  de  France,  38^  s( 
sion),  II- $9  p.  in-8'^  avec  une  carte.  Saint-Brieuc,  Guyon  Francisqi 
1875. 

M.  Longnon,  dans  une  dissertation  étendue,  et  faite  avec  le  soin  qi 
apporte  à  ce  genre  de  travail  qui  lui  est  familier,  a  voulu  éclaircir  l': 
question  importante  pour  l'histoire  armoricaine  :  il  s'est  proposé  de  fi; 
et  de  délimiter  les  Civitates  de  la  péninsule  bretonne  telles  qu'eli: 
étaient  au  V  siècle. 

La  métropole  de  Tours,  d'après  la  Notice  des  provinces,  compren: 
neuf  cités  ;  il  y  en  a  six  qui  ne  soulèvent  aucune  difficulté,  ce  sont  Tou 
le  Mans,  Rennes,  Angers,  Nantes  et  Vannes.   Les  trois  autres  ont  d 
été  très-discutées  :  Corisopitum,  Ossismii,  et  Diablintes. 

Dans  ces  derniers  temps,  on  s'était  accordé  à  considérer   Corisopitk 
comme  un  nom  apporté  par  les  Bretons  insulaires  et  donné  àl'évêché 
Cornouailles  ;  quelques  manuscrits  de  la  notice  donnant  tantôt  Cori:  ' 
pitum,  tantôt  Corisolitum ,   on  y  voyait  une  confusion  faite  à  dater 
ix<^  siècle  par  des  copistes  entre  le  nom  ancien  de  Corseul,  chef-li 
d'une  peuplade  mentionnée  par  César,  et  la   dénomination  nouvelle 
Quimper.  Grâce  à  un  manuscrit  beaucoup  plus  ancien,  du  vi^  siècle,  ir] 
dit  jusqu'à  ce  jour,  bien  qu'il  soit  à  la  Bibliothèque  nationale,  M.  Le' 


Bibliographie.  259 

gnon  établit  que  la  civiîas  Corisopitum  était  une  cité  gallo-romaine,  por- 
tant cette  dénomination  avant  l'arrivée  des  Bretons.  Dès  lors  il  faut 
admettre  qu'au  v^  siècle  les  Curiosolites  n'avaient  plus  d'autonomie. 

Dans  le  système  de  M.  Longnon,  la  civitas  Ossisnwrum  aurait  compris 
le  territoire  occupé  depuis  par  les  diocèses  de  Tréguier  et  de  Saint-Pol- 
de-Léon.  Ptolémée  donne  pour  capitale  une  ville  du  nom  de  Vorganiam  ; 
la  table  de  Peutinger  mentionne  sur  la  route  de  Nantes  à  Brest  une  loca- 
lité du  nom  de  Vorgium,  que  l'on  a  placée  à  Carhaix.  Les  auteurs  anciens 
confondant  ces  deux  noms  à  cause  de  leur  analogie  auraient  placé  Vor- 
ganiam à  Carhaix  ;  d'après  M.  Longnon,  Carhaix  est  hors  du  territoire 
qu'il  assigne  aux  Ossismii  ;  or  depuis  la  publication  de  son  mémoire,  la 
jécouverte  d'une  borne  milliaire  a  permis  à  M.  Le  Men  de  retrouver 
Vorganiam  au  nord-ouest  de  la  Bretagne.  Il  est  maintenant  à  peu  près 
;enain  que  la  Commission  de  topographie  des  Gaules,  en  distinguant 
Vorgiam  de  Vorganiam,  avait  parfaitement  raison. 

Reste  maintenant  à  retrouver  à  quelle  cité  appartenaient  les  diocèses 
dIus  modernes  de  Saint-Brieuc,  d'Alet  ou  Saint-Malo^  et  de  Dol. 
M,  Longnon  y  place  la  civitas  Diahlintam  dans  laquelle  l'ancien  peuple 
Ju  Curiosolites  aurait  été  englobé;  il  l'enlève  ainsi  au  Maine  où  on 
'avait  placée  depuis  1759  avec  Jublains  pour  chef-lieu.  Suivant  l'auteur, 
ubiains,  chef-lieu  de  la  vicaria  Diahlintica,  a  pu  être  une  colonie  de  Dia- 
)limes,  mais  jamais  un  chef-lieu  épiscopal.  Sur  cette  question,  M.  Lon- 
gnon présente  des  arguments  et  des  raisonnements  très-sérieux.  Nous 
.avons  que  quelques  savants  sont  encore  portés  à  penser  que  la  région 
ittribuée  aujourd'hui  à  la  ciVitas  Diabiintum  ne  fut  qu'un  désert  au 
."  siècle;  mais  nous  croyons  que  M.  Longnon  a  encore  des  arguments 
,olides  à  leur  opposer. 

Nous  n'avons  fait  qu'effleurer  les  points  les  plus  importants  du  mé- 
.loire  de  M.  Longnon,  mémoire  qui  restera  certainement  comme  un  des 
ravaux  les  plus  sérieux  relatifs  à  la  géographie  armoricaine.  Nous 
avons  lu  et  relu,  et  nous  restons  convaincu  que  c'est  la  première  fois 
ue  cette  question  importante  est  abordée  avec  autant  de  critique  et 
'érudition.  A.  de  B. 

•ictionnaire  des  Antiquités  grecques  et  romaines,  d'après  les 
textes  et  les  monuments,  contenant  l'explication  des  termes  qui  se 
rapportent  aux  mœurs,  aux  institutions,  à  la  religion,  aux  arts,  aux 
sciences,  au  costume,  au  mobilier,  à  la  guerre^  à  la  marine,  aux  mé- 
tiers, aux  monnaies,  poids  et  mesures,  etc.,  etc.,  et  en  général  à  la 
vie  publique  et  privée  des  anciens.  Ouvrage  rédigé  par  une  société 
d'écrivains  spéciaux,  d'archéologues  et  de  professeurs,  sous  la  direc- 


200  Bibliographie. 

tion  de  MM.  Ch.  Daremberg  et  Edm.  Saglio,  et  enrichi  de  3,0 
figures  d'après  l'antique,  Fascicules  i  et  2,  vij-520  p.  in-4°  à  2  c. 
Paris,  Hachette,  1873  '. 

Les  antiquités  Gallo-Romaines  et  Britanniques  touchent  par  trop  i 
côtés  aux  antiquités  romaines  pour  qu'il  ne  soit  pas  hors  de  propos  ,» 
signaler  ici  l'encyclopédie  archéologique  de  l'antiquité  (monumer , 
divinités,  culte,  institutions,  lois,  etc.),  dont  la  librairie  Hachette  ent  - 
prend  la  publication.  C'est  une  œuvre  considérable,  à  laquelle  nos  mi- 
leurs  archéologues  ont  donné  leur  concours,  et  les  noms  dont  les  artics 
sont  signés  apportent  une  sérieuse  garantie.  On  a  réussi  à  y  concilier  i 
exigences  de  la  critique  avec  la  clarté  d'une  exposition  accessible  au  p^j 
grand  nombre  de  lecteurs.  Le  texte  a  été  dégagé  de  citations  ;  mais  tou's 
les  références  et  tout  l'appareil  scientifique  ont  pris  place  dans  les  not;, 
et  on  a  joint  à  chaque  article  la  bibliographie  des  ouvrages  spéciit 
relatifs  au  sujet  traité.  Les  figures  sont  nombreuses  et  reproduis  t 
directement  les  monuments  antiques.  Les  nombreux  travaux  dont  l'ai'- 
quité  grecque  et  latine  a  été  l'objet  depuis  un  demi-siècle  sont  condens 
dans  ce  livre  qui  remplit  parfaitement  son  double  but,  être  en  même  ter-s 
un  ouvrage  de  science  et  de  référence. 

On  the  Manners  and  Customs  of  the  ancient  Irish.  A  séries jf 
Lectures  delivered  by  the  late  Eugène  O'Curry,  M.  R.  I.  A.,  elj, 
edited  with  an  Introduction,  Appendixes,  etc.,  by  W.  K.  Sulliv,!, 
Ph.  D.,  etc.  Trois  volumes  in-8°  de  40-DCXLiv,  xix-392,  et  xXj- 
711p.  in-8°. — London,  Williams  and  Norgate,  1 87 3 .  —  Prix  :  42  '. 
(52  fr.  50). 

Toutes  les  personnes  qui  se  sont  occupées  de  l'ancienne  littérature^; 
l'Irlande  gardent  un  sentiment  de  gratitude  à  la  mémoire  d'O'Currypjr 
son  précieux  ouvrage  sur  les  matériaux  manuscrits  de  cette  littératurj, 
livre  qui  en  est  comme  le  répertoire  descriptif  et  détaillé.  La  nature  je 
ce  grand  travail,  par  une  heureuse  rencontre,  mettait  en  relief  les  qu.j- 
tés  de  son  esprit  et  en  dissimulait  les  défauts.  O'Curry  avait  passdja 
longue  existence  dans  les  nombreux  manuscrits  du  moyen-âge  irlandij, 
lisant,  collationnant,  copiant,  traduisant;  il  s'en  était  tellement  pémé 
que  cette  vieille  langue  lui  était  devenue  familière  avant  que  la  lingi|-, 
tique  moderne  en  eût  avec  Zeuss  reconstruit  la  grammaire  :  persoijC 

1 .  Le  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  latines  se  composera  d'environ  vingt  i- 
cicules.  Chaque  fascicule  comprendra  20  feuilles  d'impression  et  contiendra  un  gi,a 
nombre  de  gravures.  Il  paraîtra  trois  ou  quatre  fascicules  par  an.  Le  premier  fasci  e 
est  en  vente.  Prix  de  chaque  fascicule,  broché  :  s  fr.  ! 

2.  Lectures  on  the  manuscript  Materials  of  ancient  Irish  History,  Dublin,  1861.     ( 


Bibliographie.  261 

ne  connaissait  mieux  que  lui  cette  littérature  manuscrite  dont  il  n'avait 
pourtant  publié  que  quelques  rares  épisodes'.  Malheureusement  il  lui 
manquait  —  on  peut  le  dire  sans  outrager  sa  mémoire  —  ces  connais- 
sances générales  qui  font  l'homme  instruit,  le  scholar,  et  qui  éclairent  la 
branche  la  plus  spéciale  des  études  historiques  ;  il  lui  manquait  surtout 
Je  don  de  la  critique  Pour  lui,  tout  ce  qu'il  trouvait  dans  ses  chers  ma- 
nuscrits irlandais  était  arrivé  ;  et  l'on  sait  si  le  fabuleux  manque  dans  les 
annales  de  l'ancienne  Irlande,  ces  annales  qui  racontent  l'histoire  de 
l'Irlande  dès  avant  le  déluge  !  Il  y  a  longtemps  qu'en  France  on  a  cessé 
de  croire  à  l'existence  de  Francus,  fils  d'Hector,  dont  parlent  nos  vieilles 
chroniques.  On  n'en  est  pas  encore  là  en  Irlande  avec  les  traditions 
nationales. 

,  Aussi  n'étions-nous  pas  sans  inquiétude  sur  les  œuvres  posthumes 
.d'O'Curry  dont  l'Université  catholique  de  Dublin  (où  il  avait  enseigné 
durant  les  dernières  années  de  sa  vie)  annonçait  depuis  longtemps  là 
.publication.  Nous  craignions  que^  sorti  de  ses  habitudes  de  compilateur 
et  d'éditeur  où  il  excellait,  il  ne  sût  pas  lui-même  faire  un  usage  heureux 
des  matériaux  qu'il  recueillait  avec  zèle.  L'ouvrage  dont  nous  avons 
à  rendre  compte  justifie  nos  appréhensions. 

Il  est  intitulé  :  Des  mœurs  et  des  coutumes  des.  anciens  Irlandais,  et  se 
compose  de  trois  volumes.  Le  premier  est  formé  par  une  longue  intro- 
duction de  l'éditeur,  M.  W.  K.  Sullivan,  secrétaire  de  l'Académie  royale 
'd'Irlande^  il  y  a  quelque  temps  encore  professeur  de  chimie  à  l'Univer- 
sité catholique  de  Dublin,  aujourd'hui  président  de  l'Université  de  la 
Reine  à  Cork.  Les  deux  autres  contiennent  les  lectures  faites  par  O'Curry 
à  l'Université  catholique  sur  le  sujet  indiqué  par  le  titre.  En  appendice 
5ont  joints  des  textes  avec  traduction,  un  épisode  du  Tain  Bô  Chuailgné 
et  quelques  traités  juridiques. 

■  Le  titre  est  inexact,  mais  son  inexactitude  même  peint  l'illusion  dans 
'laquelle  était  plongé  l'esprit  de  l'auteur.  Une  étude  de  ce  genre  doit 
iater  les  témoignages  qu'elle  invoque  et  en  discuter  la  valeur.  Telle  des- 
cription qui  répond  à  la  réalité  des  choses  à  l'époque  du  narrateur  ne 
peut  être  vraie  à  l'époque  même  du  récit;  elle  peut  même  être  entière- 
ment sortie  de  l'imagination  du  narrateur  ou  du  trouvère.  Cette  méthode 
qui  est  l'A  B  C  de  la  critique  était  inconnue  d'O'Curry.  Il  a  tiré  des 
ironiques,  poésies,  chansons  de  geste,  romans,  traités  juridiques,  etc., 
:out  ce  qui  se  rapportait  aux  moeurs,  aux  institutions,  au  druidisme  (\e  mot 

I.  The  Battle  of  Magh  Leana,  printed  for  the  Celtic  Society,  Dublin,  1859. —  The 
iick-bed  of  Cuchulainn  ;  the  three  most  sorrowful  Taies  of  Erin,  dans  l'Atlantis,  recueil 
oublié  par  l'Université  catholique  de  Dublin. 


202  Bibliographie. 

est  d'O'Curry,  mais  c'est  magie  qu'il  faudrait  dire  ici),  aux  armes,  à  l'éd- 
cation  militaire  {sic),  à  l'architecture,  au  mobilier,  aux  parures,  ài 
musique,  et  il  en  a  tracé  un  tableau  de  la  civilisation  de  l'ancier- 
Irlande.  Maisqu'onn'y  cherche  pas  une  date,  ou  même  l'indication  d'i 
siècle  :  l'auteur,  en  se  mettant  en  dehors  de  la  critique  historique,  s'  ; 
mis  également  en  dehors  de  l'histoire.  Ses  descriptions  peuvent  égalent  ; 
s'appliquer  à  l'Irlande  d'avant  la  conquête  anglaise,  à  celle  du  temps  : 
Saint-Patrice,  ou  à  celle  de  l'an  1694  avant  Jésus-Christ,  puisque  c''. 
l'année  même  où  les  Celtes^,  sous  le  nom  de  Milésiens,  arrivèrent 
Irlande.  O'Curry  le  répète  gravement  après  les  anciens  annalistes  (t. 
p.  3).  Son  éditeur,  M.  Sullivan,  en  sait  encore  plus  long  sur  cette  ép 
que  reculée  ;  car  il  nous  apprend  de  son  côté  que  les  Tuatha  Dé  Danan 
la  population  antérieure  en  Irlande  aux  Milésiens  arrivés  en  1694  av: 
J.-C,  étaient  de  race  germanique  «  autant  que  nos  légendes  nous  r: 
portent  quelque  chose  de  certain  sur  eux  »  (t.  I,  p.  lxxvi). 

Nous  ne  voulons  pas  dire  que  cette  série  de  lectures  soit  sans  valei 
Elle  a  le  grand  intérêt  d'apporter  de  nombreux  extraits  de  manuscr 
inédits  et  de  faire  connaître  les  textes  du  moyen-âge  irlandais  relat 
aux  sujets  en  question.  C'est  une  encyclopédie  de  l'ancienne  Irlan 
tirée  des  manuscrits  irlandais  eux-mêmes.  Au  lecteur  de  dater,  de  clr 
ser,  de  peser  ces  renseignements,  de  dégager  la  mythologie  de 
légende,  de  distinguer  la  réalité  de  la  fiction.  C'est  un  minerai  fraîch 
ment  sorti  de  terre  et  livré  dans  toute  son  impureté,  mais  dont  on  pe 
extraire  quelques  parcelles  de  précieux  métal. 

L'introduction  de  l'éditeur ,  M.  Sullivan  (qui  forme  elle-même  ' 
volume  de  40-DCXLiv  p.),  a  beaucoup  plus  de  prétentions  que  les  le 
tures  d'O'C,  mais  il  ne  nous  semble  pas  qu'elle  soit  plus  instructiv 
réserve  faite  des  140  pages  consacrées  à  la  musique  irlandaise  et  q 
notre  incompétence  nous  interdit  d'apprécier.  C'est  comme  un  autj 
ouvrage  sur  le  même  sujet,  rédigé  sur  un  plan  différent.  On  y  voit  moi 
clair  et  on  s'oriente  moins  facilement  que  dans  les  lectures  d'O'Curr 
Avec  ce  dernier,  on  se  sent  transporté  dans  un  monde  fantastique 
cette  découverte  une  fois  faite,  la  critique  désarme,  et  l'on  écoute  av 
patience.  Mais  M.  S.  veut  donner  un  corps  à  toutes  ces  descriptions  nu; 
geuses  et  réconcilier  avec  la  critique  cette  histoire  légendaire  d'Irlan( 
qui  flotte  sans  date  dans  les  âges  passés  comme  Pierre  Schlémil,  le  h 
ros  de  Chamisso,  errait  sans  ombre  sans  pouvoir  en  retrouver  une.  M. 
ne  se  dissimule  pas  en  principe  que  l'histoire  chronologique  ne  cou 
mence  pour  l'Irlande  (comme  pour  les  autres  pays  du  centre  et  du  noi 
de  l'Europe)  qu'avec  les  Romains  ou  avecrintroduction  du  christianisrr 


le.  26] 

[p.  Lxx\]  ;  mais  cette  déclaration  théorique  ne  l'empêche  pas  de  repren- 
dre et  de  rééditer  comme  ayant  un  fondement  réel  toute  l'histoire  fabu- 
euse  de  l'Irlande.  Par  exemple,  sur  la  foi  de  romans  conservés  dans  des 
nanuscrits  du  xii^  siècle  —  après  J.-C.  —  il  parle  de  mercenaires  gau- 
ois  au  service  de  chefs  irlandais  —  d'avant  l'ère  chrétienne  —  ;  de 
îaxons  à  la  «  cour  »  des  monarques  d'Irlande,  de  Lombards,  Longobar- 
iai  mêlés   aux  guerres  civiles   de  l'Irlande  païenne!    On  peut  juger 
'esprit  de  l'ouvrage  entier  par  les  réflexions  de  M.    S.    sur  la  ren- 
ontre  de  ce  dernier  nom  :   «  Si  ceux-ci  étaient  une  tribu  du  peuple 
onnu  plus  tard  [sic]  sous  le  même  nom,  il  nous  faut  supposer  ou  bien 
jue  cette  race  fit  son  entrée  dans  les  conflits  du  Nord  avant  d'être  con- 
lue  des  Romains  icar  la  plus  ancienne  mention  de  leurs  noms  chez  les 
crivains  romains  est  de  Tacite  et  de  Suétone  au  i"  siècle) ,  ou  bien  que 
'époque  du  monarque  irlandais  en  question  tombe  dans  l'ère  chrétienne  ' , 
u  bien  enfin  que  le  nom  a  été  interpolé  par  un  scribe  d'âge  postérieur 
p.  xxi)  ))  —  La  disposition  psychologique  indiquée  par  ce  «  plus  tard  » 
st  curieuse.  Pour  M.  S   comme  pour  O'C.  et  pour  la  vieille  école  tra- 
itionnelle,  les  récits  des  annalistes  prennent  place  dans  leur  esprit  à  la 
ate  prétendue  des  événements,  non  à  la  date  de  la  rédaction  même  du 
écit  ;  de  sorte  que,  trouvant  dans  un  manuscrit  du  xii^  siècle  —  après 
,-C  —  mention  de  Lombards  engagés  dans  une  guerre  avec  Aengus 
;)lraucadha  au  xv^  siècle  —  avant  J.-C.  —  on  remarque  avec  naïveté 
ue  ce  nom  n'a  été  connu  que  beaucoup  pins  tard  par  les  écrivains  de 
:ome  ! 
Dans  son  introduction  M.   S.   passe  successivement  en  revue  chacun 
es  points  traités  par  O'C.  en  cherchant  des  analogies  dans  les  autres 
ays  du  monde,  et  surtout  chez  les  peuples  germaniques.   Le  procédé 
;rait  légitime  si  ces  rapprochements  éclairaient  les  antiquités  et  les 
istitutions  de  l'Irlande,  s'ils  étaient  introduits  comme  témoignant  d'une 
rigine  commune,  ou  d'un  emprunt,  ou  d'une  analogie  dans  le  dévelop- 
îment  industriel  ou  social,  et  surtout  s'ils  étaient  motivés.  Le  plus  sou- 
;nt  il  n'en  est  rien  et  M.  S.  passe  d'un  point  à  l'autre  sans  qu'on  aper- 
)ive  le  lien  avec  son  sujet,  sans  qu'aucune  lumière  en  jaillisse.  Ainsi 
.  S.  a  un  chapitre  intitulé  «  Le  langage  de  l'ancienne  Irlande  »  ;  on 
attend  à  ce  qu'il  énumère  avec  quelque  détail  les  inscriptions  ogmiques, 
s  gloses  du  continent,   les  plus  anciens  textes  conservés  en  friande 
ême,  à  ce  qu'il  esquisse  les  caractères  principaux  de  cette  langue, 
j'il  indique  les  travaux  dont  elle  a  été  l'objet.  Il  passe  légèrement  sur 

I.  u  s'agit  d'Aengus  Olmucadha  «  monarque  d'Irlande  que  quelques-uns  de  nos  anna- 
les pensent  avoir  vécu  au  xv«  siècle  avant  Jésus-Christ.  » 


264  Bibliographie. 

ce  thème  pour  s'étendre  longuement  sur  les  études  celtiques  en  généi;, 
et  sur  les  inscriptions  gauloises,  donnant  à  des  celtomanes  comme  M(| 
et  Monin  autant  d'éloges  qu'à  Zeuss  et  à  M.  Pictet.  Ainsi  à  propos  i$ 
anciennes  lois  irlandaises,  il  analyse  les  lois  saxonnes,  invoque  la  i 
salique,  se  réfère  aux  capitulaires  de  Charlemagne,  fatiguant  l'attent  1 
du  lecteur  partant  de  rapprochements  non  motivés  que  celui-ci,  ébl 
comme  par  un  kaléidoscope,  finit  par  ne  plus  distinguer  ce  qui  est  irl  - 
dais  de  ce  qui  est  étranger'.  La  comparaison  n'est  un  instrument  i 
connaissance  qu'à  la  condition  d'être  motivée,  et  cette  longue  introd'-- 
tion  est  une  série  de  digressions  sans  lien  rationnel  avec  les  mœurst 
les  coutumes  des  anciens  Irlandais.  Nous  croyons  que  M.  S.  aurait  miiji 
servi  la  mémoire  de  son  ami  O'C.  en  publiant  ses  lectures  sans  :t 
indigeste  commentaire. 

Nous  ne  devons  pas  terminer  sans  signaler  au  lecteur  qu'intéress  t 
les  questions  traitées  dans  ce  livre  un  remarquable  compte-rendu  pulé 
dans  VAthen£um  anglais  des  24  et  51  janvier  1874,  par  un  critique  !s 
plus  compétents,  et  où  l'on  a  relevé  de  grosses  erreurs  dans  les  tradi  - 
tions  de  textes  irlandais.  H.  G. 

The  Bock  of  Common  Order,  commonly  called  John  Knox's  Litur, 
translated  into  Gaelic  anno  Domini  1567  by  M.  John  Carswe  , 
Bishop  of  the  Isles  ;  edited  by  Thomas  Me  Lauchlan,  LL.  D.,  tra  - 
lator  of  «  the  Book  of  the  Dean  of  Lismore  ».  xxvii-245  p.  petit  in- . 
Edinburgh,  Edmonston  and  Douglas,  1875. —  P'"'X-  3°  sh.(57fr.5  . 

Le  prem.ier  livre  imprimé  en  gaélique  écossais  est  le  livre  de  priés 
de  Jean  Carswell.  Les  réformés  d'Ecosse,  pour  répandre  et  affermir  is 
doctrines  de  Knox  dans  les  parties  de  l'Ecosse  où  les  ouvrages  écrits  fi 
latin  ou  en  anglais  étaient  lettre  morte  pour  les  fidèles,  s'occupèrent  j; 
faire  traduire  en  gaélique  leur  livre  de  prières  peu  après  sa  publicatfi 
en  anglais.  Cette  traduction  fut  l'œuvre  de  Jean  Carswell,  superintl- 
dant  d'Argyle  et  des  Iles  Hébrides  pour  l'Eglise  presbytérienne,  ji 
passa  peu  après  à  l'Eglise  anglicane  et  fut  fait  évêque  de  la  mê^ 
région  par  la  reine  Marie. 

Ce  livre  était  devenu  si  rare  qu'on  n'en  connaît  aujourd'hui  que  tr  î 
exemplaires,  dont  un  seul  complet  (dans  la  bibliothèque  duducd'Argy!. 
Le  lecteur  se  rappelle  peut-être  que  dans  le  prospectus  de  la  Revue  C- 

I.  Un  contraste  frappant  à  cet  égard  est  fourni  par  un  essai  de  M.  Sam.  Ferguson  r 
quelques  points  de  l'ancienne  Loi  Irlandaise  {On  the  rudiments  of  the  Common  Law  dir 
verable  in  the  published  portion  of  the  Senchus  Mor,  dans  le  t.  XXIV  des  Transaction! je 
l'Académie  d'Irlande),  modèle  de  critique  à  la  fois  sagace  et  prudente,  et  qu'on  voudit 
voir  suivi  d'autres  sur  l'intéressante  mais  difficile  question  de  l'ancien  droit  irlandais  | 


Bibliographie.  265 

tique  nous  mentionnions  ce  livre  parmi   ceux  que  nous  désirions  réim- 
primer. Nous  sommes  heureux  qu'un   des  savants  les  plus  distingués 
de  l'Ecosse,  M.  Th.  Mac  Lauchlan,  se  soit  chargé  de  ce  soin;  car  per- 
sonne n'eût  pu  s'en  acquitter  avec  autant  d'exactitude  et  de  science.  Le 
livre  de  prières  de  Carswell  est  réimprimé  ligne  pour  ligne  et  page  pour 
.  page,  —  c'est  le  système  que  nous  suivons  dans  notre  supplément  pour 
[  la  réimpression  de  la  grammaire  galloise  de  Griffith  Roberts.  —  Au  bas 
■de  chaque  page   de  Carswell,  l'éditeur  donne   la  version  anglaise  du 
livre  de  prières  de  Knox.  Dans  le  texte  gaélique  se  trouvent  pourtant 
quelques  passages  qui  ne  sont  pas  tirés  de  l'ouvrage  anglais  et  dont 
M.  Mac  Lauchlan  n'a  pu  retrouver  l'original  (une  prière  et   le    caté- 
chisme final)  ;  il  s'est  contenté  d'en  donner  une  traduction  anglaise. 
M.  Mac  L.  a  fait  précéder  cette  réimpression  d'une  notice  oia  il  a  réuni 
'  les  rares  renseignements  qui  ont  survécu  sur  la  vie  et  les  travaux  de 
Carswell.  La  réimpression  de  ce  vénérable  monument  de  la  littérature 
scoto-gaelique  a  été  faite  avec  un  luxe  tout  particulier.  On  sait  du  reste 
;  avec  quelle   élégance  sont  exécutés  les  livres  qui  portent  le  nom  de 
MM.  Edmonstonet  Douglas.  H.  G. 

Supplément  aux  dictionnaires  bretons.  Etude  récréative  et  sérieuse  : 
histoire,  physiologie  linguistique,  orthographe,  vocabulaire,  etc.,  par 
le  traducteur  breton  du  Mensis  Marianus  du  P.  Jacolet  et  de  l'Avenue 
du  Ciel,  Bali  an  Eê.  Landerneau,  P.-B.  Desmoulins,  1872.  In-40  de 
VIII- 1 1 1  pages.  —  Prix  :  ^  fr. 

Le  Supplément  aux  dictionnaires  bretons,  dont  l'auteur,   si  nous  som- 
mes bien  informé,  est  M.  l'abbé  Roudaut,  se  compose  de  deux  parties 
:  bien  distinctes.  La  première  est  une  longue  causerie  de  69  pages,  un 
ipeu  décousue;  elle  renferme,  au  milieu  de  digressions  de  tout  genre  et 
1  d'énormes  hérésies  philologiques,  des  observations  très-fines  et  très-justes 
sur  la  syntaxe  bretonne  et  sur  le  rôle  de  certaines  terminaisons,  ainsi 
que  des  exemples  de  phrases  et  de  tournures  très-idiomatiques  dignes  de 
[l'attention  de  ceux  qu'intéressent  la  grammaire  et  la  lexicologie  armori- 
caines. La  seconde  partie  est  un  vocabulaire  français-breton  qui  occupe 
Î9  pages  à  deux  colonnes,  et  a  les  mêmes  qualités  et  les  mêmes  défauts 
que  l'introduction.  On  y  trouve,  au  milieu  de  beaucoup  de  choses  erro- 
nées ou  peu  utiles,  un  petit  nombre  de  mots  qui  manquent  au  diction- 
naire de  Legonidec,  des  formes  nouvelles  ou  des  sens  nouveaux  de  mots 
connus,  et,  ce  qui  est  surtout  précieux,  des  phrases  d'un  cachet  bien 
breton  et  des  proverbes  populaires  donnés  en  exemples.   M.  Roudaut 
possède  admirablement  sa  langue,  il  a  un  sentiment  très-délicat  de  son 

key.  Celt.  Il  iS 


266  Bibliographie. 

génie  et  il  montre  bien  quelles  ressources  offre  le  breton  à  ceux  qu 
renonçant  à  calquer  la  forme  française  sous  laquelle  s'offrent  à  eux  leui 
pensées,  consentent  à  s'inspirer  du  langage  populaire  vif,  alerte,  imagi 
souvent  si  plein  d'énergie  et  de  grâce.  C'est  ce  qu'on  pouvait  d'ailleu 
inférer  déjà  de  la  lecture  des  chants  populaires  et  de  plus  d'une  œuvi 
de  la  littérature  bretonne  contemporaine,  depuis  V Imitation  de  MM.  Troue 
et  Milin,  jusqu'à  la  récente  brochure  politique  «  Petra  da  ober  ?  » 

Nous  signalerons  particulièrement  ce  que  dit  l'auteur,  avec  exemph 
à  l'appui,  de  l'emploi  de  l'infinitif  comme  nom,  ressource  précieuse  trc 
négligée  par  les  écrivains  modernes,  même  par  les  meilleurs  ;  ce  qu 
fait  entrevoir  du  parti  que  l'on  peut  tirer  du  participe  passé  ;  ce  qu'il  d 
de  la  manière  de  traduire  les  adjectifs  français  qui  n'ont  souvent  pas  c 
correspondants  en  breton,  du  moyen  d'éviter  l'emploi  de  beaucoup  c 
noms  abstraits.  Il  se  montre  très-préoccupé  de  faire  la  guerre  au  prono 
pehini  qui  alourdit  tant  les  phrases  imitées  du  français,  mais  qu'il  proscr 
d'une  façon  trop  absolue,  je  crois  ;  et  de  chasser  presque  complétemei 
de  l'orthographe  bretonne  la  lettre  ii  où  il  ne  voit  qu'une  inutile  supei 
fétation.  Il  ne  voudrait  point  ic  que  les  signes  graphiques  fussent  soum 
à  l'arbitraire  de  la  prononciation  »  Tp.  19).  Ici  il  y  a  lieu  de  distingue 
Lorsqu'on  publie  un  texte  comme  spécimen  d'un  dialecte  particulier,  c 
doit  s'attacher  uniquement  à  noter  avec  scrupule  les  moindres  nuancf 
de  la  prononciation  locale;  mais  lorsqu'on  écrit  pour  tous,  lorsqu'c 
emploie  cette  langue  commune  qui  fait  le  fond  de  la  plupart  des  livrt 
publiés  en  Léon  et  en  Cornouaille  et  est  assez  généralement  compris 
aussi  en  Tréguier  (cette  langue  dont  on  peut,  en  travaillant  à  l'enrich 
et  à  la  perfectionner,  faire  un  très-bon  instrument  de  culture  intellec 
tuelle),  il  faut  alors  choisir,  parmi  les  formes  en  usage  et  qui  peuvent  tti 
généralement  comprises,  celles  qui  sont  les  plus  anciennes,  et  montrent  i 
mieux  l'origine  du  mot.  Dans  ces  limites,  rien  de  plus  légitime  que  d 
faire  de  l'étymologie  la  base  de  l'orthographe  ;  mais  hélas  !  l'étymologi 
est  l'écueil  où  viennent  échouer  tous  ceux  qui,  ignorant  ou  dédaignai 
les  résultats  acquis  par  la  grammaire  comparée,  se  fient  pour  une  œuvr 
aussi  difficile  aux  ressources  de  leur  esprit  aidées  de  la  connaissance  pr.' 
tique  de  quelques  langues  anciennes  et  modernes  :  l'auteur  du  Supplémei 
n'y  a  pas  échappé.  Non-seulement  ilignore  absolument  l'histoire  du  breto 
armoricain,  mais  il  ne  croit  même  pas  que  le  breton  ait  une  histoire 
Pour  lui  c'est  une  langue  «  restée  à  l'état  naturel  et  primitif  »  (p.  56)! 
il  lui  attribue  «  un  caractère  essentiel  d'immutabilité.  »  Il  lui  suffisait  dj 
jeter  les  yeux  sur  les  ouvrages  imprimés  au  xvi'^  siècle  pour  se  convaincrj 
du  contraire;  qu'importe?  puisqu'il  est  persuadé  que  l'on  peut  citej 


Bibliographie.  267 

«  du  breton  du  x""  siècle  absolument  conforme  au  nôtre  »  (p.  1 2I.  Il  ne 
connaît  guère  mieux  l'histoire  de  la  langue  française.  Il  se  refuse  à 
admettre  que  le  latin  fût  devenu  la  langue  commune  des  Gaules  à 
l'époque  de  l'invasion  des  Francs,  «  parce  que  le  latin  n'est  et  ne  peut 
être  que  la  langue  des  aristocraties  de  l'intelligence  et  ne  fut  jamais 
langue  vulgaire,  même  à  Rome.  »  (P.  10,  voy.  aussi  p.  45.)  Le  breton 
n'est  pas  seulement  à  ses  yeux  une  langue  de  la  famille  celtique  comme 
le  gaulois,  c'est  le  gaulois  lui-même,  et  ce  gaulois  a  donné  naissance  au 
français,  en  perdant,  vers  le  xi^  siècle,  les  terminaisons  latines  dont 
l'influence  des  lettrés  l'avait  affublé  (p.  42).  Il  se  moque  fort  bien  des 
étymologies  dedom  Le  Pelletier  dont  il  cite  (p.  40)  d'amusants  exemples; 
mais  il  se  laisse  à  son  tour  emporter  bien  loin  par  ses  illusions.  Après 
avoir  cité  le  subst.  plur.  raneou  =  radotages,  niaiseries  et  le  verbe  ranea 
=  radoter,  «  dire  des  riens  »,  il  ajoute  :  «  Les  étymologistes  français 
ne  voudront  pas  voir  là  l'origine  du  mot  rien  »,  et  il  raille  «  leur  puérile 
répugnance  pour  les  étymologies  bretonnes»  (p.  ici,  s.  v.  rien). 
M.  Roudaut  oublie  que  rien  (=^  rem)  voulait  dire  chose  dans  le  vieux  fran- 
jçais  :  «  //  l'aima  sur  tonte  rien.  »  Il  rapproche  le  mot  memez,  qui  n'est 
•autre  chose  que  le  français  même  (v.  fr.  mesme,  esp.  mismo,  ital.  mede- 
''simo  =  metipsissimus)  tantôt  de  b[j.iç,  avec  un  m  initial  ajouté,  tantôt  de 
^\).i[i:r^cnq.  Et  plus  loin  :  «  l'article  (breton)  er  (ar)  =  le,  en  hongrois  (!) 
est  devenu  der.  Non-seulement  l'auteur  confond  ici  l'allemand  avec  le 
hongrois  qui  a  pour  article  a  ou  az  [az  ember  =:  l'homme,  a  haza  =  la 
patrie),  mais  il  paraît  ignorer  que  ar  est  en  breton  une  altération  relati- 
vement fort  récente  de  ann  ou  an.  Ces  exemples  qu'il  serait  malheureu- 
sement facile  de  multiplier,  suffisent,  et  au-delà,  pour  montrer  jusqu'où 
peuvent  s'égarer  des  hommes  instruits,  des  esprits  distingués  qui  veulent 
entreprendre  d'analyser  les  éléments  constitutifs  d'une  langue  sans 
en  étudier  l'histoire,  comparée  avec  celle  des  idiomes  de  la  même  famille 
■et  sans  se  mettre  au  courant  de  l'état  actuel  de  la  science.  Si  les  livres 
leur  font  défaut  ou  si  les  longues  et  arides  études  nécessaires  pour  en  tirer 
Darti  les  rebutent,  ils  peuvent  faire  de  leurs  loisirs  un  emploi  non  moins 
loble,  non  moins  utile  à  la  science  et  à  leurs  compatriotes.  M.  Roudaut 
"endrait  de  grands  services  aux  celtistes  en  général  et  aux  écrivains  bre- 
tons en  particulier  s'il  voulait  bien  travailler  à  leur  donner  une  syntaxe 
pratique  un  peu  développée  de  la  langue  bretonne  ;  s'il  continuait  de  re- 
:ueillir,  pour  un  futur  supplément,  —  dégagé  cette  fois  de  commentaires 
étymologiques,  —  des  expressions  puisées  à  la  source  populaire,  et  les 
nets  oubliés  par  les  lexicographes  ;  si  enfin,  mettant  à  profit  le  sens  très- 
uste  qu'il  a  des  ressources  et  des  délicatesses  de  la  langue  actuellement 


268  Bibliographie. 

parlée,  il  s'appliquait  à  composer  ou  traduire  en  breton  des  ouvrages  qi 
après  avoir  édifié,  instruit  et  charmé  ses  compatriotes,  fourniraient  i 
texte  utile  aux  recherches  des  philologues. 

Charles  de  Gaulle. 


Gwerziou  Breiz-Izel,  chants  populaires  de  la  Basse-Bretagne,  recuei 
lis  et  traduits  par  F. -M.  LuzEL,t.  II,  Lorient,  Corfmat (Paris,  Franck 
in-8o,  vil- 5 84  pages.  —  Prix  :  8  tr. 

Nous  sommes  heureux  d'annoncer  la  continuation  de  l'intéressan 
publication  due  à  notre  zélé  collaborateur  que  des  attaques  aussi  pa 
sionnées  qu'injustes  ont  pu  émouvoir,  mais  n'ont  pas  découragé.  L 
pièces  réunies  dans  ce  volume  sont  au  nombre  de  soixante-douze,  l'ai 
teur  donne  plusieurs  versions  de  treize  d'entr'elles;  il  ajoute  en  appei 
dice  des  versions  nouvelles  de  trois  pièces,  qui  ont  paru  déjà  dans 
précédent  volume.  M.  Luzel  reproduit  scrupuleusement  les  leçons  qu 
a  recueillies.  Il  est  facile  de  s'en  assurer  en  étudiant  les  finales  des  ve 
qu'il  a  publiés  et  qui  ont  dû  le  choquer  considérablement  —  lui,  l'aute 
de  si  jolies  compositions  poétiques,  —  et  qui,  en  même  temps,  doive 
provoquer  l'indignation  classique  des  admirateurs  exclusifs  du  Barz 
Breiz.  Au  lieu  de  rimes,  les  paysans  bretons  se  contentent  de  simplj 
assonances.  Je  ne  parle  pas  des  cas  où  l'absence  de  rime  est  puremej 
apparente,  et  tient  à  ce  que  les  lois  de  l'orthographe  trécoroise  n'oj 
pas  été  respectées  par  l'imprimeur,  qui  appartient  à  une  autre  régi(' 
de  la  Bretagne,  ainsi  :  page  78,  ger-man  rime  avec  distruja  qui  se  pr 
nonce  distrujan  dans  le  dialecte  de  Tréguier  ;  aux  pages  94  et  1 00,  d 
rime  avec  refusi  et  eureiiji  qui  auraient  dû  être  imprimés  refiisin  et  eiin- 
jin;  à  la  page  48  maro  rime  avec  goulaou  que  les  Trécorois  prononce^ 
goulo;  à  la  page  246  on  aurait  dû  imprimer  klan  et  goanian,  au  lieu  > 
klanv  et  goania.  Mais  il  y  a  des  distiques  où  la  rime  manque  réellemer 
Je  ne  dis  rien  des  circonstances  où  les  deux  vers  d'un  distique  se  te 
minent  par  deux  consonnes  du  même  organe,  l'une  sonore,  l'aut 
sourde  :  on  sait  avec  quelle  facilité  dans  les  finales  bretonnes  les  sonor 
et  les  sourdes  du  même  organe  se  substituent  les  unes  aux  autres;  mi 
ce  que  je  signalerai  comme  caractéristique  de  l'assonance^,  ce  sont  d 
dentales  parallèles  à  des  labiales  : 

Plad  —  mab  p.  10,  kant  —  Wenkamp  p,  40,  arc^hant  —  Gwenkamp 
44,  mab  —  branskellad  p.  68,  goap  —  lakad  p.  1 1 8,  inoereb  —  vered p.  1 8 

Des  dentales  parallèles  à  des  gutturales  : 

iaouank  —  c'hoant  p    16,  porc'hed  —  belek  p.   ]0,  vad  —  bennag  p.   5 


Bibliographie.  269 

pec'het  —  kiriek  p.  34,  amezek  —  evesaet  p.  114,  amezek —  briet  p.  1 14,  ket 
—  gezek  p.  144,  valanek  — stered  p.  164,  boed  —  belek  p.  184. 

M.  Luzel  aurait  donc  pu  sans  scrupule  au  second  distique  de  la  page 
398  maintenir  les  finales  ti-man  et  emaint  qui  assonnent. 

Nous  ne  pouvons  dire  à  quelle  date  remonte  l'usage  de  l'assonance 
dans  la  poésie  populaire  bretonne.  La  versification  savante  du  Buhez 
santez  Nonn  et  du  Grand  mystère  de  Jésus  a  la  rime  pour  base.  D'autre 
part  les  pièces  réunies  dans  le  volume  dont  nous  rendons  compte  nous 
offrent  dans  un  grand  nombre  de  cas  des  traces  évidentes  de  rédaction 
moderne  à  côté  de  débris  d'une  rédaction  plus  ancienne.  Le  distique  sui- 
vant, si  fréquent,  avec  de  légères  variations  : 
Emaint  ho  daou  war  ar  varw  skaon  : 

Doue  d'pardono  ann  anaon  (p.  108,  136^  162,  194,  376,   394). 
«  Ils  sont  tous  deux  sur  les  tréteaux  funèbres. 
»  Que  Dieu  pardonne  à  leurs  âmes  !  )> 
n'aurait  pas  été  possible  au  xv*"  siècle,  où,  comme  nous  l'apprend  le  Ca- 
tholicon,  skaon  se  disait  scaffn  'p.  196)  et  anaon  se  disait  anavon  (p.  10): 
:  car  ces  mots  ne  riment  ni  n'assonnent  ' . 

.  Le  Catholicon  a,  comme  on  sait,  pour  auteur  Lagadeuc  né  à  Plou- 
igonven,  diocèse  de  Tréguier;  il  a  été  imprimé  à  Tréguier,  par  les  soins 
id'Auffret  de  Quoetqueveran ,  chanoine  de  Tréguier,  recteur  de  Ploerin 
:  au  même  diocèse  ;  il  nous  fait  donc  connaître  la  langue  parlée  dans  le 
diocèse  de  Tréguier  au  xv^  siècle. 

Au  XV'  siècle  maro  «  mort  »  se  prononçait  marv  ;  et  sur  ce  point  le 
■  Catholicon,  p.  147,  est  d'accord  avec  le  texte  cornouaillais  du  Buhez  santez 
>Nonn  dont  le  manuscrit  a  été  trouvé  à  Dirinon,  diocèse  de  Quimper,  et 
qui  a  été  composé  en  l'honneur  de  la  patronne  de  cette  paroisse  ^  : 
Me  guel  ung  corff  marv  an  garvhaff  (p.  10). 
Pan  gouzafen  garv  an  marv  yen  (p.  40). 
Dit  marv  yen  me  a  ordren  net  p.  1 36). 
Me  eo  marv  yen  hep  soutenance  (p.  240). 
La  publication  de  M.  Luzel  offre  plusieurs  traces  de  cette  ancienne 
prononciation. 

Kerlies  korf  marw  'zo  en-han  (p.  78). 
'Raok  maro  he  genta  pried  p.  102). 
Ken  gwir  ha'm  eus'r  maro  da  dremen  (p.  568). 
On  a  dû  dire  plus  anciennement  : 
Kerlies  korf  marv  a  so  enhan. 

1.  Anafvon  rime  avec  réfection  dans  le  Grand  Mystère  de  Jésus,  p.  1 3. 

2.  Cf.  Ogée,  2=  édition,  t.  1,  p.  230. 


270  Bibliographie.  '• 

Araok  marv  he  genta  pried. 

Ken  gwir  ha'm  eus  marv  da  dremen. 
Dans  les  deux  premiers  vers  en  prononçant  marv  au  lieu  de  maro,  o 
peut  sans  augmenter  le  nombre  des  pieds  rétablir  une  syllabe  indisper^ 
sable  que  M.  Luzel  a  dû  supprimer  ;  dans  le  troisième  il  faut  prononct 
marv  si  l'on  ne  veut  pas  avoir  une  syllabe  de  trop.  On  pourrait  signal* 
aussi  le  distique  suivant  : 

Re  iaouank  ez  e  da  varo 

D'  lakad  ann-on-me  d'ar  maro. 
Le  second  vers  devrait,  ce  me  semble,  être  restitué  en  rétablissant 
voyelle  de  la  proposition  initiale  : 

Da  lakad  ann-on-me  d'ar  marv  ; 
et  le  premier  en  donnant  une  syllabe  de  plus  au  verbe  substantif  : 

Re  iaouank  ez  edi  da  varv. 
Mais  on  trouve,  p.  334,  m^ro  rimant  avec  garo,  3^  personne  du  sir' 
gulier  du  futur  où  l'o  final  est  fort  ancien  ;  ailleurs  on  voit  souvent  mail 
rimant  avec  des  pluriels  dans  lesquels  les  Trécorois  prononcent  0 
finale  ou  des  Léonards.  Ils  prononçaient  ainsi  dès  l'époque  où  Grégoii 
de  Rostrenen  publia  la  première  édition  de  sa  Grammaire,  qui  est  datd 
de  1738  (voir  p.  36)  :  mais  cette  prononciation  ne  devait  pas  remont( 
beaucoup  plus  haut,  comme  le  prouvent  les  titres  de  l'abbaye  de  Bégai 
aux  archives  des  Côtes-du-Nord,  où  la  finale  du  pluriel  est  encore  a 
xviiie  siècle  écrite  ou  comme  dans  les  autres  diocèses.  Cet  ou  fin; 
était  prononcé  soit  oou,  soit  aou  comme  le  semblent  établir  les  dérive 
des  pluriels,  par  exemple  kouiniaoua,  «  aller  chercher  des  gâteaux  > 
deliaoui,  «  ramasser  des  feuilles  »,  et  l'orthographe  aou,  pour  la  désinem 
du  pluriel,  dans  plusieurs  des  variantes  fournies  au  dernier  éditeur  d 
Grand  mystère  de  Jésus  (p.  69,  1 17,  124,  147,  162)  par  l'édition  de  162: 
Aujourd'hui  maro  rime  avec  rebecho  (p.  1 12),  avec  kanvo  (p.  560);  ma 
marv  n'a  pu  rimer  ni  même  assonner  avec  rebechou  et  canvou.  De  mèm 
dishunvo,  3e  p.  s.  du  futur,  rime  avec  alc'houeo  (p.  64)  mais  n'a  pu  rime 
avec  alcViouezou  '  ;  tandis  que  la  rime  de  destou  avec  daou  (p.  96),  qi 
nous  donne  un  exemple  du  pluriel  en  ou  (prononcez  aou),  remonte  pli 
haut  que  la  séparation  des  dialectes  de  Tréguier  et  de  Léon.  Une  pièc 
évidemment  ancienne,  puisque  le  système  de  réclusion  appliqué  au 

I.  Nous  pourrions  encore  citer  la  rime  d'otro  avec  Uiro  p.  100.  Otro  «  Seigneu 
Monsieur,  »  écrit  auîrou,  dans  le  Catholicon,  se  prononçait  ûûtrooii,  aotraou  de  dei 
syllabes.  On  prononce  encore  ao  la  première  syllabe  en  Léonard;  et  la  seconde  e 
écrite  aou  dans  le  livre  intitulé  Doctrin  an  Christenicn,  publié  à  Morlaix  en  1622  (voir 
titre  et  la  page  13),  et  dans  l'édition  du  Grand  Mystère  de  Jésus  qui  a  paru  à  la  mêm 
date  (voir  l'édition  de  M.  de  La  Villemarqué,  p.  4,  49). 


Bibliographie.  271 

lépreux  y  est  décrit,  celle  qui  est  intitulée  Marie  Derrlenig,  p.  158,  ne 
peut  dater  du  xv^  siècle,  car  le  mot  qui  veut  dire  «  fontaine  »,fantan 
aujourd'hui  dans  le  dialecte  de  Tréguier,  y  rime  avec  unan  et  tan.  Unan 
et  tan  se  prononçaient  au  xv^  siècle  comme  aujourd'hui,  voir  le  Catho- 
llcon,  p.  209  et  222  ;  mais  alors  on  ne  disait  pas  fantan  :  ce  mot  se 
terminait  en  en  comme  l'établissent  et  le  Catlwlicon,  p.  98,  qui  écrit 
feunten,  et  un  acte  de  l'abbaye  de  Bégars,  concernant  Botlezan,  1493, 
où  on  lit  fenten  (archives  des  Côtes-du-Nord)  '.  Je  n'ai  pas  trouvé  dans 
les  actes  trécorois  fantan  avant  1627  ;  et  cette  prononciation,  due  à  l'in- 
fluence de  Vn,  est  en  contradiction  avec  une  des  lois  générales  de  la 
phonétique  armoricaine  qui  veut  que  Va  long  primitif  devienne  e  ou  eu. 

Sept  des  pièces  publiées  dans  ce  volume  ont  fourni  d'une  manière 

plus  ou  moins  complète  les  éléments  à  l'aide  desquels  ont  été  composées 

sept  pièces  du  Barzas-Breiz.  Ainsi  un  des  morceaux  les  plus  dramatiques 

;  de  ce  recueil  célèbre,  un  de  ceux  qu'on  présente  comme  les  plus  anciens, 

■  Le  frère  de  Lait  (6^  édition,  p.   163),  est  dû  à  la  combinaison  de  La 

femme  aux  deux  maris  (Gwerziou  p.   164)  avec  d'autres  éléments  poé- 

,  tiques  étrangers  à  la  Bretagne  moderne.  Le  gwerz  rustique  publié  par 

,  M.  Luzel  est  aussi  grossier  que  certaines  chansons  du  moyen-âge.  Celui 

de  M,  de  la  Villemarqué  est  dû  à  une  inspiration  bien  plus  littéraire  et 

plus  chaste,  mais  pour  une  pièce  trécoroise  qui  a  la  prétention  de  re- 


monter  au   moyen-âge, 

il  est 

malheureux 

d'avoir 

des 

rimes 

comme 

celles-ci  : 

1°  p.  163  dro 

au  xv<^  siècle 

tro 

Catlwlicon 

p.  217 

hano 

— 

hanv 

— 

p.  120 

2°  p.  164  maner 

— 

maner 

— 

p.  145 

kaer 

— 

cazr 

— 

p.    44 

5°  p.  166  vro 

— 

bro 

— 

P-    34 

maro 

— 

marv 

— 

p.  147 

4°  p.  167  ia  de 

— 

ia  da 

ar  parde 

— 

abretdahez 

— 

P-       $ 

5°  p.  170  dro 

— 

tro 

— 

p.  218 

iouadenno,  pluriel  qui  s'est  évidemment  terminé  en  ou  au  moyen- 
âge. 
Celui  qui  a  écrit  ce  dernier  distique  n'avait  pas  présents  à  l'esprit  les  yers 
du  Buhez  Santez  Nonn  où  les  pluriels  madou,  guiriou,  riment  avec  gou  «tort, 
mensonge  )>  (p.  126,1 5  <j)  etlesp^ssages  du  Grand  my  st.  de  Jésus  (p.  /^o,  ^\) 

I.  Dans  la  Vie  de  sainte  Nonne  et  mot  est  écrit  feunteun  (p.  100,  v.  15;  p.  102,  v.  2; 
p.  104,  V.  14;  p.  106,  V.  27)  tt  feunten  (p.  190,  v.  20),  p\\int\  feuntenyuu  (p.  190,  v. 
23;  p.  192,  V.  3). 


272  Bibliographie. 

où  goii  est  écrit  gaou,  comme  il  se  prononce  aujourd'hui;  avec  une  dipl 
thongue  qui  n'est  pas  seulement  armoricaine,  mais  celtique,  ainsi  qu 
le  prouve  la  comparaison  avec  l'irlandais,  le  gallois  et  le  comique  '. 

Je  n'ai  encore  rien  dit  du  système  de  traduction  suivi  par  M.   Luze 
On  a  reproché  à  M.  de  la  Villemarqué  de  n'être  pas  assez  littéral  et  pi 
exemple  de  rechercher  les  tournures  de  phrases  qui  déguisent  les  gall 
cismes  ou  les  mots  français  si  nombreux  dans  les  textes  bretons  qu' 
traduit.  Je  crains  que  M.  Luzel  n'ait  en  certains  cas  exagéré  la  tendanc 
opposée,  et  que,  par  un  désir  trop  vif  de  reproduire   exactement  1 
phrase   bretonne,   il  n'ait   fait   plus  d'une  fois  passer  dans  la  phrasj 
française  des  celticismes    qui  nuisent  à  la  clarté.  Voici  un  exemph 
P.  146-147,  il  est  question  d'une  chanson  nouvelle  «  faite»,  dit  M.  Luze 
«  à  une  jeune  mineure  ».  Il  n'est  pas  possible  de  rendre  plus  littérak 
ment  le  breton  gret  d'ur  vinores  iaouank,  et  pourtant  ce  n'est  pas  le  ser 
exact  de  ce  membre  de  phrase  qui  veut  dire  «  fait  sur  une  jeune  orphi 
»  Une  ».  Koz  maner  (p.  1 32),  koz  sali  (p.  1 38),  koz  kastel  (p.  144)  tra 
duits  par  «  vieux  manoir  »,  «  vieille  salle  »,  «  vieux  château  »,  signifier 
plutôt  <(  manoir  en  ruines  »,  «  salle  en  ruines  »,  «  château  en  ruines  > 
A  la  page  341,  il  est  question  d'une  jeune  fille  qui  tire  un  coup  de  fusi 
«  Elle  le  déchargea  au  milieu  de  son  cœur.  »  Du  cœur  de  qui  ?  Il  faut  s, 
reporter  au  texte  breton  pour  reconnaître,  à  la  permutation  de  la  con 
sonne  qui  suit  l'adjectif  possessif,  le  sexe  du  possesseur,  et  pour  voir  qu' 
s'agit  du  cœur  de  l'interlocuteur  mal  appris  de  la  vierge  de  Tréguier.  C 
sont  du  reste  des  taches  légères  dans  un  recueil  aussi  considérable  e, 
d'une  si  grande  valeur.  Espérons  que  le  volume  de  Soniou  que  M.  Luze 
annonce  ne  tardera  pas  à  paraître  bientôt,  et  qu'en  outre  le  texte  complei 
des  contes  bretons  dont  nous  connaissons  déjà  des  parties  si  intéres- 
santes sera  prochainement  mis  entre  les  mains  du  public  savant  qui,  à  de 
points  de  vue  divers,  cherche  et  trouve  à  s'instruire  dans  les  conscien- 
cieuses  publications  de  l'érudit  de  Plouaret. 

H.    d'ARBOIS    de    JUBAINVILLE.  ' 

Post  scripîum.  -—  Nous  avons,  dans  cet  article,  laissé  complètemen 

de  côté  un  des  points  de  vue  auxquels  on  peut  considérer  la  publicatioil 

de  M.  Luzel  :   la  comparaison  des  croyances  et  des  légendes,  chantéeii 

i 
I.  Grammatica  Celtica,  2°  édition,  p.  35,  107,  108.  Il  n'est  pas  exact  que  dans  le  Buhe:\ 
on  trouve  toujours  gaou  comme  on  le  prétend  dans  la  Gr.  C.*,  p.  108.  L'orthographi' 
gaou  se  rencontre  p.  158,  v.  10,  et  p.  162,  v.  4.  Ailleurs  on  a  écrit  gou  -.p.  4,  v.  16 
p.  10,  V.  3;  p.  20,  V.  7;  p.  54,  V.  18;  p.  64,  V.  4;  p.  84,  V.  9;  p.  98,  V.  4;  p.  116] 
V.  15;  p.  126,  V.  1 1;  p.  146,  V.  2;  p.  ijo,  V.  16;  p.  154,  V.  28;  p.  166,  V.  12;  p.  170* 
V.  17;  p.  172,  V.  1 1  ;  p.  180,  V.  s.  L'orthographe g(2(iu  s'est  généralisée  plus  tard,  comme! 
l'établissent  les  variantes  que  le  dernier  éditeur  du  Grand  Mystère  de  Jésus  a  empruntées  | 
à  l'édition  de  1622  :  voyez  les  notes  des  p.  10,  30,  33,  51,  78,  80,  104,  117,  119.  '4S- 


Bibliographie.  273 

par  le  peuple  en  Bretagne,  avec  celles  qu'on  trouve  dans  la  poésie  popu- 
laire et  en  général  dans  les  traditions  d'autres  pays.  Ce  sujet  a  été  traité 
avec  une  grande  compétence  dans  les  comptes-rendus  qu'ont  faits  du 
même  ouvrage  MM.  Reinhold  Kœhler  [Jenaer  Literaturzeitung,  1874,  n° 
21)  et  Félix  Liebrecht  [Gœttingische  gelehrte  Anzeigen,  1874,  n°  17).  Nous 
sommes  heureux  d'y  renvoyer  les  érudits  qui  s'occupent  de  mythologie 
comparée.  H.  d'A.  de  J. 

Eeltische  Briefe  von  Adolf  Bacmeister,  herausgegeben  von  Otto 
Keller  vii-154  p.  in-8.  Strassburg,  Karl  J.  Trùbner,  1874.  — 
Prix  :  1  th.  10  sgr.  {s  fr-  3  0- 

Sous  ce  titre  de  Lettres  Celtiques,  un  ami  de  feu  Bacmeister  (cf.  plus 
haut,  p.  151)  3  réuni  un  certain  nombre  d'articles  familiers,  en  forme 
de  lettres,  relatifs  à  la  philologie  celtique,  et  laissés  en  manuscrit  par 
l'auteur.  Ce  sont  moins  des  recherches  que  des  causeries  dans  lesquelles 
M.  B.  passe  en  revue  et  compare  en  les  groupant  dans  un  ordre  naturel 
les  mots  celtiques  relatifs  à  l'homme,  à  son  corps,  à  ses  passions,  aux 
principaux  phénomènes  de  la  nature,  etc.  Nous  n'avons  rien  remarqué 
qui  fût  nouveau,  si  ce  n'est  l'arrangement  lui-même  et  l'art  avec  lequel 
ces  détails  lexicographiques  et  philologiques  sont  groupés.  Le  volume  se 
termine  par  un  chapitre  sur  les  noms  celtiques  de  localités  en  Alsace. 
L'éditeur,  M.  Keller,  s'est  acquitté  assez  consciencieusement  de  sa  tâche, 
à  cela  près  qu'il  eût  dû  s'abstenir  d'introduire  dans  le  texte  de  B.  ses 
propres  hypothèses.  La  plus  malheureuse  est  d'appeler  l'ancien  gaulois 
«  celto-germanique  »  renouvelant  ainsi  la  confusion  des  Celtes  et  des 
Germains  dont  on  croyait  ne  plus  entendre  parler  après  Holtzmann. 
P.  24  n.,  il  introduit  une  étymologie  du  latin  insula  que  les  mots  celti- 
ques correspondants  rendent  justement  inadmissible  en  montrant  que  le 
not  latin  est  un  diminutif.  Il  est  inexact  de  dire  (p.  66)  que  le  vieux 
lom  celtique  de  la  bière  cervisia  a  disparu  des  langues  britanniques 
^uand  «  bière  »  continue  à  se  dire  en  gallois  cwrw.  On  est  désagréable- 
Tient  surpris,  dans  un  livre  qui  ne  s'adresse  qu'à  des  lecteurs  érudits,  de 
•encontrer  des  mots  grecs  écrits  en  caractères  romains. 

H.  G. 

jrundzûge  der  griechischen  Etymologie  von  Georg  Curtius. 
Vierte  durch  Vergleichungen  aus  den  keltischen  Sprachen  von  Ernst 
WiNDiscH  erweiterte  Auflage.  xv-836  p.  in-8°.  Leipzig,  Teubner, 
1875.  —  Prix  :  6  th.  20  sgr.  (26  fr.  75). 

La  nouvelle  édition  du  beau  livre  de  M.  G.  Curtius  sur  les  principes 


274  Bibliographie. 

de  l'étymologie  grecque  a  fait  entrer  les  langues  celtiques  dans 
cadre  de  ses  rapprochements  ;  déjà  feu  Schleicher,  dans  la  derniè 
édition  de  son  manuel  de  grammaire  comparée,  avait  étudié  1 
langues  celtiques  au  même  titre  que  les  autres  langues  de  la  famille  ind' 
européenne.  Nous  devons  en  savoir  d'autant  plus  gré  à  ces  érudits  qi 
le  plus  grand  nombre  de  linguistes  laissent  d'ordinaire  le  celtique  i 
dehors  du  cercle  de  leurs  rapprochements,  et  cela  même  en  Allemagn 

L'ouvrage  de  M.  Curtius  est  partagé  en  trois  livres.  Le  premier  t 
une  introduction  qui  donne  une  esquisse  critique  de  l'histoire  de  la  pi 
lologie  depuis  les  temps  les  plus  anciens  jusqu'à  nos  jours  et  qui  remp 
environ  120  pages.  Le  second  livre  qui  s'étend  jusqu'à  la  page  405  s'c 
cupe  de  l'étymologie  des  mots  grecs  dont  la  formation  est  régulière.  I 
plan  des  articles  spéciaux  est  le  suivant  :  d'abord  vient  le  mot  grec  av 
sa  signification,  suivi  de  ses  congénères  dans  les  principales  langues  i 
la  famille  indo-européenne  :  puis  les  références  et  les  autorités  ;  et  l'a 
ticle  se  termine  par  une  discussion  des  points  difficiles  ou  douteux  rel 
tivement  aux  mots  expliqués.  Le  troisième  livre  qui  forme  presque  1 
moitié  de  l'ouvrage  entier  est  consacré  aux  irrégularités  de  la  phonétiqi 
grecque  :  les  articles  spéciaux  n'y  sont  pas  nombreux,  mais  le  nomb 
des  formes  difficiles  qui  y  sont  expliquées  est  considérable.  L'ouvraj 
est  à  recommander  aux  philologues  en  général  (il  se  recommande  (( 
lui-même  aux  hellénistes)  comme  un  excellent  dictionnaire  étymologiqi 
et  l'usage  en  est  rendu  des  plus  aisés  par  les  nombreuses  tables  qui  l'a 
compagnent. 

La  partie  celtique  est  due  à  la  collaboration  de  M.  Windisch  q 
inaugure  en  ce  moment  l'enseignement  de  la  philologie  celtique 
l'Université  d^Heidelberg.  La  seule  critique  qu'on  puisse  lui  adresser  e 
qu'on  voudrait  voir  plus  de  celtique  qu'il  n'en  donne.  Il  s'est  presqi 
exclusivement  renfermé  dans  l'ancien  et  le  moyen  irlandais,  de  sorte  qi 
sur  les  650  articles  de  Curtius,  il  n'a  pu  apporter  de  rapprochemen 
celtiques  que  pour  250.  S'il  avait  eu  le  temps  de  donner  au  gallois,  « 
comique  et  au  breton  l'attention  qu'ils  méritent,  il  aurait  pu  augment 
considérablement  ce  nombre.  Ce  n'en  est  pas  moins  une  heureuse  fo 
tune  pour  les  études  celtiques  de  recevoir  ainsi  droit  de  cité  dans  i 
des  meilleurs  ouvrages  de  la  philologie  contemporaine. 

Die  ehemalige  Spracheinheit  der  Indogermanen  Europas,  V( 

August  FicK.  Gœttingen,  Vandenhœck  und  Ruprecht,    1875,  in-8 
viii-432  pages.  —  Prix:  2  th.  24  sgr.  (1 1  fr.  25). 

Nous  avons  déjà  parlé  (t.  II,  p.    141-14^)  du  Vergleichendes  Wœrtei 


Bibliographie.  275 

bucli  de  M.  Fick,  qui  a  obtenu  un  succès  si  mérité  et  auquel  on  a 
cependant  reproché  avec  raison  d'avoir  laissé  de  côté  à  peu  près  com- 
plètement les  langues  celtiques.  Nous  n'avons  pas  la  même  critique  à 
faire  de  ce  nouvel  ouvrage  qui  témoigne  à  la  fois  de  l'activité  du  savant 
auteur  et  du  progrès  de  ses  études  dans  la  voie  que  nous  suivons. 

L'objet  du  livre  de  M.  Fick  est  de  combattre  les  conclusions  d'une 
brochure  de  M.  Johannes  Schmidt  publiée  en  1872  pour  attaquer  la 
thèse  fondamentale  du  Vergleicfiendes  Wœrterlwch,  à  savoir  que  la  race 
indo-européenne  s'est  d'abord  divisée  en  deux  groupes,  l'un  asiatique, 
l'autre  européen,  et  que  les  sous-races  gréco-italo-celtique  et  slavo- 
■germanique  sont  à  une  date  relativement  récente  issues  d'un  démenbre- 
ment  du  groupe  européen.  M.  Johannes  Schmidt  nie  l'existence  du 
■groupe  européen  et  trouve  1°  dans  les  Slavo-lettes  au  Nord  la  transition 
entre  les  Asiatiques  et  les  Germains  ;  2°  dans  les  Grecs  au  Sud  la  tran- 
sition entre  les  Asiatiques  et  les  Italiotes,  tandis  que  3°  les  Celtes  servi- 
raient d'intermédiaire  entre  les  Italiotes  et  les  Germains.  Cette  doctrine 
ae  nous  parait  pas  admissible.  Mais  nous  ne  voulons  pas  la  discuter  ici. 
Nous  voulons  simplement  signaler  ce  qu'il  y  a  d'intéressant  au  point  de 
vue  spécial  des  ceitistes  dans  le  livre  que  nous  annonçons. 
;  M.  Fick  commence  par  l'étude  des  deux  variantes  de  la  gutturale 
50urde  k  qu'il  désigne  l'une  par  k  et  qui  vaut  kv,  l'autre  qu'il  représente 
oar  k  cédille  qui  devient  ç  en  sanscrit.  C'est  la  première,  qui,  toujours 
gutturale  en  irlandais  et  en  latin,  devient  quelquefois  labiale  en  grec, 
m  gaulois  et  dans  les  dialectes  néo-celtiques  issus  du  gaulois  de  la 
Grande-Bretagne;  la  seconde,  le  k  cédille,  ne  se  change  en  p  que 
lorsqu'elle  est  suivie  du  suffixe  va,  comme  dans  le  sanscrit  aç-va-s, 
■X  cheval,  )>  en  latin  eq-vu-s,  en  gaulois  "epo-s  de  la  racine  ak  par  k  cé- 
dille ' .  La  distinction  de  ces  deux  k  dans  les  langues  celtiques  occupe 
:inq  pages  (6-1 1)  dans  le  livre  de  M.  Fick;  nous  regrettons  seulement 
^ue  ce  travail,  fort  exact,  ne  soit  pas  plus  complet. 

Aux  pages  41-48  M.  Fick  donne  une  liste  de  mots  qui  n'ont  été 
iignalés  jusqu'ici  que  dans  les  langues  germaniques  et  ariennes.  Ces 
nots  sont  au  nombre  de  82  ;  mais  il  a  échappé  au  savant  auteur  que 

i.Un  thème,  encore  inexpliqué  je  crois,  nous  donne  en  gaulois  l'exemple  du  qu,  c'est 
e  thème  sequana  qui  au  féminin  est  le  nom  de  la  rivière  de  Seine  et  qui  au  masculin 
st  le  nom  d'un  peuple  les  Sequani.  L'orthographe  gallo-romaine  de  ce  thème  est  d'accord 
■  vec  la  monnaie  celtique  où  se  trouve  la  légende  secilano-iotuos  (a.  de  Barthélémy, 
ans  la  Revue  celtique,  1,  297,  Hucher,  l'Art  Gaulois,  II,  154).  L'e  de  la  première 
yllabe  est  long  dans  Lucain,  I,  42  s,  et  dans  Sidoine,  Panégyrique  d'Anthèmius,  V,  208, 
q-  paraît  donc  s'expliquer  par  le  gouna  de  la  racine  sik  <i  mouiller,  »  en  sanscrit  sic. 
'.e  sens,  clair  pour  un  nom  de  rivière,  est  moins  compréhensible  pour  le  nom  d'un  peuple: 
e  thème  pourrait,  quand  il  a  cette  dernière  valeur,  avoir  aussi  une  racine  différente  ; 
uana  ou-vana  serait  un  suffixe,  cf.  Gr.  C-,  p.  764,  et  Fick,  VVœrterbuch,  2' éd., p.  198. 


276  Bibliographie. 

plusieurs  de  ces  mots  appartiennent  aussi  aux  langues  celtiques.  Ainsi 
gothique  hveiî-s  w  blanc,  »  rattaché  par  lui  au  sanscrit  çvid,  çvinda 
«être  blanc»,  p.  43,  paraît  identique  au  gaulois  vmJo- identique  lui-mêr 
au  gallois  gwyn,  gwen  «  blanc,  beau,  heureux  ;  «  le  gothique  gaur-a 
«  troublé,  attristé,  »  en  sanscrit  g/^ora  «  terrible  »  (p.  43),  semble 
même  mot  que  le  breton  armoricain  gar;',  garo  <(  rude,  sévère,  acariâtre, 
avec  une  métathèse  de  IV  qu'on  trouve  aussi  dans  le  gaulois  tan 
«  taureau,  »  pour  tauros.  La  préposition  gothique  bi,  en  sanscrit  al 
(p.  4$),  se  retrouve  en  gaulois  sous  la  forme  ambi-. 

De  la  page  62  à  la  page  138,  M.  Fick  donne  la  nomenclature  d 
mots  européens  où  se  rencontrent  le  k  et  le  k  cédille.  Les  form 
celtiques  apparaissent  fréquemment  dans  ce  recueil  qui  en  génér 
ne  méri'^e  que  des  éloges  ;  mais  quelques  détails  prêtent  le  flaii 
à  la  critique,  ailleurs  il  y  a  des  lacunes  évidentes.  Ainsi  aux  pagi 
62-6},  paup  «  chaque,  »  donné  comme  breton,  est  une  forme  spécia 
au  rameau  gallois,  étrangère  au  rameau  armoricain  de  la  souci 
bretonne,  rameau  qui  n'admet  pas  la  diphthongaison  de  ïâ  Ion 
M.  Fick  appelle  le  gaulois  altgallisch,  p.  65,  66,  100,  131,  tanc 
qu'ailleurs  il  l'appelle  gfl//«c/i  tout  court,  p.  1 16,  195.  Il  n'a  pasrapproci 
du  latin  corpus,  p.  74,  le  thème  vieil  irlandais  corpa-  qui  a  le  mèn 
sens;  du  XdXmcehus,  du  lituanien  kelta-s,  p.  76,  le  gaulois  celta;( 
sanscrit  kâs  «  tousser,  «  p.  79,  le  breton  armoricain  pas  «  toux,  »  ( 
gaélique  d'Ecosse  casadh;  du  sanscrit /i^A:  «  cuire,  »  p.  100,  le  bretcj 
poaz  «  cuit,  ))  en  gallois  poeth  =  *pop-îo-s  (Beitr.,  V,  225)  où  l'(| 
remarque  Vo  du  latin  cocîas  entre  les  deux  p  du  grec  r.i-i:q  ;  des  diff 
rentes  formes  de  la  racine  nik  «  briller,  »  en  sanscrit,  en  grec,  ( 
latin,  etc.  (p.  107),  le  gallois  /ou  «  lumière,  «  di-guo-louich-etic  «  mist 
lumière  »  (Gr.  G. 2,  106);  du  thème  européen  suka,  dérivé  de  s\ 
<(  couler  »  (p.  1 1 2)  un  des  noms  gallo-romains  de  la  Saône,  Sauco-ni 
dans  Ammien  Marcellin,  XV,  ii  ;  de  la  racine  kad  «.  orner  «  (p.  118 
le  breton  armoricain  cazr,  kaer  «  beau;  du  grec  x£v--pov  (p.  11! 
«  éperon,  »  le  breton  armoricain  kentr,  le  vieil  irlandais  cinteir  et 
comique  kenter,  Gr.  O,  42,  153,  781,  801  ';  des  racines  ku,  kv 
KUAN,  p,  123,  125,  126,  le  gaulois -cu;z/a  «  hautes,  «  dans  àp-y.'jvi'z, 
une  foule  de  formes  néo-celtiques  qu'il  serait  trop  long  d'énumérer  ici 
du  thème  klauni,  p.  125  «  hanche,  »  le  breton  clan  usité  en  gallois,  ( 
comique  et  en  armoricain,  Gr.  C-,  1067;  du  sanscrit  -drç  «  voyant, 
p.  1 3 1 ,  le  gallois  dryclm  «  faire  voir.  » 

1 .  Dans  ce  dernier  passage  on  suppose  que  nÉvTpov  et  xscfTpa  ont  la  même  racin 
opmion  rejetée  par  M.  Fick  p.  1 18-1 12. 


Bibliographie.  277 

;  La  troisième  partie,  p.  1 58,  traite  des  relations  de  parenté  entre  le 
grec  et  les  langues  indo-européennes  de  l'Asie.  Nous  y  signalerons  par 
exemple  cette  observation  curieuse  que  le  suffixe  mata-  (en  breton 
armoricain  -ved)  des  nombres  ordinaux  celtiques  à  partir  de  sept  se 
-trouve  dans  l'homérique  k^jo6[x%'oq  «  septième,  »  p.  140. 
,  Dans  la  quatrième  partie,  p.  161,  il  s'agit  des  formes  de  noms  qui 
iont  en  Europe  différentes  des  formes  asiatiques  correspondantes. 
VI.  Fick  aurait  pu  rapprocher  du  gothique  vanas  «  dépourvu  de,  » 
).  171,  le  breton  armoricain  gwan  «  faible.  »  Le  breton  armoricain  ivin 
1=:  onguîno-s,  est  un  dérivé  du  thème  ongui  qu'on  retrouve  dans  le  latin 
dnguis,  p.  174  (voir  ce  que  M.  Windisch  a  dit  de  la  forme  irlandaise 
nga  dans  la  Zeitschrift  de  M.  Kuhn,  t.  XXI^  p.  421). 
I  La  cinquième  partie,  p.  176,  a  pour  objet  le  développement  uniforme 
■le  Ve  et  sa  substitution  à  Va  dans  les  langues  européennes.  Encore 
à  quelques  lacunes.  La  racine  ghel  «  être  vert,  jaune»,  p.  187,  se 
;etrouve  encore  en  armoricain  dans  gell  «  jaune,  »  dont  le  suffixe  a 
iisparu.  Le  vieux  gallois  guerg  {efficax)  aurait  dû  être  placé  à  la  suite  du 
^rec  ipYov,  p.  197.  Le  thème  sena  «  vieux,  »  p.  198,  et  aussi  «  hono- 
■able,  digne,  »  p.  196,  nous  parait  donner  avec  ce  dernier  sens  l'expli- 
:ation  du  gaulois  Senones  :  comparez  sene-scalcus  «  sénéchal,  »  c'est-à- 
Jire  «  chef  des  domestiques.  » 

La  sixième  partie,  p.  201,  concerne  le  développement  en  Europe  de 
='/  qui  comme  on  sait  tient  lieu  d'un  r  primitif  dont  le  changement  en  / 
;'est  produit  en  Asie  d'une  manière  indépendante.  M.  Fick  y  donne  à  tort 
4^m,p.  2 17,  comme  le  thème  du  comparatif  laigiu,lugii,  qui  est  un  thème 
.;onsonantique  en  s,  Gr.  C.^,  p.  270:  Vs  final  s'est  conservé  sous  la 
orme  c'h  dans  le  comparatif  des  dialectes  bretons,  Gr.  C.  ^,  p.  298.  Le 
atin  altus  «  élevé,  »  p.  225,  paraît  identique  au  breton  armoricain  aot, 
i(  rivage.  »  Le  grec  (oXsvy),  le  gothique  aleina,  le  latin  ulna,  p.  227, 
;ont  le  même  mot  que  le  breton  armoricain  ilin.  Le  lituanien  dali-s,  p. 
,538,  se  reconnaît  dans  le  second  terme  du  composé  vieil  irlandais  fo-dail 
'(  division,  «  Gr.  G.^,  874.  Le  nom  d'arbre  grec  zXâ-avoç,  p.  234,  n'est 
lutre  chose  que  l'adjectif  gaulois  litdnos  «  large  »  pour  plitânos  ;  l'accent 
leul  diffère. 

Nous  arrêtons  ici  cette  critique  qui  ne  pourrait  sans  dépasser  les 
imites  qui  nous  sont  assignées  s'étendre  aux  deux  dernières  parties, 
.eûtes  deux  consacrées  à  l'étude  du  vocabulaire  européen.  On  verra, 
lous  l'espérons,  dans  nos  observations  une  preuve  de  l'intérêt  que  nous 
ivons  trouvé  au  savant  travail  de  M.  Fick.  Nous  désirerions  voir  cet 
^rudit  pousser  plus  loin  ses  études  celtiques.  Lui  qui  connaît  si  bien  le 
glossaire  des  langues  indo-européennes  pourrait  mieux  que  personne 


278  Bibliographie. 

entreprendre  et  mener  à  bonne  fin  le  livre  qui  manque  le  plus  ai 
celtistes,  le  livre  que  ne  nous  ont  donné  ni  Zeuss,  ni  M.  Ebel,  et  do 
les  romanistes  doivent  le  modèle  à  M.  Diez,  un  dictionnaire  compaj 
des  langues  néo-celtiques.  i 

H,  d'Arbois  de  Jubainville. 

Grammaire  des  langues  romanes,  par  Frédéric  Diez,  traduite  p 
MM.  G.  Paris  et  A.  Brachet.  Tome  l"',  Paris,  Franck,  in-8%  476 
Prix,  12  fr. 

La  grammaire  de  Diez  est  restée  le  meilleur  ouvrage  que  nous  poss 
dions  sur  l'ensemble  des  langues  romanes.  Les  deux  élèves  de  c 
éminent  linguiste,  qui  ont  entrepris  de  mettre  l'œuvre  du  fondateur  de 
philologie  néo-latine  à  la  portée  d'un  public  ordinairement  étranger  à 
langue  allemande,  ont  fait  par  là  un  acte  de  dévouement  dont  ilsverro 
bientôt  les  fruits.  Si  l'on  compare  M.  Diez  à  Zeuss,  on  ne  trouvera  p 
au  premier  une  puissance  créatrice  supérieure  à  celle  du  second;  mais 
talent  d'exposition,  que  M.  Diez  possède  à  un  degré  si  remarquabl 
fait  complètement  défaut  à  Zeuss.  M.  Diez  a,  malgré  sa  langue,  forn 
hors  d'Allemagne  une  pléiade  d'élèves  distingués  qui  font  sa  gloire 
dont  le  nombre  augmentera  quand  la  grammaire  sera  traduite.  La  Gru! 
matica  celtica,  bien  qu'écrite  en  latin,  n'a  pas  de  lecteurs;  presque  pe 
sonne  ne  sait  s'orienter  dans  ce  labyrinthe  dont  M.  Ebel  a  considérable 
ment  amélioré  d'innombrables  détails,  mais  dont  il  n'a  pas  modifié 
plan  défectueux  ;  la  plupart  des  rares  propriétaires  de  ce  savant  ouvra^ 
n'en  connaissent  hélas  !  que  la  table,  malheureusement  trop  incomplèi: 
pour  donner  de  la  valeur  du  livre  une  idée  suffisante. 

La  traduction  de  la  grammaire  de  Diez  formera  quatre  volumes  doi, 
le  dernier  sera  consacré  aux  additions  et  aux  rectifications.  Le  premiii 
contient  l'introduction  et  la  phonétique.  Nous  y  trouvons  plusieurs  coiri 
paraisons  intéressantes  avec  la  phonétique  des  langues  néo-celtiques;  o 
comparaisons  nous  paraissent  en  général  exactes.  Notons  cependai: 
que  le  z  breton,  signalé  déjà  dans  le  Cartulaire  de  Redon,  n'avait  pas  Ij 
valeur  du  z  roman  =  ds,  mais  qu'il  a  conservé  jusqu'au  siècle  demie' 
le  son  du  th  anglais.    Aux  preuves  qui  établissent  que  le  c  latin  valait 
devant  e  et  i  (p.  251),  M.  Diez  aurait  pu  en  ajouter  d'autres  en  citar 
les  mots  bretons  d'origine  latine  comme  koar  «  cire,  «  kercz  «  cerise, 
koan  «  souper.  »  Aux  preuves  de  l'affaiblissement  de  ?  en  (i  entre  deu 
voyelles  en  bas  latin  onpourrait  ajouter lesmotsbretons  :  bouzellen  «  boyau, 
venu  de  botelliis  par  l'intermédiaire  de  bodellus;  moneiz  «  monnaie, 
de  moneta  par  l'intermédiaire  de  moneda.  Nous  soumettons  ces  observa 
tions  aux  savants  traducteurs. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


PÉRIODIQUES. 


■  ARCH.EOLOGIA  Gambrensis.  —  April    1873.   This  number  opens  with  an 

laborate  article  by  the  late  M.  Rees,  of  Tonn,  on  «  Loventium  :  its  geographi- 

al  position,   and  reasons  for  assigning    it    to  Llandovery.   »    The    writer's 

-eath  is  a  great  loss  to  Wales  (pp.  1 13-138).  —  Prof.  Evander  Evans  continues 

lis  «  Studies  in  Cymric  philology,  »    (pp.   139-153)  :  the  following  abstract 

i'ill  give  the  reader  an  idea  of  the  importance  of  this  article  :  —  i)  The  pro- 

ection  of  the  médise  familiar  in  Breton  and  Cornish  was  at  one  time  usual  also 

1  Welsh  as  in  y  s  truc  for  ys  drue,  =  «Est  maium,  »  and,  0  keill  for  o(s)  geill^ 

i  if  (he)  can  »  :  also  in  the  Capella  Glosses  in  orcuertic  cors  for  or  gueetic  cors. 

,'his  would  suggestanew  method  of  attacking  niguorcosam.  2)  Welsh  hada  plu- 

il  ending  awr,  jawr  overlooked  by  Zeuss  and  to  be  compared  with  Breton  -ier. 

)  Welsh  poetry  shows  instances  of  yd  as  a  termination  of  the  second  person 

'ngular,  présent  indicative  active  :  this  would  in  0.  Welsh  hâve  been  -id  and 

mod.  W.  ydd,  corresponding  to  Cornish   -yth,  -cth  and   Breton  -ez.  4)  The 

irmination  of  the  third  person  singular,  indicative  active,  is  dropped  in  Welsh 

ibjoined  verbs  as  in  Irish,   as    in   «  trengiW  golud,   ni    threing  molud  »   = 

ches  perish,  glory  perishes  not.  5)  The  same  person  of  the  verb  is  shown  fre- 

iently  to  end  in  a  in  the  future  as  in  doluria,  'dolebit',  etc.:  Zeuss  is  wrong  in 

jCating  this  a  as  part  of  the  stem.  6)  The  Welsh  présent  subjunctive  characte- 

xà  now  by  0  is  shown  to  hâve  formerly  had  oe  throughout  and  to  be  of  opta- 

i/e  origin.  7)  Traces  of  the  â  conjugation  are  pointed  out  in  the  third  person 

ngular,  -aut,  plural  -aunt  doing  duty  as  futures  in  the  poets  and  in  0.  Welsh. 

'  The  third  person  singular,  perfect  active,  had  besides  the  ending  usually  assigned 

it  others  suchas  -essit,  -yssit,  -sit,  and  even  -assit.  9)  Welsh  passive  participles  are 

tected  in  such  formes  managad-oedd,  ganad-oedd,  etc.  used  as  pluperfects.  Pas- 

.ig  over  several  elaborate  articles  on  archneology,  on  which  we  would  rather 

'it  venture  any  critiscim,  we  come  to  the  correspondence  which  opens  with    a 

ter  by  Mr.  J.  Rhys  on  some  of  'Our  British   inscriptions'  —  he  identifies 

NNEMAGLi   with   Gwcnfacl  and  maintains   the  Welsh    origin  of  the  Penrhos 

ugwy  stone  reading  hic  iagit  MACCvaECCETi  against  the  Irish  daim  advanced 


28o  Périodiques. 

by  Mr.  Brash  (pp.   197-200).  The  number  closes  with  an  instalment  of  'Oi 

ginal  documents  '. 

July,  1873.  This  number  besides  many  able  articles  on  archaeologii 
subjects  contains  one  by  Boyd  Dawkins.  '  On  the  date  of  the  conquest 
South  Lancashire  by  the  English  '  :  according  to  him  they  fought  t 
battie  of  Chester  in  607,  and  having  beaten  the  Welsh  they  must  hi 
soon  added  to  their  dominions  the  flat  country  inciuding  South  Lancashii 
thus  the  Welsh  were  permanently  divided  from  their  cousins  of  the  north  in  t 
beginning  ofthe  7th  century  (pp.  236-9).—  Chevalier  Lloyd  continues  his 'H' 
tory  ofthe  Lordship  of  Maelor  Gymraeg'  (pp.  240-258).  —  A  list  by  Mr.  Rh 
of  «  Welsh  words  borrowed  from  Latin,  Greek  and  Hebrew  »  (pp.  258-271 
it  is  merely  tentative. —  Mr.  Brash  maintains  in  the  'correspondence'  (pp.  28$ 
the  Irish  claim  to  the  old  inscriptions  :  his  philology  is  of  the  Vallancey  tyf 
The  number  fmishes  with  «  Original  documents  »  to  which  is  added  the  fi- 
instalment  of  Lewis  Morris'  unpublished  «  Celtic  Remains'»  consisting  of  a  S( 
of  dictionary  of  names  of  men  and  places  and  highly  interesting  in  many  r 
pects  to  ail  concerned  with  Wales  and  the  Welsh. 

Oct.  1873.  This  number  is  mostly  archasological  excepting  Mr.  Rhys'  'Wei 
words  borrowed  from  Latin,  Greek  and  Hebrew'  continued(pp.  355-365).  Inlj 
correspondence  he  défends  his  position  against  Mr.  Brash  and  gives  the  readij 
of  two  new  Oghams  which  hediscovered  last  summer,  one  in  Denbighshire  a 
one  in  Pembrokeshire  ;  the  former  is  the  only  one  known  in  North  Wa 
(pp.  386-8). —  Mr.  Howel  W.  Lloyd  enters  a  protest  against  Rhys'  derivingj 
many  Welsh  words  from  Latin,  alleging  that  only  proof  of  a  common  orij 
is  given  —  his  own  instances  of  etymologizing  rob  his  protest  ofthe  weighl! 
should  carry  (pp.  390-1).  The  'Celtic  Remains'  are  continued. 

January  1874.  This  number  is  also  mostly  archaeological  — 'Welsh  woij 
borrowed  from  Latin  etc.'  are  continued  (pp.  52-59).  Mr.  Rhys  has  also  a  sh'j 
article  'On  some  of  our  British  Inscriptions'  (pp.  17-21)  :  he  reads  the  Pi^ 
Park  stone  near  Ruthin  svmilini  tovisagi  and  in  Ogham  suu^h-n»  and  i 
re-discovered  stone  of  Vitalianus  vitaliani  emereto  and  in  Ogh 
viTALiANi  :  the  Bridell  Ogham  he  would  read  Nettas.\.gru  maqi  Mm; 
Breci,  and  the  Ogham  on  the  Cilgeran  stone  he  reads  for  the  first  time  Tre> 
Gusu  MAQI  Maqitreni.  In  the  'correspondence'  he  invites  Mr.  Howell  ^ 
Lloyd  to  help  instead  of  protesting,  and  deals  very  tenderly  with  his  ideas 
philology.  Pp.  91-3  we  hâve  a  short  account  from  the  Irish  Bidldcr  of  a  Soij 
British  Ogham  examined  by  Dr.  S.  Ferguson  at  Tavistock,  Devonshire  readij 
...  NABARR...  The  Roman  inscription  accompanying  it  reads  Dobunni  fai' 
FiLi  Enabarri.  The  'Celtic  Remains'  are  continued. 

C.ARNARVON  and  Denbigii  Herald,  numéros  des  29  novembre  et  6  décemlj 
1873.  The  Early  Imcribed  stones  of  Wales,  by  John  Rhys.  L'auteur  a  tiré  à  pi 
en  brochure  ces  deux  articles  dont  la  vraie  place  eût  été  VArchœolo^ 
Cambrensis  plutôt  qu'un  journal.  M.  Rhys  a  employé  ses  vacances  de  187- 


Périodiques.  281 

visiter  et  à  examiner  les  pierres  connues  en  Galles  pour  porter  des  inscriptions, 
soit  en  caractères  romains,  soit  en  oghams.  Cette  tâche  est  plus  difficile  qu'on 
ne  pense  peut-être;  car  la  plupart  de  ces  pierres  sont  restées  en  pleins  champs. 
M.  Rhys  donne  ses  lectures  de  ces  inscriptions,  et  elles  diiïèrent  par  endroits  des 
lectures  déjà  publiées.  Il  les  accompagne  en  même  temps  de  réflexions  sur  les 
inscriptions  ou  sur  les  monuments  qui  les  conservent.  Il  est  malheureux  que  ces 
vénérables  débris  de  l'antiquité  britannique  restent  dispersés  au  hasard,  et  sans 
que  rien  les  garantisse  de  la  ruine  ou  de  la  destruction,  quand  leur  ensemble 
constituerait  une  si  riche  collection.  La  principauté  de  Galles  n'aura-t-elle  donc 
pas  un  musée  d'antiquités  nationales?  Il  semble  que  l'Université  d'Aberystwyth 
en  serait  naturellement  le  siège. 

Beir.niad.  In  October  1873,  there  is  an  article  on  Wclsh  Synonyms, 
which  appears  to  be  the  first  thing  published  on  that  subject,  and  it  is  to  be 
continued  in  future  numbers.  In  January  1874  there  is  an  article  on  LIoffion 
laith  (Gleanings  of  Philology)  in  which  the  principles  of  Philology  are  explained 
and  illustra ted. 

'  Traethodydd.  a  third  article  on  Hen  Lyfrau  y  Cymry  (Old  Welsh  Books)ap- 
peared  in  the  number  for  January  1874.  In  it  are  registered  and  described  a 
'considérable  number  of  pamphlets,  such  as  Ballads  and  Almanacs  which  had  not 
;been  previously  noticed.  It  describes  aiso  a  very  early  édition,  if  not  the  first  in 
'Welsh,  of  Thomas  a'ICempis,  and  gives  a  full  account  of  the  old  catholic  work 
!of  Cardinal  Bellarmin  «  Eglurhad  Hdacth-Lawn  i'r  Athrarviaeth  Gristnogawl  «  the 
■translation  of  which  is  ascribed,  by  the  writer  of  the  article,  to  GruiTydd  Ro- 
berts  the  grammarian. 

Dysgedydd.  a  second  article  on  Do  (yes)  has  appeared  in  the  April  (1873) 
number  of  this  periodical,  in  which  the  author  attempts  to  explain  the  meaning 
!of  the  several  particles  used  in  Welsh  as  answers  to  différent  forms  of  questions. 
iHe  discriminâtes  between  them,  and  traces  their  etymology. 

JoLRNAL     OF      THE      ROYAL     AND      ArGH.EOLOGICAL      ASSOCIATION     OF     IrE- 

LA.Mi,  April  1872,  p.  98-112.  The  sculptured  crosses  of  Ireland,  by  Mr.  R.  R. 
Brash.  —  July,  p.  1^9-190.  The  Dind-Senchus  of  Eriu  translated  and  edited  by 
,VIr.  J.  O'Beirne  Crowe.  —  October,  p.  222-238  :  The  Ogham  monuments  of 
Kilkenny  by  D^  S.  Ferguson  :  déjà  l'année  précédente  M.  Ferguson  avait  publié 
jne  dissertation  sur  le  déchiffrement  des  inscriptions  oghamiques,  (Proceedings 
pf  the  Royal  Irish  Acadcmy  ser.    II,  vol.  II   p.    30-64)  qui  est  le  travail  le  plus 

;ritique  sur  cette  question  —  P.  238-246.    The  Dunbel  Ogham  Inscriptions,  by 

^r.  R.  R.  Brash. 
January  1873,  p.  261-281.  Patron  Days  and  holy  VKt7/5  ('n  0550/-),  by  Mr.  John 

■logan.  —April  :  p.  539-361  :  Loca  Patriciana,  by  the  Rev.  J.  Fr.  Shearman. 

uly  :  p.  437-444.  Coiinty  of  Kilkenny  inscrihed  Pillar-Stones  by  Mr.  R.  R.  Brash. 

-  P.  486-498  Loca  Patriciana  by  the  Rev.  J.  F.  Shearman  (continued).  —  Oc- 
Rev.  Celt.  Il  1  9 


282  Périodiques. 

îober,  p.  323-531.  On  Inscribcd  Cromlechs,  by  D'  S.  Ferguson.  -  P.  s^^'S'^o 
Loca  Patriciana  by  the  Rev.  J.  F.  Shearman  (continued)  ;  traite  de  l'Ogham  bi 
lingue  de  Killeen  Cormac. 

Transactions  of  the  [Londox]  Philological  Society,  1873-4,  p.  16; 
186.  —  TheCornish  Lmguagc,  by  Henry  Jenner,  Esq.  Intéressante  monographi 
de  la  langue  comique,  résumant  les  faits  principaux  de  sa  grammaire  et  d 
l'histoire  de  sa  littérature.  Parmi  les  débris  connus  de  la  littérature  corniquf 
M.  J.  mentionne  une  collection  qui  a  été  donnée  en  1870  à  la  Bibliothèque  d 
musée  Britannique  (où  elle  est  classée  :  Add.  ms.  28,554).  Cette  collectior 
faite  au  début  du  siècle  dernier  par  William  Gwavas,  contient  entre  autr( 
choses  un  certain  nombre  de  chansons,  épigrammes  et  proverbes  comiques 
Relativement  au  martyre  de  sainte  Maximilla  dans  le  mystère  de  l'Origine  a 
Monde,  M.  J.  adopte  l'hypothèse  inadmissible  de  M.  de  la  Villemarqué  qui  vo^ 
dans  cet  épisode  une  allusion  à  la  mort  de  Jeanne  d'Arc.  Nous  le  renvoyons  ' 
un  article  de  M.  Paul  Meyer  dans  la  Revue  Critique,  t.  I,  p.  219  et  suiv. 

Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris  T.  II. —  Pp.  70  et  17 
Fagne,  faigne,  fange,  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville  ;  Fagne,  faigne,  fange  p;: 
M.  Gaidoz.  Dans  ces  deux  notes  que  les  auteurs  regrettent  d'avoir  écrites  sai, 
avoir  su  que  M.  Grandgagnage  avait  traité  avant  eux  le  même  sujet,  les  que' 
tions  examinées  touchent  à  l'histoire,  non  de  l'élément  gaulois,  mais  de  l'élémei 
germanique  en  France  et  en  Belgique.  Le  mot  fagne,  en  bas-latin  fania,  est 
féminin  du  gothique  fani,  marécage.  Mais  si  nous  en  parlons,  c'est  que  noi 
croyons  que  c'est  ici  le  lieu  de  proposer  une  correction  à  la  Grammatica  celtia 

Zeuss  a  cru  pouvoir  rapprocher  le  gothique  fani,  en  allemand  venn.  veen,  di 
mots  néo-celtiques  suivants  :  vieux  comique  guen  [campus),  plus  tard  gwoi 
goon;  vieux  gallois  guoun,  aujourd'hui  gwacn  «  plaine,  prairie  »  ;  moyen  arme 
ricain  gueun,  aujourd'hui  iun  «  terrain  marécageux.  »  Ce  rapprochement  a  c 
maintenu  par  M.  Ebel,  Gr.  Ca,  p.  1077.  Il  est  difficilement  admissible.  La  r 
cine  germanique  a  pour  consonne  initiale  un  /  =  /?  ;  la  racine  celtique  un  g\v 
V.  La  racine  du  gallois  guoun,  gwaen  peut  être  la  même  que  celle  de  l'irla 
dais  fcath  «  marais  »  dont  Vf  =  v.  La  diphthongue  ou,  ae  du  gallois  contra 
tée  en  une  seule  voyelle  en  comique  et  en  arm.oricain  s'expliquerait  vraisembl, 
blement  par  le  groupe  av  (Gr.  C",  v.  109,  128),  ce  qui  permettrait  de  disti: 
guer  dans  guoun,  gwaen  un  thème  vavo-,  vevo-  et  un  suffixe  no  {—  na)  ou  / 
Vavo-  vevo-,  serait  identique  au  thème  ûvo  =  vagvo-  qu'on  trouve  dans  le  lat 
uva,  uvor,  uvcre,  uvidus.  (Corssen,  Aussprache  ...  der  latànischen  Sprac 
2«  édit.,  t.  I,  p.  544).  Le  second  v  de  vavo-  aurait  péri  dans  l'irlandais  /m 
conformément  aux  règles  exposées  dans  la  Gramm.  celt.^  v.  54-58,  784.  Airi 
guoun  et  feath  ne  différeraient  que  par  la  consonne  finale  n  =  no-  ou  ni-  en  brj 
ton,  tk  =  to  =  ta-  en  irlandais.  Guoun  s'expliquerait  par  une  forme  pi; 
ancienne  vauno-s  =  vevonos  =  vegvono-s  ou  vauni-s  —-  vcvoni-s  =  vegvo-ni-s  ; 
feath  par  une  forme  plus  ancienne  vevo-to-s  ou  vevo-ta-s.  Le  mot  germaniqi 


Périodicjues.  28? 

n'y  a  aucun  rapport.  Le  gothique /an/  paraît  identique  au  prussien  panncan 
(accusatif)  «  marécage,  »  (Fick,  Vergleichendes  WœrUrbuch,  2«  édit.^  p.  530, 
790).  Le  V  initiai  de  la  forme  allemande  n'est  qu'une  variante  orthographique  de 
\'{  gothique. 

P.  224-227.  Etymologie  du  nom  propre  Littrc  par  M.  Mowat.  Le  savant  auteur 
établit  qu'il  y  a  dans  l'Ille-et-Vilaine  un  nom  de  lieu  de  ce  nom,  que  ce  nom  de  lieu 
est  devenu  nom  de  famille.  Ce  nom  de  lieu  parait  bien  identique  à  celui  que  porte 
l'auteur  du  Dictionnaire  de  la  langue  française.  La  forme  gallo-romaine  de  ce  nom 
de  lieu  doit  avoir  été  Listeriacum  ou  Listriacum,  dérivé  de  Listerius  ou  de  Listrius. 
M.  M.  propose  de  considérer  Listerius  comme  un  dérivé  du  breton  lis  «  cour  »  : 
Listrius  serait  dérivé  de  lestr  «  vaisseau,  vase.  »  Mais  nous  ne  connaissons  ni 
l'étymologie  ni  la  forme  gauloise  de  lis,  ni  de  lestr  ;  en  sorte  qu'il  est  très- 
difficile  de  nous  prononcer  sur  la  question  de  savoir  si  de  ces  formes  gauloises 
inconnues  ont  pu  naître  les  dérivés  Listerius  et  Listrius. 

H.  d'A.  de  J. 

RoMANiA.  T.  II,  n"  8,  p.  505-506.  —  Les  savants  directeurs  de  cette  revue 
contestent  l'étymologie  celtique  que  nous  avons  proposée  pour  i'adjectif  bebrinus 
«  de  castor.  »  Le  castor,  connu  dans  le  Latium  au  temps  de  Varron,  a  dans  la 
Gaule  survécu  pendant  des  siècles  à  la  conquête  romaine.  Son  nom  gaulois  *tàroi 
nous  explique  à  la  fois  le  nom  propre  français  de  la  rivière  de  Bièvre,  le  nom 
commun  français  «  biévre  »  employé  spécialement  pour  désigner  le  castor 
d'Europe,  et  le  néo-celtique  befer  traduisant  fiber  dans  le  vocabulaire  comique 
iGr.  C.  2,  p.  1075,  cf.  p.  37).  De  lui  sont  dérivés  le  nom  de  source  gaulois 
I  Bcbronna  (Gr.  C.  2,  p.  774)  où  \'e  radical  est  gardé,  et  le  nom  de  ville  gaulois 
Bibracte  «Beuvray  »  où,  par  l'effet  du  déplacement  de  l'accent,  l'e,  devenu  atone, 
s'est  affaibli  en  i.  Malgré  l'autorité  légitime  qui  s'attache  à  la  Romania ,  nous  ne 
pouvons  non  plus  abandonner  ce  que  nous  avons  dit  (p.  139)  de  la  possibilité  de 
l'introduction  du  thème  pronominal  gaulois  cata  dans  le  bas  latin  et  les  langues 
romanes.  Nous  croyons  reconnaître  ce  thème  dans  le  prénom  comique  ketep 
«  chacun  »  qui  forme  en  armoricain  le  premier  terme  du  composé  guitib-unan 
iGr.C.  2,  p.  405).  Cata  est  aussi  le  premier  terme  du  composé  irlandais  cat-lach 
(universitas),  Gr.  C.^,  p.  855,  873.  Les  Gaulois  formaient  environ  moitié  de  la 
population  des  pays  de  langue  latine  qu'on  a  appelés  Romania.  Il  est  difficile 
d'admettre  qu'ils  aient  e.xercé ,  sur  la  langue  vulgaire  de  ces  pays,  moins  d'in- 
fluence que  les  Grecs,  c'est-à-dire  que  des  étrangers. 

T.  III,  n°  9.  M.  Schuchardt,  dans  un  très-curieux  article  de  phonétique^ 
compare  aux  substitutions  de  la  consonne  initiale  dans  les  langues  néo-celtiques 
certaines  modifications  analogues  de  la  consonne  initiale  dans  les  dialectes  de  la 
Sardaigne,  du  centre  et  du  sud  de  l'Italie. 

H.  d'A.  de  J. 

MEMOIRES    DE    LA    SOCIÉTÉ   DES    ANTIQUAIRES    DE    FrAXCE,     t.     XXXIV.     — 

P.  285-381.  Les  tumulus  gaulois  de  la  commune  de  Magny-Lambert  (Côtc- 
'i'Or),   par  M.   Alexandre  Bertrand,   mémoire  accompagné  de    six   planches. 


284  Périodicjues. 

L'auteur  divise  les  objets  trouvés  dans  ces  fouilles  en  trois  catégories  ;  i»  objet) 
de  fabrication  celtique  ;  2°  objets  étrusques  introduits  chez  les  Gaulois  par  ii 
commerce;  3°  objets  de  provenance  indéterminée.  Dans  la  première  catégorie  i 
a  spécialement  étudié  l'épée  de  fer,  probablement  l'arme  appelée  en  irlandai 
claideb,  en  moyen  gallois  clcdyf  pour  'cladibos,  et  le  rasoir  en  bronze,  ce  rasoi; 
sans  doute  dont  le  nom  en  breton  armoricain  aokn,  en  gallois  cllyn,  paraîi 
devoir  s'expliquer  par  un  primitif  altinna,  artinna,  presque  identique  à  l'irlandal 
artene,  artinne,  artcinne  «  cailloux,  »  dérivé  à'arta-  «  pierre  »  (cf.  Arto-briga) 
comme  Artemia,  nom  d'un  rocher  dans  la  vie  de  saint  Domitien  (Gr.  O.,  68- 
770)  :  nous  supposerions  donc  que  la  pierre  aurait  été  avant  le  bronze  la  ma 
tière  du  rasoir  gaulois.  Des  épées  ou  des  rasoirs  analogues  à  ceux  de  Magny 
Lambert  se  trouvent  dans  des  sépultures  celtiques  d'Autriche  où  on  les  croi 
antérieurs  au  iv"  siècle  avant  notre  ère,  et  dans  des  sépultures  également  celti 
ques  d'Italie  dans  les  environs  de  Parme  et  de  Bologne  où  on  les  dit  plus  ancien 
que  le  VU"  siècle  avant  J.-C.  Parmi  les  objets  d'origine  étrusque,  M.  B.  signal 
avant  tout  des  seaux  en  bronze  qui  remonteraient  au  plus  tard  au  IV«  siècl 
avant  l'ère  chrétienne.  L'année  350  avant  J.-C.  serait  la  date  la  plus  rapproche 
de  nous  que  l'on  pourrait  assigner  aux  tumulus  de  Magny-Lambert. 

Dans  le  Bulletin  nous  signalerons  :  p.  19,  une  note  de  M.  Chabouillet  su 
l'acquisition  par  l'Etat  de  la  collection  de  monnaies  gauloises  formée  par  M.  d 
Saulcy  ;  p.  43,  134,  une  polémique  entre  M.  Bulliot  et  M.  de  Lasteyrie  sur  I 
question  de  savoir  si  le  premier  a  bien  réellement  découvert  des  objets  émaillé 
au  mont  Beuvray  ;  —  p.  82,  une  note  de  M.  Mowat  sur  un  graffito  conservé 
Poitiers  chez  M.  Bonsergentetoùlesavantépigraphistelitun  nom  d'homme  gai 
lois:  Ateura;  —  p.  123,  la  rectification  par  M.  Sansas  de  la  lecture  donnée  pré 
cédemment  d'une  inscription  du  musée  de  Bordeaux  où  se  trouve  le  nom  de  I 
déesse  Sirona;  —  p.  123,  une  observation  de  M.  Chabouillet  sur  le  poids  d 
statère  d'or  gaulois;  —  p.  165,  l'annonce  de  la  découverte  d'un  oppidum  gau 
lois,  par  M.  Le  Men,  dans  la  commune  de  Cap-Sizun  (Finistère),  lieu  dilCaslc 
Coz;  —  p.  166,  l'analyse  par  M.  Bertrand  d'une  brochure  de  M.  Cross  sur  K 
habitations  lacustres  du  lac  de  Bienne  :  il  en  résulterait  que  la  substitution  d 
fer  au  bronze  dans  la  fabrication  des  épées  aurait  été  opérée  chez  les  Caulois  pa 
l'industrie  locale  et  non  par  importation  :  cela  expliquerait  suivant  nous  commer 
le  fer  a  reçu  des  populations  celtiques  un  nom  indigène,  *  eisanw-s,  isanws,  qi 
hors  de  chez  elles  se  trouve  seulement  chez  les  Germains,  chez  lesquels  il  aura 
été  importé  avec  le  fer  par  le  commerce  gaulois  ;  —  p.  168,  des  observations  d 
même  M.  Bertrand  sur  les  ouvertures  pratiquées  dans  la  porte  de  pierre  d 
certaines  allées  couvertes  ;  —  p.  1 73 ,  la  communication  par  M.  Quicherat  de  troi 
inscriptions  inédites  de  Luxeuil  dans  l'une  desquelles  le  nom  propre  Meliddiu 
est  écrit  avec  d  barré.  Ce  nom  n'a  pas  été  mentionné  par  M.Becker  dans  sesétudcj 
sur  le  d  barré  gaulois,  Bcitr.,  III,  207,  IV,  162. 

H.   U"A.    DE  J. 

RuvuE  Arcukologiquk.  Mai  1873.  P.  314-516  Vorghim  d   Vorganhim,  pa] 
M.  Ern.  Desjardins;  M.  D.  rappelle   à  l'occasion  de  la  découverte  du  nom  d' 


Périodiques.  285 

Vorganium  sur  l'inscription  de  Kerskao  qu'il  n'avait  point  confondu  les  deux 
localités  de  Vorgium  et  de  Vorganium  dans  son  édition  de  la  Table  de  Peutinger. 
—  Août  :  p.  95-97.  Le  Mercure  Gaulois  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville  :  ex- 
plique par  «  le  savant  »  le  surnom  de  Visucius  donné  à  Mercure  dans  diverses 
inscriptions  de  la  Gaule  et  de  la  Germanie.  —  P.  152  :  Lettre  de  M.  Genthe 
sur  l'orthographe  du  nom  du  dieu  Esus  ou  Hesus  dans  les  mss.  de  Lucain. 
Tous  donnent  Esus  sans  H,  sauf  le  ms.  provenant  de  l'Ecole  de  médecine  de 
Montpellier.  —  Septembre  1873  :  p.  190-193  :  Fouilles  dans  les  terrains  du 
cloître  Saint-Marcel,  par  M.  A.  de  Longpérier.  On  a  découvert  dans  des  fouilles 
■un  fragment  d'inscription  contenant  le  nom  des  Pansu: 

FILSACER  .... 

PARI  .... 
Octobre  :  p.  259-262.  Stèle  antique  trouvée  dans  le  jardin  de  l'abbaye  de  Port- 
Rojal-cn-Vllle,  à  Paris,  par  M.  A.  de  Longpérier.  Voici  l'inscription  : 
GEMINIVS 
SOLIMARIF 

VESTIARI  (RI  liés; 

H. S. 
Germinius  Solimari  f[ilius]  h[ic]  s[itus].  M.  de  L.  passe  en  revue  à  cette  occa- 
sion les  inscriptions  déjà  connues  qui  renferment  le  nom  de  Solimarus  et  ses 
dérivés.  —  Novembre,  p.  289-291.  Teutates ,  par  M .  d'Arbois  de  Jubainville 
;cf.  Rev.  Celt.  I,  451)  :  remarque  que  ce  nom  est  l'épithète  de  Mars  dans  deux 
nscriptions  trouvées  l'une  en  Styrie  et  l'autre  en  Grande-Bretagne.  —  P.  354. 
Lettre  de  M.  L.  Pannier  pour  identifier  le  Sollmarlaca  de  l'Itinéraire  d'Antonin 
ivec  Sommérécourt.  —  Décembre,  p.  361-362  :  Inscription  funéraire  de  Tarbes, 
Dar  M.  le  général  Creuly  ;  provient  d'un  questeur  de  Bétique,  que  M.  Creuly 
:roit  être  Jules  César. 

Janvier  1874,  p.  1-8.  La  Station  de  Vorgium  par  M.  R.  Mowat.  Inscription, 
usqu'ici  inédite,  d'une  borne  milliaire  située  à  Maël-Carhaix  (C6tes-du-Nord). 
Zette  inscription  identifie  avec  certitude  Vorgium  et  Carhaix  et  prouve  que 
/orgium  et  Vorganium  sont  deux  localités  distinctes.  Pour  M.  M.,  Vorgium  = 
;r.  FÉpyov,  angl.  Work  et  signifie  «  lieu  fortifié  ». —  Février,  p.  loi-i  10.  Noms 
>ropres  et  diminutifs  dans  les  Inscriptions  du  temps  des  Romains  aux  Pays-Bas,  par 
•A.  H.  Kern.  —  P.  133,  dans  le  sommaire  du  Bulletin  de  l'Institut  de  correspon- 
'ance  archéologique,  n"  de  décembre  1873,  on  signale  une  inscription  découverte 
n  Asie  Mineure  et  relative  à  un  prince  galate  connu  seulement  par  quelques 
nots  de  Cicéron  et  par  une  belle  pièce  unique  du  cabinet  des  médailles  de  Paris, 
■îrogitaros.  Il  est  qualifié,  dans  ce  texte,  de  TeTpàpxiÇ  FaXaTtov  Tpôxfj.wv.  — 
^ars,  p.  166-170.  Une  loi  de  la  phonétique  et  de  l'orthographe  franque ,  par 
il.  H.  d'Arbois  de  Jubainville.  Observations  sur  l'article  précité  de  M.  Kern. 

Revue  des  SociiixÉs  S.\ vantes  bes  Départements,  5^'  série,  t.  V,  livr. 
e  Mars-Avril  1873,  p.  321.  —  M.  Chabouillet  résume  une  lecture  faite  par 
I.  Bulliot  (au  congrès  des  Sociétés  Savantes,  en  avril  1873)  sous  ce  titre  :  Le 


286  Périodi(jues. 

temple  du  Mont  de  Sene  (Santenay,  Côte-d'Or).  En  1872,  sur  le  sommet 
cette  montagne  et  presque  à  la  surface  du  sol,  on  a  trouvé  une  tablette 
pierre  calcaire,  accostée  de  queue  d'aronde,  sur  laquelle  on  lit  l'inscript' 
suivante  : 

..VG-SACR. 

MERCVRIO 

..NCORINVS 
..VLLINl  FILIVS 
EX  VOTO 
«  Il  manque  peu  de  chose  à  cette  tablette,  qui  dans  son  état  actuel  a  42  ce 
timètres  de  large  sur  32  de  hauteur,  et  qui  devait  être  scellée  soit  dans  le  m 
soit  dans  le  piédestal  d'une   statue  de  Mercure.  C'est  au  commencement  < . 
lignes  qu'il  manque  quelque  chose.  L.  1,  il  n'y  a  que  le  second  jambage  de 
d'AVG;  I.  3,  on  croit  distinguer  les  traces  d'un  E;  1.  4,  il  semble  qu'il  y  av 
un  V.  »  —  P.  331,  M.  Chabouillet  résume  une  lecture  faite  par  M.  Hedde 
les  origines  de  la  ville  du  Puy.  Il  y  est  fait  mention   de   l'inscription   suivan 
trouvée  au  Puy,  qui  se  lit  sur  le  fronton  d'un   petit  autel  (hauteur  :  80  cer 
consacré  au  Dieu  Adidon  et  à  Auguste  : 

ADIDONI  ET  AVGVSTO 
SEX  TALONIVS  MVSICVS-D.S.P.P. 
—  T.  VI.  Juillet-Aoiit   1873,  p.  132,  inscription  de  Mas-d'Agenais  (Lot- 
Garonne). 

TVTELAE-AVG  (TE  liés) 

VSSVBIO'LABRVM 
SILVINVS.SCI 
PIONIS.F.AN 
TISTES.D. 
P.  119-121.  Note  de  M.  Gaultier  du  Mottay  (avec  gravure.)  sur  une  sta 
trouvée  au  village  du  Rillan,  commune  de  Saint-Brendan  (Côtes-du-Nord)  et 
il  croit  voir  une  représentation  de  l'Hercule  Gaulois. 

Archives  des  missions  scientifiques,  3''  série,  t.  I,  p.  1-49.  —  Cinijuu 
rapport  sur  une  mission  en  Basse-Bretagne  ayant  pour  objet  des  recherches 
les  traditions  orales  des  Bretons  armoricains,  contes  et  récits  populaires  \ 
M.  F.  M.  Luzel.  Les  quatre  premiers  rapports  de  notre  savant  collaborât! 
se  trouvent  au  t.  VII  de  la  2°  série,  p.  101-205.  Celui-ci  contient  dix-Si 
contes  et,  sur  chacun  d'eux,  une  intéressante  étude  de  mythologie  comparée, 
y  a  déjà  plusieurs  années  que  M.  Luzel  nous  promet  un  recueil  de  con 
bretons.  Ces  rapports  nous  donnent  de  son  futur  ouvrage  un  avant-goiit  < 
augmente  notre  légitime  impatience.  —  P.  525.  Rapport  sur  une  mission  scii 
■tifique  en  Bretagne  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville.  L'objet  de  ce  rapport 
une  étude  sur  les  mots  bretons  contenus  dans  le  cartulaire  de  Landevennec 
dans  une  charte  du  Xl^  siècle  conservée  aux  archives  d'Ille-et-Vilaine.  J'a 
m'excuser  d'avoir  défiguré  le  nom  de  l'obligeant  conservateur  de  ce  dép- 
M.  Quesnet.  Je  crois  m'y  être  trop  aventuré  en  comparant  au  latin  iuncus 


Périodiques.  287 

premier  terme  iun  du  composé  hm-arganl.  îun  en  breton  armoricain  archaïque 
paraît  être  le  breton  armoricain  moderne  ecmi  «  droit,  juste,  »  en  gallois  iawn,  et 
n'a  rien  à  faire  avec  le  moderne  iun  «  marais»  dont  1'/  initial  tient  lieu  d'un  g  plus 
ancien.  Voir  Vit  de  sainte  Nonne,  p.  94  et  Gr.  C.2,  p.  1077. 

H.  d'A.  de  J. 

Revue  des  Questions  historiques,  T.  XIV,  i"-- octobre  1873,  p.  637-639: 
Les  Volcae,  les  populations  lacustres,  les  Velches,  par  M.  H.  d'Arbois  de  Ju- 
bainville.  M.  d'A.  de  J.  explique  le  nom  de  Volcas  par  le  préfixe  gaulois  vo  = 
,jrl.  fo,  =  br.  guo,  et  la  racine  liqv  (dans  le  latin  liijuor)  de  sorte  que  ce  nom 
.signifierait  «  les  humides  »  et  pour  expliquer  cet  étrange  nom  M.  d'A.  de  J. 
suppose  que  «  ce  serait  le  nom  de  la  race  qui  occupait  les  habitations  lacus- 
tres ».  Il  suppose  aussi  que  ce  nom  de  peuple  est  l'origine  du  germanique 
Walah  d'où  les  noms  de  Welsh,  Wallon,  Valaques. 

■  Revue  de  France,  1874  :  Mars,  p.  771-783  ;  Avril,  p.  186-208.  Voyage 
')  l'Ile  d'Ouessant;  traditions  populaires  ;  pur  M.  F. -M.  Luzel.  Ouessant  est  de 
ioutes  les  îles  qui  avoisinent  le  littoral  armoricain  une  des  plus  curieuses  par 
'originalité  des  coutumes  et  par  la  simplicité  des  mœurs.  A  cet  égard,  M.  Lu- 
'.el  donne  une  description  complète  de  cette  terre  peu  connue  même  des  Bre- 
ms  du  continent  armoricain.  Il  y  a  recueilli  des  traditions  relatives  aux  hommes 
•!t  aux  femmes  de  mer  (qu'on  y  appelle  Morganed  et  Morganezed),  ainsi  qu'à  des 
emmes-cygnes.  Cette  dernière  personnification  n'est  point  rare  dans  les  traditions 
nythologiques.  Dans  une  ancienne  légende  irlandaise,  les  enfants  de  Lir  sont 
:hângés  en  cygnes  par  un  charme  de  leur  marâtre  Aoifé  ;  cette  légende  a  été 
lubliée  par  O'Curry  {Atlantis  T.  IV,  p.  113  et  suiv.).  Dans  l'Inde  les  Apsaras 
ont  représentées  sous  forme  de  cygnes  dans  une  légende  du  Çatapatha  Brâh- 
nana,  citée  par  Weber,  Indische  Streifen,  T.  I,  p.  16. 


NÉCROLOGIE. 


1  Le  Rév.  John  Bannister,  vicaire  de  Saint-Day,  dans  la  Cornouaille  insu- 
lire,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  sur  les  antiquités  de  son  pays,  décédé  le 
0  août  1873,  à  l'âge  de  57  ans. 

—  M.  Albert  Way,  né  à  Bath  en  juin  180;;,  mort  en  mars  1874,  archéologue 
e  mérite  dont  ÏArchaologia  Cambrensis  a  plusieurs  fois  publié  des  travaux. 

—  On  annonce  aussi  la  mort  de  M.  Owen  Jones,  né  en  1809,  mort  en  avril 
874,  auteur  de  la  Grawmar  oj  Ornament,  et  fils  unique  du  patriote  gallois  Owen 
pnes,  qui  sous  le  nom  bardique  d'Owain  Myvyr  a  publié  la  Myvyrian  Archaiology 
f  Wales. 


CHRONIQUE. 


Nous  empruntons  à  un  recueil  récemment  fondé  qui  contient  un  grand  noniL 
de  renseignements  utiles  aux  érudits  (Indicateur  de  l'Archéologue,  mars  1874, 
1^5)  la  note  suivante  sur  une  communication  faite  à  la  Société  Archéologiq 
du  Midi  dans  une  séance  de  décembre  1875  : 

M.  Chambert  fait  part  de  la  découverte  qu'il  vient  de  faire  dans  la  cci 

mune  de  Mondilhan,  à  6  kilomètres  de  Boulogne  (Haute-Garonne),  d'un  au 

votif  portant  l'inscription  suivante  en  très-belles  lettres  romaines  :  ^ 

DEO 

ILVRONI 

MAXVMA 

FLORI  FIL 

V  S  L  M 

—  Dans  le  programme  des  cours  du  semestre  d'été  1874  a  l'Université  d'H- 
delberg  est  annoncé  un  cours  sur  la  grammaire  de  l'ancien  irlandais  p 
M.  Windisch,  professeur  de  grammaire  comparée  à  ladite  Université  et  collât 
rateur  de  M.  Curtius  dans  la  dernière  édition  du  Grundzûge  (cf.  plus  haut, 
273). 

—  Les  mélodies  populaires  irlandaises  ont  des  admirateurs  ailleurs  qu' 
Irlande.  M.  Kissner  vient  de  publier  en  Allemagne  sous  le  titre  de  «  Chants 
l'Ile  Verte  »  Lieder  von  der  grûnen  Insel  (Leipzig,  Rieter-Biedermann)  de 
cahiers  de  mélodies,  musique  et  paroles  anglaises  avec  leur  traduction  en  v« 
allemands.  Le  premier  cahier  contient  des  chansons  diverses  et  bien  connues 
Irlande,  le  second  un  choix  des  Irish  Mélodies  de  Thomas  Moore  dont  M.  Kis 
ner  prépare  une  traduction  complète  en  vers  allemands. 

—  L'Université  galloise  d'Aberystwyth  (cf.  t.  I,  p.  169)  a  été  ouverte  à 
fin  de  1872.  Contre  nos  prévisions,  les  études  celtiques  ne  figurent  pas  dans 
programme  de  ses  cours.  Des  conférences  supplémentaires  y  ont  été  faites  cet 
année  par  des  savants  étrangers  à  l'Université.  Dans  le  nombre  nous  en  rems 
quons  une  par  M.  John  Peter  sur  la  géologie  du  pays  de  Galles,  et  deux 
M.  John  Rhys  sur  la  philologie  galloise. 

—  M.  Donald  Tolmie  Mason,  ministre  de  l'Eglise  gaélique  d'Edimbourg, 
fait  dans  diverses  villes  d'Ecosse  des  conférences  sur  les  Gaels  d'Ecosse  i 
Canada.  Il  a  récemment  parcouru  ce  dernier  pays  dans  le  but  d'étudier  l'ét 
des  nombreux  colons  écossais  qui  s'y  sont  établis.  Il  prépare  un  livre  sur  cî 
intéressant  sujet. 

H.  G.  ' 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A,  Gouverneur. 


Book  of  Common  Order  éd.  by  The  Rev.  Th.  Mac  Lauchian  (H.  G.).  —  Sup- 
plément aux  dictionnaires  bretons  (Ch.  de  Gaulle).  —  Luzel  :  Gwerziou  Breiz- 
Izel,  T.  II  (H.  d'A.  de  J.)  —  Keltische  Briefe  von   A.    Bacmeister  (H.  G.)  — 

—  Grundziige  der  Griechischen  Etymologie,  von  Curtius  und  Windisch.  —  Die 
ehemalige  Spracheinheit  der  Indogermanen  Europas  von  A.  Fick  (H.  d'A.  de  J.) 

—  Grammaire  des  langues  romanes  par  Diez  (H.  d'A.  de  J.). 

Revue  des  Périodiques  : p.  279 

Archaslogia  Cambrensis  ;  —  Carnarvon  and  Denbigh  Herald;  —  Beirniad  ; 

—  Traethodydd  ;  —  Dysgedydd  ;  —  Journal  of  the  Royal  and  Archaeological 
Association  of  Ireland  ;  —  Transaction  of  the  [London]  Philological  Society;  — 
Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique  de  Paris  ;  —  Romania  ;  —  Mémoires  de 
la  Société  des  Antiquaires  de  France  ;  —  Revue  archéologique  ;  —  Revue  des 
Sociétés  savantes  des  départements  ;  —  Archives  des  missions  scientifiques  ;  — 
Revue  des  questions  historiques  ;  —  Revue  de  France. 

Nécrologie:  MM.  Bannister,  Albert  Way,  Owen  Jones  ....  p.  287 

Chronique  : p.  288 

Inscription  de  Mondilhan;  —  Cours  d'ancien  Irlandais  à  Heidelberg;  —  La 
musique  Irlandaise  en  Allemagne;  —  Université  d'Aberystwyth  ;  —Les  Gaels 
du  Canada. 

Supplément  :  Dosparth  byrr  ar  y  rhan  gyntaf  i  ramadeg  cymraeg  [gan  Gruf- 
fydd  Roberts,  1567],  a  fac-simile  reprint.  (This  will  be  continued  in  regular 
instalments,  with  a  separate  pagination,  in  ail  subséquent  numbers  until  the  work 
is  completed.) 


EN  VENTE  A  LA  LIBRAIRIE  FRANCK. 

R.  MOWAT.  Étude  sur  l'inscription  itinéraire  de  Saint-Christophe  (Morbi- 
han). In-S"  avec  i  plan.  2  fr. 

DESJARDINS  (E.).  Desiderata  du  Corpus  inscriptionum  latinarum  de  l'Aca- 
démie de  Berlin  (t.  III).  Notice  pouvant  servir  de  i"  supplément.  Le 
Musée  épigraphique  de  Pest.  i"  fasc.  In-fol.  8  fr. 

2'  fascicule.  Les  Balles  de  fronde  de  la  République  (guerre  sociale, 
guerre  servile,  guerre  civile).  In-fol.  avec  3  planches  en  photogravure 
représentant  11 1  sujets  reproduits  d'après  les  originaux.  12  fr. 

DIEZ  (F.).  Grammaire  des  langues  romanes.  3^  édition  refondue  et  aug- 
mentée. T.  1=',  traduit  par  A.  Brachet  et  G.  Paris,  i"  et  2«  fasc.  compo- 
sant le  !"■  vol.  Gr.  in-8°.  12  fr. 
2"  vol.  traduit  par  MM.  Gaston  Paris  et  Morel-Fatio,  i"  fascicule.  6  fr. 
Un  volume  complémentaire,  pour  lequel  M.  Paris  s'est  assuré  la  colla- 
boration des  romanistes  les  plus  autorisés,  sera  publié  immédiatement 
après  le  troisième  et  comprendra  :  1°  une  introduction  étendue  sur  l'his- 
toire des  langues  romanes  et  de  la  philologie  romane;  2"  des  additions 
et  corrections  importantes  aux  trois  volumes  précédents;  3°  une  table 
analytique  irès-détaillée  des  quatre  volumes. 

GWERZIOU  3REIZ-IZEL.  Chants  populaires  de  la  Basse-Bretagne  recueil- 
lis et  traduits  par  F.  M.  Luzel.  Tome  II.  8  fr. 


Les  numéros  de  la  Revue  Celtique  ne  se  vendent  pas  séparément;  on 
s'abonne  pour  un  volume  qui  paraît  en  plusieurs  livraisons  formant 
ensemble  environ  520  pages.  —  Prix  d'abonnement:  Paris,  20  fr. 
Départements,  22  fr.;  Étranger,  le  port  en  sus.  On  souscrit  :  Pour  la 
France,  en  envoyant  un  mandat-poste  payable  au  nom  de  M.  F.  Vieweg, 
propriétaire  de  la  librairie  Franck,  67,  rue  de  Richelieu,  à  Paris;  pour 
l'étranger,  par  l'intermédiaire  d'un  libraire. 

Une  liste  des  souscripteurs  est  publiée  avec  chaque  volume. 

Il  est  tiré  quelques  exemplaires  sur  papier  de  Hollande  portant  sur  le  titre  le 
nom  imprimé  du  souscripteur.  Le  prix  d'abonnement  à  ces  exemplaires  est  double, 
c'est-à-aire  40  fr.  pour  Paris,  44  fr.  pour  les  départements. 

Toutes  les  communications,  correspondances,  etc.,  doivent  être 
adressées  franc  de  port  à  M.  H.  Gaidoz,  aux  soins  de  M.  F.  Vieweg, 
propriétaire  de  la  librairie  Franck,  rue  de  Richelieu,  67,  Paris. 

La  direction  de  la  Revue  ne  s'engage  pas  à  renvoyer  aux  auteurs  les 
manuscrits  non  insérés. 


To  DUR  British  subscribers  : 
Subscribers  are  respectfuUy  requested  to  remit  the  amount  of  L 
subscription  for  the  2nd  volume  of  the   Revue  Celtique,  by  Post  Office 
Order  payable  at  the  General  Post  Office  London  to 
Trùbner  and  C 

57  and  59,  Ludgate  Hill, 

London. 

N.  B.  A  few  copies  are  printed  on  laid  paper  with  the  names  of  subscribers. 
The  terms  of  subscription  for  thèse  copies  is  double,  viz.  two  pounds  per  annum. 

A  list  of  the  subscribers  is  given  with  every  yearly  volume. 
Subscriptions  for  America  and  the  Colonies  are  received  by  : 
E.  Steiger,  New-York  (U.  S.) 
John  Wiley  and  Son,  d°    à" 
J.  B.  Lippincott  and  Co.,  Philadelphia  (U.  S.) 
Mohun  and  Co.,  Washington  (U.  S.) 
Dawson  Brothers,  Montréal  (Canada). 
G.  Robertson,  Melbourne  (Australia). 
AU  literary  communications  to  be  addressed,  post  free,  «  To  the  Edi- 
tor,  care  of  Mons.  F.  Vieweg,  propriétaire  de  la  librairie  A.  Franck, 
67,  rue  de  Richelieu,  Paris.  » 

Books  for  review  to  be  sent  «  To  the  Editor,  care  of  Messrs  Trùbner 
andC,  57  and  $9,  Ludgate  Hill,  E.  C.  London.» 

The  Editor  cannot  undertake  to  return  communications  which  are 
not  asked  for. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  a.  Gouverneur. 


Les  Numéros  ne  se  vendent  pas  séparément. 


A        ^  PUBLIÉE  V^   ^ 

^  ^^ 

>Q^      AVEC     LE     CONCOURS     DES     PRINCIPAUX     SAVANTS        >^V> 
DES    ILES    BRITANNIQUES   ET    DU    CONTINENT 


H.    GAIDOZ 

Professeur  de  géographie  et  d'ethnographie  à  l'École  des  Sciences  Politiques  de  Paris, 

Membre  de  la  Cambrian  Arch<£ological  Association  et  de  la  Royal  Arch<£ological 

Association  of  Ireland,  etc. 


Vol.  II.  —  N«  3 

(no  7  de  la  collection) 

Février  1875 


LIBRAIRIE  A.  FRANCK  (f.  vieweg  propriétaire) 
67,  rue  de  Richelieu,  PARIS 

TRiiBNER  and  C° 
57  and  59,  Ludgate  Hill,  LONDON 


Numbers  are  not  sold  separately . 


SOMMAIRE  DU  PRÉSENT  NUMÉRO  :  | 

I.  Contes  populaires  de  la  Bretagne  armoricaine;  I.  la  Femme  du  Soleil,  par    ï 
M.  F. -M.  Luzel.  p.  289 

II.  The  Loss  of  Indo-European  P  in  the  Celtic  Languages,  by  John  Rhys, 
Esq.  P-  3'» 

III.  L'accent  gallois,  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville.  p.  341 

IV.  Attodiad  i  Lyfryddiaeth  y  Cymry,  gan  y  Parch.  D.  Silvan  Evans,  p.  346 

V.  Du  prétendu  nom  d'Ile  Sacrée  anciennement  donné  à  l'Irlande,  par  M.  H. 
Gaidoz.  P-  3S' 

VI.  Proverbes  et  dictons  de  la  Basse-Bretagne  recueillis  et  traduits  par 
M.  L.-F.  Sauvé.  p.  361 

VII.  A  middle-Irish  Homily  on  S.  Martin  of  Tours,  edited  and  translated  by 
Whitley  Stokes,  Esq.  p.  381 

Mélanges  : 

i)  Les  accusatifs  gaulois  en  -as,  par  M.  H.  Ebel.  p.  403 

2)  Les  noms  propres  francs  et  les  noms  propres  bretons  du  Cartulaire  de 
Redon,  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville.  p.  404 

3)  A  conjectural  emendation  of  Pliny,  by  W.  S.  p.  407 
Bibliographie  :  p.  408 
Verlust  und  Auftreten  des  p  in  den  celtischen  Sprachen  von  E.  Windisch 

(W.  S.).  —  Inscriptions  céramiques  gallo-romaines  découvertes  à  Autun,  par 
H.  de  Fontenay  (H.  G.).  —  Etude  critique  sur  la  géographie  de  la  presqu'île 
armoricaine  au  commencement  et  à  la  fin  de  l'occupation  romaine,  par  René 
Kerviler  (A.  de  B.).  —  Etude  sur  les  Celtes  et  les  Gaulois,  par  P.-L.  Lemière 
(A.  de  B.).  —  Transactions  of  the  Gaelic  Society  of  Inverness  (H.  G.).  —  Ou- 
vrages divers. 
Revue  des  Périodiques  :  .  p.  418 

Archasologia  Cambrensis  ;  —  Beitraege  zur  vergleichenden  Sprachforschung  ; 
—  Zeitschrift  fur  vergleichende  Sprachforschung  ;  —  Studien  zur  griechischen 
und  lateinischen  Grammatik  ;  —  Revue  Archéologique  ;  —  Revue  des  Sociétés 
savantes  des  départements. 

Correction  à  la  p.  128  (H.  d'A.  de  J.).  p.  427 

Chronique,  par  M.  H.  Gaidoz.  p.  428 

L'Association  bretonne  ressuscitée.  —  M.  Whitley  Stokes  sur  la  publication 
du  ms.  de  Leinster.  —  Vœux  stériles.  —  Projet  de  chaire  celtique  à  l'Université 
d'Edimbourg.  —  Le  nouvel  évêque  de  Saint-David.  — .  Une  bibliographie  de  la 
Gaule.— L'Algonquin,  dialecte  Irlandais  !  Origine  fantastique  des  Irlandais  d'Amé- 
rique. 
Nécrologie  :  P-  434 

MM.  John  Pughe,  E.-W.  Robertson,  Louis  Galles,  Cosmo  Innés,  Miorcec 
de  Kerdanet,  Aymar  de  Blois,  Thomas  Stephens. 

Supplément  :  Dosparth  byrr  ar  y  rhan  gyntaf  i  ramadtg  cymracg  [gan  Gruf-  ' 
fydd  Roberts,  1 567],  a  fac-simile  reprint.  (This  will  be  continued  in  regular 
instalments,  with  a  separate  pagination,  in  ail  subséquent  numbers  until  the  work  ' 
is  completed.) 


CONTES     POPULAIRES 

DE  LA  BRETAGNE  ARMORICAINE. 


LA    FEMME    DU    SOLEIL. 


L'étude  des  contes  et  autres  traditions  orales  du   peuple  est  un  des  moyens 

!S  plus  sûrs  qui  nous  restent  actuellement,  à  défaut   de  documents  écrits ,  pour 

îmonter  jusqu'aux  époques   primitives  de  l'humanité.   Les  vieux  contes  popu- 

ires,  tels  qu'on  les  recueille  aujourd'hui  dans  toute  l'Europe,  sont,  en  quelque 

)rte,  le  détritus,  ou  bien  encore  le  patois  moderne  des  mythologies  anciennes, 

arvenues  à  leur  dernier  terme  de  décomposition.  Or,  la  mythologie  doit  avoir 

é  le  premier  effort  intellectuel  un  peu  considérable  et  le  premier  langage  des 

;uples  naissants.  Les  grands  phénomènes  atmosphériques,  et  principalement  la 

tte  de  la  lumière  et  de  la  nuit,  forment  presque  exclusivement  le  fond  de  l'an- 

enne  mythologie  qui,   du   centre  de  l'Asie,   s'est  répandue  sur  presque  toute 

Europe,  avec  les  différents  peuples  d'origine  aryenne.  Et  rien  de  plus  naturel  : 

imagination  encore  neuve  et  tout  impressionnable  de   la  jeune  humanité  devait 

,re  singulièrement  frappée  de  tant  de  phénomènes  dont  elle  ne   pouvait  avoir 

icune  explication  scientifique,  comme  le  contraste  et  l'alternance  du  jour  et  de 

nuit  ;  la  lumière  et  les  sombres  nuages  qui  la  voilent  parfois  ;  le  tonnerre,  l'éclair, 

pluie,  la  lune,  l'aurore  et  le  soleil  surtout,  le  véritable  héros  de  presque  toutes 

s  fables.  Pour  les  hommes  primitifs,  ces  phénomènes,  ainsi  que  toutes  les  forces 

ves  de  la  nature,  étaient  de  véritables  personnes  ;  ils  leur  donnèrent  des  noms, 

.s  noms  expressifs,  poétiques  et  d'une  grande  vérité  naturelle  le   plus  souvent, 

sur  ces  noms  on  vit  croître  les  vieilles  fables,  qui   nous  paraissent  souvent  si 

sises,  si  grossières  ou  si  révoltantes,  parce  que  le  sens  véritable  s'en  est  perdu 

la  longue.    Il  a  fallu   que  la  philologie  moderne,  ce  merveilleux  instrument 

investigation  qui  a  donné  des  résultats  vraiment  étonnants,  retrouvât  et  réta- 

Rev.  Celt.  Il  20 


290  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

blît  le  sens  perdu  de  tant  d'anciens  mythes  si  étrangement  défigurés.  On  voit 
quelle  utilité  peuvent  être,   pour  l'étude  des  origines  de  notre  civilisation,  ( 
contes  de  vieilles  femmes  qui  faisaient  autrefois  le  charme  de  nos  veillées  cha 
pêtres,  et  qu'aujourd'hui  encore  il  faut  rechercher  de  préférence  chez  nos  pop 
lations  rurales  et  sous  le  chaume. 

Il  y  a  en  effet  dans  ces  gracieuses  et  naïves  créations,  qui  datent  pour  la  p  • 
part  de  si  loin,  tant  de  douces  espérances  et  de  promesses,  tant  de  sympat  : 
pour  les  pauvres,  les  cœurs  simples  et  droits,  tous  les  disgraciés  de  la  naturej: 
les  déshérités  de  la  fortune,  qu'on  ne  doit  pas  s'étonner  de  les  trouver  consr- 
vées  dans  les  chaumières,  plutôt  que  dans  les  châteaux  et  les  cours. 

J'ai  recueilli  chez  nos  paysans  bretons  un  grand  nombre  de  ces  contes  mi  ■ 
veilleux  et  anciens,  qui  les  consolent  encore  des  déboires  et  des  déceptions  : 
toute  sorte  de  la  vie  réelle,  et,  avec  du  temps,  beaucoup  de  temps,  l'amour  ; 
ces  recherches  et  une  parfaite  connaissance  de  nos  divers  dialectes,  je  me  ce- 
vaincs  tous  les  jours  de  plus  en  plus,  —  tant  j'ai  fait  de  rencontres  inattendt , 
—  qu'il  serait  possible  de  retrouver  en  Bretagne  presque  tous  les  contes  vraim  t 
anciens  et  populaires  que  l'on  rencontre  dans  le  reste  de  l'Europe.  Ils  sont  f  > 
ou  moins  altérés,  mélangés  et  accommodés  au  génie  du  peuple  qui  les  a  con;- 
vés  de  génération  en  génération  ;  mais  le  fond,  le  thème  primitif  est,  mal  5 
tout,  assez  facile  à  reconnaître  et  à  dégager  des  ornements  et  des  élémeis 
étrangers  qui  l'enveloppent.  Il  faut  pourtant  se  hâter  de  recueillir  tous  cesdéijs 
épars  et  ces  échos  lointains  des  temps  passés  et  des  civilisations  disparues,  ir 
ils  vont  pâlissant  et  s'effaçant  tous  les  jours,  devant  les  envahissements  de  1  - 
prit  moderne,  ennemi  des  fables  et  des  rêves. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  à  rechercher  ici  comment  ces  traditions  nous  sont  a  - 

vées,  comment  elles  se  sont  conservées^  et  d'oii  vient  qu'elles  présentent,  p  r 

la  plupart,  de  si  grandes  ressemblances  avec  les  traditions  analogues  recueii.s 

chez  d'autres  peuples,  souvent  très-éloignés  des  Bretons,   et  avec  lesquels  « 

derniers  semblent  n'avoir  jamais  eu  aucun  contact  ni  de  relations   d'auc* 

'  I 

sorte.  j 

Mon  intention  est  de  m'en  tenir^  dans  ce  travail,  à  une  fable  seulement,  Jjn 

mythe  que  je  crois  intéressant,  quand  ce  ne  serait  que  par  sa  présence  dans  jis 

chaumières  bretonnes,   mais   sans   beaucoup   insister  sur  des  rapprochemeii, 

des  interprétations  et  des  commentaires  qui  ne  pourraient  être  que  très-incomfts 

et  insuffisants^  car  les  livres  et  autres  instruments  de  travail  me  font  un  ju 

défaut  dans  le  milieu  où  je  suis  obligé  de  vivre,  dans  l'intérêt  de  mesrechercs. 

J'intitule  la  fable  dont  je  veux  m'occuper  «  La  Femme  du  Soleil  »,  bien  qu(b 

quatre  versions  que  j'en  ai  recueillies  portent  des  titres  différents,    mais  pai'is 

imposés  par  le  caprice  des  conteurs.  Ces  versions  sont  toutes  plus  ou  m'is 

altérées,  comme   on   le  verra,   surtout   par  l'introduction  d'éléments  chrélis 

mêlés  à  la  fable  première.  Je  donnerai  d'abord  les  contes  populaires  tels  qi  je 

les  ai  recueillis,  traduits  avec  une  fidélité  rigoureuse,  et  j'essaierai  à  la  i^te 

quelques  interprétations  et  commentaires,  mais  très-sobres.  Je  donnerai  en  tp 

nier  lieu  la  version  qui  me  paraît  la  plus  complète  et  la  moins  altérée.         < 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  291 


LA  FILLE  QUI   ÉPOUSA  UN  MORT. 

Un  jour,  un  mendiant  arriva  chez  un  roi,  et  demanda  l'aumône,  au 
nom  de  Dieu.  La  fille  du  roi  le  remarqua,  et  elle  dit  à  son  père  qu'elle 
voulait  avoir  ce  mendiant-là  pour  mari.  Le  roi  pensa  d'abord  que  c'était 
pour  plaisanter  que  sa  fille  parlait  de  la  sorte.  Mais,  quand  il  vit  qu'il 
n'en  était  rien  et  qu'elle  parlait  pour  de  bon  et  sérieusement^  il  lui  dit  : 

—  Il  faut  que  vous  ayez  perdu  la  raison,  ma  fille,  pour  vouloir  vous 
marier  à  un  mendiant,  fille  d'un  roi  comme  vous  l'êtes! 

—  Il  n'y  a  pas  à  dire,  mon  père,  il  faut  que  je  l'aie  pour  époux,  ou 
je  mourrai  de  douleur. 

Le  roi  aimait  sa  fille  par-dessus  tout,  et  faisait  tout  ce  qu'elle  souhai- 
tait. Il  lui  dit  donc  qu'il  la  laisserait  prendre  le  mendiant  pour  mari. 
Mais  le  mendiant  demanda  que  la  princesse,  ainsi  que  son  père,  sa  mère 
et  ses  deux  frères  fussent  baptisés  avant  le  mariage,  car  ils  étaient  tous 
païens.  Ils  furent  tous  baptisés,  et  le  mendiant  servit  de  parrain  au 
prince  aîné.  On  célébra  alors  les  noces,  et  il  y  eut  un  grand  festin. 

Quand  les  noces  furent  terminées,  le  jeune  époux  dit  :  —  Je  vais,  à 
présent,  retourner  chez  moi,  avec  ma  femme.  —  Et  il  prit  congé  de  son 
beau-père,  de  sa  belle-mère  et  de  tous  les  gens  de  la  noce.  Avant  de 
partir,  il  dit  encore  aux  deux  jeunes  princes  ses  beaux-frères  :  —  Quand 
vous  voudrez  faire  visite  à  votre  sœur,  rendez-vous  auprès  d'un  grand 
rocher  qui  se  trouve  dans  le  bois  voisin,  frappez  dessus  deux  coups  en 
croix  avec  cette  baguette,  et  je  viendrai  aussitôt  à  votre  rencontre. 
—  Et  il  leur  donna  une  baguette  blanche  et  partit  aussitôt  avec  sa  femme, 
.  sans  que  personne  sût  où  ils  étaient  allés. 

Quelque  temps  après  ceci,  le  plus  jeune  des  deux  princes  dit  un  jour  : 

—  Il  faut  que  j'aille  voir  ma  sœur,  afin  de  savoir  comment  elle  se 
trouve  là  où  elle  est. 

Et  il  prit  la  baguette  blanche  donnée  par  son  beau-frère  et  se  rendit 
au  bois.  Quand  il  fut  près  du  grand  rocher,  il  frappa  dessus  deux  coups 
en  croix,  et  le  rocher  s'entr'ouvrit  aussitôt,  et  il  vit  dessous  son  beau- 
frère,  qui  lui  dit  : 

—  Ah  !  c'est  toi,  beau-frère  chéri.''  Je  suis  bien  aise  de  te  revoir;  mais 
tu  désires  sans  doute  voir  ta  sœur  aussi .? 

—  Oui,  je  veux  voir  ma  sœur,  pour  savoir  comment  elle  se  trouve, 

—  Eh!  bien,  suis-moi,  et  tu  la  verras. 


292  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

—  Où? 

—  Dans  mon  palais;  descends  et  suis-moi. 
Le  jeune  prince  hésitait  à  descendre  dans  le  trou  noir  qu'il  voyait 

devant  lui  ;  mais  l'autre  reprit  : 

—  Viens  avec  moi,  et  sois  sans  crainte,  il  ne  t'arrivera  pas  de  mal. 

Il  descendit  dans  le  trou,  et  ils  pénétrèrent  tous  les  deux  profondé- 
ment sous  la  terre,  jusqu'à  ce  qu'ils  arrivèrent  à  un  château  magnifique. 
Dans  ce  château,  le  jeune  prince  vit  sa  sœur  dans  une  belle  salle, 
magnifiquement  vêtue  et  assise  sur  un  siège  d'or.  Le  frère  et  la  sœur 
éprouvèrent  une  grande  joie  de  se  revoir.  Le  maître  du  château  s'en  alla 
et  les  laissa  tous  les  deux  ensemble. 

—  Comment  te  trouves-tu  ici,  sœur  chérie .?  demanda  le  frère  à  la  sœur. 

—  Je  me  trouve  bien,  frère  chéri;  tout  ce  que  je  peux  souhaiter  m'esi 
accordé  sur-le-champ.  Il  n'y  a  qu'une  chose  qui  me  déplaît  :  mon  époux 
ne  reste  pas  avec  moi.  Tous  les  matins,  il  part  en  voyage,  au  lever  di 
soleil,  pour  ne  revenir  qu'au  coucher  du  soleil,  et,  pendant  toute  la  jour- 
née, je  suis  seule. 

—  Où  va-t-il  donc  ainsi  ? 

—  Je  ne  sais  pas,  frère  chéri;  il  ne  me  le  dit  pas. 

—  Je  le  lui  demanderai,  demain,  pour  voir. 

—  Oui,  demande-le-lui. 

Le  lendemain,  le  prince  se  leva  de  bon  matin,  et  il  parla  de  la  sorte  i 
son  beau-frère  : 

—  Je  voudrais  aller  aussi  avec  vous,  pour  me  promener,  beau-frère 

—  Je  le  veux  bien,  cher  beau-frère. 

Mais  à  peine  furent-ils  sortis  de  la  cour,  que  le  maître  du  châteai 
demanda  à  son  beau-frère  : 

—  As-tu  fermé  la  porte  à  clef  sur  ta  sœur  ? 

—  Non  vraiment,  répondit-il. 

—  Eh!  bien,  va  fermer  la  porte,  vite,  et  puis  reviens. 

Le  prince  partit  aussitôt;  mais,  quand  il  revint,  son  beau- frère  étaii 
parti.  Il  se  mit  en  colère  en  voyant  cela  et  se  dit  :  ( 

—  Eh  !  bien,  puisqu'il  en  est  ainsi,  je  m'en  retourne  à  la  maison,  tou 
de  suite. 

Il  avait  avec  lui  sa  baguette  blanche;  il  en  frappa  deux  coups  en  croi: 
sur  un  grand  rocher  qui  fermait  l'entrée  du  souterrain,  auprès  du  château 
et  le  rocher  s'entr'ouvrit  aussitôt, et  il  entra  dans  le  souterrain;  etquan(j 
il  arriva  à  l'autre  extrémité,  il  frappa  deux  autres  coups  en  croix  sur  \> 
rocher  qui  le  fermait  de  ce  côté,  lequel  s'entr'ouvrit  aussi,  et  il  s< 
retrouva  sans  mal  à  la  maison. 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  295 

Tout  le  monde  s'empressait  autour  de  lui,  pour  lui  demander  des  nou- 
velles de  sa  sœur.  Il  raconta  tout  ce  qu'il  avait  vu  et  entendu. 

—  Jésus!  dirent  le  père  et  la  mère,  qu'est-ce  donc  que  cet  homme? 

—  Moi,  dit  alors  le  prince  aîné,  je  veux  aller  aussi  voir  ma  sœur,  et, 
avant  de  m'en  retourner,  je  saurai  ce  qu'est  cet  homme. 

Et  il  prend  la  baguette  blanche  des  mains  de  son  frère,  se  rend  au 
bois,  et  frappe  deux  coups  en  croix  sur  le  rocher. 

Le  rocher  s'entr'ouvre  aussitôt  et  il  voit  dessous  son  beau-frère,  qui 
lui  parle  de  la  sorte  : 

—  Ah!  bonjour,  filleul;  tu  viens  donc  aussi  voir  ta  sœur  et  ton  par- 
rain ? 

—  Oui,  parrain,  je  viens  aussi  vous  voir. 

—  C'est  bien,  filleul;  descends  donc,  et  partons  vite. 

Le  prince  descend  dans  le  souterrain,  et  son  beau-frère  le  conduit 
jusqu'à  sa  sœur,  puis  il  s'en  va.  Comme  son  frère,  il  fut  étonné  de  voir 
sa  sœur  assise  sur  un  siège  d'or  et  richement  parée. 

—  Tu  te  trouves  bien  ici,  à  ce  qu'il  semble,  chère  petite  sœur.?  lui 
demanda-t-il. 

—  Oui,  frère  chéri,  je  suis  assez  bien  ici...  Il  n'y  a  qu'une  seule 
chose  qui  me  contrarie. 

—  Qu'est-ce  donc,  chère  petite  sœur .? 

—  C'est  que  mon  mari  ne  reste  pas  avec  moi;  chaque  matin,  il  part 
de  la  maison,  et  me  laisse  seule,  tout  le  long  du  jour. 

—  Où  donc  va-t-il  de  la  sorte,  tous  les  jours  ? 

—  Je  ne  sais  pas,  mon  frère  chéri. 

—  Je  lui  demanderai  de  l'accompagner,  demain  matin,  pour  voir. 

—  Oui,  demande-lui  donc,  frère  chéri;  mais  prends  garde  qu'il  ne 
t'arrive  comme  à  notre  jeune  frère. 

—  Oh!  sois  tranquille,  je  ne  serai  pas  pris  ainsi,  moi. 

Le  lendemain  matin,  aussitôt  le  soleil  levé,  le  maître  du  château  était 
sur  pied,  et  son  beau-frère  aussi.  Celui-ci  lui  demanda  la  permission  de 
l'accompagner.  —  Volontiers,  lui  dit-il,  mais  partons  vite,  car  il  est  temps. 

Et  ils  sortirent  ensemble  du  château.  Mais  à  peine  eurent-ils  fait  quel- 
ques pas  : 

—  As-tu  fermé  la  porte  à  clef  sur  ta  sœur  ^  demanda  le  maître  du 
château. 

—  Oui,  oui,  parrain,  je  l'ai  fermée,  répondit  le  prince. 

—  C'est  bien,  partons,  alors. 

Ils  passèrent,  peu  après,  par  une  grande  lande  aride  où  il  n'y  avait 
que  de  la  bruyère  et  de  l'ajonc  maigre  ;  et  pourtant,  on  voyait  couchées 


294  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

parmi  la  bruyère  et  l'ajonc  deux  vaches  grasses  et  luisantes.  Cela  étonna 
le  prince,  qui  dit  :  —  Voilà  des  vaches  bien  grasses  et  bien  luisantes, 
sur  une  lande  où  elles  ne  trouvent  rien  à  pâturer  !  —  Son  beau-frère  ne 
répondit  pas;  mais  les  vaches  dirent  :  —  Dieu  vous  bénisse! 

Et  ils  continuèrent  leur  route.  Ils  passèrent,  alors,  par  une  belle  prai- 
rie où  il  y  avait  un  pâturage  excellent,  et,  au  milieu  de  l'herbe,  qui  leur 
allait  jusqu'au  ventre,  il  y  avait  deux  vaches,  si  maigres,  si  maigres,  qu'il 
n'y  en  avait  que  les  os  et  la  peau.  Et  le  prince,  en  voyant  cela,  dit  encore  : 
—  Voilà  deux  vaches  bien  maigres;  et  pourtant  elles  sont  dans  l'herbe 
jusqu'au  ventre  !  —  Dieu  vous  bénisse  !  lui  dirent  ces  deux  vaches,  comme 
les  deux  autres;  mais  le  beau-frère  du  prince  ne  dit  rien. 

Et  ils  continuèrent  leur  route.  Un  peu  plus  loin,  ils  passèrent  par  un 
chemin  profond  et  très-étroit,  où  deux  chèvres  se  heurtaient  la  tète  l'une 
contre  l'autre,  et  si  violemment,  que  le  sang  en  jaillissait  autour  d'elles. 

—  Jésus!  s'écria  le  prince,  voilà  deux  pauvres  bêtes  qui  se  tueront! 
Comment  passerons-nous?  Elles  obstruent  tout  le  passage. 

Son  beau-frère  ne  répondait  toujours  point;  mais  les  deux  chèvres 
aussi  dirent  :  «  Que  Dieu  vous  bénisse  !  »  et  elles  cessèrent  de  se  battre, 
et  les  deux  voyageurs  purent  passer,  sans  mal. 

Plus  loin,  ils  arrivèrent  à  une  vieille  église  en  ruine,  et  y  entrèrent. 
Elle  était  pleine  de  monde,  mais  c'étaient  tous  des  morts,  et  il  n'en  sub- 
sistait que  les  ombres  seulement. 

—  Me  répondrez-vous  la  messe,  puisque  vous  êtes  chrétien  ^  demanda 
au  jeune  prince  son  beau-frère. 

—  Je  le  veux  bien,  fit-il,  bien  étonné;  mais  il  n'était  pas  peureux. 

Et  l'autre  revêtit  alors  des  habits  de  prêtre,  puis  il  monta  à  l'autel  et 
se  mit  à  célébrer  la  messe,  comme  un  véritable  prêtre.  Quand  il  en  fut  à  j 
l'Élévation,  il  se  mita  vomir  des  crapauds  et  autres  reptiles  hideux...  et  ; 
tous  les  assistants  faisaient  comme  lui. 

Quand  la  messe  fut  terminée,  tous  ceux  qui  étaient  dans  l'église,  et  le 
prêtre  à  leur  tête,  vinrent  au  prince,  et  lui  dirent  :  «  Vous  nous  avez 
délivrés!  merci  !  merci!...»  Puis  ils  s'en  allèrent. 

—  Retournons  à  présent  à  la  maison,  dit  au  prince  son  beau-frère. 

Et  ils  s'en  retournèrent.  Mais  ils  ne  revirent  plus  les  choses  extraordi- 
naires qu'ils  avaient  vues  d'abord,  et,  chemin  faisant,  le  prince  demanda 
à  son  beau-frère  l'explication  de  tout  cela.  Alors,  il  lui  parla  de  la  sorte  : 

—  A  présent,  je  puis  parler,  et  voici  ce  que  signifie  tout  ce  que  vous  j 
avez  vu  :  Les  deux  vaches  grasses  et  luisantes,  dans  la  lande  aride,  où  il  ' 
n'y  avait  que  de  la  bruyère,  de  maigres  ajoncs  et  des  pierres,  sont  de 
pauvres  gens  qui  vivaient  honnêtement  quand  ils  étaient  sur  la  terre. 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  2Ç)^ 

donnaient  l'aumône,  quoique  pauvres,  et  étaient  contents  de  leur  condi- 
tion, et,  à  présent,  ils  sont  sauvés.  Les  deux  vaches  maigres  et  déchar- 
nées, au  milieu  d'un  excellent  pâturage,  étaient  des  gens  riches  qui  ne 
faisaient  qu'amasser  et  convoiter  le  bien  de  leurs  voisins,  ne  donnant 
pas  l'aumône  au  pauvre,  et,  quoique  riches,  ils  étaient  malheureux.  Us 
étaient  où  vous  les  avez  vus,  dans  le  purgatoire,  et,  pour  leur  pénitence, 
ils  se  trouvaient  au  milieu  de  l'herbe  haute  et  grasse,  sans  pouvoir  en 
manger.  Les  deux  chèvres  qui  se  battaient  avec  tant  d'acharnement, 
dans  le  chemin  étroit  et  profond,  étaient  deux  voleurs,  qui  ne  cherchaient 
que  noise  et  bataille,  et  Dieu,  pour  les  punir,  les  forçait  de  se  battre 
ainsi  depuis  longtemps. 

—  Pourtant,  tous  m'ont  remercié,  quand  nous  avons  passé  près 
d'eux. 

—  C^est  parce  que  vous  les  avez  tous  délivrés.  Il  avait  été  dit  par 
Dieu  qu'ils  resteraient  en  l'état  où  vous  les  avez  vus,  jusqu'à  ce  que 
vînt  à  passer  une  personne  qui  ne  serait  pas  morte  et  qui  aurait  pitié 
d'eux;  et  ils  ont  attendu  bien  longtemps! 

—  Et  ce  que  j'ai  vu  dans  la  vieille  église  en  ruine,  qu'est-ce  que  cela 
signifi' 


e  aussi  r 


—  J'ai  été  un  mauvais  prêtre,  pendant  que  j'étais  sur  la  terre;  j'ai  dit 
beaucoup  de  mauvaises  messes,  et  commis  un  grand  nombre  d'autres 
péchés,  et  il  avait  été  dit  par  Dieu  que  je  ne  serais  sauvé,  moi  ainsi  que 
ceux  que  vous  avez  vus  dans  l'église,  et  qui  m'avaient  aidé  à  pécher,  et 
péché  eux-mêmes  avec  moi,  que  lorsque  j'aurais  trouvé  la  fille  d'un  roi 
pour  m'épouser,  bien  qu'habillé  comme  un  mendiant,  et  un  prince  en 
vie  pour  me  répondre  la  messe,  ici;  et  j'ai  attendu  bien  longtemps!  Les 
reptiles  hideux  que  vous  m'avez  vu  vomir,  comme  tous  les  autres  qui 
étaient  dans  l'église,  étaient  autant  de  diables  qui  nous  torturaient.  A 
présent,  nous  sommes  tous  délivrés,  grâce  à  vous. 

—  Et  ma  sœur,  peut-elle  retourner  avec  moi  à  la  maison  ? 

—  Non,  votre  sœur  qui  a  contribué  à  me  délivrer,  comme  vous, 
viendra,  à  présent,  avec  moi  au  paradis,  et  vous-même  nous  y  rejoin- 
drez, sans  tarder.  Mais  il  faut  qu'auparavant  vous  retourniez  à  la  maison 
pour  dire  à  votre  père,  à  votre  mère  et  à  votre  frère  tout  ce  que  vous 
avez  vu  et  entendu  ici.  Voici  une  lettre  que  vous  leur  remettrez,  pour 
leur  dire  qu'ils  ne  soient  pas  inquiets  au  sujet  de  leur  fille  et  sœur,  car 
elle  se  rend,  à  présent,  au  paradis,  et  si  elle  n'avait  pas  été  ma  femme, 
elle  aurait  été  la  femme  du  diable! 

Le  prince  retourna  alors  à  la  maison  et  donna  la  lettre  à  lire  à  son 
père  et  à  sa  mère,  et  leur  raconta  tout  ce  qu'il  avait  vu  et  entendu 


296  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

durant  son  voyage.  Il  mourut  peu  après,  comme  il  lui  avait  été  annoncé 
et  il  alla  rejoindre  sa  sœur  et  son  beau-frère,  là  où  ils  étaient,  pour  res 
ter  avec  eux  à  jamais. 

Conté  par  Marie-Yvonne  Stéphan, 
Servante  à  Pluzunet  (Côtes-du-Nord),  1872 


Essayons  quelques  commentaires. 

Dans  un  conte  allemand  (Fitchers  Vogel,  cité  par  M.  Husson,  La  Chain 
traditionnelle,  p.  38)  nous  trouvons  également  un  magicien  déguisé  en  mendian 
qui  épouse  une  jeune  princesse  et  l'emmène  avec  lui  à  son  château.  Cette  jeuni 
princesse,  comme  celle  de  notre  conte^  doit  être  une  Aurore  épousée  par  l 
Soleil.  Le  mendiant  représenterait  le  Soleil  en  lutte  avec  les  nuages  et  le 
brouillards  du  matin^  dont  il  triomphe  et  se  dégage  à  mesure  qu'il  s'élèvt 
dans  le  ciel.  Les  Aurores  aussi  ont  leur  période  d'épreuve,  de  lutte  et  d'obs 
curcissement.  Dans  la  quatrième  version,  que  l'on  lira  plus  loin,  la  jeune  fillt 
épousée  par  un  jeune  prince  beau  et  brillant  est  une  espèce  de  Cendrillor 
maltraitée  par  ses  parents,  et  employée  aux  travaux  les  plus  humiliants.  Ces 
l'Aurore,  enveloppée  de  nuages  dont  elle  a  peine  à  se  dégager.  Mais  le  jeune  héroi 
lui  vient  en  aide  ;  elle  triomphe  alors  de  tous  les  obstacles  et  il  l'emmène  avec  lu 
dans  son  palais  resplendissant. 

Les  deux  frères  de  la  princesse,  qui  vont  la  voir  au  palais  de  son  époux,  doi 
vent  correspondre  auxAçvins  du  Rig-Véda  etauxDioscures  des  poètes  grecs.  Le: 
Açvins  étaient  les  représentants  des  deux  crépuscules,  et  étaient  appelés  Dasras. 
secourables  ;  les  Dioscures,  les  lucida  sidéra  d'Horace,  étaient  les  génies  de 
l'étoile  du  matin  et  de  l'étoile  du  soir.  Ils  étaient  deux,  et  ne  pouvaient  vivre 
ensemble  ;  aussi  quand  l'un  d'eux  descendait  sur  la  terre,  l'autre  remontait  au 
ciel,  et  cela  tous  les  matins  et  tous  les  soirs.  C'est  ce  qui  explique  pourquoi  les 
deux  frères  de  notre  conte  ne  vont  pas  ensemble  voir  leur  sœur,  mais  alternati- 
vement. Pour  arriver  jusqu'à  elle,  ils  passent  par  un  souterrain  obscur,  et 
même  par  un  étang,  dans  la  quatrième  version,  et  ces  obstacles,  ces  obscurcisse- 
ments passagers,  doivent  représenter  encore  leurs  luttes  avec  les  nuages  et  les 
ténèbres. 

La  belle  salle  oij  ils  voient  leur  sœur,  richement  parée  et  assise  sur  un  siège, 
d'or,  donne  bien  une  juste  idée  du  palais  et  de  la  femme  du  soleil,  suivant  les] 
idées  de  nos  premiers  ancêtres. 

Les  voyages  de  l'époux  mystérieux,  qui  part  tous  les  matins,  pour  ne  revenir) 
que  le  soir,  sont  encore  parfaitement  d'accord  avec  ce  qu'ils  croyaient  de  la  j 
course  journalière  du  soleil.  Ne  pouvant  s'expliquer  les  alternances  du  jour  et  de' 
la  nuit,  de  la  lumière  et  des  ténèbres,  ils  s'imaginaient  que  le  soleil  partait  tousi 
les  matins  de  son  palais,  situé  à  l'orient,  et  que,  arrivé  à  l'occident,  épuisé  et] 
fatigué,  il  rentrait  ses  rayons  et  revenait  à  son  point  de  départ,  pour  y  puiser  de  ; 
nouvelles  forces.  On  remarquera  dans  notre  quatrième  version  une  circonstance  | 
digne  d'attention.  Tous  les  soirs  le  Soleil  rentre  épuisé  de  fatigue  et  affamé,et  il 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  297 

entre  dans  un  grand  brasier  où  sa  mère  jette  force  bois,  pour  l'alimenter.  Au 
matin,  il  en  sort  sous  la  forme  d'une  énorme  boule  de  feu,  et  plus  la  vieille  jette 
de  bois  dans  le  brasier,  plus  il  s'élève  sur  l'horizon. 

Ce  n'est  que  dans  cette  première  version  que  l'époux  mystérieux  s'informe  de 
son  beau-frère,  qui  veut  l'accompagner  dans  un  de  ses  voyages,  s'il  a  fermé  la 
porte  à  clef  sur  sa  sœur,  et  qu'il  se  débarrasse  de  lui,  pendant  qu'il  va  réparer 
cet  oubli  ;  dans  toutes  les  autres  versions,  il  recommande  à  son  compagnon  de 
voyage  de  ne  pas  l'interroger,  et  de  ne  rien  dire,  quoi  qu'il  puisse  voir  ou  en- 
tendre, et  c'est  parce  qu'il  n'observe  pas  cette  recommandation  qu'il  ne  peut 
aller  jusqu'au  bout  et  est  obligé  de  revenir  piteusement  sur  ses  pas.  Je  ne  sais 
comment  expliquer  cette  recommandation  de  garder  le  silence  ;  mais  l'insuccès 
du  premier  prince  dans  cette  version,  comme  dans  les  autres,  doit  s'entendre, 
sans  doute,  des  étoiles  du  matin  qui,  d'abord,  semblent  vouloir  suivre  le  soleil 
dans  sa  course,  pâlissent  à  mesure  qu'il  monte,  et  finissent  par  disparaître 
lout-à-fait,  comme  si  elles  étaient  tombées  du  ciel. 

:  Dans  les  autres  versions,  il  y  a  grand  nombre  de  vaches  et  de  bœufs  dans  la 
lande  aride  et  brûlée,  et  aussi  dans  la  prairie  où  le  bon  pâturage  abonde,  et, 
ians  ce  dernier  endroit,  ils  se  battent  et  se  maltraitent  à  faire  pitié.  Un  autre 
épisode,  qui  ne  manque  également  que  dans  cette  première  version,  c'est  celui 
les  deux  arbres,  ou  des  corbeaux  qui  se  battent  avec  acharnement,  etquirepré- 
lentent  les  époux  qui  se  querellent  et  ne  peuvent  vivre  unis  sur  la  terre.  Ce  sont 
ians  doute  des  oublis  de  la  conteuse.  Du  reste,  toute  cette  fin  me  paraît  con- 
use  et  profondément  altérée,  et  l'intervention  de  l'élément  chrétien,  l'épisode  si 
■trange  de  la  vieille  église,  par  exemple,  doit  être  une  interpolation  relativement 
inoderne.  Le  mythe  se  continue-t-il  dans  l'explication  des  énigmes,  et  cela  signi- 
ierait-il  que  le  soleil  voit  tout,  sait  tout  et  met  tout  en  lumière.? 

II 

LA  FEMME  DU  TRÉPAS'. 

Il  y  avait  une  fois,  il  y  aura  un  jour. 

C'est  le  commencement  de  tous  les  contes. 

Il  n'y  a  ni  si,  ni  peut-être, 

Le  trépied  a  toujours  trois  pieds. 

Il  y  avait  une  fois  une  vieille  fille  restée  sans  mari,  sans  doute  parce 
[u'elle  n'en  avait  jamais  trouvé.  Elle  avait  passé  la  quarantaine,  et  on 
ni  disait  souvent  par  plaisanterie  : 

—  Vous  vous  marierez  encore,  Marguerite. 

—  Oui,  oui,  répondait-elle,  quand  le  Trépas  viendra  me  chercher. 
Un  jour  du  mois  d'août,  elle  était  restée  seule  à  la  maison,  occupée  à 

I.  En  breton,  la  mort  personnifiée,  «  Ann  Ankou  »,  est  du  masculin. 


298  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

préparer  à  manger  aux  batteurs  de  blé,  quand  un  personnage  qu'elle 

connaissait  pas  entra  soudainement  et  lui  demanda  : 

—  Voulez-vous  me  prendre  pour  mari  ? 

—  Qui  êtes-vous?  lui  demanda-t-elle,  bien  étonnée. 

—  Le  Trépas,  répondit-il. 

—  Alors,  je  veux  bien  vous  prendre  pour  mari. 
Et  elle  jeta  là  son  bâton  à  bouillie,  et  courut  à  l'aire  : 

—  Venez  dîner,  quand  vous  voudrez,  dit-elle  aux  batteurs,  —  pcr 
moi,  je  m'en  vais,  je  me  marie  ! 

—  Ce  n'est  pas  possible,  Marguerite  !  s'écria  tout  le  monde. 

—  C'est  comme  je  vous  dis  ;  mon  mari ,  le  Trépas,  est  venu  me  cherch  , 
Alors,  le  Trépas,  avant  de  partir,  lui  dit  qu'elle  pouvait  inviter  i  c 

noces  autant  de  monde  qu'elle  voudrait,  et  qu'il  reviendrait  e.xactem  t 
au  jour  fixé. 

Quand  vint  le  jour  convenu,  le  fiancé  arriva,  comme  il  l'avait  pron  . 
Il  y  eut  un  grand  repas,  et  en  se  levant  de  table,  il  dit  à  sa  femme  z 
faire  ses  adieux  à  ses  parents  et  à  tous  les  invités,  car  elle  ne  devait  ps 
les  revoir.  Il  lui  dit  encore  d'emporter  une  croûte  de  pain,  pour  la  { - 
gnoter  en  route  si  elle  avait  faim,  car  ils  devaient  aller  bien  loin,  t 
de  dire  à  son  plus  jeune  frère,  qui  était  son  filleul,  encore  au  berce  , 
de  venir  la  voir,  quand  il  serait  grand,  et  de  se  diriger  toujours  du  c  é 
du  soleil  levant.  Marguerite  fit  ce  qu'il  lui  dit,  et  ils  partirent. 

Ils  allaient  sur  le  vent  loin,  bien  loin,  plus  loin  encore  ;  si  bien  1  e 
Marguerite  demanda  à  son  mari  s'ils  n'arriveraient  pas  bientôt  au  t 
de  leur  voyage. 

—  Nous  avons  encore  un  bon  bout  de  chemin  à  faire,  répondit-il. 

—  Je  suis  bien  fatiguée,  et  je  ne  puis  aller  plus  loin,  sans  me  repc  r 
et  manger  un  peu. 

Et  ils  s'arrêtèrent,  pour  passer  la  nuit,  dans  une  vieille  chapelle  |ti 
ruines.  —  Grignote  ta  croûte  de  pain,  si  tu  as  faim,  dit  le  Trépas  ia 
femme;  pour  moi,  je  ne  mangerai  point. 

Le  lendemain  matin,  ils  se  remettent  en  route.  Ils  vont  encore  1(., 
bien  loin,  toujours  plus  loin;  si  bien  que  Marguerite,  fatiguée,  dema:je 
de  nouveau  :  \ 

—  Dieu,  que  c'est  loin!  N'approchons-nous  pas  encore?  J 

—  Si,  nous  approchons;  ne  voyez-vous  pas  devant  vous  une  haie 
muraille  ? 

—  Oui,  je  vois  une  haute  muraille  devant  moi. 

—  C'est  là  qu'est  ma  demeure. 

Ils  arrivent  à  la  haute  muraille,  et  entrent  dans  une  cour  spacieuse.  1 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  299 

!  —  Dieu  que  c'est  beau  ici  !  s'écria  Marguerite. 
C'était  là  le  château  du  Soleil-Levant.  Tous  les  matins,  il  en  partait, 
ne  rentrait  que  le  soir,  et  ne  disait  pas  à  sa  femme  où  il  allait.  Rien 
;  manquait  là  à  Marguerite,  et  tout  ce  qu'elle  souhaitait,  elle  l'avait  aussi- 
t.  Pourtant,  elle  s'ennuyait  d'être  toujours  seule,  tout  le  long  des  jours. 
Un  jour  qu'elle  se  promenait  dans  la  cour  du  château,  elle  aperçut 
lelqu'un  qui  descendait  la  montagne,  en  face.  Cela  l'étonna,  car  nul 
are  que  son  mari  ne  s'approchait  jamais  du  château.  L'inconnu  conti- 
lait  de  descendre  la  montagne,  et  il  entra  dans  la  cour  du  château. 
ors  Marguerite  reconnut  son  filleul,  son  jeune  frère  qui  était  dans  son 
'îrceau,  quand  elle  partit  de  la  maison  de  son  père.  Et  les  voilà  de  se 
iter  dans  les  bras  l'un  de  l'autre,  en  versant  des  larmes  de  joie. 
î—  Où  est  aussi  mon  beau-frère,  que  je  lui  souhaite  le  bonjour? 
manda  le  jeune  homme,  au  bout  de  quelque  temps. 
'  —  Je  ne  sais  pas  où  il  est,  mon  frère  chéri;  tous  les  matins,  il  part  en 
i)yage,  de  bonne  heure,  pour  ne  revenir  que  le  soir,  et  il  ne  me  dit 
:is  où  il  va. 

!—  Eh  !  bien,  je  lui  demanderai  ce  soir,  quand  il  rentrera,  pourquoi  il 
laisse  ainsi  seule  ici,  et  où  il  va. 
'  —  Oui,  demande-le-lui,  frère  chéri. 

!Le  maître  du  château  arriva  à  son  heure  ordinaire,  et  il  témoigna  à 
n  beau-frère  beaucoup  de  joie  de  sa  visite. 

—  Où  allez-vous  ainsi,  tous  les  matins,  beau-frère,  lui  demanda- 
il,  laissant  ma  sœur  toute  seule  à  la  maison  ? 

—  Je  vais  faire  le  tour  du  monde,  beau-frère  chéri. 

—  Jésus,  beau-frère,  c'est  vous  qui  devez  voir  de  belles  choses!  Je 
Nudrais  bien  aller  avec  vous,  une  fois  seulement. 

—  Eh!  bien,  demain  matin,  tu  pourras  m'accompagner,  si  tu  veux; 
iïis,  quoi  que  tu  puisses  voir  ou  entendre,  ne  m'interroge  pas,  ne  pro- 
mce  pas  une  seule  parole,  ou  il  te  faudra  retourner  aussitôt  sur  tes  pas. 

—  Je  ne  dirai  pas  un  seul  mot,  beau-frère. 

Le  lendemain  matin,  ils  partirent  donc  tous  les  deux  de  compagnie,  et 
tenant  par  la  main.  Us  allaient,  ils  allaient...  Le  vent  fait  tomber  le 
apeau  du  frère  de  Marguerite,  et  il  dit  : 

—  Attendez  un  peu,  beau-frère,  que  je  ramasse  mon  chapeau,  qui 
ent  de  tomber. 

Mais,  à  peine  eut-il  prononcé  ces  mots,  qu'il  perdit  de  vue  son  beau- 
pré, et  il  lui  fallut  s'en  retourner,  seul,  au  château. 

—  Eh!  bien,  lui  demanda  sa  sœur,  en  le  voyant  revenir,  as-tu  appris 
lelque  chose  ? 


300  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

—  Non  vraiment,  ma  pauvre  sœur:  nous  allions  si  vite,  que  le  m 
a  fait  tomber  mon  chapeau.  Je  dis  à  ton  mari  d'attendre  un  peu,  ]ur 
me  le  laisser  ramasser;  mais  aussitôt  je  le  perdis  de  vue.  Quoi  qu'iîn 
soit,  demain  matin,  je  lui  demanderai  de  me  permettre  de  l'accompaj,er 
encore,  et  je  ne  dirai  pas  un  seul  mot,  cette  fois,  quoi  qu'il  arrive. 

Quand  le  maître  du  château  rentra,  le  soir,  à  son  heure  ordinaire  le 
jeune  homme  lui  demanda  de  nouveau  : 

—  Me  permettrez-vous  de  vous  accompagner  encore,  demain  m^n, 
beau-frère  ? 

—  Je  le  veux  bien  ;  mais  ne  dis  pas  un  seul  mot,  où  il  t'arri  ra 
encore  comme  ce  matin. 

—  Je  me  garderai  bien  de  parler,  soyez-en  sûr. 

Ils  partent  donc  encore  de  compagnie,  le  lendemain  matin.  Ils  v  t, 
vont...  Le  chapeau  du  frère  de  Marguerite  tombe  encore,  mais  (te 
fois,  dans  une  rivière,  au-dessus  de  laquelle  ils  passaient,  et  il  s'oi  ie 
encore  et  dit  : 

—  Descendez  un  peu,  beau-frère,  pour  que  je  ramasse  mon  chap  j, 
qui  vient  de  tomber  dans  l'eau  ! 

Et  aussitôt  il  est  encore  déposé  à  terre  (car  ils  voyageaient  à  tra  rs 
les  airs),  et  se  retrouve  seul.  Et  il  retourne  au  château,  encore  m 
triste  et  tout  confus.  • 

Le  lendemain  matin,  son  beau-frère  lui  permet  encore  de  l'accon'i- 
gner,  mais  pour  la  dernière  fois.  Ils  vont,  ils  vont,  à  travers  les  ai: .. 
Son  chapeau  tombe  encore,  mais  il  ne  dit  mot,  cette  fois. 

Ils  passent  au-dessus  d'une  plaine  où  la  terre  était  toute  couvertf  le 
colombes  blanches,  et  au  milieu  d'elles  étaient  deux  colombes  noires  et 
les  colombes  blanches  ramassaient  de  tous  côtés  des  brins  d'herbe  eje 
bois  secs  et  les  entassaient  sur  les  deux  colombes  noires;  et  quand  ce;s- 
ci  en  furent  couvertes,  les  autres  mirent  le  feu  aux  herbes  et  au  bois  s  3. 

Le  frère  de  Marguerite  avait  bien  envie  de  demander  à  son  beau-f  re 
ce  que  cela  signifiait.  Il  n'en  fit  rien,  pourtant,  et  ils  continuèrent  -ir 
route.  ' 

Plus  loin,  ils  arrivèrent  devant  une  grande  porte,  sur  la  cour  liin 
château.  Le  mari  de  Marguerite  entra  par  cette  porte,  et  dit  à  son  b'J- 
frère  de  l'attendre  dehors.  Il  lui  dit  encore  que  s'il  se  lassait  d'attei'e 
et  que  l'envie  lui  vînt  d'entrer  aussi,  il  n'aurait  qu'à  casser  une  braiie 
verte  et  à  la  passer  sous  la  porte,  et  cette  envie  lui  passerait  ;]is 
doute.  Pendant  qu'il  attendait,  le  frère  de  Marguerite  vit  une  trot 
d'oiseaux  s'abattre  sur  un  buisson  de  laurier,  qui  était  près  de  là;  enîs 
oiseaux  y  restèrent  quelque  temps,  chantant  et  gazouillant.  Puis,  ils  si- 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  901 

Dlèrent,  emportant  dans  leurs  becs  chacun  une  feuille  de  laurier,  mais 
j'ils  laissèrent  tomber  à  une  faible  distance. 

Un  instant  après,  une  autre  troupe  d'oiseaux  s'abattit  sur  le  même 
jisson  de  laurier,  et  ils  chantèrent  et  gazouillèrent  un  peu  plus  fort 
je  les  premiers,  et  plus  longtemps,  et,  en  s'en  allant,  ils  emportèrent 
jssi  dans  leurs  becs  chacun  une  feuille  de  laurier,  qu'ils  laissèrent  aussi 
imber,  mais  un  peu  plus  loin  que  les  premiers. 

Enfin,  une  troisième  troupe  d'oiseaux  s'abattit  encore  sur  le  buisson, 
1  instant  après,  et  ils  gazouillèrent  et  chantèrent  mieux  et  plus  long- 
jmps  que  les  précédents,  et,  en  s'en  allant,  ils  emportèrent  aussi  dans 
:urs  becs  chacun  une  feuille  de  laurier  ;  mais  ils  ne  les  laissèrent  pas 
)mber  à  terre. 

,  Le  frère  de  Marguerite  fut  étonné  de  ce  qu'il  voyait,  et  il  se  disait 
in  lui-même  :  —  Que  peut  signifier  tout  cela  ?  —  Comme  son  beau- 
•ère  ne  revenait  pas,  il  se  lassa  de  l'attendre,  et,  ayant  cassé  une  branche 
e  chêne,  verte  et  toute  garnie  de  feuillage,  il  la  passa  dessous  la 
orte,  comme  on  le  lui  avait  dit.  Aussitôt  la  branche  fut  consumée  jus- 
u'àsamain.  —  Holà!  s'écria-t-il,  en  voyant  cela,  il  paraît  qu'il  fait 
,haud  là-dedans  !  —  Et  il  ne  désirait  plus  entrer. 

Son  beau-frère  sortit  enfin,  quand  son  heure  fut  venue,  et  ils  s'en 
^tournèrent  de  compagnie.  Chemin  faisant,  le  frère  de  Marguerite 
.emanda:  —  Dites-moi,  beau-frère,  je  vous  prie,  que  signifie  ce  que  j'ai 
:u,  pendant  que  j'attendais,  à  la  porte  du  château?  J'ai  vu  d'abord 
ne  troupe  d'oiseaux  s'abattre  sur  un  buisson  de  laurier,  et  après  y 
voir  chanté  et  gazouillé  quelque  temps,  ils  se  sont  envolés,  en  empor- 
ant  dans  leurs  becs  chacun  une  feuille  de  laurier,  qu'ils  ont  laissée  tom- 
er  à  terre,  à  une  faible  distance  de  là. 

—  Ces  oiseaux  représentent  les  gens  qui  vont  à  la  messe,  mais  qui  y 
ont  distraits  et  prient  peu  et  laissent  tomber  à  terre  leur  feuille  de  lau- 
ier,  c'est-à-dire  la  parole  divine,  là  oli  ils  oublient  leur  Dieu. 

—  Et  la  seconde  troupe  d'oiseaux  qui  se  sont  ensuite  abattus  sur  le 
iurier,  qui  ont  gazouillé  et  chanté  un  peu  plus  longtemps,  et  ont  aussi 
aissé  tomber  à  terre  leurs  feuilles  de  laurier,  mais  un  peu  plus  loin  ? 

—  Ceux-là  représentent  les  gens  qui  vont  à  la  messe  et  y  sont  plus 
ittentifs  et  prient  plus  longtemps  que  les  premiers,  mais  qui,  néanmoins, 
aissent  aussi  tomber  à  terre  leur  branche  de  laurier,  c'est-à-dire  oublient 
eur  Dieu. 

—  Et  la  troisième  troupe  d'oiseaux,  qui  ont  gazouillé  et  chanté  beau- 
:oup  plus  longtemps  et  mieux  que  les  autres,  et  ont  aussi  emporté  cha- 
;un  sa  feuille  de  laurier,  mais  qu'ils  n'ont  pas  laissée  tomber  à  terre  .<* 


302  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

—  Ceux-là  représentent  les  gens  qui  ont  bien  prié,  du  fond  du  C(îr, 
et  n'ont  pas  oublié  la  parole  de  Dieu  avant  d'être  arrivés  chez  eux. 

—  Et  les  colombes  blanches  que  j'ai  vues,  dans  une  plaine,  amas  m 
des  herbes  et  du  bois  secs  pour  brûler  deux  colombes  noires  qui  étént 
au  milieu  d'elles  ? 

—  Ces  deux  colombes  noires  étaient  ton  père  et  ta  mère,  que  )n 
passait  par  le  feu,  pour  les  purifier  de  leurs  péchés.  Ils  sont,  à  présit, 
au  Paradis  !  —  En  ce  moment  ils  arrivèrent  au  château. 

Peu  après,  le  frère  de  Marguerite  dit  à  son  beau-frère  : 

—  Je  veux  m'en  retourner,  à  présent,  à  la  maison. 

—  T'en  retourner  à  la  maison  !  pourquoi,  mon  pauvre  ami  ? 

—  Pour  voir  mes  parents,  et  vivre  avec  eux. 

—  Mais  songe  donc  qu'il  y  a  cinq  cents  ans  que  tu  les  as  quittés!  l!is 
tes  parents  sont  morts,  il  y  a  bien  longtemps,  et  là  où  était  leur  ma  m 
il  y  a,  à  présent,  un  grand  chêne  déjà  tout  pourri  de  vieillesse! 

Conté  par  Françoise-Anne  Ewenn,  femme  Trégc, 
de  Pédernec,  1869. 

Les  observations  que  j'ai  présentées  au  sujet  de  la  version  précédente  peu  it 
également  s'appliquer  à  celle-ci,  presque  toutes.  Il  faut  remarquer,  en  ou;, 
qu'ici,  comme  dans  la  quatrième  version,  le  héros  épouse  une  pauvre  filli;n 
butte  aux  plaisanteries  de  tout  le  monde,  une  espèce  de  Cendrillon.  C'es.e 
Soleil  venant  au  secours  d'une  Aurore  qui  lutte  péniblement  contre  les  nu;  •$ 
ou  les  brouillards  du  matin. 

Dans  la  version  qui  suit,  comme  dans  celle-ci,  l'héroïne  a  promis  de  ne  e 
marier  qu'à  un  homme  non  vivant. 

Que  peut  signifier  cette  persistance  des  conteurs  à  vouloir  marier  r 
héroïne  avec  un  mort?  Serait-ce  qu'il  faut  mourir  pour  aller  jusqu'au  Soleil, Il 
au  Paradis,  suivant  la  légende  chrétienne?  Le  château  du  Soleil,  pour  les  f,^ 
miers  hommes,  devait  bien  réaliser  l'idée  que  les  chrétiens  se  font  du  Parai j. 
Les  conteurs  bretons,  du  reste,  confondent  assez  souvent  le  Soleil  avec  le  P? 
Eternel.  Ainsi,  dans  un  conte  oii  le  héros  doit  aller  trouver  le  Soleil  dans  1 
palais,  pour  lui  adresser  diverses  questions,  le  Père  Eternel  a  pris  la  place  ; 
l'astre  du  jour.  i 

Il  faut  remarquer  encore  qu'ici  l'héroïne  dit  à  son  jeune  frère,  au  moment jî 
partir,  que  lorsqu'il  voudra  lui  faire  visite  chez  son  époux,  il  devra  marcj" 
constamment  du  côté  du  soleil  levant.  Rapprochez  cette  recommandation  ï 
l'épisode  où  le  frère  de  Marguerite,  fatigué  d'attendre  son  beau-frère  à  la  po',! 
du  château  où  il  est  entré,  au  terme  de  sa  course,  passe  par-dessous  cette  po| 
une  branche  de  chêne  vert,  qui  est  consumée  aussitôt,  et  l'on  n'aura  plus  aucl 
doute  qu'il  ne  s'agisse  bien  réellement  du  soleil. 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  30  j 


LE  PRINCE  TURC  FRIMELGUS. 

Dans  la  version  qui  suit,  je  supprime  la  première  partie  du  récit  de  mon 
,  conteur  :  c'est  une  version  bretonne  de  Barbe-Bleue  réunie  au  conte  que  j'étudie 
par  un  lien  tout  artificiel.  L'héroïne  de  l'histoire,  arrachée  par  ses  frères  aux 
mains  de  son  premier  mari,  le  prince  turc  Frimelgus_,  est  ramenée  à  la  maison 
par  ceux-ci  : 

Quelque  temps  après  le  retour  de  Marguerite  chez  son  père,  quand  on 

connut  qu'elle  était  veuve,  de  nouveaux  prétendants  à  sa  main  se  pré- 

\  semèrent  de  tous  côtés,  de  riches  marchands  et  de  nobles  seigneurs. 

Mais  elle  n'avait  pas  oublié  la  manière  dont  l'avait  traitée  le  cruel  Fri- 

raelgus,  et  elle  répondait  invariablement  à  tous  qu'elle  avait  fait  serment 

de  ne  jamais  se  remarier  à  homme  qui  vécût.  C'était  leur  dire  clairement 

qu'elle  ne  voulait  pas  se  remarier. 

Un  jour,  pourtant,  vint  un  seigneur  magnifiquement  vêtu,  monté  sur 

;  un  cheval  superbe,  et  que  personne  ne  connaissait  dans  le  pays.   Il 

1  demanda  à  parler  à  Marguerite.  Celle-ci  le  reçut  poliment  et  lui  dit, 

\  comme  aux  autres,  qu'elle  avait  fait  serment  de  ne  jamais  se  remarier  à 

I  homme  qui  vécût. 

—  Je  ne  suis  pas  un  homme  vivant,  lui  répondit  l'inconnu. 

—  Comment,  vous  n'êtes  pas  un  homme  vivant;  mais  qui  êtes-vous 
donc,  alors .? 

—  Un  mort,  et  vous  pouvez  m'épouser,  sans  manquer  à  votre  ser- 
ment. 

—  Serait-il  possible  ? 

—  Croyez-m'en,  rien  n'est  plus  vrai. 

—  Eh!  bien,  s'il  en  est  ainsi,  je  ne  dis  pas  non. 
Elle  brûlait  d'envie  de  se  remarier,  il  faut  croire. 

Bref,  ils  furent  fiancés  et  mariés  promptement,  et  il  y  eut  un  grand 
festin  de  noces.  En  se  levant  de  table,  le  nouveau  marié  se  rendit  dans 
la  cour,  avec  sa  femme,  et,  montant  sur  son  cheval,  il  la  prit  en  croupe 
et  partit  aussitôt,  au  galop,  sans  dire  à  personne  où  il  allait.  Tout  le 
monde  en  fut  étonné.  Un  des  frères  de  Marguerite,  voyant  cela,  monta 
aussi  sur  son  cheval,,  et  voulut  les  suivre.  Mais,  quelque  bon  cavalier 
qu'il  fût,  il  ne  put  les  atteindre.  Il  jura  néanmoins  qu'il  ne  retournerait 
pas  à  la  maison  sans  savoir  oh  était  allée  sa  sœur. 

Le  cheval  qui  emportait  Marguerite  et  son  nouvel  époux  voyageait  à 


304  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

travers  les  airs,  et  il  les  porta  dans  un  château  magnifique.  Rien  5 
manquait  dans  ce  château  de  ce  qui  peut  plaire  à  une  jeune  femme,  i 
riches  tissus  de  soie  et  d'or,  ni  diamants  et  perles,  ni  beaux  jardins  re- 
plis de  fleurs  aux  suaves  parfums  et  de  fruits  délicieux.  Et  pourta , 
Marguerite  ne  s'y  trouvait  pas  heureuse,  et  elle  s'ennuyait.  Pourquoi  de; 
s'ennuyait-elle  ?  Parce  qu'elle  était  toujours  seule,  tout  le  long  des  jou. 
Son  mari  partait  tous  les  matins  de  bonne  heure  et  ne  rentrait  jam  1 
qu'au  coucher  du  soleil.  Elle  l'avait  souvent  prié  de  l'emmener  avec  i 
dans  ses  voyages,  et  il  avait  toujours  refusé. 

Un  jour  qu'elle  se  promenait  dans  le  bois  qui  entourait  le  château,  e 
fut  bien  étonnée  de  voir  un  jeune  cavalier  qui  venait  par  la  grande  a\ 
nue,  car,  depuis  qu'elle  était  là,  aucun  étranger  n'était  encore  venu 
faire  visite.  Son  étonnement  augmenta  encore  lorsqu'elle  reconnut  q 
ce  cavalier  était  son  plus  jeune  frère.  Elle  courut  à  lui  et  l'embrassa, 
lui  témoigna  une  grande  joie  de  le  revoir.  Puis,  elle  le  conduisit  au  cl 
teau  et  lui  servit  elle-même  à  manger  et  à  boire,  car  il  était  épuisé 
fatigué  d'un  si  long  voyage. 

—  Où  est  aussi  mon  beau-frère,  sœur  chérie.-'  demanda  le  frère, 
bout  de  quelque  temps. 

—  Il  n'est  pas  à  la  maison,  pour  le  moment,  frère  chéri,  mais  il  an 
vera  ce  soir,  au  coucher  du  soleil, 

—  Tu  me  parais  être  plus  heureuse  ici  avec  lui  que  tu  ne  l'étais  av 
Frimelgus  ? 

—  Oui  vraiment,  je  suis  assez  heureuse  ici,  et  pourtant  je  m'y  ennu 
beaucoup. 

—  Comment  peut-on  s'ennuyer  dans  un  si  beau  château  ? 

—  C'est  que  je  suis  seule  tout  le  long  des  jours,  frère  chéri;  mcj 
mari  n'est  jamais  avec  moi  que  la  nuit,  et  il  part  tous  les  matins,  aussit' 
que  le  soleil  se  lève. 

—  Où  donc  va-t-il  ainsi,  tous  les  matins  ? 

—  Au  Paradis,  dit-il. 

—  Au  Paradis!  mais  pourquoi,  alors,  ne  t'emmène-t  i!  pas  avec  lui.? 

—  Je  Tai  souvent  prié  de  m'emmener  avec  lui,  mais  il  ne  le  veut  pa: 

—  Eh!  bien,  je  lui  demanderai  aussi,  moi,  de  me  permettre  de  Tac 
compagner,  car  je  voudrais  bien  voir  le  Paradis. 

Tôt  après,  le  maître  du  château  arriva.  Sa  femme  lui  présenta  so 
frère,  et  il  témoigna  de  la  joie  de  le  revoir.  Puis  il  mangea,  car  il  ava; 
grand'  faim.  Le  frère  de  Marguerite  lui  demanda  alors  : 

—  Dites,  beau-frère,  où  allez-vous  ainsi,  tous  les  matins  de  si  bonn 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  ^05 

'  heure,  et  pourquoi  laissez-vous  votre  femme  toute  seule  à  la  maison,  où 
''  elle  s'ennuie  beaucoup  ? 

—  Je  vais  au  Paradis,  beau-frère. 

—  Je  voudrais  bien  aussi,  moi,  voir  le  Paradis,  et  si  vous  consentiez 
'  à  m'emmener,  une  fois  seulement,  vous  me  feriez  grand  plaisir? 

I      —  Hé!  bien,  demain  matin,  vous  pourrez  venir  avec  moi,  beau-frère, 
t  mais  à  la  condition  que  vous  ne  m'adresserez  aucune  question,  ni  ne 
I  direz  même  pas  un  seul  mot,  pendant  le  voyage,  quoi  que  vous  puissiez 
voir  ou  entendre;  autrement,  je  vous  abandonnerai  aussitôt  en  route. 

—  C'est  convenu,  beau-frère,  je  ne  dirai  pas  un  seul  mot. 

!      Le  lendemain  matin,  le  maître  du  château  était  sur  pied  de  bonne 
heure.  Il  alla  frapper  à  la  porte  de  son  beau-frère  :  — Allons,  beau-frère, 
i  debout,  vite,  il  est  temps  de  partir  !  —  Et  quand  il  se  fut  levé  et  qu'il  fut 
!  prêt,  il  ajouta  :  —  Prends  les  basques  de  mon  habit,  et  tiens  bon  ! 

Le  frère  de  Marguerite  prit  à  deux  mains  les  basques  de  l'habit  de  son 
t  beau-frère,  et  celui-ci  s'éleva  alors  en  l'air  et  l'emporta  par-dessus  le 
grand  bois  qui  entourait  le  château,  avec  une  telle  rapidité  que  l'hiron- 
j  delle  ne  pouvait  pas  les  suivre.  Ils  passèrent  par-dessus  une  grande  prai- 
i  rie  oij  il  y  avait  beaucoup  de  boeufs  et  de  vaches,  et,  bien  que  l'herbe 
\  fût  abondante  et  grasse  autour  d'eux,  bœufs  et  vaches  étaient  maigres 
et  décharnés,  au  point  de  n'avoir  guère  que  les  os  et  la  peau.  Cela 
étonna  fort  le  frère  de  Marguerite,  et  il  allait  en  demander  la  raison  à 
son  compagnon  de  voyage,  lorsqu'il  se  rappela  à  temps  qu'il  avait  pro- 
mis de  ne  lui  adresser  aucune  question,  et  il  garda  le  silence. 

Ils  continuèrent  leur  route  et  passèrent,  plus  loin,  au-dessus  d'une 
grande  plaine  aride  et  toute  couverte  de  sable  et  de  pierres  ;  et  pourtant, 
sur  ce  sable  étaient  couchés  des  bœufs  et  des  vaches  si  gras,  et  qui 
paraissaient  si  heureux,  que  c'était  plaisir  de  les  voir.  Le  frère  de  Mar- 
guerite ne  souffla  mot  encore,  bien  que  cela  lui  parût  bien  étrange. 

Plus  loin  encore,  il  vit  un  troupeau  de  corbeaux  qui  se  battaient  avec 
tant  d'acharnement  et  de  fureur,  qu'il  en  tombait  sur  la  terre  comme  une 
pluie  de  sang.  Il  continua  de  garder  le  silence. 

Ils  descendirent,  alors,  dans  un  lieu  d'où  partaient  trois  routes.  Une 
d'elles  était  belle,  unie,  avec  de  belles  fleurs  parfumées  des  deux  côtés  ; 
une  autre  était  belle  et  unie  aussi,  mais  moins  que  la  première,  pourtant; 
enfin,  la  troisième  était  d'un  accès  difficile,  montante  et  encombrée  de 
ronces,  d'épines,  d'orties  et  de  toutes  sortes  de  reptiles  hideux  et  veni- 
meux. Ce  fut  cette  dernière  route  que  prit  le  mari  de  Marguerite.  Son 
beau-frère,  s'oubliant,  lui  dit  alors  :  —  Pourquoi  prendre  cette  vilaine 
route,  puisqu'en  voilà  deux  autres  si  belles  ?  —  A  peine  eut-il  prononcé 
Rev.  Celt.  Il  2  l 


3o6  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

ces  mots,  que  l'autre  l'abandonna  dans  ce  mauvais  chemin,  en  lui  disant 
—  Reste  là  à  m'attendre,  jusqu'à  ce  que  je  m'en  retourne,  ce  soir.  —  E 
il  continua  sa  route. 

Au  coucher  du  soleil,  quand  il  repassa  par  là,  il  reprit  son  beau-frèr^ 
tout  rompu  et  tout  sanglant,  et  ils  retournèrent  ensemble  au  château.  L 
frère  de  Marguerite  remarqua,  chemin  faisant,  que  les  corbeaux  se  bat 
talent  toujours,  que  les  bœufs  et  les  vaches  étaient  aussi  maigres  et  de 
charnés  que  devant  dans  l'herbe  grasse  et  haute,  aussi  gras  et  luisant 
dans  la  plaine  aride  et  sablonneuse  ;  et,  comme  il  pouvait  parler,  à  pré 
sent,  il  demanda  à  son  beau-frère  l'explication  des  choses  extraordinaire 
qu'il  avait  vues  durant  le  voyage. 

—  Les  bœufs  et  les  vaches  maigres  et  décharnés,  au  milieu  d 
l'herbe  abondante  et  grasse,  lui  répondit-il,  sont  les  riches  de  la  terr 
qui,  avec  tous  leurs  biens,  sont  encore  pauvres  et  malheureux,  parc 
qu'ils  ne  sont  jamais  contents  de  ce  qu'ils  ont  et  désirent  toujours  e 
avoir  davantage  ;  —  les  bœufs  et  les  vaches  gras  et  heureux  sur  le  sabi 
aride  et  brûlé,  sont  les  pauvres  contents  de  la  condition  que  Dieu  leu 
a  faite,  et  qui  ne  se  plaignent  pas. 

—  Et  les  corbeaux  qui  se  battent  avec  acharnement .? 

—  Ce  sont  les  époux  qui  ne  peuvent  pas  s'entendre  et  vivre  en  paix  su 
la  terre,  et  qui  sont  toujours  à  se  quereller  et  à  se  battre. 

—  Dites-moi  encore,  beau-frère,  pourquoi  vous  avez  pris  le  chemi 
montant  et  rempli  de  ronces,  d'épines  et  de  reptiles  hideux  et  venimeu.N 
quand  il  y  a  là,  à  côté,  deux  autres  chemins  qui  sont  si  beaux  et  j 
unis,  et  où  il  doit  être  si  agréable  de  marcher  ? 

—  De  ces  deux  chemins-là,  le  plus  beau  et  le  plus  large  est  celui  d 
l'Enfer,  et  l'autre,  le  chemin  du  Purgatoire.  Celui  que  j'ai  suivi  es! 
difficile,  étroit,  montant  et  parsemé  d'obstacles  de  toute  sorte;  mais  c'esi 
le  chemin  du  Paradis. 

—  Pourquoi  donc,  beau-frère,  puisque  vous  pouvez  aller  ainsi  tou' 
les  jours  au  Paradis,  n'y  restez-vous  pas,  et  n'y  emmenez-vous  pas  m 
sœur  avec  vous .''  j 

—  Après  ma  mort.  Dieu  me  donna  pour  pénitence  de  venir  tous  le 
jours  sur  la  terre,  jusqu'à  ce  que  j'eusse  trouvé  une  femme  pour  m'époui 
ser,  quoique  mort 

Conté  par  Droniou,  meunier, 
de  Plouaret. 

Les  rencontres  extraordinaires  que  fait  le  frère  de  Marguerite  voyageant  ave 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  307 

son  mystérieux  beau-frère  ont  leurs  analogues  dans  les  traditions  des  Tatars, 
recueillies  par  Castrén,  et  traduites  par  M.  A.  Schiefner  (analysées  par  M.  Élie 
Reclus  dans  la  Revue  Germanique  du  31  août  1860,  p.  415  et  suiv.).  Nous  y 
trouvons,  en  effet,  une  jeune  fille  du  nom  de  Coubaïco,  ou  Aile-de-Cygne,  qui 
raconte  son  voyage  en  enfer,  à  la  recherche  de  son  frère  Coudai,  et,  parmi 
■  beaucoup  de  détails  bizarres  ou  atroces,  il  en  est  quelques-uns  qui  ont  beaucoup 
d'analogie  avec  ce  que  voit  aussi  notre  héros.  Ainsi,  Aile-de-Cygne  rencontre 
d'abord,  sur  le  chemin  de  l'enfer  :  —  «  Sept  cruches  et  une  vieille  femme  qui, 
(I  sans  discontinuer,  versait  du  lait  d'une  cruche  dans  une  autre. 

»  Plus  loin,  était  attaché,  au  milieu  des  sables  arides,  un  cheval  qui  avait 
»  conservé  son  embonpoint. 

))  A  quelque  distance,  un  cheval  efflanqué  était  attaché  à  une  longue  corde, 
>»  au  milieu  d'une  herbe  qui  lui  allait  jusqu'au  ventre,  et  qui  était  arrosée  par 
Sb  un  ruisseau...  » 

I  Enfin,  Aile-de-Cygne  pénètre  dans  l'enfer,  par  un  chemin  souterrain  et  sombre, 
et,  parmi  beaucoup  de  supplices  et  autres  choses  e.xtraordinaires,  pour  n'en 
rapporter  que  celles  dont  j'ai  trouvé  les  analogues  dans  nos  contes  bretons,  — 
,elle  voit  :  —  «  Des  hommes  et  des  femmes  couchés  sous  des  couvertures  faites 
>  avec  neuf  peaux  de  mouton  cousues  ensemble,  mais  le  mari,  en  tirant  la  cou- 
)i  verture  à  soi,  découvrait  la  femme,  et  réciproquement. 

j)  Dans  un  autre  appartement,  il  n'en  était  pas  ainsi  ;  mari  et  femme  se  cou- 
■i  vraient  fort  bien  avec  une  seule  peau,  et  auraient  pu  coucher  avec  un  troi- 
»  sième.  » 

•  Aile-de-Cygne  arrive  dans  l'enfer,  délivre  son  frère  et  demande  aux  seigneurs 
de  ces  terribles  lieux  l'explication  des  choses  étranges  qu'elle  y  a  vues,  et  sur  la 
route  qui  y  mène.  Ils  lui  parlèrent,  alors,  de  la  sorte  : 

«  La  femme  que  tu  as  vue  verser  du  lait,  sans  relâche,  d'un  pot  dans  un 
Il  autre,  a,  dans  le  temps  de  sa  vie,  mélangé  d'eau  le  lait  de  ses  hôtes.  En  puni- 
»  tion,  elle  devra  extraire  éternellement  l'eau  de  son  lait. 

»  Ce  cheval  si  gras  au  milieu  du  désert  montre  qu'un  homme  entendu  réussit 
I)  à  panser  son  cheval  lui-même,  à  défaut  d'herbe  et  d'eau,  tandis  que,  par 
)>  la  faute  du  maître,  le  cheval  de  l'insensé  peut  périr  dans  la  plus  belle  des 
»  prairies. 

»  Les  couples  qui  se  gèlent  sous  une  simple  couverture  sont  punis  pour  s'être 
»  disputés  pendant  leur  vie,  en  cherchant  chacun  son  propre  intérêt.  Les  autres 
»  qui  se  couvrent  à  leur  aise  sous  une  seule  peau  de  mouton  sont  un  exemple 
"  pour  les  méchants  leurs  voisins,  qui,  en  voyant  leur  concorde  et  leur  harmo- 
"  nie,  sont  encore  plus  malheureux.  » 

Saint  Thomas  d'Aquin,  l'Ange  de  l'école,  disait  que  «  les  damnés  auraient  le 
:ourment  exquis  de  contempler  de  loin  le  bonheur  des  élus.  » 

On  remarquera  que  l'explication  du  cheval  gras  et  bien  portant  sur  un  sol 
ïride,  et  celle  du  cheval  maigre,  au  milieu  de  l'herbe  abondante  et  grasse,  sont 
toutes  différentes  chez  les  Tatars  et  chez  les  Bretons.  Ces  derniers  ont  dû  subs- 
tituer une  idée  morale  et  chrétienne  à  l'idée  utile  et  toute  pratique  des  premiers, 


3o8  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

pour  qui  un  bon  cheval  était  le  plus  précieux  des  biens,  et  le  talent  de  le  bieij 

panser,  la  première  des  sciences. 

IV 

LE   CHATEAU-VERT. 

Il  y  avait  une  fois  deux  pauvres  gens,  mari  et  femme,  qui  avaien 
sept  enfants,  six  garçons  et  une  fille.  Le  plus  jeune  des  garçons,  Yvon 
et  la  fille,  Yvonne,  étaient  un  peu  pauvres  d'esprit,  ou  du  moins  1 
paraissaient,  et  leurs  frères  leur  faisaient  toutes  sortes  de  misères.  L: 
pauvre  Yvonne  en  était  toute  triste,  et  ne  riait  presque  jamais.  Tous  le^ 
matins,  ses  frères  l'envoyaient  garder  les  vaches  et  les  moutons  sur  uni 
grande  lande,  avec  un  morceau  de  pain  d'orge  ou  une  galette  de  bl; 
noir  pour  toute  nourriture,  et  elle  ne  revenait  que  le  soir,  au  couche 
du  soleil.  Un  matin  que,  selon  son  habitude,  elle  conduisait  ses  vache, 
et  ses  moutons  au  pâturage,  elle  rencontra  en  son  chemin  un  jeune  homm 
si  beau  et  si  brillant  qu'elle  crut  voir  le  Soleil  en  personne.  Et  le  jeun 
homme  s'avança  vers  elle,  et  lui  demanda:  —  Voudriez-vous  von 
marier  avec  moi,  jeune  fille.''  —  Voilà  Yvonne  bien  étonnée,  et  bie 
embarrassée  de  savoir  que  répondre.  —  Je  ne  sais  pas^,  dit-elle,  en  bais 
sant  les  yeux  à  terre,  mais  on  me  fait  assez  mauvaise  vie  à  la  maisor 

—  Eh!  bien,  réfléchissez-y,  et  demain  matin,  à  la  même  heure,  je  m 
retrouverai  ici,  quand  vous  passerez,  pour  avoir  votre  réponse. 

Et  le  beau  jeune  homme  disparut  alors.  Toute  la  journée,  la  jeun 
fille  ne  fit  que  rêver  à  lui.  Au  coucher  du  soleil,  elle  revint  à  la  maisof! 
chassant  devant  elle  son  troupeau  et  chantant  gaiement.  Tout  le  mondj 
en  fut  étonné,  et  l'on  se  demandait:  —  Qu'est-il  donc  arrivé  à  Yvonnf 
pour  chanter  de  la  sorte .'' 

Quand  elle  eut  rentré  ses  vaches  et  ses  moutons  à  l'étable,  elle  se  rer 
dit  auprès  de  sa  mère,  et  lui  conta  sa  rencontre  et  demanda  ce  qu'ell 
devait  répondre  le  lendemain.  —  Pauvre  sotte!  lui  dit  sa  mère,  qui 
conte  me  faites-vous  là .?  Et  puis,  pourquoi  songer  à  vous  marier,  pou 
être  malheureuse.''  —  Je  ne  le  serai  jamais  plus  qu'à  présent,  ma  mère 

—  Sa  mère  haussa  les  épaules  et  lui  tourna  le  dos. 

Le  lendemain  matin,  aussitôt  le  soleil  levé,  Yvonne  se  rendit,  comm 
à  l'ordinaire,  à  la  grand'  lande,  avec  ses  vaches  et  ses  moutons.  Elle  rer| 
contra,  au  même  endroit  que  la  veille,  le  beau  jeune  homme,  qui  li 
demanda  encore  :  —  Eh!  bien,  jeune  fille,  voulez-vous  être  ma  femme 

—  Je  le  veux  bien,  répondit-elle  eii  rougissant. 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  509 

—  Alors^  je  vais  vous  accompagner  jusque  chez  vos  parents,  pour 
demander  leur  consentement. 

Et  il  alla  avec  elle  chez  ses  parents.  Le  père  et  la  mère,  et  les  frères 
i  aussi,  furent  bien  étonnés  de  voir  un  si  beau  prince,  et  si  richement  paré, 
vouloir  épouser  la  pauvre  bergère,  et  personne  ne  songea  à  dire  non. 

—  Mais,  qui  êtes  vous  aussi  ?  demanda  pourtant  la  mère. 

—  Vous  le  saurez  le  jour  du  mariage,  répondit  le  prince. 

On  fixa  un  jour  pour  célébrer  les  noces,  et  le  prince  partit,  alors,  lais- 
sant tout  le  monde  dans  le  plus  grand  étonnement,  et  l'on  s'occupa  des 
préparatifs  de  la  noce. 

Au  jour  convenu,  le  prince  revint,  avec  un  garçon  d'honneur  pres- 
qu'aussi  beau  que  lui.  Ils  étaient  montés  sur  un  beau  char  doré,  attelé  de 
quatre  magnifiques  chevaux  blancs  ;  et  ils  étaient  si  parés  et  si  brillants, 
eux  et  leur  char  et  leurs  chevaux,  qu'ils  éclairaient  tout  sur  leur  passage, 
comme  le  soleil. 

Les  noces  furent  célébrées  avec  beaucoup  de  pompe  et  de  solennité, 
et,  en  se  levant  de  table,  le  prince  dit  à  la  nouvelle  mariée  de  monter 
sur  son  char,  pour  qu'il  la  conduisît  à  son  palais.  Yvonne  demanda  un 
peu  de  répit,  afin  d'emporter  quelques  vêtements.  —  Pas  n'est  besoin, 
lui  dit  le  prince,  vous  en  trouverez  à  discrétion  dans  mon  palais.  —  Et 
elle  monta  sur  le  char,  à  côté  de  son  époux.  Au  moment  de  partir,  ses 
frères  demandèrent  :  —  Quand  nous  voudrons  faire  visite  à  notre  sœur, 
où  pourrons-nous  la  voir?  —  Au  Château-Vert,  de  l'autre  côté  de  la 
Mer  Noire,  répondit  le  prince.  Et  il  partit  aussitôt. 

Environ  un  an  de  là,  comme  les  six  frères  n'avaient  aucune  nouvelle 
de  leur  sœur,  et  qu'ils  étaient  curieux  de  savoir  comment  elle  se  trouvait 
\  avec  son  époux,  ils  résolurent  d'aller  à  sa  recherche.  Les  cinq  aînés 
;  montèrent  donc  sur  de  beaux  chevaux,  et  se  mirent  en  route.  Leur  jeune 
frère  Yvon  voulut  aussi  les  accompagner,  mais  ils  le  forcèrent  de  rester 
à  la  maison.    Ils   allaient,   ils   allaient,    toujours   du  côté   du    soleil 
■  levant,  et  demandant  partout  des  nouvelles  du  Château-Vert.  Mais  per- 
;  sonne  ne  savait  où  se  trouvait  le  Château-Vert.  Enfin,  après  avoir  couru 
beaucoup  de  pays,  ils  arrivèrent  un  jour  sur  la  lisière  d'une  grande 
forêt,  qui  avait  au  moins  cinquante  lieues  de  circonférence.  Ils  deman- 
dèrent à  un  vieux  bûcheron  qu'ils  rencontrèrent  s'il  ne  pouvait  pas  leur 
indiquer  la  route  pour  aller  au  Château-Vert. 

Le  bûcheron  leur  répondit  :  —  Il  y  a  dans  la  forêt  une  grande  allée 
que  l'on  appelle  l'allée  du  Château-Vert,  et  peut-être  conduit-elle  au 
château  dont  vous  parlez,  car  je  n'y  suis  jamais  allé. 
Les  cinq  frères  entrèrent  dans  la  forêt.   Ils  n'étaient  pas  allés  loin, 


5 10  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

qu'ils  entendirent  un  grand  bruit  au-dessus  de  leurs  têtes,  comme  d'ur 
orage  passant  sur  les  cimes  des  arbres,  avec  du  tonnerre  et  des  éclairs 
Ils  en  furent  effrayés,  et  leurs  chevaux  aussi,  au  point  qu'ils  euren 
beaucoup  de  peine  à  les  maintenir.  Mais  le  bruit  et  les  éclairs  cessèren 
bientôt,  le  temps  redevint  calme  et  beau,  et  ils  continuèrent  leur  route 
La  nuit  approchait,  et  ils  étaient  inquiets,  car  la  forêt  abondait  en  bête: 
fauves  de  toute  sorte.  Un  d'eux  monta  sur  un  arbre,  pour  voir  s'il  n'aper- 
cevrait pas  le  Château- Vert,  ou  quelqu'autre  habitation. 

—  Que  vois-tu  .''  lui  demandèrent  les  autres,  d'en  bas. 

—  Je  ne  vois  que  du  bois,  du  bois...  de  tous  les  côtés,  au  loin,  ai 
loin  1...  —  Il  descendit  de  l'arbre,  et  ils  se  remirent  en  marche. 

Mais  la  nuit  survint,  et  ils  ne  voyaient  plus  pour  se  diriger  dans  hj 
forêt.  Un  d'eux  monta  encore  sur  un  arbre. 

—  Que  vois-tu .?  lui  demandèrent  ses  frères. 

—  Je  vois  un  grand  feu,  là-bas! 

—  Jette  ton  chapeau  dans  la  direction  du  feu,  et  descends. 

Et  ils  se  remirent  en  route,  dans  la  direction  où  était  le  feu,  persua-j 
dés  qu'il  devait  y  avoir  là  quelque  habitation  humaine.  Mais  bientôt  il:! 
entendirent  encore  un  grand  bruit  au-dessus  de  leurs  têtes,  beaucoup 
plus  grand  que  la  première  fois.  Les  arbres  s'entrechoquaient  et  cra- 
quaient, et  des  branches  cassées  et  des  éclats  de  bois  tombaient  à  terrei 
de  tous  côtés.  Et  du  tonnerre!  et  des  éclairs!...  c'était  effrayant  !  Puis.] 
tout  d'un  coup,  le  silence  se  rétablit,  et  la  nuit  redevint  calme  et  sereine. 
Ils  reprirent  leur  marche,  et  arrivèrent  au  feu  qu'ils  cherchaient.  Une 
vieille  femme,  aux  dents  longues  et  branlantes,  et  toute  barbue,  l'entre- 
tenait, en  y  jetant  force  bois.  Ils  s'avancèrent  jusqu'à  elle,  et  l'aîne 
d'entre  eux  lui  parla  de  la  sorte  :  —  Bonsoir,  grand'mère  !  Pourriez-vous 
nous  enseigner  le  chemin  pour  aller  au  Château-Vert  ? 

—  Oui,  vraiment,  mes  enfants,  je  sais  où  est  le  Château-Vert,j 
répondit  la  vieille;  mais  attendez  ici  jusqu'à  ce  que  mon  fils  aîné  soit 
rentré,  et  celui-là  vous  donnera  des  nouvelles  toutes  fraîches  du  Château- 
Vert,  car  il  y  va  tous  les  jours.  Il  est  en  voyage,  pour  le  moment,  mais 
il  ne  tardera  pas  à  arriver.  Peut-être  même  l'avez-vous  vu  dans  la  forêt  ? 

—  Nous  n'avons  vu  personne  dans  la  forêt,  grand'mère.  i 

—  Vous  avez  dû  l'entendre,  alors,  car  on  l'entend  ordinairement  où 
il  passe,  celui-là...  Tenez!  le  voilà  qui  arrive  :  l'entendez-vous  ? 

Et  ils  entendirent,  en  effet,  un  vacarme  pareil  à  celui  qu'ils  avaient 
entendu  à  deux  fois  dans  la  forêt,  mais  plus  effrayant  encore.  j 

—  Cachez-vous,  vite,  là,  sous  les  branches  d'arbres,  —  leur  dit  la  j 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  3 1 1 

vieille,  —  car  mon  fils,  quand  il  rentre,  a  toujours  grand'faim,  et  je 
crains  qu'il  ne  veuille  vous  manger. 

Les  cinq  frères  se  cachèrent  de  leur  mieux,  et  un  géant  descendit  alors 
du  ciel,  et^  dès  qu'il  eut  touché  la  terre,  il  se  mit  à  flairer  l'air  et  cria  : 

—  Il  y  a  ici  odeur  de  chrétien,  mère,  et  il  faut  que  j'en  mange,  car 
j'ai  grand'faim  ! 

La  vieille  prit  un  gros  bâton,  et,  le  montrant  au  géant  :  —  Vous 
voulez  toujours  tout  manger,  vous!  Mais  gare  à  mon  bâton,  si  vous 
faites  le  moindre  mal  à  mes  neveux,  les  enfants  de  ma  sœur,  des  garçons 
si  gentils  et  si  sages,  qui  sont  venus  me  voir.  —  Le  géant  trembla  de 
peur,  à  la  menace  de  sa  mère,  et  promit  de  ne  pas  faire  de  mal  à  ses 
cousins.  Alors,  la  vieille  dit  aux  cinq  frères  qu'ils  pouvaient  se  montrer, 
et  elle  les  présenta  à  son  fils,  qui  dit  :  —  Ils  sont  bien  gentils,  c'est  vrai, 
mes  cousins,  mais  comme  ils  sont  petits,  mère! 

Enfin,  en  leur  qualité  de  cousins,  il  voulut  bien  ne  pas  les  manger. 

—  Non-seulement  vous  ne  leur  ferez  aucun  mal,  mais  il  faut  encore 
que  vous  leur  rendiez  service,  lui  dit  sa  mère. 

—  Quel  service  faut-il  donc  que  je  leur  rende  .? 

—  Il  faut  que  vous  les  conduisiez  au  Château-Vert,  où  ils  veulent 
aller  voir  leur  sœur. 

—  Je  ne  puis  pas  les  conduire  jusqu'au  Château-Vert,  mais  je  les 
conduirai  volontiers  un  bon  bout  de  chemin,  et  les  mettrai  sur  la  bonne 
route  pour  y  aller. 

—  Merci,  cousin,  nous  ne  demandons  pas  plus,  dirent  les  cinq  frères. 

—  Eh  !  bien,  étendez-vous  là  auprès  du  feu  et  dormez,  car  il  faut  que 
nous  partions  demain  matin  de  bonne  heure.  Je  vous  éveillerai,  quand 
le  temps  de  partir  sera  venu. 

Les  cinq  frères  se  couchèrent  dans  leurs  manteaux,  autour  du  feu,  et 
feignirent  de  dormir;  mais  ils  ne  dormaient  pas,  car  ils  n'osaient  pas 
trop  se  fier  à  la  promesse  de  leur  cousin  le  géant.  Celui-ci  se  mit,  alors, 
à  souper,  et  il  avalait  un  mouton  à  chaque  bouchée. 

Vers  minuit,  il  éveilla  les  cinq  frères,  et  leur  dit  : 

—  Allons!  debout,  cousins;  il  est  temps  de  partir! 

Il  étendit,  alors,  un  grand  drap  noir  sur  la  terre,  près  du  feu,  et  dit 
aux  cinq  frères  de  se  mettre  dessus,  montés  sur  leurs  chevaux.  Ce  qu'ils 
firent.  Alors,  le  géant  entra  dans  le  feu,  et  sa  mère  y  jeta  force  bois, 
pour  l'alimenter.  A  mesure  que  le  feu  augmentait,  les  frères  entendaient 
s'élever  graduellement  un  bruit  pareil  à  celui  qu'ils  avaient  entendu  dans 
la  forêt,  en  venant,  et,  peu  à  peu,  le  drap  sur  lequel  ils  étaient  se  sou- 
levait de  terre,  avec  eux  et  leurs  chevaux.  Quand  les  habits  du  géant 


5 1 2  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

furent  consumés,  il  s'éleva  dans  l'air  sous  la  forme  d'une  énorme  boul 
de  feu.  Le  drap  noir  s'éleva  aussi  à  sa  suite,  emportant  les  cinq  frère 
et  leurs  chevaux,  et  les  voilà  de  voyager  ensemble  à  travers  l'air.  Ai 
bout  de  quelque  temps,  le  drap  noir,  avec  les  cinq  frères  et  leurs  che 
vaux,  fut  déposé  sur  une  grande  plaine.  Une  moitié  de  cette  plaine  étai 
aride  et  brûlée,  et  l'autre  moitié  était  fertile  et  couverte  d'herbe  haut' 
et  grasse.  Dans  la  partie  aride  et  brûlée  de  la  plaine,  il  y  avait  un  trou 
peau  de  chevaux,  gras,  luisants  et  pleins  de  feu;  au  contraire,  dans  L 
partie  où  l'herbe  était  abondante  et  grasse,  il  y  avait  un  autre  troupea' 
de  chevaux  maigres,  décharnés  et  se  soutenant  à  peine  sur  leurs  jambes 
Et  ils  se  battaient  et  cherchaient  à  se  manger  réciproquement. 

Le  géant,  ou  la  boule  de  feu,  avait  poursuivi  sa  route,  après  avoi 
déposé  les  frères  sur  cette  plaine,  et  il  leur  avait  dit  :  —  Vous  êtes  1, 
sur  la  bonne  voie  pour  aller  au  Château-Vert;  tâchez  de  vous  en  tirer,, 
présent,  de  votre  mieux,  car  je  ne  puis  vous  conduire  plus  loin. 

Leurs  chevaux  étaient  morts  en  touchant  à  la  terre,  de  sorte  qu'ils  s 
trouvaient,  à  présent,  à  pied.  Ils  essayèrent  d'abord  de  prendre  chacui 
un  des  beaux  chevaux  qu'ils  virent  dans  la  partie  aride  de  la  plaine 
mais  ils  ne  purent  jamais  en  venir  à  bout.  Ils  se  rabattirent,  alors,  su 
les  chevaux  maigres  et  décharnés,  et  en  prirent  chacun  un,  et  montèren 
dessus.  Mais,  alors,  les  chevaux  les  emportèrent  parmi  des  ajoncs  et  de 
broussailles  qui  couvraient  une  partie  de  la  plaine,  et  les  jetèrent  à  terre 
tout  meurtris  et  sanglants.  Les  voilà  bien  embarrassés.  Que  faire  ?  - 
Retournons  à  la  maison,  nous  n'arriverons  jamais  à  ce  château  maudit 
dit  un  d'eux.  —  C'est,  en  effet,  ce  que  nous  avons  de  mieux  à  faire 
répondirent  les  quatre  autres.  —  Et  ils  retournèrent  sur  leurs  pas;  mai 
ils  évitèrent  de  repasser  par  l'endroit  où  ils  avaient  rencontré  la  vieilli 
femme  qui  entretenait  le  feu,  et  le  géant  son  fils. 

Ils  arrivèrent  enfm  à  la  maison,  après  beaucoup  de  mal  et  de  fatigue 
et  racontèrent  tout  ce  qui  leur  était  arrivé  dans  leur  voyage.  Leur  jeum; 
frère  Yvon  était,  selon  son  ordinaire,  assis  sur  un  galet  rond  au  coin  di 
foyer,  et,  quand  il  entendit  le  récit  de  leurs  aventures  et  tout  le  ma 
qu'ils  avaient  eu,  sans  pourtant  réussir  à  voir  leur  sœur,  il  dit  : 

—  Moi,  je  veux  aussi  tenter  l'aventure,  à  mon  tour,  et  je  ne  revien- 
drai pas  à  la  maison  sans  avoir  vu  ma  sœur  Yvonne. 

—  Toi,  imbécile!  lui  dirent  ses  frères,  en  haussant  les  épaules. 

—  Oui,  moi,  et  je  verrai  ma  sœur  Yvonne,  vous  dis-je,  en  quelqu 
lieu  qu'elle  soit. 

On  lui  donna  un  vieux  cheval  fourbu,  une  rosse,  et  il  partit,  seul. 
Il  suivit  la  même  route  que  ses  frères,  se  dirigeant  toujours  du  côté  di 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  5 1  ; 

5oleil  levant,  arriva  aussi  à  la  forêt  et,  à  l'entrée  de  l'avenue  du  Château- 
^ert,  il  rencontra  une  vieille  femme  qui  lui  demanda  : 

—  Où  allez-vous  ainsi,  mon  enfant  ? 

—  Au  Château-Vert,  grand'mère,  pour  voir  ma  sœur. 

—  Eh  !  bien,  mon  enfant,  n'allez  pas  par  ce  chemin-là,  mais  par  celui- 
•:i,  jusqu'à  ce  que  vous  arriviez  à  une  grande  plaine;  alors,  vous  suivrez 
a  lisière  de  cette  plaine,  jusqu'à  ce  que  vous  voyiez  une  route  dont  la 
erre  est  noire.  Prenez  cette  route-là,  et  quoi  qu'il  arrive,  quoi  que  vous 
ouïssiez  voir  ou  entendre,  quand  bien  même  le  chemin  serait  plein  de 
eu,  marchez  toujours  droit  devant  vous,  et  vous  arriverez  au  Château- 
/ert,  et  vous  verrez  votre  sœur.  —  Merci,  grand'mère,  répondit  Yvon, 
;t  il  s'engagea  dans  le  chemin  que  lui  montra  la  vieille. 

.  Il  arriva,  sans  tarder,  à  la  plaine  dont  elle  lui  avait  parlé,  et  la  côtoya 
out  du  long,  jusqu'à  ce  qu'il  vît  la  route  à  la  terre  noire.  Il  voulut  la 
jrendre,  suivant  le  conseil  de  la  vieille,  mais  elle  était  remplie,  à  l'entrée, 
ie  serpents  entrelacés,  de  sorte  qu'il  eut  peur  et  hésita  un  moment.  Son 
;heval  lui-même  reculait  d'horreur,  quand  il  voulait  le  pousser  dans  ce 
;hemin.  —  Comment  faire?  se  dit-il;  on  m'a  pourtant  dit  qu'il  fallait 
oasser  par  là  ! 

Il  enfonça  ses  éperons  dans  les  flancs  de  son  cheval,  et  il  entra  dans 
:a  route  au.x  serpents  et  à  la  terre  noire.  Mais  aussitôt  les  serpents  s'en- 
■oulèrent  autour  des  jambes  de  l'animal,  le  mordirent,  et  il  tomba  mort 
■;ur  la  place.  Voilà  le  pauvre  Yvon  à  pied,  au  milieu  de  ces  hideux  rep- 
iles, qui  sifflaient  et  se  dressaient  menaçants  autour  de  lui.  Mais  il  ne 
)erdit  pas  courage  pour  cela;  il  continua  de  marcher  droit  devant  lui, 
;n  arriva  enfin  à  l'autre  extrémité  de  la  route,  sans  avoir  éprouvé  aucun 
nal.  Il  fut  quitte  pour  la  peur.  Il  se  trouva,  alors,  au  bord  d'un  grand 
itang,  et  il  ne  voyait  aucune  barque  pour  passer  de  l'autre  côté,  et  il  ne 
;avait  pas  nager,  de  sorte  qu'il  était  encore  bien  embarrassé.  —  Com- 
■nent  faire  ?  se  disait-il  ;  je  ne  veux  pourtant  pas  retourner  sur  mes 
)as;  j'essayerai  de  passer,  arrive  que  pourra.  —  Et  il  entra  résolument 
lans  l'eau.  Il  en  eut  d'abord  jusqu'aux  genoux,  puis  jusqu'aux  aisselles, 
)uis  jusqu'au  menton,  et  enfin  par-dessus  la  tête.  Il  continua  d'avancer, 
■nalgré  tout,  et  finit  par  arriver,  sans  mal,  de  l'autre  côté. 

En  sortant  de  l'eau,  il  se  trouva  à  l'entrée  d'un  chemin  profond,  étroit 
;t  sombre,  et  rempli  d'épines  et  de  ronces  qui  allaient  d'un  côté  à 
'autre  de  la  route,  et  avaient  racine  en  terre  des  deux  côtés. — Jenepour- 
"ai  jamais  passer  par  là!  se  disait-il.  Il  ne  désespéra  pourtant  pas.  Il  se 
glissa, à  quatre  pattes,  par-dessous  les  ronces,  rampa  comme  une  couleuvre, 
't  finit  par  arriver  au  bout  de  la  route.  Mais  dans  quel  état,  hélas!  son 


314  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

corps  était  tout  déchiré  et  tout  sanglant,  et  il  n'avait  plus  le  moim  : 

lambeau  de  vêtement  sur  lui.  Mais  il  avait  passé,  malgré  tout. 

Un  peu  plus  loin,  il  vit  venir  à  lui,  au  grand  galop,  un  cheval  maij; 
et  décharné.  Le  cheval,  arrivé  près  de  lui,  s'arrêta,  comme  pour  l'in  ■ 
ter  à  monter  sur  son  dos.  Il  reconnut  alors  que  c'était  son  propre  cî- 
val,  qu'il  avait  cru  mort.  Il  lui  témoigna  beaucoup  de  joie  de  le  retrc  - 
ver  en  vie,  et  monta  sur  son  dos,  en  lui  disant:  —  Mille  bénédictici 
sur  toi,  mon  pauvre  animal,  car  je  suis  rendu  de  fatigue.  1 

Ils  continuèrent  leur  route  et  arrivèrent,  alors,  à  un  endroit  où  i  ' 
avait  un  grand  rocher  placé  sur  deux  autres  rochers.  Le  cheval  frap  i 
du  pied  sur  le  rocher  de  dessus,  qui  bascula  aussitôt  et  laissa  voir  l'enti  : 
d'un  souterrain;  et  une  voix  en  sortit  qui  dit  :  —  Descends  de  ton  chev 
et  entre.  —  Il  obéit  à  la  voix,  descendit  de  cheval  et  entra  dans  le  se 
terrain.  Il  fut  d'abord  suffoqué  par  une  odeur  insupportable,  une  od(  • 
de  reptiles  venimeux  de  toute  espèce. 

Le  souterrain  était  de  plus  fort  obscur,  et  il  ne  pouvait  avancer  qi 
tâtons.  Au  bout  de  quelques  moments,  il  entendit  derrière  lui  un  vacan 
épouvantable,  comme  si  une  légion  de  démons  s'avançait  sur  lui. 
faudra,  sans  doute,   mourir  ici,  —  pensa-t-il.    Il  continua   pourt; 
d'avancer  de  son  mieux.    Il  vit  enfin  poindre  devant  lui   une    pet 
lumière  et  cela  lui  donna  du  courage.  Le  vacarme  allait  toujours  au 
mentant  derrière  lui,  et  s'approchant.  Mais  la  lumière  aussi  croissait, 
mesure  qu'il  s'avançait  vers  elle.  Enfin,  il  sortit  sain  et  sauf  du  soutf 
rain!..,  lise  trouva  alors  dans  un  carrefour,  et  il  fut  encore  embarras; 
Quel  chemin  prendre .''   Il  suivit  celui  qui  faisait  face  au  souterrain, 
continua  d'aller  tout  droit  devant  lui.  Il  y  avait  beaucoup  de  barrièr 
sur  ce  chemin,  hautes  et  difficiles  à  franchir.  Ne  pouvant  les  ouvrir,  j 
grimpait  sur  les  piliers,  et  passait  par-dessus.  La  route  allait,  à  préseil 
en  descendant,  et,  à  l'extrémité,  tout  lui  paraissait  vert.  Il  voyait 
château  vert,  un  ciel  vert,  un  soleil  vert...  enfin  il  voyait  tout  en  vert. 

—  C'est  dans  un  château  vert  qu'on  m'a  dit  que  ma  sœur  demeur- 
et  j'approche  sans  doute  du  terme  de  mon  voyage  et  de  mes  peines,  c| 
voilà  bien  un  château  vert  !  se  dit-il  avec  joie. 

Le  voilà  près  du  château.  Il  était  si  beau,  si  resplendissant  de  lumièr 
que  ses  yeux  en  étaient  éblouis.  Il  entre  dans  la  cour.  Comme  tout  et; 
beau  et  brillait  par  là!  Il  voit  un  grand  nombre  de  portes  sur  le  châtea 
mais  elles  sont  toutes  fermées.  Il  parvient  à  se  glisser  dans  une  caM 
par  un  soupirail,  puis,  delà,  il  monte  et  se  trouve  dans  une  grande  sali] 
magnifique  et  resplendissante  de  lumière.  Six  portes  donnent  sur  celj 
salle,  et  elles  s'ouvrent  d'elles-mêmes,  dès  qu'il  y  entre.  De  cette  pn 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  5 1 5 

Tiière  salle,  il  passe  dans  une  seconde,  plus  belle  encore. Trois  autres  portes 
;ont  à  la  suite  les  unes  des  autres,  donnant  sur  trois  autres  salles,  toutes 
)lus  belles  les  unes  que  les  autres.  Dans  la  dernière  salle,  il  voit  sa  sœur 
mdormie  sur  un  beau  lit.  Il  reste  quelque  temps  à  la  regarder,  immo- 
i)ile  d'admiration,  tant  il  la  trouve  belle.  Mais  elle  ne  s'éveillait  pas,  et 
le  soir  vint.  Alors,  il  entend  comme  le  bruit  des  pas  de  quelqu'un  qui 
l'ient  et  fait  résonner  des  grelots  à  chaque  pas.  Puis  il  voit  entrer  un 
)eau  jeune  homme,  qui  va  droit  au  lit  sur  lequel  était  couchée  Yvonne, 
iitlui  donne  trois  soufflets  retentissants.  Pourtant,  elle  ne  s'éveille  ni  ne 
Douge.  Alors,  le  beau  jeune  homme  se  met  aussi  sur  le  lit,  à  côté  d'elle, 
t/oilà  Yvon  bien  embarrassé,  ne  sachant  s'il  doit  s'en  aller,  ou  rester.  Il 
je  décide  à  rester,  car  il  lui  paraît  que  cet  homme  traite  sa  sœur  d'une 
singulière  façon.  Le  jeune  mari  s'endort  bientôt  à  côté  de  sa  femme.  Ce  qui 
,:tonne  encore  Yvon,  c'est  qu'il  n'entend  pas  le  moindre  bruit  dans  le 
hâteau,  et  qu'il  paraît  qu'on  n'y  mange  pas.  Lui-même,  qui  était  arrivé 
ivec  un  grand  appétit,  n'en  a  plus  du  tout  à  présent.  La  nuit  se  passe 
lans  le  plus  protond  silence.  Au  lever  du  soleil,  le  mari  d'Yvonne 
/éveille,  et  donne  encore  à  sa  femme  trois  soufflets  retentissants.  Mais 
rlle  ne  paraît  pas  s'en  apercevoir,  et  ne  s'éveille  toujours  pas.  Puis,  il 
part  aussitôt. 

l  Tout  cela  étonnait  fort  Yvon,  toujours  silencieux  dans  son  coin.  Il 
.raignaitque  sa  sœur  ne  fût  morte.  Il  se  décida  enfm,  pour  s'en  assurer, 
(lui donner  un  baiser.  Alors,  elle  s'éveilla  sur-le-champ,  ouvrit  les  yeux 
|t  s'écria,  en  voyant  son  frère  près  d'elle  :  —  Oh!  que  j'ai  de  joie  de  te 
levoir,  mon  frère  chéri  !  —  Et  ils  s'embrassèrent  tendrement. 
i  Alors,  Yvon  demanda  à  Yvonne  :  —  Et  ton  mari,  où  est-il,  sœur 
hérie  ? 

—  il  est  parti  en  voyage,  frère  chéri. 

—  Est-ce  qu'il  y  a  longtemps  qu'il  n'a  pas  été  à  la  maison? 

—  Non  vraiment  il  n'y  a  pas  longtemps,  frère  chéri;  il  vient  de  par- 
r  il  n'y  a  qu'un  moment. 

—  Comment,  est-ce  que  tu  ne  serais  pas  heureuse  avec  lui,  ma  pauvre 
œur? 

—  Je  suis  très-heureuse  avec  lui,  frère  chéri. 

—  Je  l'ai,  pourtant,  vu  te  donner  trois  bons  soufflets,  hier  soir,  en 
rrivant,  et  trois  autres  ce  matin,  avant  de  partir. 

—  Que  dis-tu  là,  frère  chéri.''  Des  soufflets!...  C'est  des  baisers  qu'il 
le  donne,  le  soir  et  le  matin. 

—  De  singuliers  baisers,  ma  foi!  Mais  puisque  tu  ne  t'en  plains  pas; 
près  tout...  Comment,  mais  on  ne  mange  donc  jamais  ici  ^ 


3 16  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

—  Depuis  que  je  suis  ici,  mon  frère  chéri,  je  n'ai  jamais  éprouvé 
faim,  ni  soif,  ni  froid,  ni  chaud,  ni  aucun  besoin,  ni  aucune  contrariél 
Est-ce  que  tu  as  faim,  toi  ? 

—  Non  vraiment,  et  c'est  ce  qui  m'étonne.  Est-ce  qu'il  n'y  a  que  i 
et  ton  mari  dans  ce  beau  château  ? 

—  Oh!  si,  nous  sommes  nombreux  ici,  mon  frère  chéri;  quand 
suis  arrivée  ici,  j'ai  vu  tous  ceux  qui  y  sont;  mais,  depuis,  je  ne  les 
jamais  revus,  parce  que  je  leur  avais  parlé,  quoiqu'on  me  l'eût  défend 

Ils  passent  la  journée  ensemble,  à  se  promener  par  le  château  el 
causer  de  leurs  parents,  de  leur  pays  et  d'autres  choses.  Le  soir, 
mari  d'Yvonne  arriva,  à  son  heure  ordinaire.  Il  reconnut  son  beau-frèr 
et  témoigna  de  la  joie  de  le  revoir. 

—  Vous  êtes  donc  venu  nous  voir,  beau-frère  .?  lui  dit-il. 

—  Oui,  beau-frère,  et  ce  n'est  pas  sans  beaucoup  de  mal. 

—  Je  le  crois,  car  tout  le  monde  ne  peut  venir  jusqu'ici  :  mais  vo 
retournerez  plus  aisément;  je  vous  ferai  prendre  les  bons  chemins. 

Yvon  resta  quelques  jours  avec  sa  sœur.  Son  beau-frère  partait  to 
les  matins,  sans  dire  où  il  allait,  et  était  absent  durant  tout  le  jotj 
Yvon,  intrigué  par  cette  conduite,  demanda  un  jour  à  sa  sœur  :  —  (' 
donc  va  ton  mari  ainsi  tous  les  matins;  quel  métier  a-t-il  aussi .^ 

—  Je  ne  sais  pas,  mon  frère  chéri,  il  ne  m'en  a  jamais  rien  dit;  il  t 
vrai  que  je  ne  le  lui  ai  pas  demandé  non  plus. 

—  Eh!  bien,  moi  j'ai  envie  de  lui  demander  de  me  permettre  de  l'a 
compagner,  car  je  suis  curieux  de  savoir  où  il  va  ainsi,  tous  les  jours. 

—  Oui,  demande-le-lui,  mon  frère  chéri. 

Le  lendemain  matin,  au  moment  où  le  mari  d'Yvonne  s'apprêtait 
partir,  Yvon  lui  dit  :  —  Beau-frère,  j'ai  envie  de  vous  accompagne 
aujourd'hui,  dans  votre  tournée,  pour  voir  du  pays  et  prendre  l'air  ? 

—  Je  le  veux  bien,  beau-frère,  mais  à  la  condition  que  vous  fer 
tout  comme  je  vous  dirai  ? 

—  Je  vous  promets,  beau-frère,  de  vous  obéir  en  toute  chose. 

—  Écoutez-moi  bien,  alors  :  Il  faudra,  d'abord,  ne  toucher  à  rie 
et  ne  parler  qu'à  moi  seul,  quoi  que  vous  voyiez  ou  entendiez. 

—  Je  vous  promets  de  ne  toucher  à  rien,  et  de  ne  parler  qu'ù  vo 
seul. 

—  C'est  bien,  partons,  alors. 

Et  ils  partirent  de  compagnie  du  Château-Vert.  Ils  suivirent,  d'abor 
un  sentier  étroit,  où  ils  ne  pouvaient  marcher  tous  les  deux  de  front,  l 
ftiari  d'Yvonne  marchait  devant,  et  Yvon  le  suivait  de  près.  Us  arrivère 
ainsi  à  une  grande  plaine  sablonneuse,  aride  et  brûlée.  Et  pourtant,  ilj 


Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine.  ]  17 

ivait  là  des  bœufs  et  des  vaches  gras  et  luisants,  qui  ruminaient  tran- 
quillement couchés  sur  le  sable  et  qui  paraissaient  heureux.  Cela  étonna 
'ort  Yvon,  mais  il  ne  dit  mot,  pourtant.  Plus  loin,  ils  arrivèrent  à  une 
îutre  plaine  où  l'herbe  était  abondante,  haute  et  grasse,  et  pourtant  il  y 
ivait  là  des  vaches  et  des  bœufs  maigres  et  décharnés,  et  ils  se  battaient 
3t  beuglaient  à  faire  pitié.  Yvon  trouva  cela  bien  étrange  encore,  et  il 
demanda  à  son  beau-frère  : 

—  Que  signifie  donc  ceci,  beau-frère  ?  Jamais  je  n'ai  vu  pareille  chose  : 
des  vaches  et  des  bœufs  de  bonne  mine  et  luisants  de  graisse  là  où  il  n'y 
j  que  du  sable  et  des  pierres;  tandis  que  dans  cette  belle  prairie  où  ils 
;ont  dans  l'herbe  jusqu'au  ventre,  vaches  et  bœufs  sont  d'une  maigreur 
\  faire  pitié,  et  paraissent  près  de  mourir  de  faim  ? 

—  Voici  ce  que  cela  signifie,  beau-frère  :  les  vaches  et  les  bœufs 
gras  et  luisants,  dans  la  plaine  aride  et  sablonneuse,  sont  les  pauvres 
qui,  contents  de  leur  sort  et  de  la  condition  que  Dieu  leur  a  faite,  ne 
;onvoitent  pas  le  bien  d'autrui;  et  les  vaches  et  les  bœufs  maigres, 
ians  la  prairie  où  ils  ont  de  l'herbe  jusqu'au  ventre,  et  qui  se  battent 
continuellement  et  paraissent  près  de  mourir  de  faim,  sont  les  riches 
ijui  ne  sont  jamais  satisfaits  de  ce  qu'ils  ont,  et  cherchent  toujours 
i  amasser  du  bien,  aux  dépens  d'autrui,  se  querellant  et  se  battant 
sans  cesse. 

Plus  loin,  ils  virent,  au  bord  d'une  rivière,  deux  arbres  qui  s'entre- 
:hoquaient  et  se  battaient  avec  tant  d'acharnement,  qu'il  en  jaillissait  au 
loin  des  fragments  d'écorce  et  des  éclats  de  bois.  Yvon  avait  un  bâton  à 
la  main,  et,  quand  il  fut  arrivé  près  des  deux  abres,  il  interposa  son  bâton 
;sntre  les  deux  combattants,  en  leur  disant  :  —  Qu'avez-vous  donc  pour 
Vous  maltraiter  de  la  sorte?  Cessez  de  vous  faire  du  mal,  et  vivez  en 
paix. 

A  peine  eut-il  prononcé  ces  paroles,  qu'il  fut  tout  étonné  de  voir  les 
deux  arbres  se  changer  en  deux  hommes,  mari  et  femme,  qui  lui  dirent: 
—  Notre  bénédiction  soit  sur  vous  !  Voici  trois  cents  ans  passés  que 
nous  nous  battions  ainsi  avec  acharnement,  et  personne  n'avait  pitié  de 
nous,  ni  ne  daignait  nous  adresser  la  parole.  Nous  sommes  deux  époux 
qui  nous  disputions  et  nous  battions  constamment,  quand  nous  étions 
sur  la  terre,  et,  pour  notre  punition.  Dieu  nous  avait  condamnés  à  con- 
tinuer de  nous  battre  encore  ici,  jusqu'à  ce  que  quelque  âme  charitable 
eût  pitié  de  nous,  et  nous  adressât  une  bonne  parole.  Vous  avez  mis  fin 
à  notre  supplice,  en  agissant  et  en  parlant  comme  vous  l'avez  fait,  et 
nous  allons,  à  présent,  au  Paradis,  où  nous  espérons  vous  revoir  un  jour. 

Et  les  deux  époux  disparurent  aussitôt. 


jiS  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

Alors,  Yvon  entendit  un  vacarme  épouvantable,  des  cris,  des  imp  • 
cations,  des  hurlements,  des  grincements  de  dents,  des  bruits  ; 
chaînes...  c'était  à  glacer  le  sang  dans  les  veines.  l 

—  Que  signifie  ceci  ?  demanda-t-il  à  son  beau-frère.  ? 

—  Ici,  nous  sommes  à  l'entrée  de  l'enfer;  mais  nous  ne  pouvons  ]5 
aller  plus  loin  ensemble,  car  vous  m'avez  désobéi.  Je  vous  avais  b  \ 
recommandé  de  ne  toucher  et  de  n'adresser  la  parole  à  nul  autre  cj 
moi,  durant  notre  voyage,  et  vous  avez  parlé  et  touché  aux  deux  arbi 
qui  se  battaient  au  bord  de  la  rivière.  Retournez  auprès  de  votre  sœ  , 
et  moi,  je  vais  continuer  ma  route.  Je  rentrerai,  à  mon  heure  ordinal , 
et,  alors,  je  vous  mettrai  sur  le  bon  chemin  pour  retourner  chez  vous 

Et  Yvon  s'en  retourna  au  Château-Vert,  seul  et  tout  confus,  pendi  : 
que  son  beau-frère  continuait  sa  route. 
Quand  sa  sœur  le  vit  revenir  : 

—  Te  voilà  déjà  de  retour,  mon  frère  chéri?  lui  dit-elle. 

—  Oui,  ma  sœur  chérie,  répondit-il,  tout  triste. 

—  Et  tu  reviens  seul  ? 

—  Oui,  je  reviens  seul. 

—  Tu  auras,  sans  doute,  désobéi  en  quelque  chose  à  mon  mari  ? 

—  Oui,  j'ai  parlé  et  touché  à  deux  arbres  qui  se  battaient  avec  achi 
nement  au  bord  d'une  rivière,  et,  alors,  ton  mari  m'a  dit  qu'il  fallj 
m'en  retourner  au  château.  ' 

—  Et  comme  cela,  tu  ne  sais  pas  où  il  va  ? 

—  Non,  je  ne  sais  pas  où  il  va,  ma  sœur. 

Vers  le  soir,  le  mari  d'Yvonne  rentra  à  son  heure  habituelle,  et  il  ■ 
à  Yvon  :  —  Vous  m'avez  désobéi,  beau-frère  ;  vous  avez  parlé  et  touch 
malgré  ma  recommandation  et  malgré  votre  promesse  de  n'en  rien  fair, 
à  présent,  il  vous  faut  retourner  un  peu  dans  votre  pays,  pour  voir  v 
parents  ;  vous  reviendrez  sans  tarder,  et  ce  sera  alors  pour  toujours. 

Yvon  fit  ses  adieux  à  sa  sœur  et  son  beau-frère  le  mit  alors  sur  le  bi 
chemin  pour  s'en  retourner  dans  son  pays,  et  lui  dit  :  —  Va,  à  préser 
sans  crainte,  et  au  revoir,  car  tu  reviendras  sans  tarder. 

Yvon  chemine  par  la  route  où  l'a  mis  son  beau-frère,  un  peu  triste  ( 
s'en  retourner  ainsi,  et  rien  ne  vient  le  contrarier  durant  son  voyag. 
Ce  qui  l'étonné  le  plus,  c'est  qu'il  n'a  ni  faim,  ni  soif,  ni  envie  de  do:i 
mir.  A  force  de  marcher,  sans  jamais  s'arrêter,  ni  de  jour,  ni  de  nuij 
car  il  ne  se  fatiguait  pas  non  plus,  —  il  arrive  enfin  dans  son  pays.  Il  :! 
rend  à  l'endroit  où  il  s'attend  à  retrouver  la  maison  de  son  père,  et  Cj 
bien  étonné  d'y  trouver  une  prairie,  avec  des  hêtres  et  des  chênes  dé 
bien  vieux.  —  C'est  pourtant  ici,  ou  je  me  trompe  fort!  se  disait-il. 


Contes  populaires  de  la  Bretao^ne  Armoricaine.  i,  \  9 

:  Il  entre  dans  une  maison,  non  loin  de  là,  et  demande  où  demeure 
ouenn  Dagorn,  son  père. 

—  louenn  Dagorn?...  Il  n'y  a  personne  de  ce  nom    par    ici,    lui 
épond-on. 

Cependant  un  vieillard,  qui  était  assis  au  foyer,  dit  : 

—  J'ai  entendu  mon  grand-père  parler  d'un  louenn  Dagorn;  mais  il  y 
bien  longtemps  qu'il  est  mort,   et  ses  enfants  et  les  enfants  de  ses 

infants  sont  aussi  tous  morts;  il  n'y  a  plus  de  Dagorn  dans  le  pays. 
I  Le  pauvre  Yvon  fut  on  ne  peut  plus  étonné  de  tout  ce  qu'il  entendait, 
|t,  comme  il  ne  connaissait  plus  personne  dans  le  pays,  et  que  personne  ne 
:  connaissait,  il  se  dit  qu'il  n'avait  plus  rien  à  y  faire,  et  que  le  mieux 
tait  d'aller  rejoindre  ses  parents  où  ils  étaient  allés.  H  se  rendit  donc  au 
imetière  et  vit  là  leurs  tombes,  dont  quelques-unes  dataient  déjà  de 
•ois  cents  ans  et  plus. 

Alors,  il  entra  dans  l'église,  y  pria  du  fond  de  son  cœur,  puis  il  mou- 
Jt  sur  la  place,  et  alla  sans  doute  rejoindre  sa  sœur  au  Château-Vert. 

Conté  par  Louis  Le  Braz, 
Tisserand  à  Prat  (Côtes-du-Nord),  novembre  1875. 


Ce  conte  me  paraît  important,  sous  plus  d'un  rapport.  Il  est  plus  complet 
je  les  précédents  qui  roulent  sur  le  même  thème,  il  est  moins  mélangé,  l'élé- 
ent  chrétien  y  intervient  peu,  et  certains  détails  ont  dû  être  transmis  avec  une 
•ande  fidélité,  depuis  les  temps  les  plus  anciens. 

'Cette  jeune  fille,  espèce  de  Cendrillon,  qui  épouse  un  prince  jeune,  beau  et 
l'illant  ;  ce  jeune  frère,  qui  part  à  la  recherche  de  sa  sœur,  et  qui  finit  par  la 
■trouver,  malgré  les  plus  grands  obstacles,  dans  un  château  vert,  au  milieu 
une  forêt;  ces  orages  et  cette  vieille  femme  qui  alimente  le  feu  d'où  s'élance 
in  fils  le  géant,  ou  Titan  ',  pour  commencer  sa  course  journalière;  cette  boule 
.;  feu  qui  voyage  à  travers  les  airs  ;  cette  terre  noire  et  couverte  de  serpents  ; 
■  souterrain  sombre  et  cet  étang  qu'il  faut  traverser  avantd'arriverauChâteau- 
ert;  cette  jeune  fille  endormie  sur  son  lit,  que  son  époux  baise  si  singulière- 
ent,  matin  et  soir,  et  qui  ne  s'éveille  pourtant  que  sous  les  baisers  de  son 
ère;  ce  voyage  d' Yvon  avec  son  mystérieux  beau-frère,  et  les  choses  singu- 
';res  qu'ils  voient  ;  enfin  quelques  autres  détails  encore  me  semblent  constituer 
le  fable  ancienne,  intéressante  et  basée  sur  un  mythe  solaire  qu'il  est  difficile 
:  méconnaître.  Je  n'essayerai  pas  davantage  d'interpréter  ici  les  ressorts  et  le 
ns  de  ce  mythe.  La  lumière  sort  de  la  comparaison  des  mythes  des  différents 


I.  En  Breton,  le  mot  «  Titan  »  semble  signifier  «  maison  de  feu  »,  de  ti,  maison,  et 
fûn,  feu. 


320  Contes  populaires  de  la  Bretagne  Armoricaine. 

peuples  et  des  différents  âges  et   il   me  manque,  à   cet  égard,  trop  d'élén  .ts 

d'information. 

Mon  rôle  à  moi,  collecteur  de  traditions  populaires  (et  je  crains  d'en  êtr  m 
peu  sorti  aujourd'hui),  doit  se  borner  généralement  à  fournir  à  la  criUe 
des  matériaux  sûrs,  d'une  authenticité  incontestable  quant  à  leur  provena'e, 
dans  lesquels  on  puisse  avoir  toute  confiance,  —  et  je  m'en  acquitte  de  pn 
mieux.  A  d'autres  le  soin  des  commentaires,  des  rapprochements  et  de  l'ii  r- 
prétation  des  mythes. 

F. -M.  LuzEL. 


THE  LOSS  OF   INDO-EUROPEAN   P 

IN  THE  CELTIC  LANGUAGES. 


The  loss  of  p  in  the  Celtic  languages  and  its  présence  in  the  same, 
by  Dr.  Windisch,  in  Kuhn's  Beitrsege,  vol.  viij.  pp.  1-48  (Berlin, 
1874). 

Some  remarks  on  the  Celtic  additions  [by  D^  Windischl  to  Curtius'  Greek 
Etymology,  byWhitley  Stokes,  vice-président  of  the  Philological  Society 
and  honorary  member  of  the  German  Oriental  Society,  pp.  59  octavo 
(Calcutta,  1874). 

Thèse  two  papers  are  so  fuU  of  interestthat  no  apologyneed  be  made 
for  noticing  them  hère  :  it  is  not,  however,  intended  to  give  the  reader 
anything  approaching  an  exhaustive  review  of  them  especially  as  the 
latter  of  the  two  is  quite  a  budget  of  interesting  etymologies  which  could 
only  be  discussed  in  détail  ;  —  it  is  hère  proposed  to  trace  the  fortunes  of 
the  letter  p  in  the  Celtic  languages  as  treated  by  both  writers.  Il  is 
agreed  that  original  p  disappears  in  Celtic  words  and  Windisch  enume- 
rates  30  instances  in  point  :  they  are  briefly  the  following  : 

1.  Ir.  arco,  'I  beseech',  Welsh  erchi,  'to  bid,  to  beg',  from  the  root 
PARK  whence  Latin  precw,  etc. 

2.  Ir.  ath,  genitive  atha,  'a  ford',  to  be  compared  withGr.  7:x-:o;  and 
Lat.  pons,  pontis.  Mod.  Welsh  adwy  'a  gap,  a  pass',  possibly  belongs 
hère. 

3.  !r.  athir,  'a  father',  Lat.  pater,  lost  in  Welsh  unless  preserved  in 
;he  p.  n.  Adran  (Myv.  Arch.  pp.  389,  404).  Cf.  Gaulish  Ater  and 
Aterni. 

4.  Ir.  elammar  (conjunctive),  ■we  err',  :  compare  Welsh  cyf-eiliorn, 
■a  straying,  error'.  The  relation  which  Windisch  suggests  between 
he  Irish  forms  and  German  fallen  is  doubtful. 

Rev.  Celt.  Il  2  2 


322  The  Loss  of  Indo-European  p 

$.  Welsh  etem  now  edau,  'thread',  of  the  same  origin  as  Eng 
fathom,  0.  H.  Ger.  fadam,  'thread'. 

6.  Ir.  éiar,  'invenitur,'  to  be  compared  with  Goth.  finthan,  En. 
find.  Also  Ir.  tuitim,  'I  fall',  for  '  do-fo-int-,  with  a  thème  approachii 

7.  Ir.  en,  for  'e?/;/z,  Welsh  cc^;?,  'a  bird'  ;  also  ^li^r,  'birds',  ail  fro 
the  same  origin  as  Lat.  penna,  Gr.  Tutepiv  and  En^.  feather. 

8.  Ir.  aesc,  gen.  me,  'a  fish',  from  the  same  origin  as  Lat.  piscis  ai 
Eng.  fish.  Welsh  pysg  is  a  loan-word  from  Latin. 

9.  Ir.  j'i'/m,  'bibo,'  ni  ih,  'non  bibit,'  =  Mod.  Welsh  ni  yf  :  t 
verbal  noun  serving  as  an  infmitive  in  Welsh  is  yf-ed,  'to  drink'. 

10.  Ir.  //,  'much',  ilar,  'a  multitude',  ofthe  same  origin  as  Gre^ 
TToXûç,  Goth.  filu,  Ger.  viel,  Sanskrit  paru  (in  Welsh  it  seems  only  to 
retained  in  the  form  el  in  such  proper  names  as  Elgain,  Elfyw,  Elgist 
Elgnou,  Elgaoreî)  ;  Ir.  comparative  lia  =  Gr.  TrXsto^v.  The  Welsh  llia)] 
'a  multitude',  and  llawer,  'many',  are  probably  connected,  but  Windis 
makes  a  strange  mistake  in  Connecting  with  lia  the  Welsh  liai  'less'  a 
lleiaf,  'least',  which  go  with  Ir.  lugha  'minor,'  Gr.  eXoccrawv,  etc. 

11.  Ir.  ar-illiud,  'meritum',  genitive  ar-ilteo,  ar-ilte,  nom.  plu; 
ar-ilti  :  thèse  words  and  the  like  Windisch  connects  with  Lith.  'pelr 
'désert,  merit,'  Lat.  pre-tiu-m.  The  case  is  a  very  doubtful  one  :  coi 
pare  the  Welsh  ennill,  'to  earn.' 

12.  Ir.  ire,  'ulterior,'  of  the  same  origin  as  Gr.  Trépa,  Sansk 
paras.  He  should  add  the  Welsh  def.  article  yr. 

ij.  Ir.  ithim,  'edo',  iîhemar,  'edax,'  ith,  genitive  eîho,  et! 
'frumentum,'  Welsh  yd,  'corn'.  Thèse  forms  Windisch  rightly  insi 
on  Connecting  not  with  edo,  etc.  but  with  0.  Bulgarian  pitati,  'to  no 
rish'  and  pitonw,  'fed,  fattened'.  He  also  mentions  Zend  pitii,  'foc 
which  even  agrées  in  declension  with  Ir.  ith,  gen.  etho  :  but  why  lea 
out  the  Sanskrit  p(fu.^  It  does  not  seem  to  be  an  insuperable  objecti 
that  the  authors  ofthe  Petersburg  Dictionary  give  this  word  as  meani 
sustenance  or  nourishment  of  both  kinds,  solid  and  fluid,  and  derivf 
from  pî,  pyâ,  'to  swell,  to  be  puflfed  up,  to  be  full,  to  overflow.' 

14.  Ir,  orc  'porcus,'  oircnin,  'porcellus,'  of  the  same  origin  as  1 
Latin  forms  and  0.  H.  Ger.  farah,  N.  H.  Ger.  ferkel. 

15.  Ir.  onn-urid,  'ab  anno  priore,'  in-uraid  (corrected  by  Stok 
the  author  of  this  etymology,  into  inn-uraid  or  inn-uraith)  'last  year', 
which  urid,  uraith  are  to  be  equated  with  Gr.  TuÉputt,  ^épuat,  San; 
parut. 

16.  Ir.  ac-com-ôl,   ' conjunctio, '  ad-com-la,  'adjungit,' etc.  In  thi 


in  îhe  Celtic  Langiiages.  325 

Irish  forms  and  others  which  are  hère  omitted  Windisch  finds  the 
représentatives  of  Gr.  TréXaç,  rSKix-qq,  r.zXi'Ço.  Among  remarks  which 
are  generally  happy  there  is  under  this  heading  a  good  deal  that  seems 
doubtful,  but  if  Ir.  ac-com-aUte  'socius,  conjunx  /  belongs  hère,  so 
does  the  Welsh  cyfaillt,  cyfaill,  'a  friend',  and  possibl)--  O.  Welsh  cun- 
'tullet,  'collegium.'  But  the  use  of  /  and  //  indifïerently  in  the  forms 
which  the  writer  quotes  deserved  to  be  noticed.  Under  this  heading 
•  Stoices  would  bring  the  Iwydd  of  Welsh  arglwydd,  'a  lord,'  as  being  = 
i:Xr,0;ç,  but  this  is  very  doubtful  (no.  366). 

?  17.  Ir.  lim,  Welsh  llaw  and  llof-,  'a  hand',  for  * plâma  from  * palama, 
for  *  paima  could  only  give  alf  in  Welsh  :  cf.  Latin  palma.  Why  is  the 
ivowel  long  in  the  Celtic  languages  ? 

I  18.  Ir.  lân,  Welsh  llawn,  'fuU'  from  "plana-;  compare  Lat.  plenus. 
IFrom  a  base  *  plânaya  of  the  same  origin  he  dérives  such  forms  as  tre 
chom-alnad,  'per  impletionem,'  nos-com-alnithe,  'impleto  ea,'  also  such 
iothers  as  ro-Un  'implevit'  etc.  Less  certain  is  the  dérivation  of  Ir. 
\ôl,  'a  drink  or  a  drinking',  from  this  root,  but  itisrendered  possible  by 
other  forms  such  âsfor-ôil,  «  abundantia,  »  and  also,  perhaps,  by  the 
iderivation  of  Sansk.  pitu  from  pî,  pyâ  which  can  hardly  be  of  a  différent 
origin  from  Sansk.  pî  'to  drink'.  It  is  hesitatingly  suggested  that  also  Ir. 
'lind  or  linn,  Welsh  llyn,  that  is  llynn,  'a  drink^  a  pool',  belong  under 
the  same  heading  ;  but  ail  thèse  unmistakeably  point  to  lïnd  or  lïnn  and 
iit  still  remains  to  be  shown  how  they  may  be  derived  from  the  origin 
hère  suggested. 

19.   Ir.  Idr,  Welsh  llawr  (=  Eng.  floor),    possibly    for  * plâr-  = 
\'  palar-. 

',  20.  Ir.  luam,  ''celox,'  luath,  'celer,'  imliiadi  'exagitat,'  luam,  'a  pilot'. 
With  luath  0.  N  or  se  flj  6  tr  is  equated.  —  Er\g\\sh  fie  et  may  probabily  be 
•idded;  Fick  however  givesthe  Slavo-Germanie  formofthe  root  as  PLVD 
with  which  the  th  oî  luath  would  not  agrée  ;  but  neither  does  Windisch  tell 
us  how  the  PLAVTA  which  he  supposes  could  give  fljâtr  in  0.  Norse, 
)ut  my  difficulty  may  be  entirely  due  to  ignorance  of  the  phonetic  ruies 
vhich  obtain  in  that  language. 

21.  Ir.  raith,  'er  merkte,'  is  referred  to  the  same  origin  as  Gothic 
rathja,  freth  'verstehe,  erkenr\e\Tith.  prêtas  'Verstand'. 

22.  Ir.  as-renai,  ''impendis,'  as-renat,  'reddunt,'  érnais,  'dédit,'  are 
ierived  from  the  same  origin  as  Gr.  sTropov,  zépvrjjj.'.,  etc. 

23.  Ir.  ér-,  aer-,  as  in  er-chosmil,  'persimilis,' Welsh  er-,  as  in  er-fawr, 
permagnus';  Ir.  air,  ar,  er,  'ante,  prae,  pro,  propter,'  Welsh  er,  'pro, 
'er,  propter.' 


3  24  The  Loss  of  Indo-European  p  J 

24.  Ir.  ro,  ru,  Welsh  ro^,  rv,  mod.  rliy,  are  the  représentatives  of  Gr 
T^pô,  Sanskrit  pra. 

25.  Ir.  remi-,  rem-,  rén,  'ante,  prae',  riam,  'antea',  which  are referrec 
to  the  same  origin  as  Gr.  7ïcc[;.og,  Ux\[.pirmas,  Latin  primas,  etc.  Hen 
Welsh,  I  take  it,  contributes  rhwyf,  'a  king,  or  leader'. 

26.  Ir.  té,  'fervidus,'  tes  "^calor/  Welsh  tes,  same  meaning,  twym 
'warm',  and  other  forms  are  ail  referred  to  the  root  TAP.  From  th(j 
same  root  also  is  derived  Ir.  tene,  'fire',  genitive  tened,  and  so  is  thi 
Welsh  tân,  "^fire',  namely  through  a  conjectured  form  tapnat  :  but  thi 
leaves  the  difficulty  as  to  the  vowels  of  tene  and  tân  untouched.  May  w 
not  rather  trace  thèse  divergent  forms  to  *  tepanat-  ?  In  favour  of  the 
we  may  mention  latin  tepeo. 

27.  Ir.  suan,  Welsh  hun,  'sleep',  of  the  same  origin  as  Lat.  somnus,  Gr 
u'îtvoç,  Sansk.  svapnas. 

28.  Ir.  /o,  Welsh  gwo,  'sub';  Ir.  for,  Welsh  gwor,  ""super,'  whic: 
hâve  been  shown  to  be  the  représentatives  in  the  CeUic  languages  c 
the  Sanskrit  upa  and  upari.  Dr.  Windisch  calls  attention  to  the  aspiratio: 
in  such  forms  as  forchun,  'praecipio,'  as  resting  on  the  fact  that  th 
préposition  formerly  ended  in  a  vowel  :  he  might  hâve  added  that  th 
Welsh  gave  up  this  vowel  before  they  began  to  reduce  their  consonant 
as  is  proved  by  gorphen,  'to  finish',  as  compared  with  mod.  Ir.  foir 
cheann,  'end,  conclusion'.  By  the  way  Stokes  has  detected  the  reflex  c 
u-a{  in  the  \r\sh  faoisin,  'under  or  like  that.' 

29.  Ir.  niae  gen.  niath,  'filius  sororis,'  Welsh  ney,  nei  (pi.  neyeynt 
nyeint)  'fratris  vel  sororis  filius.'  In  Curtius',  Greek  Etymology  thés 
are  ranged  with  avs-^iéç,  véiroceç,  Lat.  nepos,  Sansk.  naplar,  and  the  likc 
Stokes  in  the  Remarks,  n°  1 28,  finds  fault  with  this  arrangement  becaus 
he  has  found  that  the  earlier  form  of  nit£  was  gnia  .i.  mac  seathar,  'filii 
sororis'  (0'  Clery's  Glossary)  :  he  suggests  with  hésitation  that  gnia  = 
^(Yr^ryio^  and  would  connect  it  with  \--(iv6[j:r,^  and  its  congeners.  But 
would  be  hard  to  separate  this  set  of  Irish  words  from  neclit,  'neptis 
Welsh  nith,  and,  perhaps,  it  would  be  worth  while  considering  whethe 
the  base  of  ail  thèse  words  is  not  gnap-  (rather  than  nap)  possibily  fc 
" genap- îrom  the  root  GAN,  'to  beget';  formally,  however,  it  woul 
remind  one  rather  of  the  Sanskrit  causal  jnâpayâmi  komjnâ,  'to  know 
As  to  the  disappearance  of  the  initial  g  before  n  compare  the  Ind( 
European  words  for  name,  among  which  the  Lat.  co-gnomen  is  of  excep 
tional  interest.  Dr.  Windisch's  last  numbered  instance  is  Ir.  selg  =  G 
cTCA-r;v  which  I  pass  over  hère  as  being  somewhat  différent  from  the  for( 
going  and  to  be  mentioned  in  connection  with  others  adduced  by  Stoke: 


in  the  Celtic  Languages.  325 

Then  corne  a  few  instances  which  he  considers  doubtful  :  the  first  is  Ir. 
kthan,  Welsh  llydan,  'broad',  compar.  lletach,  superl.  iletaf,  of  the  same 
origin  as  Gr.  7:Xa-c6ç,  Lith.  platùs,  Skr.  prtha.  With  llyd.m  compare  bychan 
and  baclu,  'small,  little'.  I  should  not  call  this  a  doubtful  instance  at  ail. 

30.  The  next  doubtful  instance  he  gives  is  the  rapprochement  by 
Stokesof  Ir.  reulh,  Welsh  rhew,  'frost',  with  Lat.  pruina  and  its  congeners: 
the  doubt  hère  also  is  not  very  considérable. 

3 1 .  More  doubt  attaches  to  Siokes'  and  Siegfried's  fmding  the  Irish 
représentative  of  Sanskr.  pad-,  Gr.  ■;:;$-  in  od-brann,  'talus/  which 
Stokes  would  equate  with  a  conjectured  Sanskr.  pada-bradhna  on  a  level 
with  çata-hradhna'\\^inàrtà-T^o\nXtA\  Htxt"^ ds\ieddwyd,  'ivisti'  (Davies) 
etc.  would  seem  to  belong. 

To  thèse  I  subjoin  the  following  from  Stokes'  Remarks  on  the  Celtic 
additions  to  Curtius'  Greek  Elymology  :  the  numbers  in  brackets  are  those 
of  the  articles  in  the  latter  work  à  propos  of  which  they  are  mentioned 
by  him  : 

32  i  100).  Ir,  oech'  'enemy',  =  A.  Sax.  fâh,  Eng.  foe. 

33  {lo-j).  Ir.  lecc,  'flagstone',  whence  lecdn,  'lapillus,' Welsh  llech 
=  *  planca  :  cf.  Gr.  tC/J-ç  and  Lat.  planca,  Pkncus,  etc. 

34  [343).  Ir.  aicc,  'a  bond',  is  referred  by  Stokes  tothe  same  origin 
as  Lat.  pango.  If  the  root  could  be  regarded  as  being  PAG  and  not  PAC 
I  should  refer  to  it  the  eu  of  eurwy,  a  sort  of  yoke  or  ring  to  fasten  cattle 
in  their  stalls  :  in  South  Wales  there  is  a  mountain  chain  called  Yr 
Eurwy  :  cf.  a  similar  use  of  Lat.  juguin.  It  has  pleased  Pughe  to  mention 
only  eurwy,  'a  gold  ring',  which  is  possibily  not  entirely  of  his  own 
making. 

35.  Ir.  //,  'colour',  Welsh  lliw,  are  mentioned  as  having  possibly  lost 
an  initial/?;  and  Ir.  alad,  'speckled',  isequated  with  Sansk.  palita,  Greek 
ztK'.-^/i:.  The  stock  of  words  to  which  the  Eng.  fallow,  Ger.  falb,  belong, 
are  especially  to  the  point  and  so  is  Fick's  0.  H.  Ger.  falawisca,  M.  H. 
Ger.  valwisclie,  velwesche,  'ashes,  dust^  motes.'  He  gives  the  Slavo-Ger- 
manie base  as  PALVA,  ^falb,'  the  early  Welsh  reflex  of  which  I 
think  I  detect  in  the  form  ilv,  probably  meaning  dun,  grey  or  some 
nearly  approaching  colour  in  the  epithet  Ilvveto  (on  the  Trallong  stone 
near  Breconj;,  probably  for  ilva-veto,  in  the  genitive  case  ;  the  latter 
part  veto  =  0.  Ir.  Fétho,  genitive  of  Féth  (Goidelica^  p.  84).  The  whole 
inscription  is  well  worth  mentioning  :  the  Roman  characters  read 
CVNOCENNI  FILIVS  CVNOCENI  HIC  lACiT  (the  characters 
forming  [dias  are  considerably  'debased'j.  The  Ogam  reads  CVNA- 
CENN— I  ILVVETO,  of  which  the  former  name  must,  I  think_,  be  a 


526  The  Loss  of  Indo-European  p 

patronymic  from  Cunacenni ,  latinized  into  Cunocenni  (in  the  nomi- 
native ïov  Cunacennïs  oi  the  I-  declension  ,  while  the  genitive  Cunocen- 
[n]i  =  *  Cunacennîs  for  *  Cunacennyas  whence  the  Irish  Ogmic  genitive  i{ 
Cunacena,  a  point  which  provestheun-Irish  originofthe  Trallong  inscrip-1 
lion.  This,  however,  opens  up  questions  which  I  would  reserve  for  r 
detaiied  account  of  our  Welsh  inscription,  nearly  ail  of  which  I  hav( 
lately  examined  for  niyself.  Lastly  I  almost  think  that  palita  would  bej 
more  nearly  related  to  Ir.  liath,  Welsh  llwyd,  'gray,  brown'  than  to  IrisH 
alad  :  thus  supposing  palita  to  hâve  become  plîta  we  should  hâve  liath  . 
Idm  :  plîta  (for  palita)  :  plâma  (for  palama) . 

36  {353).  Ir.  lenn  .i.  sagana  vel  saga,  Welsh  llenn,  'a  sheet  or  covering J 
for  * plenja  :  Cf.  Lithuanian  plene,  'skin'  (Fick's  Spracheinheit  p.  5^8).  1 

}6b  ( J5t?) .  Gaulish  rito-n,  0.  Welsh  rit,  nowrhyd,  'a  ford,'Stokes  traces] 
to  the  sameorigin  as  Gr.  Trspaw,  etc.  But  rhyd  could  not  be  connectedj 
with  Lat.  portas,  Eng,  ford,  Gev.furth,  exceptmg  on  the  supposition  thaï 
it  cornes  from  a  prse-Celtic  form  * prata—  for  'paratu-  to  be  comparée; 
with  Zend  peretu  'a.  bridge';,  for  partu  could  only  make  arth  or  erth  iri 
Welsh. 

37  {35g  h).  Ir.  earc,  'speckled',  =  Gr.  Trépy.o;  and  r.zp-A-^c;  :  the 
Welsh  erch,  'color  idem  qui  cethin',  that  is,  'color  fuscus ,  infuscus, 
aquilus,  subaquilus'  according  to  Davies,  belongs  hère  :  now  both  erd 
and  cethin  mean  ugly,  dismal^  terrible. 

38  {36 0).  Ir.  iarn  in  Cormac's  iarn-bélre  or  iarm-bélre,  'an  obsolète 
word' =  Gothic /a/rnw,  'old'. 

39  {36o).  Ir.  ossar  =  Lat.  posteras  and  cognate  with  T:6i;.aToç,  etc. 

40  {363).  Ir.  ith,  'fat',  is  referred  to  the  sameorigin  as  Gr.  ■kÎwv, 
TTiÔTY];  :  there  is  so  little  of  the  Irish  word  that  it  is  hardly  convincing 
and  itharna,  'a  rush-light',  does  not  help  this  rapprochement  very  much. 
0.  Cornish  ithea,  Breton  cteô  and  Welsh  tewyn  and  etewyn  certainly  seem 
out  of  place  hère. 

41  {36y].  Ir.  Hach,  'lamentable,'  perhaps  connected  with  the  root 
PLAK  whence  Lat.  plango,  Gr.  TrArjdCïw,  èTrX-rîY^v,  etc. 

42  (J/fV).  Ir.  lâth,  'the  heat  of  animais  in  the  season  of  copulation' 
which  Stokes  traces  to  the  same  root  as  Td[XT.pr,\x'. ,  r.^rfiM  etc.  is 
in  Welsh  llawd,  whence  an  adjective  (of  common  use  in  Glamorgan- 
shire)  llodig,  both  words  are  applied  only,  as  far  as  I  know,  to  sows  in  that 
season.  Perhaps  on  the  whole  thèse  words  had  better  be  referred  to 
Fick's  third  PRAT,  'nass  werden,  faulen,' 

43  {3-jS).  Ir.  luaith,  'ashes'^  Welsh  lladw  corne,  as  Stokes  thinks, 
from  the  same  root  as  Skr.  pru-sh,  plu-sh  'to  burn.'  But  Fick's  Spracli- 


in  the  Celùc  Languages.  527 

einheit  has  taught  us  that  we  are  not  to  play  with  the  liquids  /  and  r  and 

I  should  hesitate  to  refer  rhew,  'frost',  and  lludw,  'ashes',  to  the  same 

root.    Could  not  luaith  and  lludw  be  reguarded  as  what    flies    about 

with  any  breath  of  air  and  be  referred  to  the  same  origin  as  Sansk.  plu, 

'to  swim,  to    spring'  ?  Then    also  luath,   'celer',  and  luaith,   'ashes', 

;  might  be  considered  as  connected.   Another  way  of  Connecting  them 

r  with  plu  seems  to  be  suggestedby  Latin  lix,  'ashes',  as  to  which  I  read 

in  an  ordinary  Lat.  dictionary  :  'Lix  cinis  est,  inquit  M.  Varro,  foci  : 

i  inde  enim  cinis  Hxivius  potus  medetur,'  etc.  Pliny  36,  27,  69  :   '//x  est 

I  cinis  vel   humor  cineri  admixtus  :    nam  etiamnum  id   genus  lixivium 

vocatur.   Non.   62,    1 1.'  Lastly  it  may  be  noticed  that  the  Welsh  form 

contains  an  élément  not  to  be  found  in  the  Irish  luaith,  for  it  must  be 

,  regarded  as  standing  for  [p]lut-va-. 

44  (385).  Ir.  ùr,  'fire'  ^=  Gr.  TuDp. 

45  (387).  Ir.  haue,  'nepos'  stands  according  to  Stokes  for  *  pausio 
to  be  compared  with  lat.  pûsio  and  pûsiola,  but  I  would  rather  equate  it 
with  Tatç,  7:7.100!;  for  TràFtç,  TzâFjjç  especially  as  it  is  of  the  Ja  declen- 
sion  :  see  Curtius4  p.  288  :  Zeuss^  p,   229.  To  the  same  origin  might 

,  I  think,  be  referred  Ir.  0  or  ua,  'descendant  or  grandson',  and  Welsh  wyr 
(with  wy  diphthong),  'a  grandson',  which  shows  a  remarkable  corres- 
pondence  in  point  of  form  with  Lat.  puer,  pueri.  Hère  also  belongs  Welsh 

!  moi  (probably  for  *  ym-o-i)  said    of  a  mare  foaling  in  the  Mabinogion, 

■  iij.  30. 

46.  Ir.  dith,  "^fornax'  Welsh  od-yn,  'a  kiln',  Stokes  connects  with  Gr. 
îTÉT-pa,  Ttéx-poç.  So  7.â[j,ivoç  and  Skr.  açinanta,  'oven',  are  cognate  with 

■  açman,  'a  stone'.   Some  difficulty  arises,  however,  from  the  fact  that 
;  âith  and  odyn  testify  to  a  long  vowel  :  but  compare  Cornish  eth,  'hearth'  (.?) 

r  Passion  1244. 

46b.  Ir.  gen.  plural  ane,  'divitiarum',  acc.pl.  anu,  etc.  are  compared 
with  Gr.  àç-voç  and  Lat.  opes. 

This  complètes  the  list  of  instances  which  I  hâve  collected  in  Stokes' 
Remarks  :  I  would  add  the  following  which  occur  to  me  now  : 

47.  Welsh  rhyw,  'a  kind,  genus',  =  Gothic/ra/>,  'seed,  offspring'. 

48.  Welsh  rhydd,  'free',  =  Goth.  freis,  masc.  frija,  fem.  Eng.  free. 

49.  RIALOBRANI,  on  a  stone  in  the  neighbourhood  of  Penzance  in 
Cornwall,.  is  tobe  analysed,  perhaps,  ïnlo Rialo-bran-i :  ihebran  élément 
occurs  frequently  enough  by  itself  or  in  conpounds  in  names  both  Irish 
and  Welsh,  and  as  to  the  other  part  Rialo-,  it  is  probably  a  derivative 
from  the  root  PRI,  'to  love',  whence  the  English  friend  and  its  conge- 
ners  :  see  Fick  -  p.    1 30.    How  many  of  our  Welsh  words  beginning 


^28  The  Loss  of  Indo-European  p 

with  rhi-  corne  from  this  root  and  how  many  from  the  same  origin  aj 

Latin  rex  it  is  not  always  easy  to  décide. 

50.  Welsh  erîhyl,  'any  animal  born  before  its  time'^  would  seem  te 
point  to  a  diminutive  *  partïla-or  partûla-  from  a  base  to  be  comparée 
witli  Lat.  parlas. 

5 1 .  Sahattos  in  Ogam  on  the  Killeen  Cormac  stone  has  been  supposée 
by  Stokes  to  stand  for  *  Sapantos  of  the  same  origin  as  Latin  sapere. 
Similarly  it  is  possible  that  sei  in  SEIMETIACO  on  an  early  inscribec 
stone  at  Llanaelhaiarn  in  Carnarvonshire  stands  for  sapja  to  be  comparée 
with  Lat.  sapiens,  and  ne-sapins.  One  must  not  confound  with  the  fore- 
going  a  name  Soe  in  Llan  Soe  (Myv.  Arch.  p.  749),  now  written  Llanso)\ 
in  Monmouthshire,  and  Soy  in  the  Camhro-Brit.  SS.  p.  89.  The  samt 
name  seems  to  be  Seii,  which  occurs  two  pages  earlier  in  the  lasi 
mentioned  compilation,  as  a  genitive  in  a  paragraph  which  betrays 
bad  readings.  A  word ,  by  the  way,  respecting  Soy:  it  woulc 
seem  to  stand  in  the  same  relation  to  syw  as  aswy ,  'left',  does 
to  aseu  'left'  (cf.  Sansk.  savya)  ;  as  to  syw  Davies  observes  : 
'Nunc  significat  elegantem,  elegantulum.  Antiquis  videtur  significasse 
sapientem,  doctum,  peritum.'  He  adds  to  it  sywed-ydd,  'Astronomus, 
astrologus,  sapiens.'  The  0.  Irish  forms  quoted  by  Stokes  in  his  Irish 
Glosses,  p.  37,  are  sai  and  sui,  'a  learned  man,  a  sage,'  sûithe, 
'science;'  —  rather  I  should  say,  looking  at  the  passages  quoted  by 
Stokes  in  the  Ir.  Glosses  and  in  the  Goidelica-  p.  162,  that  0.  Irish  had 
a  sùithe,  masc.  corresponding  letter  for  letter  tothe  Welsh  sywedydd  and 
a  sùithe,  neuter,  meaning  'science,'  to  which  we  hâve  no  exact  counter- 
part,  the  nearest  being  Pughe's  sywydd  :  thus  I  would  suggest  that  Ba\ 
sùithe  in  cach  dindsenchas  be  rendered  :  He  was  a  sage  in  every  hill- 
science,  without  supplying  sab  as  Stokes  suggests.  As  the  Welsh  forms 
do  not  change  s  into  h  it  is  not  improbable  that  the  s  stands  for  st  and  ' 
that  the  bases  may  hâve  been  "stavja-  and  *  stavetja-  (cf.  Welsh  serch,  Ir. 
sercc  'love',  Gr.  <Jzop-;-q^  (JtépYw)  of  the  same  origin  as  cvjto,  cToâ  and 
Zend  çtài,  'great';  or  perhaps  Gothic  stava,  'a  judge',  stojan,  'to  judge, 
to  décide'  should  rather  be  compared  :  at  any  rate  it  is  somewhat  hard  j 
to  foUow  Ebel  in  referring  the  Irish  forms  to  the  i 

52.  Ir.  sô  'to  turn  off  from,  to  return',  whence  impi'ith  (=  *  imb'  suth) 
'anastrophe,'  and  îintûth  (—  *do-ind'-suth) ,  'versio'  :  for  the  corres- 
ponding Welsh  forms  show  that  s  in  them  underv/ent  the  regular  change 
into  h:  they  are  Mod.  Welsh  ymmod  {=  " imm'-hot),  di-ymmod,  'immo- 
vable,  firm,  fixed',  ymmod-bren  (vulgarly  pronounced  mopren),  'a  stick 
to  stir  porridge  or  the  like  with';  0.  Welsh  immotctin,   'jactata,'  and 


in  the  Celiic  Languages.  ?29 

mmotihiou,  'gesticulationes.'  The  European  prototype  of  the  Ir.  so 
eems  to  hâve  been  Fick's  SVAP  contracted  SUP,  whence  Latin  supo, 
I  throw  or  scatter',  dis-sipo,  'I  spread  about,  scatter  or  disperse',  Lith. 
up-oti,  'schwingen,  schaukeln/  0.  Bulgarian  sjp-ati,  'spargere,  fun- 
ere'. 

55.  0.  Welsh  crih-ot,  Wibrat,'  [c]reh-am,  'vibro';  both  occur  in 
16  Luxembourg  Folio  and  in  both  vibrare  seems  te  mean  'to  throw,  to 
url,  to  hit'  :  cf.  the  use  made  of  vibrare  in  Gildas'  Loriu  (Stokes.  Ir. 
.losses  p.  138,,  where  one  reads. 

'Ut  non  [tjetri  demones  in  latera 
Mea  vibrent,  ut  soieant,  iacula.' 

Whether  h  in  crihot  and  creham  is  a  euphonie  insertion  or  the  direct 
•îpresentative  of  a  p,  as  I  hâve  elsewhere  suggested,  I  am  inchned  to 
link  that  crih-,  creh-,  stand  for  *  crip-  *  crep-  from  a  root  SKRAP 
•'hich  Fick  p.  409)  only  instances  in  the  sensé  of  throwing  out  in 
omiting  or  spitting  as  in  y^zvj.T.-yyj.'.  'I  ciear  my  throator  spit'  y^çk\i.\}.x, 
-.pittle,  expectoration',  Lith.  skreplei,  'expectoration,  phlegm  in  the 
iroat'.  Possibly  the  Welsh  words  should  rather  be  connected  with 
ick's  SK.^RP  p.  407  whence  he  dérives  v.pa'.-vic,  y.as-âA'.p.s:,  Lith. 
■r.f.ti,  'to  turn,  to  twirl'.  Compare  0.  Norse  skidlpa  'to  tremble\ 
>'elsh  crynu,  'to  tremble'  seems  to  imply  *  skrapn-, 

54.  Brelon  quere  'Lagadeuc),  /.'^'re  LeGonidec;, 'ashoemaker',  Welsh 
-.dd,  which  must  accordingly  stand  for  *  cerydd  =^  *  kerija  =  *  kerpja 
'the  same  origin  as  Lith.  kàrpê  {=  kurpja),  'a  shoe',  Lat.  carpisculum, 
i  kind  of  shoe'  ;  but  most  striking  is  the  correspondence  between  the 
iimric  forms  and  the  Greek  v.pr-J.:,  7.r/]zT$oç,  'a  kind  of  shoe  or  boot'; 
•e  development  of  the  dental  from  ;  is  to  be  noticed  in  both.  The 
'fference  betv.een  them  consists  in  this,  that  crydd  implies  a  masculine 
"karpja-s,  'a  shoemaker',  and  the  Greek  a  féminine  "^karpjâ,  'a  shoe', 
)th  forms  being  probably  adjectival  from  Fick's  second  KARP,  p.  548. 
mon  -é  for  Welsh  -ydd  occurs  in  other  words  such  as  îrédé,  'third' 
velsh  trydydd,ax\àpévaré,  'fourth',  (Welsh  pedwerydd);  as  to  trédé,  Le 
onidec  adds  'selon  quelques-uns  iredez'  ;  —  one  would  be  glad  to 
ethe  question  thoroughly  investigated  by  M.  d'Arbois  de  Jubainville 
■  any  other  able  scholar  who  has  access  to  Breton  Mss. 

55.  Ir.  cinis,  'orta  est,'  ro-chinset,  'ovû  sunt,'  ciniud  (iar  îuistiu), 
•ringing  forth  (after  begetting;,'  cenél,  'a  tribe'  =  Welsh  cenedl,  and, 
:rhaps,  Ir.  cana  V.'elsh  cenaw  and  ceneu,  'a  cub'  —  thèse  words  I  take 
Dm  Stokes'  Remarks  p.  1 1.  The  old  way  of  explaining  Welsh  cenedl, 
jlier  cenetL  as  identical  with  Gr.  vsviOXr,  is  of  course  untenable,  nor 


5  30  The  Loss  of  Indo-European  p 

does  the  root  GAN  offer  a  ready  explanation  of  such  a  word  as  the  Iri 
ciniud.  On  the  whole  I  am  persuaded  that  ail  thèse  words  come  frc 
'  skapn-  a  derivative  from  Fick's  SKAP,  ''werfen,  schleudern^  (p.   202 
in  speaking  of  animais  we  now  use  bwrw  'to  cast  or  throw',  in  t 
same  way  as  werfen  is  used  in  German  and  cast,  I  believe,  sometimes 
English  :  thus  bwnv  llo  of  a  cow  calving,  bwrw  oen  'to  yean',  bwrw  eb> 
'to  foal'.  To  SKAP  Fick  would  refer  such  words  as  Sansk.  kshap,  ' 
throw',  kship,  'to  sling,  to  let  go',  kshepaiiî,   'a  sling,   an  oar',  and 
means  of  the  intermediate  sensé  of  'letting  or  setting  down  with  forcj 
he  attaches  to  it  such  forms  as  c7y.r,7ïTco,  a/.-?;7:':pov,  aya'ztov,  Lat.  scâpu 
'a  shaft\  and  but  for  the  Irish  verb  ro-chinset  one  might  be  tempted 
explain  cencdl  as  stock,  stem  or  branch.  Dr.  Windisch  in  the  article 
Kuhn's  Beitr£ge  (p.  41)  traces  ail  thèse  words  to  the  same  root  as  We' 
ci,  'adog',  Gr.  -/.ûtov  Sanskr.  çvan  (nominative  çvâ),  and  to  thèse  he  woi 
add  Ir.  cland,  Welsh  plant  which  seems  to  me  phonetically  impossiblt 
not  to  mention  his  Connecting  with  them  Cornish  en-chincthel,  Bret.  <; 
quelezr,   Welsh  en-giriawl,    'ingens,    fortis,'  which  can    hâve  nothi 
to  do  with  one  another.  Moreover  with  cenedl,  Windisch  connects  We 
cawr,  'a  giant,'  which  is  also  impossible;  the  entire  paragraph  is, 
fact,  not  such  as  he  is  wont  to  write. 

56.  0.  Welsh  ceenn,  ^murex',  now  cèn  that  is  cerin,  'peel,  skin,  scuij 
This  ceen  ("^murex')  was  a  sort  of  moss  growing  on  stones  whiJ 
used  to  be  collected  for  dyeing  a  kind  of  magenta  which  we  call  ce 
cèn  :  the  word  occurs  in  the  Oxford  glosses  on  Ovid's  Art  of  Love  wh( 
we  hâve  oceenn  as  a  gloss  on  murice.  Thus  ceenn  must  hâve  been  acce 
ted  cc-cnn  representing  *  capanja  with  cap-  of  the  same  origin  as  1 
words  cited  by  Curtius  in  article  $4  :  they  are  the  folio wing  :  y.sç' 
head',  (-/.éSA-rj  y.sSiX-/]),  KésaAoç,  y.scpaXxTo;  ;  Sansk.  kapâlas,  kapâl 
'peel,  shell,  saucer;  potsherd;  the  skull  or  cranium.'  Lat.  capiit,  cai 
lus  ;  Goth,  haubith,  (Ger.  Iiaupt),  A.  Sax.  hedfod,  'head'.  In  the  instar 
quoted  cèn  comes  nearest  capillus  in  meaning  :  it  also  means  a  skin 
any  kind  as  in  hydd-gen  'a  stag's  skin'  and  in  speaking  offishescc'fime; 
the  scales,  but  what  is  more  striking  is  the  fact  that  it  seems  to  me 
head  in  tal-cen,  a  false  compound  meaning  the  forehcad,  i.  e.  the  end 
the  head  ;  Welsh  pèn,  'head'  =  Ir.  ceann  is  not  to  be  confounded  w 
cenn.  Further  cennin,  'leeks',  seems  to  be  formed  from  the  foregoing  a 
to  stand  for  "capanjtna-  ;  why  they  should  be  so  called  one  will  eas 
see  from  a  comparison  of  Lat.  cèpe  [cacpa  capitata  :  compare  0^ 
kopflauch),  and  Aristophanes'  ay.opcowv  /.e-faX-/)  (Vesp.  679):  Curt  ^ 
further  cites  y.â-ca-  axcpoca  KepuvYJTai  (Hesychius).  This  leek-etymolo 


in  the  Celtic  Languages.  5  5 1 

.  considerably  shaken  by  Lith.  czesnâkas,  'knoblauch,'  O.  Slav.  cesniiku, 

I  which  Stokes  has  drawn  my  attention. 

57.  Welsh  celwrn,  'a  tub  or  pail',  seems  to  be  a  derivative  from  an 
-  base  calpu-  of  the  same  origin  as  greek  vSKra,,  -/SkrAq  Lat.  calpar, 
ith  which  Fick  has  compared  Sanskr,  kharpara,  'the  cranium'. 

58.  Welsh  gwenyn,  'bées',  singular  gwenynen,  Breton  guenanen  (Laga- 
i;uc)  :  in  thèse  words  gwen-  may  possibly  stand  for  *  vespn-,  of  the 
jme  origin  as  Eng.  wasp,  Lat.  vespa,  etc.  ;  but  perhaps  it  would  be 
lîtter  to  connect  the  Kimric  words  with  Welsh ^wa/z-u'topierce',  whence 
venyn  would  mean  the  piercers  i.  e.  stingers. 

i  {9.  Welsh  erth-wch  'flatus  et  anhelitus  ex  magno  conatu  proveniens, 
emitus/  erth-ych-ain,  'prospirare,  anhelare,  vehementer  perfre- 
>ere'  (Davies;,  to  which  may  be  added  from  Pughe  erth-u,  'to  make 

II  effort;  to  pufï.'  Thèse  words  seem  to  be  of  the  same  origin  as 
tpoo),  r.opzr,,  Lith.  pirdà,  Ger.  furz  ;  but  as  the  former  do  not  betray  the 
ilgar  meaning,  it  would  seem  the  latter  is  a  secondary  one.  Formally 
ifh  would  stand  for  earlier  *  perd,  which  became  erd-  then  ert-  which  in 
tod.  Welsh  must  further  become  erth-  as  in  erth-u.  Other  instances 
;  this  kind  of  provection  of  mute  consonants  following  /  or  r  will  be 
sntioned  later. 

160.  Welsh  Cynwal,  a  man's  name,  0.  Welsh  Congual,  Early  Welsh 
VNOVAL-l,  the  name  of  Rialobran's  father  on  the  stone,  already  allu- 
d  tO;,  in  the  neighbourhood  of  Penzance  :  hère  the  bases  concerned 
e  cma  and  vala.  The  latter  I  take  to  stand  for  valpa  =:  Eng.  wolj 
nich,  if  this  suggestion  is  well  founded,  Fick  fp.  882)  must  not  sup- 
ise  to  represent  an  European  *  valka.  On  turning  to  Fœrstemann's 
Meatsches  Namenbuch  (L  1^39)  Ifmdthat  our  Cynwal  corresponds  letter 
r  letter  to  Huniilf  ;  not  to  mention  the  équation  hun  =  cuna  which 
?available  for  a  number  of  other  Celtic  and  Teutonic  names,  I  may  add 
'.1er  names  in  point  common  to  Celts  and  Teutons,  such  as  Welsh 
Mwal-an  ==  0.  H.  Ger.  Bodalf,  Bozulf  or  Godulf  (but  which.?)  ;  Cad- 
1/  for  early  "  Catu-  val-  =:  0.  Ger.  Hathovulf;  Guingaal  which  would 
■/w  be  Gwyn-wal  (but  it  does  not  seem  to  occur)  =  0.  Ger.  Winulf  ; 
dgual,  later  Idwal  =:  O.  Ger.  Idulf  or  Eudulf;  Rhyddwal  =  0.  Ger. 
■iulf  or  Fridulf  ]  Tiidn'al=i  0.  Ger.  Theudulf.  Others  no  doubt,  who  are 
kter  acquainted  with  Teutonic  names,  may  fmd  many  more  of  the 
iid  :  I  will  only  add  that  in  Irish  the  v  as  well  as  the  p  would  disap- 
lar  so  that  *  valpa-  would  appear  reduced  to  al  :  accordingly  one  fmds 
lit  Irish  Cathal,  and  Tiiathal  correspond  exactly  to  the  Welsh  Cadwal 
•à  Tudwal;  and  in  spite  of  the  //,  which  I  cannot  account  for,  it  would 


5  j2  The  Loss  of  Indo-European  p 

be  hard  not  to  identify  Ir.  Doinhnall  with  Welsh  Dyfnwal  (the  same  rn 
is,  I  believe,  called  Domhnall  Breac  in  Irish,  and  Dyfnwal  Frych  inW(jh 
tradition)^  and  Ir.  Conall  with  Welsh  Cy/?u'a/.  In  Welsh  *m/ survives  ;o 
in  the  adjective  dy-wal,  'crudelis,  atrox'  (Davies),  whence  has  bji 
formed  dywal-gi;  'a  tiger'  ;  how  or  whether  gwal-adr  in  such  name:;s 
Cadwaladr  is  related  to  the  words  in  question  is  not  clear  to  me  it 
would  seem  to  imply  a  verbal  thème  valpa-. 

6i.  The  early  Welsh  proper  name  VLCAGN-VS  and  VLCAGN-I,  n 
Irish  Ogam  Ulccagn-i  which  Stokes  identifies  with  the  modem  1  h 
Olcdin  (p.  29).  The  termination  gna-,  genitive  gni  one  is  inclineclo 
identify  with  the  Gaulish  -cnos,  genitive  -cni  in  such  names  as  Oppii- 
knos,  Toutissicnos,  Drutikni,  etc.  :  compare  the  endingofthe  Greek  wcis 
xuXi'xv^,  '::t/d'/yri,T.ok'.'/rr,^  r.iixyyov  also  rÀ'cr/.vo')  (Curtius  4  pp.  2t, 
493).  With  Ulcagnus,  compare  Maglagni  on  an  early  inscribed  stomjn 
S.  Wales,  and  such  Ogam  iorms  as  Artagni,  Mailagni,  Talagni^  Tasegal 
Dalligni,  Qunilocgni  in  Ireland  :  thus  we  seem  to  hâve  in  Ulcagni  a  t!e 
*  Ulca  which  I  take  to  stand  for  *  Pulca  to  be  compared  with  thej. 
German  name  Fulco,  and  the  English  Foulke,  in  which,  suppoi^ 
Grimm's  Law  to  hâve  been  observed,  we  must  suppose  thecor  k  to  std 
for  an  earlier  g  and  so  in  the  Welsh  and  Irish  name  :  Stokes  cites  a  Gi- 
lish  form  VLKOS  (Rev.  Celt.  I,  298).  In  the  Celtic  languages  metathis 
has  very  commonly  taken  place  where  the  séquence  was  mute,  vov', 
liquid  (/  or  r),  mute,  but  the  provection  of  the  mute  took  place  still  (  - 
lier  as  in  the  following  instances  : 

a)  Welsh  drych,  *a  looking-glass'  ;  the  aspect  or  lookof  athing'  [edr- , 
'to  look';  for  '  dricc  =:  *  dercc  of  the  same  origin  as  oÉpy.-to,  Sansk.  d. , 
perfect,  dadarça. 

b)  Welsh  crocli'  'rough,  véhément',  =  "  corcc  =  A.  Sax.  h  ^ 
hreâh,  ''rough,  fierce,  stormy,  cruel'.  ; 

c)  0.  Welsh  gulip  [i.  e.  gwlip),  nov^  gwlyb,  'wet',  Ir.  fliuch,  fromwljh 
one  cannot  separate  Welsh  golclii  (for  gwolchï),  'to  wash',  Ir.folcifi 
'humecto,  lavo',  and  Welsh  gwlych-u,  'to  wet,  to  moisten'  ;  but  how  le 
they  connected  ?  They  are  ail  traceable  to  Fick's  (pp.  544,  609)  V 
whence  he  dérives  Lith.  vilg-yîi,  'naessen,  anfeuchten/  Pruss.  )\\ 
'Schnupfen,  Rheuma,'  0.  Bulgarian  vlaga,  A. -Sax.  wlaec,  'warm,  kf- 
warm,  slack,  remiss'  (Bosworth),  Eng.  welkin,  Germ.  welck,  Wolke.  N|v 
Fick's  VALG,  as  the  g  is  not  palatalized  in  the  Litu-Slavic  langua{|, 
should  rather  be  written  VALGv,  which  in  Celtic  became  VALQv  wheje 
by  metathesis  the  vliqv-  which  would  regularly  resuit  in  0.  Welsh  gb 
and  ir.  jUuch  ;  by  the  way  it  may  be  noticcd  that  the  change  from  VL\v 


in  the  Celtic  Languages.  3  3  3 

to  VLAQv  seems  to  hâve  happened  exceedingly  early,  for  Gv  became 
before  the  séparation  of  the  Kimric  and  the  Goidelic  nations  and  had 
is  happened  before  the  hardening  of  the  mute  it  is  doubtful  whether 
^e  Irish  would  hâve  produced  /?/uc/i.  Gokhi  and  folcaim  seem  to  imply 
;e  same  root  without  metathesis,  and  contact  with  the/  perhaps  caused 
ALQ^v  to  become  VALK  for  both  languages;  and  as  to  g;vlych-u  itmust 
'  regarded  as  either  a  comparativeiy  modem  modification  of  gwolch-i, 

•  else  a  form  derived  by  means  of  s  from  VALQy,  that  is  VALQyS 
i.bject  to  be  simplified  into  VALKS  whence  there  would  be  no  difficulty 

•  arriving  at  the  word  gwlych-u. 

id)  Welsh  cryg  ïorO.  W.  Uric],  ''hoarse' from  Fick's  (p.  204)  SKARG, 
ratzen,  heiser  machen/  whence  he  dérives  y.ipyyiç^  'rough,  hoarse', 
c. 

e)  Welsh  gwregys  'for.  0.  W.  *gurecis\  'a.  girdle',  from  the  same  ori- 
in  as  the  Fip-;  implied  in  £;r;vj;j.'.. 

:/)  Welsh  prèn  i.  e.  prtnn,  Ir.  crann,  'a.  tree',  has  been  neatly  equated 
;/•  Windisch  with  Lat.  quernas  which  does  not,  as  he  shows_,  stand  for 
'quercnus.  The  nn  which  puzzled  him  is  regular. 

'.\'elsh  merch,  'â  daughter,  a  girl'  =r  Lith.  mergà  'a  girl'. 
/elsh  gnraig,    'a  woman',   =  lat.   virgo   according  to   Curtius 
1.  1S4)  from  a  root  VARG. 

i^  Ir.  sera,  Welsh  serch,  'love'^,  —  Gr.  a-éç^;-^,  c;-:cpYr,,a  curiousins- 
nce  of  Irish  following  the  Welsh  fashion  of  simplifying  st  initial  into  s  ; 
impare  Ir.  sesaimm  =:  h~r^\j.'.  for  'c'STTjy.'.  [Ir.  Glosses,  p.  100). 

'\'dsh  gwlad,  0.  Welsh  gulat,  'a  country',  gwledig,  'a  prince',  Ir. 

.  ail  of  which  suppose  *vldt  =  *  valt  from  a  root  which  in  its 
avo-Germanic  form  is  given  as  VALDH,  whence  Fick  dérives 
1.  544;  Ger.  walten,  Lith.  vald-yti,  0.  Bulgarian  vlad-ati,  'to  rule', 
adyka,  'a  lord,  prince'.  The  Gaulish  is  VLATOS  (Rev.  Celt.  i.  298). 
k]  Welsh  cryd,  0.  W^elsh  *  crit)  'a  cradle,  the  ague',  daear-gryd  ^ 
■lear-gryn,  'an  earthquake',  Ir.  crioth,  'a  shaking,  trembling  ;  the  ague' 
)'Reilly  ,,  ail  from  Fick's  (p.  37)  KARD ,  'schwingen,  springen , 
nken,'  whence  he  dérives  y.pxoiw,  y.pxGa'vw;  to  which  I  add  from 
urtius  'p.  153)  v.piT,,  Lat.  cardo  as  in  tanto  cardine  rerum ,  0.  H.  Ger. 
'ad,  'agilis',  0.  Norse  hrata,  'schwanken.' 

/)  Welsh  parth,  'a  part,  or  portion',  dosparth,  'a  class,  a  division' 
=  '  do-guo-sparthj,  which  I  am  now  convinced  cannot  be  derived  from 
le  Latin  pars,  partis,  which  is  a  féminine,  whereas  the  Welsh  words  are 
lasculines  :  nothing  remains  but  to  treat  parth  as  standing  for  *  spart 
OT'sqrart]  from  Fick's  (p.  204)  SKARD   'brechen,  spallen,'  whence 


3Î4  The  Loss  of  Indo-European  p 

he  dérives  Sansk.  khad,   'to  break',  Goth  skrelîan,   'to  tear,   to  spR 

m)  Welsh  cryr  glas,  'a  héron',  for  crehyr  or  cryhyr,  for  which  a^ 
also  is  found  in  books  :  but  the  prononciation  in  North  Wales  is  cryr  [ 
by  dissimilation,  crydd.  In  South  Wales  this  last  is  matched  hj  crych)k 
glas  :  the  Breton  is  kerc'lieiz  and  the  0.  Cornish  seems  to  hâve  b(i 
cerhidh.  The  nouns  are  quahfied  in  Welsh  by  the  adjective  glas  t\ 
E.  Llwyd  gives  the  Irish  as  being  cor  glas.  Ail,  excepting  the  Irish  r , 
seem  to  stand  for  a  "karkara  whence  Fick  in  his  Spracheinheit  p.  ;, 
dérives  •AÎpy.opoç  and  A.  Sax.  Iivâgra  =  0.  H,  Ger.  hreigir,  etc.  Ti 
suggests  that  r  may  become  dd  (soft  as  th  in  Eng.  this)  in  Welsh.  I  hî\ 
met  with  other  instances  ;  also  that  ch  may  become  /;  and  disappear  e\ 
when  not  =  ks  :  one  is  thus  tempted  to  treat  Welsh  croen,  'skin',  Brel 
kroc'hen,  0.  Ir.  crocann  (also  crocenn),  genitive  crocainn,  in  the  same  w 
but  the  origin  of  the  forms  in  question  is  not  quite  clear  to  me. 

n]  Welsh  alarch,  masc.  'a  swan',  0.  Cornish  elerch  (Ir.  eala,  fem. 
would  analyse  into  ala-rch  —  "ala-rc  =  "ala-rig  which  I  would  comp; 
with  the  German  ganserich,  'a  gander',  enterich,  'a  drake',  tauberich, 
maie  pigeon'.  Is  the  Latin  olor,  oloris  connected,  and  what  is  the  meani 
of  the  final  a  in  eala  and  of  the  second  a  in  alarch  ^ 

Now  if  we  pick  out  the  instances  in  which  metathesis  has  not  tak 
place  they  are  the  foUowing  :  Welsh  erchi,  Ir.  orc,  Ir.  iarn,  Welsh  CynwÀ 
erthyl,  erthu,  Ulcagni,  inerch,  parth,  serch  ;  as  to  the  last  two  they  coil 
not  be  expected  to  undergo  metathesis  as  they  originally  began  w 
double  consonants  st  and  sp  (=:  s(]v),  neither  could  one  see  any  indue 
ment  to  prefer  a  form  beginning  withmr  to  merch.  From  the  other  wor 
just  alluded  to  we  may  infer  that  the  p  had  disappeared  before  the  péri' 
of  the  metathesis  had  arrived,  which  would  lead  us  to  date  the  loss 
p  very  early  in  the  history  of  the  common  language  of  the  Celts  befo 
their  séparation;  for  the  metathesis  seems  common  to  them  ail.  This  moi 
over  induces  me  to  doubt  Stokes'  suggestion  that  Welsh  rhyd,  'a  fore 
0.  Welsh  rit,  comes  from  the  same  origin  as  Lat.  portas,  etc.  and  to  gr 
up  my  own  attempt  (though  approved  by  Windisch)  to  identify  Wel 
rhych,  'afurrow',  wkhfurrow,  Lat.  porcus,  porca  (inploughing),  etc.  B 
as  to  rhych,  it  is  easily  explained  from  Fick's  RIK  'ritzen,  aufreisser 
as  standing  for  ric-s-.  Stokes  assumes  the  same  sort  of  provection 
hâve  taken  place  after^;  thus  Ir.  nett,  Welsh  nyth,  'nidus,'  should  stai 
for  nist-  for  an  earlier  '  nisd.  He  proposes  in  the  Remarks  (p.  21)  i 
iess  than  8  other  apparent  examples  for  examination,  but  none  so  hai 
to  dispose  of  as  nyth,  about  which  we  are  far  from  having  heard  the  iaj 
word  :  see  Curtius4  p.  45.  For  my  own  part  I  regard  sd  in  the  Celtj 


intheCeliicLanguages.  ?3  5 

nguages  as  phonetically  =  zd  which ,  judging  from  analogy,  might 
)ssibly  become  st. 

II. 

I  The  phonetic  process  deserves  a  separate  mention  in  the  case  of 
(itial  sp  (original)  making  in  Irish  iand  in  Welsh^:  the  following  cases 
e  cited  by  Stokes  in  his  Remarks  : 

1  (i  1 5).  Welsh /^r-goi,  'a  big  paunch'  (Pughe),  is  compared  by 
jm  with  Sansk.  sphâra,  sphira,  Lat.  spero  in  pro-spero.  If  the  idea  origi- 
[lUy  conveyed  hj  ffar  =  *  spar  was  that  of  a  bulging  or  swelling  out, 
.e  may  connect  with  ffar  in  far-god  the  Welsh  ffêr,  'the  ankle',  which 
iggests  the  Greek  ucpupiv. 

!  2  (i  56).  Cornish/rau,  'crow',  Brel.  frau,  ''choe,  monedula'  (Lagadeuc) 
)int,  as  Stokes  thinks,  to  a  root  SPRAG,  whence  he  dérives  also 
Jtlsh  ffraelh,  'éloquent,  loquacious',  for  *  sprag-ta  :  compare  A.  Sax. 
recan,  Ger.  sprechen.  Formally  Gr.  açapâ^o^  seems  to  be  the  nearest 
irallel  to  frau  —  *  jrag-.  To  "  sparg-îa  I  should  prefer  *sprac-taior 
■iparc-ta  and  to  consider  the  root,  as  Fick  does  (p.  21 5),to  be  SPARG, 
hence  one  would  dérive  ffrec  'garrulitas'  (Davies',  and  ffreg-od,  'a 
inseless  talk,    rigmarole'  :   ail  this  tends,    however,  to  throw  doubt 

II  the  origin  oïfrau,  which  I  would  prefer  equating  with  Fick's  sparva, 
;i  sparrow^  (p.  913). 

3  (156).   Welsh  ffroen,   'nostril',    Ir.  srân,   'nasus,'  for   *  sprogna- 
hich  he  compares  with  Lat.  spargere.  This  is  somewhat  disturbed  by 
le  Breton /r?,  'nose',  and  Cornish  frig,  'nostril'. 
14(156).  Wehh  ffrwst,   'haste',   which  he  assumes  =:  *  sprud-to  and 
pmpares  with  Goth.  sprauto,  ^schnell.' 

'■  5  (i$6).  Cornish  felj a,  'to  split',  Bret.  faut  (for  "fait),  'fissura,' 
cm  SPALT,  whence  Ger.  spalten,  'to  split'. 

6  (157).  Breton  faez,  'vaincu,'  from  ' spac-ta,  as  Stokes  thinks, 
<ay  be  cognate  with  (rorpr^)  G^""-  ^P^^inge.  This  may  be  so,  but  it  is  not 
)nvincing. 

7  (582).  Welsh  ffiaidd,  'abominable^,  disgusting',  Stokes  connects  with 
at.  spiio,  Gothic  speivan.  I  amnot  sure  but  that//widiireferredoriginally 
»  smells  and  should  be  traced  rather  to  the  root  SPAS  whence  Fick 
3.  414)  dérives  Lat.  spirare  etc.  Original  as  becomes  î  elsewhere  in 
Velsh  as  in  chwior-ydd  =  Sansk.  svasâras,  gwiw  ''good ,  worthy' , 
ansk.,  vasu  :  compare  Gaulish  Visurix. 

8  (589).  Welsh  ffrwd,  Ir.  sruth,  'a  stream',  also  Wclsh  ffreu-o,  'to 
ush,  to  spout',  are  referred  to  SPARG.  As  it  would  be  hard  to  separate 


jî6  The  Loss  of  Indo-European  p 

ffrwd  and  ffreu-o  [apparently  from  ffreu,  'fluor,  fluxus,  profluviiT 
(Davies),  and  as  SPARG  could  hardly  yield  ffrwd  and  sruth,  so  1  wod 
prefer  deriving  them  ail  from  a  SPRU,  which  would  seem  to  be  invol  d 
in  0.  H.  Ger.  spriu  (Mod.  H.  Ger.  spreu],  spruojan,  Ger.  spriihen,  o 
émit  sparks,  to  sparkle  ;  to  drizzle'.  As  to  Ger.  spnidel,  'a  well,  a  f o  - 
tain',  sprudeln,  'to  bubble,  to  boil;  to  gush,  to  flow',  they  seem  to  c  - 
tain  the  éléments  whence  ffrwd  and  sruth  hâve  resulted  ;  with  //■(  o 
I  range  the  name  Gwenffrewi  which  bas  been  guessed  (not  translat 
into  the  English  Winifred  (the  Welsh  lady  appears  to  hâve  beeia 
water-nymph  or  dawn-goddess,  whose  name  probably  meant  albifluil 
albiscatens  if  I  may  venture  to  manufacture  such  forms).  With  the  wois 
above  mentioned  Stokes  places  Ir.  spréd,  'a  spark',  spreite,  'scatten', 
which  with  their  sp  intact  disturb  everything  :  may  they  not  be  borro\i 
from  0.  English  or  A.  Sax.  sprsdan  or  spréden  ? 

9  (390).  Breton /g/c/z,  'rate,  splen'  (Lagadeuc),  Ir.  sdg.  both  of  2 
same  origin  as  Gr.  c-X'/jv  and  czKiyyyo^  and  standing  for  *  spelgâ  :  ? 
Curtius  p.  290. 

10  (407).  Wehhffaw,  'radiance',  is  traced  îothe  same  origin  as  Gr  ; 
9SY70Ç  which  Stokes  regards  as  standing  for  *cTra-v-Yoç.  There  a^ 
however,  several  objections  to  this  :  a  root  beginning  with  az  is  i 
probable  for  the  words  quoted  by  Curtius  under  no.  407  :  the  meanç 
of  ffaw  is  according  to  Davies  'honor,  decus'  —  it  is  Pughe  tjt 
mentions  'radiance'  —  and  on  the  whole  Prof.  Evans  seems  to  be  rii 
in  treating  the  word  as  borrowed  from  the  lat.  fâma  :  see  the  Arj, 
Cambrensis  1872,  p.  310. 

11  (652).  Welsh  ffûn  'ffwn  looks  like  one  of  Pughe's  own),   'breat 
Stokes  shrewdly  traces  to  the  same  origin  as  i^ijcïx,  cpuaiw,  for  w' 
Curtius  infers  (p.  499)  a  root  SPU  :  see  also  Stokes'  remarks  on 
same  words  in  ihe  Arch.  Cambrensis,    1874,  p.  258-9,  where  he  aji 
compares  Welsh  ^on  [also  ffiion),  'digitalis',  Ir.  sion,  with  Gr.  xaiovj 
and  dérives /rajv  'motion',  from  *  spraga,  whence  I  should  expect/| 
or  ffreu.  and  r\o\.  ffraw\  it  iS;,   however,  not  at  ail  certain  what /;| 
means,  as  will  be  seen  on  turning  to  Davies.  As  to  ffysg   which  | 
would  trace  to  the  same  origin    as  cjtcîûow,   Davies  gives  the  w(| 
as    meaning     'festinatio'    :    I    am    inclined   to    think    it    is    the 
English  fisken  as  in  fiskin  aboute,    'vagari'  (Stratmann).  However, 
list  of  Welsh  words  (not  borrowed)  beginning  with  /  contain  a  gc 
many  more  which  could  be  easily  referred  to  roots  beginning  with  sp,  1  : 
that  would  take  up  too  much  space  hère.  It  may  however  be  asked  h( 
sp  became  Welsh /and  Irish  s.  The  simplest  account  seems  to  be  that 


in  tlie  Celîic  Langiiages.  357 

ecame  5/;  the  s  being  then  dropped  left  /,  written  in  Mod.  Welsh/and 
hanged  in  Irish  into  5  ;  other  cases  are  known  of  Irish  changing  / 
iito  s,  namely  when  the  Latin  fusds,  frcniim,  furnus  became  in  Irish  sust, 
{ian,  surnn  respectively.  It  is  right  to  add  that  we  seera  to  hâve  p  for  sp 
t  least  in  one  instance,  namely  in  poer,  'spittle'  ;  cf.  Lat.  spuo,  and  its 
DHgeners'.  There  may  beothers;  but paltu,  «■  to  fail,'wouId  seem  to  go 
;'ith  Goth.  skal,  oov.'/m. 

I  Returning  to  the  second  part  of  Windisch's  article,  he  shows  that  the 
pmbination  pt  as  in  lat.  septem  becomes  in  Irish  dit  as  in  secht,  'seven', 
lad  assumes  the  Welsh  seiîh,  ''seven',  to  hâve  been  preceded  by  some 
ich  a  form  as  secht,  but  without  any  évidence,  as  it  does  not  appear 
hy  scpht  should  not  just  as  well  make  seitli  in  Welsh.  Then  he  passes 
I  review  the  instances  which  Stokes  has  on  various  occasions  mentioned 
f  original  p  (simple)  becoming  c  in  Irish  words.  A  more  important 
iSue  is  raised  by  Stokes  in  his  Remarks  (p.  21)^  where  he  directly 
pallenges  Windisch's  statementinhis  préface  to  Curtius'  Greek  Etymology 
'lat  Indo-Germanie /?  is  never  retainedinCeltic.  Leaving  out  of  conside- 
lition  sp  and  pt,  one  fmds  that  Stokes  regards  p  as  sometimes  retained 
nd  sometimes  lost  in  the  Celtic  languages  :  this  is  a  kind  of  conclusion 
hich  one  must  be  excused  from  accepting  until  overpowering  évidence 
;  produced  in  its  favour,  and  no  apology  is  necessary  for  reviewing  in 
etail  the  instances  in  question  :  I  hâve  found  the  following  in  the  Remarks  : 
1  (57).  Ir.  gabar,  Welsh  gafr,  'a  goat'^  Gaulish  gabro-s  in  Gahro-sentum 
id  Gabro-magus  (Gluck,  K.  N.  43)  =:  -/.arpcç,  Lat.  caper,  etc.  Thisseems 
)  me  inadmissible  on  account  of  the  Celtic  g  :  besides  the  représentative 
1  Welsh  of  caper  is  to  be  sought,  if  I  mistake  not,  in  the  caer  of 
[iriwrch,  'a  roebuck'  l'Mabinogion  I.  31)  a  word  which  Davies  writes, 
|id  I  think  correctly,  cariwrch,  though  he  adds  'pro  canviwrch,'  a  com- 
pund  which  he  does  not  seem  to  hâve  read  anywhere  :  may  it  not  be  £= 
ipro-^iç:,  and  is  O'Reilly's  câirfhiadli,   'a  hart  or  stag',  altogether 

1.  Since  the  above  was  written  I  hâve  found  a  better  etymology  for  poer,  which  means 
:)t  only  spittle  but  also  foani  at  the  mouth  of  an  animal  ;  'to  foam  at  the  mouth'  being 
ihcT  malu  poer  or  malu  ewyn  (ewyn  =  'foam'),  while /ii7//V  would  seem  to  be  the  old 
•ord  for  spittle  properly  speaking.  If  so,  then  poer  {=  'spavira  =  'sqvavira-)  may  be 
^luated  bodily  with  the  English  word  shower  which  Fick  (p.  408)  would  regard  as 
;anding  for  *skâvara  from  SKU  a  short  form  of  SKYU,  p.  209.  To  the  same  origin  are 
!'  be  referred  Ir.  ceo  'mist,  fog,  vapour',  ceomhar,  'misty  ,  dark' ,  ceothach  'dark, 
listy',  ceothran  (query  ceoran)  'a  small  shower'  (O'Reilly),  Scotch  Gaelic  ceo  'mist, 
'g',  ciiirach  'drizzly',  and  possibly  caoir,  'a  foam  with  sparks  of  fire  in  it,  as  in  a 
'ormy  sea'  (M''  Alpine).  Now  Fick's  original  SKYU  would  mean  in  the  Celtic  languages 
'v/u  which  it  would   be  natural  to   simplify  by  dropping   the  y,   whence  the  *sqvavira, 

pavira  implied  by  poer,  or  else  by  discarding  the  v,  which  would  enable  us  to  refer  to 
•lesame  origin  the  Welsh  cawod(ànd  cawad)  'a  shower',  Ir.  caoth  (O'Reilly),  as  stand- 
ig  for  a  form  skjavâtâ  or  skjavatâ. 

Rev.  Celt.  Il  2  5 


jjS  The  Loss  of  Indo-European  p 

a  mistake  ?  The  right  due  to  the  origin  of  gafr  1  think  is  to  be  found 
Ascoli's  Corsi  di  gloîtologia  p.  178^  where  he  infers  a  base  glijama-  fro 
Sansk.  himdtn,  'frost,  cold,  snow',  himâ,  'winter',  also  'year'  as  in  ça 
himâ,  'hundred  years'  :  compare  Latin  hiems,  Gr,  '/iwv,  /eiixwv.  No 
ghjama  might  in  the  Celtic  languages  become  *  gama,  whence  seems 
hâve  been  formed  gama-ra-,  liable  to  become  * gamra-,  *  gabra,  "gai 
gafr  (Otherwise  perhaps  the  b  in  thèse  forms  should  be  identified  with  th 
of  Lat.  hîbernus).  The  meaning  would  seem  to  hâve  been  one  winter  oL 
that  is^  a  year  old  as  in  yi[j.xpç,  fem.  7,tiJ,atpa  (for  ' /(ij.apj?.))  'a  goal 
'a  year  old  lamb'  :  see  Curtius  p.  202. 

2  (41).  Ir.  crip  explained  by  O'Davoren  and  O'Clery  as  meanir 
swift  is  broughtinto  connection  with7.ap-âAt[j,o;,  xpatTrvc;,  etc.  discussf 
by  Curtius  in  article  41,  p.  143.  On  turning  to  0'  Davoren's  glossai 
edited  by  Stokes  I  fmd  that  it  is  crib  and  not  crip  that  stands  in  the  tex 
This  at  the  outset  increases  the  difficulty  of  disposing  of  the  Irish  won 
at  least  until  we  know  a  little  more  about  it;  however,  it  is  to  be  not 
ced  that  with  the  Greek  words  Curtius  connects  Goth.  hlaupan,  Ger.  la 
jen,  (Eng.  e-lope),  ail  of  which  go  back  to  a  prototype  with  b  and  not  / 
and  in  looking  through  Fick's  book  one  will  find  this  to  be  the  case 
other  instances,  where  a  root  with  p  non-initial  is  given,  for  exampli 
p.  39  KALP-  Golh.  hilpan,  Eng.  help  ;  p.  202,  SKAP  =  0.  Non; 
skopa;  p.  205,  SKARP  =  A.  Sax.  hrepian  ;  also  SKARBH  or  SKARj 
ibid.  ;p.405,  SKAP  =  Lat.  scobs;  p.  409,  SKRAP=  Lat.  scrobs.  Ontf| 
whole  perhaps  it  would  not  be  too  much  to  say  that  roots  of  this  descrif  j 
tion  require  to  be  very  carefully  examined  before  they  can  be  accepte 
as  évidence  in  the  présent  case. 

3  (98).  0.  Welsh  peleclii,  'clavas,'  (Juvencus  Codex,  94)  is,  \ 
thinks,  either  cognate  with,  or  a  loan  from  ■kû.va'/.oç.  This  I  think  haï 
dly  probable  ;  if  cognate  the  vowels  agrée  too  well,  andwhether  cognai 
or  otherwise  related  the  meanings  do  not  fit  particularly  well.  The  lir 
runs  :  'Pars  striciis  gladiis,  pars  fidens  pondère  clavae,'  whence  it 
probable  that  clav<£  means  merely  a  stick,  club  or  cudgel.  The  Wels 
pelech-i  is  a  collective  plural  (rendering  the  plural  implied  in  pondi\ 
clav<£]  of  what  must  hâve  been  in  the  singular  pelech  oxpdach  from  son; 
such  médiéval  Latin  form  as  palanga  also  falanga,  plialanga,  'fust 
teres'  (see  Ducange  and  Diefenbach)  ;  or,  what  is  even  more  probab 
pelechi  means  peleci  and  is  derived  from  a  Latin  form  palicium  (whenc 
Brachet  dérives  Fr.  palis),  »  suite  de  pieux  formant  clôture  :  dans  U 
textes  du  moyen-âge;  dérivé  de  palus  pieu.  » 

4  (106;.  Ir.  cerp,  'a  cutting'  \0'  Davoren,  6?;  ;  but  Stokes  tinds  th. 


in  the  Celtic  Languages.  559 

it  means  rather  sharp  and  equates  it  with  0.  Norse  skarpr,  Eng.  sharp. 
Hère  SKARB  would  satisfy  both  Irish  and  Teutonic  forms,  and  the  same 
remarks  apply  as  in  the  case  of  no.  2  above. 

5  (11  II.  Welsh  paith,  'a  glance,  a  prospect,  a  scène'  (Spurrell)  is 

I  equated  with  Lat.  -spectus  in  conspectus,  adspectus,  prospectus.  Unfortuna- 
f  tely  the  meaning  of  the  word  paitli  is  far  from  certain  ;  Davies  gives  it 
i  as,  'desertus,  vastatus.' 

f  6  (261).    'Ir.   daif,  'a  drink'/  says   Stokes,  reminds  one    of  cir.xç 

ii  oivo'j   'eigentlich  ein  maass  VVein,  von  wo  die  Uebertragung  aaf  das 

\\  Gefâss  leicht  ist'  (Curtius  no.  261).  The  desiderative  (?)  formations  Ir. 

II  dibhe  .i.  tart,  'thirst',  O'  Clery,  and  Gr.  ov\)a.  (ex  oi--c:x)  possibly  meant 
|-|  originally  'a  désire  for  a  measure  of  liquor'.'  Daif  seems  to  be  a 
)]  modem  form  as  O'Reilly  has  got  it  in  his  dictionary;  may  it  not  be  for 

i  an  earlier  daibh  with  the  bli  hardenened  into  /  just  as  final  gh  becomes 

■  cil  in  modem  Irish  ?  If  so,   one  might  connect  it  with   the  Welsh  dafn, 

*a  drop  of  water  or  of  any  other  liquid',  pi.  defni,  Mrops'. 

7  (341).  Cormac's  rop,  'animal  rumpens,'  and  rap,  'animal  rapiens/ 

.,  certainly  strike  me  as  technical  terms  made  after  the  model  of  the  Latin 

rumpens  and  rapiens  rather  than  genuine  Irish  words. 

350).    O,    Ir.  ùr-phaisiu,  'cancer,   morbus'  (Zeuss_,  268),  where 
paisiu  is  identical  with  fperhaps  borrowed  from)   pastio  ;  the  words  in 
arentheses  contain  Stokes'  own  admission,  which  leaves  this  instance 
ithout  much  force  as  far  as  concems  the  présent  enquiry. 

9  (35$).  0.   Ir.  putte,   'cunnus'j  is  compared  with  zccO-/;  and  Lith. 
zdà,  but  without  a  sufficient  reason,  perhaps,  as  putte  isfar  more  likely 

be  a  borrowed  word  of  the  same  origin  as  French  putain  (whence 
elsh  putain),  Italian  putto  and  putta  :  see  Diez's  Dictionary  of  the 
'.omance  Languages^,  i.  335.  Moreover  the  words  forming  Curtius' 
icle  355  seem  to  be  badly  sorted  ;  the  Lithuanian  pisà,  pizdà  should 
not  be  ranged  with  zéoç  and  zcaO-r]  for  want  of  a  common  meaning  ; 
besides  the  Lithuanian  forms  look  like  Slavonic  loanwords,  and  ideas 
of  the  class  conveyed  by  the  words  in  question  are  apt  in  many  languages 
to  be  expresed  by  means  of  foreign  words  which  are  regarded  as  less 
vulgar  than  those  of  home  growth  :  the  Servians  hâve  différent  forms  such 
Zispichkh  [ch  as  in  church)  pizdurina,  and  probably /j/z^a  ail  of  which  seem 
to  be  derived  from  \\\&\t  plka:  the  root  is  probably  Fick's  PIK  (p.  124). 

10  (357).  Welsh  pell,  'far'  {pellach,  'further',  pellaf,  'furthest'j,  Bret. 
pell,  'procul',  is  of  ail  his  instances  the  one  on  which  Stokes  relies  the 
most.  The  Greek  words  with  which  he  connects  it  are  rApy.,  7:épxv, 
-spa'.Tspw,  T.tpxvM.  He  admits  that  Windisch  is  right  in  ranging  with 


340  The  Loss  of  Îndo-European  p 

thèse  Ir.  ire,  comparative  ireiu,  'ulterior',  and  he  sees  the  objection  ari- 
sing  from  tlie  //  and  r,  to  dispose  of  which  he  gives  O.  Ir.  ferr,  'better' 
=  Welsh  gwell  'better'  ;  but  neither  is  this  convincing.  Ir.  jerr  'better' 
and  Welsh  goraa  possibly  go  together  but  gwell  I  should  refer  to  another 
root  and  range  it,  as  he  once  did,  with  Curtius'  659th  group.  As  to 
pellj  there  are  unfortunately  rather  too  many  than  too  few  possibiHties 
of  Connecting  it  with  other  words  in  other  languages  al!  implying  an 
Indo-European  qv  (^  h]  as  the  antécédent  ofp  in  the  Welsh  form. 
Among  others,  a)  it  may  be  ranged  with  Curtius^  no.  48  ;  h]  it  may  be 
connected  with  Gr.  rr^inz,  yïlolic  râ^K\ji,  etc.  (Curtius  p.  482)  ;  c)  it 
might  possibly  be  related  to  Sanskr.  cira,  'long'  (of  time  :  so  pell  fre- 
quently  in  Breton)  ;  d)  pell  more  probably  stands  for  spalja-oï  which  the 
s  is  still  retained,  I  think, m anghyspell  (=  " an-cy-spell)  'distant,  outland- 
ish,  inaccessible'  ;  thus  pell  v/ould  be  referrable  to  the  root  SKAR  'to 
separate  or  sever,  and  would  mean  originally  separaîed,  severed  and 
then  remote  or  jar,  but  compare  Fick's  (p.  61 5)  SK.ARSA  whence  Lith. 
skersas,  'quer,'  0.  Bulg.  crêsu,  praep.  'durch,  hinùber,  quer  durch,' 
0.  Prussian  kirscha,  etc.  prsep.  c.  ace.  'ûber.' 

10  (358).  Welsh  gwobr,  gwobrwy,  'reward',  gobryn,  'merit',  are 
connected  with  'Kspâw  by  Stokes  :  but  they  cannot  be  separated  from 
Welsh  pryn-u,  to  buy',  and  Ir.  crenas,  'qui  émit',  which  hâve  been  most 
satisfactorily  equated  by  Windisch  with  Sansk.  kvinâmx,  'I  buy'.  Besides 
were  thèse  words  connected  with  Tcspato  and  the  like,  we  should  e.xpect 
them  to  mean  to  sell  rather  than  to  buy. 

1 1  (366).  Gaelic  pailt,  'plenteous,'  retains,  as  Stokes  thinks,  the 
original /?  of  -([xi^Xr/iJ.-.,  etc.  Thisis  an  instance  which  I  cannot  profess  to 
dispose  of,  but  pailt  does  not  look  unlike  a  word  borrowed  from  the 
English  plenty,  plenteous,  or  perhaps,  together  with  Breton  paot,  Cornish 
pals,  fromsome  such  a  word  as  Low  German  palte,  'hppeu,' paît,  'stùck' 
(for  instance  of  bread)  :  see  Dietz,  ii,  51,  and  compare  Eng.  paltry. 

12  (536  b).  Welsh  lleibio,  'tolick'^  Bret.  lipat,  point  toarootLAP,  as 
Stokes  suggests,  while  Welsh  llyfu  points  to  a  LAB  or  LABH  ;  but  it 
may  be  objected  that  a  nasalized  LAMB  or  LAMBH  would  also  account 
for  lleibio;  Fick  (p.  392)  postulâtes  LAB  and  LAP  for  Lat.  lambo,  Gr. 
XacTUTio,  0.  Pruss.  lap-inis,  'â  spoon',  etc. 

13  (630).  With  respect  to  Welsh  poeth,  'hot',  pohi,  'to  bake'  and  the 
other  Celtic  words  referred  to  the  root  PAK,  I  hâve  only  to  add,  that 
even  supposing  PAK  to  be  correctly  assumed  for  the  Indo-European 
mother-tongue,  as  to  which  Curtius  expresses  a  very  reasonable  doubt, 
still  for  the  Italo-Celtic  branch  one  must  postulate  QVAQV  (KAK).  A 


in  the  Celtic  Languages.  341 

similar  remark  applies  to  Welsh  pump,  Ir.  côic  'five',  Lat.  quinqae.  Win- 
disch  has  discussed  thèse  words  in  the  article  in  the  Beilnge  but  without 
contributing  much  towards  the  simplification  of  the  question  :  see,  on 
the  other  side,  M.  L.  Havet's  important  article  entitled  'L'unité  lin- 
guistique européenne.  —  La  question  des  deux  k  arioeuropéens,'  in 
the  Mémoires  de  la  Soc.  de  Linguistique  de  Paris  (ii,  262-277). 

14  Stokes  compares  Mid.  Irish  diahul,  tripulta  with  Greek  forms  in 
-TcXoo;  zXs'j;  as  i-Kôz:,  s-.zacj;.  Somehow  1  suspect  that  thèse  are 
either  words  manufactured  by  Irish  grammarians  or  borrowed,  nameiy, 
diabul  from  Lat.  duplus  and  partly  assimilated  in  its  ia  (=  é)  to  genuine 
Irish  compounds  such  as  dériad,  déchorpdae  etc.  (Zeuss^,  301)  ;  but  com- 
pare rather  the  Med.  Lat.  diplare  [=  duplicare),  diplois,  dyplois,  dyoplois, 
dyaplois  etc.  =  'duple.x  vestis  vel  vestis  militaris'  {Diefenbach) ,  à  pro- 
pos of  which  may  be  mentioned  the  brat  corcra  coic  diabail,  'a  red,  five- 
folded  cloak,'  cited  by  Stokes  from  Seirglige  Conculainn  [Ir.  Classes 
p.  122;.  Similarly  tripulta,  'triplicacio,'  which  Stokes  regards  as  a 
derivative  from  a  tripul,  might  through  the  latter  be  traced  to  Med.  Latin 
triplus  v.hence  triplare  (=  triplicare".  The  Welsh  dwbl,  dyblyg,  Ir. 
-dubladh  are  more  transparent,  but  none  of  them  is  of  Celtic  growth. 

Reviewing  thèse  fourteen  instances,  it  will  be  seen  that  there  are  seve- 
ral  among  them  which  I  hâve  not  succeeded  satisfactorily  to  dispose  of, 
but  even  Mr.  Stokes  himself,  I  think,  will  agrée  with  me  that  none  of  them 
afford  good  or  striking  évidence  of  the  rétention  of  original  p  in  the 
Celtic  languages. 

Both  Stokes'  Remarks  and  Windisch's  article  are  so  important  and 
interesting  in  their  contents  that  I  intended  to  notice  many  other  points 
on  which  they  touch,  but  my  notes  hâve  already  assumed,  in  spite  of  my 
effort  to  be  concise,,  such  proportions  that  I  must  for  the  présent  forego 
that  pleasure. 

John  Rhys. 
Rhyl,  Oct.   15,  1874. 


L'ACCENT    GALLOIS. 


M.  Peter  a  publié  dans  la  Revue  Celtique,  t.  I,  p.  203-210,  un  article 
très-intéressant  sur  les  lois  du  vocalisme  gallois.  Il  les  a  rangées  sous 
trois  chefs  :  1°  harmonizatbn,  p.  206  ;  2°  assimilation,  p.  208;  3°  com- 
pensation, p.  210.  Dans  mon  opinion  ce  classement  devrait  être  modifié, 
et  les  permutations  des  voyelles  galloises  auraient  pour  cause  :  1°  l'assi- 
milation à  une  voyelle  suivante  conservée  (ce  que  M.  Peter  appelle 
harmonization)  ou  perdue  (M.  Peter  se  sert  du  mot  assimilation  pour  ce 
cas  seulement)  ;  2°  l'influence  de  l'accent  primitif  gallois.  L'accent  pri- 
mitif gallois  frappait  autrefois  la  dernière  syllabe  qui  est  ordinairement 
encore  aujourd'hui  la  dernière.  Vers  le  xv  siècle  il  s'est  déplacé  et  est 
venu  se  poser  sur  la  pénultième  '.  Mais  l'accentuation  primitive  a  exercé 
sur  le  vocalisme  une  action  dont  les  traces  ont  survécu  à  cette  cause 
puissante  de  la  transformation  des  langues.  M.  Diez  dans  son  admirable 
Grammaire  des  langues  romanes  a  mis  en  relief  les  différences  énormes 
qui,  dans  les  langues  filles  du  latin,  distinguent  le  traitement  des  voyelles 
accentuées  du  traitement  des  voyelles  atones.  M.  G.  Paris,  marchant  sur 
les  traces  de  ce  maître,  a  écrit  un  traité  spécial  sur  le  rôle  de  l'accent 
latin  dans  la  langue  française.  L'accent  celtique  a  en  gallois  un  rôle  sem- 
blable, et  on  voit  souvent  la  même  voyelle  primitive  prendre  deux  sons 
différents  suivant  qu'elle  était  atone  ou  accentuée  à  la  date,  ancienne 
aujourd'hui,  où  parait  s'être  formé  le  gallois,  c'est-à-dire  vers  l'époque 
où  régnaient  en  France  les  rois  mérovingiens  et  carlovingiens. 

Vu  primitif,  rendu  aujourd'hui  par  w  (et  plus  anciennement  par  u^ 
quand  il  est  accentué,  devient  y  quand  il  est  atone.  Cette  règle  est  celle 


I.  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Pans,  t.  11,  p.    278-286,    et  notamment 
p.  284. 


L'accent  gallois.  ?4Î 

que  Zeuss  a  formulée  lorsqu'il  a  dit  que  dans  le  dialecte  cambrien  la 
lettre  u,  w,  fléchit  souvent  en  v  si  le  mot  se  développe  par  l'addition 
d^un  suffixe  de  flexion  ou  de  dérivation  (^Gr.  C.  ',  p.  io8,  Gr.  C.^, 
p.  92)  :  pull,  «  fosse,  lac,  »  dans  le  Liber  Landavensis,  x\\^  siècle, 
aujourd'hui  pwll,  fournit  aux  Mabinogion,  xiv-  siècle,  le  dérivé  pyllawc 
«  marécageux.  »  Les  Mabinogion  ont  donné  à  Zeuss  d'autres  exemples 
pour  lesquels  nous  renvoyons  au  passage  cité  de  la  Grammatica  celtica. 
Zeuss  en  a  recueilli  aussi  dans  le  vocabulaire  moderne  parmi  lesquels 
nous  citerons  cynu  «s'élever,  «  de  cwn  <(  hauteur.  »  Comparez  le  gaulois 
cuno  dans  Cuno-tamas,  Cuno-belinus  ' .  Les  exemples  à'w  fléchissant  en  y 
ipar  compensation,  réunis  par  M.  Peter,  nous  offrent  le  même  phénomène  : 
dwfr  «  eau,  »  en  gaulois  latinisé  dubrum,  fait  au  pluriel  dyfroedd,  auquel 
nous  ajouterons  dyfrol  «  aqueux,  »  dyfru  «  arroser,  »  et  un  certain  nombre 
de  composés  :  dyjr-varch  «  hippopotame,  »  dyjr-gi  «  loutre,  »  dyfr-iar, 
«  poule  d'eau,  »  etc.;  dwrn  «  poing  «  d'un  thème  celtique  durna, 
(cf.  Durnacos,  Durno-magus),  fait  au  pluriel  dyrnaii  à  la  suite  duquel  on 
peut  placer  dyrnaid  «  poignée,  »  dyrnddol  «  anse,  »  dyrnu  «  boxer,  »  etc.  ; 
iur/c  tumuhe,  »  du  latin  turba,  fait  au  pluriel  tyrfau;  trwm,  «  lourd, 
triste,  »  triimm  dans  les  gloses  du  Juvencus  de  Cambridge,  publiées  par 
■M.  Whitley  Stokes  avec  un  si  savant  commentaire  (Beitr.,  t.  IV,  p.  412), 
au  féminin  trom  =  'trummâ,  en  irlandais  tromm  ^=  "îrumma  avec  0  =  u 
(Suivant  la  règle  ordinaire  (Gr.  C.  ^,  p.  14),  fait  au  superlatif  frjfna/ «  le 
plus  lourd,  le  plus  triste,  »  à  la  suite  de  quoi  l'on  peut  mettre  trymhau 
«  rendre  lourd,  »  îrymder  «  tristesse,  pesanteur,  »  etc.  Dans  cwlwm 
((  nœud,  ))  thème  culman^  en  vieil  irlandais  cohnmene  =  *culmania  (Gr. 
D,  p.  777,  821),  en  breton  armoricain  koulm,  le  second  )v  est  une  lettre 
parasite  introduite  après  l'accent  pour  faciliter  la  prononciation  des  deux 
iconsonnes  successives  conformément  aux  règles  exposées  par  M.  Ebel 
dans  l'intéressant  chapitre  de  vocalibus  interposiiis  qu'il  a  ajouté  à  la 
Gr.  C.  -,  p.  165  et  suivantes.  L'usage  de  cette  addition  d'une  voyelle, 
;de  manière  à  donner  à  certains  monosyllabes  une  seconde  syllabe  après 
ila  syllabe  accentuée,  s'accorde  merveilleusement  avec  la  règle  actuelle, 
qui  prescrit  d'accentuer  la  pénultième.  De  cwlwm  «  nœud,  »  vient  cylmu 
ou  cylymu  «  nouer  ;  )>  la  première  voyelle  est  la  seule  importante,  la 
jseconde  n'a  qu'un  rôle  mécanique,  et  ce  qui  le  prouve,  c'est  qu'on  peut 
la  supprimer  quand  elle  cesse  de  servir  à  faciliter  la  prononciation.  Nous 


I.  La  tendance  à  altérer  le  son  de  Vu,  dans  les  dérivés  de  ce  thème  et  dans  les  com- 
posés, remonte  très-haut.  Comparez  aux  'EpvcouvtàTat  de  Ptolémée,  1.  11,  c.  16,  §  3, 
les  'Âpxuvta  d'Aristote,  Meteor.,  VHercynia  de  César,  le  Cyno-beliinus  de  Suétone,  Calig. 
44,  et  le  Kuvo-UeXî.tvoc  de  Dion,  LX,  21. 


544  L'accent  gallois. 

en  pouvons  dire  autant  de  la  seconde  voyelle  de  cwrwf,  «  aie,  »  plurie 
cyryfau,  voyelle  supprimée  dans  le  composé  cyrf-dy  «  taverne  ;  «  c'es 
le  mot  écrit  7.o^p;ji  par  Dioscoride,  II,  i  lo  (Norris,  The  ancient  CornisI 
drama,  t.  II,  p.  514).  M.  Peter  a  cité  swmhwl  «  aiguillon,  »  en  vieuj 
gallois  sumpl  (Gr.  C.  ^,  p.  167),  d'où  symbylu  «  aiguillonner.  «  Là  encort 
la  seconde  voyelle  est  parasite;  ce  qui  le  prouve,  c'est  la  variante  symlu 
Il  n'y  a  pas  de  raisons  pour  former  de  ces  dissyllabes  une  classe 
distincte  des  monosyllabes. 

De  Vw  je  passe  àVy.  M.  Peter  fait  pour  cette  lettre  une  distinctior 
importante  :  elle  a  deux  sons,  elle  se  prononce  eu  dans  certains  cas,  i, 
dans  d'autres  ;  u  est  sa  valeur  empruntée  si  Pon  adopte  la  terminologie 
galloise,  et  eu  sa  valeur  propre  :  ainsi  dyn  «  homme,  »  thème  dunio,  pro- 
noncez dounio  (Gr.  C.^,  p.  15,  229),  se  prononce  dunn  en  donnant  .' 
l'u  le  son  français  de  cette  lettre  :  le  pluriel  dynion  se  prononce  deuniomi 
Dans  le  premier  cas  on  a  la  valeur  empruntée,  dans  l'autre  la  valeut 
propre  de  Vy.  Ces  deux  valeurs  s'expliquent  par  le  déplacement  de 
l'accent,  qui  frappait  autrefois  Vy  de  dyn  au  singulier  seulement  tandi.^ 
qu'au  pluriel  cet  y  était  atone. 

J'explique  de  même  la  substitution  de  l'o  à  la  diphthongue  aw  quandi 
un  suffixe  allonge  le  mot.  L'o  du  pluriel  lloriau,  comme  Vaw  du  singulierj 
llawr  «  aire,  sol,  «  tient  lieu  d'un  a  long  conservé  intact  dans  l'irlandais  i 
làr.  Des  exemples  analogues  réunis  par  M.  Peter  on  peut  rapprocher! 
ceux  qu'a  recueillis  Zeuss,  Gr.  C.  ^,  p.  94.  ! 

Enfin  dans  la  première  syllable  de  llydan  «  large,  »  un  y  est  substitué] 
à  \e  de  lied  «  largeur,  «  (p.  209),  parce  que  cette  première  syllabe  est 
atone.  On  doit  expliquer  de  même  l'emploi  à'y  pour  e  dans  :  hychan,  dimi- 
nutif de  hach  ==  becc  (forme  conservée  en  ancien  irlandais);  hynajA 
superlatif  de  hcn  «  vieux.  »  Dans  ces  mots  Vy  moderne  a  été  précédé; 
par  un  /  [Gr.  C.^,  p.  85,  86,  151),  qui  à  son  tour  prenait  la  place  d'un 
e  atone. 

De  même  en  français  on  dit  :  j'aime,  amour;  clair,  clarté;  sain,  santé; 
chair,  charnel;  pair,  pareil;  chien,  chenil;  on  a  dit  maint  à  côté  de 
manoir,  lerre  =  latro  à  côté  de  larron  =  latrone  ;  on  ne  prononce  pas 
Ve  de  chef  [caput]  comme  le  premier  e  de  cheptel  (capitale),  le  premier  c 
de  chèvre,  comme  celui  de  chevreau,  le  premier  e  de  jette  comme  celui 
de  jeter.  L'^t  bref  ou  long  change  de  son  dans  ces  mots,  suivant  qu'il  est 
accentué  ou  atone. 

On  dit  :  relief  et  relever,  tiens  et  tenir,  viens  et  venir  [c  bref  pri- 
mitif) ;  —  hoir,  héritage  ;  espoir,  espérer  ;  croire,  mescréant  ;  doit,  devoir; 
sire,  seigneur  (c  long  primitif); — foi,  se  fier;  moins,  mineur;  mène,  mener 


L'accent  gallois.  545 

(/bref primitif  ;  —  neuf,  nouvelle;  meurt, mourir; preuve,  prouver;  peut, 
pouvoir  ;  bœuf,  bouvier  ;  œuvre,  ouvrage  ;  meut,  mouvoir  ;  feu,  fouage  ; 
deuil,  douleur  (0  bref  primitif). 

L'influence  de  l'accent  explique  ces  variations  du  vocalisme  néo-latin  ; 
c'est  elle  qui  nous  donne  la  raison  des  variations  analogues  du  vocalisme 
gallois. 

En  gallois  comme  en  français,  certaines  formes  modernes  échappent  à 
la  vieille  loi  de  l'accent  :  on  dit  en  gallois  cnawdol  «  charnel,  »  de  cnawd 
«  chair;  »  gwawdio  «  louer,  se  moquer,  »  de  gwawd  «  éloge,  ironie,  w 
Ainsi,  en  français,  la  première  personne  archaïque  et  régulière,  je  treuve., 
a  fait  place  à  l'irrégulier  je  trouve,  qui  correspond  à  l'infinitif  trouver, 
et  qui  semble  régulier  à  présent.  Notre  verbe  aimer,  autrefois  amer,  a  été 
défiguré  par  l'introduction  de  la  diphthongue  ai  dans  tous  les  cas  où  l'a 
primitif  latin  était  atone  :  on  lit  encore  dans  la  chanson  de  Roland  amai, 
amat,  amerai,  amerat,  amer  '  :  mais  ces  mots  sont  devenus  aujourd'hui 
aimai,  aima,  aimerai,  aimera,  aimer.  Toutefois  à  côté  du  participe  pré- 
sent moderne  aimant,  l'ancien  participe  amant  subsiste  comme  substantif 
conformément  à  la  vieille  règle  de  l'accent  tant  gallois  que  français  :  et 
cette  loi  primitive,  réduite  à  l'état  d'exception,  proteste  encore  souvent 
dans  ce  mot  par  la  bouche  inconsciente  de  nos  maîtres  d'école  et  de  nos 
régents  de  collège  contre  la  tyrannie  de  la  loi  moderne  dans  l'esclavage 
et  l'admiration  de  laquelle  ils  vivent  naïfs  et  heureux. 

H.    d'ArBOIS    de   JUBAINVILLE. 
I.  L.  Gautier  :  La  chanson  de  Roland,  t.  11,  p.  284,  285. 


ATTODIAD  I    LYFRYDDIAETH  Y  CYMRY 

(Supplément  to  the  Camhrian  Bibliography.) 


141.  Duwiolder  Gymmunol  neu  Ddefosiwnau  Sacramentaidd  se 
Amryw  0  weddiau  am  wir  ymbaratoad  i'r  Cymmun  Sanctaidd  ac  erail 
ar  ei  dderbyniad,  ynghyd  a  Diolchgarwch  Gymhesur  iw  harferu  ar  ei  ol 
A  Gyfieithwyd  o'r  Saesnaeg  i'r  Gymraeg  gan  JohnRhydderch  e 
lleshâd  y  Cymru. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig  gan  Tho.  Durston.  i2mo.  (no  date). 

142.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  Carol  plygain  Newydd  i'r  flwyddyi 
1783.   II.   Hanes  Mab  a  Merch  a  ddaliwyd  gyda'i  gilydd  min  y  no 

•mewn  mwyneidd-dra. 

Trefriw.  Argraphwyd  gan  Dafydd  Jones,  1782. 

145.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  Y  gyntaf  0  ddiolchgarwch  i  Dduw  , 
roes  allu  George  Rodney  i  orchfygu  ein  gelynion,  ar  y  ffordd  i  India 
Yn  ail  Carol  Plygain  Newydd  i'r  flwyddyn  0  Oedran  Crist  178^ 

Trefriw  Argraphwyd  gan  Dafydd  Jones  1782. 

144.  Hanes  y  Flinderus  Dynged  a  ddigwyddodd  i  un  Wm.  William: 
Melinydd  Llanllechid  ;  yr  hwn  a  gâdd  ei  ddihenyddio  gan  un  Morri' 
Rowland  :  yr  hwn  a  dderbyniodd  ei  haeddedigol  Wobr  am  ei  Weithrec 
echryslon;  Duw  a'n  gwaredo  rhag  clywed  na  bod  y  fath  beth  yn  eii 
Gwlad.  Amen. 

Trefriw  Argraphwyd.  gan  Dafydd  Jones.  1778. 
Two  pages;  one  in  prose,  the  remainder  being  in  verse. 

145.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  O  gwynfan  i'r  Cymry  0  golled  an, 
yr  Arian  Cochion,  oedd  yn  peru  llawenydd  oi  derbyn;  ag  i  chwanegu  ar  eij 
galar  mae'r  hên  Chwechainioge  yn  myned  ar  fyrr  i  Lundain  i'w  hail  G  weinio  ' 
O  ddeisyfiad  hên  bechadur  am  gymmorth  Duw  cyn  ei  ddiwedd. 

Trefriw.  Argraphwyd,  gan  Dafydd  J.  tros  H.  Owen.  1779. 

146.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  0  waith  Ellis  RobertsCowper 
0  ddiolchgarwch  i  Dduw  am  ei  fywyd  drachefn  wedi  bod  yn  agos  i  BortI 
Angeu,  drwy  Llecheden  drom  fis  Medi  diwaetha.  II.  0  ymddiddan  rhwrii 
Siopwr  ar  Tafarnwr  bob  yn  ail  Odl. 

Trefriw  Argraphwyd,  gan  Dafydd  Jones.  1782. 

147.  Y  pumed  Llythyr.  Ynghylch  Ystyr  cin  marwolaeth... 

;.  Sec  Vol.  1,  p.   376-394,  and  vol.  H,  p.  31-43. 


Attodiad  i  Lyfryddiaetli  y  Cymry.  347 

Trefriw  Argraphwyd  tros  Harri  Owen. 

Another  édition,  being  thethird,  ofthis  production  of  Ellis  Roberts's,isnoticed 
il.  y  C.  1781,  11. 

148.  Y  Wandering  Jew.  sef  y  Crydd  Crwdredig  0  Gaersalem.  Rhy- 
ddfawr  Newydd  oddiwrth  America  gan  y  Captain  enwog,  William 
leolvvr  y  Llong,  a  elwir,  Dolphin  :  yr  hwn  0  fewn  7  Wythnos  a  5 
ydd  a  ddaeth  oddiwrth  Halifax  yngogledd  America,  ac  oedd  rwymedig  i 
iyfod  i  Frusto;  ond  gwynt  gwrthwynebusa'igyrroddi'r  Kingsale,  gyda 
lyfrifol  foddion  rhyfeddol  or  Crydd  gwybiedig,  gyd  ag  eglur  ymofyniad 
flaen  4  0  Barchedig  y  Ddifeinyddion.  A  llawer  hefyd  0  arwyddion  eraill 
iwnaeth  yr  lesu  yngwydd  ei  Ddisgyblion,  y  rhainid  ydynt 'sgrifenedig 
1  y  Llyfr  hwn.  loan  XX.  ^50.  Wedi  ei  cysylltu  gan  Dewi  Fardd. 
i  fynnwn  î  er  dim  yn  y  Byd,  chwanegu  anwiredd  at  yr  'Sgrythyrau. 
jatc.  xxii.  18,  19. 

(Trefriw.  Argraphwyd  gan  Dafydd  Jones,  1780  tros  Grâce  Roberls. 
:  149.  Tair  oGerdditra  Rhagorol.  I.  Cerdd  Newydd,  arddullymddiddan 
:iwng  dwy  o'r  Dail  neu'r  Llysiau  anrhydeddusaf  yn  ein  Gwlad  ;  un  a 
wir,  Llysiau'r  Bendro,  neu  Hops,  a'r  Hall  a  elwir,  Berw'r  Merched, 
!u  Tea  :  Yr  hon  a  genir  ar  Godiad  yr  Ehedydd,  yr  Hops  yn  dechre. 
.  Cerdd  ar  dduU  Ymddiddan  rhwng  Ahab  a  Jezebel,  neu  yn  hytrach, 
jOT  a  Gwraig  yn  yr  Oes  bresennol,  gwedi  dwyn  Tyddyn  Cymydog 
ilawd  :  Yw  chanu  ar  Betti  Brown,  bob  yn  ail  Pennill,  y  Gwr  yn  dechre. 
].  Cerdd  a  wnaed  tros  Ferch  ifangc  a  gowse  ei  gwaredu  rhag  Twyll  y 
>thraul  :  Yw  chanu  ar,  Ddydd  Llun  y  Boreu. 
Argraphwyd  Ynghaerlleon  gan  T.  Huxley. 

The  three  are  by  Hugh  Jones  of  Llangwm,  Denbighshire  :  cf.  Ll.  y  C. 
59;  •• 

150.  Cerdd  0  Rybudd  i  bawb  ymbarotoi  (sydd  heb  leicio  gweithio). 
;ldiangc  ymaith  rhag  eu  preso.  l'w  chanu  ar  Yspanish  Gwenddydd.  At 

un  y  chwanegwyd  Rhai  Penhillion  ar  Leave  Land.(Nodate  no  place.) 

151.  Cerdd  i  ddeisyf  ar  bawb  yn  Amser  Rhyfel  i  roi  en  Hymddiried 
yr  Arglwydd,  acnid  mewnamldra  0  ddynion.  l'w  chanu  ar  Gwynfan 

ydain.  (n.  d.,  n.  p.) 

152.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  Cerdd  newydd  yn  Mherthynas 
;Rhyfel  presennol  yn  Anierica;  yn  gosod  allan  mae  Oferedd  yw  Daro- 
;!î  a  Brudiau,  ac  yn  dangos  mae  Ordinhad  Duw  yw'r  cwbl;  Yw  chanu 
:  Gwel  yr  Adeilad.  II.  Cerdd  ar  ddyll  Ymddiddan  rhwng  y  Mr  Tir  a'r 
'nant,  bob  yn  ail  Pennill  :  Ar  Fesur  a  elwir,  God  save  the  King,  neu, 

iw  gadwo'r  Brenhin. 

Argraphwyd  yn  Ngwrecsam,  gan  R.  Marsh,  (n.  d.) 


348  Attodiad  i  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

153.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  Ymddiddan  rhwng  Gwraiiyr 
Hwsmon  a  Gwraig  y  Shiopwr  :  Y\v  chanu  ar  Don  a  elwir,  Mentra  G^  n. 
II.  Cerdd  0  Gynghor  i  Ferched  leuaingc  :  Yw  chanu  ar  Ffylena. 

Argraphwyd  Ynghaerlleon  gan  T.  Huxley  (n.  d.) 

I  $4.  Difrifol  Fyfyrdod  am  Farwolaeth,  sef  y  Seithfed  Llythyr,  0  v.th 
Ellis  Roberts,  Cowper. 

Trefriw.  Argraphwyd  gan  Dafydd  Jones.  1782. 

155.  Cennad  oddiwrth  y  Ser  ;  neu  Almanacc 

AmyFlwyddynSy^y'^-     "     "     ^^^ 
^        ^     ^     (Crist  .     .     .     1709 

(Ar  gyntaf  ar  ôl  blwyddyn  naid.) 

Yn  cynwys  ynddo  amryw  0  bethau  perthynasol  i'r  fath  waith,  n  ;i; 

yspysiad  or  Dyddiau  gwylion  a  hynod;  Newidiad  ac  oed  y  Lleuac  ai 

rheolaeth  ar  gorph  Dyn  ac  Anifail  wrth  fyned  trwy'r  deuddeg  arwvd; 

Codiad  a  machludiad  yr  Haul;  Diffygiadau  yr  Haul  a'r  Lleuad;  C\r- 

chwyliad  misawlamyr  Hin  athroeadau'r  Byd,  Ffeiriau  Cymru  yn  gyfli'.n- 

ach  nac    erioed  o'r  blaen,  Ac  amryw  Ganiadau  na  buont  erioed  yr'r- 

graphedig  ;  A  llawer  0  bethau  eraill  cyfleus  iw  deuall.  0  Waith  h?. 

Philomath.  A  Gyfieithwyd  o'r  Saesnaeg  ir  Gymraeg,  Ac  hefyd  a  gyho,d- 

wyd  drwy  Orchymyn  y  Cwmpeini  0  Stationers  neu  Werthwyr  Llyai 

yn  Llundain.  î 

Argraphwyd  yn  Amwythig,  ac  ar  werth  yno  gan  John  Rogers  Gwer  m 

Llyfrau  yn  yr  Heol  uchel  neu  High  Street.  I 

1 56.  Dehonglydd  y  Ser,  neu  Almanac  Newydd,  : 

AmyFlwyddynooedran[^^.^f^'^'     ,^768 
Yr  hon  sydd  Flwyddyn  Naid...  O  Gascliad  John  Prys.  Philonjh, 
Ar  Ddegfed-ar-hugiain  Argraphiad,  a'r  unfed-ar-bymtheg  yn  ol  y  ifr 
Newydd  neu'r  New  Style.  j 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig,  gan  Stafford  Prys,  ac  ar  werth  ^i 
R.  Edwards  yn  y  Bala,  etc.  Pris  8.d.  j 

1 57.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  Yn  deisyf  ar  bob  pechadurfecWl 
am  Nos  Angeu,  yn  Nyddie  ei  fywyd  rhag  iddo  syrthio  i'r  Bêdd  cynjli- 
ferhau,  chael  ei  gau  allan  o'r  Nefoedd.  II.  0  gwynfan  ir  Ffarmwyrj'r 
awr  mewn  Byd  anghyfforddus,  yr  amser  Rhyfelgar  yn  talu  Trêthi,  aiiir- 
drêthion  mawrion,  ac  yn  ffaelio  cael  ond  ychydig  0  brîs  ar  ei  heidd(|  , 

Trefriw.  Argraphwyd  gan  Dafydd  Jones.  1782. 

1  $8.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  Cerdd  Newydd,  y  Gyntaf  yncrybpl 
am  arwydd  oddiuchod,  y  fu  ag  yn  bresenol,  ar  dinistr  a  ddaeth 
hol  yn'r  amser  gynt,  yr  hon  a  genir  y  don  elwir  y  Crims'n  Velved.  Cjdc 


Attodiad  i  Lyfryddiaeîh  y  Cymrv.  549 

Goffadwriaeth  am  ein  hen  ffrind  Tobacco,  0  herwydd  ei  fod  gwedi 
yned  yn  brin  ac  yn  ddryd,  iw  chanu  ar  fesur  Elwir  Spanish  bafan. 
Argraphwyd  yn  Ngwrecsam  gan  R.  Marsh,  (n.  d.) 

159.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  Y  gyntaf  yn  rhoi  peth  0  Hanes  y 
jnes  0  Landerfel  yr  non  sydd  er's  tair  blynedd  heb  fvvytta  dim 
niaeth  ond  un  llymed  0  ddwr.  Ac  ychydig  0  hanes  am  John  Roberts 
Ysbytty  a  fu  mewn  Gweledigaeth.  Yr  ail  yn  adrodd  hanes  y  Gwrth- 

felsydd  rhwng  Lloegr  Hên  a  Lloegr  Newydd,  sef  America. 
Argraphwyd  yn  Ngwrecsam  gan  R.  Marsh.  1777. 
Gaunor  Hughes,  hère  called  «  y  ddynes  0  Landderfel,  »  who  may  be  regarded 
the  «  Sarah  Jacob  »  of  the  last  century,  lived  at  Bodelith,  in  the  parish  of 
mdderfel,  Merionethshire,  and  died  about  the  year  1779.  Some  account  of 
'■  will  be  found  in  the  C-jlchgratvn,  II.  9. 

160.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  Wedi  ei  chymeryd  allan  0  Eiriau 
ist;  sydd  yny  drydydd  Bennod  0  Sainct  Marc.  II.  0  hanes  y  blindere 

"^x  yn  Mon  ac  Arfon  yn  amser  y  bu  Captain  Trodn  yn  Pressio  gyda'i 

'my  drygionus. 

Trefriw.  Argraphwyd  gan  Dafydd  Jones,  1780. 

161.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion.  I.  Yn  gosod  allan  yr  helynt  draffer- 
is  sydd  0  achos  yr  arian  cochion  hyd  Gymru.  II.  Yn  dangos  mor 
'5ol  ydyw  perffaith  gariad  rhwng  Cristianogion  ai  gilydd,  ar  perygl  a 
Id  i  ni  fyw  heb  gariad  an  gilydd,  gan  grybwyll  am  y  Barnedigaethau 
'oddes  Duw  ar  ddynion  di  gariad. 

Trefriw  Argraphwyd  gan  Dafydd  Jones,  tros  Harri  Owen,  1779. 
rhis  is  probably  the  same  as  n°  26  in  Ll.  y  C.  under  1779  ;  but  as  the  title 
:iot  fui!  in  that  work,  the  identity  must  remain  a  matter  of  conjecture. 

162.  Y  Cyfreithlawn.  Alnianacc  Cymraeg  am  y  Flwyddyn  0  Oedran 
^lyà  $659,  ac  0  Oedran  Crist  17 10.  Yn  cynwys  pob  pêth  a'raberthy- 
Jy  Almanacc,  ac  Amryw  bethau  na  byont  yn  Argraphedig  erioed  or 
len.  Yr  unfedarddeg  ar  hugain  0  wneuthuriad  Thomas  Jones. 

Argraphwyd  yn  y  Mwythig,  ac  ar  werth  yno  gan  Thomas  Jones. 

""or  the  titles  of  n"'  142-162  I  am  indebted  to  an  article  on  «  Hen  Lyfrau  y 
lury  ))  in  the  Traethodydd  for  January,  1874,  most  of  them  being  the  produc- 
tisof  thehomely  press  of  Trefriw.  N°^  143,  146,  147,  1 50,  151,  1 54,  1 57,  160, 
a  part  of  161,  are  from  the  unskiltul  pen  of  E 11  i  s  Roberts,  and  some  of  the 
Cers  should  probably  be  referred  to  the  same  source.  The  «  cerddi  »  seldom 
eeed  eight  pages,  and  some  contain  only  four. 

165.  Testament  Newydd  ein  Harglwydd  an  Hiachawdur  Jesu  Crist. 

^rintiedig  yn  Llundain  gan  Charles  Bill,  a  Thomas  Newcomb,  Print- 
vr  i  Ardderchoccaf  Fawrhydi  y  Brenin.  Llundain,  1690,  8vo. 

.64.  Canvvyll  y  Cymry.  Gan  Rhys  Prichard.  Llundain,  1696. 


3  50  Attodiad  i  Lyfryddiaeth  y  Cymry. 

165.  Cynghorion  Tad  i'w  Fab.  Llundain,  1683. 

166.  Annerch  Moses  Williams  at  Blwyfolion  Llanwenog.  Lli- 
dain  (n.  d.). 

167.  Adroddiad  Nodedig  o'r  Byd  Anweledig.  Trefriw  (n.  d.). 

168.  Llythyr  0  Annerch  at  leuengctyd  Cymru.  Gan  loan  Tons. 
Gwrecsam  (n.  d.) 

See  LI.  yC.  1777,  8. 

169.  Balad  Newydd  0  Ddwy  Gerdd....  Carol  Plygain....  Ynnddid  n 
Gwr  Ifangc  a'i  Gariad.  Trefriw  (n.  d.). 

170.  Balad  0  Ddiddanwch  i  rai  sy  yn  caru  Heuddu  Heddwch. 
Mwythig  (n.  d.). 

171.  Balad  yn  cynwys  Dwy  Gerdd  Ddiddanol...  Ymddiddan  u 
Gariad...  Dioddefaint  Crist.  Trefriw  (n.  d.). 

172.  Balad  yn  cynnwys  Dwy  Gerdd  Ddiddanol...  Henwrfu'n  Ngl-- 
char...  Marwolaeth  trwy'r  Cleddyf.  Trefriw  (n.  d.). 

175.  Gerdd  ar  yr  Ystyriaethau...  Gan  Thomas  James  (n.d.,n.  1. 

174.  Dwy  Gerdd  Newydd...  Llosgiad  Plas  yn  Neigwl...  Ymddidn 
rhwng  Mab  a  Merch.  Trefriw  (n.  d.). 

«  Plas  yn  Neigwl  »  is  in  the  parish  of  Llandegwning,  Lieyn,  Carnarvonsl^. 

175.  Dwy  G  Gerddi  Newyddion...  Mawl  i  Falishia  Sir  Fon...  î'a 
(n.  d.). 

176.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion...  Hanes  Sarah  Sharp...  Dirif:r 
Pren  Almon.  Mwythig  (n.  d.).  i 

177.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion...  Hanes  Bachgen  fu  farw  yn  Dfji- 
Street,  Llundain...  Annogaeth  ar  Dragwyddoldeb  (n.  p.,  n.  d.). 

1 78.  Dwy  0  Gerddi  Newyddion. . .  Hanes Llofruddaeth yn  Nghaerlleoi 
Ymddiddan  rhwng  y  Bol  ar  Cefn  (n.  p.,  n.  d.). 

179.  Hanes  yr  Ofer-Ferch  (n.  p.,  n.  d.). 

180.  Llyfr  Gweddi  Gyffredin.  Mwythig  (n.  d). 

181.  Salmau  Edmund  Prys.  Caerfyrddin  (n.  d.). 

182.  Llythyr  at  holl  Drigolion  Cymru...  Caerlleon  (n.  d.). 

183.  Tair  0  Ganiadau  Diddan...  Trefriw  (n.  d.). 

184.  Tair  0  Gerddi  Newyddion...  Machynlleth  (n.  d.). 

185.  Tair  0  Gerddi  Newyddion...  (n.  d.,  n.  p.). 

186.  Proposais  for  Printing  Achau'r  Cymru,  by  H.  Edwards  ■ 
p.,n.  d.).  . 

N-  164-186,  are  ail  in  the  collection  of  Mr  E.  R.  G.  Saiisbury,  of  Gian  Al|, 
near  Chester,  and  the  tities,  none  of  which  appear  to  be  full,  are  taken  fro  a 
iist  published  by  that  gentleman  in  the  Canmvon  and  Dcnblgh  Herald,  Janu.  , 
1874. 


Attodiad  i  Lyfryddiaeth  y  Cymry.  351 

187.  Llyfr  Gweddi  Gyffredin,  a  Gweinidogaeth  y  Sacramentau,  a 
Chynneddfau  a  Seremoniau  eraill  yr  Eglwys,  yn  ol  Arfer  Eglwys  Loegr  : 
Ynghyd  âr  Sallwyr,  neu  Salmau  Dafydd,  wedi  eu  nodi  megis  ac  y  maent 
i'wcanuneui'wdywedydmewnEghvysydd.  ArgraphwydyngNgwrecsam, 

^ac  ar  werth  yno  gan  R.  Marsh,  Gwerthwr  Llyfrau,  1774,  12  mo. 

Ll.  y  C,  p.  556,  has  a  Prayer  Book  printed  at  Shrewsbury  this  year.  Ifthat 

entry   is  correct,  it  is   somewhat   remarkable  that  two  éditions  should    hâve 

appeared  the  same  year,  in  two  comparatively   contiguous  places;  but  possibly 
I  it  is  the  same  édition,  with  two  titles,  one  for  Shrewsbury   and  the  other  for 

Wrexham.  The  Shrewsbury  édition  I  hâve  not  seen,  but  this  I  hâve  inspected; 

and  there  is  no  mistake  about  the  imprint  and  date. 

188.  Y  Llyfr  plygain  a'r  Catéchisme.  Yn  y  modd  y  maent  wedi  eu 
■  gosod  allan  yn  y  Llyfr  Gweddi  Gyfïredyn  :  iw  dysgu  i  blant  ac  i'w 

harfer  gan  bob  Dyn.  A'r  Calendar,  a  Thablau  angenrheidiol  eraill,  ac 
yspysrwydd  am  Ffeiriau  Cymru  a'i  hardaloedd,  etc.  Wedi  eu  tacclu 
a'i  trefnu,  yn  well  nag  o'r  blaen,  y  gan  L  D.  A'i  Printio  yn  Llundain  y 
gan  loan  Beale,  1633,  i6mo. 

f  On  the  back  of  the  title-leaf  begins  the  Calendar  which  fiils  the  following 
12  leaves.  Of  thèse  12  leaves  the  3  first  are   signed  B   3,   B  4,  B  5.  Next  a 

lleaf  containing  Tabl  i  gad  i  Pasg.  Cais  y  Pdf,  a  chy  ferbyn  a'r  Prif  y  cai'r  Pasg  : 

jThen  follows  on  the  first  side  of  the  leaf:  Tabl  yn  dangos  dechrai  teyrnasiad  Pob 
Brennin  yn  Llocgr  er  y  Conqucsl,  on  the  other  side  :  Yspysrwydd  am  ddechreu 

jd  diwcdd  pob-Term  yn  Westminst.  There  follow  7  leaves,  eut  of  which  the  first 
5  are  also  signed  C,  C2,E3,C3,C5.  Thèse  7  leaves  contain  in  alphabetical 
order  Prif  Fferiau  Cymru  a  hardaloedd.  The  back  of  the  seventh  leaf  con- 
tains  Enwea  holl  siroedd  0  fewn  Tivysogoeth  Cymbru,  and  4  Escobaeth  sy'yng 
Hymru.  The  following  unsigned  leaf  contains  on  the  first  side  :  Wyth  0  instiiesd 
isydd  ynghymru,mewn  pedwar  cylch  ;  and  on  the  back  :  A  B  C  neu  Egwyddor 
gymraeg.  Lastly  follows  on  leaf  C  6  :  Y  Catechism,  scf  yn  hynny,  athra- 
wiaeth  wi  dyscu  gan  bob  plcntyn  cyn  ci  ddrwyn  i'w  gonffirmio  gan  yr  Escob.  The 
Catechism  fills  the  leaf  C  6  —  (13)  and  a  few  lines  on  leaf  D.  Then  follow  on 
leaves  D;,  E,  F,  G,  différent  Gweddiau,  Borcol  iveddi,  y  Letani,  Prydnhawhol 
weddi,  y  VU  Psalm,  Collcctau.  On  leaf  G  (16^)  thelittle  book  concludes  with  the 
Word  Tefryn. 

The  editor  (L  D.)  was  the  learned  Dr.  John  Davies,  author  of  the  Antiqua 
Ungua  Britannicce  Rudimenta,  1621,  and  ihe  Antiqua  Lingua  Britannica  Dictio- 
lariuni  Duplex,  1632,  3Lnd  iranshtor  oi  Llyfr  y  Resolusion,  which  appeared  in 
1632.  See  Ll.  y  C.  1621,  1;  1632,  i,  2. 

We  are  indebted  to  the  learned  librarian  of  Weimar,  D""  Reinhold  Kœhler, 
or  the  mention  and  description  of  this  work. 

[To  be  continued.)  D.  Silvan  Evans. 


DU  PRÉTENDU  NOM  D'ILE  SACRÉi 


ANCIENNEMENT    DONNÉ    A   l'iRLANDE. 


L'histoire  chrétienne  de  l'Irlande  possède  assez  de  gloires  et  l'île  d'Eii 
a  jeté  un  assez  vif  éclat  sur  l'Europe  occidentale  du  vi''  au  viii^  sièo 
pour  qu'on  puisse  sans  injure  contester  des  prétentions  à  une  gloi 
plus  ancienne.  Les  historiens  de  l'Irlande  relèvent  volontiers  le  tit 
d'  «  lie  Sacrée  »,  Insula  Sacra,  que  lui  auraient  décerné  dèsla  plushau 
antiquité  les  écrivains  de  la  Grèce  et  de  Rome.  «  C'est  un  des  faits  l 
plus  patents  de  l'histoire,  dit  Pun  d'eux,  qu'Albion  était  inconnue,  ou  i 
moins  qu'on  ne  signalait  pas  son  existence,  à  une  époque  où  l'Irlaiw 
était  mentionnée  avec  respect  comme  Vile  Sacrée  et  l'Ogygie  des  Grecs  ■ 
Et  un  autre,  mettant  les  druides  en  scène,  s'écrie  avec  enthousiasrai 
«  Nous  abordons  l'Irlande,  Vile  Sacrée  comme  l'appelaient  déjà  1 
anciens  druides,  Vile  des  Saints,  nom  sous  lequel  les  chrétiens  l'c 
célébrée^.  »  Il  est  probable  que  ce  nom  d'cdle  des  Saints  »  Insula  San 
torum,  du  reste  si  mérité,  a  été  donné  à  l'Irlande  par  imitation 
celui  d'Ile  Sacrée  sous  lequel  un  écrivain  latin  la  désigne,  et  il  y  a 
effet  là  un  poétique  contraste.  Mais  quelle  est  l'origine  et  l'occasion  i 
ce  premier  nom,  Insula  Sacra  ? 

Un  seul  écrivain  appelle  ainsi  l'Irlande,  c'est  Aviénus,  au  iv"  siècle  < 
notre  ère  :  «  De  là  [du  promontoire  et  des  lies  Oestrymnides],  deij 
jours  de  navigation  conduisent  à  l'Ile  Sacrée,  comme  l'ont  nommée  l' 
anciens.  Cette  île  étend  ses  plaines  verdoyantes  au  sein  des  ondes;  el 
a  pour  habitants  les  Hiberniens,  non  loin  de  là  est  l'île  d'Albion?. 

1.  An  illiistrated  history  of  Iniiind,  London,  Longman,  iS68,  p.  }6.  Faut-il  rem; 
quer  que  l'identification  de  l'Irlande  avec  la  fabuleuse  Ogygie  est  purement  gratui 
biea  qu'O'Flalierty  se  soit  audacieusement  emparé  de  ce  nom? 

2.  Greith:  Geschichte  der  altirischen  Kirche,  Freiburg-im-Breisgau,  1867,  p.  82. 
5.  Ast  hinc  duobus  in  Sacram,  sic  insulam 

Dixere  prisci,  solibus  cursus  rati  est. 
Hase  inter  undas  multa  cespitum  jacet, 
Eamque  late  gens  Hibernorum  colit. 
Propinqua  rursus  insula  Albionum  patet. 
Avieni  Ora  maritima,  v.  108  et  sq. 


anciennement  donné  à  l'Irlande.  5  5  3 

Dans  ses  Côtes  maritimes,  Avien  compilait  des  documents  plus  anciens, 
surtout  des  documents  grecs  '  et,  bien  qu'aucun  autre  écrivain  ne  nous  ait 
conservé  ce  nom  d'Ile  Sacrée,  on  peut  croire  que  cette  dénomination  a 
;  réellement  existé.  Un  nom  de  ce  genre  n'était  du  reste  nullement  isolé 
dans  la  nomenclature  géographique  des  Anciens  :  'hpa,  c'est-à-dire  «  la 
Sacrée  »  est  le  nom  ancien  de  plusieurs  îles  dans  les  eaux  de  la  Grèce 2; 
i  plusieurs  caps  portaient  le  nom  de  «  promontoire  sacré  »  ispbv  ày.pio- 
r/jp'.ov  5  ;  et  le  terme  [spo-  entrait  dans  la  composition  de  plusieurs  noms 
de  localité  4.  Il  est  vrai  que  dans  la  plupart  des  cas  des  souvenirs  reli- 
gieux s'attachaient  à  ces  dénominations.  Dans  les  îles,  la  plupart  volca- 
:  niques,  du  nom  à'Hiéra,  on  adorait  le  dieu  du  feu,  Hêphaistos.  Un  des 
'  caps  que  les  Grecs  appelaient  le  «  Promontoire  sacré  (on  l'a  identifié 
{avec  le  cap  Saint-Vincent),  et  qu'ils  regardaient  comme  le  point  le  plus 
!  occidental  de  la  terre  habitée,  était,  suivant  Strabon,  le  théâtre  de  quel- 
'  ques  pratiques  superstitieuses  (Liv.  III,  ch.  1.)  Mais  il  ne  nous  semble 
*  pas  probable  que  des  traditions  analogues  aient  valu  à  l'Irlande  une  déno- 
'mination  semblable.   Les  anciens  Grecs  et  Romains  n'ont  sans  doute 
•connu  que  son  nom,  écho  lointain  des  navigations  phéniciennes  et  car- 
ithaginoises.  «  C'est  dans  le  sixième  siècle,  et  selon  plusieurs  indices  vers 
:  l'année  570  que  le  Carthaginois  Himilcon  fit  son  célèbre  voyage  dans  les 
imers  du  Nord,  où  il  est  tant  question  de  la  mer  Cronienne,  de  l'Ile  à'Ier- 
i  nis  (Irlande)  et  des  mers  alternativement  mortes  ou  pleines  de  tempêtes 
■  de  ces  parties  extrêmes  du  mondes  ».   Strabon  lui-même  sait  peu  de 
chose  de  l'Irlande  et  ce  qu'il  en  dit  est  si  peu  à  l'éloge  de  ses  habitants^ 
que  nous  pouvons  en  tirer  ce  dilemme  négatif  :  ou  il  est  bien  informé, 
alors  l'ancienne  Irlande  n'a  aucun  droit  au  titre  d'Ile  Sacrée;  ou  il  l'est 
mal,  alors  son  erreur  prouve  justement  l'ignorance  des  anciens  à  l'égard 

1.  Sur  Aviénus  et  son  Ora  maritima,  voir  un  travail  de  W.  Christ  dans  les  Abhanil- 
ungen  der  Baïrischen  Akademie,  t.  XI  (1868)  et  l'ouvrage  savant  mais  indigeste  de  Miill- 
enhofï,  Deutsche  Alterthûmer.  Berlin,  1870,  p.  113  et  suiv.  M.  de  Saulcy  s'est  aussi 
occupé  de  l'ouvrage  d'Aviénus,  mais  en  étudiant  spécialement  la  partie  relative  à  la  Gaule 
méridionale  {Revue  Archéologique  de  1867). 

2.  W.  Pape  :  Wœrîerbuch  der  Griechischen  Eigennamen,  s.  v. 

3.  Id.,  ibid. 

4.  Ex.:  îspèv  (jTÔiAa  (nom  d'une  des  embouchures  de  l'ister),  lepô?  xôXitoi;,  lepôv 
opoç,  etc.,  id.  ibid. 

5.  Vivien  de  Saint-Martin;  Histoire  de  la  géographie.  Paris,  1873,  p.  51. 

6.  «  lerné,  île  située  à  une  faible  distance  au  nord  de  la  Bretagne  et  dont  les  habi- 
tants complètement  sauvages  mènent  la  vie  la  plus  misérable  à  cause  du  froid.  »  Liv.  II, 
ch.  8. 

'  «  Nous  n'avons  du  reste  rien  de  certain  à  en  dire  fd'iernéj,  si  ce  n'est  que  ses  habi- 
tants sont  encore  plus  sauvages  que  ceux  de  la  Bretagne,  car  ils  sont  anthropophages  en 
même  temps  qu'herbivores  et  croient  bien  faire  en  mangeant  les  corps  de  leurs  pères,  et 
en  ayant  publiquement  commerce  avec  toute  espèce  de  femmes,  voire  avec  leurs  mères  et 
leurs  sœurs.  A  dire  vrai,  ce  que  nous  avançons  là  repose  sur  des  témoignages  peu  sûrs...» 
Liv.  IV,  ch.  4. 

Rev.  Celî.  II  24 


^  ^  4  Du  prétendu  nom  d'Ile  Sacrée 

de  l'Irlande,  et  les  écrivains  de  l'antiquité  n'avaient  aucun  motif  de  déce 

ner  ce  nom  pompeux  à  l'île  perdue  dans  les  brumes  de  l'Occident. 

Rien  dans  l'histoire  indigène  de  l'ancienne  Irlande  n'appelle  un  sen 
blable  nom;  peut-on  l'expliquer  par  les  idées  fabuleuses  qui  régnaiei 
chez  les  anciens  sur  les  terres  mystérieuses,  séjour  des  bienheureux 
Tant  que  la  terre  n'a  pas  été  connue  dans  toute  son  étendue  et  que 
pensée  de  l'homme,  encore  ignorant,  était  emprisonnée  dans  la  plané 
qu'il  habite,  c'était  une  croyance  bien  naturelle  et  bien  expliquable  que  !< 
morts,  les  bienheureux,  allassent  revivre  dans  une  région  de  la  terre  desi 
née  à  les  recevoir  ' .  Une  semblable  région  devait  être  séparée  du  reste  de 
terre,  ce  ne  pouvait  donc  être  qu'une  île;  elle  ne  pouvait  se  trouver  qi 
dans  une  zone  plutôt  devinée  que  connue,  dans  une  mer  d'un  accès  di 
ficile  et  d'où  peu  de  marins  fussent  revenus.  Aussi  bien  les  anciei 
croyaient  que  l'Océan  entourait  la  terre  de  tous  les  côtés  et  lui  servait  pa 
tout  de  limite.  On  s'explique  donc  aisément  les  légendes  dont  les  îles  d( 
Bienheureux  ont  été  l'objet  et,  comme  on  savait  les  Iles  Britanniques  dar 
l'Océan,  là  où  le  soleil  se  couche,  on  fut  plus  d'une  fois  tenté  d'identifif 
les  unes  et  les  autres.  Les  Irlandais,  de  leur  côté,   entrevoyaient  Ici 
d'eux,  à  l'ouest,  dans  l'Océan  infini,  la  «  terre  de  l'éternelle  jeunesse 
de  leurs  légendes  (Tir  na-n-og).  L'Inconnu  est  en  effet  la  demeure  fatal 
du  chimérique  et  malgré  l'éducation  de  maints  siècles  l'âme  humaine  ni 
pas  changé.  Le  même  sentiment  qui  faisait  croire  à  l'Ile  des  Bienheuj 
reux  et  poussait  de  hardis  navigateurs  vers  ses  rives  toujours  fugitives 
s'est  retrouvé  après  la  découverte  de  l'Amérique  quand  un  lieutenant  dj 
Pizarre  prétendit  avoir  découvert  le  «  pays  de  l'Or  «  el  dorado,  et  dani 
plus  d'une  âme  na'ive  la  Californie  a  exercé  le  même  prestige  il  y  a  u 
quart  de  siècle. 

Nous  n'avons  pas  à  retracer  ici  les  légendes  et  les  superstitions  qui  ci 
couru  dans  l'antiquité  sur  les  îles  de  l'Océan  habitées  par  les  Bienheu 
reux,  sur  les  rites  de  Bacchus  célébrés  dans  les  Iles  Britanniques,  sur  1 
culte,  analogue  à  celui  de  Samothrace,  rendu  à  Gérés  et  à  Proserpin 
dans  une  île  voisine  de  la  Grande-Bretagne,  etc.  ^.  Ges  croyances  d 
l'antiquité  classique  pouvaient-elles  valoir  à  l'Irlande  le  nom  d'  «  Il 
Sacrée  »  .?  Une  analogie  semble  en  faveur  de  cette  opinion,  c'est  le  nor 
d'  «  Iles  Fortunées  »  Fortunatx  InsuU,  xwv  Mr/.ipo)v  v?iuoi,  donné  à  u: 
groupe  d'Iles  sur  la  côte  occidentale  d'Afrique,  connu  aujourd'hui  sous  1 


I.  M.  Ernest  Vinet  a  écrit  une  intéressante  étude  sur  les  Paradis  profanes  de  l'Occi 
dent  dans  la  Revue  de  Paris  du  ij  janvier  i8s6. 

1.  Voir  le  travail  de  G.Welcker:  «  Die  Homerischen  Phaeaken  und  die  Inseln  der  Seii 
gen,  »  dans  ses  Kleine  Schrifîen,  i"  partie,  Bonn,  184J,  et  l'étude  déjà  citée  de  M.  Vinet 


anciennement  donné  à  l'Irlande.  355 

'■■  nom  d'îles  Canaries.  Mais  qu'on  remarque  l'emploi  du  pluriel  :  ce  n'est 

pas  une  île  en  particulier  qui  reçoit  le  nom  d'  «  Ile  Fortunée  »  ;  le 

groupe  tout  entier  reçoit  ce  nom.  Or  une  appellation  analogue  aurait 

embrassé  l'ensemble  des  Iles  Océanides  qui  recevaient  «  les  hommes 

dont  la  vie  a  été  juste  et  sainte'  »,  ou  tout  au  moins  l'ensemble  des  îles 

''  Britanniques;  car  l'Irlande  n'avait  à  cet  égard  aucun  privilège.  Il  aurait 

!  pu  y  avoir  «  des  Iles  Sacrées  »  faisant  pendant  aux  «  Iles  Fortunées  »  ; 

I  mais  aucun  écrivain  ne  mentionne  un  semblable  archipel  et  l'on  ne 

[  voit  pas  dans  les  croyances  des  Anciens  rien  qui  eût  pu  valoir  à  l'Irlande 

1  seule  le  privilège  de  ce  nom. 

Il  nous  semble  plutôt  qu'il  vient  d'une  erreur  du  langage,  erreur  si 

naturelle  et  si  fréquente  qu'elle  est  presque  à  elle  seule  un  procédé  de 

;  formation,  nous  voulons  dire  Vétymologie  populaire.  M.  Max  Mùller  lui  a 

consacré  un  intéressant  chapitre  dans  ses  Nouvelles  leçons  sur  la  science 

^dulangage  (trad.  franc.,  t.  II,  p.  284  et  suiv.):  «  comme  l'esprit  humain 

I  a  soif  d'étymologie,  dit-il,  comme  il  a  la  passion  de  découvrir  par  voies 

légitimes  ou  illégitimes,  pourquoi  tel  nom  a  été  imposé  à  telle  chose,  il 

'  arrive  constamment  que  l'on  fait  subir  aux  mots  un  nouveau  changement 

afin  de  les  rendre  encore  une  fois  intelligibles  ».  M.  MûUer  démontre  la 

!  vérité  de  cette  assertion  par  un  grand  nombre  de  mots  de  nos  langues 

modernes.  Ces  exemples  sont  incontestables  parce  que  nous  possédons 

les  formes  anciennes  de  ces  mots  et  que  le  passé  éclaire  le  présent-.  Mais 

;il  est  toute  une  classe  de  mots  dans  lesquels  il  est  difficile  de  surprendre 

cette  déformation  parce  que  les   documents,   c'est-à-dire  les   formes 

anciennes,  font  défaut  :  ce  sont  les  noms  de  lieu.  C'est  pourtant  dans  les 

noms  de  lieu  que  cette  sorte  d'altération  a  dû  exercer  le  plus  de  ravages, 

soit  quand  une  race  nouvelle  s'implantait  dans  un  pays,  soit  quand  un 

peuple  entendait  nommer   des    localités  de  contrées  étrangères.  Nous 

connaissons,   par  hasard,  le  nom  ancien  de  la  petite  ville  suisse  qui 

s'appelle   aujourd'hui  Winterthiir  ce  qui  signifie  littéralement   «   porte 

d'hiver  »  en  allemand;  ce  nom  pourtant  est  un  ancien  nom  gaulois,  Viti- 

durum,  que  les  Germains,  ne  le  comprenant  pas,  ont  pressé  et  tordu  pour 

en  tirer  un  sens.    De  même   dans  ces  pays  autrefois   slaves    qu'une 

colonisation   opiniâtre    a   fait    terre    allemande  :   ainsi   le    slave    bor 

«  forêt,  »  dans  des  noms  comme  Brannibor  et  Mezibor  a  été  remplacé 

par  l'allemand  burg  «  château  »  et  les  villes  de  Brandeburg  et  de  Merse- 

burg  ont  l'air  de  porter  un  nom  d'origine  allemande.  Autour  de  nous,  à  notre 

1.  Platon,  Gorgias,  LXXIX. 

2.  Voir  aussi  le  curieux  essai  de  M.  Foerstemann,  Ueber  Deutsche  Volksetymologie  dans 
\^  Zeitschrift  fiir  vergleichende  Sprachforschung,  t.  \"\  p.  1-25. 


356  Du  prétendu  nom  d'Ile  Sacrée 

époque,  nous  voyons  agir  la  même  loi  de  l'esprit  humain;  en  voij 
un  exemple  dans  le  récit  d'un  voyageur  anglais  :  «  Nous  passons  entrai 
cap  Kanin  et  la  Pointe-Sainte,  Sviaty  Nos,  nom  que  nos  marins,  da 
leur  langage  fantaisiste,  ont  transformé  en  celui  de  Sweet  Nose 
nez...  »  (Hepworth  Dixon,  la  Russie  libre).  A  une  époque  où  manquaien 
le  contrôle  et  les  informations  étrangères,  ce  nom  de  Sweet  Nose  serai 
entré  dans  la  nomenclature  géographique' .  On  pourrait  dire  que  cette  défor 
mation  est  la  règle  là  où  une  race  nouvelle  se  superpose  à  une  race  plu 
ancienne  :  ainsi  les  Franco-Canadiens  ont  fait  Saint-Fol  de  Stanfoh 
(comté  d'Arthabaska)  et  Saint-Morissette  de  Sommerset  (comté  de  Mégan 
tic)  ;  ainsi  les  paysans  fixés  comme  colons  aux  environs  de  Constantini 
ont  transformé  Smendou  en  Chemin-doux,  et  ceux  de  la  Mitidja  occiden- 
tale ont  de  Tipaza  fait  Petit-Bazar.  Nos  lecteurs  gallois  savent  com- 
ment leurs  voisins  saxons  prononcent  souvent  le  nom  de  Llanfihangel  ! 

Ce  procédé  est  aussi  ancien  chez  l'homme  que  le  langage  et  le  rai 
sonnement.  Quand  un  nom  de  lieu  de  l'antiquité  a  un  sens  apparent 
mais  un  sens  qui  ne  se  justifie  pas,  on  peut  supposer,  sans  grandi; 
chance  d'erreur,  qu'on  a  là  une  victime  de  l'étymologie  populaire.  ï\ 
notre  avis,  quelques  Grecs  ont  cru  reconnaître  dans  le  nom  de  l'irlandii 
le  thème  de  leur  adjectif  tspo-  «  sacré  »,  comme  ils  l'ont  cru  égalemen  , 
pour  le  nom  de  la  principale  ville  de  la  Judée,  pour  lerouschalem  (Jéru- 
salem) dont  ils  ont  fait  '\zpo::iku[j.j.;  et  bien  que  ce  nom  hébreu  soi] 
expliqué  «  la  demeure  de  la  paix  »  cela  n'a  pas  empêché  des  écrivain:' 
grecs  de  le  traduire  par  «  Sainte  Solyme  »  ou  «  Sainte  Salem  »  2. 

L'Irlande  apparaît  sous  trois  noms  chez  les  écrivains  grecs  :  'Up-^D 
dans  le  traité  du  monde  attribué  à  Aristote  et  chez  Strabon,  'kpvtt 
vrjcjo;  dans  les  Argonautiques  du  faux  Orphée,  et  plus  tard  'louscvta  che;. 
Ptolémée,  dans  le  périple  de  Marcien  d'Héraclée,  et  chez  Etienne  d(! 
Bysance3.  Il  est  évident  que  ce  dernier  nom  ('loDspvîa)  n'est  que  h 
forme  grécisée  du  latin  Hibernia  :  seules  les  deux  premières  sont  vérita-| 
blement  les  formes  grecques.  Quoi  de  plus  naturel  qu'un  écrivain  grec' 
croyant  deviner  le  séjour  des  bienheureux  dans  cette  Ile  océanide  don 
on  ne  connaissait  que  le  nom,  ait  de  'Ispv/)  ou  de  'ispviç  vy;(jo;  fait  lep: 


I.  p. s.  Au  moment  où  nous  corrigeons  cette  épreuve,  on  vend  dans  les  baraques  d« 
nos  boulevards,  entre  autres  jouets  du  jour  de  l'an,  un  jeu  de  l'isthme  de  Suède! 

2.  Pape,  op.  cit.,  s.  v.  j 

3.  Il  n'est  pas  certain  que  l'île  appelée  par  Diodore  de  Sicile  (V,  32)Triv  ôvo[xa!;oiiévriM 
"[piv  doive  être  identifiée  avec  l'Irlande.  Ce  nom  d'"Iptv,  qui  ne  se  rencontre  chez  aucurj 
autre  écrivain,  a  embarrassé  les  commentateurs:  Wesserling,  tenté  d'y  voir  l'Irlande,  es' 
d'avis  »  vocabulum  hoc  ex  'Jspvi;  esse  progenitum,  atque  inde  instaurandum  »  Diodore, 
Éd.  Wesserling,  Strasbourg,  1798,  t.  III,  p.  jSj. 


anciennement  donné  à  l'Irlande.  357 

1  triaoq  '  ?  Ainsi  aura  fait  quelque  écrivain  grec  parmi  ceux  qu'Aviénus 
I  aura  consultés  et  de  là  cette  expression  à'Insula  Sacra  que  rien  dans 
l'histoire  ne  saurait  justifier  2. 
Le  lecteur  sait  que  plusieurs  étymologies  ont  été  proposées  pour  expli- 
j  quer  le  nom  de  l'Irlande  dont  la  plus  ancienne  forme  est  (h)ériu,  gén. 
(hyrenn,  dat.  {h)érinn  :  c'est  de  ce  dernier  cas  oblique  que  vient  le  nom 
célèbre  et  poétique  d'Erin.  M.  Rhys  a  supposé  ici  même  que  ce  nom  pour- 
rait venir  d'une  plus  ancienne  forme 'PiV^rw/ja,  qu'il  explique  comme  si- 
gnifiant «  la  grasse,  celle  qui  s'enfle,  qui  est  proéminente  »  (^Rev.  celt.  II, 
i96).Outre  que  linguitisquement  rien  ne  corrobore  la  restitution  probléma- 
tique d'un  p  initial,  il  ne  nous  semble  pas  que  ce  nom  soit  bien  juste 
.  de  l'Irlande  ni  qu'il  eût  pu  être  employé  seul,  sans  substantif  tel  que 
\  «  terre,  île,  »  etc.  C'est  ainsi  qu'en  anglais  on  désigne  aujourd'hui  le 
même  pays  par  le  nom  d'  «  Ile  d'Emeraude  »  Emerald  Isle,  non  par 
celui  d'  «  Emeraulde  »  tout  court.  Nous  ne  rappelons  que  pour  mémoire 
l'hypothèse  de  Zeuss  {Gr.  C,  74,  n.)  qui  a  justement  disparu  dans  la 
nouvelle  édition,  ni  celle  de  M.  Pictet  qui  reposait  sur  un  mot  forgé  par 
O'Reilly.  (Beitr.  I,).  La  plus  probable  est  encore  celle  de  M.  Stokes  qui 
.  ramène  Eriu  à  un  ancien  thème  'Eierion-  ou  'Iverion-  et  rattache  cette 
dernière  au  sanscrit  arara  «  postérieur,  occidental  >>  f.  Eriu,  plus  tard 
E/re,  signifierait  donc  «  la  terre  ou  l'Ile  de  l'Ouest».   Nous  acceptons 
volontiers  cette  explication  ;  mais  une  considération  importante  a  échappé 
à  la  sagacité  du  savant  celtiste  :  c'est  que  ce  nom,  ainsi  expliqué,  ne 
peut  pas  être  irlandais  d'origine.   Il  n'est  certainement  pas  venu  à  l'es- 
prit des  anciens  Irlandais  d'appeler  leur  pays  «  l'Ile  de  l'Ouest  ».  Dans 
des  dénominations  de  cet  ordre,  un  peuple  se  prend  toujours  pour  point 
de  départ  ;  il  est  à  lui-même  son  premier  méridien,  et  dans  les  noms  géo- 
graphiques  qui   se   réfèrent  aux    points  cardinaux,  on  doit  admettre 
que  ces  noms  sont  primitivement  étrangers  aux  lieux  qu'ils  désignent  et 
qu'ils  leur  ont  été  donnés  du  dehors.  Ainsi  les  noms  germaniques  dont 

1.  La  différence  d'esprit,  dans  'lÉpvYj  et  dans  kpo-,  ne  nous  semble  pas  un  fait  dont 
on  ait  à  tenir  compte  dans  un  cas  d'étymologie  populaire.  De  même  \'h  initial  du  nom 
latin  Hibernia  provient  sans  doute  d'une  fausse  analogie  avec  le  latin  hibernas  «  d'hiver,  n 

2.  M.  Egger  me  fait  observer  que  la  confusion  a  pu  s'augmenter  d'une  erreur  de 
lecture  et  que  sous  l'influence  des  superstitions  courantes  que  j'ai  rapportées,  on  a  pu 
voir  l'abréviation  de  tepà  vfiryo:;  là  où  un  premier  écrivain  avait  mis  'lÉpv/]. 

3.  Voir  Stokes,  Irish  Glosses,  p.  67  et  159,  Three  Irish  Glossaries,  p.  LXIIl,  n.;  et 
dans  une  communication  adressée  à  M.  Max  Mûller  :  Lectures  on  the  science  of  language, 
First  séries''',  p.  249  (trad.  franc.,  2"  éd.,  p.  312).  Nous  ne  pensons  pas  avec  M.  Stokes 
que  le  nom  d'io-jîpvîa  donné  par  Ptolémée  soit  formé  directement  sur  le  nom  celtique 
original;  c'est  simplement  la  forme  grécisée  du  latin  Hibernia.  Mais  pourquoi  le  b  à'Hi- 
bernia  quand  les  anciens  Grecs  disaient  'Ispvrj?  Peut-être  les  Grecs  avaient-ils  dit  d'abord 
'JFÉpvri  et  le  digamma  est-il  tombé  par  fausse  analogie  avec  le  thème  Icpo-,  si  fréquent 
au  commencement  de  noms  de  localité  et  de  région. 


5^8  Du  prétendu  nom  d'Ile  Sacrée 

M.  Kern  parlait  ici  même  :  Œsel  dans  la  Baltique,  «  [île]  de  l'Est  »  ain; 
nommée  par  les  Suédois  qui  l'ont  conquise  sur  des  races  Finnoises  < 
l'ont  colonisée  ;  Norderney  «  1  île  du  Nord  »  ;  Texel  «  [l'île]  du  Midi  » 
l'ancien  nom  Texuandrl  «  les  méridionaux  »  [Rev.  celt.,  II,  172,  173 
Le  nom  de  la  province  portugaise  d'Algarve  signifie  «  [pays]  de  l'ouest 
de  l'arabe  el  Garh,  et  reste  comme  un  témoignage  du  temps  où  le 
Arabes  désignaient  de  ce  nom  tous  les  pays  à  l'ouest  de  la  Guadiam 
Le  célèbre  nom  du  Far  West  américain  n'est  certainement  pas  né  dar, 
les  états  qu'il  désigne,  mais  bien  dans  les  états  de  l'Est  '.  De  ces  exem 
pies,  qu'il  serait  facile  de  multiplier,  et  de  la  loi  psychologique  qu'ils  rêvé 
lent  nous  avons  le  droit  de  conclure  que  ce  nom  àlverion-  «  [pays]  d 
l'ouest  )),  n'est  pas  indigène  en  Irlande. 

Il  est  du  reste  naturel  de  penser  que  les  navigateurs  phéniciens  e 
grecs  ont  connu  la  Grande-Bretagne  avant  de  connaître  l'Irlande.  Ce 
donc  aux  Britannes^  qu'ils  ont  demandé  le  nom  de  l'île  voisine  :  «  le  pa; 
de  l'ouest  »  ou  «  l'île  de  l'Ouest  »  leur  a-t-on  répondu.  Il  est  rare  e 
effet  aux  époques  primitives,  ou  dans  les  régions  dont  les  peuples  sor 
restés  à  l'état  primitif,  qu'un  peuple  soit  connu  hors  de  son  territoire  pa 
le  nom  qu'il  se  donne  à  lui-même.  Quand  on  ne  connaît  de  peupli 
anciens  que  leurs  noms,  il  est  téméraire  de  bâtir  des  théories  ethnoh 
giques  sur  ces  noms  seuls  ;  car  on  ignore  le  plus  souvent  l'origine  et 
lieu  de  formation  de  ces  noms.  Une  peupkde  est  d'ordinaire  connue  ch< 
ses  voisins,  non  par  son  nom,  mais  par  un  sobriquet,  et  ce  sobriquet  s'étei 
dant  de  proche  en  proche  devient  pour  l'histoire  et  pour  le  monde  entie 
le  nom  de  cette  peuplade.  Ce  procédé  de  formation  des  noms  ethnique 
se  laisse  voir  dans  toute  sa  transparence  chez  les  peuples  sauvages  d 
notre  époque  :  on  en  a  par  exemple  à  tout  instant  des  preuves  dans  1 
récent  voyage  Au  cœur  de  l'Afrique  du  D^  Schweinfurth  :  et  la  distinctio' 
qu'il  fait  du  nom  exotique  et  du  nom  indigène  ne  l'empêche  pas  de  dési 


1.  Nos  lecteurs  d'outre-Manche  connaissent  l'histoire  du  curieux  nom  de  Sodor  conservi 
dans  le  titre  Bisliop  of  Sodor  and  Man  «  évêqut  de  Sodor  et  de  Man  »  et  qui  aujour 
d'hui  ne  correspond  plus  à  aucune  localité.  A  une  certaine  époque  les  rois  de  l'île  de  Mail 
étendirent  leur  souveraineté  sur  les  Hébrides  méridionales,  et  prirent  en  conséquencj 
le  titre  de  «  Roi  de  Man  et  des  lies  »  :  Par  la  même  circonstance  le  diocèse  «  des  îles  »; 
c'est-à-dire  des  Hébrides  méridionales,  fut  annexé  à  celui  de  l'île  de  Man.  Les  Hébride 
septentrionales  étaient  appelées  du  nom  générique  de  Nordereys  ou  «  îles  du  Nord  »  et  If 
Hébrides  méridionales  de  celui  de  Sodoreys  «  îles  du  Sud  »  :  de  ce  dernier  nom  est  veni 
celui  de  Sodor.  Plus  tard  les  Hébrides  méridionales  furent  enlevées  à  I3  souveraineté  dij 
roi  de  Man  et  à  la  juridiction  de  l'évêque  de  Man,  mais  elles  ne  cessèrent  pas  de  figureij 
dans  les  titres  de  l'un  et  de  l'autre.  Jusqu'à  une  époque  relativement  récente,  le  souveraiij 
de  Man  s'intitulait  «seigneur  de  Man  et  des  Iles  »  et  aujourd'hui  que  l'île  de  I\Ian  est  réu'i 
nie  à  la  couronne  d'Angleterre  son  évêque  porte 'encore  officiellement  le  titre  d'«évéqut| 
de  Sodor  el  de   Man.  »  Voir  Hughes  :  Tht:  gcography  of  tlic  Brilisli  IsUnids^,  p.  474,  n  * 

2.  Sur  notre  emploi  du  mot  Britannes,  voir  Rev.  cclt.,  t.  I,  p.  11,  n. 


anciennement  donné  à  l'Irlande.  ^119 

gner  régulièrement  les  peuplades  africaines  par  le  nom  exoîi(jue.  C'est  en 
■  effet  celui  qu'il  a  entendu  le  premier  et  qui  a  pris  possession  de  l'idée 
formée  par  la  peuplade  en  question.  On  a  beau  savoir  par  exemple  que 
les  Niam-Niam  s'appellent  eux-mêmes  Zandeh  ',  on  ne  leur  gardera  pas 
moins  ce  nom  de  Niam-Niam  emprunté  à  la  langue  des  Dinkas,  qui 
tsignifie  «  grands  mangeurs  »  par  allusion  à  leur  cannibalisme.  Le  même 
voyageur  nous  apprend  que  les  Diours,  autre  peuple  de  l'Afrique  Cen- 
itrale,  s'appellent  eux-mêmes  Louoh  ;  ce  nom  de  Diour  qui  signifie 
i«  hommes  des  bois,  hommes  sauvages  »  est  un  terme  de  mépris  que 
tcette  peuplade  a  reçu  de  ses  voisins  les  Dinkas.  Bien  des  termes  sont 
lentrés  dans  la  nomenclature  géographique  qui  n'étaient  à  l'origine  que 
des  sobriquets  venus  de  l'étranger.  Ainsi  le  nom  de  Cafres,  sous  lequel 
on  désigne  d'une  façon  générale  les  peuples  noirs  de  la  côte  orientale 
d'Afrique  depuis  le  Cap  jusqu'à  la  région  des  Gallas  et  que  l'ethnogra- 
phie restreint  à  une  famille  habitant  au  nord-est  des  Hottentots,  est  un 
!terme  de  mépris,  un  mot  arabe  signifiant  «  mécréants  »2.  Les  Cafres 
■de  la  côte  qui  fait  face  à  Zanzibar  ont  reçu  de  la  même  façon  le  nom 
;arabe  de  Suahéli  «  habitants  de  la  côte  »  >.  Les  Hottentots  nom  dont 
j'ignore  l'origine)  s'appellent  eux-mêmes  Khoin,  c.-à-d.  «  les  hommes  w4 
et_un  peuple  de  cette  famille  qui  se  nomme  Saan  est  appelé  par  les  Cafres 
Aba-tiia,  par  les  Bassoutos  Ba-roa  («  hommes  à  l'arc,  archers  >■>),  par  les 
Be-tschuana  Ma-Kauîu  et  par  les  Hollandais  Boschmanss.  Ce  dernier 
nom,  anglisé  en  Bushmen,  et  qui  signifie  «  hommes  des  bois  »,  est 
celui  que  leur  a  imposé  notre  nomenclature  géographique  et  celui  qu'ils 
porteront  dans  l'histoire.  Tout  au  nord  de  l'Amérique,  les  peuplades  qui 
;5'appellent  eux-mêmes  Innuit,  c.-à-d.  «  les  hommes,  le  peuple  »  <^,  nous 
sont  connues  sous  le  nom  d'Esquimaux,  c.-à-d.  «  mangeurs  de  viande 
:rue  »,  que  leur  ont  donné  leurs  voisins  les  Abénaquis,  tribu  des  Algon- 
quins T.  Dans  notre  Europe,  les  Gaulois  appelaient  Germains  leurs  voisins 

1.  «  Le  nom  sous  lequel  nous  les  connaissons,  et  qui  doit  se  prononcer  Gnam-Gnam, 
;st  emprunté  à  la  langue  dinka  ;  il  signifie  mangeurs  ou  plutôt  grands  mangeurs  et  très- 
ividemment  fait  allusion  au  cannibalisme  des  gens  qu'il  désigne...  Quant  arux  Niam- 
'Jiam,  ils  se  donnent  à  eux-mêmes  le  nom  de  Zandeh,  et  chaque  peuple  voisin  a  pour 
es  désigner  un  terme  spécial.  Les  Bongos  <lu  nord  les  appellent  Moundo  ei  quelquefois 
^aniania.  Pour  les  Dioûrs  ce  sont  des  0-Madiâka  ;  pour  les  Mittoas  de  l'est  des  Makka- 
-akâ;  pour  les  Golos  des  Koûnda,  enfin  les  Monbouttous  les  nommtnt  Baboûnghéra.  »  — 
ichweinfurth  :  Au  cœur  de  l'Afrique,  trad.  franc.  Tour  du  monde,  t.  XXVIII,  p.    210. 

2.  Friedrich  MûUer,  Allgemeine  Ethnographie  (Wien,  187}),  p.  147. 

3.  Id.,  ibid.,  p.  150. 

4.  Id.,  ibid.,  p.  73. 

5.  Id.,  ibid.,  p.  75. 

6.  Comparer  le  nom  cité  Khoin  a  Hottentots  »,  le  nom  national  des  Allemands  Deutsch 
le  thiuda  «  peuple  »,  et  le  nom  d'Itelmai  c'est-à-dire  «  habitants  »  que  se  donnent  les 
Camtschadales,  peuple  du  Kamtschatka  méridional  (Fr.  MùUer,  op.  cit.,  p.  192). 

7.  Id.,  ibid.,  p.  196,  n.,  et  19S. 


560  Du  prétendu  nom  d'Ile  Sacrée 

de  l'oi/est  qui  à  leur  tour  appelaient  les  Suomes  Finnois,  et  les  Slave 
Wendes.  A  notre  époque  même  les  Dcutschen  sont  appelés  Allemands  pê 
les  Français,  Niemetz  par  les  Slaves,  Saksolaiseî  fc.-à-d.  Saxons)  par  Ui 
Finnois;  les  Magyars  sont  pour  nous  des  Hongrois,  les  Skipétars  des  Albc^ 
nais,  les  Cymry  des  Gallois,  les  Escualdunac  des  Basques,  etc.  Pour  nou 
résumer,  nous  pouvons  presque  poser  en  principe  qu'aux  époque 
primitives  un  peuple  est  connu,  non  sous  le  nom  qu'il  se  donne  à  lui' 
même,  mais  sous  celui  que  lui  donne  le  voisin  connu  avant  lui,  et  noi 
serions  tenté  de  dire  qu'il  en  est  le  plus  souvent  des  peuples  comme  de 
individus  qui,  connus  des  leurs  par  un  nom  fprénom,  Christian  name)  q; 
ne  dépasse  pas  le  cercle  étroit  de  la  famille,  sont  connus  au  dehors  pa 
un  patronymique  qui  n'est  le  plus  souvent  à  l'origine  qu'un  sobriquet. 

L'Irlande  n'a  été  connue  directement  que  beaucoup  plus  tard  après  1 
Grande-Bretagne  :  les  plus  anciens  navigateurs  n'en  ont  su  que  ce  qu 
les  Britannes  leur  racontaient  de  «  l'Ile  de  l'Ouest  ».  Ce  nom  donc  éta 
sans  doute  originairement  étranger  à  l'Irlande  et  s'il  y  a  pris  pied  plu 
tard ,  c'est  qu'il  s'est  imposé  du  dehors  :  de  même  Germania  i 
Germanisch  se  sont  implantés  en  Allemagne  malgré  leur  caractère  exo 
tique;  de  même  le  nom  exotique  à'Oestreich  «  royaume  de  l'Est  «  ei 
devenu  le  nom  indigène  d'un  grand  empire.  Remarquons  en  effet  la  situs 
tion  particulière  faite  en  Irlande  même  au  nom  dont  nous  nous  occupons: 
Ce  nom  d''Iipvrj,  Hibernia',  Eriu  n'a  longtemps  été  en  Irlande,  même  '■ 
l'époque  historique,  qu'une  expression  purement  géographique,  dési 
gnant  l'ensemble  de  l'Ile,  mais  nullement  les  peuples  qui  l'habitaient 
C'est  du  nom  de  Sco?/ dans  les  textes  latins,  de  Fénians  (Fcn/)  ou  de  Gael 
(Gaidil)  dans  les  textes  irlandais,  que  sont  désignés  les  habitants  de  l'île 
On  parle  bien  des  «  peuples  d'Irlande  »  tuatha  hérenn,  (hymne  de  Fiacc 
V.  18,  19,  etc.),  mais  on  ne  rencontre  point,  avec  le  sens  d'irlandais 
un  terme  dérivé  d'Enu.  Ce  nom  ne  se  rencontrera  qu'en  moyen-irlandais 
c'est-à-dire  au  moyen-âge,  Eirinnach;  tant  il  a  fallu  de  siècles  pour  qy 
l'expressiongéographiquevenuedu  dehors  reçoive  droit  de  cité  en  Irlande 
Les  annalistes  indigènes  de  l'Irlande  citent  plusieurs  noms  anciens,  ou  di 
moins  prétendus  tels,  de  l'Irlande,  Elg,  Banba,  Fodla;  mais  il  n'est  pa 
possible  de  savoir  ni  si  ces  noms  s'appliquaient  à  la  totalité  de  l'Ile,  ni  ; 

quelle  époque  et  dans  quelles  circonstances  ils  étaient  en  usage n 

même  s'ils  ont  réellement  existé  !  Encore  taut-il  noter  que  le  terme  Scotii 
était  employé  concurremment  avec  Hibernia  chez  les  écrivains  latins  d'Ir- 
lande et  de  Grande-Bretagne  jusqu'à  l'époque  (xi«  et  xir'  siècles)  ci 
cessant  de  désigner  la  métropole  pour  s'appliquer  à  une  colonie  il  fu 
réservé  à  la  Calédonie  conquise  par  les  Scots  Dalriades  d'Irlande. 


anciennement  donné  à  l'Irlande.  }6i 

i  j     Si  l'on  admet,  comme  c'est  l'opinion  reçue,  que  le  nom  gaélique  Eriu 

î|ason  correspondant  britannique  dans  le  nom  gallois  de  l'Irlande  Ywer- 

iddon,  il  faut  admettre  également  —  puisque  ce  nom  dont  les  Grecs  ont 

:.fait  'hpv/j  etc.,  est  gaélique  —  que  la  Grande-Bretagne,  au  moins  dans 

.  ;  sa  partie  Ouest,  était  habitée  par  des  Gaels.  Les  Gaels  auraient  précédé 

:  (leurs  cousins  les  Britannes  dans  les  régions  qui  sont  aujourd'hui  le  pays 

;.  ;  de  Galles  et  la  Cornouaille  et  n'auraient  abandonné  la  Grande-Bretagne 

.  I  pour  occuper  exclusivement  l'Irlande   que  lorsque  l'invasion  toujours 

;  montante  des  seconds  les  aurait  complètement  dépossédés  et  expulsés. 

;  C'est  la  thèse  soutenue  avec  talent,  il  y  a  près  d'un  quart  de  siècle,  par 

I  tM.  Basil  Jones  dans  son  curieux  ouvrage  Vestiges  of  the  Gael  in  Gwinedd 

,  (London  1851).  M.  Basil  Jones  a  établi  avec  certitude  la  présence  de 

I  Gaels  en  Vénédotie  (nord  du  pays  de  Galles)  et  il  a  conjecturé,  avec 

;  une  grande  vraisemblance,  que  ces  Gaels  n'étaient  pas  des  envahisseurs, 

mais  le  dernier  ban  des  Gaels  de  Grande-Bretagne  acculés  dans  les 

,  montagnes  du  nord  du  pays  de  Galles  avant  d'être  entièrement  expulsés 

;  de  l'île  par  les  Britannes  :  ces  Gaels  auraient  antérieurement  occupé  le 

i  reste  du  pays  avant  de  céder  la  place  aux  Britannes  ou  Cymry,  et  la 

mémoire  populaire  les  aurait  confondus  avec  ceux  qui  à  une  époque 

historique  seraient  venus  d'Irlande  fonder  des  établissements  sur  la  côte 

;  ouest  de  la  Grande-Bretagne  '.  Cette  thèse  s'accorde  avec  la  théorie  qui 

'  revendique  pour  les  Gaels  toutes  les  inscriptions  oghamiques  trouvées 

dans  le  pays  de  Galles  et  en  Cornouailles^. 

Nous  ne  nous  dissimulons  pas  que  cette  étude  nous  a  entraînés  dans  le 
domaine  de  l'hypothèse  :  où  manquent  les  témoignages  directs,  il  faut 
'recourir  à  l'induction.  Nous  croyons  avoir  établi  avec  une  grande  proba- 
bilité l'origine  du  nom  d'Ile  Sacrée  donné  à  l'Irlande;  quant  aux  consé- 
quences que  nous  avons  tirées  du  nom  même  de  l'Irlande,  nous  ne  les 
présentons  qu'à  titre  conjectural,  car  nous  ne  sommes  pas  de  ceux  qui 

accordent  la  certitude  de  l'histoire  à  l'étymologie et  surtout  à  l'éty- 

mologie  préhistorique. 

H.  Gaidoz. 


1 ,  Nous  devons  rappeler  que  les  conclusions  de  M.  Basil  Jones  ont  été  combattues  par 
M.  Skene,  dans  ses  Four  ancient  Books  of  Waks  (Edimburg  i8fa8),  t.  1,  p.  42  et  suiv. 

2.  Cette  théorie  va  être  combattue  par  M.  Rhys  qui  a  fait  une  étude  spéciale  des  ins- 
criptions oghamiques  de  Grande-Bretagne  et  qui  les  réclame  comme  britanniques.  Dans 
une  conférence  faite  à  l'Université  d'Aberystwytîi,  M.  Rhys  a  émis  une  opinion  nouvelle  sur 
la  classification  des  peuples  celtiques  ;  il  sera  intéressant  de  savoir  sur  quels  arguments  il  la 
fonde. 


LAVAROU  KOZ  A   VREIZ  IZEL 


C'HOUEAC'HVED  STROLLAD. 


472  Ha  droug  ha  mad 
A  denn  d'he  had. 

473  Hevelep  tad,  hevelep  inab  : 
Mab  diouch  tad. 

474  Mah  he  dad  eo  Kadiou, 
Nemet  he  vamm  a  lavarfe  gaou 
Ma  n'ema  he  wenn,  eo  al  iiou. 

475  Merc'h  he  mamm  eo  Kalcl. 

476  Doue  biniget, 
Pebez  torrad  fdipet  ! 
C'hoaz  a  veto 

Mar  chom  ar  fdip  koz  beo. 

477  Doue  biniget, 
Pebez  torrad  fdipet  ! 
Triouec^h  vi  ein  boa  laket, 
Ha  naontek  fdip  an  eu:  bet. 

478  Doue,  mabik,  faskresko  ker  braz 
Hag  ar  belek  as  padczaz  ! 

^1^  Fest  ann  hibil  soun... 

D'ho  iec'hed,  paeroun  ! 

480  Bet  du,  bet  gwenn, 

Pcb  gavr  a  gar  lie  mena. 

48 1  Oad  hag  hcd 

A  laka  ki  d'ar  rcd. 


PROVERBES    ET   DICTONS 

DE  LA  BASSE  BRETAGNE. 


SIXIEME    SERIE. 
I. 


Mal  ou  bien 
De  sa  semence  vient. 
Tel  père,  tel  fils  ; 
Le  fils  d'après  le  père. 
Cadiou  de  son  père  est  le  fils, 
A  moins  que  sa  mère  n'ait  menti  : 
Si  ce  n'est  son  espèce,  c'est  du  moins  sa  couleur. 
Catherine  est  la  fille  de  sa  mère.  (Cette  fille  chasse  de  race. 
Dieu  béni, 
Quelle  nichée  de  moineaux  ! 

Il  y  en  aura  encore 
Si  le  vieux  moineau  reste  en  vie. 

Dieu  béni, 
Quelle  nichée  de  moineaux  ! 
Dix-huit  œufs  j'avais  mis, 
Dix-neuf  moineaux  j'ai  eu. 
Dieu  te  fasse,  cher  enfant,  devenir  aussi  grand 
Que  le  prêtre  qui  t'a  baptisé. 

Festin  de  la  cheville  dressée  ' 

A  votre  santé,  parrain  ! 
Qu'il  soit  noir,  qu'il  soit  blanc, 
Chaque  chèvre  aime  son  chevreau. 
L'âge  et  la  taille 
Rendent  le  chien  propre  à  la  course. 


I.  Se  dit  d'un  repas  de  baptême.  En  suivant  cet  ordre  d'idées  où,  trop  souvent, 
«  Le  breton,  dans  les  mots,  brave  l'honnêteté  » 
ivec  une  indépendance  toute  rabelaisienne,  j'aurais  pu  trouver  matière  à  une  série  nou- 
/elle,  mais  sans  intérêt   pour   la   science.    Cela  étant,  il  m'a  semblé  que,  si  mon  devoir 
;tait  de  ne  dissimuler  aucun  des  côtés  difficiles  de  mon  sujet,  la  déclaration  que  je  viens 
ie  faire  n'avait  pas  besoin  d'être  appuyée  de  preuves  nombreuses. 


î64 

Lavarou.  Koz  a  Vreiz  Izel. 

482 

lac'h  evel  ar  beuz, 

Kemet  mempr  lien  euz. 

483 

E  Uni  da  vad  mar  kar  Doue. 

484 

Pa  deu  lann 

E  teu  he  rann. 

485 

Bars  er  vro 

Meur  a  Van  a  zo. 

486  N'euz  nemet  eur  banne  dour 
E-tre  neat  ha  loudour. 

487  Ar  bugel  a  ra  goah  euz  ar  re  goz 
Ne-d-aio  ked  d'ar  baradoz. 

488  Easoc'k  eo  plcga  plantcn 
Evit  n'eo  displega  gwezen. 

489  0  drouk-ifourna 

E  reer  kornek  ar  bara. 

490  Ober  strakla  he  skorjezik 

Ne  dasîum  kei  kezek  spountik. 

49 1  •  N'e  ket  gand  eskcrn 

E  taper  al  lern. 

492  Ann  hent  hag  ar  zamm  a  zigass  ar  marc'h  cbarz. 

493  Marc'h  a  reud  ouc'h  ar  c'hentrou 
A  ra  gaou  bras  d'hc  gosîou. 

494  Ki  treud, 
Lost  rend. 

495  Ki  skaotet,  hen  euz  aoun  rag  dour  klouar. 

496  Ki  skaotet 

A  dec'h  rag  dour  bervet. 

497  Ar  c'haz  a  vourr  0  logota, 
Hag  ar  c'hi  0  koulineta. 

498  N'e  ket  red  kaout  skeul  d'ar  c'haz 

Evit  paka  logod  pe  raz. 

499  Eun  dra  ha  n'eo  bet  gwcleî  biskoaz, 

Eo  eun  neiz  logod  e  skouarn  eur  c'haz. 

500  Al  logodenn  n'e  deuz  nemet  eun  toull  a  vez  paket  abrcd. 
^01  War-dro  ar  moc'h 

E  vez  soroc'h. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  365 

482  Sain  comme  buis 

Dans  tous  les  membres  qu'il  a. 
48?  A  bien  il  viendra  s'il  plaît  à  Dieu. 

484  Quand  vient  Jean 

Son  morceau  de  pain  l'accompagne.  'Les  enfants  ont  toujours  faim.) 

485  Dans  le  pays 

Il  y  a  plus  d'une  Marie.  (Il  y  a  plus  d'un  âne  à  la  foire  qui  s'appelle 
Martin.) 

486  II  n'y  a  qu'une  goutte  d'eau 
Entre  le  propre  et  le  sale. 

487  Enfant  qui  vieillard  raillera 
Au  paradis  point  n'entrera. 

^88  II  est  plus  facile  de  ployer  l'arbrisseau 

Que  de  déployer  (redresser)  l'arbre. 
^89  A  mal  enfourner, 

On  fait  les  pains  cornus. 
^90  Faire  claquer  son  fouet 

Ne  rassemble  point  les  chevaux  peureux, 
joi  Ce  n'est  avec  des  os 

Qu'on  attrape  renards. 
192         Le  chemin  et  le  fardeau  ont  raison  du  cheval. 
^9^  Cheval  qui  se  cabre  sous  l'éperon 

A  ses  côtes  porte  dommage. 
^94  Chien  maigre, 

Queue  raide. 
^95  Chien  échaudé  a  peur  de  l'eau  tiède. 

\Ç)6  Chien  échaudé 

Fuit  l'eau  bouillante. 
Le  chat  aime  à  chasser  souris 
Et  le  chien  à  chasser  lapin. 
Il  ne  faut  point  d'échelle  au  chat 
Pour  attraper  souris  ou  rat. 
Une  chose  que  l'on  n'a  jamais  vue, 
C'est  un  nid  de  souris  dans  l'oreille  d'un  chat. 
Souris  qui  n'a  qu'un  trou  est  tôt  prise. 
Où  sont  cochons, 
Sont  grognons. 


^66  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

502  Alanik  '  potrar  ir, 

Poîr  ar  merc'hct  mar-d-c  gwir. 

505  Ar  broc' h  a  doull  ann  douar 

Hag  Alanik  a  grog  ar  iar. 


II. 


504 

Pe  pa  ve  ar  bleun  er  balann, 
Pe  pa  ve  ar  bleun  el  lann, 

A  garez  muia  da  vamm  ? 

S05 

Karantez  c'hoar 
Breur  na  oar. 

506 

Eur  mignoun  mad  a  zo  gwelloc'h  evit  kar 

507 

Ar  c'hlask  a  zofrank, 
Ar  c'haout  n'e  ket  sîank. 

508 

Eun  amezek  mad  a  zo  gwell 
Evit  na  e  kerent  a-bell. 

509 

Bugale  ar  c'hefnianîed 

Gwasa  kerend  a  zo  er  bed, 
Ha  gwella  ma  vent  dimezed. 

5 10  Evit  plijout  d'ann  holl 
Eo  dleet  beza  fur  ha  joli. 

5 1 1  Ne-d-eaz  ked  a  enebourien  vihan. 

5 12  Ann  er  a  dec'li  rag  al  laouenanik. 

5 1  j  Da  heul  ar  bleiz  ne-d-a  ked  ann  oan. 

514  Ar  c'hi  hag  ar  c'haz, 
Mignouned  warc'hoaz. 

5 1 5  Gwaz  eo  ar  vevenn 
Egedar  vezerenn. 

516  Arabad  eo  lakad  pensel  burel  oud  limestra. 

517  Dibaot  bugel  a  heul  tud  sod 
Euz  ho  sotoni  na  zesk  lod. 

518  Lec'h  ma  staoî  eur  c'hi, 
E  staot  daou,  tri. 

j  19  Mar  grit  ho  îanvad  e  viot  touzet. 

I.  Alanic  est,  en  même  temps  que  le  nom  cyclique  du  Renard,  un  nom  propre  tré 
répandu  en  Bretagne,  tant  comme  nom  de  baptême  que  comme  nom  de  famille. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  36/ 

02  Alanic,  l'engeôleur  de  poules, 

L'engeôleur  de  filles  si  l'on  dit  vrai. 
33  Le  blaireau  creuse  la  terre 

Et  le  renard  croque  la  poule. 

II. 

04  Est-ce,  quand  la  fleur  est  sur  le  genêt, 
Ou  quand  la  fleur  est  sur  la  lande  ', 
Que  tu  aimes  le  mieux  ta  mère  ? 

05  L'amour  d'une  sœur, 
Un  frère  ne  le  connaît. 

06  Un  bon  ami  vaut  mieux  qu'un  parent. 

07  Chercher  est  le  propre  de  tous, 
Trouver  n'est  pas  chose  commune. 

08  Mieux  vaut  bon  voisin 
Que  parents  éloignés. 

09  Enfants  de  cousins  éloignés 

Les  plus  mauvais  parents  du  monde, 
Et  les  meilleurs  si  on  les  épouse. 

10  Pour  plaire  à  tous 

Il  faut  être  sage  et  fou. 

1 1  Point  de  petits  ennemis. 

12  L'aigle  fuit  devant  le  roitelet. 
15        A  la  suite  du  loup  ne  marche  point  l'agneau. 

14  Chien  et  chat, 

C'est  demain  qu'ils  seront  amis. 

1 5  La  lisière  est  pire 
Que  le  drap. 

16  II  ne  faut  mettre  pièce  de  bure  à  drap  violet.  Hlne  faut  pas  assem- 

bler deux  choses  dont  l'une  est  grossière  et  l'autre  précieuse.) 

17  II  est  rare  l'enfant  qui  fréquentant  des  sots 
De  leur  sottise  ne  retienne  quelque  chose. 

18  Où  pisse  un  chien. 
Deux,  trois  pissent  aussi. 

19  Si  vous  faites  la  brebis,  on  vous  tondra. 

I.  La  fleur  du  genêt  passe  et  ne  vit  qu'une  saison  ;  mais  la  lande,   nom  vulgaire  de 
ijonc,  est  toujours  en  fleur. 


ùM^ 


^68  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

520  N'e  ket  awalc'h  staota  er  pinsin 
Ha  mont  er-meaz  da  c'hoarzin. 

521  Ann  diaoul  war  ar  c'hravaz, 
Nec'het  braz  lien  em  gavaz. 

522  Morse  ki  klanv  na  vev  pell. 

52}  'Nn  hini  vez  sod  laouankik-f.amm 

En  eur  gosaat  nafura  tamm. 
524  Seul  gosoc'h, 

Seul  zoîoc'h. 
5  2  5  Nep  a  zo  sod  a  zonj  d^ezhan 

Eo  sotoc'h  ann  holl  eget-han. 

526  Ann  drezen  a  daou  benneg 
A  ziskar  al  lavienneg. 

527  Nep  a  gouez  hen  deveuz  lamm  ; 
Pa  dorr  lie  dhar  e  vez  kamm. 

528  Koms  gand  eur  zod,  red  eo  gwelloc'h 
Rei  flour  gwiniz  d'ar  moc'h. 

529  Brao  awalc^h  eo  laret  pa  veer  pell  euz  ar  hec'h, 
Berroc'h  a  ve  ann  teod  pa  veer  war  al  lec'h. 

5  jo  Briz-diod,  liag  a  oar  teveU 

Ouz  eun  den  fur  a  zo  hevel. 

5  j  I  Kaoz  ann  arabaduz 

A  zo  lilr  ha  paduz. 

5  j  2  Euz  ar  sac'h  na  heller  îenna 

Nemet  ar  pez  a  ve  en-ha. 
5  5  3  Maro  eo  lann  al  Leue,  hogen  kals  a  hered  hen  euz 

ni. 

534  lann  banezenn, 

lann  ar  peul, 
lann  ioud, 
lann  laou, 
lan  ar  seac'h, 
lann  frank-he-c'houzouk, 
lann  lip-he-werenn, 
lann  ar  niadigou, 
lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kountant. 


î5i 

dafulan  fod  pedair  ni  chyrclian  at 
neb,  pump  in  hydan  gyreidiol  vn  am- 
ser,  a  phump  ni  bydant  fyth  gyrchfau. 
Maneguch  belach  pa  les  syd  er  gyy- 
bod  yrhain  igyd.  Cr.  Y  gyrchfa  ne'r 
yreidiol  a  dengys  yn  fynych  synuyr 
rhyy  ressum,  a  pha'mser  y  byd  gair  yn 
henuedigaul  i'r  ferf,  pamser  yn  achu- 
siad  ne'n  derbyniaul;  mal  e  drauod 
gvr,  homo  percussit,  e  drauod  ur,  per- 
cussit  honiinem.  Ag  yeithiau  e  dengys 
y  genedl,  gyr  glan,  mardi  penyyn,  ych 
corniog,  gyraig  lan,  casseg  benyen  bii- 
uch  gorniog.  Pà  roder  heny  gyan  ba- 
nyu  i  ganlay  ar  ol  i  ganlay  yn  nessaf, 
i  yreidiayl  cf  a  dyn  at  gyrchfa  o,  os 
byd  y  ganlay  o  rif  vnig.  Eithr  os  gu- 
ryy  fyd  i  ganlay,  ne  liossayg,  ni  sylf  y 
yreidiol  fal,  merch  deg,  gyr  teg,  mer- 
ched  teg.  Vrth  y  cyrchfau  hyn  y  mae 
G        ij        ini 


jcdli  jL^v^ 

Jean  Fil-et-Laine  (l'hypocrite), 

Jean  Couvre-Pot  le  mari  complaisant), 

Jeannot  Content  'le  mari  trompé). 


369 


Rei>.  ait.  Il 


25 


$24 

525 


528 
529 


5^ 


534 


52 


?68 
520 

521 

ini    roi    rheoledigaethau     ;    g^trayei 
522  ag  i  doedyd  i  geiriau  cymreig  yn  gyi 

5^5  ghordiayl    ag   yn   dilediaith.   Ar  neb 

fettro  gyfieu  pob  cyrchiaul  a  chyrcli 
yn  i  dyledus  le,  a  eil  doedyd  fod  genti 
y  peth  clettaf  a  rhcitiaf  yrtho  yn  y  g] 
-strau'mth   gymreig.    Mo.    Oes  vn   gy\^ 

526  chfa  i  fogail  ne  i  diphdong  pâ  fo  ga^ 
yn  dechrau   ag   vn  onynhyy.    Gr.    Nû 

527  oes  dim,  ctto  pan  fo  henu  a  bogail  1 
diphdong  yn  yraid  ido,  e  roir  h,  oi  b. 
en  pan  el.  i,  y  rhaghenii  banyy  perchi 
gaiil,  ne  yn,  syd  yn  aryydhau  noster  i 
ladin;  oi  flaen  ef,  mal,  aelyyd,  i  haeli 

r-j^Q  yd  hi,  yn  haelyyd  ni,  annerch,  i  han 

nerch  hi,  yn  hannerchni. 

5  ?' 

Silafi<tth  .s.  y  phord  syd  i  yneuthiir  sila 

. ,  2  Z"^"  (^  gy^^vUy  y  lythrennau.  Cap.  6. 

Mo.    Mae'n   fadys    belach    iych    son    ai 
y  sila- 


\ 


lann  ar  madigou, 
lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kountant. 


53 


î  y  s'il af au  a'r  geiriau.   Canis  hyn  oed  y 

\  pumed  peîh  a'  doussoch   i  fanegi  yng- 

I  hylch    yr    iaunscrijmydldth.     Gr.    Rhy 

\  fachgennaid  un  yma  son  pa  fod  y  gy- 

f  nair  pob  silaf  megis  meijn  aguydor. 

1  Digon  in  grybyyl  pynciau  anayd  i  gy 

\  ybod,  a  pherthnassayl  hefyd  at  y   rhan 

yma  i  ramadeg.  E  yyr  payb  y  byd  me- 

;  un  silaf  yeithiau  vn  lyihyren,  mal  a,  e, 

i,  arc.  yeithiau  dyy,  megis  ab,  ai,  bo  :  ue 

r  thiau  dair,   fal  tir,  yeithiau  bedair,  i- 

fal   trum,    tair.     yeithiau    bump.     mal 

trump.  ymbel    yaith   chyech,  fal  gyra- 

ig,  gynair,  gunaeth.  ag  meyn  rhy  y  vn 

saith,    fal    trympls.    Mo.    Beth    a    doe- 

duchyi  fely  am  y  silafau  syd  galed  ag 

anhepcor  i  vn  a  fynnai  gael  dysc  i  scri- 

fennu    brutaniaeth    yn    gylfydayl.    Gr. 

Yn  gyntaf  da  oed  edrych  pa  fod  yr'  scri 

fenmr   silafau  trymion    ag   yscafn,   fal 

yca- 


369 


Jean  Fil-et-Laine  (l'hypocrite), 
Jean  Couvre-Pot  ile  mari  complaisant), 
Jeannot  Content  'le  mari  trompé). 
Rev.  Celt.  Il  25 


368 

520 
521 


522 
523 


524 


H2 


U 


y  capher  gijybod  urth  i,  scrifenniad  / 
vn  syi  drom  a  pha  vn  syd  yscafn.  T\ 
yu  pob  silaf  y  bo  grym  dyy  gyssain  t 
vn  fath  ar  ol  bogail  yndi,  mal  ca, 
phlamm,  tonn,  diill,  guenn.  a'r  silaf c 

525  yma  a  laferir  yn  lym  ag  yn  grun.  Ysi 
fn  fyd  y  silaf  a  fo  nerth  vn  gyssain  < 

526  ol  bogail  yndi,  ai  lafar  lii  sy4  hirlae 
mal  phram,   car,  dol,  gyen.   Mo.  Mi 

'   '  er  mod  yr  scrifennir  silaf  drom  yn  ge 

^  fyd?  Gr.   Rhai  a  fynnant  dybblu  'r  1' 

■gyssain,  fal  tann,  lann.  Eithr  hyn  s) 
C2C)  yrthan  a  rheir,  hefyd  anhard  y  11  gy^ 

led  dyy  o'r  vnrhyy  gysseimaid  yniyi\ 
530  gair.  Am  hynny  rhai  a  fyn  nad  yscr\ 

fenner  ond  vn  gyssain  inniued  gai\ 
5  5'  a  gadel  i  bayb  yrth  i  glust  ag  arfer  v 

bod  pab'ryd  y  bo'r  silaf  yn   drom  ne'; 

yscafn.  ond  mae  hyn  yn  rhy  amherphi\ 

ith  yn  y  frutaniaith,  syd  0  naturtâ^ 
mor 


534 


lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kounîant. 


I— >- ■ —    '-'     ■'■'"  *       ''  1     Ml    II    Irf^ 

369 

mor  launlythyr  ag  eithoed  erail. 
Fihai  erail  a  rodant  deitl  nail  ai  uu- 
ch  ben  y  gyssain  ne'n  i  hystlys,  yn  yir 
maen  anhai/d  cymryd  vn  phord  dref 
nus  oi  chadu  ymhob  le.  Mo.  Doedych 
pessaijl  cyssain  a  eil,yn  yr  vn  silaf,  uas- 
neuthu,  i  fogail,  0  rhyn  muyaf.  Gr. 
Dyy  oi  blaen  hi,  ag  yeitlnau  ar  i  hol 
hi  bedair,  mal  trumpls  ;  veithie  dair 
mal  cylir,  yn  fynych  dyy,  mal  tant, 
parc,  meidr,  meigr,  cypl,  anadl.  A 
phan  fo'n  canlhyn  bogail  ne  diphdôg 
fud  a  thayd  ynghyd,  megis  meyn  lei- 
dr,  a'r  silaf  au  vchod,  ef  a  eluir  y  sila- 
fau  hynny ,  yn  silaf  au  cedyrn.  Mo. 
Oni  bydai  orau  rodi,  y,  ag  yeithiau  y, 
rhung  y  fud  ar  dayd  mal  leidyr,  mei- 
gyr,  meidyr.^  pyyntyl,  cypyl,  trymplys. 
Gr.  Na  orau  dim  :  canys  nid  yy'r  gei- 
riau  y  ma  ond  vn  silafog.  Eithr  pan 
fon 


Jean  Les  Bonbons  (l'engeôleur), 
Jean  Fil-et-Laine  (Phypocrite), 
Jean  Couvre-Pot  le  mari  complaisant), 
Jeannot  Content  (le  mari  trompé). 
Rev.  Celt.  Il  2C 


^68 

J20 
521 


522 

523 
524 
525 


528 
529 
53© 


532 
5Î3 


534 


56 


fon  dausilafog,  rhaid  yu  rhoi  vn  o' 
bogeiliaid  rhyngthynî  mal  trestel,  ni 
îrestl.  Mo.  Pa  fod  y  cair  guybod  p. 
bryd  y  maèî  vnsilafog,  pa  bryd  yn  du 
silaf.  Gr.  Pe  rhoid  silaf  at  diued  y  gai 
e  velid  hynny  yn  eglurach,  canys  am 
lyccach  fyd  sain  bogail  ynghanol  gair 

526  ^  "og  yn  y  silaf  diu£thaf.   îrestelau  chu 

dl  chyedlau,   jeidr  ladron,  cupl  cyplau 

527  Pe  biassai'r  cyntaf  yn  duy  silaf,  e  fu 
assai  'r  ail  ymhob  vn  yn  dair,  am  ro 
silaf  0  ystyn  yndo.  Fely  euythr,  dyy  sila 
euythryd  tair  silaf,  hefyd  dieiîhr  diel 
thred.  Pe  biassai  y;  0  flaen;  r,  ne  l,  cyi 
ystyn  y  gair.  e  fuassai  yn  yr  a  ildiuat- 
thafar  ol  i  ystyn  ef.  ond  rhaid  y u  ymd 

531  ^'^^''0   odiurth  yrhain,    lythr,   vn    sila- 

fog;  lythryren,   tair  silaf,  Mo.  Pan  rO 
der  silaf  yn  darn  at  obenydiad  gair,  a 
àrig  y  fogail  ne'r  diphdong  oed  yn  y  di 
uaeth 


lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kountant. 


57^ 


uaethaf  o'r  blaen,  yn  yr  alldiyaethaj 
•pan  ystynner  y  gair  mal  y  gyelaf  yn 
yrhain  y  ma,  anuedig  anuedigaul ,  tre- 
stel,  trestelaa?  Gr.  Na  fyd  dim  ca- 
nys  bogelliaid  a  diphdengiaid  a  gair 
y  fynych  meyn  silaf  diuaethaf.  Ond 
pan  el  honno  mth  ystyn  y  gair  yn  ail 
diyaethaf,  nhyy  a  neyidian  yn  y  mod 
sy'n  canlhyn.  i,  o  flaen  g,  yn  y,  fal  dir- 
mig  dirmygu,  benthig  benthigiay  etto 
pob  cyfranniad  yn  dig,  a  geidy  i,  mal 
caredig,  caredigion,  ar  henu  bonedig 
bonhedigaid.  y,  a  droir  yn;  y,  mal  golyg 
golygon,  dry  g  drygyas,  dyfn  dyfnder, 
manul  manylach.  Eithr  pan  del;  y,  o 
flaen.  r,  heb  gyssain  yn  nessaf  ar  ihol  hi 
a  daring  yn  yr  aildiyaethaf,  mal  by- 
ru  byriayd,  gyr  gyrol  ;  fely  ei  cair  hi 
yn  yr  aildiyaethaf  os  byd.  u,  sengl,  yn  y 
■diyaethaf,  mydyl  mynygl.  Ond  ynhyy 
H  igyd 


Jean  Les  Bonbons  (l'engeôleur), 
Jean  Fii-et-Laine  (l'hypocrite), 
Jean  Couvre-Pot  île  mari  complaisant), 
Jeannot  Content  [le  mari  trompé) . 
Rcv.  Celt.  Il 


2$ 


524 
525 


?68 

$20 

.58' 

$21 

igyd  a  droir  yn  :  y,  pan  ystynner  y  geiri- 

522  au  hyn  nés  bod  bogail  aral  yn  y  pcn  di- 

52?  yaeîhaf,  mynygluen,  mydylu,    cyplyssu. 

Os  byd  cyssain  ar  ol.   r,  yeithiau  ni  sylf 

u,  dyrd  dyrdiau,  tyrstan.  Ond  fynych- 

af  hi  a  dry   yn  y,   mal  dyrn  dyrnod, 

turf  tyrfa,  yy  diphdong  afroyiog  a  dro 

^26  '''  y^   y    ^CLnnoed   hyn   yn    y,    dedyyd 

dedyduch,  gyinyyd  gyinyden,  diyyd  diy 

527  dryyd.  Yy  yn  oy,  mol  byy  boyiayg,  rhyy 
rhoyiog  clyy  cloyed.  Ond  mae,  r  lyfrau 

528  hen  yn  dal  yn  yestad  er  ysîyn  y  gair, 
mal  byy,  byyiayl.  etto  gyel  i  ni  galyn  yr 

'   ^  cirfer  syd  ymysc   y  bobl  yn  hamser  ni. 

Ay  yn  oy  ;  rhoyiayg  rhoyioygryyd,  ne 

yn  0,  mal  tlayd  îlodi.  Ai,  yn;  ei,  mal  ga- 
f7i  ir,  geiriau,   tail  teilo,  ligaid  lygeidiog, 

iaith  ieithoed.  Au,  yn  eu,  mal  dau  deu 
532  deg  aur,  eurayg,  euraid.  Y  gaiedig  yn,  y 

agored  mal  dyd  dydiau,  phyd  phydlon, 
5  5  ^  beu- 


5M 


Sl^ 


lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kountant. 


369 


59 


beanyd  beunydayl.  Arhain  a  elir  i  ga 
lu  bogeiliaid  ne  diphdongiaid  goben- 
nydgar,  am  na  fynnant  fan  yn  y  byd 
ond  y  silaf  diyaethaf  odieithr  yn  an- 
fynych  iaun.  Mo.  Doedych  cyn  yma- 
do  ar  silafau,  pessayl  bogail  a  eil  fod 
fyyaf  meyn  vn  silaf.  Gr.  Tair,  mal 
iaith,  iayn,  gyaith,  gyayd,  gyan,  chy- 
aer  arc.  le  bo  diphdong  royiog  dylyna- 
ul  meyn  diphdong  afroyiog.  Mo.  oni 
byd  tair  bogail  meyn  silaf  odieithr 
bod  diphd.  afroyiog  yndi?  Gr.  Byd  yei- 
thiau,  pan  del  l,  n,  ne'r,  ar  oL  u;  ne  y,  a 
diphdong  royiog  yn  i  canlhyn  mal  ty- 
laud,  er  bod  yn  i'  scrifennu  ef  yeithiau 
tlayd,  gynnaeth  gyneuthum,  gyraig, 
gyraid.  yrydys  yn  todi  gammyyaf  y,  ag 
y,  ag  yn  rhodi  'r  accê  a'r  lafar  ir  diph- 
dong sy  ar  ol  y  lythyren  dayd.  Mo.  A 
eil  cyssain  ar  i  phen  ihun  yneuthur 
H      ij     dim 


se 


Jean  Les  Bonbons  (l'engeôléur), 
Jean  Fil-et-Laine  (l'hypocrite) , 
Jean  Couvre-Pot  le  mari  complaisant), 
Jeannot  Content  (le  mari  trompé). 

Rev.  Celt.  II 

2$ 


5^°  60 


5 

522 


527 


dim   vn    amser  ?  Gr.    Gell ,    ueiîhiau  hi 
a  fyd  tros  rif,  mal.  i.  îros  vn.  v.  îros  bu- 
^2j  mp,  X.  tros  deg,  l.  tros  deg  a  deugain.  c. 

tros  gant.  M.  tros  fil.   D.  tros  bumcât. 

524  Amser  aral   hi  a  fyd.   ond  i'  scrifennu 
yn   benrheithiaul   dros  henu   gyr,  ne   le 

525  mal.  H.  uythfed.  E.  y  chyeched.  Caer.  l. 
caer.  l.  H.  tros  Harri  E.  tros  Edyart.  l . 

'  yn  le  leon,  l.   tros  lud,  etto  ni  yasnaetha 

arfer  mo  hyn,  ond  pan  fo'r  henu  hyn- 
ny  yn  hynod  yn  y  cyfle  y  byther  yn  i'  scri 

.28  fennu  ef.  fely  e  fydir  yeithiau  yn  rhodi 

s.  gyphredin  tros,  ys  ef  yy.  Mo.  Belach 

529  e  darfu  iych  son  am  y  pum  peth  a'  do- 

yssoch   yrth   dechrau.    Oes  dim   anghen 

5  5^  rhaid   i  iaynscrifynydi<zth,    heb  nai  a- 

do  nai  fanegi  ?  Gr.  Oes  yn  gyntaf  dim 
y   tair  accen,  ycdi  hynny   gyahaniadau 

ç-2  'madrod;  yn  drydyd  da  oed  fanegi  pa- 

fod  y  dieithir  o4iyrth  y  phord  fayr  fy- 

5Î3  ^ychaf 


534 


53 


I 


lann  pilpouz, 
lann  goto  pod, 
lannik  kountani. 


j69 


6i 


nychaj  i  thramuy^  a  hynny  urîh  phu- 
gr.  Achid  a  hynny  son  am  y  gy^ilafi^th 
iaun  a  îhrefnus.  Mo.  Ynghylch  accè 
pessayl  peth  syd  raid  i'  styriau?  Cr. 
Tri  pheth,  yn  gyntaf  i  hennuae,  yn  ol 
hynny  i  luniau,  yn  diuaethaf  suyd,  a 
gain,  a  chyfle  pob  vn.  Mo.  Doedychy 
ithau  pa  fod  y  geluyr  nhyy?  Gr.  Ac 
cen,  ne  don  a  eluir  nail  ai  dyrchafedig 
dyrchajiaul,  lem  :  ynîaa  dyscynedig  dy- 
scynianaul,  pyl,  trum  ;  ne  amgylchedig, 
amgylchayl,  cymhedrol ,  hirlaes.  Mo. 
Mi  a  yelaf  fod  ir  accen  lem  dri  heny 
a  phedyar  ir  accen  byl,  achimint  a- 
ral  ir  gymhedrol,  mae  belach  y  lun- 
niau  syd  i  bob  vn  o  honynt.  Gr.  Lun 
accen  lem  y  y  guialennig  uych  ben  bo- 
gail  ne  diphdong  yn  codi  tu  ar  lay  àe- 
au,  mal  â.é.  i.  ù.y' .  ô.uy  arc.  Lun  accen 
byl  syd  yyrîhyyneb  i  hon  yn  gostyng  ar 


Jean  Les  Bonbons  (l'engeôleur), 
Jean  Fil-et-Laine  (l'hypocrite) , 
Jean  Couvre-Pot  le  mari  complaisant), 
Jeannot  Content  .le  mari  trompé). 

Rev.  Celt.  11 


13^ 

5^°  6z. 


521 
522 


526 
527 


53' 


y  [au  deau,  mal.  à.  è.  ï.  à.  à.  Lan  accen 
gymhedrol  a  unair  0  gyssulî  y  dyy  y  ma 
^27  y^ë^yd,  mal.  a.  ai.  au.  tan,  lain.  Mo. 

Mae  syyd    a    chyfle  pob  accen,  oblegid 

524  mae  hynny  och  adeiii4  chijy  yn  oU  Gr. 
Syyd  y  km  yy  dyrchafu  a  chodi  y  silaf 

525  y  bo  uych  i  phen  yn  grassach  i  lais  nor 
lail,  mal  digon  pennod,  gyaefî,  dydi. 
Suyd  y  byl  yy  gostyngyn  issel  lafar  y  si- 
laf y  bo  uych  i  phen  yn  is  i  lais  nog  un 
a  fai  km  i  haccen,  mal  y  gyelych  yn  y 

08  silaf  au  y  ma,  digon,  issel.  Ar  gymhedrol 

syd  yn  péri  i'r  silaf  danihi  fod  yn  uch 

529  el  ag  yn  hirlaes  i  lafar  mal  tan,  gyn- 

aeth,  glan  :  a  phob  gair  vnsilafog  y  ho 

5  3^  diphdong  royiog  yndo,  ne  fogail  ysca- 

fn.  s.  heb  rym  dyy  gyssain  ar  i  hol,  mal 
phram,  dol,  arc.  Yr  accen  byl  a  fyd  ym 
hob  le  ni  bo  yr  un  0,  r  duy  erail ,  er  nad 
yscrifennir  dim  boni    vn   amser,   etto  i 

SU  êrym 


534 


lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kountant. 


j69 


M 


^grym  hi  afyd  y  no,  am  nad  ydys  yn  dyr- 
chafu  y  cyfriu  silafau.  Y  du  y  erail  a 
fydant  yn  vnig  ar  vn  o'r  dyy  diuae- 
thaf,  mal  difai  didaun,  myfi,  myfy,  di 
fai,  guaethaf.  Pà  goder  diphd.  rouiog 
yn  uych  no'r  lad,  cymhedrol  fyd  yr  ac 
cen ,  mal  difai,  didaun,  phraethder. 
ond  os  bogail  sengl  a  dyrchefir  meun 
gair  amlsilafog  yn  yr  aildiuaeîhaf 
heb  phael  lem  fyd  yr  accè,  mal  iyrchod 
lundain,  kryerth,  siarad.  Veitliiau . 
yn  y  diyaeîhaf  e  fyd  accen  gymhe- 
drol  uych  ben  bogail  sengl,  mal  tan, 
gyiylan  ne  yiylan.  Mo.  Pa  fod  y  ge- 
lyir  y  geiriau  syd  ag  accen  lem  ar  i 
diyaeîhaf?  Gr.  Geiriau  blaenlymiô, 
ag  os  y  lem  a  fyd  ar  yr  ail  diyaeîhaf  ; 
ail  flaen  lym  yu'r  gair.  Yrun  phunyd 
y  gelyir  hyynt.  blaengymhedrol,  ne  fla- 
embyl,  ag  ail  gymhedrol  ne  eilbyl  pan 
fo*r 


Jean  Les  Bonbons  (l'engeôleur), 
Jean  Fil-et-Laine  (l'hypocrite), 
Jean  Couvre-Pot  ie  mari  complaisant), 
Jeannot  Content  le  mari  trompé). 

Rev.  Celt.  II 


526 
527 


64 


520 

521 

fo'r  accennaii  yma  uych   ben   y    cyfriu 

C22  silafau.     Mo.     Ai     rhaid     yscrifennu 

^25  'rhain  uuch  ben  pob   silaf  y    damuei- 

niant  idi,  megis  canyyt.  Gr.  Nid  rha- 

$24  id  fyth   scrifennu  mo'r    bul,   ond  bury 

i  bod  hi  le  nid  oes  yrun  o'r  lait ,  ag  nid 

^^'  guiy     chuaiîh     scrifennu     bob      amser 

mo'r  lail.  Digon  yy  gyybod  mae  accen 
lem  syd  i'r  silaf  a  dyrchafer  yn  fein- 
gras,  a  chymhedrol  i  honno  a  goder 
.   yn  hirlaes.  eîto  os  byde  vn  gair  a  elid  i 

528  4^alt  amryy  phyrd,  da  oed  scrifen- 
nu 'r  accen  i  dynnu  'r  petruster  ynia- 

529  ith  os  gelyd,  mal  tâl,  tal,  cùl,  cul. 
Mo.  Digon  yy  hyn  am  yr  accennau  : 
moessych  gloyed  peth  ynghylch  gya- 
haniadau  'madrod. 

552 
SU 


5H 


lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kountanî. 


369 


65 


Vyîh  aryyd  guahanuth  y'  madrod. 
Cap.  7. 
GR.  Mae  tu  ag  yyth  0  aruydion  i  iaun 
yahana'  madrod,  a  elyir  fal  hyn  :  per- 
pheithnod  gyhannod,  rhagyahannod, 
gofynnod ,  dieithrsang ,  anorphennod, 
scyîhrnod,  didolnod.  Mo.  Beth  yy  poh 
vn  ohonyn?  Gr.  Perpheithnod  a'  scri- 
fenir  fal  hynn,.  ag  syd  aruyd  yneuthur 
pcn  ar  ressym  perphaith.  Gyahannod 
a  unair  0  dau  deitl  mal.  :  ag  a  dengys 
ressum  megis  hanner  perphaith.  Rha 
gyahânod  syd  o'r,  fath  yma,  yn  aryy- 
do  bod  yn  y  le  hynny  yahà,  ond  amher 
pliait  h.  Ar  tri  a  elir  i  yeled  yn  y  pênil 
\ma,  Ti  yy'r  gyan,  tay  ar  y  guir  :  arri- 
an  da  a  yrandeyir.  Gofynnod  syd  a'r 
luniau  yma  ido,?  Yn  aryydhau  fod  yn 
gofyn  rhyy  beth  yrth  y  clays  hynny, 
mal  yn  y  pennil  hyn.  Pie  try  liediu,  pla- 
I  id 


-b—Zj 


Jean  Les  Bonbons  (l'engeôleur), 
Jean  Fil-et-Laine  (l'hypocrite), 
Jean  Couvre-Pot  le  mari  complaisant), 
Jeannot  Content  fie  mari  trompé). 


se 


Rev.  Celt.  II 


2$ 


525 


529 


66 


Vi^ 


?68 
520  ' 

521 

id  rhodion,  preseb  sais  heb  Rys  ah  siô  / 

522  Dieithrsang     a'scrifennir     a'r     deunod 

^^5  yma  {        ).  i  duyn  ar  dealt  fod  y  claus 

syd  rhiing  y  rhain  megis  pet  h  dieithr 
524  j ••  • 

yedi  i  sengi  yna,  heb  fod  yn  angenrha- 

id  i  gyfloyni  synuyr  yr  ymadrod  hono, 

mal  yma,  blaid  ag  oê  [ble  'da  gyànm) 

$26  y^iyy  4au  aen   gynt  i  dur.    Anorphen- 

nod  a    lunnijr  falhyn,  ynnuied  lin   ne 

527  rw  /  rybudio  fod  y  gair  yn   anorphen 

y  no,  a  bod  y  darn  aral  ynnechrau'r  lin 

^^^  'lyn  canlhyn.    Scyrthnod    a    ynair  dyy 

phord,  yeithiau  ai  gyrn  tu  ar  lay  de- 
au,  mal'  yeithiau  aral  tu  a'r  lay  assai 

530  '"^''-  y^^^  y  "0^  y^^  yr  yspissir  fod 

yedi  scythru  a  thorri  ymaith  fogail  ne 
551  ^iphdôg,  nail  ai  i  ochel  drygsain  yntay 

i  achub  messur  meyn  pennil.  Odid  ido 
'>^^  fod  ynunle  ond  pan  del  dyy  fogail  yn- 

ghyd,  un  ynniyed  gair,  a'r  lai  ymechra 
u'r 


534 


lann  pilpouz, 
lann  golo  pod, 
lannik  kountant. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  569 

Ce  n'est  pas  le  tout  de  pisser  au  bénitier 
Et  de  sortir  pour  rire.  (Il  faut  répondre  de  ses  actes.) 
Etendu  sur  un  brancard  le  diable 
Grandement  chagriné  se  trouva. 
Jamais  chien  enragé  ne  vit  longtemps. 
Quiconque  est  sot  dans  sa  prime  jeunesse, 
En  vieillissant  sage  ne  devient. 
Tant  plus  vieux, 
Tant  plus  bête. 
Tout  sot  se  dit  intérieurement 
Qu'il  a  plus  d'esprit  que  tout  le  monde. 
La  ronce  à  deux  têtes 
Fait  faire  la  culbute  au  déhanché. 
Qui  tombe  fait  un  saut  ; 
S'il  casse  sa  jambe  boiteux  il  reste. 
Mieux  vaut  que  parler  à  un  sot 
Donner  fleur  de  froment  au  pourceau. 
Il  fait  beau  dire  assez  quand  du  faix  on  est  loin, 
L'avez-vous  sous  la  main,  plus  courte  est  votre  langue. 
Sot  qui  sait  garder  le  silence 
D'un  homme  sage  a  l'apparence. 
La  conversation  du  diseur  de  riens 
Est  longue  et  semble  sans  fin. 
D'un  sac  on  ne  peut  tirer 
Que  ce  qu'il  y  a  dedans. 
Jean  Le  Veau  est  mort,  mais  beaucoup  d'héritiers  il  laisse  : 


Jean  (bête  comme  un)  panais, 
Jean  Pieu  (le  niais), 
Jean  Bouillie  (l'imibécile'j, 
Jean  Les  Poux  (le  malpropre), 
Jean  Sec  (l'avare), 

Jean  Large-Gorge  (le  grand  buveur), 
Jean  Lèche-verre  (l'ivrogne), 
Jean  Les  Bonbons  (l'engeôleur), 
Jean  Fil-et-Laine  (l'hypocrite), 
Jean  Couvre-Pot  le  mari  complaisant!, 
Jeannot  Content   le  mari  trompé). 
Rev.  Celt.  II  25 


370  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

5  3  5  Chom  da  zellet  oc'h  ann  oabi  o  tremen. 

536  Pa  vez  deut  ar  c'haz  d'ar  raz  ne  ouzont  ober  netra. 

5  37  Lakaaî  he  zourn  en  he  zisheol. 

538  Madha  bahan 
N'int  ket  unan. 

5  39  Lakaat  ann  tamm  e-kichenn  ann  toull. 

540  Slaga  kezek  oc' h  lost  ar  char. 

$4'  Lakaat  lost  ar  c'har  araok. 

$42  l<lask  ar  marc'li  0  veza  war  he  gein. 

545  Eur  penn-glaouik  eo. 

544  Klask  viou.  en  neiziou  warlene. 

545  Beza  warlerc'h  ar  mare  0  pesketa. 

546  Coude  dale 
E  ranker  baie. 

547  Pell  eman  lann  euz  he  gazek. 

548  Kaout  eul  loden  e  parg  ar  Briz  K 

549  Eun  troad  leue  a  zo  en  he  voutou. 
5  50  Hennez  'n  euz  paret  al  loar  'n  he  c'heno. 

IV. 
5  5 1  Rei  kaol  d'ar  clmvr. 

5  5  2  Ober  he  fistoulik  d'he  vestr. 

5  5  3  Fistoulat  he  lost  e  peb  leac'h. 

554  Ober  ann  danvad. 

5  5  5  Digarez  ober  al  leue. 

5  56  Servija  ar  zant  diwar  he  goust. 

5  57  Rei  treujou  e-leac'h  brankou 

D'ann  hini  'zo  bras  awalc'h  he  c'hinou. 

558  Liva  geier. 

559  Leuskel  gedon  da  redek^.  ! 

1.  Briz  ou  Bris  est  à  la  fois  un  nom  de  famille  et  un  adjectif  breton  qui,  à  la  signi- 
fication de  tacheté,  bigarré,  la  seule  qu'il  ait  gardée,  a  dû  joindre  celle  de  sot,  que  l'on 
retrouve  dans  briserez,  «sottise».  Ainsi  s'expliquerait  naturellement  le  sens  péjoratif  qu'il 
attache  aux  substantifs  qu'il  précède. 

2 .  La  locution  proverbiale  bailler  le  lièvre  par  l'oreille  a  le  même  sens,  à  peu  de  chose  ] 
près,  en  français,  où  elle  est  très-ancienne  et  signifie  tromper  quelqu'un,  le  leurrer.  C'est 
ainsi  que  Régnier,  Sat.  X,  a  dit  : 

Et  le  ciel,  qui  des  dents  me  rid  à  la  pareille, 
Me  bailla  gentiment  le  lièvre  par  l'oreille. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  ^  i 

5  55     Rester  à  regarder  les  nuages  passer.  (Bayer  aux  corneilles.) 
556     Quand  arrive  le  chat  près  du  rat,  ils  ne  savent  rien  faire.  (Quand 
l'occasion  se  présente,  ne  pas  en  profiter.) 

537  Mettre  sa  main  dans  son  ombre.  (Manquer  une  bonne  affaire.) 

538  Vite  et  bien 
Ne  font  un. 

539  Mettre  la  pièce  à  côté  du  trou. 

540  Atteler  les  chevaux  derrière  la  charrette.  (Mettre  la  charrue  devant 

les  bœufs.) 

541  Mettre  le  derrière  de  la  voiture  en  avant.  (Même  signification  que 

le  précédent.") 

542  Chercher  le  cheval  sur  le  dos  duquel  on  est  monté. 

543  C'est  une  mésange.  (C'est  un  étourdi,  un  étourneau.) 

544  Chercher  des  œufs  dans  les  nids  de  l'an  passé.  (Être  en  refard. 

Faire  une  chose  quand  l'heure  est  passée.) 

545  Être  à  pêcher  après  marée.  (Même  sens.) 

546  Après  tarder 

Il  faut  marcher. 

547  Jean  est  loin  de  sa  jument.  (Être  loin  de  compte.) 

548  Avoir  une  portion  dans  le  champ  de  Le  Bris.  (Être  sot.) 

549  C'est  un  pied  de  veau  qu'il  y  a  dans  ses  chaussures,  (C'est  un 

imbécile.) 

550  Celui-là,  la  lune  a  brillé  dans  sa  bouche.  (C'est  un  lunatique,  un 

sot.) 

IV. 

55 1  Donner  des  choux  à  la  chèvre.  (Flatter  quelqu'un.) 

552  Faire  son  empressé  autour  du  maître.  (Flagorner  quelqu'un  par 

intérêt.) 

553  Remuer  sa  queue  en  tout  lieu.  (Cajoler  Pierre  et  Paul.) 

554  Faire  la  brebis.  (Faire  le  chien  couchant.) 

555  Sous  prétexte  de  faire  le  veau.  (Tirer  les  vers  du  nez.) 

556  Selon  ce  que  rapporte  le  saint,  —  le  servir. 
5  57         Faire  avaler  troncs  au  lieu  de  branches 

A  qui  grande  assez  a  la  bouche.  (Faire  avaler  des  couleuvres.) 
$58  Teindre  des  mensonges.  (Déguiser  la  vérité.) 

559  Mettre  des  lièvres  à  courir.  'Mentir.) 


572  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

560  Leuskel  levrini  da  redek  warlercUi  gedon  ar  re-all. 

561  Par  wir,  par  c'haou. 

562  Gwerza  brao  poulîr. 

563  Mezo  kiger. 

564  îann  a  zo  eul  lapons. 

565  Gwall  higen  ! 
SGG  Gwall  hibil! 

567  Koantamaout! 

568  C'hoari  flu  dlzolo  pa  vezo  lazeî  ar  goulou. 

569  Hennez  a  zo  koat-tro  en-han. 

570  Tenna  eun  dro  louarn. 

571  Al  louarn  0  prezek  d'ar  ier  ' . 
$72  Lakaat  dour  e  leaz  eun  ail. 

5  7  3  Tenna  ann  dour  diwar  hrad  eun  ail. 

574  Kass  ann  dorz  d'ar  ger  en  dro. 

575  Sellout  ouc'h  ann  nor  adren. 

576  Ne-d-eo  ket  dall  he  zaout. 
SU  Ne  'man  ked he  voc'li  er  ger. 
578  Trenked  eo  al  leaz. 
J79  Trenked  eo  he  valadenn. 

580  Uhel  eo  ann  eienn  en-han. 

581  Eman  ann  troc'h  hagar  zon  gant-han. 

582  Kregin  lien  euz. 

583  Heolia  arc'hant. 

584  Ober  hec'hrobis. 

585  Ober  ar  gouzouk. 
5  86  Ober  he  geinek. 

587  Ober  ar  c^hoz. 

588  Sini  a  reont  ho  cVdoc'h  ho  unan  krea  ma  cUiellont. 

589  Teoded  hir  ha  dorned  berr. 

I.  Cette  allégorie,  que  la  sculpture  a  transportée  plus  d'une  fois  dans  les  églises  de 
Bretagne,  semble  empruntée  à  une  série  de  légendes  très-populaires,  mais  encore  peui 
étudiées,  qui  constituent  toute  une  branche  bretonne  du  Roman  du  Renard. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  375 

560  Mettre  des  lévriers  à  courir  après  les  lièvres  d'autrui.  (A  menteur — 

menteur  et  demi.) 

561  Autant  de  vérités  que  de  mensonges.   (Ne  mériter  qu'à  demi 

créance.) 

562  Vendre  bellement  sa  poudre.  (Attraper  les  nigauds  à  la  façon  des 

charlatans.) 

563  Boucher  ivre.  (Trompeur.) 

564  C'est  un  oiseau  que  Jean.  (Le  beau  merle!) 

565  Méchant  hameçon  !  (Mauvais  drôle  !) 

566  Mauvaise  cheville  !  (Maudit  garnement  !) 

567  Le  superbe  mouton  !  (Le  bon  apôtre  !) 

$68  Jouer  au  brelan  à  découvert,  une  fois  la  chandelle  éteinte.  (Le  chat 

parti,  les  souris  dansent.) 
569  11  y  a  du  bois  tordu  en  celui-là.  (Il  y  a  du  louche  dans  la  conduite 

de  cet  homme.) 
$70  Jouer  tour  de  renard. 

571  Le  renard  qui  prêche  aux  poules. 

$72  Mettre  de  l'eau  dans  le  lait  d'autrui.  (Aller  sur  ses  brisées.) 
573   Détourner  l'eau  du  pré  du  voisin.  (Couper  l'herbe  sous  les  pieds.) 
$74  Retourner  la  miche  à  la  maison.  (Rendre  à  quelqu'un  lamonnaie  de 

sa  pièce.) 
$75  Regarder  la  porte  de  derrière.  (Chercher  des  défaites.) 

576  Ses  vaches  ne  sont  pas  aveugles.  (Il  ne  s'en  laisse  pas  conter.) 

577  Ses  cochons  ne  sont  pas  à  la  maison.  (Il  est  de  mauvais  poil.) 

578  Le  lait  est  devenu  aigre.  (Il  est  de  mauvaise  humeur.) 

579  Le  grain  qu'il  a  fait  moudre  s'est  aigri.  (Il  est  en  colère.) 
$80  Hautes  sont  en  lui  les  sources.  (Il  a  la  tête  près  du  bonnet.) 

581  C'est  lui  qui  tranche  et  qui  fait  la  chanson.    (Il  fait  la  pluie  et  le 

beau  temps.) 
$82       II  a  des  coquilles.  (Il  a  du  foin  dans  ses  bottes.  Il  est  riche.) 
$83       Ensoleiller  argent.  (Entasser  son  argent,  sans  en  tirer  parti.) 
584      Trancher  du  gros-bis.  (Trancher  de  l'important.) 
58$  Se  rengorger. 

586  Faire  le  gros  dos.  (S'enfler.) 

587  Faire  la  taupe.  (Faire  le  vaniteux.) 

588  Ils  font  sonner  leur  cloche  eux-mêmes  le  plus  fort  qu'ils  peuvent. 

(Chanter  ses  propres  louanges.) 

589  Longue  langue  et  courte  main.  (Vantard.) 


Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 
^c)o  Ober  bugad. 

<^cfi  Ober  kals  a  deill  gand  neubeud  a  golo. 

<^c)2  Ober  ar  ioudadek 

Araog  ar  varradek. 
595  Great  eo  ar  pod  holl  nemet  ann  îachad  plad. 

Re  abred  e  kan  ho  killok. 
Rei  bronn  d'ar  bal. 


Î74 


594 
595 


596  Barapanenn 
Er  zoubenn. 

597  Dre  m'e  tomm  ann  hoiiarn  eo  skei  war-n-han. 

598  Ar  c'had  ^zo  d'ann  neb  he  fak. 

599  Peb  hini  he  vicher  ha  ne-d-aio  ket  ar  c'haz  d'al  leaz. 

600  Hen  em  luia  e  kudennou  ar  re-all. 

60 1  Dibri  he  eost  diwar  he  c'har. 

602  Lezel  brao  he  c'horo. 

603  Trei  penn  d'ar  vaz. 

604  Sencha  baz  d'he  tapoulin. 

605  Choant  ganî-ho  a  ra  kazek. 

606  Mont  da  ober  he  dalarou. 

607  Kemeret  ar  gouriz  plouz  K 

608  Dre  fors  kana  Nouel  ec'h  erra  ann  Nedelek. 

609  Choarzin  gwenn  evel  bleud  flour. 
6 1  o  Pebez  bek  melenn  ! 

61 1  Stlapa  ar  bonned  warlerc'h  ann  tok. 

6 1 2  Strinka  ann  trebez  warlerch  ar  billik. 
61 5  Kouezet  eo  he  veudik  en  he  zorn. 

6 1 4  Besk  he  deot  ha  born  he  gazek. 

6 1 5  Mont  euz  ar  foennek  d'ar  menez. 

616  Mont  euz  ar  menez  d'ar  foennek. 

I.  Cette  expression  vient  de  ce  qu'autrefois  les  banqueroutiers  étaient  promenés  dans] 
leur  paroisse,  avec  une  ceinture  de  paille  autour  des  reins.  La  paille  a  eu  de  tout  temps, 
en  Bretagne,  une  signification  symbolique  qu'elle  garde  encore  de  nos  jours  dans  une  j 
foule  d'usages  locaux. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  575 

590  Faire  petite  lessive.  (Se  glorifier.) 

J91  Faire  beaucoup  de  fumier  avec  peu  de  litière.  (Faire  plus  de  fumée 

que  de  feu.  Être  fier  sans  motifs.) 
592  Pousser  les  cris  de  fête 

Avant  l'écobue.  (Chanter  trop  tôt  victoire.) 
595  Le  pot  est  achevé,  —  le  fond  excepté.  (C'est  chose  faite,  il  n'y 
manque  presque  rien,  mais  ce  presque  rien  est  l'essentiel,  comme 
la  signature  au  contrat.) 

594  Trop  tôt  chante  votre  coq.  (Se  vanter  trop  tôt.) 

595  Donner  le  sein  à  sa  bêche.  (Fainéant.) 

596  Du  pain  mal  levé 

Dans  la  soupe.  (C'est  de  mauvaise  besogne,  un  ouvrage  à  refaire.) 
J97      C'est  quand  le  fer  est  chaud  qu'il  faut  frapper  dessus. 

598  A  qui  l'attrape  le  lièvre  appartient. 

599  Chacun  son  métier,  et  le  chat  n'ira  point  au  lait.  (Chacun  son  mé- 

tier, et  les  vaches  seront  bien  gardées.) 

600  S'enchevêtrer  dans  les  écheveaux  d'autrui.  (Se  mêler  de  choses 

qui  ne  nous  regardent  pas.) 

601  Manger  sa  récolte  sur  la  charrette.  (Manger  son  blé  en  herbe.) 

602  Se  laisser  bellement  traire.  (Se  laisser  exploiter.) 

605  Changer  le  bâton  de  bout.  (Changer  de  ton,  de  manière  de  faire.) 

604  Changer  de  baguette  à  son  tambour.  (Avoir  le  caquet  rabattu.) 

605  Leur  désir  fait  chou-blanc.  (Ils  ne  réussissent  en  rien.) 

606  Être  en  train  de  faire  ses  sillons  de  la  fm.  (Avoir  fait  son  temps. 

Être  un  homme  coulé,  perdu,  ruiné.) 

607  Prendre  la  ceinture  de  paille.  (Faire  banqueroute.) 

608  A  force  de  chanter  Noël  arrive  la  Nativité.  (A  force  de  craindre  ou 

de  désirer  une  chose,  elle  arrive.) 

609  Rire  blanc  comme  fleur  de  farine.  (Rire  jaune.) 

610  Quel  bec  jaune  !  (Quel  pied  de  nez  !) 

61 1  Jeter  son  bonnet  après  son  chapeau.  (Se  laisser  abattre.) 

6 1 2  Jeter  le  trépied  après  la  galetière.  (Jeter  le  manche  après  la  cognée.) 
61  :?     Il  a  le  pouce  tombé  dans  la  main.  (Il  est  découragé.) 

614  Sa  langue  est  écourtée  et  borgne  sa  jument.  (Il  est  dans  un  état  de 

prostration  complète.) 

615  Aller  de  la  prairie  à  la  montagne.   (Quitter  une  bonne  place  pour 

une  mauvaise.) 

616  Descendre  de  la  montagne  à  la  prairie. 


376 

Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

6i7 

Mala  munud. 

618 

Oher  iun  ann  nao  steredenn  ' . 

619 

Staotet  e-d-euz  ar  c'havr  en  ho  lavrek. 

620 

Koeza  euz  ar  billik  en  tan. 

621 

Saillat  er  baill. 

622 

V. 
Bioc'hik  Doue. 

623 

Sioul  cvel  eul  logodenn  er  bleud. 

624 

Traitour  evel  eur  marmous. 

625 

Laer  eo 

Evelfrao. 

626 

Dic'hrass  evel  eur  roched  nevez. 

627 

Morzed  evel  ar  gegel  he  vamm  goz. 

628 

lac' h  pesk. 

629 

Teo  evel  eun  tamm  toaz. 

630 

Lard  evel  eur  pemoc'h  milin. 

631 

Treud  e-c'hiz  eur  c'havr. 

632 

Kasîiz  evel  ann  Ankou. 

63? 

Seac'h  evel  eur  baluc'henn. 

634 

Eur  zac'had  eskern . 

635 

Tremened  eo  ann  lieol  war  he  dreuzou. 

636 

Goude  lein  meuz  boed. 

637 

Klask  pemp  troad  d'ar  maout. 

638 

Koll  ar  poell  euz  he  guden. 

639 

Mont  war  he  benn. 

640 

Mont  araog  he  benn. 

641 

Mont  da  graouna  en  eur  vodcnn  fall. 

642 

Lakaat  re  hir  he  vez  er  gwask. 

643 

Sacha  ar  c'har  war  ar  c'hein. 

644 

Tomct  hen  euz  dour  d'he  skaota. 

I 


I.  Le  jeûne  des  neuf  étoiles  consiste,  dans  la  pratique  religieuse,  à  ne  prendre  aucum 
nourriture  depuis  le  point  du  jour,  l'heure  du  réveil,  jusqu'à  ce  qu'on  ait,  la  nuiij 
venue,  compté  neuf  étoiles  au  ciel. 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  ^jj 

6\j  Moudre  menu.  (Vivre  avec  économie.) 

6i8  Faire  le  jeûne  des  neuf  étoiles.  (Vivre  dans  le  dénûment  le  plus 
complet.) 

619  La  chèvre  a  pissé  dans  votre  culotte.  (Il  vous  arrivera  malheur.) 

620  Tomber  de  la  poêle  dans  le  feu.  (Tomber  de  Charybde  en  Scylla.) 

621  Sauter  dans  le  baquet.  (Mourir.) 

V. 

622  Petite  vache  de  Dieu  '.  (Tranquille  comme  Baptiste.) 

623  Tranquille  comme  souris  dans  la  farine.  (Saint  n'y  touche.) 

624  Traître  comme  singe. 

625  Larron  il  est 

Comme  corneille  à  blanc  manteau. 

626  Raide  comme  une  chemise  neuve. 

627  Engourdi  comme  la  quenouille  de  sa  mère  grand'. 

628  Sain  (comme)  poisson. 

629  Epais  comme  morceau  de  pâte. 
450                Gras  comme  cochon  de  moulin. 

5  3 1  Maigre  comme  une  chèvre. 

632  Décharné  comme  la  Mort. 

633  Sec  comme  un  échalas. 

634  Une  sachée  d'os. 

635  Le  soleil  a  quitté  le  seuil  de  sa  porte.  (Il  se  fait  vieux.  Il  dépérit  à 

vue  d'œil.) 

636  Après  dîner  régal.  (Moutarde  après  dîner.) 

637  Chercher  cinq  pieds  à  un  mouton.  (Chercher  midi  à  quatorze 

heures.) 

638  Perdre  le  bout  de  fil  qui  retient  l'écheveau.  (Être  dérouté.) 
659        Aller  sur  sa  tète.  (Marcher  vers  sa  ruine.) 

640  Aller  devant  sa  tête.  (Faire  un  coup  de  tête.) 

641  Aller  cueillir  noix  dans  mauvaise  futaie.  (S'engager  imprudemment. 

Faire  un  pas  de  clerc.) 

642  Mettre  trop  avant  son  doigt  dans  le  pressoir.  (Se  mettre  dans  un 

mauvais  cas.) 

643  Attirer  la  voiture  sur  son  dos.  (S'attaquera  plus  fort  que  soi.) 

644  II  a  fait  chauffer  l'eau  qui  doit  l'échauder. 

I.  C'est  le  nom  que  l'on  donne  à  la  coccinelle. 


jyS  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

645  Gwelet  kant  steredenn  0  lugerni. 

646  Gwelet  triheol  0  para. 

647  Me  Uardo  he  billik  d'ezhan. 

648  Me  'daillo  korrean  d'ehan. 

649  Kass  d^he  nask. 
6$o  Kregi  araok  harzal. 
65 1  Krog  evit  grog. 
6  s  2  Kraj  evit  kraf. 
6  $  3  Kik  pe  groc'henn  am  bezo. 
6 $4  Tizout  war  ann  tomm. 

655  Kein  oc  h  kein, 
Evel  pri  oc'h  mein. 

656  Lagad  a  dalv  teod. 

VI. 

6<)j  Ann  tad  a  lavar  d^he  vah  : 

Pa  vezi  krog,  dalc'h-mad  ! 
Dlie  merc'h  a  lavar  ar  vamm  : 
Pa  vezi  krog,  digass  ann  tamm. 

658  Iz  gant-han,  mar  teac'h  ; 
Ha  ma  na  deacVi,  dideacli. 

659  Ar  cViamm 
A  lamm, 

Pa  wel  ann  tan; 

A  red, 
Pa  wel  he  c'hreg; 

A  vale, 
Pa  wel  he  vugale  ; 

A  dec'h, 
Pa  wel  he  vec'h  ' . 

I.  Je  dois  la  connaissance  de  ce  dicton  à  M.  Flagelle,  expert-agronome  à  Lander- 
neau.  Avec  une  bienveillance  et  un  désintéressement  dont  je  ne  saurais  lui  témoigne! 
trop  hautement  ma  reconnaissance,  cet  aimable  et  modeste  savant  s'est  empressé  de 
mettre  à  ma  disposition,  dès  qu'il  a  vu  que  je  m'occupais  de  parémiologie  bretonne,  lej: 
résultat  de  ses  longues  et  patientes  recherches  sur  le  même  sujet.  En  m'indiquant,  avec] 
une  exactitude  que  je  n'ai  jamais  trouvée  en  défaut,  des  sources  nouvelles  ou  peu  connues,] 
et  en  me  mettant  sur  la  trace  d'utiles  et  curieuses  variantes,  M.  Flagelle  m'a  facilité  le* 
moyen  de  combler  de  nombreuses  lacunes,  et,  si  mon  travail  offre  quelque  intérêt,  je  me! 
plais  à  reconnaître  qu'il  le  doit  en  partie  à  son  précieux  concours.  A  ce  nom  bien  connu- 

{Suite  de  la  note  d  la  page  380.) 


Proverbes  et  Dictons  de  la  Basse-Bretagne.  379 

645  Voir  cent  étoiles  étinceler.  (Voir  mille  chandelles,  —  à  l'occasion 

d'un  coup,  d'un  choc  ou  d'un  éblouissement.) 

646  Voir  trois  soleils  briller.  (Même  sens.) 

647  Je  lui  graisserai  sa  galcttoire.  (Il  lui  en  cuira. ^ 

648  Je  lui  taillerai  courroie  '.  (Je  lui  donnerai  du  fil  à  retordre.) 

649  Conduire  à  l'attache.  (Mettre  à  la  raison.) 
6$o  Mordre  avant  d'aboyer.  (Prendre  en  traître.) 

651  Coup  de  dent  pour  coup  de  dent.  (Œil  pour  œil.) 

652  Coup  de  griffe  pour  coup  de  griffe.  (A  bon  chat  bon  rat.) 
65  ?       J'aurai  chair  ou  peau.  (J'en  aurai  cuisse  ou  aile.) 

654  Attraper  sur  le  chaud.  (Prendre  sur  le  fait.) 

655  Dos  à  dos, 

Comme  argile  contre  pierre. 

656  Œil  vaut  langue.  (Face  d'homme  fait  vertu.) 

VI. 

657  Le  père  dit  à  son  fils  : 
Quand  tu  tiendras,  tiens  bon  ! 
—  A  sa  fille  dit  la  mère  : 

Quand  tu  tiendras  emporte  le  morceau. 
6^8  —  Poursuis-le,  s'il  fuit, 

S'il  ne  fuit,  fuis  toi-même. 
659  Le  boiteux 

Saute, 
Quand  il  voit  le  feu  ; 

Court, 
Quand  il  voit  sa  femme; 

Marche, 
Quand  il  voit  ses  enfants  ; 

Fuit, 
Quand  il  voit  son  fardeau. 

!  I.  Dans  les  contes  des  Bretons  armoricains  (Luzel  :  cinquième  rapport  sur  une  mission 
en  Basse-Bretagne;  Archives  des  missions  scientifiques  et  littéraires,  t.  I,  m"  série)  et 
des  Gaëls  de  l'Ecosse  occidentale  (Campbell  :  Popular  talcs  0/  the  West  Highlands),  il  est 
souvent  fait  mention  d'une  étrange  coutume  d'après  laquelle,  lorsqu'un  engagement  lie 
deux  hommes,  celui  qui  manque  à  sa  parole  se  laisse  tailler  une  bande  de  peau  depuis 
le  sommet  de  la  tête  jusqu'à  la  plante  des  pieds,  et  n'essaie  point  de  se  soustraire  à 
cette  torture.  C'est  peut-être  au  souvenir  d'une  semblable  coutume  que  se  rattachent 
ces  paroles  de  Plaute,  souvent  citées  :  de  meo  tergo  degitur  corium  (c'est  à  mes  risques 
et  périls  que  l'on  fait  la  chose). 


380  Lavarou  Koz  a  Vreiz  Izel. 

660  Eur  c'hoz  louarn,  hag  hen  dure, 
Gwelet  eur  iar  c^hoaz  a  garre. 

66 1  Den  ha  den  hanter, 
Daou  en  eun  affer, 
Tri  ma  ve  red, 
Pevar  ne  laran  ket. 

662  Losî  hen  euz  eul  louarn, 
Cad  hen  euz  diouskouarn, 
Teir  gar  hen  euz  eun  trebez. 
Ha  c'hoaz  n'euz  netra  'nevez. 

Daslumct  ha  troet  c  gallck  gant  L.  F.  Salvet. 


de  tous  les  hommes  qui  étudient  le  Finistère,  à  quelque  titre  que  ce  soit,  je  suis  heurei 
de  pouvoir  associer  ceux  de  MM.  Luzel,  l'infatigable  et  savant  explorateur  delà  Bretag 
légendaire  et  merveilleuse,  J.-M.  Le  Jean,  le  poète  populaire,  V.  Le  Dault  et  Rodalle 
qui  ont  droit  également  à  tous  mes  remerciements  pour  les  communications  qu'ils  0 
bien  voulu  m'adresser  à  diverses  reprises. 


660  Un  vieux  renard,  si  mûr  qu'il  soit, 
Voudrait  encore  revoir  poulette. 

661  Homme  et  homme  et  demi, 
Deux  (il  vaut)  dans  une  affaire. 
Trois  s'il  est  nécessaire, 
Quatre  je  ne  dis  pas. 

662  Une  queue  a  le  renard, 
Deux  oreilles  le  lièvre. 
Trois  jambes  le  trépied. 

Et  l'on  dit  encore  qu'il  n'y  a  rien  de  neuf. 

Recueilli  et  traduit  par  L.  F.  Sauvé. 


I        A    MIDDLE-IRISH    HOMILY 


ON  S.   MARTIN  OF  TOURS. 


Lebar  Brecc 

,p.    s^a. 

D°, 

p.  4^^. 

DO, 

p.io-ja. 

D°, 

p.  40a. 

D°, 

p.  48^-. 

DO, 

p.  44a. 

DO, 

p.    S2h. 

D°, 

p.   34^. 

The  old  homiletic  literature  of  the  Irish  consists  (so  far  as  1  know)  of 
twenty-two  sermons,  which  may  be  divided  into  five  classes  as  follows  : 

I.  Sermons  on  the  life  of  Christ. 

1.  On  the  Circumcision.  Text  Luke  11.  21. 

2.  On  the  Temptation.  Text  Matth.  iv.  i. 

3.  On  the  Transfiguration.  Text  Matth.  xvii.  i. 

4.  On  Palm  Sunday.  Text  Matth.  xxi.  i. 

5.  Incena  Domini.  Text  Matth.  xxvi.  17. 

6.  On  the  betrayal  by  Judas.  Text  Matth.  VI,  16. 

II.  On  the  Apostles. 

7.  De  Die  Pentecostes.  Text  Acts  11.  1. 

8.  S.  Stephen's  Martyrdom.  Text  John,  xvi,  33, 

III.  On  the  Saints  and  Angels. 

9.  On  S,  Martin  of  Tours.  Text  Matth.  vi.  24.  D°,         p.   59^2. 

10.  On  S.  Patrick.  Text  Isaiah  ix.  2.  Rawl.B.(Bibl.  Bodl.) 

512,  f°  ^a.  2. 
Egerton  (Mus,  Brit.) 

11.  Do  Te.xt  Matth.  xxviii,  19.  Rawl.B.  5  i2,f'8a,  i. 

Egerton  93,  f  4a,  2. 

12.  D'',  Texi Mirabilis  Deus  in  Sanctis  suis  '.  Rawl.  B.  5  i2,fo2oa,  i , 

Egerton 93, fo  i  \a.  2. 
15.  D".  Text  Isaiah  ix.  2.  Lebar  Brecc,  p.  24^. 

*  Nos.  10,  II  and  12  form  what  is  commonly  called  the  Tripartite  Life.  Tliey 
were  paraphrased  by  Colgan  in  his  Trias  Thaumaîurga.  A  literal  and  nearly  complète 
version  has  been  made  by  Mr.  Hennessy  from  Egerton  95,  but  the  text  has  never  been 
published. 


Lebar  Brecc, 

.  P- 

29^- 

D", 

P- 

6ib 

10.         Do, 

P- 

72a 

DO, 

P- 

^Sb 

Do, 

P- 

66b 

DO, 

P- 

6U 

Lebar  na  huidre 

>P- 

34a 

D", 

P- 

32. 

DO, 

P- 

27a 

Lebar  Brecc, 

P- 

382  A  Middle-Irish  Homily 

14.  On  S.  Columba.  Text  Gen.  xii.  i. 

15.  On  S.  Brigit.  Text  Apoc.  xiv.  4. 

16.  OnS.  Michaelthe  Archangel.  Text  Dan.  vu. 

IV.  On  MoralsK 

17.  Sermo  ad  reges.  Text  Prov.  xvi.  7. 

18.  On  Charity.  Text  Matth,  vu,  12. 

19.  On  Almsgiving.  Text  Matth.  vi.  2. 

V.  On  the  After-life. 

20.  On  the  Résurrection. 

21.  On  Doomsday. 

22.  Adamnân's  Vision  of  Heaven  and  Hell.j 

Text  Ps.  clvi.  5,  b.  I 

Of  thèse,  Nos.  10  to  1 5  inclusive  bave  some  historical  value,  Nos.  10 
1 1  and  12  throw  light  on  Irish  topography,  and  ail  are  interesting  phi- 
lologically.  The  homilies  in  the  Lebar  Brecc,  moreover,  embody  large 
fragments  of  a  Latin  translation  of  the  Bible  of  which  I  can  only  say  tha, 
it  is  not  the  Vulgate,  and  that  it  is  not  noticed  by  Messrs  Haddan  anc 
Stubbs  in  their  Councih  and  ecclesiasîical  Documents,  i,  170-198.  Al 
thèse  homilies  are  written  in  a  terse  and  manly  style  which  speaks  wel 
for  the  sensé  and  taste  of  those  who  composed  and  listened  to  them  ;  anc 
hère  and  there  one  lights  on  a  jewel  like  this  legend  : 

Diligite  justitiam  qui  judicatis  terram.  Caraid  infirinde  .1.  berid  fûiglc 
firenu  arigu  indomain. uair  noïmeclaiged  solam  comor  incoimdid  intan  no-' 
mided  inpop\x\  y  nobered  bretha  fair.  Uair  la  ann  boisium  ifiadnaise  inrig. 
uasail.  dah'id.  aatliar  intan  nomidedside  inpopuï  conusincrechsom  lu 
foraemilte  leis  7  foxaimrigne  leis  bôi  inconfuigell.  couid  and  atb&xt  aathah\ 
fnssium.  Tair  amie  indiu  isinrig'sudi  corothùrij  coreterglee  cestai  7  caingnei 
inpopuW  indas  isluathi  oltàs  amz\  dognimsea.  Uair  isatgliccusa  7  isatdithe\ 
oengnu  7  othucsin  amal  atberr  isinderbdrusc.  àithiu  cech  delg  isou.  '< 

Tanicc  iarsin  solam  isinrigsuide  iarforcongrâi  aathâr.  7  tarfds  dô  Lim 
in  duileman  coc/aideb  ndefaebrach  osachind  7  nothomad  cohoband  bas  na-^ 
duathmar  dô  diancllad  dobicc  nomor  onfuigell  firen.  7  otconnairc solam  sin\ 
rocrithnaig  cumor  7  rosôi  fuil  dochndim  dô  arimecla  inoendia  7  roguidsium'i 
indsin  a  athair  coroguided  incoimdid  aire  7  cotartad  dilgud  dô  dôntoccrad] 
tucc  fair  tna  aneolas  7  guidset  diblinib  iarum  incoimdid  corochometad '^ 


I.  [Aux  sermons  de  cette  classe  il  faut  ajouter  le  fragment  d'un  sermon  sur  l'abnéga- 
tion et  la  compassion  (Texte,  Matth.  XVI,  24)  conservé  dans  un  ms.  de  Cambrai  et  publié 
par  Zeuss,  Gr.  C',  p.  1004  et  sq.  —  H.  G.  | 


on  S.  Martin  of  Tours.  385 

infirinne  7  naructais  nachfuigcll  anfircn  fornech  triabitha.  Sermoadreges, 
LB.p.  1,-jb. 

«  Dilighe,  etc.  Love  ye  justice,  that  is  deliver  righteous  judgments,  0 
kings  of  the  world.  For  Solomon  greatly  feared  the  Lord  when  he  was 
judging  the  people  and  passing  sentences  upon  them.  For  one  day  he 
was  before  the  high  king,  David,  his  father,  when  hc  was  judging  the 
people,  and  he  upbraided  David  for  his  tardiness  and  hésitation  in  giving 
doom.  Whereupon  his  father  said  to  him  :  «  Corne  thou,  my  son,  today 
upon  the  throne,  and  search  into  and  détermine  the  questions  and  the 
causes  of  the  people  in  some  way  quicker  than  that  which  I  follow.  For 
thou  art  shrewder  and  sharper  of  wit  and  understanding,  as  is  said  in 
the  proverb  the  younger  thorn  is  always  the  sharper.  « 

Then  went  Solomon  upon  the  throne  according  to  his  father's  order. 
And  there  appeared  to  him  the  Arm  of  the  Creator  with  a  two-edged 
Sword  above  his  head,  and  suddenly  an  awfuldeath  was  threatened  unto 
him  should  he  deviate  little  or  much  from  the  just  décision.  And  when  So- 
lomon beheld  the  Arm  and  the  Sword  he  trembled  greatly,  and  his  blood 
turned  to  bone  for  fear  of  the  one  God  ;  and  then  he  besought  his  father 
to  beseech  the  Lord  for  him,  and  to  forgive  him  for  the  annoyance  that  he 
had  caused  him  through  ignorance.  So  then  they  both  besought  the  Lord 
that  justice  might  be  maintained  and  that  they  might  not  ever  passan  unjust 
judgment  on  any  one.  « 

The  homily  now  for  the  first  time  published  is  No.  9  in  the  foregoing 
list,  and  was  probably  written  in  the  thirteenth  century.  After  the  eight 
introductory  paragraphs,  itfollows  closely  Sulpicius  Severus'  well-known 
I  De  beati  Martini  Vita  Liber,  andtowardsthe  endtakesfouror  five  incidents 
from  his  second  dialogue  De  Virtutibus  B  Martini  (§§  III,  IX)  and  from 
the  third  dialogue  de  eâdem  re  (§g  VII,  XVII,  XX).  I  refer  tothe  édition 
by  Hornius,  Lugd.  Bat.  1647,  for  a  loan  of  which  I  am  indebted  to 
D'  Reeves. 

The  text  has  been  transcribed,  not  from  the  original  ms.,  but  from 
the  lithographie  facsimile  of  the  first  half  of  the  Lebar  Brecc,  published  by 
the  Royal  Irish  Academy  in  1872.  Whether  the  corrupt  latin  in  §  6 
and  the  corrupt  Irish  ïn^^  15  and  28  are  due  to  the  facsimilist  or  (as  is 
possible)  to  the  scribe,  I  cannot  say.  Perhaps  Mr.  Hennessy  will  be 
■good  enough  to  examine  the  original  ms.  and  communicate  the  resuit  to 
the  readers  of  the  Revue  Celtique. 

W.  S. 
Calcutta,  June  1874. 


^84  ^  Middle-Irish  Homily 

[Lebar  Brecc,  p.  <^<)a,  Une  1 5.] 

INCIPIT  DE  UIRTUTE  SANCT/  MARTAIN. 

i .  Nemo  potest  duobus  dominis  seraire.  aut  enim  unum  odio  h'dhebit 
alttxum  a  diliget  aut  unum  sustinebit  et  alterum  contempnet.  Non  potesti 
deo  seruîre  et  mamone.  IS  doilig  doneoch  immalle  f 6 gnam  do  dlb  tigernaib 
uair  dobéra  miscais  fox  oen  dlb  7  carjaid  araile  Mofôdemaid  ^macht  inda. 
tigerna  7  comalnsigfid  '  intigernaaile.  isamlaidsin  isdoilLgdodainib  fôgna, 
dodia  immalle  7  dontsagul. 

2.  Isu  cris?  mac  dé  bli  A.  tigerna  nanuile  thigerna  airchissid  cech 
maithiusa  slanîccid  sil  adaim.  ise  roraid  nabriaû\xdiSa  dothincosc  7  dfoxcetm 
lochta  naheclasi  7  dodoiiïge  ^  fôgnuma  dodibtigexnaib  .i.  dodia  7  dodomun. 

3.  Matha  immurro  mac  alfe  ise  roscxib  nabriaXhxasa  icorus  soscéla  7  foxa- 
caib  icuimne  lasineclah  crisXaide.  conapair  foxslicht  isu.  Nemo  potest  dnobm 
dominis  ieruire  heret  hautem. 

4.  ISe  din  leth  is  antadach  indaisx\\s  coda  indcpext  remircapstalu.  NoliU 
tesaurizare  uobis  tesauros  in  texra.  tesaurizate  /zautem  uobïs  tesauros  h 
caelo.  Doberimm  comairle  dùib  arisu  .natinolid  ciste  no  indmasa  duib  foxiri' 
talmain,  etc.  Conid  foxslicht  nambriathaxsin  atbext  so  .i.  opud  inindmusû 
talmar\da.  Ata  immurro /orco/;gra  in  indmais  nemda  dothinol. 

5.  Atfét  isu  nabriaihxasa  dodoinge  fôgnuxiia  dodia  7  dontsagul  cor\epert: 
Nemo  potest  duohus  dom'mïs  5eruire  .i.  Nemo  christum  potest  amplechti 
simmul  et  {sae]culum  qma  non  ualet  caduca  simul  et  etexna  diligexe.  Uau 
is  dochma  donmex\main  doenaigid  5  donahaircxide  in  oenfecht  7  namathin. 
suthaine.  Aut  enim  unum  odio  hahebit  et  alterum  diliget  .i.  ut  fier  i  de\ 
Odiet  utique  diabulum.  et  diliget  deum.  7  dobéxa  miscais  7  michdtaid 
diabul  amal  dlegair.  dobéxa  immurro  gra^i  cx'uie  7  mer\man  dodia.  A. 
unum  sustinebit  et  altexum  contemnet.  Adherebit  scilicet  diabnlo  cum  qu 
eius  praemia  saecularia  sectatux  .i.  lenfaid  7  aidera  4  dochomairlc  diab\x\\ 
arsàint  7  armian  inarét  ssgulla.  Et  alterum  coxvtempnet.  scilicet  ^eum  .i. 
dogéna  nephnl  dochomairle  inchoimded. 

6.  iVon  dixit  odiet  seà  coniempnet  et  qui  mandata  de\  txansgxuietur.  non 
odit  cum  in  corde  suo  sed  coxxtempnit.  Arfaitchius  7  arfurachrus  naepext 
isu  sund  nech  domiscais  inchoimded.  acht  asdrugud  7  achomansiugud  cliena. 
Sicut  soient  mias  [leg.  minas  ^']  eius  postponere  cupiditatibus  suis  de 
bonitate  démentie  eius  ad  impunitatem  sibi  blandiuntur  quibus  pex  salemo- 
nem  dicitur.  Filii ne adiicias  peccatum  su^er  peccatum.  et  ne  dicas  misexatio 
dei  magna  est.  qu\a  ut  duo  sunt  domini  de  quibus  predixerat  nunc  subdendo 

a.  Facs.  alteram. 


on  S.  Martin  of  Tours.  585 

Translation  of  the  Irish. 

1 .  Nemo,  etc.  Hard  it  is  for  anyone  to  serve  two  lords  at  the  same 
time.  For  he  will  bear  hatred  to  one  of  them  and  he  will  love  the  other  : 
or  he  will  endure  the  sway  of  the  one  lord  and  will  revile  '  the  other 
lord.  Even  so,  it  is  hard  for  men  to  serve  God  and  the  World  at  the 
same  time. 

2.  Jésus  Christ,  Son  of  the  living  God,  to  wit^  the  Lord  of  ail  lords, 
Giver  of  every  goodness,  Saviour  of  Adam's  seed,  He  it  is  that  spake 
thèse  words  to  instruct  and  to  teach  the  folk  of  the  Church  and  to  sup- 
press^  (?)  the  serving  of  two  lords,  to  wit,  God  and  the  World. 

3 .  Now  it  was  Matthew  son  of  Alpheus  that  wrote  thèse  words  in  the 
gospel  canon,  and  left  them  in  remembrance  with  the  Christian  Church, 
saying  after  Jésus  «  Nemo  potest,  »  etc. 

4.  The  part,  then,  that  is  in  union  with  this  déclaration  is  as  far  as 
the  place  at  which  he  before  said  this  to  his  Apostles  «  Nolite,  »  etc. 
«  I  give  counsel  to  y  ou,  »  says  Jésus  :  «  Gather  you  neither  coffers  nor 
treasures  on  the  earth,  »  etc.  So  that  in  accordance  with  those  words  he 
said  this,  to  wit,  to  refuse  the  earthly  treasure.  There  is,  however,  a  com- 
mand  to  gather  the  heavenly  treasure. 

5.  Jésus  declared  thèse  words  to  suppress  the  serving  of  God  and  the 
World,  and  said  «  Nemo  potest,  »  etc.  For  the  mind  is  unable  to  delight  î 
at  the  same  time  in  the  things  perishable  and  the  blessings  eternal.  Aut 
enim,  etc.  And  he  will  bear  hatred  and  abhorrence  to  the  Devil,  as  is 
meet,  but  he  will  give  love  of  heart  and  mind  unto  God.  Aut  enim,  etc. 
i.e.  he  will  cleave  to  and  adore  4  the  Devil's  counsel,  for  lust  and  désire 
of  the  things  worldly.  Et  alterum,  etc.  i.e.  he  will  make  naught  of  the 
counsel  of the  Lord. 

6.  Non  dixit,  etc.  It  was  from  vigilance  and  watchfulness  that  Jésus 
said  not  hère  that  any  one  hâtes  the  Lord,  but  only  that  he  outrages  and 
reviles  him.  Sicut  soient,  etc.  Now  the  two  lords  of  whom  Jésus  spoke 
before,  He  himself  manifests  them  when  he  says  Non  poteris,  etc.  i.e. 
('  thou  canst  not  serve  God  and  the  World,  »  Maman,  etc.  Mammon, 
then,  is  the  name  of  the  démon  who  is  chief  over  the  treasures  of  the 
world  and  over  the  pitiless  rich.  Et  tamen,  etc.  Not  the  possession  of 

1.  Comainsigfid,  }d  sg.  b-fut.  act.  of  a  verb  cognate  with  ainsem  »  accusatio,  »  ainsid 
«  accusativus,  »  Z.  735.  The  verbal  noun  comansiugud  occurs  in  paragr.  6. 

2.  Doinge  'also  in  parag.  j)  seems  cognate  v/hh  for-dengat  (gl.  opprimentes),  Ml.  29a, 
for-dengar  :'gl.  deprimiturj,  Ml.  ^jd. 

}.  Oenaigid  :  cf.  a-haithle  an-oenaig  7  an-aniusa  oc-pianad  nan-anmand  «  after  their 
delight  and  their  enjoyment  in  torturing  the  soûls.  »  Vision  of  Adamnan.  Cognate  perhaps 
with  the  vedic  adjective  vena  u  lieb.  » 

4.  Aidera,  ^d  sg.  redupl.  fut.  ol  adraimm. 

Rey.  Celt.  Il  26 


386  A  Middle-Irish  Homity 

dcmonstra[t]  dicens.  Nadathigtxna  immuxxo  diambôi  briathàx  ocisii  remaind 
fallsigid  fén  sund  intan  atbe'ix.  Non  potexis  deo  ^^ruire  et  mamone  (.i.  ni 
cocmaisgi{?)fognam  dodia  7  dodoman) .  Mamon  dimtwxx\  démon  est  ^ui /«crii 
carnalibus  prodest.  Mamon  dix\  ainm  indemain  isairchindech  foxindmassaib 
intsccgail  7  foxsnasomaiaib  etrâcairib.  Et  taxuen  non  dix'it.  qui  liah&t 
diuitias.  sed  qui  serait  diuitiis  q.  d.  Nitechtas  innanindmas  ^  sagulla  is 
tathair.âchtfognam  ulidoib.  Nihethathairthersundinti  thechtusnahindnmsa 
S£gulla  acht  {6<)b]  intl  j'ôgnas  doib  {isinundonj  inîiî  ismog  da  indmassaib. 
istà.  dogni  coimét  aindmais  amaX  isdir  domogaid).  Qui  enim  diuitiaruxxi 
sexuus  est  diuitias  custodit  u[t]  seruus.  qw\  auX.txx\  sexuitutis  excussit  iugum 
distxibuit  eas  ut  doxx\'mus.  sed  qui  seruit  mammone.  illi  (.i.  diabulo)  utique 
sexuit  qui  rébus  istis  texrenis  mexito  pexuexsitatis  prepossitus  pxinceps  huïus 
saeculi  a  doxx\ino  ^icitur.  qu'ibus  diuitiis  doxxiinoque  earuxxi  .i.  diabulo  paulus 
apostolus  dei  mil{i)tem  sexuire  pxohibet.  dicens  Nemo  militans  deo  obligat 
se  nego{tiato)ribus.  ut  ei  placeat  se  pxobauit  (.i.  dedicauit). 

7.  Sochaide  tra  donoemaib  7  dofirenaib  inchoimded  et'ix  fetarlaic  7  nu- 
fiadnaise  rolecset  uadib  fôgnum  7  miltnidecht  dodemun  7  dodomun  7  dindmas 
ints£gail.  arfognam  donrig  némda  A.  dodia.  uair  nicoemnacairnech  fôgnam 
doib  diblinib.  ama\  rôléic  uad  inmiltnidecht  îalmar\da  arinmiltnidecht  némda 
A.  intardnoem  uasal  airmitnech  diata  lith  7  foxaithmet  inecmong  nareesea 
7  inahaimsiresea  A.  sanctus  martinus  episcopus  [A.  noem  martain  uasal- 
epscoTp  torindse). 

8.  ISann  immurro  airmitnigtex  inacxistaide  cecha  bliadxxa  alithlaithc 
7  sollamain  aestechta  inti  noemmdrtain  A.  hitextid  noimbix.  arai  lathe  mis 
gxéne  dobeith  isindlaithesea  indiu.  7  ardi  laithe  sechlmaine  isinbliadam 
itaum  s. 

9.  Martain  dix\  dofxângcaib  achenél.  7  is  othustidib  ssraib  sochenékaib 
rogénair  7  isinetdil  roalt.  miltnidecht  dorigaib  talmax\da  A.  dorig  roman 
dognld  aathair.  7  ropdil  db  comaded  dogneth  amnc  A.  martain.  Nosanr\tai- 
ged  immurro  mdrtain  asa  naidendâchl  fâgnuxx]  dodia  arintan  ropîaxslana 
.X.  mbliadna  dô  notheged  donccla'is.  darsarugud  athusnigthe  combasechtar- 
étsid^  e'b.  INtan  immurro  roptaxslana  .xii.  [bliadna]  do  duthracair  dul 
indithrub.  acht  rothairmisc  indlubra  asssi  imbe.  araide  noimraided  amex\ma 
dogxés  inamainistrecha  7  inareclesai . 

10.  lArsinni  roboi  iaruxx\.  rohescongxad  orig  roman  A.  coromiltnigitis 
nam'ic  aninad  nasenmiled.  Coromdirned  aathair  inti  martain  donrig.  uair 
bafoxmat  lais  amét  rofôgnad dodia.  Rocuibrigcd  darxa  martâix\domiltnigecht 
talmax\da  indagaid  atholi. 

a.  The  facsimile  has  Ni  techta  sin  nanindmas 

b.  Facs.  combasechtaretside 


on  S.  Martin  of  Tours.  387 

the  worldly  treasures  is  a  fault,but  theutter  servingof  them.  Not  he  that 
possesses  treasures  is  censured  hère,  but  he  that  serves  them  :  he  is 
the  satne  as  one  who  is  a  slave  to  his  treasures  :  this  is  what  he  does, 
guard  his  wealth  as  is  meet  for  a  slave  (to  do).  Qiii  enim,  etc. 

7.  Now  a  multitude  of  the  saints  and  the  righteous  of  the  Lord,  both 
in  the  Old  and  the  New  Testament,  cast  from  them  service  and  warfare 
on  behalf  of  Devil  and  World  and  worldly  wealth  for  service  of  the 
heavenly  King,  to  wit,  God.  For  no  one  could  serve  them  both  :  evenas 
he  cast  from  him  the  earthly  warfare  for  the  heavenly  warfare,  to  wit, 
the  high  Saint,  noble,  vénérable,  who  hath  a  festival  and  commémoration 
on  the  occurrence  of  this  time  and  thisseason,  to  wit,  holy  Martin^  high 
bishop  of  Tours. 

8.  Now  the  time  that  the  Christians  every  year  venerate  the  festival- 
day  and  the  soleranity  of  the  death  of  this  holy  Martin  is  on  the  third 
before  the  ides  of  November  as  regards  the  day  of  the  solar  month, 
which  is  on  this  very  day,  and  as  regards  the  day  of  the  week  in  the 
year  in  which  we  are  s. 

9.  Martin,  then,  of  France  was  his  tribe,  and  of  free  and  noble  parents 
was  he  born,  and  in  Italy  was  he  reared.-^  His  father  was  in  the  military 
service  of  earthly  kings  to  wit,  of  the  king  of  the  Romans,  and  he  desi- 
red  that  his  son,  to  wit,  Martin,  should  do  likewise.  But  from  his  infancy 
Martin  yearned  to  serve  God.  For  when  he  was  ten  years  old  he  used 
to  fare  to  the  church,  in  spite  of  his  parents,  that  he  might  be  (made)  a 
catechumen^.  When,  moreover,  he  was  twelve  years  old  he  desired  to 
go  into  a  hermitage,  but  the  weakness  of  his  âge  prevented  him.  Never- 
theless  his  mind  continually  meditated  on  the  monasteries  and  the  cells.7 

10.  Thereafter  it  came  to  pass  that  an  edict  was  made  by  the  king  of 
the  Romans,  to  wit,  that  the  sons  should  serve  as  soldiers  in  the  place 
of  the  vétérans.  And  his  father  betrayed  Martin  to  the  king,  for  he  was 
envious  of  the  amount  of  service  which  he  paid  to  God.  So  Martin  was 
bound  to  earthly  warfare  against  his  will. 

1 1 .  One  slave  only  had  Martin,   and  it  was  Martin  that  used  to  do 


j .  The  translation  of  the  latter   part  of  this   paragraph  in  clearly  wrong,  but  I  can 
make  nothing  better  of  it. 
a.  He  was  born  in  Pannonia  and  educated  at  Pavia. 

6.  Scchtarétsid  catechumen,  literally  «  outside-hearer,  »  reoccurs  ?  19,  sechtar  is  a 
préposition  which  occurs  infra  parag.  45  (sechtar  aicniud)  and  aiso  in  the  Tripartite  Life 
[Dodechatar  iarsin  innasluaig  coragabatar  sechtar  themraig  immaig,  Egerton  93,  f"  3, 
b.  2,  «  then  the  hosts  went  and  set  up  outside  Tara  in  the  plain  »].  Seachtair  .i.  don 
taobk  amuigh  O'Cl.  seachtair  a  by,  past,  »  O'Don.  Gr.  269. 

7.  Recksa  ace.  pi.  of  rec\es,  borrowed  from  reclusum  idem  quod  reçlusorium  «  redusi 
cella,  »  Ducange. 


3  88  A  Middle-Irish  Homily 

1 1 .  Oenmâg  ira  nammd  ised  robui  ocmdrtain.  7  bahe  mdrtain  dognid 
umaloit  dosLic.  imghait  aiallacrand  de  7  imnige  achos  7  imchumaid  bîdfûs 
ciarbo  tigtxna  lie.  Ba  hinisel  din  7  bacainuairrech  7  bahainmnetach  imma- 
chommilcdaib cotabratis  câdas  7  onôir  do.  7  nitaiscead  ni  diathuanistiil.  acht 
adxthin  bid  7  ctaig.  acht  dobered  dobochtaib  7  aidclcnechaih  de  conatomnide 
badmilid.  acht  badmanach. 


12.  INaraile  lathedin  inamsir  gernrid  rofuair  domartaïn  ocimdccht  iinalle 
rechommilexhalb  dorala  bocht  nocht  dâ  ic  diucaire  indorus  nacatrach  ambia- 
nensium.  Rothuic  immurro  martain.  uair  ropolan  he  dorath  dé.  conid  dô 
rochoimet  dia  inbocht  dia  étiud.  Dorât  iarum  incloidcm  triasinmbxaî  roboi 
imbe.  7  rothidnaic  aleth  donbocht.  uair  nibui  araill  aige  doberad  do.  INiuclit 
bab<£tli  immurro  nojâitbitis  imbe  uair  ^ba  docraid  aecosc  illcîh  abroitt.  in 
foivend  tra  ropo  chundla  bagalar  leoside  nach  doib  fén  dorala  amlaidsin 
inbocht  d'etiud.  ISindaidche  arcind  itconnairc  martam  incoimdid  isu  cr'ist 
colleith  abroitsium  imme.  7  istà.  roraid  ria  angliu.  Martinus  adhuc  cata- 
cuminus  hac  mé  contcxit  (.i.  martain  exarcistid  is  he  dorât  damsa  indiu 
innetaclisa).  Robaitsed  din  iarsin  martain  focetoir  achi  niro  Icic  amiltnidccht 
uad. 


i^.  INaraile  fectu5  tancatar  barbardhu  doindrud  franc.  Dothinoil  iarsin 
iiilian  cessar  amiledu  7  amûntir.  7  dorât  mi'dne  7  ascada  daccchxn  dibcoto- 
racht  comdrtam  arddig  cathaigthc  fribarbardu.' isedatbcrt  mànain  fnsinrig. 
duitsiu  romîltnigesa  cusindiu.  dodia  immurro  miltnigfet  osiind  immach. 
7  tabair  tra  t'ascada  doneoch  miltnigfes  deit.  dixit  /mutem  rcx  niforcvabiid 
léce  domiltnidecht  liait,  acht  ar  omun  in  catha  immdrach.  Uair  atbercsiusin 
ol  martain  regiitsa  immarach  cenarm  et'ir  nacathaib  7  nomdidnife  incoimdiii 
isu  cr'ist.  Rocoimetad  iarsin  he  lasin  (60^)  rig  curachotnailled  inni  rogell  do. 
Rojoidset  tra  nabarbdrdhu  iarnabarach  techta  uadib  diataba\rt  fén  7  cechiein 
(no  cechneich]  biui  ko  do  iulidn  cesair  arsith  fr'm.  Cia  tra  diarbô  anfollus 
cumbad  for  mànam  dogneth  dia  inmirbuilsin.  arnaroelniîls^  roisc  innéib 
obdsaib  nan[d]àine  nccraibdcch  inafiadnaïse. 


14.  Forâcaib  iarsin  mdrtain  amiltnidecht  talmauda  7  dochuaid  cohdâir 
cpsco^  pictaii£  combài  ré  fota  acca.  Ropâil  doclâir  coragabad  mdrtain 
grada  deochain.  Rofrithbruid  (.i.  ro  obustair)  immurro  martam  nagradasin 


on  S.  Martin  of  Tours.  389 

lowly  deeds  for  him,  such  as  pulling  off  his  sandals  and  washing  his  feet, 
and  preparing  food  for  him,  though  he,  Martin,  was  the  lord.  Humble 
was  he,  and  gentle  and  patient  with  his  fellow-soldiers,  so  that  they 
gave  respect  and  honour  unto  him  ;  and  he  reserved  nothing  of  his  pay 
except  a  sufficiency  of  food  and  raiment,  but  used  to  give  to  thepoor  and 
the  needy  of  God  :  so  that  he  was  not  deemed  a  soldier  but  a  monk. 

12.  On  a  certain  day,  then,  in  a  very  cold  winter,  as  Martin  was 
marching  with  his  comrades,  a  poor  naked  man  met  him,  crying  out  in 
the  gâte  of  the  city  of  the  Ambianenses.  But  Martin  understood  (for  he 
was  full  of  God's  grâce)  that  for  him  God  had  kept  the  poor  man  to  be 
clad.  So  he  passed  his  sword  through  the  mantle  that  was  round  him  and 
thereof  he  gave  the  moiety  to  the  poor  man,  for  naught  else  had  he  that 
could  be  given.  The  foolish  folk,  however,  mocked  at  Martin,  for  unseemly 
was  his  appearance  in  only  half  of  his  mantle  :  and  they  who  were  sager 
were  grieved  that  it  not  fallen  to  themselves  to  clothe  the  poor  man  in 
that  wise.  On  the  next  night  Martin  beheld  the  Lord  Jésus  Christ  with 
half  his  mantle  around  Him,  and  He  said  this  to  His  Angels  :  «  Martin 
the  exorcist,  he  it  is  that  gave  me  today  this  raiment.  «  Then  Martin  was 
forthwith  baptized;  but  he  did  not  give  up  military  service. 

1 3.  Meanwhile  barbarians  came  to  harry  France.  Then  Julianus  Caesar 
gathered  his  soldiers  and  his  retainers,  and  gave  treasures  and  gifts  to 
each  of  them,  until  he  came  to  Martin,  because  of  fighting  against  barba- 
rians. This  is  what  Martin  said  to  the  King  :  «  Thee  hâve  I  served  as  a 
soldier  down  to  this  day,  but  God  will  I  serve  henceforward.  So  bestow 
thy  gifts  on  some  one  who  will  serve  thee.  »  The  king  replied  :  «  Not 
for  religion  dost  thou  draw  back  from  service,  but  for  fear  of  the  battle 
tomorrow.  »  «  Since  thou  sayest  that,  »  quoth  Martin,  «  I  will  go  tomor- 
row  without  arms  between  the  hosts,  and  the  Lord  Jésus  Christ  will 
protect  me.  »  Then  he  was  kept  in  hold  by  the  king  that  he  might  fulfil 
what  he  had  promised.  But  on  the  morrow  the  barbarians  sent  envoys 
and  surrendered  themselves  and  every  one  (or  every  thing)  they  had  to 
Julianus  Caesar  that  they  might  hâve  peace.  Unto  whomthen  was  it  unclear 
that  God  wrought  this  marvel  for  Martin's  sake,  so  that  the  eyes  of  the 
Saint  might  not  be  defiled  ^  by  the  deaths  of  the  impious  men  before 
him  ? 

14.  Thereafter  Martin  left  his  earthly  service,  and  went  to  Hilary 
Bishop  of  Poitou,  and  abode  a  long  time  with  him.  Hilary  was  fain  that 
Martin  should  take  deacon's  orders.  But  for  lovvliness  Martin  refused 

8.  Elnitis,  ^d  pi.  secondâry  \)Testni  passive  (Beitr.  Vil,  61)  of  elnim.  aellned  «  macu- 
lare,  »  Z.  485. 


390  A  Middle-Irish  Homily 

arinislc.  Rôforcongair  clair  fair  combad  exarchistid.  Ni  roob  din  mdrtain 

ingradsin  arnajacisîea  combad  deroil  laiss. 

15.  Nirbafota  iarsin  curaforchanad  mdrtain  ips  condigsed  dfovcetul 
athusnigti  robatar  hingenîlidccht.  Rocomarleged  iarum  do  dclnd  acht  cotiscd 
doridise.  Dochuaid  tra  forasel  comistarla  do  dib  latrandaib.  Roîriall  inda- 
ralatrand  abéim  âthuaig.  rothairmisc  inlatrand  aile,  ardide  rocùibrigthca 
alama  mdrtain  iarnachûl  7  doratad  indaralatrand  dia  lommrad.  rosruc  Icis 
ciilloc  nderrit.  coriarfaid  dô  cia  hait  duine  thù.  atbert  mârtain  cristaide 
olse  misse,  roiarfaid  inlaîrând  indatômnagh.  dixit  mdrtain.  Nirabusa  riam 
tan  bdm[i']luga  m'imecla.  iiair  rofetar  cofortachxaigend  dia  ddccchxn  bis 
icumgi  7  itréblait.  7  ismo  comor  gallragim  detsiu  fén.  uair  isa[î]neman- 
nac9[i']  othrocaire  dé.  ropritchastar  mirlambréthir  ndé  dô  annsin  7  rochreit 
iarum  combacraibdech  inlatrand  iarsin. 

]  6.  Dochuaid  iarsin  mànâin  fovasét  cotdrfaid  demun  dô  indeilb  daine 
7  atbtït  fris.  Cipe  leth  dechais  amàrtam  no  ciped  ni  dognc  bid  adbartnaig- 
thech  démon  duit.  ISe  freccra  tue  mdrtain  fair.  dominus  mihi  adiutor  [est  ;] 
non  timebo  quid  faciat  mihi  homo^  dei  est.  INcoimdid  isfortachtaigtheoir 
damsadogrésol mànain  conidairesin  nach  fil  [u)amunneichform.[0]rachuala 
immurro  diabul  iarsin  briathra  nafrinde  rothinastar  focétoir  7  dochuaid 
arnemthnl. 

17.  Tue  martain  iarsin  a/wdthair  agent lidccht.  Foxcmdid  immurro 
aathair. 

18.  Dochuaid  mdrtain  iarsin  cosinindsi  dianid  ainm  gallinaria.  '°  doro- 
mailt  annsin  et'xr  nalubid  drchena  indathaba.  "  acht  uair  rosairig  mdrtain 
inmbrig  ncmnig  roguid  incoimdid  curahiccad  focéioir. 

19.  Rosuidig  iarsin  manistir  dô.  7  nirfota  ocldir.  Ronaccomail  clair  do 
mdrtain  araile  scchtarétsid  diaforcetul  7  diajôglaimm  abcs.  Robenad  insccli- 
taxetsid  ocrithgalav  combamarb.  intansin  bôi  mArtam  friamainisiir  ancchtair. 
intan  tanic  diaeclais  fojuair  insechtaretsid  marb  frire  trcdenais.  Tarlaic 
mdrtain  déra  iar^m  7  roguid  incoimdid.  atracht  focéloir  inmarb  abas  7  ro 


a.  Hebr.  XIII,  6. 


on  S.  Martin  of  Tours.  391 

those  orders.  Hilary  ordered  him  to  become  an  exorcist.  Martin  refused 
not  this  grade  lest  it  should  seem  that  he  thought  it  insignificant. 

15.  Not  long  after  that,  Martin  was  enjoined  in  a  vision  to  go  and 
teach  his  parents  who  were  (still)  in  heathenism.  Hewas  allowed  to  départ 
provided  that  he  would  return.  So  he  went  on  his  way  till  he  met  two 
robbers.  One  of  the  robbers  was  going  to  strike  him  with  an  axe,  but 
the  other  robber  forbade  him.  However,  Martin's  hands  were  tied  behind 
his  back,  and  one  of  the  robbers  was  set  to  strip  him.  The  robber  took 
him  to  a  secret  place,  and  asked  him  «  What  manner  of  man  art  thou  ?  » 
Said  Martin  «  I  am  a  Christian.  »  The  robber  asked  «  Art  thou  afraid  .?  » 
Said  Martin  «  Never  before  was  my  fear  less,  for  I  know  that  God 
helps  every  one  who  is  in  anguish  and  tribulation  ;  and  it  is  greatly  more 
that  I  grieve  for  thee  thyself,  for  thou  hast  no  share  (?)  9  in  God's  mercy.  )> 
Then  Martin  preached  the  word  of  God  to  him,  and  he  beheved,  and 
afterwards  that  robber  was  a  pious  man. 

16.  Thereafter  Martin  went  on  his  way  and  the  Devil  appeared  to 
him  in  human  form  and  said  to  him  :  «  Whithersoever  thou  shalt  go, 
0  Martin,  or  whatsoever  thing  thou  shalt  do,  the  Devil  will  be  adverse 
to  thee.  »  This  is  the  answer  that  Martin  gave  him  :  <(Dominus,  etc.,  the 
Lord  is  my  helper  always,  »  says  Martin,  «  and  therefore  hâve  I  no 
fear  of  anyone.  »  When  the  Devil  heard  the  words  of  truth  then  he 
vanished  forthwith  and  went  into  nothingness. 

17.  Thereafter  Martin  brought  his  mother  out  of  heathenism.  But  he 
could  not  (convert)  his  father. 

18.  Thereafter  went  Martin  to  the  island  named  Gallinaria'°.  There  he 
ate  amongst  other  herbs  the  hellébore  '  ■ .  But  when  Martin  perceived  the 
poisonous  power  (of  it  ,  he  besought  the  Lord  and  was  forthwith 
healed. 

19.  After  that  Martin  set  up  his  monastery,  and  he  was  not  far  from 
Hilary.  And  Hilary  joined  to  Martin  a  certain  catechumen  [lit.  «outside- 
hearer  «]  to  be  taught  and  to  learn  his  discipline.  The  catechumen  was 
stricken  with  ague  and  died.  Martin  was  at  that  time  away  from  his 
monastery.  When  he  came  to  his  church  he  found  the  catechumen  dead 
for  the  space  of  three  days.  Then  Martin  shed  tears  and  besought  the 
Lord.  The  corpse  arose  forthwith  from  death,  and  was  baptized,  and 
declared  that  he  had  been  borne  into  hell  and  up  to  the  judge's  throne, 

9.  Nemannac,  The  Ms.  or  more  probably  the  facsimile  is  wrong  hère.  Read  ncmran- 
,  nach 

10.  Gallmaria  in  the  facsimile.  Gallinaria  is  an  islet  in  the  Tyrrhene  sea.  Sozomen, 
cited  by  Hornius  468,  calls  it  raXXnvâpta. 

11.  Athaba,  Cormac's  athabae. 


592  ^1  Middle-lrish  Homily 

baitsed  7  roindis  corucad  aniffernd  7  corigsuide  inbnxhemon.  7  rochuala\ 
nahaingliu  icarad  fnsinmbrhhcmain.  iséso  inti  aranguid  /nartain.  dixiti 
jûdcx.  Iccid  iamm  comArtam  hc. 


20.  Tan  aile  do  mârtain  ocimdhcchî  cociiala  iialla  troma  occdincd  arailc 
mogadfir  airmitnig  roforbai  abethaid  ogasti'^,  Tcit  inàrtam  cusinmarbsin. 
7  rothoduisc  abds  tr'iaetar guide  inchoimdcd. 


2 1 .  Odorat  /«drtain  ni  ifcrtaib  7  innadamraib.  rocomccnig[cd]som  onpho- 
p\i\  dogabail  epscopoti  torindsi.  Doratad  gvMafair  iarsin.  Atbertis  immurrc 
nalicpscuïp  ccraibdecha  conarpersu  dingbala  doncpscopoti  hé.  uairbadochraia 
ôgniiis  7  badodelbda  ôtr'ilis.  Rojditbc  immurro  inpopul  cimnail  ddsacht  na- 
foïrnise.  corohôrdned  màrtain  incpscopoti  iarsin.  7  nirosfdcaib  aéirdergud'\ 
manaig  inaepscopoti.  arbahumal  inisel  ocliride. 


22.  Uair  narfulaing  tortromad  '4  nahdôine  ocathigid  cbucai  isincatraiii 
armedôn.  rosuidig  manistir  dd  mile  ceimend  onchatraig.  Sruth  ligir  don- 
darat£b  di.  carrac  môr  donleth  aile  7  enchonair  innte.  Ixxx.  manach  balu 
alin.  nibid  nach  diles  icneoch  dib.  nirbodilmain  doneoch  dib  creicc  no  cen- 
nach  dodénam.  infoirend  basào  ic  scnbend.  inlucht  basine  icaurnaigîhi  imir\ 
nibôi  ddn  aile  innte  acht  legend  7  scnbcand  nammà.  7  isuathad  nech  dib^ 
îéged  asarecles.  acht  mdd  doneclais.  immalle  tra  dathômlitis  aprôind.  nlii- 
bcd  nech  dib  fin  acht  inti  nobid  isérg.  sochaide  dib  nohédithc  ochilic.  JNian' 
ticcd  mànam  asamanistir  doncatraig  nobristis nadcmna  (leg.  nadémnaig?) 
acùibrige  7  nostrialltis  foluamain  isinàr  foruaman  mârtain.  ( 


2  5 .  Biii  din  hi  {60b)  comjocm  do  mârtain  loc  itcgtis  doinc  doernaigthc  ama\  ■ 
bid  martir  amra  nobeîh  inasuide.  uair  boi  altoir  foanmaimm  martircch  and.\ 
Nofhiarfaigcd  mdrtain  ainmm  7  aimscr  achesta  inmartir  hisin.  7  nifuair.  ■ 
ôcnis  mknam  isinlucsin  corôfaillsigead  dia  dô  cid  boi  and.  Atconnairc 
HKirtain  intansinfoscud  salach  dorcha  diachlii.  corfiarfaid  dô  aainm  7  aainl' 


on  S.  Martin  of  Tours.  395 

and  that  he  heard  the  angels  saying  to  the  judge  :  «  This  is  he  for  whom 
Martin  prayed.  »  Said  the  judge  :  «  Then  leave  ye  him  to  Martin.  » 

20.  At  another  time  as  Martin  was  journeying  he  heard  heavy  wai- 
lings,  lamenting  a  certain  slave  of  a  respectable  man,  which  (slave)  had 
ended  his  life  with  a  halter  '-.  Martin  went  to  that  corpse  and  awoke  it 
from  death,  through  his  intercession  with  the  Lord. 

2 1 .  When  Martin  had  done  *  somewhat  in  miracles  and  marvels  he 
was  compelled  by  the  people  to  take  the  bishopric  of  Tours.  Orders  were 
then  conferred  upon  him.  The  impious  bishops,  however,  kept  saying 
that  he  was  not  a  person  worthy  of  the  bishopric,  for  he  was  unsightly 
in  face  and  ugly  in  hair.  But  the  wise  folk  mocked  at  the  madness  of 
this  crew,  so  Martin  was  ordained  in  the  bishopric  thereafter  ;  and  as  a 
bishop  he  relinquished  not  his  monk's  way  of  life  '5,  for  he  was  humble 
and  lowly  of  heart. 

22.  Since  he  could  not  endure  the  oppression  '4  ofthe  people  visiting 
him  in  the  middle  of  the  city,  he  established  a  monastery  two  thousand 
paces  from  the  city.  The  river  Loire  on  one  side  of  it,  a  great  crag  on 
the  other,  and  one  path  only  (leading)  into  it.  Eighty  monks  were  his 
number  :  none  of  them  had  anything  of  his  own  :  none  of  them  was  free  to 
make  sale  or  purchase  :  the  juniors  (were  employed)  in  writing,  the  elders 
in  prayer  ;  for  no  other  art  was  (practised ,  therein  save  only  reading  and 
writing;  and  rarely  used  any  of  them  to  go  out  of  his  cell  except  to  the 
church.  They  used  to  eat  their  dinner  together.  None  of  them  drank 
wine,  save  he  who  was  sick.  Many  of  them  were  clad  in  cloth  of  camel's 
hair.  When  Martin  used  to  go  out  of  his  monastery  to  the  city,  the 
démons  (leg.  demoniacs  .?)  would  break  their  bonds  and  gofluttering  into 
the  air  for  dread  of  Martin. 

25.  Now  in  Martin's  neighbourhood  was  a  place  whither  people  used 
to  go  as  if  a  wonderful  martyr  was  (there)  seated.  For  an  ahar  under 
a  martyr's  name  was  there.  Martin  sought  the  name  of  this  martyr  and 
the  time  of  his  suffering,  and  found  not.  Martin  fasted  in  that  place  until 
God  revealed  to  him  who  was  there.  Then  Martin  perceived  a  shadow 
foui  and  dark  on  his  left,  and  he  asked  him  his  name  and  his  déserts. 


12.  Gasti  better  gosti  :  ho  goistia  (gl.  suspendio),  ingoisîigther  (gl.  inlaqueari),  Z.  877. 
*.  Lit.  given. 

13.  Éirdcrgud=:  airdérgud  «  propositum.  ■»  Z.  465. 

14.  Tortromad,  better  tortrommad  [do-for-trommad]  :  ipreccpî  narrnn  diade  doib  et 
inna-ncb-thortrommad  do-  chuingid  neich  cuccu  (gl.  insapientia  ambulate)  m  in  preaching 
the  divine  mysteries  to  them  and  in  not  oppressing  them  by  requiring  aiight  from  them,  » 
Z.  1030. 


594  ^  Middle-Irish  Homily 

/iud.  Latrand  méolse  j  forinodrochairill'md  romarbad  me.  con/c/ ^mlaidi/V 

rodichuired  inchomrorcainsin  tria  mdrtain. 


24.   Diambôi  mârtain  jorasél  iarsin  itconnairc  corp  araile  genîlii 
nobertha  coforbannach  '  s  dia  ddnocul.  sloig  mora  immalle fns.  Unanarîa 
taris-j goethocanimluad.  Doig  ïmmurro  la  mdrtain cumad  idaladràddognctl 
ann.  Tuarcaib mârlain  airrdhe croiche  crist  inaagaid  corofhast  iat  isinlucsii 
Orathuic  tva  corba  corp  dia  adnocul  tue  airrde  na  eroiche  doridisi.  7  roir, 
digset  focétoir.  combafollus  comus  cûibrig  7  tuaslaethi  ocmdrtain  indsin. 


25.  Grand  giuis  noadratis  nagente.  7  ropdil  domàrtam  athcscad.  ad 
nirolecsct  nagente  dô.  Atbert  ôen  dib  tescfamitne  fén  incvandsa  7  tairsiufou 
Ropatol  do  mârtain  sin.  rocumbrigcd  fra  mârtain  isinluc  imbademin  lei 
incrand  dothuitim.  rothescsat  nagenti  inerand  cofailte.  itconnairc*  mârtaiil 
incrandoctuitimmfairtuarcaib  airrdhe  na  crochi  coimdeta  inaagaid.  corsrai- 
ned  iarsin  inerand  tarais  fovsnagéntib  corosmarb  sochaide  dib  7  rochreidseï 
and  sin  socliaide  donagentib  doerist  7  domArtain  tnasinjirtsin. 


26.  Fecht  aile  din  do  mdrtain  icloscud  idaltige.  7  rue  ing£th  inlassai 
cusintech  comfocus.  Signis  /wartain  airrde  naeroehi  inagaid  nalasrach  c\xra- 
soad  inlassar  iarum  inagaid  nagdithe  ciarbamachlnad. 

I 

27.  Ropdil  do  mârtain  cor  darccnd  araile  tcmpail  moir  amboi  idaladvad.\ 
acht  niroléeset  nagêntidô.  Dodechutar  dd aingel fônarmgaisced  '^  corustaifni-\ 
set  nagenti.  7  corlaud  dareend  inîempul  iarum.  < 


28.  Dodechaid  ma'rtain  iarsin  dothôruma  ingine  dnbrachxaige  '7  ndcumcai\ 
cor  dochois  no  do  Idim  di.  7  dorât  aldim  fleg.  ola]coisccartha  inagin  corosic^ 
foeétôir. 


Leg.  otchonnairc 


on  S.  Martin  of  Tours.  Î95 

«  I  am  a  robber  »  said  he,  «  and  for  my  evil  déserts  I  was  killed.  «  And 
thus  was  that  error  removed  through  Martin. 

24.  When  Martin  was  on  his  road  thereafter  he  beheld  a  certain 
heathen  corpse  borne  with  evil  rites  's  to  its  grave.  Great  crowds  were 
with  it  and  over  it  white  linen  sheets  with  the  wind  disturbingthem.  So 
he  thought  it  was  idolworship  that  was  being  performed  there-'.  And 
Martin  raised  against  it  the  sign  of  the  Cross  and  detained  them  in  that 
place.  But  when  he  understood  that  it  was  a  corpse  (going)  to  its  grave, 
he  gave  the  sign  of  the  Cross  again  and  they  went  on  at  once.  Wherefore 
it  was  manifest  that  Martin  had  power  of  binding  and  loosing. 

25.  There  was  a  pinetree  which  the  heathen  used  to  worship,  and 
Martin  desired  to  eut  it  down.  But  the  heathen  would  not  let  him.  Said 
one  of  them  :  «  We  ourselves  will  eut  down  this  tree  if  thou  wilt  come 
under  it.  »  Martin  consented  thereto.  So  Martin  was  bound  in  the  place 
in  which  they  were  sure  the  tree  would  fall,  and  the  heathen  eut  down 
the  tree  with  gladness.  When  Martin  saw  the  tree  falling  upon  him  he 
raised  the  sign  of  the  Lord's  Cross  against  it,  and  then  the  tree  was 
hurled  back  over  him  on  the  heathen,  and  it  killed  many  of  them,  and 
many  of  the  heathen  then  believed  in  Christ  and  in  Martin  through  that 
miracle. 

26.  At  anothertime  Martin  was  burning  an  idol-temple  and  the  wind 
carried  the  flame  to  the  neighbouring  house.  Martin  signed  the  symbol 
of  the  Cross  against  the  flame,  and  the  flame  was  turned  back  against 
the  wind  though  it  was  a  marvel. 

27.  Martin  desired  to  overthrow  a  certain  great  temple  wherein  was 
fidolworship.  But  the  heathen  allowed  him  not.  Two  Angels  with  shields 
and  spears  "^  came,  and  they  hunted  the  heathen,  and  then  the  temple 
was  overthrown. 

28.  Then  Martin  went  to  attend  a  consumptive  '7  girl  who  could  not 
stretch  forth  foot  or  hand.  And  he  put  consecrated  oil  into  her  mouth 
and  healed  her  straightway. 

I  s .  Co-  forbannach  an  adverb  derived  from  forbann  «  bad  or  false  law,  »  O'Don.  Supp. 
to  O'Reilly,  p\.  forbanda,  Z.  87J,  The  root  is  bhadh  or  bhandk,  Curtius  Grundzùge, 
N°  326. 

a.  Sulpicius  Severus,  IX,  cxplains  the  cause  of  the  Saint's  mistake  :  «  quia  esset  haec 
Gallorum  rusticis  consuetudo,  simulacra  daemonum  candide  tecta  velamine,  misera  per 
.agros  sucs  circumferre  dementia.  »  Hornius  hère  reminds  us  of  the  ambarvalia.  Gibbon's 
note  (Décline  and  Fall,  c.  28)  is  characteristic  :  —  «  The  saint  once  mistook  (as  Don 
Quixote  might  hâve  done)  an  harmless  funeral  for  an  idolâtrons  procession,  and  impru- 
dently  comniitted  a  miracle.  » 

16.  Armgaisccd.  My  rendering  is  conjectural  :  arm  is  —  Lat.  arma,  and  gaisced  is 
sometimes  used  to  dénote  weapons. 

17.  Anbrachtaige  gen.  sg.  f.  of  anbrachtach,  the  opposite  of  brachtach  'fat'  [curadmir 
ferba  bracktchi,  LU.  io<)a)  see  Corm.  Tr.  p.  6,  s.  v.  anfobracht. 


596  A  Middle-Irish  Homily 

29.  Araile  fer.  detrâdius  aainm.  notechtad  mogaid  Idn  do  demnaib.  Isti 
roraid  dctr^dius  fria  mdrtain,  creitfctsa  docnst  madanindarbasu  nademn, 
ommogaidsi.  Dochuaid  martain  immalle  fus.  7  roindarb  nadémna  onmogau 
7  rocreit  detradius  focéXoir  docnst. 


50.  Fecht  aile  domdnam  ic  imdecht  conacca  demun  ngrana  anindlis\ 
araile  fir  maith.  forcongair  jair  cor\digstà  asinlucsin.  ised  tra.  dochoitl 
isincoic.  noithead  intrôg  hisin  7  nôathcumad  cechàn  ticed  chucca.  dora 
wartain  immurro  améra  inagin.  7  is&à  atbered  fris,  matechta  cumacliL 
tcsc  namérasa.  roimgaib  fra  demun  méra  mârtain  ama\  bid  iarnn  der. 
noberthd  inacraes.  Roescomla  demun  iarum  tnathcpresin  abrônd.  7  rosléi 
nafollechta  salcha. 

5 1 .  Araile  tan  rogab  crith  7  uamun  mor  incatraig  amboi  inârtain.  aris 
sccl  rosilad foncatraig.  na  barbdrdhu  dothidecht  diahinnrud.  forcongart  màr 
tain  diiine  démnach  bai  isincatraig  dothabant  chuige.  coriarfaid  de  eu 
diambôi  inscél.  aîbert  indiiinc  fns  .x  [vi]  dcmones  ucneriint  «une  in  ciiiita 
tem.  isiat  doronsat  indoilbcdsaddigcondcchtasu  asincatraig.  conid  amlaidsii 
rosxrad  inchathair. 


32.  Araile  tan  domixiam  corocréchtnaiged  comor.  tainic  aingel  isind-' 
aidche  coroglan  achrcchta  7  nosimb'w  ongain  slaaaide  fair  combahogslài\ 
iarnabarach  ama\  nabiui  créchtnaigthi  riam. 

33.  Fcct  and  domAnain  inarecles  t£t  demun  chuci  7  adarcc  Lin  dofui 
inaldim.  7  istà  atbered.  cdiît  itddonert  amknam.  uair  rotmarbusa  innossc 
oen  dotmûntir.  Dorogart  mdrtain  amùinntir  coriarfaid  dib  cia  romillcd  or 
guasachtsa.  atbevtis  nirbancch  donamanchuib.  acht  araile  fer  tirtha  dochuaio' 
fôncaillid  forccnd  clionnaid.  cotarut  dam  robôi  fônfcidm  aadairc  inablcu 
conusmarb  focéXoir. 

34.  Fecht  aile  ^o/«ârtain  inarecles  txt  demun  chuci  comiessid  (6 1  a)  inafail- 
sium.  dellrad  dcrmair  rcmi.  sollsi  adbul  imbesium  fén  ose  solusta  taitncmacl 
etach  rigda  imbe.  mind  rig  foracend.  iallacranda  orda  imbe.  atbert  iarsin  cwi 
chunniabalriaigc  amartain.  ismessi  cr\st  dodcchaid  cusnatalniar\daib.  7  ropâi>i 
dam  injoillsiugud  duitse  foxtùs.  Atbert  /nartain.  nichretimsca  cr'ist  dothi- 
decht. acht  isindcilb  7  isinecosc  inrochesair.  Orachuala  diabul  nabriathvasn 
rolhin  focéloir  ama\  diaid  corolin  in  rcclcs  obréntaid.  Atchid  tra  mârtaii 


on  S.  Martin  of  Tours.  597 

29.  A  certain  man  named  Tetradius  had  a  slave  full  of  démons.  Tetra- 
dius  said  this  to  Martin  :  «  I  will  believe  in  Christ  if  thou  expellest  the 
démons  from  my  slave.  »  Martin  went  along  with  him,  and  expelled 
the  démons  from  the  slave,  and  Tetradius  believed  in  Christ  forthwith. 

50.  Atanother  timeas  Martin  was  walking  he  sawahideous  démon  in 
the  hall  of  a  certain  prud'homme  and  ordered  him  to  corne  out  of  that 
place.  So  he  entered  into  the  cook  and  the  misérable  man  was  biting  and 
mangling  every  one  who  came  to  him.  Martin,  however,  put  his  fmgers 
into  his  mouth  and  said  this  to  him  :  «  If  thou  hast  power  (to  do  so),  lacerate 
thèse  fmgers.  w  So  the  démon  shrunk  from  Martin's  fmgers  as  if  redhot 
,iron  had  been  put  into  his  maw  ;  and  then  the  démon  escaped  through 
the  flux  of  his  (the  cook's)  belly  and  left  the  foui  traces. 

3 1 .  At  another  time  trembling  and  great  fear  seized  the  city  wherein 
Martin  was  dwelling.  For  thèse  were  the  tidings  that  weresownthroughout 
the  city,  that  the  barbarians  were  coming  to  harry  it.  Martin  ordered 
a  demoniac  who  was  in  the  city  to  be  brought  to  him,  and  he  asked  him 
whence  were  the  tidings.  Said  the  man  to  him  :  «  Sixteen  démons  hâve 
just  come  in  civitatem  :  it  is  they  that  hâve  made  this  figmenl,  in  order 
that  thou  mayst  go  out  of  the  city.  »  And  in  that  wise  the  city  was  freed 
(from  alarm). 

52.  At  another  time  when  Martin  was  sore  wounded  there  came  an 
angel  in  the  night  and  cleansed  his  wounds;,  and  applied  a  healing  unguent 
to  him  ;  so  that  he  was  quite  whole  on  the  morrow  as  if  he  had  not 
Deen  previously  wounded. 

]  5 .  Once  upon  a  time  as  Martin  was  in  his  cell,  there  came  to  him  a  de- 
non  with  a  horn  full  of  blood  in  his  hand ,  and  this  is  what  he  was  saying  : 
:<  Where  is  thy  might,  0  Martin,  for  now  I  hâve  killed  one  of  thy 
"amily  .?  n  Martin  summoned  his  family,  and  asked  them  who  had  been 
lurt  by  this  péril .?  They  said  it  was  not  any  of  the  monks,  but  a  certain 
Iryingman  who  was  going  through  the  wood  after  fuel,  and  an  ox  which 
vas  under  the  yoke  drove  its  horn  into  his  groin  and  killed  him  at 
)nce. 

54.  At  another  time  as  Martin  was  in  his  cell  a  démon  came  to  him 
ind  sat  down  near  him.  A  great  radiance  was  before  the  démon  :  a 
'ast  light  around  himself  and  he  was  brilliant  and  shining  :  royal  raiment 
vas  upon  him  :  a  king's  diadem  on  his  head  :  golden  sandals  had  he. 
'hen  he  said  «  Why  doubtest  thou,  Martin  ï  I  am  Christ  who  hâve  come 
0  the  earth,  and  I  desired  that  the  manifestation  should  be  to  thee  the 
irst  of  ail.  »  Said  Martin  «  I  do  not  believe  that  Christ  will  come  save 
a  the  shape  and  appearance  in  which  he  suffered.  »  When  the  devil 


5Ç)8  A  Middlc-Irish  Homily 

inahaingliu  icimacallaim  inafldadnaise.  Diabul  immurro  cipe  deilb  iiisa: 
comànam  cid  inafolaid  diles.  no  araile  fiiatli  tarmchnita  aîciîea  omârtai! 
lie.  NochluiiUis  din  nabrathrc  esium  7  diabul  icaaitlnsiugnd  /«ârtain  onac 
cùmcad  aralll  dé. 


35.  Araile  fer  cmXaide  .i.  euantiwsljxlciinmside.  ronbenad  oncnthgalu. 
7  dorogart  màrlam  chuci.  Basldn  infcrsin  resiii  tised  inàrtam  coleth  cona/, 
chuci.  Dociiaid  inafrithsét  mârtain  conasruc  laiss  diathig.  ISannsin  rok 
innathir  gilta  domûntir  indjifcéXna  conderna  att  dicend  diachurp'^.  tiica 
focéwir  comdrtain.  7  doratsom  arriéra  imoncrecht  corojaisc.  tanic  sriu 
doneim  7  dojail  asincrecht.  atracht  ingilla  focéXoir  7  se  ôgslan.  7  rosi 
bachsaî  naliuli  inmirbuilsin.  7  atbertsat  naboi  fônim  necli  coniced  indsaim 
mdrtain  ifertaib  7  immirbuUb  7  inadaimaib. 


■^G.Fecht  do  mdrtain  icimdecht  dodcchaid  imaddermair  nangenti  inafntlïsé.i 
Tanic  araile  bannscdl  7  amac  marb  le  comànam.  7  rogiiid  inti  marîai\ 
corothoduscad  incoimdiu  amac  di.  rofill  mdrtain  agli'ini  annsin  7  dosgn 
slechtain  7  crosfigill  '9.  7  roguid  incoimdid  conduthrachl.  ^fracht  inma\ 
abds  focéXoir .  7  rocrctset  nagent  i  docrisX.  ' 


37.  Fcclit  aile  do  martain  ocimdechî.  dodcchaid  bô  dasachtach  inaagaial 
7  foracaib  abâ  7  nosfeochraigcd  friaddinib.  itclwnnairc  mârtain  dcmo.i 
fovadrûimm.  7  atbert  fnadcmon  forassaig  onanmanna  ncinurchoitecli.  foras] 
saig  démon  focéXoir  labréxhir  mârtain.  7  baccnnais  inbô. 


58.  Cessair  galar  ticcd cccha  bliaànaillrscno[n\icca.  roguidsct  aittrcbthaid 
intire  /ur/acht  0  mârtain.  roguid  mârtain  incoimdid  /orra.  7  ros<£rtk\ 
ontedmmaim  naccssari.  tnasin  fich/7  bliadan  tra  boi  mârtain  inabethau] 


on  S.  Martin  of  Tours.  399 

heard  thèse  words,  he  straightway  vanished  like  smoke  and  filled  the 
cell  with  stench.  Then  Martin  saw  the  angels  conversing  in  his  présence  *. 
As  to  the  Devil,  whatever  might  be  the  form  in  which  he  would  corne  to 
Martin,  whether  in  hisproper  garb  (?),  or  some  other  shape  of  transfor- 
mation, he  was  seen  by  Martin.  The  brethren  then  used  to  hear  him, 
and  the  Devil  reproaching  Martin  since  he  could  do  nothiag  else  to  him  **. 

35.  A  certain  Christian  man,  Evantius  by  nawe,  was  stricken  by  the 
ague  and  he  summoned  Martin  to  him.  That  man  became  well  before 
Martin  had  gone  half  the  way  to  him  [and  he  met  Martin  on  the  road.  | 
Martin  went  back  with  him  and  he  (Evantius)  took  him  with  him  to  his 
house.  Then  the  serpent  wounded  a  gillie  of  the  same  man's  family  and 
caused  a  sudden  '^  (?)  swelling  of  his  body.  He  was  at  once  brought  to 
Martin,  and  Martin  put  his  fmgers  round  the  wound  and  compressed  it, 
and  a  stream  of  venom  and  blood  came  out  of  the  wound.  The  boy 
arose  straightway  and  was  whole.  And  ail  rejoiced  at  that  marvel,  and 
ail  said  that  there  was  no  one  under  heaven  who  had  power  like  Martin 
in  miracles  and  in  marvels  and  in  wonders  f . 

36.  Once  as  Martin  was  journeying  there  came  in  the  contrary  way  a 
vast  crowd  of  the  heathen.  Then  a  certain  woman,  with  her  dead  son, 
came  to  Martin  and  besought  him  that  the  Lord  would  raise  her  son 
from  death.  Martin  bent  his  knees  then,  and  made  genuflection  and 
;:ross-vigil  '9,  and  besought  the  Lord  with  right  good  will.  The  boy 
jrose  at  once  frorn  death,  and  the  heathen  believed  in  Christ. 

37.  Another  time,  as  Martin  was  journeying,  amadcow  cametowards 
lim  :  she  had  left  her  herdff,  and  was  enraged  against  human  beings. 
\Iartin  saw  a  démon  on  her  back,  and  he  said  to  the  démon  :  «  Dismount 
'?)  from  the  harmless  beast.  »  The  démon  dismounted  (?j  forthwith  al 
Wartin's  word,  and  the  cow  was  gentle  (again)  f*. 

38.  A  plague  of  hailusedto  come  every  year  into  the  country  of  the  Se- 
■lones.The  inhabitants  of  that  country  asked  helpfrom  Martin.  And  so  Mar- 
in besought  the  Lord  for  them,  and  they  were  freed  from  the  pest  of  the 
lail.  During  the  score  of  years  that  Martin  lived  (after  that)  the  hail 

*  Sulp.  Sev.  XXV.  Compare  the  story  of  S.  Moling  and  the  Devil,  Goiclel.*  180. 
**  Sulp.  Sev.  XXIV. 

18.  AU  dicend  :  I  compare  doubtfully  the  common  adverb  dichennaib  »  continuo,  ex 
:mpore.  »  The  disease  i2tt  dichinn  occurs  also  in  the  St  Gall  incantation,  Gr.  C.-  949  ; 
nd  in  the  Revue  celtique,  II,  197,  for  corfasaî  dicenn,  we  should,  I  suspect,  read  cor- 
is  at  dicenn  «  so  that  a  sudden  (?)  swelling  grew.  » 

j.  Dial.  II,  c.  j. 

19.  Cross-figill.  O'Clery  explains  this  by  «  prayer  or  vigil  which  one  makes  on  his 
nées  with  his  arms  stretched  out  in  a  cross.  » 

i"i-.  Lit.  cows. 
t*  Dial.  II,  9. 


400  A  Middle-Irish  Homiîy 

n'ithanic  incessair.  lArnéc  ira  mànainfocétoir  tank  incessair.  follns  tra  assit 

cocdined  indoman  dobâs  mârtain  amal  nojailtniged  diabethaid. 


59.  Arailc  daine  hatar  ingnasacht  mor  fovmuir  thorrcn.  uair  runguidse 
ffîdrtain  rosartha  focéloir  dianimbàdiid. 


40.  Bahc  métindratha  dorât  dia  formârtain cipé  nobeth  itréblait diatâ'uUù 
innûir  no  inndin  forsalaiged  mànam  nohictha  jocéloir.  Cipe  nobeth  ingua 
sacht  domuirnotir.  achi  coroclniimniged  màrtain  nofuvtachlaigthea  coliiath 
Cipe  démnach  asamér  no  asabrdga  imatabarthea  broderni  diaétach  nohicîk 
cosolam  ^°. 


41.  Fecht  do  martain  inarecles  atconnaircc  dddemon  forsin  carraic  osin 
manistir  7  ised  atbertiss  eibisa  tebric.io^K  marbuded  atbertls.  dena  calm 
abricio.  dena  calma  abricio.  nert  niaithabricio  doiinmdevgud  wdrtain.  Dodi 
chaid  bricio  cenfuirecli  comànaïn  7  roscéid  mile  athisefair.  Nirocumscaigc 
immurro  mànain  dcsin  acht  is&ù.  atberead.  Arrofodamar  isu  inti  iiuia 
diabxath.  cid  din  arnachfôdemaindsa  bricio  domathisiugud.  Rogni  trabrici 
athrige  7  roslecht  focliossaib  mârtain  7  dorât  mdrtain  dilgud  dô. 


42.  Ar  itimmda  ferta  7  mirbuile  mirtain  islor  bec  dit  ardesmb'wcch 
arnicoemnustar  anaisnes  uli.  acht  minetised  dia  fessin  no  aingcl  dé  donii 
dianindisse.  uair  abetha  inmedonach  7  aairbert  bith  ceclilatlii  7  amenni 
indfeithmecli  dogvés  india.  aabstanait  7  amesraigetu  7  amorsatliar  hinôini 
(7)  inernaigthib.  nisfil  nech  conicfad  andisnes.  arnisechmallaà  nacli  nuai 
no  nach  momint  aimsire  cenernaigthe  no  cenléigend.  Bahe  met  aûmla  con 
nigcd  cossa  nanôigcad  7  cotabrad  iisce  daraldmu.  7  nisuided  aninad  cûin 
dachta.  amal  îsuidit^-  araile  hicathairib  cumdachtaib. 


43.  Mor  inmaith  corbaccndais  do  martain  obriathraib  x.  (6ib)  j  baciinnai' 


on  S.  Martin  of  Tours.  40 1 

came  not.  Immediately  after  Martin's  death  the  bail  came.  So  it  is  mani- 
fest  that  the  world  bewailed  Martin's  death  even  as  it  had  rejoiced  in 
his  iife  '. 

39.  Certain  persons  were  in  great  péril  on  the  Tyrrhene  sea.  When 
they  invoked  Martin  they  were  forthwith  saved  from  drowning. 

40.  Such  was  the  amount  of  grâce  that  God  bestowed  on  Martin, 
that  were  any  one  in  tribulation,  if  he  touched  the  mould  or  the  rushes 
whereon  Martin  had  spat,  he  was  healed  forthwith.  Were  anyone  in 
danger  of  sea  or  land,  if  only  he  remembered  Martin  he  was  heiped 
quickly.  Were  anyone  demoniacally  possessed  in  his  finger  or  his  neck, 
if  a  hair  of  his  (Martin's)  raiment  was  put  round  it  he  was  healed 
rapidly  20. 

41.  Once  as  Martin  was  in  his  cell  he  saw  two  démons  on  the  crag 
over  the  monastery,  and  this  is  what  they  were  saying.  Eia  te  Bricio,  Eia 
te  Bricio  2'  /  that  is  to  say  «  Do  boldly,  0  Bricio  !  good  courage,  0  Bricio, 
to  shame  Martin  !  »  Bricio  went  without  delay  to  Martin,  and  vomited 
a  thousand  reproaches  against  him  '*.  Martin,  however,  was  not  moved 
thereby,  but  he  said  this  :  «  Since  Jésus  sufîered  Judas  to  betray  him, 
why  should  not  I  suffer  Bricio  to  reproach  me  ?  n  Then  Bricio  repented, 
and  knelt  at  Martin's  feet,  and  Martin  forgave  him. 

42.  Since  the  miracles  and  marvels  of  Martin  are  numerous,  a  little 
of  them  is  enough  by  way  of  example,  for  it  would  not  be  possible  to 
déclare  them  ail,  unless  God  Himself,  or  an  angel  of  God,  should  come 
from  heaven  to  relate  them.  For  Martin's  inner  Iife,  and  his  use  of 
every  day,  and  his  mind  continually  contemplating  God,  his  abstinence 
and  his  modération,  and  his  great  labour  in  fastings  and  in  prayers,  there 
is  no  one  who  could  déclare  them,  for  not  an  hour  or  (rather)  not  a 
moment  of  time  used  he  to  pass  without  prayer  or  reading.  So  great 
was  his  lowliness  that  he  used  to  wash  the  feet  of  the  guests  and  pour 
water  over  their  hands,  and  he  used  not  to  sit  in  a  canopied  place  as 
some  sit  22  in  canopied  thrones. 

43.  Great  the  good  that  Martin  was  gentle  in  word,  and  wise  in  con- 


*.  Dial.  m,  7. 

20..  The  text  hère  seems  incomplète;  but  the  sensé  must  be  something  like  what  I  hâve 
given. 

2 1 .  The  mysterious  eibisa  of  the  ms.  is  nothing  but  the  Latin  interjection  eia  into  which 
the  ignorant  scribe  has  inserted  the  adverb  bis,  originally,  no  doubt,  a  gloss  to  indicate 
répétition. 

**.  «  Evomuit  in  Martinum  mille  convicia.  »  Sulp.  Sev.  Dial.  II.  20. 

22.  Amal  tsuidit  :  cf.  cumal  tsenorba  O'Dav.  67,  s.  v.  coitechîa.  Hère  t  is  inserted 
between  the  liquid  and  infected  s  (=  h),  just  as  in  the  Nhg.  deren-t-halben,  dessen-t- 
halben. 

Rev.  Celt.  Il  27 


402  A  Middk-lrish  Homily  on  S.  Martin  of  Tours, 

oimacallaim  .c.  *?  7  bahcrlam  icîuaslucad  cest.  Ocus  bahingnadsin  induine 
narlég  liîtn  nolégmd  inaôitid.  conid  arnamirbulib  sin  din  7  armirbulib 
immda  aileib  nadctumar  dosbelr  intecnaid  intestusa  for  mârtain  concpert. 
Oiiere  beatiisuir  in  quo  dolus  non  fuit .  neminem  iiidicans.  neminem  dampnans*. 
niilli  maliirn  pro  malo  reddens  et  '*  cmn  esset  summus  sacerdos  impiine  etiani 
ab  infimis  (.i.  baderoil)  clericis  ledebatur  ""^  ;  nec  propter  id  eos  a  locis  suis 
(vel  loco  suo)  mouebat  *. 

Nemo  eniin  [illuin]  uidit  unquam  iratum  necque  commotuni .  Nemo  m[o]eren- 
îem.  Nemo  ridentem  *'.  unus  idemque  seniper,  celestern  quodammodo  uulta 
letitiam  praferens,  extra  naturam  hominis  uidebatur  .i.  Bahansom  7  bahinund 
dogxés  cotaitned  infailte  némda  .i.  rath  dé  foragnûis  sechtâraicniud  duine.  7 
ise  a  met  on  conatbmnithea  etir  combaduine  é.  for  met  aratha  7  aairmiten. 

44.  Atatt  athassi  inîii  noem  mârtain  isnatalm3X\daib  conglôir  cofertaib 
comirbulib  conadamraib.  Aanimm  immurro  taitnid  isincatraig  nemdai  inter 
ceteros  fidèles  dei  inter  sidéra,  cosollsi  gréne  conetrochta  aingel  j  archaingel 
inchoimded  conert  apstal  7  descipul  isu  crisî  mie  dé  bii.  ijailte  suthain 
ifiadnaise  nanoemtrinôti.  athar  7  mie  7  spirla  noem. 

45.  Ailim  trôcake inchoimded triaimpide ni£m  martain.  corisam  uli  infailte 

sin.  7  corosaittrebam.  in  s£cula  s<zculorum.  amen.  amen. 

*.  condemnans  Horn.  494. 

**.  tantam  quippe  adversum  omnes  injurias  patientiam  adsumpserat,  ut  cum  etc.  Horn. 

***.  laederetur  Horn.  —  *.  aut  loco  unquam  amoverit,  Horn.  —  **.  Facs.  redentem. 

verse  25^  and  ready  in  solving  questions.  And  that  was  a  wonder  for 
one  who  had  not  read  letters  or  scripture  in  his  youth.  Wherefore  of 
those  marvels,  and  of  many  other  marvels  which  we  know  not,  the  Sage 
bears  this  testimony  eoneerning  Martin  and  said  :  0  vere  beatus,  ete., 
i.e.  he  was  one  and  the  same  always,  so  that  the  heavenly  bliss,  to  wit, 
God's  grâce,  shone  upon  his  face  supernaturally,  and  so  great  was  this 
that  it  could  nowise  be  supposed  that  he  was  a  human  being,  because 
of  the  greatness  of  his  grâce  and  his  dignity. 

44.  The  reHcsof  this  holy  Martin  are  on  earth,  with  glory,  with  mi- 
racles, with  marvels,  with  wonders.  But  his  soûl  is  shining  in  the  hea- 
venly City  inter  ceteros  fidèles  Dei,  inter  sidéra,  with  light  of  sun,  with 
the  splendour  of  the  angels  and  archangels  of  the  Lord,  with  the  might 
of  the  apostles  and  disciples  of  Jésus  Christ  the  SonoflivingGod,  in  bliss 
eternal,  in  présence  of  the  holy  Trinity,  Father  and  Son  and  Holy  Ghost. 

45.  I  beseeeh  the  Lord's  mercy,  through  Saint  Martin's  intercession. 
May  we  ail  reach  that  bliss  and  may  we  dwel  therein  in  saecula  saecu- 
lorum  !  Amen.  Amen. 

23.  I  do  not  know  what  the  abbreviation  u  .c.  »  liere  représenta. 


MÉLANGES. 


LES  ACCUSATIFS  GAULOIS  EN  -AS. 

A  M.  d'Arbois  de  Jubainville  revient  le  mérite  d'avoir  réuni  des 
formes  gauloises  qu'il  a  tirées  d'écrivains  latins  de  diverses  époques  et 
de  diverses  nationalités  {Rev.  Celt.,  1,  p.  320  et  suiv.).  Ces  textes  ont 
d'autant  plus  d'intérêt  qu'ils  confirment  des  résultats  obtenus  d'autre 

!  part,  mais  dont  il  eût  été  prématuré  de  tirer  des  conséquences  et  des  con- 
clusions :  on  eût  pu  s'égarer  dans  ce  chemin.  Aussi  me  suis-je  gardé  d'in- 

;  troduire  soit  dans  les  Beitr£ge  soit  dans  la  nouvelle  édition  de  la  Gram- 
matica  Celîica  des  formes  plus  anciennes  en  -as  que  nous  a  conservées 
un  écrivain  latin,  connaisseur  en  gaulois  s'il  en  fût,  Jules  César  lui- 
même.  Dès  le  jour  où  j'avais  réussi  à  analyser  la  déclinaison  de  l'ancien 

'  irlandais,  je  n'avais  pourtant  aucun  doute  que  ces  exemples  ne  nous 
fournissent,  non  des  formes  grécisées  comme  on  l'a  cru  jusqu'ici,  mais 
des  formes  gauloises  régulières.  Peut-être  cependant  les  prononçait-on 

:  brèves,  comme  elles  le  sont  sans  conteste  dans  Lucain,  et  là  tout  au 

.  moins  y  avait-il  une  influence  grecque.  Comme  M.  d'Arbois  de  Jubain- 
ville a  justement  passé  sous  silence  les  exemples  que  nous  fournit  César 

I  lui-même,  je  crois  utile  de  les  citer  ici  : 

II  .  Lingonas,  b.  g.,  I,  26. 

"  Allobrogas,  b.  g.  I,  14;  VII,  64;  b.  c.  III,  63. 

Curiosolitas,  b.  g.  II,  34;  III,  7. 
On  pourrait  ajouter  Sallyas^  B.  C.  I,  35,  si,  à  cause  de  l'y,  on  ne  devait 
y  voir  une  formation  grecque,  hypothèse  absolument  impossible  pour 
Curiosolitas. 

Je  ne  puis  achever  cette  note  sans  penser  à  un  mot  dans  lequel  cet 
accusatif  pluriel  en  îïs  a  influencé  toute  sa  déclinaison,  et  cela  de  telle 
sorte  qu'on  peut  encore  reconnaître  la  longueur  de  l'^t.  Je  veux  parler 
du  mot  druides  qui  se  rencontre  assez  souvent  dans  César  B.  G.  VI,  1 3- 
2 1 ,  mais  pourtant  chaque  fois  avec  les  flexions  de  la  troisième  déclinai- 
son, même  sous  la  forme  vraiment  latine  de  druides  à  l'accusatif.  Par 


404  Les  noms  propres  francs  et  les  noms  propres  bretons 

contre  nous  trouvons  déjà  dans  Cicéron,  De  Divin.,  I,  41  (90)  le  nom, 
druide;  de  même  dans  Pline,  Hist.  nat.  XVI,  44  (25),  dans  Tacite, 
Ann.  XIV,  p,  Hist.  IV,  54,  Lucain  I,  4$  i  ;  Suétone,  Claude,  XXV. 
donne  le  gén.  druidarum  ;  Ausone,  Prof.  V,  22  nous  offre,  il  est  vrai,  ' 
druidum,  mais  chez  un  poète  cette  forme  ne  suffit  pas  à  établir  une  dé- 
clinaison consonantique.  Si  les  Grecs,  Strabon  par  exemple,  ont  décliné 
Sp'jiSat,  c'est  que  le  génie  de  leur  langue  les  y  forçait  presque  par 
l'habitude  des  noms  masc.  en  -l'o-^;  avec  les  noms  fém.  en  -iq.  Chez 
les  écrivains  latins  auxquels  les  formes  comme  lapides  étaient  familières, 
c'est  uniquement,  à  mon  avis,  l'ace,  gaulois  en  -as  qui  a  provoqué  cette 
transformation  du  mot. 

Encore  une  question.  Consimilis  est,  à  tout  prendre,  un  mot  rare  en 
latin,  surtout  dans  le  style  élevé.  Si  des  rares  exemples  de  ce  mot  en  dehors 
de  la  comédie  (Cicéron  l'emploie  peut-être  deux  fois)  trois  appartiennent 
à  César  et  à  ses  commentaires  de  la  guerre  des  Gaules,  cette  rencontre  ■ 
ne  tient-elle  pas  à  la  circonstance  que  César  aurait  souvent  entendu 
prononcer  le  mot  gaulois  correspondant.?  Je  ne  puis  me  refuser  à  suppo- 
ser que  le  thème  celtique  simple  samali  était  originairement  un  substantif, 
et  qu'il  n'en  est  sorti  que  lentement  un  adjectif,  sous  l'influence  d'adjec- 
tifs composés  tels  que  "consamali  (irl.  cosmil,  corn,  kehavall). 

H.  Ebel. 

LES  NOMS  PROPRES  FRANCS 

ET  LES  NOMS  PROPRES  BRETONS  DU  CARTULAIRE  DE  REDON. 

Zeuss  (Gr.  C,  p.  859;  Gr.  C.^,  p.  889)  a  signalé  un  nom  breton 
composé  qui  est  à  peu  près  identique  à  un  nom  franc,  c'est  Clot-ri.  Clot-ri 
diffère  à  peine  de  Chlode-ricus  (Grég.  de  Tours  dans  D.  Bouquet,  II, 
182  D,  Epit.,  ihid.,  401  B)  ou  Hlode-ricus  (Le  Blant,  Inscriptions,  t.  I, 
p.  369,  n"  261).  Le  premier  terme,  identique  au  latin  clutus,  est  le  par- 
ticipe passé  passif  de  la  racine  clu,  en  sanscrit  cru  «  entendre  »  (Pott, 
Etymologische  Forscimngen,  t.  IV,  p.  71?  et  suivantes,  n"  239).  Ce  parti- 
cipe passé  s'emploie  en  irlandais  comme  adjectif  et  comme  substantif  : 
cloth,  adjectif,  signifie  en  irlandais  «  noble,  généreux,  brave;  »  clotii, 
substantif,  veut  dire  en  irlandais  «  gloire,  célébrité.  «  En  gallois  et  en 
comique  ce  mot  n'est  usité  qu'avec  valeur  de  substantif  :  clod  en  gallois 
veut  dire  «  gloire,  louange  ;  »  clos  en  comique  a  le  même  sens.  L'équi- 
valent étymologique  en  langue  franque,  chlode,  Mode  est  identique  àj 
l'adjectif  vieux-haut-allemand  hlùt,  à  l'adjectif  vieux  saxon  hlùd  «  reten-j 
tissant,  sonore,  distinct.  »  Quant  au  second  terme,  le  franc  latinisé  ricus 


du  Cartulaire  de  Redon.  405 

=  reika-s  =  reiga-s,  est,  sauf  le  développement  du  thème  par  la 
voyelle  a,  identique  au  gothique  reiks,  ap/wv,  et  au  gaulois  reix,  rixs, 
thème  reig,  qui  malgré  la  perte  de  la  consonne  finale  est  parfaitement 
reconnaissable  dans  le  breton  ri. 

On  aurait  peine,  je  crois,  à  dresser  une  liste  un  peu  longue  de  noms 
propres  qui  se  retrouvent  ainsi  à  la  fois  et  en  breton  et  dans  la  langue 
franque  ;  et  la  plupart  des  noms  bretons,  qui  paraissent  au  premier  abord 
identiques  ou  semblables  à  certains  noms  francs,  sont  formés  d'éléments 
complètement  différents. 

Nous  allons  en  citer  quelques-uns  d'après  le  cartulaire  de  Redon  :  les 
tables  de  l'édition  donnée  par  M.  de  Courson  mettent  à  notre  disposition 
une  nomenclature  onomastique  facile  à  consulter. 

Aerviu  ou  avec  une  li  parasite  Haerveu,  Haerwiu,  Haervi,  Herviu,  Hervi 
est  composé  de  deux  termes  :  i"  aer  =  air  =  agr  «  bataille  »  {Gr.  O, 
p.  17,  102,  890)  comparez  le  nom  de  peuple  gaulois  Ver-agri,  l'irlandais 
dr=  agr  {strages)  et  le  grec  x/pa  «  chasse,  pêche,  proie;  »  2°  via,  en 
gallois  moderne  gwiw  «  digne,  propre  à  »  {Gr.  C.^,  p.  109).  Aerviu 
veut  donc  dire  «  propre  à  la  guerre.  »  Ce  nom  se  confond  dans  le  cartu- 
laire de  Redon  et  dans  les  documents  modernes  avec  le  franc  carlovin- 
gien  Herveus  ==  heri-veus  =  hari-veus  dont  la  forme  mérovingienne  au- 
rait été  Chari-vêchu  et  dont  le  premier  terme  signifie  «  armée,  guerrier,  » 
le  second  terme  probablement  (f  saint,  sacré,  divin  ».  Le  sens  de  ce 
composé  franc  semble  donc  être  «  saint  guerrier,  guerrier  sacré  »  (cf. 
Grimm,  Deutsche  mythologie^,  t.  I,  p.  58;  Wackernagel  dans  Binding, 
Das  burgundischc-romanische-Kœnigreich,  i.  I,  p.  346). 

Eudon  en  breton  paraît  composé.'  Le  premier  terme  eu  =-  avi  signifie 
probablement  «  justice,  droiture.  «  Lebreton  armoricain  eeun  en  est  dérivé 
[Gr.  C.2,  p.  82,  128,  1069).  Le  second  terme,  ^o/z,  est  identique  au  bre- 
ton armoricain  moderne  ^e/z  «  homme  ».  Eudon  veut  donc  dire  «  homme 
juste,  droit.  »  Il  faut  éviter  de  confondre  ce  nom  avec  le  français 
((  Eudes,  Odon,  «  à  l'époque  carlovingienne  Odo,  Odonis,  dérivé  du  thème 
germanique  auda  «  richesse,  bonheur  «  qu'on  trouve  dans  le  composé 
gothique  auda-hafts  «  riche  »  et  dans  le  haut-allemand  moderne  Klein-od 
«  bijou»  (cf.  Diefenbach,  Vergleichendes  Wœrterbuch  der  gothischen  Sprache, 
t.  I,  p.  68;  Fœrstemann,  Personennamen,  col.   161). 

Even,  Ewen,  Ewon  est  un  nom  breton  dérivé  d'avi,  premier  terme 
à'Eudon  =  Avi-don.  Il  n'y  a  qu'un  rapport  de  consonnance  entre  ce  nom 
et  le  français  «  Ives,  Ivon  »,  dans  la  langue  franque  de  l'époque  carlo- 
vingienne Ivo,  h'onis  ou  mieux  Hivo,  Hivonis,  féminin  [H^va  [^H^vanis. 
Hivo  veut  dire  «  mari  »  et  Heva  «  épouse  ».  Ces  deux  noms  qui  appar- 


4o6  Les  noms  propres  francs  et  les  noms  propres  bretons. 

tiennent  à  la  déclinaison  faible  sont  dérivés  du  thème  féminin  fort  heiva, 

maison  ' . 

L'étymologie  du  nom  propre  franc  Milo,  -onis  est  inconnue  (Fœrste- 
mann,  ibid.  929).  Peut-être  peut-on  rattacher  ce  nom  à  la  racine  slave 
Mil  «  aimer  »  (cf.  Pott  :  Etymologische  Forschungen,  t.  V,  p.  $51,  n" 
589).  Mais  il  est,  ce  me  semble,  impossible  d'établir  aucune  relation 
entre  ce  nom  et  le  breton  Milun  dérivé  au  moyen  de  suffixe  un  {Gr.  C.S 
p.  824)  de  mil  «  animal,  bête,  »  comparez  le  latin  mw/us. 

Le  nom  propre  franc  Guido  est  probablement  dérivé  d'un  adjectif 
germanique  mrf-^«  ample,  large»  [Gnmm,  Grammatik^,  t.  II, p.  578,640) 
qui  apparaît  en  vieux  saxon  sous  la  forme  w^,  en  vieux-haut-allemand  sous 
la  forme  wit.  Le  nom  propre  breton  Vmd=  "viduins],  ihèmevidon,  paraît 
dérivé  de  la  racine  vid  «  savoir  »  en  irlandais  fid  [Gr.  C.^,  p,  49,  53) 
qui  a  donné  au  breton  armoricain  moderne  le  dérivé  gwiziek  «  savant  ». 
Le  nom  propre  breton  Guld-gual,  Guid-ual,  Vuid-al  a,  ce  nous  semble, 
pour  premier  terme  vido,  thème  dont  Vuid  =  vidulns]  est  dérivé,  et  ne  se 
rapproche  que  par  le  son  du  franc  Guido. 

J'ai  d'abord  cru  étrangère  à  la  langue  armoricaine  la  seconde  par- 
tie d'un  nom  célèbre  auquel  un  des  plus  savants  collaborateurs  de  ce 
recueil  a  consacré  dans  la  précédente  livraison  une  notice  pleine  d'inté- 
rêt. Je  veux  parler  du  nom  d'Abailard.  La  première  partie  ab  est  bre- 
tonne et  signifie  fils.  M.  Renan  l'a  démontré  péremptoirement,  et  aux 
textes  qu'il  a  recueillis  et  si  bien  commentés,  on  peut  joindre  une  charte 
de  l'année  857  où  paraît  un  témoin  nommé  Ab-brit,  c'est-à-dire  fils  de 
Brit  (cart.  de  Redon,  p.  22)  et  une  charte  de  l'année  865  où  figure  le 
témoin  Ab-gar  «  fils  du  parent  »  (cart.  de  Redon,  p.  208).  Brit  ou  Brito 
est  un  nom  propre  qui  se  rencontre  une  fois  dans  le  Cart.  de  Redon, 
p.  506.  De  plus  c'est  le  premier  terme  du  composé  Brit-hael,  le  second 
terme  des  composés  Al-brit,  Con-brit,  El-brit,  Ho-brit,  June-prit  {=  Junet- 
brit),  Roen-brit,  Sul-brit,  Wen-brit  ;  son  dérivé  britou  se  trouve  employé 
comme  nom  propre  et  comme  second  terme  des  composés  Anau-britou, 
Loies-britou.  Quant  à  car,  second  terme  d^Ab-gar,  il  est  encore  usité 
comme  nom  commun,  et  les  exemples  de  ce  mot  fournis  par  le  cartu- 
laire  de  Redon  sont  trop  nombreux  pour  qu'il  soit  utile  de  les  citer  ici. 
Ab-brit  et  Ab-gar  sont  donc  des  mots  entièrement  bretons.  Mais  Ab- 
ailard  me  semblait  hybride  :  je  considérais  le  second  terme  ailard 
comme  la  forme  contracte  d'un  composé  qui  dans  la  langue  des  actes 

I.  Suivant  M.  Fœrstemânn,  Pcrsonennainen,  col.  392  et  769,  Aeva  se  rattache  à  aivs 
«  temps,  siècle  »,  Ivo  à  une  racine  ib  dont  le  sens  est  inconnu.  Les  formes  Heva  et  Hivo 
avec  un  h  initial  contredisent  cette  théorie. 


A  conjectural  emendation  of  Pliny.  407 

mérovingiens  aurait  été  Agila-chardus .  Agila  aurait  été,  comme  le  nom 
d'un  roi  goth,  dérivé  de  la  racine  germanique  ag  «  craindre  »  (Diefen- 
bach,  Wœrterbuch  der  Gothisclien  Sprache,  t.  I,  p.  2)  ;  chardus  veut  dire 
«  fort,  dur  ;  «  le  suffixe  français  ard  en  vient.  Depuis,  les  observations 
de  M.  Ebel  sur  les  consonnes  transposées  {Gr.  C»,  d.  168-169)  m'ont 
fait  reconnaître  dans  Ailard  pour  Hailard,  un  dérivé  du  breton  hail,  hael 
«  généreux,  »  et  dans  la  finale  ard  une  déformation  du  suffixe  atr  (Gr. 
€.-,  p.  830).  Le  cart.  de  Redon  fournit  pour  exemple  de  cette  défor- 
mation walart,  second  terme  de  plusieurs  composés,  écrit  walatrus  dans 
d'autres  noms  du  même  cartulaire,  en  gallois  gwaladr  «  gouverneur.  » 
Une  déformation  analogue  du  suffixe  français  -àîre  se  rencontre  dans  les 
adjectifs  bretons  modernes  où  ce  suffixe  a  pénétré  :  du-ard  «  noir-âtre  » 
dérivé  de  du  «  noir,  »  ruz-ard  «  rougeâtre,  »  de  rut  «  rouge,  «  melen- 
ard  0.  jaunâtre,  »  de  melen  «jaune,  «  gwenn-ard  «  blanchâtre,  »  de  gwenn 
«  blanc.  »  Ainsi  le  breton  [H^ailard,  dérivé  di'Hail  «  généreux  «  et  con- 
servé par  le  composé  Ab-[jï]aikrd,  ne  doit  pas  être  confondu  avec  le 
germanique  Ailard  cité  par  M.  Fœrstemann,  Personennamen,  p.  25,  au 
milieu  d'une  foule  d'autres  variantes  de  la  forme  mérovingienne  restituée 
plus  haut  Agila-chardus. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 

A  CONJECTURAL  EMENDATION    OF  PLINY. 

Mr.  Rhys,  Rev.  Celt.,  II,  115,  equates  the  Welsh  haidd  'barley'  with 
the  Skr.  sasya,  Zend  hahya.  But  he  has  not  pointed  out  the  word  in  old- 
Celtic.  It  seems  to  me  that  the  old-Celtic  cognate,  sasia,  is  discove- 
rable  in  a  passage  of  Pliny,  Hist.  nat.  XVIII,  c.  40,  cited  by  Diefen- 
bach,  Orig.  Europ.  235  :  «  Secale  Taurini  sub  Alpibus  asiam  vocant.  » 

Hère  for  asiam  we  should  obviously  read  sasiam,  the  initial  ihaving 
dropt  out  of  the  ms.  in  conséquence  of  the  terminal  s  of  the  preceding 

Alpibus. 

W.  S. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Verlust  und  Auftreten  der  P  in  den  celtischen  Sprachen,  von 

E.    WlNDlSCH. 

A  récent  number  of  the  Beitr.  zur  vergl.  Sprachforschung  (VIII,  1-48) 
contains  a  paper,  by  Professer  Windisch  of  Heidelberg,  which  is  cer- 
tainly,  next  to  Ebel's  mémorable  essay  on  Declension  (Beitr.,  I,  155), 
the  most  important  of  the  shorter  contributions  that  hâve  yet  been  made 
to  Ceitic  philology.  It  deals  with  the  loss  and  the  upgrowth  of  P  in  Irish 
and  Welsh.  I  cannot  agrée  in  W.'s  theory  as  to  the  total  loss  of  indo- 
germanic  P  in  thèse  languages  :  he  deals  only  with  one  of  the  cases  in 
which  p  has  grown  up  in  neo-Celtic;  and  his  paper  is  disfigured  by 
some  errors  in  détail.  But  on  the  whole  it  is  as  complète  and  sound 
in  substance  as  it  is  clear  in  expression  and  arrangement. 

The  paper  is  divided  into  three  parts.  In  the  first  Windisch  déclares 
that  not  a  single  Irish  or  British  word  has  hitherto  been  shewn  to  hâve 
preserved  indo-germanic  P  «  als  solches.  »  Hitherto,  perhaps,  no  one 
ever  thought  it  necessary  to  do  so.  If  by  'indo-germanic  P'  he  means  a 
simple  p,  a  p  standing  alone,  uncombined  with  itself  or  any  other  con- 
sonant,  he  is  probably  rightas  to  Irish,  but  he  is  clearly  wrong  as  to  the 
British  languages.  Compare  : 
W.  pall  'defectus'  with  Ohg.  fal  gen.  falles,  Lith.  pùlti  '  to  fall  '. 

Pelechi  (gl.  clavae)  with  Gr.  •TréXsy./.ov,  Skr.  paraçu. 

Pell  'procul'  'remotus'  with  TCîpaîoç,  Skr.  para. 

Pêr  'dulcis'  with  Lai.  pirum. 

Perchu  'venerari',  perclien  'possessor',  with  Lith.  perku  'kaufe',  prékis 
'preis'. 

Poues  (gl.  quies),  with  Trauw,  tzchùo^koli.  Ebel,  G.  C.^  1053. 

Prid  'carus'  with  Skr.,  prî,  prînami,  Zend/n,  Goth.  frijôn. 

Pwyo  'ferire'  with  Tcat'w,  Lat.  pavio. 
Corn,  pals,  Br.  paot  'beaucoup',  'plusieurs',  Gaelic  pailt,  with  the  root 
PAR,   Curtius  Grundz.,  n"  366. 

Windisch  then  cites  some  30  Ceitic  words  in  which  a  p  has  clearly 
been  lost.  As  to  thèse  I  remark  as  follows  : 


Bibliographie.  409 

No.  2.  Ir.  ath  'vadum'  is  non-existent.  The  word  meant  is  dth.  This 
is  not  a  misprint. 

No.  6.  Ir.  tuitim  'to  fall'  {=■  ' do-fo-inlimhi)  is  compared  with  zcTVYjixt, 
an  obvious  clérical  error  for  Tuiivéto.  Hère  W.  might  hâve  added  the 
(reduplicated  ?)  5-forms  taeth,  taiîhis,  dofaethsad  (so  common  in  Middle- 
Irish)  and  the  noun  tuisel  'casus'  =  "do-fo-pit-tcla. 

No.  10.  The  Ir.  adjective  il  'multus'  (ace.  pi.  /7m  LL.  77.  a.  2;  78. 
b.  2)  is  an  u-stem,  like  fila,  xoXuç,  paru,  and  not,  as  W.  says,  an 
/-stem. 

No,  1 1.  The  last  syllable  of  Ir.  cum-al  1)  'ancilla',  Corm.  Tr.  42,  2) 
'pretium  ancillae',  is  hère  connected  with  Lith.  peinas,  Skr.  pana,  Lat. 
pretium.  It  seems  to  me  that  W.  has  hère  mistaken  the  root  for  a  prefix 
and  the  suffix  for  a  root.  The  root  is  KAM  in  v.iix-vM  etc.,  the  suffix 
-al  is  ïor -alâ.  For  the  double  meaning  of  ciimal  compare  ancilla  in  Du- 
cange's  Glossary. 

No.  1 5.  Ir.  inn-uraid  (not  asW.  wntes  in-uraid) ,  Corm.  Tr.  97,  means 
'last  year'. 

No.  18.  a-îôlam  (not  as  W.  séparâtes,  at-ôlam)  means  h  Y.xzy.v.'k\)G[j.6q. 
The  0.  Ir.  61  'potus'  hère  cited  belongs  (like  pana,  tm[xci.,  pôtas)  to  the 
root  PA,  rather  than  to  the  root  PAR. 

No.  23.  The  length  of  the  e  in  the  prefix  ér-  (==  pari)  is  simply  due 
to  its  preceding  (in  the  examples  cited)  two  consonants  — seeG.  C.^  26, 
864,  870  —  and  is  not  owing  to  any  «  eindringen  des  ursprùnglich 
auslautenden  /.  » 

No.  27.  The  form  foaid  'sopiebat'  isjust  as  regular  as  the  form  -foad: 
one  is  the  absolute,  the  other  the  suffixed,  form  of  the  3d  sg.  2dy  près, 
active. 

To  thèse  30  instances  we  may  add,  with  more  or  less  certainty: 

kji.  Ir.  aicc  'bond':  cf.  TT-rj^vuixt,  root  PAK. 
32.  Ir.  âith,  W.  od-yn  'fornax',  cf.  -riéxpa,  Trlt-poç  (so  y.afjMvoç  cognate 
with  açman) . 
.     33.  Ir.  dl  'proies'  al-achta  'praegnans',=  Ohg.fasal  'foetus',  As.  f£sl. 
34.  Ir.  alad  'speckled'  =  Skr.  palita,  -jreXt-r-vi;. 

35.  Gaul.  anam  (gl.  paludem)  cf.  Goth,  fani. 

36.  Ir.  as-  'augens  sensum'  G.  G*.  277  =  Nhg.  fasî. 

37.  Ir.  aue  'nepos',  cf.  Lat.  pu-er,pu-$io. 

38.  Ir.  earc  'speckled' =  •^ripxoç. 

39.  Ir.  ith  'fat',  cf.  -niap,  liiéxTiq. 

40.  Ir.  lâth  =  W.  llawd  'subatio',  rootTcpa,  T:!.[ir.p-(][)x,  Trp-rjBo). 

41.  Ir.  luaith,  W.  lludw  'cinis',  Skr.  r.  pru-sh,  plu-sh  'toburn'. 


4 1  o  Bibliographie. 

42,  Ir.  oll  'magnus*  =  rokXôq. 

45.  Gaulish  riton,  W.  rhyd  'vadum'  :  cf.  TTspâio,  xop-^-iJiùç. 

44.  Ir.  ûr  'ignis'  =  r/jp. 

In  the  second  part  W.  deals  wilh  the  change  oï  p  to  c  in  Celtic.  He 
admits  this  change  :  a)  in  pure  Cellic  words  where  the  primeval  form  pre- 
sented  the  combination  pt,  and  b)  in  loanwords.  As  to  the  former, 
secht  =  seplem  and  necht  —  neptis  are  undeniable  instances,  and  we  may 
add  socht  'silence',  to  be  compared  with  aiw-'r)  and  the  Mhg.  swijt 
'silent'.  But  cacht  'servus'  is  clearly  a  loan  from  captus,  for  its  root  in 
genuine  Irish  words  always  appears  as  GAB.  As  to  the  loanwords,  W. 
admits  the  change  in  only  three,  viz.  corcur  =  purpura,  case  =.  pascha, 
clûm  =  pluma.  He  forgets  cruimther  =  r.pecSùizpoç,  cuithe  =  puteus, 
s-cipar=  piper,  and  the  -cert  in  îuais-cert,  des-cert  {=  W.  deheu-barth 
'pars  australis')  which  is  from  the  Latin  partem. 

As  to  the  Irish  caille  'vélum',  whence  eaillech  'sanctimonialis',  which 
Siegfried  and  I  brought  from  palllum,  W.  is  humorous,  but  not  con- 
vincing  :  'Mantel  und  schleier',  says  he,  sind  doch  verschiedene  dinge... 
Ich  kann  mir  nicht  denken,  dass  die  nonne  das  pallium  getragen  habe 
und  danach  benannt  worden  sei.'  He  ought  tohave  looked  at  Ducange's 
Glossary  before  making  this  naïve  confession.  There  he  would  hâve 
found  (éd.  Henschel,  vol.  V,  p.  34,  col.  3)  'Pallium  vélum  sanctimo- 
nialium',  with  three  quotations  establishing  this  meaning,  and  again, 
from  the  collectio  Canonum  Hibern.,  lib.  43,  cap.  10:  Virgines  palliatae, 
id  est,  velatae.  The  Irish  took  their  loanwords,  not  as  W.  seems  to  sup- 
pose, from  the  language  of  Vergil  and  Cicero,  but  from  the  corrupt  Latin 
brought  to  them  from  Gaul  and  Britain  in  the  fifth,  sixth  and  seventh 
centuries. 

W.  then  contests  a  dozen  etymologies  which  I  had  proposed  in  the 
belief  that  a  simple  p  might  be  represented  by  e  in  Irish.  Of  thèse  I  had 
long agogivenup ail exceptcd/z/ii/n  'consumo'  which  I  heldtobe  —  TcaTéo- 
[xat.  I  now  assume  in  caithim  the  loss  of  initial  s  and  equate  it  with 
Goth.  skaîhjan,  O.N.  skedhja  'nocere  laedere'.  This  I  thinkwill  be  admit- 
ted  to  be  more  probable  than  W.'s  connection  with  the  Skr.  root  çat. 

At  the  end  of  this  part  W.  refers  to  the  v  rsethselhaftes  »  Irish  patu 
'hare',  which  reminds  one  of  the  equally  obscure  Fv.  pataud.  Other  such 
words  are  para  'whale',  pell  (gen.  pill)  'horse',  poi  'foot'  (W.  pawen), 
and  prull  'an  interjection  of  intension'.  None  of  thèse  seem  loanwords. 
Till  they  are  explained  it  will  be  unsafe  to  deny  that  Irish  possesses 
some  rare  instances  of  simple  indo-european  P.  Of  the  combinations 
PP,  MP,  RP,  LP,  SP,  SPR  several  examples  may  be  quoted,  ccpp 


I 


Bibliographie.  4 1 1 

(W.  cyff)  =  cippus,  îopp  =  topper,  timpdn  'a.  stringed  musical  instru- 
ment' (root  TAM-P,  ex  TAN),  corp  —  corpus,  elpa  'Alpes',  spel=Gr.(x.- 
Aîç,  spreite  root  SPAR,  etc.  In  Welsh  peuo  'anhelare'  (root  SPU),  paith 
'a  glance'  (=  lat.  -spectus,  root  SPAK),  par  'hasta'  =  sparus,  and  peil- 
liaid  =  pollen  (for  *spollen,  Curtius,  no.  389)  raay  be  cited  as  represen- 
ting  the  combination  SP. 

The  third  part  of  W.'s  paper  deals  with  the  British  p,  i.  e.  the  p  which 
has  arisen  from  KV,  for  he  recognises  no  other.  Hère  he  follows  Fick  in 
giving  a  list  of  20  words  in  which  British  p  =  Ir.  c  =  original  K.  To 
thèse  we  may  add 

W.  pas,  peswcli  'tussis',  Ir.  casachtach,  A.  S.  hvosta,  Ohg.  huosîo.  and 
W.  arpet  now  arbed 'parcere',  with  Ir.  air-cinssim  (ex  * air-cheîtin)  'parco'. 
Percontra  I  would  subtract his  No  io,W.  plant,  Ir.  cland,w\\\ch  ave  both 
loanwords  from  Latin  planta.  The  meanings  'proies',  'genus'  are  secon- 
dary.  The  primary  meanings  are  found  in  0.  W.  planthonnor  (gl.  fodien- 
tur)  Juv.  88,  and  the  Irish  :  is  ann  asait  clanda  intan  no-da-guires  sol 
'tune  crescunt  plantae  cum  fovet  eas  sol'  H.  2.16,  col.  90.  If  plant,  cland 
weregenuine  Celtic  words,  the  Irish  form  would  hâve  been  c/e'/.  Compare 
W.  cant  'a  hundred',  dant  'tooth',  tant  'string'  with  Ir.  cet,  dét,  tét. 

With  regard  to  the  other  numbers,  I  will  only  make  a  few  remarks. 

No.  10.  Ir  rochinnset  'orti  sunt'  stands  for  ro-chinset  (G.  C*  41)  and 
has  nothing  to  do  with  cenn  or  penn  'caput'.  The  jd  sg.  is  cinis,  Brocc. 
h.  4. 

No.  14.  iT.fliuch  is,  I  think,  an  u-stem  =  vliijuus. 

No.  I  $.  The  Ir,  (.?)  agu  hère  cited  is  one  of  themany  fabrications  in 
that  strange  glossary  Duil  Laithne  (Goidel.^  75).  The  genuine  Irish  forms 
are  the  fem.  «-stems  aged  [is  fochen  aged  fecheman  'exoptatur  debi- 
toris  faciès'  LL.  78.  b.  i.)  and  agad.  A  fem.  j-stem  agaid  also  is  found. 
Windisch's  W.  gwyneb  'faciès'  is  another  false  coin,  from  the  active 
mint  of  Pughe.  The  genuine  word  is  wyneb  =  *  ên-ep.  This  of  course 
has  nothing  to  do  with  the  adjective  gwynn  (=  Ir.  find),  as  W.  stran- 
gely  supposes.  In  the  Bret.  enep-guerth  'dotatio',  as  in  the  Welsh. 
wyneb-werth  and  the  Irish  lôg  einig,  enep,  wyneb,  cinech  mean  'honour'. 

No.  19.  The  statement  hère  that  the  common  ground-form  of  Ir.  mag 
and  Goth.  magu  «  muss  maku  gewesen  sein  »  must  hâve  made  old  Jacob 
Grimm  turn  in  his  grave.  The  common  ground-form  is  maghu,  Fick 
Wœrterbuch^,  144.  Ir.  macc  Welsh  map  fex  "macva,  "mangva  *ma-n- 
gh-va]  may  (as  Rhys  has  suggested;  come  from  a  nasalised  from  of  the 
same  root. 

W.  S. 


412  Bibliographie. 

Inscriptions  céramiques  gallo-romaines  découvertes  à  Autun, 

suivies  des  inscriptions  sur  verre,  bronze,  plomb  et  schiste  de  la  même 
époque,  trouvées  au  même  lieu,  par  Harold  de  Fontenay,  archiviste- 
paléographe,  etc.  (Extrait  des  Mémoires  delà  Société Eduenne,  nouv. 
sér.,  t.  III  et  IV),  128  p.  in-8°  et  xliv  planches.  Paris,  Champion, 
1 874.  —  Prix  :  4  fr. 

L'onomastique  gauloise  s'enrichit  de  matériaux  tous  les  jours  plus 
nombreux  grâce  au  zèle  avec  lequel  les  archéologues  étudient  aujour- 
d'hui les  marques  des  potiers  gallo-romains.  Une  semblable  estampille 
n'est  en  effet  que  le  nom  du  potier  qui  a  fabriqué  le  vase,  nom  écrit  en 
entier  ou  abrégé.  Notre  sol  est  riche  en  débris  de  la  vaisselle  de  nos 
ancêtres  et  l'on  peut  de  ce  côté  s'attendre  à  bien  des  découvertes  encore. 
Les  monographies  régionales,  accompagnées  de  planches  qui  donnent  la 
figure  même  de  ces  signatures  souvent  mal  gravées,  sont  les  bienvenues 
surtout  auprès  des  philologues.  Elles  leurs  présentent  en  effet  des  garan- 
ties que  n'ont  pas  les  recueils  généraux,,  celui  de  M.  Frœhner,  par 
exemple,  qui  ne  pouvait  s'assurer  par  lui-même  des  lectures  qu'il  donne. 
Nous  signaHons  récemment  la  collection  des  marques  de  potier  de 
Bavai  et  de  Douai,  publiée  par  M.  Ern.  Desjardins;  aujourd'hui  M.  H. 
de  Fontenay  apporte  une  savante  monographie  sur  la  collection  cérami- 
que d'un  pays  riche  en  débris  gaulois  et  gallo-romains,  d'Autun. 

Après  une  intéressante  introduction  sur  la  signification  et  l'étude  des 
marques  de  potier,  M.  de  F.  passe  en  revue  celles  qui  font  l'objet  de 
son  travail  et  qui  sont  conservées  soit  au  musée  d'Autun,  soit  dans  les 
collections  particulières  du  pays,  et  notamment  celle  de  notre  savant 
collaborateur  M.  BuUiot.  Il  les  a  rangées  dans  l'ordre  suivant  :  1"  pote- 
rie rouge  lustrée;  2°  poteries  à  couverte  noire  ;  3"  lampes;  4°  jattes; 
5"  amphores;  6°  tuiles  et  antéfixes;  7"  graffiti;  8°  inscriptions  à  la  bar- 
botine  ;  9°  inscriptions  sur  verre,  1  o"  sur  métaux,  1 1  "  sur  schiste.  Chaque 
inscription  forme  un  article  spécial,  avec  la  mention  du  lieu  où  le 
fragment  a  été  trouvé,  l'indication  des  localités  de  France  et  de 
l'étranger  où  la  même  marque  a  été  découverte,  et  les  observations 
épigraphiques  et  archéologiques  de  l'auteur.  Son  travail  comprend 
652  numéros.  Parmi  les  noms  à  physionomie  gauloise  qui  y  figurent, 
nous  citerons  les  suivants,  comme  nous  semblant  nouveaux  : 

CANTOMALLI.M  (n''  107),  CARATILLI  (n^  108),  CVRMILLI 
(n"  109),  lOPPVS.  FEC  [n"  193),  MADO.F  (n"  24$),  MALLVRO 
(n"  249),  ROGAN  (n"  335),  TOVTILLI.M  (no  584),  VOBANILL 
(n>'   595),  OLICIOS  (n-^  459),  VXSASVS  (n"  461),  DIACOS  (n"  46$), 


Bibliographie.  4 1 5 

ASSVTALVS    fn»  472),  CARATVCCVS  F  (n"  474),  LAMBANVS.  F 
(no  601). 

L'ouvrage  de  M.  de  F.  est  accompagné  de  44  planches  qui  reprodui- 
sent toutes  les  inscriptions.  Rien  ne  peut  en  pareille  matière  suppléer 
aux  dessins  eux-mêmes  ;  ils  permettent  de  vérifier  les  lectures  de  l'édi- 
teur, et  en  outre  elles  aideront  un  jour  à  faire  l'histoire  de  ces  estam- 
pilles. Une  idée  préconçue  a-t-elle  fait  lire  une  ligature  de  telle  manière, 
une  distraction  a-t-elle  fait  oublier  une  lettre  à  l'éditeur,  une  faute  s'est- 
elle  glissée  dans  l'impression,  le  dessin  permet  au  lecteur  de  vérifier  la 
lecture  et  en  tout  cas  de  se  former  lui-même  son  opinion  sur  le  monu- 
ment épigraphique.  Ainsi,  sous  le  n^  478,  M.  de  F.  donne  l'estampille 
MINVRIO  :  sous  cette  forme  nous  nous  demandions  s'il  y  avait  là  un 
nom.  sing.  en  -0,  ou  s'il  fallait  lire  MINVRI  0  (Minuri  o[pus  ou]  o[ffi- 
cina.].  En  nous  reportant  au  dessin  de  l'estampille  nous  avons  reconnu 
à  la  fin  de  l'inscription  les  débris  très-visibles  d'un  F,  ce  qui  donne 
MINVRIO  F,  c.-à-d.  Minurio  f[eciî].  Que  M.  de  Fontenay  nous  pardonne 
de  donner  en  exemple  la  seule  estampille  où  nous  ayons  surpris  son 
attention  en  défaut  ! 

La  publication  de  M.  de  Fontenay  fait  grand  honneur  à  la  Société 
Éduenne  qui  possède  déjà  tant  de  titres  à  l'estime  des  archéologues. 
L'auteur  a  terminé  son  livre  par  une  bibliographie  fort  instructive  de 
travaux  analogues  épars  dans  les  mémoires  de  nos  sociétés  savantes. 
Une  collection  générale  manquera  de  longtemps;  aussi,  relevons-nous 
volontiers  le  vœu  qu'il  exprime  (p.  19)  de  voir  réunir  au  musée  de 
Saint-Germain-en-Laye  les  calques  de  toutes  les  inscriptions  céramiques 
qu'on  pourrait  se  procurer.  Ces  calques  seraient  appliqués  sur  fiches 
et  accompagnés  de  renseignements  sur  les  fragments  de  poterie  qu'ils 
reproduisent.  «  Cette  collection  de  fiches  disposée  à  la  manière  des  cata- 
logues mobiles  de  nos  bibliothèques,  s'augmenterait  de  jour  en  jour  et 
deviendrait,  pour  les  travailleurs  sérieux  admis  à  la  consulter,  une  source 
de  découvertes  heureuses  et  véritablement  utiles  à  la  science.  »  Plus  d'un 
érudit  s'associera  au  vœu  du  savant  Èduen. 

H.  G. 


Etude  critique  sur  la  Géographie  de  la  presqu'île  armoricaine 
au  commencement  et  à   la  fin   de  l'occupation  romaine,  par 

René  Kerviler,  ingénieur  des  Ponts-et-chaussées,  (dans  les  Mémoires 
de  l'Association  bretonne,  session  de  Quimper,  classe  d'archéologie, 
Saint-Brieuc  1874,  ^""^"'  P-  29-1 57  avec  trois  cartes). 


I 


Ce  travail  important  a  été  lu  à  la  seizième  session  du  Congrès  de  l'As- 


414  Bibliographie. 

sociation  bretonne  (classe  d'archéologie),  tenue  à  Quimper  en  1875. 
M.  Kerviler  a  rendu  un  véritable  service  à  la  géographie  ancienne  en 
donnant  un  résumé  exact  de  ce  que  la  science  a  révélé  jusqu'à  ce  jour 
au  sujet  des  voies  antiques  de  la  péninsule  armoricaine.  En  général  les 
érudits  qui  recherchent  sur  les  cartes  et  sur  le  terrain  le  tracé  des  voies 
se  limitent  dans  un  cadre  trop  restreint.  En  étudiant  une  grande  circons- 
cription comprenant  cinq  départements,  M.  Kerviler  a  pu  traiter  la 
question  sur  un  plan  assez  étendu  pour  lui  permettre  des  vues  d'ensemble. 

Profitant  des  travaux  de  MM.  Bizeuil,  de  Blois,  Gaultier  du  Mottay, 
Le  Men,  etc.  (je  ne  cite  que  trois  noms  parmi  les  nombreux  archéolo- 
gues qui  ont  contribué,  chacun  dans  leur  pays,  à  éclaircir  le  problème), 
l'auteur  est  parvenu  à  rétablir  le  réseau  dévoies  qui  sillonnaient  l'Armo- 
rique  :  il  a  cru  pouvoir  déterminer  les  grandes  lignes  qui  reliaient  les 
chefs-lieux  de  civitaies,  puis  les  routes  qui  desservaient  les  localités  inter- 
médiaires. Ce  travail  de  restitution  est  résumé  sur  une  carte  de  trop 
petite  échelle,  que  le  texte  vient  heureusement  suppléer  parfois.  En 
faisant  cette  étude,  qui  a  dû  coûter  beaucoup  de  peine  et  de  temps, 
M.  Kerviler  a  tracé  un  canevas  sur  lequel  on  distingue  facilement  ce  qui 
est  dès  aujourd'hui  acquis  à  la  science  et  les  points  sur  lesquels  il  y  a 
encore  à  chercher  pour  déterminer  ce  qui  n'est  encore  que   conjectural. 

Les  voies  d'Armorique,  en  effet,  présentent  plus  d'une  difficulté;  les 
documents  anciens,  tels  que  l'Itinéraire  d'Antonin  et  la  Carte  de  Peu- 
tinger  ne  donnent  sur  elles  que  des  renseignements  rares;  cependant  les 
nombreuses  bornes  milliaires  disséminées  sur  des  lignes  que  ces  textes 
passent  sous  silence  prouvent  qu'à  l'époque  gallo-romaine,  cette  partie 
de  la  Gaule  avait  autant  de  voies  de  communication  que  le  reste  du 
pays. 

Depuis  la  publication  du  mémoire  de  M.  Kerviler  de  nouvelles  décou- 
vertes sont  venues  démontrer  que  nous  ne  pouvions  pas  espérer  avoir 
encore  un  travail  définitif  :  la  position  de  Vorgium  a  été  déterminée  et 
fixée  à  Carhaix  au  lieu  de  Concarneau.  A  ce  sujet  je  me  permettrai  de 
regretter  que  l'auteur  n'ait  pas  songé  à  nous  donner  un  relevé  de  toutes 
les  bornes  milliaires  signalées  en  Bretagne,  avec  leur  position  actuelle  et 
les  circonstances  de  leur  découverte. 

M.  Kerviler  a  dû  nécessairement  s'occuper  de  l'emplacement  occupé 
par  les  peuples  armoricains  au  moment  de  l'occupation  romaine,  ainsi 
que  des  civilates  romaines.  Pour  celles-ci,  il  s'éloigne  peu  du  système 
proposé  par  M.  Longnon. 

Nous  engageons  vivement  les  archéologues  à  prendre  pour  modèle  le 
mémoire  de  M.  Kerviler,  et  à  étudier  les  lignes  et  les  tronçons  des  voies 


Bibliographie.  415 

antiques  de  la  Gaule,  en  mettant  de  côté  toute  idée  systématique  pour 
ne  s'appuyer  que  sur  des  textes  et  des  faits  constatés. 

A.  DE  B. 

Etude  sur  les  Celtes  et  les  Gaulois,  essai  de  classification  des  peuples 
appartenant  à  ces  deux  races,  par  P.-L.  Lemière.  in-80  de  61  pag., 
Saint-Brieuc. 

Cette  étude,  qui  a  paru  dans  les  publications  de  la  Société  d'Emulation 
des  Côtes-du-Nord,  comprend  deux  chapitres  d'un  ouvrage  qui  sera 
divisé  en  plusieurs  livres;  cet  ouvrage  a  pour  but  de  déterminer  les 
peuples  qui  appartiennent  à  la  race  celtique  et  ceux  qui  sont  de  la  famille 
gauloise. 

Dans  ces  chapitres  qui  ne  sont  en  réalité  que  la  préface  d'un  travail 
que  nous  attendons  avec  quelque  impatience,  M.  Lemière  s'applique  à 
établir  que  la  politique  romaine,  par  calcul  et  de  parti  pris,  s'attacha  à 
faire  oublier  le  nom  des  Celtes,  pour  leur  substituer  celui  des  Gaulois  ; 
César,  que  l'auteur  juge  avec  une  grande  sévérité,  aurait  contribué,  dans 
son  propre  intérêt,  à  accréditer  cette  confusion  qui,  pour  lui,  en  trans- 
formant les  Gaulois  en  Celtes,  race  odieuse  aux  Romains,  lui  aurait 
fourni  le  prétexte  de  subjuguer  les  premiers.  «  Rome,  dit  M.  Lemière, 
»  cherchait  à  effacer,  autant  que  possible,  dans  ses  possessions  nouvelles, 
»  tout  souvenir  des  Celtes  dont  les  principales  tribus  italiennes,  tour  à 
))  tour  liguées  pour  lui  résister,  s'étaient  acharnées  durant  des  siècles, 
»  à  traverser  tous  ses  plans  ambitieux,  lui  avaient  souvent  infligé  de 
»  rudes  défaites,  dont  elle  gardait  un  profond  ressentiment,  et  avaient 
»  même,  en  588,  failli  l'anéantir.  » 

A.   DE  B. 

Transactions  of  the  Gâelic  Society  of  Inverness.  Vol.  IL  Year 
1872-73.  Inverness  1873,  xv-125  p.,  in-8''. 

La  Société  gaélique  d'Inverness,  dont  nous  avons  déjà  annoncé  la 
fondation  (cf.  p.  147),  continue  d'avoir  une  existence  prospère.  Le  pa- 
triotisme des  Ecossais  est  bien  connu  et  nous  avons  vu  sans  étonnement, 
dans  la  liste  de  ses  membres,  le  concours  que  lui  prêtent  des  Gaels 
dispersés  à  Ceylan,  au  Canada,  en  Australie,  etc.  Ce  volume,  comme  le 
précédent,  contient,  outre  le  compte-rendu  des  séances  et  des  fêtes  de 
la  Société,  un  certain  nombre  d'essais  sur  la  littérature,  l'histoire  et  l'éco- 
nomie domestique  des  Highlands^  ainsi  que  des  discours,  des  poésies  et 
■  des  traditions  populaires  en  gaélique.  Une  légende  relative  à  Cuchullin 
et  recueillie  en  South  Uist  par  M.  Carmichael  est  accompagnée  d'obser- 


4 1 6  Bibliographie. 

vations  et  de  comparaisons  par  M.  Standish  O'Grady.  Bien  qu'un  des 
principaux  objets  de  la  Société  soit  de  maintenir  l'usage  et  de  provoquer 
la  culture  de  la  langue  gaélique  en  Ecosse,  il  nous  semble  que  sans  man- 
quer à  son  but  elle  pourrait  dans  ses  Transactions  accompagner  d'une 
traduction  anglaise  non  pas  tous  ses  articles  gaéliques  (il  en  est  qui 
n'ont  qu'un  intérêt  local  ou  de  circonstance),  mais  les  contes  populaires 
qu'elle  publie  et  qui  peuvent  intéresser  tous  les  amis  de  la  mythologie 
comparée.  Sans  cesser  de  faire  œuvre  patriotique,  elle  ferait  connaître  à 
un  cercle  plus  large  de  lecteurs,  hors  d'Ecosse,  un  côté  original  de  sa 
littérature  nationale. 

H.  G. 

Ethnogénie  gauloise;  types  gaulois  et  celto-bretons  par  Roget,  baron  de  Bello- 
guet.  Deuxième  édition,  revue  et  corrigée  par  les  soins  de  M.  Alfred  Maury, 
membre  de  i'Instilut.  Paris,  Maisonneuve  1875;  un  vol.  in-8.  Prix  :  8  fr. 
50.  —  Cet  ouvrage  forme  le  second  volume  de  l'Ethnogénie  gauloise  du 
regretté  M.  de  Belloguet.  L'auteur  étudiant  le  type  et  les  caractères  physio- 
logiques de  la  race  gauloise,  y  aborde  des  questions  qui  tiennent  autant  des 
sciences  naturelles  que  des  sciences  historiques  et  sur  lesquelles  il  ne  nous  semble 
pas  que  la  lumière  soit  entièrement  faite.  Ce  volume,  publié  en  1861,  était 
épuisé  :  on  l'a  réimprimé  en  profitant  de  quelques  menues  corrections  trouvées 
sur  l'exemplaire  de  l'auteur.  M.  Alfred  Maury  a  surveillé  la  réimpression.  On 
regrettera  qu'il  ne  l'ait  pas  accompagnée  même  d'une  préface;  car  personne 
n'était  plus  capable  que  lui  d'apprécier  et  de  compléter  l'œuvre  de  M.  de  Bello- 
guet. 

Table  décennale  de  la  Revue  Archéologique,  nouvelle  série,  1860-1870,  dressée  par 
M.  Ferd.  Delaunay,  suivie  de  l'Index  des  gravures.  Paris,  Didier,  1874,  91  p. 
in-8.  Prix  :  5  fr.  —  La  Revue  Archéologique  est  le  principal  organe  scientifique 
non-seulement  de  l'archéologie  en  général,  mais  de  toutes  les  études  relatives  à 
l'ancienne  Gaule.  Un  grand  nombre  de  travaux  et  de  renseignements  précieux 
pour  les  études  celtiques  y  sont  conservés;  il  suffit  de  signaler  les  noms  de 
MM.  d'Arbois  de  Jubainville,  Anatole  de  Barthélémy,  Alexandre  Bertrand,  Cha- 
bouillet.  Général  Creuly,  Desjardins,  Gaidoz,  Le  Men,  de  Longpérier,  Luzel, 
Alfred  Maury,  Pictet,  Léon  Renier,  de  Saulcy,  Wh.  Stokes,  etc.,  que  nous 
relevons  dans  la  table  alphabétique  par  noms  d'auteur.  Une  table  alphabétique 
des  matières,  faite  avec  un  grand  soin,  permet  de  trouver  aisément  les  indica- 
tions de  tout  genre  et  acquiert  parfois  l'intérêt  d'une  bibliographie  raisonnée  : 
ainsi  l'article  Inscriptions  latines  qui  remplit  trois  colonnes,  réfère,  avec  une 
mention  succincte,  aux  travaux  et  découvertes  épigraphiques  de  la  Revue.  On 
sait  gré  à  M.  Delaunay  du  zèle  avec  lequel  il  s'est  acquitté  de  cette  tâche 
ingrate  pour  lui,  mais  profitable  aux  érudits. 

Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines...,  publié  sous   la  direction  de 


Bibliographie.  417 

MM.  Daremberg  et  Saglio,  troisième  fascicule  (APO-AST)  contenant  196  gra- 
vures, Paris,  Hachette,  1874,  prix  :  $  fr.  —  Nous  avons  déjà  (voir  plus  haut, 
p.  259)  indiqué  par  quels  côtés  ce  beau  dictionnaire  archéologique  touche  à  nos 
études.  Ainsi  la  nouvelle  livraison  contient,  entre  autres  articles,  une  intéres- 
sante monographie  sur  le  culte  des  arbres  chez  les  Grecs  et  les  Romains.  Les 
Celtes  ont  connu,  comme  tous  les  autres  peuples,  cette  forme  de  naturalisme  ; 
SEX  ARBORIBVS  [sacrum]  dit  une  de  nos  inscriptions  gallo-romaines  L'article 
de  M.  Saglio  sur  les  Arbores  sacra  fournit  des  rapprochements  et  des  analogies 
à  ce  côté  de  la  mythologie  celtique. 

Note  sur  un  temple  romain  découvert  dans  la  forêt  d'Halatte  (Oise),  lue  à  la 
réunion  des  Sociétés  savantes,  à  la  Sorbonne,  le  9  avril  1874,  par  Amédée  de 
Caix  de  Saint-Aymour,  Paris,  Reinwald,  1874,  35  p.  in-24.  —  M.  de  Saint- 
Aymour  résume  dans  cette  notice  le  résultat  des  fouilles  faites  dans  la  forêt 
d'Halatte  par  le  comité  archéologique  de  Senlis  :  il  prépare  un  ouvrage  spécial 
sur  les  ruines  de  ce  temple. 

Inaugural  address  delivered  bcforethe  Royal  Irish  Academy,  at  the  stated  mee- 
ting held  on  monday  evening,  November  30,  1874,  by  William  Stokes  M.  D., 
etc.  Président  of  the  Academy,  Dublin,  1874,  22  p.  in-8. —  Dans  ce  discours 
.par  lequel  il  a  inauguré  sa  présidence  de  l'Académie  Royale  de  Dublin,  M.  le 
D""  William  Stokes  (le  père  de  notre  éminent  collaborateur)  trace  un  tableau 
rapide  et  animé  des  travaux  de  l'Académie  depuis  son  origine  et  des  services 
qu'elle  a  rendus  à  la  science  dans  ses  diiïérentes  branches.  Il  insiste  principa- 
lement sur  la  biologie  ("qui  ne  nous  regarde  pas)  et  sur  l'archéologie  propre- 
ment dite  représentée  par  les  noms  bien  connus  de  feu  Pétrie,  sir  William 
Wilde  et  D''  Sam.  Ferguson.  La  collection  d'estampages  et  de  moulages  d'ins- 
criptions oghamiques  donnée  par  M.  Ferguson  forme  un  ensemble  de  matériaux 
importants  et  nous  apprenons  par  le  discours  de  M.  le  D''  Stokes  qu'il  est 
question  d'en  publier  une  reproduction  photographique. 


Rev.  Celt.  Il  28 


PÉRIODIQUES, 


Arch^ologia  Cambrensis.  —  April  1874.  This  number  opens  with  a  paper 
(p.  97-109)  on  «  Wigmore,  «  the  castle  and  the  head  of  the  Hundred  and 
Honour  of  that  name,  the  chief  seat  of  the  great  House  of  Mortimer,  situated 
about  eight  miles  on  the  English  side  of  Offa's  Dyke,  in  the  northwest  corner 
of  the  border  shire  of  Hereford,  —  P.  110-112,  we  hâve  an  account  by 
Mr.  Bioxam  of  'The  Monument  of  Icing  Pabos  at  Llambabo  Church  in  Angle- 
sey'  —  it  appears  to  be  of  the  middle  of  the  i4th  century  and  the  inscription 
now  imperfect  is  of  no  philological  interest.  —  P.  113-123,  Professer  Evans 
continues  his  «  Studies  in  Cymric  Philology.  »  He  begins  by  showing  that 
where  0.  Welsh  hesitated  between  0,  e,  i,  the  sound  meant  was  our  y  in 
byddaf,  dy,  and  the  like  :  thisisa  valuable  conclusion  which  cannot  bedisproved. 
He  shows  that  Mr.  Stephens  had  been  somewhat  rash  in  supposing  that  the 
digraph  dd  was  not  in  use  till  after  1620  and  proves  that  it  was  used  in  the 
i4th  century.  In  the  next  place  he  shows  that  Zeuss'  dh  to  express  the  same 
Sound  in  such  words  as  nodho,  rodho,  etc.  is  a  mistake;  for,  as  might  easily  be 
shown,  h  in  such  forms  is  of  a  very  différent  origin.  How  Zeuss  could  hâve 
falien  into  this  mistake  it  is  hard  to  see.  Prof.  Evans  seems  to  show  satisfac- 
torily  that  Welsh  nairn,  'noon'  is  not  borrowed  from  the  Latin  nona  hora,  but 
is  a  genuine  Welsh  word,  used  if  you  like  as  a  translation  of  the  Latin  :  he  is 
not  so  successful  in  showing  that  Welsh  aivr  is  not  borrowed  from  hora  and  he 
says  nothing  of  the  O.  Irish  form  huâir,  uâir.  The  valuable  hints  in  thèse 
studies  are  too  numerous  to  be  mentioned  hère  one  by  one  ;  they  should  be 
carefully  read.  Hère  and  there  we  differ  from  the  Professor  thus  we  can 
hardly  agrée  with  him  in  rendering  oc  eu  tre,  apart  from  their  tribe  :  is  it  not 
rather  'with  their  tribe'.?  If  he  goes  on,  we  shall  find  the  Gododin  as  intelligi- 
ble as  any  other  old  poem.  P.  123-127,  a  paper  on  the  Clungunford  Tumulus 
by  F.  0.  Rocke.  —  P.  128-131  a  paper  «  On  Monumental  Effigies  at  Bettws 
y  Coed  and  LIanrwst,  North  Wales',  bristling  with  'brassarts',  'coudes', 
'jupons',  'chevrons',  'cuisses',  etc.  P.  132-146,  The  'history  of  the  Lordship 
of  Maelor  Gymraeg,  etc.',  continued  by  the  Chevalier  Lloyd,  K.  S.  G.  is  full 
of  interesting  Welsh  names.  If  the  Chevalier  has  not  been  in  the  habit  of 
giving  ail  thèse  names  exactly  as  he  finds  them  in  the  Mss.  it  would  be  well 
to  do  so  in  future  :  the  plan  usually  adopted  would  not  entail  much  extra 
trouble  in  the  case  of  évident  blunders,  thus,  supposing  Mwynglawdd  were  met 
with  misspelt  Mwinglamdd,  he  should  write  'Mwinglamdd  [read  Mwynglawdd].' 


Périodiques.  41c) 

—  P.  147-151,  we  hâve  an  interesting  account,  by  Mr.  Barnwell,  of  an 
'Ancien!  British  Canoë'  in  the  possession  of  Dr.  Griffith  of  Taltreuddyn  near 
Harlech  ;  it  was  discovered  on  the  bank  of  Llyn  Llydaw,  Snowdon.  — 
P.  152-1 56,  are  devoted  to  documents  relating  to  the  destruction  of  the  image 
of  'Dervel  Gadarn'  contributed  by  E.  Breese.  Then  foilows,  p.  156-160,  a 
paper  headed  'The  Brackets  in  Rowieston  Church'.  Lastly  p.  161-180,  are 
taken  up  by  an  'Obituary',  Correspondence,  Archaeological  Notes  and  Queries, 
Miscellaneous  Notices,  Collectanea,  and  the  Association's  Balance-sheet  for 
1873.  The  number  finishes  as  usual  with  instaiments  of  original  documents. 

July.  1874.  This  number  opers  with  a  paper  p.  181-185  on  'The  stone 
Implements  of  Anglesey'  by  W.  Wynn-Williams.  Then  foilows,  p.  185-199, 
a  continuation  of  Chevalier  Lloyd's  'History  of  the  Lordship  of  Maelor  Gym- 
raeg  and  is  full   of  interest  as  usual  to  those  who  care  for  Welsh   names. 

—  P.  200-21 5,  an  elaborate  paper  on  'The  Course  of  Watling  Street  between 
Uriconium  and  Deva'  by  M.  H.  L.,  followed  by  a  short  one,  p.  215-217,  on 
'The  Four  Stones,  Old  Radnor'  by  R.  W.  B.  Then  p.  217-224,  cornes 
Mr.  Blo.xam's  account  of  the  Monumental  Effigy  of  St.  Jestyn  ciad  in  the 
Garb  of  a  Hermit,  in  Llaniestyn  Church,  Anglesey.'  —  P.  224-232,  'Welsh 
Words  Borrowed  from  Latin,  etc.',  by  John  Rhys.  —  P.  232-234,  we  hâve  a 
'Notice  of  an  Early  Inscribed  Store  at  Llangors,  Talgarth,  Brecknockshire'  by 
Prof.  Westwood  :  it  is  hardly  early  :  the  names  on  it  are  Gurci  and  Bledrys. 

—  P.  234-242,  a  paper  on  'Eglwys  y  Gwyddel,  Merioneth'  by  Mr.  Barnwell  : 
he  is  deservedly  severe  on  certain  Druidic  théories  not  yet  quite  extinct.  This 
is  followed  p.  243-248  by  notices  on  'The  St.  Cadfan  and  other  Stones'  by 
John  Rhys.  The  rest  of  the  number  is  devoted  to  notes  and  correspondence, 
p.  249-260;  they  contain  a  good  deal  that  is  highiy  interesting.  We  notice, 
intcr  alla  a  Roman  Inscription  on  a  tombstone  recently  found  at  Chester  : 

D  M 

FE.CALLIMOR 

PHI-VIX.  AN.  XXXXII 

ET-    SERAPIONI-   VIX  • 

ANN.  III-  M-  VI-  THESA 

EVS.  FRATRI.  ET.  FILIO 

F.  C. 

Oct.  1874.  This  number  opens  with  a  paper,  p.   263-277,  by  G.   F.  C.  on 

'Bridgenorth,  Oldbury  and  Quatford'.  Then  foilows,  p.   277-284,  an  account 

of  'The  Inscribed  Stones  at  Clydai,  Pembrokeshire'  by  Mr.  Brash  :  this  paper 

is  a  tissue  of  blunders,  some  of  which  are  original  and  some  hâve  been  copied 

from  Westwood  :  Brash  and  Westwood's  aTERN  -  is  to  be  read  ETTERN  -. 

As  to  EVOLENC-  it  is  Brash's  own  and  should  be  read  EVOLENG-,    and 

EVOLENUS   on  one  of  the  Llandyssilio  stones  is  imaginary  :  the  form  to  be 

found  there  is   EVOLENGG—   with  two   fine  Hiberno-Saxon  g's  if  our  me- 

mory  serves  us  at  ail  rightiy.  Mr.  Br.'s  théories  carry  their  antidote  with  them, 

so  we  only  call  attention  to  one  of  them  hère  :   it   bears  on  the  stone  at 


420  Périodiques. 

Dugoed  (which  he  persists  in  writting  7y  Coed  although  no  such  a  place  is 
knowninlheneighbourhood)  :  it  bearsan  Ogmic  and  a  Roman  inscription  to  be 
read  in  opposite  directions,  also  a  cross  on  its  widerend.  Mr.  Br.  says  that  it 
was  originally  'the  sepulchral  mémorial  of  some  Gaedheiic  worthy',  hence  the 
Ogam;  then  it  was  appropriated  later  by  somebody  else,  hence  the  Roman 
legend  :  stiil  later  it  was  'removed  from  its  Pagan  cemetery'  and  the  cross 
having  been  inscribed  upon  the  broader  end  which  originally  went  into  the 
ground,  it  was  turned  bottom  upwards  and  placed  either  as  a  monument  or  as 
a  consecrated  emblem  of  Christianity  adjoining  the  Christian  church'.  But 
what  évidence  is  there  that  the  stone  ever  stood  upright  and  was  not  laid  flat 
on  the  tomb  ?  —  P.  284-289,  we  hâve  a  description  of  a  'Mold  or  Stamp, 
Llandderfel'  by  W.  Wynn-Williams,  followed,  p.  289-296,  by  'A  Concise 
Description  of  the  Principal  sepulchral  Monuments  in  St.  David's  Cathedral, 
South  Wales'  by  Mr.  Bloxam.  Then,  p.  297-3  ij,  we  hâve  'Welsh  Words 
borrowed  from  Latin',  etc.  continued  by  Mr.  Rhys.  The  next  is  an  account 
p.  313-319,  by  W.  Wynn  Ffoulkes  of  the  contents  of  the  Tommen  Pentref 
Tumulus  :  it  contained  iron  relies  and  the  remains  of  jewelled  bronze  orna- 
ments  and  the  bones  of  bos  longifrons,  red  deer,  calf,  and  sheep,  so  it  appears 
not  to  be  of  a  very  early  date.  Then  cornes  an  interesting  account  by  Mr.  Barn- 
well  of 'French  Megalithic  Monuments.  —  P.  330-3  40,  are  devoted  to  cor- 
respondence  and  notes  :  among  the  former  may  be  signalized  a  letter  by 
Mr.  Rhys  which  touches  on  debated  points  connected  with  the  bilingual  stone 
at  Pool  Park  :  it  also  contains  corrections  of  various  other  legends  —  the 
most  important,  perhaps,  is  the  discovery  that  Westwood's  PVGNIACIO  on 
the  Devynock  stone  is  to  be  read  RVGNIAVTO  or  RVGNIAVIO  :  the  R 
seems  to  be  certain.  But  the  jewel  of  the  correspondence  is  a  letter  from 
Mr.  Brash  in  which  he  is  more  than  usually  amusing  :  he  déclares  the  most 
touchingallegiancesto  Mr.  Westwood  and  takesoneof  that  gentleman's  blunders 
C  MENVENDAN—  under  his  protection  :  'the  name'  he  says  'is  decidedly 
Irish'  ;  that  may  be,  but  one  does  not  see  what  it  can  hâve  to  do  with  the 
Whitland  stone,  for  the  name  on  that  is  QVENVENDAN--  which  Mr.  Rhys 
has  equated  with  the  Irish  name  Ceannfuman  and  compared  with  Ccanndubhan. 
He  has  also  a  great  deal  to  say  about  Gurà  as  though  it  were  Gurci  and  as  if 
it  were  not  a  well  known  name  in  Welsh  books  both  as  Gurci  and  Gurcu.  But  his 
treatment  of  Wkder  Matris  Odelcv  beats  ail  his  previous  achievements  —  he 
finds  this  simply  Dermol  O'Daly  :  it  is  not  a  joke,  for  'there  is'  he  says  'not  a 
shadow  of  doubt  respecting  the  nationality  of  the  name.  The  letters  WLE 
appear  to  be  a  Welsh  prefix  ;  'I  hâve'  he  continues  'from  time  to  time  dis- 
covered  numbers  of  Irish  names  diguised  in  Welsh  forms!!!'.  The  number  clo- 
ses with  original  documents  and  an  account  of  the  annual  meeting  of  the  As- 
sociation at  Wrexhani  last  August. 

BeITUAEGE    ZUR    -VEnGLEICHUNDEN    SpRAGHFORSGHUNG,    t.    VII,    4°   livraisOH, 

p.  385.  The  old  Welsh  glosses  on  Martianus  Capella,  par  M.  Whitley  Stokes.  Ce 


Périodiques.  421 

mémoire  avait  paru  déjà  dans  VArcheologia  cambrensis  de  juin  1873  et 
M.  Rhys  en  a  rendu  compte  plus  haut,  p.  135-156.  11  a  pour  objet  des 
gloses  galloises  du  VIII*  siècle.  On  sait  combien  sont  rares  les  documents 
gallois  aussi  anciens  et  l'importance  qu'ils  ont  pour  l'histoire  des  trois  dialectes 
bretons.  Voici  comme  exemple  quelques  mots  armoricains  avec  leurs  formes 
en  gallois  du  VIII''  siècle  d'après  le  texte  étudié  dans  ce  mémoire  :  led  largeur 
let,  eneb  contre  einepp,  hano  nom  enu,  da  à  di,  mczur  nourriture  maïlhur,  a  de  0, 
ann  hin  cet  ir...  hunnu,  krenn  rond  crunn,  moan  mince  mcin,  arc'hmnad  chaus- 
sure archenat,  kerc'hen  cou  circhin,  dre  par  trui,  être  entre  ithr,  vi  œuf  ui,  iourc'h 
chevreuil  iurgc h,  korsenn  roseaux  cors,  em-olc'hi  chasser  helcha ,  karrek  écueil 
carrecc,  au  pluriel  kerrek  écueils  cerricc,  moal  chauve  mail,  bennac  quelconque 
pinnac,  hogen  mais  hacen,  ni  nous  ni,  rcdet  couru  retteticc,  lion  plus  anciennement 
/uom  clos  ou  jardin '/uorf/î,  morzed  cuisse  mordait,  gaol  enfourchure  gabl.  —  The 
old  wclsh  glosses  on  Juvencus,  par  le  même  (p.  410),  est  le  titre  d'un  article  où  le 
savant  auteur  nous  fait  connaître  les  résultats  d'une  collation  nouvelle  des 
gloses  galloises  du  Juvencus  de  Cambridge.  Il  a  fait  cette  collation  dans  un 
récent  voyage  en  Angleterre  avec  la  collaboration  de  M.  Bradschaw  fort  habile 
paléographe  anglais.  Ce  travail  nous  permet  de  recueillir  pour  les  mots  bretons 
armoricains  qui  suivent  des  formes  galloises  du  IX^  siècle  :  leue  veau  lo,  teun 
plein  laun,  rco  gelée  rcu,  kiciz  gauche  cled,  kichcn  près  de  circhinn,  nivcr  nombre 
nimcr.  Cet  article  se  termine  par  des  corrections  aux  gloses  d'Oxford,  publiées 
à  la  fin  de  la  Grammatica  ccliica.  —  De  nouvelles  corrections  ont  été  indiquées 
par  M.  Rhys,  p.  466-467.  —  M.  Whitley  Stokes,  sous  ce  titre  :  Zur  keltischen 
passivum,  p.  467  donne  la  preuve  qu'il  subsiste  en  irlandais  ancien  et  mo- 
derne des  débris  de  la  flexion  personnelle  du  passif. 

T.  VIII,  !'•«  et  2«  livraisons,  p.  1-48.  Ernest  Windisch,  Vcrlust  und  Auftreten 
des  P  in  den  celtischen  Spraehen.  On  avait  déjà  signalé  quelques  exemples  de  la 
perte  du  p  dans  les  langues  celtiques.  M.  Windisch  donne  sur  ce  curieux  sujet 
la  première  étude  spéciale,  et  il  le  fait  avec  une  science  qui  du  premier  coup 
le  place  au  rang  des  maîtres.  Nous  connaissions  déjà  plusieurs  des  caractères 
qui  rappochent  le  celtique  des  autres  langues  indo-européennes.  Les  caractères 
qui  le  distinguent  de  ces  langues  sont  à  étudier.  M.  Windisch  détermine  un  de 
ces  caractères  avec  précision,  c'est  la  perte  du  /'  indo-européen.  Une  question 
se  pose  immédiatement.  Cette  perte  est-elle  absolue.?  Le  p  indo-européen 
subsiste-t-il  dans  quelques  mots  celtiques .?  Le  p  breton  =  qu  reste  hors  de 
cause:  il  est  d'origine  relativement  moderne,  il  n'est  pas  indo-européen,  il  n'est 
même  pas  irlandais.  Mais  parmi  les  mots  celtiques  antérieurs  à  la  séparation  des 
deux  races,  l'une  gallo-bretonne,  l'autre  irlandaise,  y  en  a-t  il  qui  contiennent 
un  p .?  C'est  ce  que  soutient  M.  Whitley  Stokes  avec  la  profonde  érudition  qui 
le  distingue.  J'attendrai  pour  me  prononcer  la  réponse  de  M.  Windisch.  Mais 
il  y  a  un  point  qui  n'a  pas  été  touché  par  M,  Whitley  Stokes,  et  sur  lequel 
)e  demanderai  au  savant  irlandais  la  permission  de  lui  poser  une  question  :  à 
quelle  date  la  lettre  oghamique  qui  vaut  p  commence-t-elle  à   paraître  dans 


42  2  Périodiques. 

les  inscriptions?  Je  la  trouve  dans  l'alphabet  publié  par  M.  Nigra'.  Elle  man- 
que dans  ceux  d'O'Donovan  ^  et  de  M.  Rhys  ^et  sa  forme  étrange,  horizontale, 
tandis  que  toutes  les  autres  consonnes  sont  représentées  par  des  traits  perpen- 
diculaires ou  obliques,  me  semble  faite  pour  provoquer  l'hypothèse  que  cette 
lettre  aurait  été,  à  une  date  relativement  récente,  ajoutée  à  un  alphabet  déjà 
tout  formé.  M.  Windisch  croit  qu'à  une  époque  antérieure  à  celle  oij  les  Gallo- 
Bretons  se  séparèrent  des  Irlandais,  les  Celtes  étaient  arrivés  à  ne  pouvoir  pro- 
noncer le  p.  L'argument  le  plus  fort  en  faveur  de  cette  opinion  me  paraît  fourni 
par  l'observation  que  dans  certains  mots  celtiques  un  p  primitif  a  été  remplacé 
par  un  c.  On  trouve  en  irlandais  secht  ^=  septem,  necht :=  neptis ,  cacht  ^captas. 
à  ces  trois  exemples  j'en  ajouterai  un  quatrième  :  l'adjectif  gaulois  uxcllos 
«  haut  »,  en  irlandais  uasal,  en  gallois  uchel,  me  semble  identique  au  grec 
ûij/io^.oç;  dans  les  deux  formes  néoceltiques,  la  gutturale  du  gaulois  étant  tombée, 
il  y  a  un  renforcement  compensatif  de  la  voyelle  initiale. 

M.  Rhys  conteste  que  la  gutturaledel'irlandais  SÊc/îf  soit  nécessairement  celti- 
que, il  pense  que  le  gallois  seitk  «  sept  »  peut  s'expliquer  par  une  forme  plus 
ancienne  sepht.  Cependant  1'/  est  la  voyelle  gutturale,  tandis  que  la  voyelle 
labiale  est  u.  C'est  la  voyelle  i  qui  tient  lieu  de  la  gutturale  dans  le  breton 
armoricain  eiz  «  huit  »,  dans  le  vieux  gallois  laidh  ==  lact  «  lait»,  noid  =  met 
«  nuit  »,  nïth  =  rect  droit  »,  dans  le  suffixe  gallois  -aith  =  act.  Nous  avons 
la  même  règle  dans  les  langues  néo-latines  du  rameau  occidental  (Diez, 
Grammaûk,  2*  édition,  t.  I,  p.  239;  3'  édition,  traduction,  t.  I,  p.  238).  Quand 
le  p  du  groupe  pt  se  vocalise  dans  les  langues  romanes,  c'est  la  voyelle  labiale 
u  que  l'on  voit  apparaître  et  la  transformation  de  cet  u  en  i  est,  quand  elle  a 
lieu,  un  fait  récent  et  exceptionnel  (Diez,  Grammaûk,  2^  édition,  t.  I,  p.  258, 
Y  édition,  traduction,  p.  257).  L'accord  des  trois  langues  bretonnes  pour 
placer  un  (  devant  la  dentale  du  septième  nom  de  nombre  cardinal  me  semble 
la  justification  de  la  thèse  de  M.  Windisch  et  prouver  qu'en  celtique  sept  s'est 
dit  «c/^n  et  non  stpim  comme  on  l'a  admis  jusqu'ici.  M.  W.  Stokes  soutient 
que  l'irlandais  cach  est  un  mot  emprunté  au  latin  et  ne  devrait  pas  être  cité 
comme  celtique  par  M.  Windisch,  parce  qu'en  celtique  gah  serait  la  forme  de 
la  racine  latine  cap  qui  en  celtique  aurait  changé  ses  ténues  en  sonores.  Mais 
M.  Rhys  prétend  que  cette  substitution  de  consonnes  est  imaginaire  dans  gahro- 
«  chèvre  »  (plus  haut,  p.  337)  comme  l'inverse  dans  and  «  tribu  (p.  329).  Si 
cette  doctrine  de  Rhys  est  adoptée  on  peut  en  conclure  que  l'équation  gah  = 
cap  ne  doit  plus  être  admise  et  l'objection  de  M.  W.  Stokes  n'a  plus  de 
fondement.  Ainsi  les  critiques  de  détail  dirigées  contre  certaines  assertions  de 
M.Windish  ne  me  paraissent  pas  toutes  fondées.  Cependant  a  priori  nous  trou- 
vons à  sa  thèse  le  défaut  d'être  trop  absolue. 

Nous  ne  prendrons  pas  un  parti  dans  la  querelle  avant  que  M.  Windisch  ait 
répliqué  aux  critiques  de  M.  Whitley  Stokes. 

1.  Nigra,  Rcliquic  ccllkhe,  1,  p.   ij. 

2.  O'Donovan,  A  grammar  oj  the  Irish  langiiagc,  p.  xlvu. 
}.  Rhys,  The  early  incribcd  sioncs  of  Walcs,  p.  i. 


Périodiques.  423 

P.  244,  M.  Windisch  a  consacré  dix  pages  de  compte-rendu  au  premier 
volume  de  la  Revue  celtiijuc.  Nous  ne  pouvons  que  vivement  remercier  le  savant 
allemand  et  l'administration  des  Beitraegc.  Après  tous  les  efforts  de  notre  zélé 
directeur  pour  fonder  une  publication  capable  de  relever  le  niveau  si  abaissé 
des  études  celtiques  en  France,  nous  sommes  heureux  de  voir  son  dévouement 
désintéressé  recevoir  au  moins  de  la  science  étrangère  les  encouragements  que 
sa  patrie  lui  donne  si  peu.  Si  la  Revue  celtique  est,  comme  on  l'imprime  à 
Berlin,  «  parfaitement  rédigée,  »  trefftich  redigirt,  elle  le  doit  surtout  à  la  col- 
laboration des  savants  étrangers  que  M.  Gaidoz  a  su  grouper  autour  des 
quelques  volontaires  fournis  par  la  France.  Ce  sont  les  travaux  de  ces 
savants  étrangers  qui  donnent  à  notre  publication  sa  valeur  principale  et  nous 
constatons  avec  plaisir  combien  M.  Windisch  a  justement  fait  ressortir  le  mérite 
de  chacun  d'eux. 

H.  d'Ardois  de  Jubainville. 

Zeitschrift  fur  vergleichende  SpRACHPORSCHUNG,t.  XXIII, livraisons  1-8. 
M.  Léo  Meyer,  'lxv£0|xat,  p.  31,  soutient  que  ce  verbe  grec  est  identique  au 
sanscrit  açnomi  «  j'atteins,  »  et  non  au  sanscrit  viçami  «  j'entre,  je  viens,  » 
comme  l'admet  M.  Curtius,  Griechische  Etymologie  ',  p.  137.  Si  la  doctrine  de 
M.  Meyer  prévaut,  il  faudra  cesser  de  rapprocher  du  verbe  grec  le  vieil  irlan- 
dais/«c/z-fa  «  il  entre,  *  fri  fecht  «  en  voyage,  »  in-fect-so  «  maintenant,  »  dont 
la  racine  est  bien  viç,  racine  aussi  du  latin  vice;  hac  vice  «  cette  fois,  »  littéra- 
lement «  ce  voyage.  »  Comparez,  quant  au  sens,  le  gothique  ainamma  sintha 
«  une  fois  »  littéralement  «  en  voyage.  » 

M.  Fick,  Etymologischc  Bcitrage,  p.  97,  examine,  p.  102,  si  1'/ initial  latin 
peut  venir  de  sp  primitif  :  il  rejette  cette  opinion  intimement  liée  avec  celle  qui 
admet  qu'en  certains  cas  \'f  initial  breton  a  succédé  à  sp  celtique.  Il  soutient 
(p.  108)  l'identité  du  grec  homérique  ^pÎTaTo;  avec  le  vieux  breton  tritid,  en 
armoricain  moderne  trede,  ce  qui  ne  me  semble  pas  admissible  :  tntid  =  tritios  ; 
mais  il  me  paraît  avoir  raison  de  donner  les  équations  secht-moga  =  é65ojj.y)xovTa, 
scchtmad  =  £6o6ijLa-o;.  L'irlandais  scchtmad  se  prononce,  en  armoricain  seizved, 
et  veut  dire  «  septième,  »  l'équivalent  grec  est  homérique.  Quant  au  nom  de 
nombre  qui  veut  dire  70  il  est  inusité  en  breton. 

Le  même  M.  Fick,  Zum  macedonischen  Dialecte,  p.  193,  se  livre  à  une  étude 
intéressante  sur  les  débris  de  ce  dialecte  grec,  dont  un  caractère  était  de  rem- 
placer les  moyennes  aspirées  primitives  par  les  moyennes  du  même  organe.  Il 
résulte  de  là  que  le  grec  primitif  n'avait  pas  assourdi  les  aspirées,  et  qu'on  ne 
peut,  comme  l'a  fait  après  M.  Ascoli  M.  Fick  (Vergleichendes  Warterbuch, 
2"^  édition,  p.  444,  454,  479,  1055),  considérer  l'assourdissement  des  aspirées 
comme  remontant  à  une  date  antérieure  à  la  séparation  des  italo  grecs  en  deux 
rameaux,  l'un  italique,  l'autre  grec.  Quand  on  croit  à  l'antériorité  de  cet 
assourdissement,  il  faut,  contrairement  à  l'opinion  la  plus  vraisemblable,  consi- 
dérer le  grec  et  le  latin  comme  plus  prochainement  apparentés  l'un  à  l'autre  que 
le  latin  ne  l'est  au  celtique  où  les  anciennes  aspirées  sont  restées  moyennes.  Il 


424  Périodiques. 

sera  curieux  de  voir  si  dans  la  troisième  édition  de  son  savant  Dictionnaire, 
M.  Fick  maintiendra  le  système  qu'il  a  emprunté  à  M.  Ascoli  sur  l'histoire  des 
aspirées  en  grec  et  en  latin,  et  comment,  s'il  le  maintient,  il  expliquera  les 
p  =  ç,  les  Y  =  X,  les  8  =  6  du  macédonien. 

Quelques  mots  macédoniens  ont,  dans  les  langues  celtiques  des  correspondants 
curieux  :  àSpoûxsç,  «  sourcil,  »  en  breton  armoricain  abrant;  6âpu)>),oç  «  chêne  » 
en  celtique  dervo-  :  comparez  le  vieil  irlandais  dcrucc  «  gland,  »  le  gallois  derw 
«  chêne,  »  le  nom  de  lieu  Dervcnlion  (Itinéraire  d'Antonin),  l'inscription  Fatis 
Dervonibus  de  Brescia,  le  nom  de  Demis  porté  au  moyen-âge  par  une  forêt  de 
chênes  de  l'Aube  et  de  la  Haute-Marne.  Il  n'est  donc  pas  prouvé  que  \'a  du  macé- 
donien ôàpuXXo;  soit  une  lettre  euphonique  comme  M.  Fick  le  croit.  La  voyelle 
qui  manque  en  grec  est  également  étymologique  dans  xàvaoot  =  yvàTot  «  mâ- 
choires »,  en  breton  armoricain  diou-gen  «  joues  »,  genou  «  bâche.  »  BàXetvo; 
nom  d'homme,  en  grec  9aXTvo;,  de  çaXio-  «  brillant  »,  peut  nous  donner  l'éty- 
mologie  du  gaulois  Belenos,  Belinos,  nom  divin  du  soleil,  qui  a  été  rattaché  à 
la  racine  gval.  La  notice  de  M.  Fick  sur  le  nom  propre  KàffaavSpoç  paraît 
expliquer  le  nom  gaulois  cassis  dans  Tri-casses,  Vidu-casses,  Baio-casses.  Le 
premier  terme  de  KâaaavSpoç  serait  xacrai-  =  xaS-tt  et  voudrait  dire  «  celui, 
qui  se  distingue,  qui  prime.  »  La  même  racine  se  trouve  dans  l'armoricain 
kaer  «  beau  »,  plus  anciennement  kazr,  cadr  =  cad-ro-s;  comparez  le  grec 
x£xaff(X£voç  =  x£-KAA-[xévoç. 

M.  Windisch,  Berichtigungcn  und  Nachtrage,  p.  273,  rattache  l'irlandais 
inis  =anas-ti-s  «  île  »  à  la  racine  nas  «  habiter  »  d'où  viendraient  aussi  le  grec 
v^ffo;  et  le  latin  insula.  La  voyelle  initiale  du  latin  s'expliquerait  par  une  méta- 
thèse;  reste  à  se  demander  pourquoi  deux  voyelles  dans  le  mot  celtique.  Le  rap- 
prochement entre  véxuç,  adjectif,  «  mort  »,  et  le  breton  armoricain  ancou  = 
ancavo-,  nom,  «  mort  »,  ne  peut,  ce  me  semble,  donner  lieu  à  critique. 

M.  Jolly  rendant  compte  d'un  mémoire  de  M.  Pauli  sur  les  noms  du  lion 
dans  les  races  indo-germaniques,  p.  353,  étudie  de  nouveau  la  question  de  savoir 
si  ces  noms  sont  d'origine  indo-européenne  ou  d'origine  sémitique.  La  prove- 
nance sémitique  semble  exclue  par  le  fait  que  la  seconde  consonne  de  ces  noms 
est  un  V  dans  les  langues  indo-européennes  et  un  sh  dans  l'hébreu  laish  (Curtius 
Griechischc  Etymologie  '',  p.  369).  Cette  question  est  fort  intéressante  à  étudier  j 
car  elle  touche  à  l'histoire  des  migrations  qui  ont  conduit  le  groupe  européen  de 
la  race  indo-européenne  dans  la  région  qu'il  occupe  aujourd'hui  (Voir  à  ce  sujet 
le  savant  mémoire  de  M.  Maury  sur  le  lion  de  Némée,  Croyances  et  légendes, 
2"  éd.,  p.  185).  On  peut  regretter  que  les  langues  celtiques  aient  été  exclues 
du  débat.  M.  Ebel  a  avancé  que  le  gallois  llcw  et  le  comique  leu  étaient  em- 
pruntés au  latin.  Cette  thèse  nous  semble  insoutenable  aujourd'hui.  M.W.Stokes 
a  établi  que  l'o  final  du  latin  draco,  lalro  est  devenu  i  en  gallois  :  dreic  =  draco, 
lleidr  =  latro  (Beitr.,  VII,  70).  Donc  Ico  aurait  donné  en  gallois  lleiet  non  Uew. 
Le  comique  Icii,  le  gallois  llew  supposent  un  primitif  Icvos  ou  livos  avec  un  / 
devenu  plus  tard  c  comme  dans  le  gallois  teiv,  en  irlandais  tiug,  «  épais.  » 

M.  Fick,  Ëtymologischc  Bcitrccge,  p.  373,  pense  que  la  racine  sanscrite  tush 


Périodiques.  42  5 

«  se  tenir  tranquille  »,  n'est  autre  que  la  racine  celtique  tu  qui  se  trouve  ren- 
forcée dans  l'irlandais  tô  «  silencieux  »,  dans  le  gallois  tewi,  dans  l'armoricain 
tevd  «  se  taire.  »  II  nous  donne  avec  raison  l'irlandais  dligim  (mcrui),  comme 
dérivé  de  la  racine  indo-européenne  dhalgh  «  mériter  »,  mais  prétend  qu'on  ne 
trouve  pas  ce  verbe  dans  une  autre  langue,  quand  nous  avons  en  breton  armo- 
ricain dlcout  «  devoir.  »  Il  croit  que  l'irlandais  tdid  «  voleur  h  vient  de  la  même 
racine  que  l'allemand  stehUn  qui  en  effet  a  perdu  son  s  initial  en  grec  et  en  slave. 
II  considère  comme  identique  au  sanscrit  çagma  «  secourable,  protecteur,  bien- 
veillant, I)  le  latin  comis;  et  ce  dernier  nous  semble  lui-même  identique  au  vieil 
irlandais  coim,  en  armoricain  kun[v]  «  bienveillant,  débonnaire.  « 

M.  Bugge,  Altitalische  Studien,  p.  385,  fait  plusieurs  rapprochements  curieux 
entre  les  anciennes  langues  de  l'Italie  et  les  langues  celtiques.  Ainsi  voulant 
prouver  que  les  langues  de  l'Italie  ont  eu  deux  terminaisons  de  la  3°  personne 
du  pluriel,  l'une  en  nti  pour  les  temps  primaires,  l'autre  en  nt  sans  voyelle  finale 
pour  les  temps  secondaires,  il  renvoie,  p.  393,  au  passage  des  Beitr.,  K/,  464,  où 
M.  W.  Stokes  a  prouvé  que  la  3^  p.  du  pi.  du  présent  de  l'indicatif  en  irlan- 
dais s'est  primitivement  terminée  par  une  voyelle.  Il  admet  que  la  forme  verbale 
ombrienne  trebeit  dérive  de  la  même  racine  que  l'irlandais  a-  trebat  «  ils  possè- 
dent »  (p.  416).  C'est  notamment  par  la  présence  d'un  s  final  à  la  fin  de  la 
préposition  galloise  trus  «  au-delà,  »  qu'il  cherche  à  établir  que  Vf  final  de 
l'ombrien  traf  tient  lieu  d'un  s  plus  ancien,  p.  422.  Les  accusatifs  pluriels 
ombriens  en  /  pour  s,  p.  420,  fournissent  un  exemple  de  cette  permutation.  Elle 
se  trouve  aussi  dans  certains  mots  bretons  :  fron  «  narine,  »  irlandais  srôn  ; 
fracd  (t  torrent,  »  irlandais  sruth  ;  felch  «  rate,  »  irlandais  sealg  ;  difuna 
«  réveiller,  »  variante  armoricaine  de  dihuna  dont  \'h  =  s.  Peut-être  est-ce  là 
l'explication  véritable  de  1'/  des  futurs  armoricains  que  j'ai  prétendu,  contre 
M.  Ebel,  rapprocher  du  b  des  futurs  irlandais.  H.  d'A.  de  J. 

Studien  zur  griechischen  axd  Lateinischen  Gram.matik  (Herausgegeben 
von  G.  Curtius)  Leipzig,  t.  VII,  p.  571-380).  M.  'Windisch  expose  quelles 
sont  suivant  lui  les  critiques  fondées  parmi  celles  que  contient  la  brochure  de 
notre  éminent  collaborateur  M.  'Whitley  Stokes,  intitulée  Some  remarks  on  thc 
Celtic  additions  to  Curtius'  Greek  etymology.  On  a  vu  plus  haut  dans  un  savant 
mémoire  de  M.  Rhys  (p.  321)  un  certain  nombre  d'observations  sur  cette  bro- 
chure de  M.  W.  Stokes.  Cette  brochure  a  pour  objet  la  critique  d'un  ouvrage 
annoncé  un  peu  brièvement  faute  de  place  par  la  dernière  livraison  de  la  Revue 
celtique,  p.  273.  M.  Windisch  expose  que  dans  cet  ouvrage  :  Grandzuege  der 
Griechiichen  Etymologie,  dont  il  a  composé  la  partie  celtique,  il  s'est  glissé 
quelques  erreurs.  Il  propose  en  outre  quelques  additions  dont  le  plus  grand 
nombre  est  emprunté  à  M.  W.  Stokes,  mais  dont  quelques-unes  ne  sont  pas 
dues  au  savant  irlandais.  Comme  exemple  nous  citerons  au  point  de  vue  du 
breton  armoricain  moc'h,  «  cochon  »,  d'une  racine  muk  qui  est  celle  du  fran- 
çais «  moucher  »  :  moc'h  voudrait  dire  qui  a  un  groin.  Cette  etymologie  a 
été  proposée  par  M.  Stokes.  Le  rapprochement  ancou  «  mort  »  avec  le  grec 
veV.'j;  a  une  autre  origine.  On  ne  peut  guère  donner  que  des  éloges  au  mémoire 
de  M.  Windish.  Cependant  je  hazarderai  une  critique.    Le  vieil   irlandais  Oi? 


426  Périodiques. 

(minor),  p.  378,  est,  suivant  moi,  le  comparatif  de  éc  (juvcnis)  :  mettez  en 
regard  le  breton  armoricain  iaou  comparatif  de  iaouank  «  jeune.  »  Il  y  a  dans 
le  positif  de  ces  deux  mots  un  suffixe  qui  manque  au  comparatif.  La  même 
chose  se  passe  en  latin  pour  l'adjectif  magmis,  au  comparatif  major. 

H.  d'A.  de  J. 

Revue  Archéologique.  Août  1874  p.  73-82.  De  quelques  pièces  curieuses  de 
verrerie  antique,  par  M.  J.  Quicherat.  (Donne  une  marque  de  fabrique,  inédite, 
et  consistant  en  un  rameau  palmé  autour  duquel  est  disposée  à  l'envers  la 
légende  VALIRMUS).  —  Septembre  p.  199,  Inscription  découverte  à  Chalon- 
sur-Saône;  ce  sont  deux  inscriptions   votives   l'une  à  Mercure,  l'autre  à  Her- 
cule, par  un  certain  Sextus  Orgius  Suavis.  —  Octobre  1874  p.    250-237,  La 
Elesyces  ou  Elisyci  et  l'Ora  maritima   de  Festus  Avienus,  par   M.    d'Arbois  d( 
Jubainville.  (Discute  une  question  relative  à  la  géographie  ancienne  de  la  Nar- 
bonnaise).  —  Novembre  p.  532.  On  signale  d'importantes  découvertes  archéo 
logiques  faites  au  sommet  du  Puy-de-Dome  dans  les  fouilles  et  les  déblaiement; 
pour  la  construction  d'un  observatoire.  On  a  trouvé  les  débris  d'un  temple  d( 
grande  dimension  et  de  construction  somptueuse  et  parmi  les  débris  une  plaqui 
en  bronze  carrée,  à  queue  d'aronde,  qui,  par  une  inscription,  nous  révèle  li 
nom  du  dieu  auquel  le  temple  était  consacré  : 
NVM  .  AVG 
ET  .  DEO  .  MERCVRIO 
DVMIATI 
MATVTINIVS 
VICTORINVS 
D.  D. 

Cette  épithète  topique  Dumiates  donne  du  même  coup  le  nom  ancien  de  1 
montagne  qui  s'est  conservé  dans  le  nom  moderne  du  Puy  de  Donu,  que  It 
paysans  appellent  encore  dans  le  patois  local  le  Doum, 

Le  savant  professeur  d'épigraphie  du  collège  de  France,  M.  Léon  Renie 
s'est  occupé  des  découvertes  du  Puy-de-Dôme  dans  sa  leçon  du  8  décembr 
1874  et,  outre  l'inscription  publiée  dans  la  Revue  Archéologique,  il  a  mer 
tionné  un  débris  d'inscription,  sur  un  fragment  de  marbre  blanc  en  grands  ( 
beaux  caractères  : 

^10 
CIVES 
TIATOr 
M.  L.  Renier  restitue  à  la  première  ligne  Arverno,  et  à  la  troisième  negolu 
tores  :  c'était  l'ex-voto  de  quelques  commerçants  qui  exerçaient  leur  métier  ( 
Auvergne. 

M.  Renier  a  réuni  de  curieux  détails  relatifs  à  ce  temple,  célèbre  dans  tou 
la  Gaule,  et  dont  la  célébrité  durait  encore  au  temps  de  Grégoire  de  Tour 
C'est  le  temple  dont  parle  Pline  Hist.  Nnt.  XXXIV,  18,  et  pour  lequel  l'artis 
grec  Zenodore  avait  exécuté  une  statue  colossale  en  bronze  de  Mercure,  stati 
haute  de  120  pieds  et  qui  lui  avait  coijté  dix  ans   de  travail.  C'est  le  temp 


Périodiques.  427 

dont  parle  également  Grégoire  de  Tours  I,  30.  La  renommée  du  Mercure 
Arverne  qu'on  y  adorait  est  attestée  par  de  nombreuses  inscriptions  :  cf.  Bram- 
h2^c\\,  Corpus  Inscr.  Rkenanarum  n^^  256,  257,  595,  1741,  2029,  et  Becl<er 
dans  les  Btitrage,  T.  III,  p.  169  et  343. 

Revue  des  Sociétés  savantes  des  départements,  5e  série^  t.  VII.  — 
P.  325.  Analyse  d'un  mémoire  de  M.  Hucher  sur  une  statuette  gauloise  décou- 
verte à  Roullé,  commune  de  Mont  Saint-Jean  (Sarthe).  «  C'est  un  personnage 
barbu,  revêtu  d'une  robe  à  capuchon  que  M.  Hucher  assimile  au  cucullt  lin- 
gonique  ou  santonique  ou  au  bardo-cuculk  dont  ont  parlé  Juvénal  et  Martial, 
avec  deux  protubérances  sur  le  sommet  de  la  tête,  cornes  ou  petites  bosses 
pointues  :  de  la  main  droite  ce  personnage  tient  un  arc  et  une  serpe,  attributs 
qui,  selon  M.  Hucher,  indiquent  une  divinité  des  bois.  » 


CORRECTION. 
Plus  haut,  p.  128,  j'ai  essayé  de  restituer  la  forme  gauloise  du  moyen- 
armoricain  banazl,  en  moyen-gallois  banadil  «  genêt  »  ;  j'ai  proposé  banadilla,  et 
j'ai  montré  par  là  que  je  n'avais  pas  encore  suffisamment  étudié  le  savant  tra- 
vail de  M.  Ebel  sur  les  voyelles  interposées,  une  des  plus  intéressantes  addi- 
tions faites  par  ce  savant  à  la  Grammaûca  celtica  de  Zeuss  (p.  165  et  sui- 
vantes). J'aurais  dû  proposer  bcna-tlon  ou  bana-tlo-n  (cf.  Gr.  C.^,  p.  820) 
dérivé  du  thème  bena  qu'on  trouve  dans  le  vieil  irlandais  bcnim  (ferio),  Gr.  C.^, 
p.  429,  et  dans  le  breton  armoricain  kcmener  pour  kcm-bcner  «  tailleur  »,  où  il 
a  le  sens  collatéral  de  «  couper,  d  Le  thème  bcna  est  lui-même  dérivé  d'une 
racine  be  ou  ba  au  moyen  du  suffixe  na,  celui  à  l'aide  duquel  se  forme  le  thème 
des  verbes  sanscrits  de  la  neuvième  classe.  La  racine  be.  ou  ba  se  trouve  en 
irlandais  dans  le  substantif /o/'£  (aè^c(5i;o)  =:  do-fo-be,  Gr.  C.^,  p.  427,883. 
ille  est  suivie  du  suffixe  tu  dans  betu-lla,  nom  gaulois  du  bouleau  ;  ce  suffixe 
ouble  sa  consonne  dans  le  substantif  vieil  irlandais  bas  «  mort  »  pour  battu- 
(Gr.  C.2,  p.  787)  et  dans  le  substantif  breton  bath,  en  gallois  «  ce  qui  est 
frappé  »,  baz  en  armoricain  «  ce  avec  quoi  on  frappe,  bâton  »  :  le  pluriel 
gallois  de  ce  mot  est  bathau  d'où  semble  résulter  un  thème  pnmïiU battu- .  Citons 
encore  l'irlandais  bdm  «  coup  »,  =  bc-min,  thème  hc-mann  (Gr.  C.'^,  p.  268, 
776),  qui  nous  donne  l'exemple  d'un  troisième  suffixe.  Le  b  initial  était  origi- 
nairement aspiré.  Le  thème  grec  90VO-  «  mort  violente,  »  le  thème  germanique 
bana  «  blessure  »,  pour  bhana,  paraissent  identiques  au  thème  celtique  bcna. 
Par  conséquent  "kna-r/on,  nom  celtique  du  genêt,  paraît  signifier,  ce  qui  sert  à 
frapper,  c'est-à-dire  à  faire  des  verges,  des  balais.  Le  nom  du  bouleau  betu-lla 
a  le  même  sens.  Le  verbe  latin  batuere  ne  peut  être  rattaché  directement  à  la 
racine  bha,  puisque  bh  initial  donne/  en  latin.  Peut-être  ce  mot,  d'un  emploi 
assez  rare  dans  la  bonne  latinité,  a-t-il  été  introduit  dans  la  langue  des  Romains 
par  les  esclaves  gaulois  et  vient-il  du  nom  donné  par  ces  esclaves  au  bâton  et 
aux  verges  dont  leurs  maîtres  les  frappaient. 

II.   u'ArBOIS   de   JUBAI.NVILLE. 


r  irid 
BEI!( 
pred^ 


CHRONIQUE. 


L'Association  Bretonne  ressuscitée.  —  M.  Whitley  Stokes  sur  la  publication  c 
ms.  de  Leinster.  —  Vœux  stériles.  —  Projet  de  chaire  celtique  à  l'Universi 
d'Edimbourg.  —  Le  nouvel  évêque  de  Saint-David.  —  Une  Bibliograph 
de  la  Gaule.  —  L'Algonquin  dialecte  irlandais  !  Origine  fantastique  des  Irla; 
dais  d'Amérique. 

La  Bretagne  française  a  vu  renaître  une  institution  qui  avait  autrefois  renc 
d'importants  services  aux  études  d'archéologie  bretonne  et  dont  le  passé  garam 
l'avenir.  C'est  l'Association  Bretonne  fondée  en  1843,  qui,  dès  ce  moment,  ti 
des  congrès  annuels  dans  les  principales  villes  de  Bretagne  (sauf  en  1854)  ju 
qu'en  1859,  date  oii  elle  fut  supprimée  par  un  arrêté  du  ministre  de  l'intérieu 
—  Nous  devons  apprendre  à  nos  lecteurs  d'outre-Manche  que  la  liberté  d'ass 
dation  et  de  réunion  n'existe  pas  en  France,  et  qu'une  association,  même  pur 
ment  scientifique,  ne  peut  naître  et  vivre  qu'avec  l'autorisation,  essentielleme 
révocable,  de  la  police  et  du  pouvoir.  —  Après  la  chute  de  l'Empire,  les  prini 
paux  membres  de  l'ancienne  association  conçurent  l'idée  de  reprendreieur  œuvrt 
leur  projet  trouva  de  l'adhésion  en  Bretagne.  «  Ce  n'est  qu'au  mois  de  septemb 
1873,  après  diverses  réunions  préparatoires  dans  le  courant  de  l'année  1872 
au  printemps  de  1873,  que  le  seizième  congrès  a  enfin  pu  se  réunir.  L'autor 
sation  fut  accordée  par  M.  de  la  Bouillerie,  ministre  de  l'Intérieur,  qui  en  doni 
connaissance  à  tous  les  préfets  de  la  Bretagne.  La  ville  de  Quimper,  qui  av: 
vu  le  dernier  congrès  en  1858,  fut  choisie  pour  inaugurer  le  congrès  nouveau. 

L'Association  bretonne  est  partagée  en  deux  sections,  une  d'agricuitu 
et  une  d'archéologie,  et  chaque  congrès  accompagné  d'une  exposition  ■ 
de  concours  agricoles.  Chacune  des  deux  sections  a  son  bureau  et  s 
séances  distinctes,  mais  le  président,  choisi  pour  la  question  d'agriculture,  a 
titre  et  les  honneurs  de  président  du  congrès.  Un  article  des  statuts  (art.  VI 
établit  fort  sagement  que  dans  les  séances  de  l'Association  «  nul  ne  peut  avo 
la  parole  qu'après  l'avoir  obtenue  du  Président.  »  Le  regretté  M.  A.  de  Blo 
a  pris  une  part  importante  à  la  reconstitution  de  l'Association  bretonne,  il  1 
avait  dirigé  la  section  d'Archéologie  de  1843  à  1855,  date  à  laquelle  M.  de 
Villemarqué  lui  avait  succédé  :  il  en  était  redevenu  président  en  1873  '.  N'ét: 
que  les  congrès  de  l'Association  bretonne  se  partagent  entre  l'agriculture 
l'archéologie,  on  pourrait  les  comparer  aux  sessions  annuelles  de  l'Associatii 
Archéologique  Cambrienne. 

I.  Le  secrétaire  de  la  classe  d'Archéologie  est  M.  Ropartz,  avocat,  16,  rue  aux  Fn 
Ions,  à  Rennes. 


Chronique.  429 

Les  comptes-rendus  du  congrès  tenu  à  Quimper  en  1873  ont  été  publiés. 
Ceux  de  la  section  d'archéologie  forment  un  fort  volume  (70-189  p.  in-8.  Saint- 
Brieuc,  Prud'homme,  1874).  Ils  comprennent  les  procès-verbaux  des  séances 
et  les  principaux  mémoires  lus  au  congrès  ^  M.  de  Barthélémy  a  parlé  plus 
haut  (p.  415)  du  mémoire  de  M.  Kerviler  qui  occupe  la  plus  grande  partie 
de  ce  volume  ;  mais  il  faut  signaler  également  une  étude  approfondie  et  minu- 
tieuse de  M.  Le  Men  sur  les  v.  Oppidums  »  {sic;  pourquoi  pas  Oppida?) 
du  département  du  Finistère,  et  un  intéressant  essai  de  M.  Luzel  sur  les 
Contes  populaires  de  la  Bretagne-Armorique. 

Le  dix-septième  congrès  de  l'Association  bretonne  s'est  tenu  à  Vannes  les 
30  août  1874  et  jours  suivants.  Le  compte-rendu  n'en  a  pas  encore  été  publié. 
Le  prochain  congrès  aura  lieu  le  6  septembre  1875  et  jours  suivants  dans  une 
■  des  rares  villes  de  Bretagne  qui  ont  encore  gardé  un  cachet  breton,  à  Guin- 
gamp  (C6tes-du-Nord). 


M.  Wh.  Stokes  nous  a  communiqué  un  exemplaire  imprimé  de  la  lettre  qu'il 
a  adressée  de  l'Inde  à  M.  le  D""  Jellet,  du  Collège  de  la  Trinité  à  Dublin,  sur 
.l'utilité  que  présenterait  la  publication  du  «  Livre  de  Leinster  ».  C'est,  comme 
on  sait,  un  ms.  sur  parchemin  du  Xlh' siècle,  conservé  dans  la  Bibliothèque  du 
Collège  de  la  Trinité,  ou  Université  de  Dublin.  Il  se  compose  de  173  feuillets 
in-folio  et  son  contenu,  qui  est  entièrement  irlandais,  peut  se  répartir  entre  les 
chefs  suivants  : 

I.  Histoire  a)  prose  b)  vers. 

II.  Topographie. 

III.  Grammaire  et  lexicographie. 

IV.  Roman  et  mythologie. 
V.  Miscellanées. 

M.  Wh.  Stokes,  avec  la  haute  compétence  qu'on  lui  connaît,  indique  l'im- 
portance qu'aurait  une  bonne  édition  de  ce  ms.  pour  l'histoire  et  la  philologie 
irlandaises,  et  d'une  façon  plus  générale,  pour  les  études  de  mythologie  et 
i'histoire  littéraire.  Il  propose  de  le  publier  en  lithographie,  d'après  un  fac- 
iimile  fait  par  un  scribe  ignorant  l'irlandais  (de  peur  qu'un  scribe  sachant  l'ir- 
andais  se  laissât  influencer  dans  son  œuvre  mécanique  par  des  suggestions  de 
ecture),  et  d'accompagner  ce  fac-similé  d'une  traduction  ;  autrement,  en  effet, 
'œuvre  entière  resterait  un  livre  scellé  à  sept  sceaux  hormis  pour  quelques  rares 
savants.  Il  discute  le  plan  et  les  frais  de  cette  publication  et  met  en  avant  le 
nom  de  M.  Hennessy,  —  who  is,  I  think,  thc  best  imngGaelic  scholar,  ce  sont  ses 
■paroles,  —  comme  l'homme  le  plus  capable  de  traduire  le  langage  archaïque 
du  Livre  de  Leinster.  «  L'exécution  de  ce  projet,  dit  M.  Stokes,  ne  serait  pas 
seulement  bien  accueillie  par  tous  ceux  qui  se  soucient  de  science,  d'histoire  et 

I .  Ayant  deux  paginations,  l'une  pour  les  procès-verbaux  et  l'autre  pour  les  mémoires, 
Dn  aurait  dû  les  distinguer  en  n'employant  pas  les  mêmes  chiffres  (arabes).  N'y  a-t-il 
Das  de  chiffres  romains  dans  les  casses  des  imprimeries  de  Saint-Brieuc  ? 


430  Chronique. 

de  littérature;  elle  rehausserait  la  réputation  du  Collège  de  la  Trinité  et  justi 
fierait  sa  prétention  à  être  regardé  comme  l'Université  Nationale  d'Irlande.  > 
Les  érudits  du  continent  s'associeraient  bien  volontiers  au  vœu  exprimé  ave< 
tant  d'autorité  par  l'éminent  secrétaire  du  gouvernement  de  l'Inde;  mais  il  n( 
semble  pas  que  le  Sénat  du  Collège  de  la  Trinité  en  ait  tenu  compte  et  nou; 
nous  demandons  quel  est  le  rare  savant,  le  crique  sagace  dont  l'avis  a  prévak 
contre  les  conseils  d'un  homme  qui  ne  s'inspire  que  des  intérêts  les  plus  élevé; 
de  la  science.  Au  récent  Congrès  des  Orientalistes  (Londres,  septembre  1874) 
M.  Max  Millier,  au  nom  des  Indianistes,  remerciait  publiquement  M.  Wh.  Stoke; 
d'avoir  aidé  à  obtenir  du  gouvernement  de  l'Inde  qu'on  fasse  je  catalogue  e' 
l'analyse  de  tous  les  anciens  manuscrits  conservés  dans  l'Inde.  Les  efforts  d< 
M.  Wh.  Stokes  n'auront  pas  été  aussi  heureux  en  Irlande  :  c'est  le  cas  d(j 
citer  notre  proverbe  français  :  «  nul  n'est  prophète  en  son  pays.  »  ' 

M.  Stokes  a  dû  en  effet  joindre  à  sa  lettre  un  post-scriptum.  Il  avait  appris  entre 
deux  que  le  Sénat  de  Trinity  Collège  avait  décidé  de  publier  une  édition  lithogra- 
phiée,  sans  traduction,  ainsi  que  l'Académie  d'Irlande  a  fait  pour  le  ms.  appelt 
Lebor  na  huidre,  et  de  confier  ce  nouveau  travail  aux  mêmes  mains.  M.  Stoke: 
regrette  cette  mesure,  et  les  erreurs  de  lecture  qu'il  relève  dans  l'édition  litho- 
graphiée  du  Lebor  na  huidre  lui  semblent  de  mauvais  augure  pour  la  publication' 
entreprise  par  le  Collège  de  la  Trinité.  Comme  le  Post-scriptum  de  M.  Stoke; 
contient  d'utiles  corrections  de  l'édition  lithographiée  du  Lebor  na  huidre,  nou; 
croyons  utile  de  le  reproduire  intégralement  : 

«  Since  the  above  letter  was  written  I  hâve  heard  that  the  Board  of  Trinit) 
Collège  has  determined  to  hâve  the  Book  of  Leinster  lithographed  b) 
Mr.  O'Longan  and  revised  by  Mr.  Looney.  This  is  better  than  nothing.  But 
the  kind  of  facsimile  which  the  Board  is  to  likely  to  get  for  its  money  may  bf 
judged  from  the  following  errata  which  I  noticed  on  cursorily  coUating  witl 
the  original  codex  the  lithographie  copy  of  Lebor  na  huidre  which  the  Roya 
Irish  Academy  has  published  as  'an  exact  lithograph  of  the  original'.  Many 
more  mistakes  would  doubtless  be  discovered  by  any  one  with  time  and  incli- 
nation to  look  for  them. 

\a  44       Facs.  ahaimsù^  ms.  ahainmsiWe 

li  37         —     foroenici  —  fAoenici 

i\b  22        —     t/îodgarach  —   tom/garacA 

50a   1 5         —  do  —  tic 

37^  42        —     necHitos  —  necmuis 

50e     1         —     -bod  —  -bad 

51a  33         —     -fuitis  —  faitis 

b  \-j        —      molbthuch  —   molbthach 

52^  1 1         —      brio  —   bric 

53/)  34         —      ani  —  anim 

jSfl  marg.    —     acht  —  for  1 

Gja  43         —     agaid  —  hgaid 

■]2b    4         —     tubraittT  —  tabraittr 


^2b 

35 

rb 

'  3 

oc,a 

1 1 

13^ 

'5 

i^a 

9 

39 

2\a 

S 

Chronique.  4^  f 

dobi«d  —  dobirid 

-  becda  —    becdu 

-  iarthu^  —  arthus 

-  fo/serg  —  forseng 

-  norùmied  —   norûined 

-  ûasa  iiibnanech  —   uasaûib  nanech 

-  lugha/h/  —    beith  and 
Two  more  I  did  not  verify,  but  the  corrections  are  obvious  enough  : 

127J   17       Facs.  comaliastas  read  comallastar 

130a     5         —     eclt  —    eôit 

The  fact  is  that,  except  when  the  process  is  purely  mechanical  (as  in  the  case 
of  photography  or  a  thoroughly  ignorant  facsimilist)  to  copy  an  ancient  Irish 
ms.  correctiy  requires  considérable  knowledge  of  the  language.  How  much  of 
this  accomplishment  is  possessed  by  the  gentlemen  connected  with  this  publica- 
tion may  easily  be  guessed  from  the  préface  in  which 

XIII.  Dorrogus  ('whom  I  shall  hâve  besought'i  is  rendered  by  'I  beseech'. 

XIV.  Discéoil  by  'good  news'. 

Dian-do-tairk  mo-lorg-sa  ('if  my  club   reaches  them',    mairfidus  'it 
i  will  kill  them')  by  'should  you  follow  my  track'. 

,        XV.  Sin  ('that')  by  'thy  condition'. 

XXI.  Imm-â-rcdind-sea  by  'when  I  used  to  tame'. 

XXII.  Adfd  in  scelso  (this  story  relates')  by  are  told  in  the  story'. 

XXV.  Tucait  baile  Mongân  ('the  cause  of  Mongàn's  Madness')  by'account  of 
Baile  Mongân  or  Mongans  résidence  ! 

They  hâve  obviously  a  smattering  of  the  language,  but  oniy  enough  to  lead 
them  astray.  The  préface  to  their  facsimile  of  Lebor  Brecc  contains  equally 
remarkable  blunders.  I  will  only  mention  two  or  three.  In  p.  5,  the  Latin  geni- 
tive  singular  pentecostes  is  read  and  printed  penUcosti  and  the  Irish  coem  is  ren- 
dered by  'faithful'.  In  p.  4,  the  first  three  words  of  the  Calendar  of  Oengus 
re  sil  dâlach  ('before  [men's]  multitudinous  seed'j  are  actually  translated  by 
'with  the  race  of  Dalach'.  In  p.  <i,erim  nglan  is  rendered  'pure  wisdom'  and 
the  gen.  pi.  of  mac  is  written  mie  n. —  Dictum  sapienti  sat  est.» 

Nous  nous  associons  pleinement  aux  regrets  exprimés  par  notre  savant  colla- 
borateur sur  la  façon  dont  l'Académie  d'Irlande,  et  après  elle,  le  Collège  de  la 
Trinité  publient  les  manuscrits  nationaux  de  l'Irlande  dont  l'importance  ne  se 
borne  pas  aux  études  irlandaises,  mais  que  maint  érudit,  en  dehors  du  cercle  de  nos 
études  spéciales,  voudrait  trouver  accessibles  à  ses  recherches.  Peut-être  une 
inspiration  meilleure  eût-elle  guidé  les  autorités  académiques  et  universitaires 
de  Dublin  si  le  vénéré  D'"  Todd  était  encore  parmi  nous,  et  si  sa  haute  autorité 
scientifique,  son  esprit  élevé  et  libéral  intervenaient  encore  dans  la  direction  des 
travaux  de  l'érudition  irlandaise  ! 


Le  désir  de  voir  les  richesses  de  l'ancienne  littérature  irlandaise  arriver  à  la 


4^2  Chronique. 

lumière  a  été  plus  d'une  fois  déjà  "exprimé  et  il  se  fait  jour  dans  mainte  cir- 
constance. Voici  un  correspondant  de  iM?/!t73tfum  anglais,  M.  J.  Jeremiah,  Jun., 
qui  dans  les  colonnes  de  ce  journal  (n«du  21  novembre  1874)  propose  de  fonder 
une  Irish  Tcxt  Society,  à  l'instar  de  VEarly  English  Text  Society  dont  on  connaît 
le  succès  et  les  importantes  publications.  Dans  le  n»  suivant  (23  novembre)  un 
autre  correspondant,  M.  Th.  Nicholas,  suggérait  qu'une  société  de  ce  genre 
devrait  prendre  un  champ  d'opération  plus  vaste  et  qu'il  vaudrait  mieux  tenter 
de  fonder  une  Celtic  Mss.  Society.  L'idée  est  grande  et  ambitieuse,  mais  nous 
craignons  qu'elle  soit  prématurée,  au  point  de  vue,  voulons-nous  dire,  de  la 
réussite  matérielle.  L'utilité  en  serait  certainement  incontestable  quand  des 
sociétés  et  des  institutions  qui  ont  la  fortune  hésitent  à  entreprendre  des  publi- 
cations de  ce  genre,  quand  des  sociétés  dont  c'était  le  but  spécial  disparaissent 
l'une  après  l'autre.  La  Welsh  Mss.  Society  est  morte  depuis  longues  années,  et 
c'est  un  savant  écossais  qui  de  son  initiative  privée  a  publié  les  Four  ancicnt 
Books  of  Wales,  ce  qui  eût  dû  être  l'œuvre  d'une  Société  galloise.  M.  Robert 
Williams  qui  entreprend  en  ce  moment  la  publication  d'une  série  d'anciens 
textes  gallois  ^  se  plaint  du  peu  de  concours  qu'il  rencontre  dans  le  public  du 
pays  de  Galles.  En  Irlande  la  Société  Ossianique  est  morte  et  il  ne  me  semble 
pas  que  la  Société  archéologique  irlandaise  soit  encore  en  existence.  Ajoutons 
que  la  nouvelle  «  Société  archéologique  galloise  «  (cf.  p.  146  supra)  n'a  pu 
réussir  à  se  constituer.  Ce  ne  sont  pas  là  des  symptômes  encourageants  pour 
l'œuvre  que  MM.  Jeremiah  et  Nicholas  voudraient  voir  se  créer  —  et  qui  ne 
se  créera  pas. 


On  peut  mieux  espérer  de  la  propagande  entreprise  en  Ecosse  par  M.  Blackie 
pour  établir  une  chaire  de  philologie  celtique  à  l'Université  d'Edimbourg. 
M.  Blackie  qui  occupe  la  chaire  de  littérature  grecque  dans  cette  université  est 
en  même  temps  un  des  plus  fervents  avocats  du  celticisme  comme  nos  lecteurs 
le  savent  déjà  (cf.  p.  147,  supra).  Quelques  personnes  influentes  se  sont  jointes 
à  M.  Blackie  et  une  souscription  a  été  ouverte.  Les  promoteurs  de  ce  projet 
demandent  10,000  livres  sterling  (250,000  fr.)  à  leurs  compatriotes.  Bien  que 
la  somme  soit  élevée,  le  patriotisme  écossais  est  assez  vivace  et  l'Ecosse  assez 
riche  pour  qu'on  puisse  s'attendre  à  voir  atteindre  ce  chiffre.  —  Nos  lecteurs 
savent  que  c'est  également  par  une  souscription  nationale  qu'a  été  fondée  l'Uni- 
versité de  Galles.  On  ne  saurait  trop  admirer  l'esprit  d'initiative  qui  anime  nos 
voisins  d'outre-Manche,  Celtes  aussi  bien  que  Saxons,  et  qui  souvent  vient  à 
bout  des  plus  aventureuses  entreprises. 


Le  vénérable  évêque  de  Saint-David  en  Galles,   le  D''  Thirlwall,  bien  connu 
par  ses  ouvrages  sur  l'histoire  de  la  Grèce,  a  résigné  ses  hautes  fonctions  par 

1.  Cf.  Rev.  Celt.,  t.  I.  p.  500. 


Chronique.  4jj 

raison  d'âge  et  de  santé.  La  Principauté  a  été  heureuse  d'apprendre  que  son 
successeur  est  un  gallois,  le  savant  M.  Basil  Jones,  Archidiacre  d'York. 
Mgr  Basil  Jones  est  un  des  principaux  fondateurs  de  l'Association  Archéologique 
Cambrienne  et  l'auteur  d'importants  ouvrages  sur  l'histoire  et  les  antiquités  du 
pays  de  Galles.  L'Archaologia  Cambrensis,  à  laquelle  nous  empruntons  cette 
nouvelle,  exprime  l'espoir  que  par  suite  de  son  retour  en  Galles,  Mgr  Basil 
Jones  trouvera  quelque  loisir  pour  ses  anciennes  études  d'histoire  et  d'archéo- 
logie galloise.  On  nous  permettra  de  remarquer,  non  sans  fierté,  que  dans  notre 
vol.  I,  la  liste  des  souscripteurs  à  la  Revue  Celtique  contient  les  deux  noms 
illustres  que  nous  venons  de  citer. 


L'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  n'a  pas  décerné  cette  année 
(1874)  le  prix  Brunet,  dont  nous  avons  donné  le  programme  plus  haut  (p.  144); 
elle  s'est  contentée  d'accorder  des  médailles  de  valeur  diverse  à  plusieurs  des 
concurrents,  parmi  lesquelles  une  médaille  de  mille  francs  à  M.  Emile  Ruelle 
pour  un  ouvrage  manuscrit  intitulé  :  Bibliographie  générale  de  la  Gaule.  Des 
ouvrages  récompensés,  c'est  le  seul  qui  ait  trait  aux  études  celtiques. 


La  Revue  Politique  et  Littéraire  vient  de  publier  (n"  du  2  janvier  1875)  une 
leçon  faite  à  la  Faculté  des  Lettres  de  Dijon  par  M.  Gaffarel  sur  «  les  explo- 
rations maritimes  des  Irlandais  au  moyen-âge  d.  Cette  leçon  est  principalement 
consacrée  à  la  légende  de  Saint  Brendan ,  racontée  d'après  M.  Jubinal,  et  à 
cette  fantastique  «  île  de  Saint  Brendan  d  qui  a  figuré  sur  les  cartes  géographi- 
ques jusque  dans  notre  siècle.  M.  Gaffarel  rapporte  des  traditions  de  Sagas 
d'après  lesquelles  les  anciens  Irlandais  auraient  peut-être  abordé  en  Amérique 
et  il  écrit  à  ce  propos  cette  phrase  incroyable  :  «  Bien  que  de  savants  linguistes 
aient  constaté  une  ressemblance  singulière  entre  la  langue  irlandaise  et  le  dia- 
lecte algonquin,  bien  que  les  Irlandais  d'Amérique  aient  scrupuleusement  con- 
servé le  souvenir  de  leur  patrie,  on  ne  connaît  pourtant  ces  voyages  que  par  la 
tradition.  »  Il  manquait  un  pendant  à  l'histoire  de  Madoc,  des  Gallois  d'Amé- 
rique et  des  Mandans  ;  le  voilà  fourni  par  les  Irlando-Algonquins  de  M.  Gaffa- 
rel !  Les  «  savants  linguistes  »  auxquels  il  se  réfère  en  note  sont  un  M.  José 
Ferez  dans  une  certaine  Revue  américaine,  T.  VIII,  p.  180.  On  regrette  de, 
voir  un  professeur  de  notre  enseignement  supérieur  apporter  aussi  peu  de 
critique  dans  une  question  ethnographique,  mais  ce  qui  est  plus  étrange  encore 
c'est  que  M.  Gaffarel  regarde  les  Irlandais  d'Amérique,  dont  l'exode  est  si 
récent,  comme  descendant  des  compagnons  de  Saint  Brendan  ou  d'un  de  ses 
émules  inconnus,...  il  y  a  treize  ou  quatorze  siècles  !!!  H.  Gaidoz. 


V 


29 


NÉCROLOGIE 


M.  John  PuGHE,  mort  le  9  avril  1874  à  l'âge  de  59  ans  :  il  avait  traduit  les 
Meddygon  Myddjau  pour  la  'Welsh  mss.  Society'  et  il  est  l'auteur  de  quelques 
poésies  en  langue  galloise. 

Dans  VAthcnaum  anglais  du  25  juillet  1874  (p.  112),  M.  John  Stuart  con- 
sacre quelques  lignes  à  la  mémoire  d'un  savant  écossais  enlevé  dans  la  force  de 
l'âge,  M.  E.W.  RoBERTSON,  auteur  d'un  ouvrage  estimé  sur  l'ancienne  histoire 
d'Ecosse,  Scotland  under  her  early  Kings  (Edimburgh  1862,  1  vol.  in-8)  et  qui 
en  1872  avait  publié  la  première  partie  d'une  série  intitulée  Historical  Essays 
in  connexion  with  the  Land  and  thc  Charch. 

M.  Louis-Marie  Galles,  né  à  Vannes  le  16  juillet  1827,  mort  dans  la  même 
ville  le  24  juillet  1874,  était  un  des  meilleurs  archéologues  du  Morbihan.  lia 
collaboré  au  Bulletin  de  la  Société  Polymathi^ue  du  Morbihan,  à  ï Annuaire  du 
Morbihan  et  pris  une  part  active  aux  travaux  de  l'Association  Bretonne.  Il  a 
également  pris  part,  avec  M.  René  Galles,  M.  de  Cintré  et  les  autres  savants 
du  Morbihan,  aux  fouilles  des  monuments  dits  celtiques  menées  avec  tant  d'acti- 
vité dans  ce  département.  M.  l'abbé  Chauffier,  pro-secrétaire  à  l'évêché  de 
Vannes,  a  bien  voulu  nous  envoyer  la  bibliographie  des  travaux  de  M.  Louis 
Galles  : 

r  Considérations  sur  les  Pierres  druidiques  nommées  dolmens;  allées  cou- 
vertes, grottes  aux  fées,  Kistvaen,  etc. 

(Annuaire  du  Morbihan  185?,  p.  115-131.) 

2°  Les  monuments  celtiques  et  particulièrement  celui  de  Carnac. 

(Annuaire  du  Morbihan  1854,  p.  1 21-143.) 

Ces  deux  mémoires  ont  été  réunis  par  lui  en  un  seul  fascicule  sous  ce  titre  : 
Deux  mémoires  sur  les  monuments  de  l'âge  de  pierre  extraits  des  annuaires  1853  et 
1854. 

3°  Fouilles  du  tumulus  de  Tumiac  en  Arzon  1853.  —  Cet  article  n'a  été 
publié  dans  ancune  revue. 

4°  Fouilles  d'un  dolmen  en  Locmariaquer. 

(Bulletin  de  la  Société  Polymathique,  1860,  p.  12.) 

5"  Fouilles  d'un  tumulus  nommé  Er-hourich  ou  la  Vigie,  commune  de  la  Tri- 
nité sur  Mer;  par  MM.  de  Cintré  et  Louis  Galles. 

(Bulletin  de  la  Société  Polymathique  du  Morbihan  1860,  p.  81.) 

6"  Les  dolmens  de  la  Trinité-sur-Mer. 

(Ibid.  1860  p.  83.) 


Nécrologie.  435 

7°  Compte-rendu  sur  les  fouilles  de  Beg-en-Aud  (Saint-Pierre-Quiberon). 

(Ibid.  1869,  p.   117.) 
8°  Découverte  d'un  dolmen  de  l'époque  de  bronze  au   Rocher,   en  Plougou- 
melen.  {Ibid.  1872,  p.  1 19.) 

9°  Découverte  de  deux  sépultures  de  l'époque  de  bronze  au  Rocher,  en  PIou- 
goumelen. 

{Ibid.  1872,  p.  125.) 
Ces  deux  derniers  réunis  en  un  fascicule  sous  ce  titre  :  Découverte  de  sépultures 
de  l'époque  de  bronze  en  Plougoumelen. 

10'  Comment  les  dolmens  pourraient  bien  avoir  été  construits  par  les  Gau- 
lois. 

(Ibid.  1873,  p.  50.  —  Tirage  à  part.) 
1  i'  Etude  sur  les  peuples  constructeurs  des  dolmens. 

{Ibid.   1873,  p.   55.) 
12°  Monuments   mégalithiques  ou  celtiques  (réponse  à  la  question   2  du  pro- 
gramme de  la  section  d'archéologie  bretonne  187^.) 
Epoque  Gallo-Romaine. 
Rapport  sur  les  fouilles  de  l'établissement  gallo-romain  de  Korhan  en  Arradon. 
{B.  de  la  Soc.  Poljm.  1865.) 
Moyen-âge. 
Extrait  d'un  mémoire  de  M.  L.   Galles  sur   la  chapelle   de  Saint-Avé  près 
Vannes,  par  M.  Rozenzweig. 

{Bull,  de  la  Soc.  Archéologique  du  Morbihan.  1857,  p.  76.) 
Extrait  d'un  mémoire  de  M.  L.  Galles  sur  l'église   paroissiale  de  Saint-Léry, 
canton  de  Ploermel,  par  M.  Rosenzweig. 

{Ibid.  p.  78.) 
Mémoire  sur  le  Prieuré  de  Saint-Martin   de  Losselin   G.  S.  P.,  membre  de 
Marmoutiers,  d'après  les  chartes  existantes  aux  Archives  nationales  du  Morbi- 
han et  celles  données  par  D.  Morice. 

[Ibid.  1858,  p.  78.) 
Note  sur  les  pierres  tombales  du  chœur  de  l'Eglise  de  Saint-Gildas  de  Rhuis. 

(Ibid.  p.  65.) 
Notice  sur  une  sépulture  trouvée  sous  un  lech  bas  à  Arradon. 

(Bull,  de  la  Soc.  Polymathique  1867,  p.  41.) 
Etude  de  Géographie  féodale  :  les  arrières-fiefs  de  la  seigneurie  de  Guémené. 

(Ibid.  p.  121.) 
Les  murailles  de  Vannes  depuis  1 573. 

(Ibid.  1869,  p.  89.) 
'Cet  article  avait  déjà  paru  dans  l'annuaire  du  Morbihan,  1856.) 

La  maison  d'un  seigneur  de  Guémené  en  1 542. 

(Ibid.  1871.) 

M.  Cosmo  Innés,  professeur  d'Histoire  constitutionnelle  à  l'Université  d'Edim- 
bourg, mort  le  31  juillet  1874  à  Killin,  pendant  un  voyage  dans  les  Highlands. 
Il  était  âgé  de  soixante-quinze  ans.  Il  avait  fait  une  étude  spéciale  de  l'histoire 


4^6  Nécrologie. 

des  anciennes  lois  de  l'Ecosse.  A  côté  de  nombreuses  publications  d'anciens 
documents,  ses  principaux  ouvrages  sont:  Origines  Parochialcs  Scotia\  Scothvh 
in  thc  Middlc  Ages  ;  Sketches  of  Early  Scotch  History  and  social  progress  ;  Lectui\ 
on  légal  Antitjmties  ;  Concerning  Scotch  Surnames.  On  lira  avec  intérêt  une  notict 
que  M.  J.  A.  H.  Murray  lui  a  consacrée  dans  l'Academy  du  15  août  1874. 
p.  181. 

M.  Daniel-Louis-Olivier-Marie  Miorceg  de  Kerdanet,  mort  en  septembre 
1874  à  l'âge  de  82  ans  à  Lesneven  (Finistère),  auteur  des  Notices  chronologiques 
sur  les  écrivains  et  artistes  de  la  Bretagne  {Brest,  1818).  M.  de  Kerdanet  a  donné, 
en  l'accompagnant  de  notes,  une  édition  nouvelle  des  Vies  des  Saints  de  la  Bre- 
tagne armorique  d'Albert  Le  Grand  (Brest,  1837),  et  il  a  publié  de  nombreux 
mémoires  dans  le  Lycée  armoricain  et  dans  les  Bulletins  de  la  première  Associa- 
tion Bretonne. 

M.  Aymar-Gabriel  de  Blois,  né  le  24  fructidor  an  XII  (i  1  septembre  1804) 
au  château  de  Poulguinan,  près  Quimper,  mort  subitement  à  Quimper  le  3  dé- 
cembre 1874.  En  1843  il  contribua  avec  quelques  autres  savants  bretons  et  le 
concours  de  M.  de  Caumont  à  fonder  V Association  bretonne,  dont  il  dirigea  pen- 
dant de  longues  années  la  classe  d'archéologie,  et  en  1872  il  fut  un  des  premier 
à  travailler  au  rétablissement  de  cette  société  supprimée  par  l'empire  (voir  à  la 
Chronique).  Il  avait  également  été  un  des  fondateurs  de  la  Société  archéologique 
du  Finistère,  dont  il  était  président.  M.  de  Blois  a  collaboré  à  la  nouvelle  tà\- 
tlon  du  Dictionnaire  historique  et  géographique  de  Bretagne  d'Ogée ,  à  la  Biogra- 
phie bretonne  de  M.  Levot,  à  la  Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée  et  à  divers  recueils 
archéologiques  de  l'Ouest.  Bâtonnier  de  l'ordre  des  avocats  de  Quimper  et 
ancien  député,  M.  de  Blois  était  en  outre  un  jurisconsulte  distingué  et  il  avait 
de  l'ancien  droit  coutumier  une  connaissance  toute  spéciale. 

Au  moment  de  mettre  sous  presse,  nous  apprenons  la  mort  de  M.  Thomas 
Stephens  (né  le  12  avril  1821,  mort  le  4  janvier  1875),  auteur  de  The  Litera- 
tare  of  thc  Cymry,  ouvrage  traduit  en  allemand  par  San-Marte,  et  d'un  grand 
nombre  de  mémoires  dispersés  dans  les  Revues  du  pays  de  Galles  et  relatifs  à 
l'histoire  littéraire  et  à  la  littérature  galloises;  nous  avons  déjà  signalé  ici  (t. I, 
p.  467,  n.)  son  essai  sur  les  Triades  publié  dans  la  revue  galloise  Y  Beirniad. 
L' Archicologia  Cambrensis  de  janvier  1875  donne  (p.  87)  une  notice  détaillée  sur 
les  travaux  et  l'œuvre  de  ce  modeste  et  consciencieux  érudit. 

H.  G. 


Le  propriétaire-gérant  :  F,  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


w 


ERRATA. 

P.  8,  n.  2.  Au  lieu  de  :  qui  est  nommée  —  lire  :  qui  est  nourrie 

P.   149,  1.  6,  au  lieu  de  :  possint  —  lire  :  possent 

P.  151,1.  1 5.  Au  lieu  de  :  AUmnanische  —  lire  :  Alemaniiische 

P.  198,  1.  24,  for  :  het  —  read  :  let 

P.  199,  1.  22,  for  :  farsinsgas  —  read  :  farsinngas 

P.  200,  n.  I.  8,  for  :  legendd  —  read  :  legend 

P.  201,  1.  3,  for  :  inscrlom  —  read  :  iserlom 

—  1.  $^  for  :  ligese  —  read  ligesi 

—  1.  30,  for  :  reïnter  —  read  :  reenter 

P.  202,  1.  7,  for  :  damirecht  —  read  damirecht 
P.  206,  1.  17.  Au  lieu  de  :  d'inductile  —  lire  :  d'inductile 
P.  284,  1.  25,  au  lieu  de  :  Ateura  —  lire  Ateuritus.  —  ATEVRA  est  la  légende 
d'une  monnaie  gauloise  de  la  collection  de  M.  Mowat,  et  forme  une  variété 
du  denier  bien  connu  :  ATEVLA-VLATOS. 
P.  286,  1.  1-14.  L'inscription  de  Santenay  a  été  publiée  plus  exactement  et 
plus  complètement  dans  le  Bail,  de  la  Soc.  des  Antiq.  de  France,  1873,  p.  50  : 
AVG-SACR 
...O.MERCVRIO 
...NSORINVS 
,...AVLLINI  FILIVS 
EX  VOTO 
P.  288,  1.  16,  au  lieu  de  :  du  Grundzûgc  —  lire  :  des  Crundziige 


WANTED  TO  PURCHASE.  The  2^  number  of  the  Beiraz^ii.  Write, 
stating  price,  to  Mr.  Gaidoz,  67,  rue  de  Richelieu,  Paris. 


Les  numéros  de  la  Revue  Celtique  ne  se  vendent  pas  séparément;  on 
s'abonne  pour  un  volume  qui  paraît  en  plusieurs  livraisons  formant 
ensemble  environ  520  pages.  —  Prix  d'abonnement:  Paris,  20  fr.; 
Départements,  22  fr.;  Étranger,  le  port  en  sus.  —  On  souscrit:  Pour  la 
France,  en  envoyant  un  mandat-poste  payable  au  nom  de  M.  F.  Vieweg, 
propriétaire  de  la  librairie  Franck,  67,  rue  de  Richelieu,  à  Paris;  pour 
l'étranger,  par  l'intermédiaire  d'un  libraire. 

Une  liste  des  souscripteurs  est  publiée  avec  chaque  volume. 

Il  est  ti.'-é  quelques  exemplaires  sur  papier  de  Hollande  portant  sur  le  titre  le 
nom  imprimé  du  souscripteur.  Le  prix  d'abonnement  à  ces  exemplaires  est  double, 
c'est-à-aire  40  fr.  pour  Paris,  44  fr.  pour  les  départements. 

Toutes  les  communications,  correspondances,  etc.,  doivent  être 
adressées  franc  de  port  à  M.  H.  Gaidoz,  aux  soins  de  M.  F.  Vieweg, 
propriétaire  de  la  Hbrairie  Franck,  rue  de  Richelieu,  67,  Paris. 

La  direction  de  la  Revue  ne  s'engage  pas  à  renvoyer  aux  auteurs  les 
manuscrits  non  insérés. 


To  ouR  British  subscribers  : 
Subscribers  are  respectfuUy  requested  to  remit  the  amount  of  L  i 
subscription  for  the  2nd  volume  of  the  Revue  Celtique,  by  Post  Office 
Order  payable  at  the  General  Post  Office  London  to 
Trùbner  and  C" 

$7  and  59,  Ludgate  Hill, 

London. 

N.  B.  A  few  copies  are  printed  on  laid  paper  with  the  names  of  subscribers. 
The  terms  of  subscription  for  thèse  copies  is  double,  viz.  two  pounds  per  ânnnm. 

A  list  of  the  subscribers  is  given  with  every  yearly  volume. 
Subscriptions  for  America  and  the  Colonies  are  received  by  : 
E.  Steiger,  New-York  (U.  S.) 
John  Wiley  and  Son,  do    d° 
J.  B.  Lippincott  and  Co.,  Philadelphia  (U.  S.) 
Mohun  and  Co.,  Washington  (U.  S.) 
Dawson  Brothers,  Montréal  (Canada). 
G.  Robertson,  Melbourne  (Australia). 
AU  literary  communications  to  be  addressed,  post  free,  «  To  the  Edi- 
tor,  care  of  Mons.  F.  Vieweg,  propriétaire  de  la  librairie  A.  Franck, 
67,  rue  de  Richelieu,  Paris.  » 

Books  for  review  to  be  sent  «  To  the  Editor,  care  of  Messrs  Trùbner 
andC»,  57^and  59,  Ludgate  Hill,  E.  C.  London.» 

The  Editor  cannot  undertake  to  return  communications  which  are 
not  asked  for. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Les  'Numéros  ne  se  vendent  pas  séparément. 


yA  PUBLIÉE  V*^  ^ 

iQ^'      AVEC     LE     CONCOURS     DES     PRINCIPAUX     SAVANTS         ^'^' 
DES    ILES    BRITANNIQUES   ET    DU    CONTINENT 


DIRIGÉE    PAR 


H.   GAIDOZ 

Professeur  de  géographie  et  d'ethnographie  à  VÉcole  des  Sciences  Politiques  de  Paris, 

Membre  de  la  Cambrian  Arch<£ological  Association  et  de  la  Royal  Archceological 

Association  of  Ireland,  etc. 


Vol.  II.  —  N"  4 

(n"  8  de  la  collection) 

Juillet  1875 


LIBRAIRIE  A.  FRANCK  (f.  vieweg  propriétaire) 
67,  rue  de  Richelieu,  PARIS 

TRUBNER  AND  C 
57  and  59,  Ludgate  Hill,  LONDON 

Numbers  are  not  sold  separately. 


SOMMAIRE  DU  PRÉSENT  NUMÉRO  : 


I.  Une  énigme  d'onomastique  fluviale,  par  M.  Ad.  Pictet.  p.  437 

II.  Les  gloses  irlandaises  du  manuscrit  de  Berne,  par  M.  C.  Nigra.  446 

III.  Observations  sur  le  glossaire  d'O'Davoren,  par  M.  H.  Ebel.  455 

Mélanges  : 
i)  A  pilgrimage  of  an  Hungarian  nobleman  to  St  Patrick's  Purgatory 

by  H.  Gaidoz,  Esq.  482 

2)  Traditions  et  superstitions  de  la  Basse-Bretagne  au  xviie  siècle.  484 

5)  Les  Celtes  et  les  Éléphants,  par  M.  H.  Gaidoz.  486 

4)  The  ancient  Irish  Goddess  of  War,  corrections  and  additions  by 
Whitley  Stokes,  Esq.  489 

5)  Étymologie  du  nom  de  Chaource  (Aubej,  par  M.  H.  d'Arbois  de 
Jubainville.  492 

6)  Yves  Camus,  chanson  populaire  bretonne.  495 

Bibliographie  :  498 

An.  de  Barthélémy  :  Étude  sur  les  monnaies  gauloises  trouvées  en  Poitou  et 
en  Saintonge.  —  Esser  :  Ueber  einige  gallische  Ortsnamen  auf  -ûciim  in  der 
Rheinprovinz  (H.  G.).  —  Maine  :  Lectures  on  the  early  history  of  Institutions 
(H.  G.).  —  Joyce  :  The  origin  and  history  of  the  Irish  names  of  places, 
2d  ser.  (H.  G.).  —  Bonnafoux  :  Légendes  et  croyances  superstitieuses; 
Fontaines  celtiques  (H.  G.).  —  Caix  de  Saint-Aymour  :  Études  sur  quelques 
monuments  mégalithiques  de  la  vallée  de  l'Oise.  —  Mélanges  de  numismatique. 

—  De  Baye  :  Congrès  international  d'anthropologie  et  d'archéologie  préhisto- 
riques. 

Chronique  par  M.  H.  Gaidoz.  p.  504 

Sommaire  :  La  Commission  de  la  Topographie  des  Gaules.  —  Un  manuscrit 

irlandais  à  Saint-Pétersbourg.  —  M.  Silvan  Evans  et  VArchaologia  Cambrensis. 

—  La  Société  des  anciens  textes  français. 

Corrigenda  et  Addenda.  p.  507 

Nouveaux  Errata  du  tome  I":"".  508 

Supplément  :  Dosparth  byrr  ar  y  rhan  gyntaf  i  ramadeg  cymraeg  [gan  Gruf- 
fydd  Roberts,  1567],  a  fac-similé  reprint.  (This  will  be  continued  in  regular 
instalments,  with  a  separate  pagination,  in  ail  subséquent  numbers  until  the  work 
is  completed.) 


UNE  ÉNIGME 

D'ONOMASTIQUE    FLUVIALE. 


si  l'on  venait  un  jour  à  découvrir  quelque  part,  dans  la  mer  du  Sud 
par  exemple,  une  île  nouvelle,  assez  grande  pour  posséder  plusieurs 
rivières,  et  habitée  par  une  race  indigène,  et  si  l'une  de  ces  rivières  se 
trouvait  s'appeler  La  Seine,  on  ne  verrait  là,  à  coup  sûr,  qu'un  jeu  du 
hasard.  Si,  plus  loin,  on  en  trouvait  une  seconde  du  nom  de  La  Loire, 
on  s'étonnerait  sans  doute  de  cette  double  coïncidence,  mais  sans  en 
conclure  encore  à  une  origine  française  que  rien  d'ailleurs  n'autoriserait 
à  admettre.  Mais  si,  plus  loin  encore,  on  arrivait  à  un  Rhône  et  à  une 
Garonne,  on  ne  pourrait  plus  douter  d'une  telle  origine,  et  toutes  les 
objections  tomberaient  devant  l'impossibilité  d'attribuer  au  hasard  des 
coïncidences  aussi  répétées.  On  aurait  beau  alléguer  l'absence  de  tout 
fait  à  l'appui  d'une  colonisation  française.  On  ne  pourrait  s'empêcher  de 
croire  au  moins  que  quelque  navire  égaré  aurait  été  jeté  sur  cette  île, 
et  que  les  naufragés,  devenus  indigènes,  auraient  donné  à  ces  rivières  les 
noms  de  celles  de  leur  pays  natal. 

Or,  il  se  trouve  que  cette  fiction  se  réalise,  non  pas  dans  une  île 
océanienne  et  pour  des  rivières  de  la  France  actuelle,  mais  dans  une  portion 
assez  circonscrite  de  l'Afrique  du  Nord,  et  pour  une  réunion  de  noms  de 
cours  d'eau  qui  ne  se  rencontrent  d'ailleurs  que  dans  les  pays  qu'a 
occupés  la  race  celtique.  Cette  portion  de  l'Afrique  est  l'ancienne  Mau- 
ritanie, où,  cependant,  aucun  témoignage  historique  n'indique  que 
jamais  les  Celtes  aient  eu  d'établissement.  Ce  fait  est  si  frappant  que  je 
m'étonne  qu'il  n'ait  pas  été  signalé  jusqu'à  présent. 

Les  noms  en  question  ne  sont  pas  ceux  du  Fez  et  du  Maroc  actuels, 

lesquels  ont  été  changés  ou  altérés  considérablement.  Je  m'en  tiens  à 

ceux  qui  nous  ont  été  transmis,  en  partie  par  Pline  et  Ptolémée,  et  en 

partie  par  l'anonyme  de  Ravenne,  probablement  au  vu''  siècle  d'après 

Rev.  Celt.  Il  JO 


4  ]  8  Une  Énigme  d'onomastiijue  fluviale. 

Pinder  et  Parthey' .  Ce  sont  les  suivants,  que  je  rapproche  de  leurs  cor- 
rélatifs dans  les  Gaules  anciennes,  et  dans  la  France  du  moyen-âge. 

i)  Ligar  (Anon.  Rav.  158^  8)  dans  la  Mauritanie  Césarienne. 

En  Gaule,  Liger,  la  Loire  (César,  etc.),  AÎYfsç,  AiY-r^p  (Strab. 
Ptol.,  etc.),  sans  doute  d'une  racine  lig,  leg,  conservée  dans  l'irlandais 
leigli,  liquéfier,  dissoudre.  Cf.  legad,  dissolutio  (Zeuss^,  625),  irl.  moy. 
leglmim^  I  dissolve,  melt  (Stokes.  Ir.  Gl.  1071);  gaël.  d'Ecosse  lighe, 
flux,  inondation,  fleuve,  torrent,  etc. 

Ce  nom  n'était  pas  isolé  dans  la  Gaule,  comme  le  montrent  au  moyen- 
âge  ceux  de  Ligerus,  Legrus,  le  Loir,  Ligerinus,  le  Loiret  (Vales.  534, 
276,  278).  Cf.  de  plus  Liger,  nom  plus  ancien  de  l'Oir,  affluent  de 
la  Sélune  (Manche),  Liger,  affluent  de  la  Bresle  (Somme);  Ligoure,  affluent 
de  la  Vienne  (Haute- Vienne).  Peut-être  aussi  Le'^tzrre,  affluent  du  Bastan 
(Basses-Pyrénées;;  Legaron,  ruisseau  (Yonne)  2.  En  Angleterre  aussi,  on 
trouve  une  rivière  Legre,  affluent  du  Soar,  près  de  Leicester.  Je  laisse 
de  côté  plusieurs  noms  contractés  comme  Loire  Pest  de  Liger,  ou  dérivés 
de  la  rac.  lig  par  d'autres  suffixes.  Ce  qui  précède  suffit  pour  montrer 
que  tout  ce  groupe  est  éminemment  celtique. 

2)  Isaris  (Anon.  Rav.  j  58,  6),  Maurit.  César. 

Trois  corrélatifs  celtiques  se  présentent  dans  Isara,  l'Isère,  Isara, 
l'ancien  nom  de  l'Oise,  et  Isara,  l'Isar,  affluent  du  Danube,  dans  l'an- 
cienne Vindélicie.  Un  Iser,  affluent  de  l'Elbe,  en  Bohême,  doit  sans  doute 
son  nom  aux  Boii  gaulois.  L'Eisach,  qui  se  jette  dans  l'Adige,  s'appelait 
autrefois  /5aru5  (Mannert.  Geogr.,t.  III,  515).  On  peut  ajouter  en  France, 
Isrus,  synonyme  de  Arutius,  l'Arroux,  affluent  de  la  Loire  (Vales.  64) , 
Iseron,  torrent  près  de  Lyon,  et,  en  Belgique,  Yser,  affluent  de  l'Yperbé. 
Comme  plusieurs  de  ces  noms  s'appliquent  à  des  rivières  notoirement 
rapides,  on  peut  les  rattacher  à  un  terme  gaulois  congénère  du  sanscrit 
isliira,  et  du  zend  ishara,  rapide,  actif,  fort,  de  la  racine  ish,  inciter, 
pousser,  lancer,  imprimer  un  mouvement  vif.  De  cette  même  racine  déri- 
vent, par  d'autres  suffixes,  un  bon  nombre  de  cours  d'eau  celtiques,  tels 
que  Isa,  Isaca,  Isca,  Isala,  Isla,  Isana,  Isonîa,  etc.,  que  je  ne  fais  ici 
qu'indiquer. 

3)  iaùoç,  Savus  (Ptol.  4,  2,  6),  Maurit.  César. 

C'est  exactement  le  Savus,  Sijîoç,  Saoç,  des  Anciens,  pour  la  Save 


1.  Ravennatis  Anonymi  Cosmographia,  etc.,  ediderunt  M.  Pinder  et  G.  Parthey.  Bero- 
lini,  1860. 

2.  Ces  noms  sont  tirés  soit  des  Dictionnaires  topographiques  de  la  France,  publiés  jus- 
qu'à ce  jour,  .soit  des  rapports  communiqués  par  les  archivistes  des  départements. 


Une  Énigme  d'onomastique  fluviale.  439 

actuelle,  dans  la  Pannonie  gauloise.  Ce  nom  se  retrouve  aussi  à  plusieurs 
reprises  dans  la  Gaule  et  la  France  du  moyen-âge. 

Ainsi,  Sabis  pour  Savis,  la  Sambre,  plus  tard,  vers  le  x^  siècle,  Savus, 
Saba,  et  Sambrus  iVales.  493),  Savus,  Sava  iviii^  et  x*  siècle',  la  Selle, 
affluent  de  l'Escaut  (Nord)  ;  Sava,  la  Save,  affluent  de  la  Garonne  ^Haute- 
Garonne);  Sève,  affluent  de  La  Douve  (Manche).  De  plus,  comme  formes 
contractées,  Soua,  Soa,  affluent  du  Blâme  (Dordogne);  Sau,  deux  petites 
rivières  en  Souabe,  et  Soiv,  en  Angleterre  (Warwickshirel. 

La  racine  est  la  même  que  celle  du  sanscrit  sava,  suc  et  eau,  c.  à  d. 
su  [sunôti],  faire  jaillir  un  suc  par  la  pression,  primitivement  sans  doute, 
verser,  asperger,  arroser.  Cf.  'jî'.,  il  pleut,  l»st:ç,  pluie,  etc.  ;  anc.  slave 
sou-nâti,  effundere;  anc.  allem.  sou,  anglosax.  seawe,  Wihuân.  sywas,  suc, 
irl.  subh,  id.  et  sabh,  salive,  etc.  Ici,  comme  pour  les  racines  lig  et  is, 
d'autres  noms  celtiques  de  rivières  dérivent  de  su.  J'en  signale  deux 
groupes  principaux  : 

Ainsi,  par  n,  na,  ana,  comme  en  sanscrit  sùnà,  rivière  ',  savana,  ablu- 
tion, bain,  etc.,  Savena,  affluent  du  Pô  (Bolonais),  Soana  (ix"  siècle), 
affluent  de  l'Azergue  (Rhône),  Seona  [xuf  siècle],  la  Séoune,  affluent  de 
la  Garonne  (Tarn-et-Gar.),  Soena  (xi**  siècle),  la  Seugne,  affluent  de  la 
Charente  (Charente-Infér.),  etc.  ; 

Par  r,  ra,  comme  en  sanscrit  surâ,  liqueur  spiritueuse,  eau,  en  zend 
hura,  boisson,  plusieurs  Sura,  au  moyen-âge,  affluents  de  la  Moselle,  du 
Rhin,  de  la  Salzach,  de  la  Drôme,  etc.;  en  Irlande,  la  Suir  (Munster) 2. 
Par  ara,  comme  sanscrit  savara,  eau  3,  Ilavapîa;  (Ptol,  2,  15),  Savara, 
Seyera  (x^  siècle),  les  deux  Sèvres;  par  aria,  Savaria,  dans  la  Pannonie 
inférieure.  Peut-être,  aussi,  avec  double  suffixe,  Sabrina,  la  Severn,  en 
Angleterre,  Sabhrann,  ancien  nom  du  Lee,  en  Irlande,  et  Sevron,  affluent 
du  Solman  (Ain)  4. 

4)  Kojc:a;  (Ptol.  4,  1,  2),  Mauritanie  Tingitane.  Cusa  (Kiepert.  Atl. 
antiq.)  se  jette  à  l'Océan  près  de  Rutubis,  port  de  mer  s, 

Cosenus  (Plin,  V,  i,  8),  la  même  rivière  (?j. 

Les  deux  formes  se  retrouvent  surabondamment  dans  l'onomastique 


1.  D'après  Wilson,  Dict.  ;  mais  le  Dict.  de  Pétersbourg  n'indique  pas  cette  acception. 

2.  Cf.  en  dehors  du  domaine  celtique,  Soura,  affluent  du  Volga,  dans  la  Russie 
d'Europe. 

3.  Cf.  Sa'japa[iàTi;,  territoire  de  l'Inde  intra  Gangem.  (Ptol.  7,  i,  54)  —  sansc. 
*savara-vâti,  aquosa  (?). 

4.  Ajouter  encore,  en  France,  Savara  (xi^  s.),  la  Sèvre,  affluent  de  la  Seine  (Seine-et- 
Oise);  Sàveria  (xii"  s.),  affluent  de  l'Ourcq  (Aisne);  Savère,  id.  de  la  Save  (Haute -Ga- 
ronne), etc. 

5.  Cf.  Rutupiae,  Rhutubi,  port  de  la  Grande-Bretagne  en  face  de  la  Gaule;  et 
Rutuba,  rivière  de  la  Ligurie  (Quicherat.  Noms  propres  de  la  langue  latine). 


440  Une  Énigme  d'onomastique  fluviale. 

gauloise.  Ici  d'abord  le  Cusus,  affluent  du  Danube  (Tacit.  Ann.  2,  64) 
sans  doute  celtique.  Puis  dans  la  France^  au  moyen-âge,  les  noms  de 
rivières  Cosa  (12"  siècle),  le  Cousin,  affluent  de  la  Cure  (Yonne);  Cosa 
(id.),  la  Couze,  affluent  de  la  Dordogne  (Dordogne)  ;  Cosia  (x^  siècle), 
la  Coise,  affluent  de  la  Loire  (Loire);  Cuson,  torrent  affluent  de  la 
Finée  (Alpes-Marit.)  ;  Co5a«;!e,  affluent  de  la  Dheune  (Côte-d'Or);  Cous- 
sonne,  id.  du  Lot  (Aveyron);  Cosantia  (xif  siècle),  la  Cousance,  id.  de 
l'Ain  (Ain);  Cosantia  (x."  siècle),  la  Cousance,  id.  de  l'Aire  (Meuse); 
Coussin,  id.  du  Naon  (Loir-et-Cher).  J'en  omets  plusieurs  autres  encore. 
Il  faut  ajouter,  avec  un  suffixe  différent,  Cusilla,  Coselia  (Vales.  $24),  la 
Choisille,  affluent  de  la  Loire  au-dessus  de  Tours  '. 

Il  est  à  remarquer  que  plusieurs  des  cours  d'eau  susnommés  sont 
signalés  comme  profondément  encaissés,  en  particulier  les  deux  Cosa. 
Or^  dans  le  Puy-de-Dôme,  le  nom  de  couse  est  appliqué  génériquement 
à  des  rivières,  et  on  dit  :  la  Couse  d'Ardes,  la  Couse  d'Issoire,  la  Couse 
Chambon,  etc.  ^,  comme,  dans  les  Pyrénées,  le  Gave  de  Pau,  le  Gave 
d'Aspe,  etc.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  ces  mots  désignent  des  rivières 
très-encaissées.  Cela  conduit  à  rapprocher  couse  du  sanscrit  kôça  ou 
kosha^  récipient  en  général,  gaine,  fourreau,  enveloppe,  vase,  etc., 
d'autant  mieux  que  ce  terme  s'appliquait  aussi  aux  fleuves,  en  tant  que 
contenus  dans  leur  lit  ?. 

5)  MaXoùa;  (Ptol.  4,  i,  7),  Maurit.  Tingitane. 

Malba  (Anon.  Rav.  158,  9). 

Malvana  (Plin.  VI,  13). 

Ici,  encore,  les  deux  formes  se  retrouvent  en  France  au  moyen-âge  et 
actuellement.  Ainsi  : 

Malva  (BoUand.  Jun.,  i,  1300;  Vales.  310),  la  Mauve,  affluent  de  la 
Loire;  Mclve,  ruisseau  affluent  du  Marcillando  (Lot);  Malou,  trois 
ruisseaux  de  ce  nom  (Hérault). 

Malvanus  (xi"  siècle),  Cart.  de  Saint  Victor;  le  Malvan,  affluent  du 
Loup  (Var).  Malauna,  Malona  (xii'  à  xiii"  siècle),  la  Malène,  ruisseau 
affluent  de  la  Guye  (Saône-et- Loire);  Malavcne,  à  la  mer  près  de  Hyères 
(Var). 

Cf.  aussi  Malvetum  (x\f  siècle),  la  Mauvotte,  affluent  de  l'Yonne 
(Yonne),  et  Malviès,  id.  du  Jaur  (Hérault). 

Ces  noms  paraissent  avoir  désigné  des  cours  d'eau    lents,  si  l'on 

1.  cf.  l'irl.  cuisle,  veine,  tuyau,  tube;  en  erse  aussi  :  cours  d'eau,  stream  of  water. 
(Dict.  d'Edimb.). 

2.  Cf.  le  Plateau  central  de  la  France,  par  H.  Lecoq.  Paris,  1871,  p.  118. 

3.  Cf.  les  noms  propres  de  rivières  Kôçâ  et  Mahâkôçî,  litt.  grand  récipient  (Dict. 
de  P.). 


Une  Enigme  d'onomastique  fluviale.  441 

compare  l'ancien  gallois  melu,  au  plur.  meluet,  escargot;  mod.  malw,  et 
malwen;  corn,  melyen,  armor.  melfeden,  etc.  Cf.  gall.  melwi,  s'étendre  en 
glissant,  et  armor.  melv,  morve;  ainsi  que  gall.  mail,  doux,  flasque,  lent, 
irl.  mail,  id.  maille,  lenteur,  etc.' 

6)  Sira  (Anon.  Rav.  158,  4),  Maur.  César. 
StVap,  -poç  (Ptol.  4,  2,  10),  p.  ê.  la  même. 

Ces  deux  noms  se  rattachent  sans  doute  à  la  rac.  sar,  couler,  d'où, 
en  sanscrit,  sara,  saras,  eau,  lac,  sarit,  rivière,  sarila,  eau,  etc.  ;  mais 
aussi  .j/râ,  canal,  voie  d'eau,  veine  d'eau,  et  sîrâ,  rivière.  Sisar  semble 
être  une  forme  redoublée,  comme,  en  sanscrit,  sisarîi,  sisrati,  de  sar. 

Je  ne  trouve  pas,  chez  les  Celtes,  comme  nom  de  rivière  la  forme 
affaiblie  Sira,  mais  la  racine  sar  y  est  largement  représentée.  Ainsi  par 
Sara,  Saravus  (iv"  et  Vs.)  (Auson.  et  Ven.  Fort.),  la  Saar,  affluent  de 
la  Moselle;  Sarius  (Anon.  Rav.  289,  5),  le  Serio,  id.  du  Pô;  Sariu,  id. 
de  la  Sale  (Var)  ;  Sar,  id.  du  Blavet  (Morbihan);  Sor,  id.  de  l'Agout 
(Tarn);  plusieurs  Sera  (du  ix''  au  xiii^  s.),  affluents  de  l'Oise,  de  la  Ga- 
ronne et  de  la  Dordogne,  etc.,  etc. 

7)  SaXa  (Ptol.  4,  I,  2;  4,  I,  14),  deux  rivières,  dont  l'une  dans  la 
Mauritanie  Gaditane. 

Sala  (Plin.  V,  I,  3),  aussi  une  ville  sur  la  rivière  Sala. 

Salensis  (Anon.  Rav.  164,  20),  latinisé  de  la  ville  Sala.  En  France, 
nous  trouvons,  au  ix*"  et  au  xii'  siècle.  Sala,  Sela,  la  Selle,  affluent  de 
la  Somme;  Salia  (ix"  s.),  la  Seille,  id.  de  la  Saône.  Plusieurs  autres 
Sala,  Saale,  etc.,  se  rencontrent  aussi  dans  la  portion  de  l'Allemagne 
occupée  anciennement  par  les  Gaulois  (cf.  Fôrstemann.  Ortsn.  1209). 

La  racine  ici  est  également  sar  qui,  en  sanscrit  déjà  devient  sal,  d'où 
sala,  salila,  eau  =  sara,  sarila,  etc.  Toutefois  Sala  peut,  dans  quelques 
cas,  désigner  aussi  un  cours  d'eau  salée.  Cf.  irl.  saile,  salonn  (Cormac. 
Gl.  148),  gallois  hal,  halen,  sel,  etc.,  lat.  sal,  et  langues  européennes 
passim,  ainsi  que  le  sanscrit  sara,  sel,  de  sa  fusibilité.  A  sal,  dans  son 
acception  propre  de  couler,  se  rattachent  l'irl.  séile,  gall.  haliw,  lat. 
saliva,  etc.  Mais,  de  même  que  sar  est  devenu  sir,  sîr,  dans  sirâ,  sîrâ 
(v.  supra),  sal,  en  irlandais,  s'est  changé  en  sil  (silim),  dégoutter, 
distiller,  armor.  sîla,  filtrer,  etc.  Un  changement  semblable  doit  avoir 
eu  lieu  en  gaulois,  comme  on  le  voit  par  les  noms  de  rivières,  Silis 

I.  La  rac.  mar.  mal,  primit.  broyer,  dans  les  autres  branches  de  la  famille  arienne, 
donne  naissance  à  des  termes  qui  expriment  la  mollesse,  la  douceur,  la  lenteur,  etc.,  au 
physique  et  au  moral.  Pour  la  forme  marva,  malva,  cf.  entre  autres  Fick  (Vergl.  Wb. 
150,  384  .  Aux  exemples  qu'il  donne,  comme  lat.  malva,  la  mauve  émolliente,  etc.,  il 
faut  ajouter  le  lithuanien  mulwe,  boue,  marécage,  et,  au  moral,  le  sanscrit  malva,  niais, 
idiot,  insensé  (D.  Pétersb.), 


442  Une  Énigme  d'onomastitjue  fluviale. 

(Pline,  III,  22),  Vénétie;  Silus  (Rolland.  Jan.  2,  751)  Gallaecie;  Sila, 
S//^/;fl  (xi^  s.),  la  Sihl  à  Zurich  (Forst.  Ortsn.  126$),  lesquels  répon- 
draient ainsi  au  Sira  de  la  Mauritanie. 

8)  St^aç  (Ptol.  4,  2,  2).  Siga,  fl.  et  lac.  Maur.  César,  aujourd'hui 
Taphna. 

Je  compare  S/gcï,  Sigina  (x^  s),  affluent  du  Rhin  (Forst.  1264);  Si- 
gonna,  la  Seugne,  id.  de  la  Charente  (Papin.  Masso.)  ;  Signe,  id.  de  la 
Garonne  (Moithey).  Probablement  aussi  Zi'Yixaç,  -avoç  (Ptol.  2,  7,  2), 
dans  le  bassin  d'Arcachon,  Cf.  pour  la  racine,  le  gallois  5/gaw,  disperser, 
rompre,  briser. 

9)  Mina  (Anon.  Rav.  158,  3),  Maurit.  Tingit. 

En  Espagne,  Minius,  Mivt'oç  (Plin,  Mêla,  Strabon,  Ptolémée). 

Le  Minho  actuel,  nom  probablement  celtibère. 

Sur  la  rive  droite  du  Rhin,  Moenus,  le  Main,  en  gaulois,  suivant 
Gluck,  Moinos  =  Mênos.  En  Angleterre,  d'après  l'Anon.  de  Ravenne 
(437,  10),  une  rivière  Maina,  non-identifiée. 

Ces  noms  paraissent  dériver  de  la  racine  de  mouvement  mi,  mî  (mi-na- 
ti,  mi-nôti,  mayatê),  encore  inconstatée  en  sanscrit,  mais  garantie  par 
plusieurs  des  langues  congénères.  Cf.  lat.  meo,  anc.  slave  mi-nàti, 
transire  (Miklos.  Lex.  369),  pol.  mi-nac,  mijac,  et,  surtout,  pour  le  cel- 
tique, le  gallois  moyen  my-net,  ire  [Z.^,  598).  Gluck  y  a  rattaché  le 
gaulois  Moinos,  et  je  trouve  dans  l'Inde  ancienne,  une  rivière  Mena 
(Dict.  de  Pétersb.  V,  904)  qui,  sauf  le  genre,  y  correspond  de  tout 
point. 

10)  Lixus  (Plin.  V.  1,  3),  At'^,  Ai^oç  (Ptol.  4,  i,  2)  rivière  et  ville 
(Maurit.  Tingit.), 

Un  X  gaulois  se  change  ordinairement  en  ss,  s,  dans  les  formes  plus 
modernes,  comme  Lisieux  est  provenu  de  Luxovium,  l'irlandais  uasal  de 
uxellos,  etc.  (Cf.  Z.^,  47)  '.  On  peut  donc  comparer  avec  Lixus,  le 
Lissius  au  moyen-âge,  aujourd'hui  Lez  (Drôme  et  Vaucluse);  Lisos, 
affluent  de  la  Garonne  (Lot-et-Gar.);  Lys,  id.  de  la  Pique  (Haute-Ga- 
ronne), ainsi  que  les  dérivés  ou  composés,  Lisonne,  affluent  de  la  Cha- 
rente (Charente);  Lissance,  source  (Hérault)  2;  Lissourgues,  id.  du  Lot 
(Lot) ,  etc. 

Un  autre  changement  fréquent  est  celui  de  x  en  se,  par  inversion,  et 
Lixus  peut  avoir  été  aussi  Liscus.  Ceci  conduit  à  en  rapprocher  l'anc.  irl. 
lesc,  piger,  lentus,  pi.  leisc  (Z.^,  67,  861  ;  et  Cormac,  Gl.  104I,  suivant 
Stokes  {Remarks  on  the  Celtic  additions  îo  Curtius,  etc.  Calcutta,    1 874, 

1.  cf.  anc.  gallois  lissiu.da  lat.  lix,  lixivia  (Z.-  1063). 

2.  Cf.  en  Galles,  Liss,  fons.  (Lib.  Landav.  252). 


Une  Énigme  d'onomastique  fluviale.  44} 

p.  1 2)  pour  lecs  =  lat.  laxus.  A  cette  forme,  se  lient  en  France  plusieurs 
noms  de  rivières,  comme  Lescia  (Bolland.  Febr.  3,  ^66],  dans  les  Ar- 
dennes,  Lescay,  affluent  du  Luy  de  Béarn  (B.  Pyren.)  ;  peut-être  aussi, 
par  assimilation,  Lessia,  ruisseau  affluent  de  l'Uri  (ibid.)  ;  Lesse,  id.  de  la 
Meuse,  en  Belgique,  Lesse,  Laisse,  riv.  à  Chambéry  ;  Laisse,  affluent  du 
Cens  (Loiret),  etc. 

D'après  tout  cela,  le  nom  de  Lixus,  Lissus,  Liscus,  paraît  avoir  désigné 
un  cours  d'eau  lent  '  ;  mais  j'ignore  si  ce  caractère  est  bien  celui  du  Lixus 
mauritanien,  aujourd'hui  Alkos  ou  Lucas  (Pape,  Benzler.  Wb.  v.  Aiç). 

1 1)  Anatis  (Plin.  V,  1,  8),  Maurit.  Tingit. 

Ce  nom  semble  allié  de  près  à  celui  de  Anas  ("Avaç,  Strab.  PtoL,  etc.). 
Ana  (Avien.  Or.  mar.  v.  205)  aujourdhui  Guadi-ana,  en  Espagne  et  en 
Portugal,  composé  avec  l'arabe  ouadi,  rivière,  comme  Guadalquivir, 
Guadiamar,  etc.  Stokes  a  rapproché /lna5,  en  tant  que  celtibère,  avec  l'ir- 
landais an,  eau,  que  donnent  Lhuyd,  O'Clery  et  O'Reilly,  v.  aidbeis.  Cf. 
ibid.  anach,  lotion.  Il  a  comparé  de  plus  le  anam,  paludem  (au  nomin. 
ana],  du  petit  glossaire  gaulois  d'Endlicher. 

Je  ne  trouve  pas,  chez  les  Celtes,  la  forme  Anatis;  mais  celles  de  Ani- 
sus,  Anisa  (viiie  siècle),  plus  tard  Anasis,  l'Ens,  affluent  du  Danube 
(Fôrstem.  Ortsn.  78)  2;  et  deAnava  (Anon.  Rav.  438,  4)  en  Angleterre, 
peuvent  se  rattacher  aussi  au  nom  de  l'eau.  Cf.  encore  Anemo,  -onis 
(Plin.  3,  20,  i)  dans  la  Cisalpine,  auquel  répond  singulièrement  ^Aze/nam 
(xiiie  siècle),  aujourd'hui  l'Allemagne,  affluent  de  la  Somme  (Somme). 
Je  ne  sais  si  l'on  peut  comparer  les  noms  actuels  de  ÏAne,  affluent  de  la 
Tirette  (Drôme),  et  de  VAine,  id.  de  la  Nied  (Meurthe),  dont  les  formes 
plus  anciennes  ne  sont  pas  connues. 

12)  Tamuda  (Plin.  V,  i,  13),  rivière  navigable  (Maurit.  Tingit.), 

Un  assez  grand  nombre  de  rivières  celtiques  tirent  leurs  noms,  par  des 
suffixes  variés,  d'une  racine  arienne  tam,  laquelle,  en  sanscrit,  signifie 
proprement  étouffer,  s'engourdir,  perdre  le  mouvement,  et  qui  là,  comme 
en  celtique  et  dans  plusieurs  langues  congénères,  donne  naissance  à  des 
termes  qui  expriment  l'obscurité,  la  couleur  sombre  ou  noire,  ce  qui  sert 
souvent  à  caractériser  les  cours  d'eau.  En  fait  de  noms  celtiques,  je  ne 
citerai,  comme  les  plus  remarquables,  que  : 

Tamesis,  la  Tamise,  exactement  le  sanscrit  Tamasa,  Tâmasl,  rivières 
de  l'Inde  ancienne,  de  tamasa,  adj.,  sombre,  tamas,  obscurité,  etc.? 


1.  cf.  le  nom  d'homme  gaulois  Liscus  (Ces.  1,  16,  17),  vergobret  Eduen. 

2.  Cf.  p.  ex.  dans  le  Cantal,  Anes,  affluent  de  la  Rance,  et  Anisson,  id.  du  ruisseau 
l'Angles. 

3.  Cf.  lithuan.  îamsà,  obscurité,  iamsus,  sombre,  etc.  de  témti,  devenir  sombre. 


444  U"^  Énigme  d'onomastique  fluviale. 

Tâ;j.apo;  (Ptol.  2,  5,  4),  Tamaris  (Anon,  Rav.  437,  12),  Tamara 
(Bolland.  Jan.  1,  1092),  le  Tamer  actuelle  en  Cornouaille.  —  Tamaris 
(Mêla,  3,  1,8;  Ptol.  2,  6,  i),  aujourd'hui  Tamaro,  dans  la  Tarracon- 
naise.  Cf.  Tamaron,  ruisseau  affluent  de  la  Bourbince  (Saône-et-Loire)  '. 

Tamaca  (Rolland.  Jan.  i,  640),  en  Lusitanie,  aujourd'hui  Tamaga, 
affluent  du  Duero.  Cf.  sanscr.  tamakâ,  nom  d'une  plante  àécorce  noire. 

Au  sanscrit  tama,  obscurité,  répond  l'ancien  irlandais  terne,  id.  ;  teim, 
sombre  (Cormac.  Gl.  1  $7);  anc.  slave  îïma,  obscurité;  ang.  sax.  îhimm, 
obscur.  De  là  plusieurs  noms  de  rivières,  comme  :  Tama  (Bolland.  Jan. 
I,  640),  branche  supérieure  de  la  Tamise;  Tame,  affluent  du  Trent 
(Staffordshire)  ;  Taam  {Tâm),  le  Ta/ actuel  (Glamorgan).  Cf.  Lives  of  îhe 
Britisli  Saints,  p.  61.  Il  y  a  en  Toscane  une  rivière  Terne. 

Comme  formations  analogues,  je  citerai  encore  Tamon,  affluent  du 
Gardon  (Gard)  ;  Tamina,  affluent  du  Rhin,  en  Suisse,  torrent  profondé- 
ment encaissé  dans  une  gorge  sombre.  Cf.  irl.  temen,  sombre  (Corm.  Gl. 
1 57);  sansc.  tamin,  adj.  de  tam;  anc.  si.  tïmïnâ,  obscur,  et  Tamuja,  id. 
du  Rio  del  monte,  prov.  de  Cacenes,  en  Espagne,  Timella  (viiie  siècle), 
la  Diemel,  affluent  du  Weser  (Forst.  1402).  Cf.  anc.  irl.  temel,  obscu- 
rité (Z.2  959). 

Enfin,  ce  qui  compléterait  l'ensemble  de  ces  affinités,  c'est  que  le  nom 
même  de  Tamada  semble  se  retrouver  presque  identiquement  dans  celui 
d'un  affluent  de  la  Severn,  Tafida^,  plus  anciennement  Tamida,  comme 
Tâf  est  provenu  de  Tâm  par  le  changement  ordinaire  de  m  en/  =  v  3. 


Un  examen  plus  approfondi,  et  qui  comprendrait  tous  les  noms  actuels 
des  cours  d'eau  dans  l'ancienne  Mauritanie,  révélerait  peut-être  encore 
quelques  coïncidences  plus  ou  moins  sûres.  Il  est  certain,  par  ex.,  que 
le  Draha  du  Maroc  rappelle  singulièrement  le  Drahonus  d'Ausone, 
affluent  de  la  Moselle.  En  attendant  nous  avons  ci-dessus  jusqu'à  douze 


1.  cf.  sanscr.  tamra,  adj.  qui  assombrit,  tâmra,  rouge  sombre  et  cuivre  ;  timira, 
obscur;  anc.  ail.  dêmar,  crépuscule,  etc.  Le  Tamaro  du  royaume  de  Naples,  ancienne- 
ment Tamarus  du  Samnium,  n'est  sûrement  pas  celtique,  mais  italique,  c.-à-d.  également 
arien. 

2.  Silvan  Evans,  The  rivers  of  Montgomeryshire,  dans  les  Collections  issued  by  the 
Powys-land  Club;  Part  IX,  1871,  p.  558. 

^  J'observerai  encore  que  la  notion  d'obscurité  et  d'eau  sombre  n'est  peut-être  pas  la 
seule  applicable  à  tous  les  noms  de  ce  groupe,  puisque  celle  de  cessation  de  mouvement, 
qui  appartient  aussi  à  la  rac.  tam,  peut  désigner  parfois  le  cours  lent  des  rivières.  En 
Irlandais,  en  effet,  on  trouve  tamhaim,  rester,  se  reposer,  se  taire;  tamh,  repos,  silence; 
tamhanach,  lent,  stupide;  tamhaire,  un  paresseux,  etc.  Cf.  le  lithuanien  timsoti,  être 
paresseux. 


Une  Énigme  d'onomastique  fluviale.  445 

noms,  qui  ne  s'expliquent  pas  seulement  par  le  celtique,  mais  qui  répon- 
dent à  de  véritables  noms  de  cours  d'eau  chez  les  Celtes.  Or,  je  sais 
bien  que,  prises  isolément^  ces  homophonies  ne  prouveraient  rien,  et 
qu'il  s'en  présente  fréquemment  de  telles.  Ainsi,  il  y  a  au  Mexique  une 
rivière  Tamosis  qui  n'a  sûrement  aucun  rapport  avec  la  Tamesis  britanni- 
que, non  plus  qu'avec  la  Tàmasï  de  l'Inde.  On  trouve  de  même,  en  Phé- 
nicie,  un  fleuve  iTjLruxq  (Strab.  19),  et,  chez  les  Mongols,  une  rivière 
Tamir,  qui  ne  sont  à  coup  sûr  ni  celtiques,  ni  ariens.  On  pourrait  aisé- 
ment multiplier  ces  exemples;  mais  une  réunion  de  douze  coïncidences, 
dans  un  espace  aussi  circonscrit  que  la  Mauritanie,  ne  se  présente  nulle 
part  ailleurs,  et  ne  saurait  être  attribuée  au  hasard.  Comment  expliquer 
ce  fait  singulier  sans  admettre  dans  ces  contrées  un  séjour  plus  ou  moins 
prolongé  de  quelque  population  celtique  }  Et  cependant  l'histoire  se  tait 
complètement  à  cet  égard,  et  ne  connaît  en  Afrique  que  des  Gaulois 
mercenaires  qui  n'ont  pu  y  introduire  une  onomastique  fluviale.  Si  l'on 
se  souvient,  toutefois,  que  les  Celtibères  occupaient  une  portion  de  la 
Lusitanie,  il  n'y  aurait  rien  d'improbable  à  ce  que  quelques-unes  de 
leurs  tribus  eussent  passé  en  Afrique,  et  s'y  fussent  établies  temporaire- 
ment à  une  époque  antérieure  à  la  connaissance  qu'en  acquirent  plus 
tard  les  Romains,  alors  que  la  race  africaine  des  Mauresques  avait 
expulsé  et  remplacé  l'immigration  celtique,  celle-ci  ne  laissant  que  des 
noms  de  rivières  comme  trace  de  son  séjour.  Il  est  à  remarquer,  enefiet, 
que  les  anciens  noms  de  villes  de  la  Mauritanie,  comme  à  l'ordinaire 
d'une  origine  plus  récente,  et  à  l'exception  de  ceux.  Sala,  Siga,  Lixus, 
qui  sont  provenus  des  rivières  mêmes,  n'ont  rien  de  celtique  '. 

Cette  énigme  d'onomastique  fluviale  aurait-elle  quelque  connexion  avec 
le  problème  non  moins  énigmatique  de  l'origine  de  ces  dolmens  que  l'on 
a  trouvés  dans  l'Algérie,  et  que  l'on  n'ose  trop  attribuer  aux  Celtes 
malgré  les  analogies  qu'ils  présentent  ?  C'est  là  une  question  que  je 
propose  aux  ethnologues,  sans  prétendre  y  répondre  en  aucune  façon. 

Adolphe  PiCTET. 


I.  Un  seul  de  ces  noms,  Tasagora,  dans  la  Tingitane  (Anon.  Rav.  160,  6),  Tasaccora 
(Itin.  Anton.)  rappelle  l'irlandais  tascar,  tascur,  société,  compagnie  (Senchus  mor,  I,  122, 
O'Davoren.  Gl.  124):  mais,  comme  Tasagora  désigne  aussi  une  rivière  de  la  Mauritanie 
Césarienne  (Anon.  Rav.  is8,  5,',  le  rapport  ci-dessus  semble  fortuit. 


LES    GLOSES    IRLANDAISES 

DU  MANUSCRIT  DE  BERNE. 


La  bibliothèque  publique  de  la  ville  de  Berne  possède  un  manuscrit 
(coté  n°  363),  du  commencement  du  ix^  siècle,  qui  contient  quelques 
gloses  synchroniques,  malheureusement  trop  rares,  en  langue  irlandaise. 
Je  me  propose  de  publier  un  jour,  s'il  m'est  possible  de  le  faire,  une 
étude  spéciale  sur  ce  manuscrit.  Pour  le  moment,  je  dois  me  borner  à 
cette  notice  sommaire  dont  le  bût  est  principalement  de  compléter  la 
transcription  des  gloses  irlandaises  que  nous  devons  déjà  aux  savantes 
recherches  de  M.  Whitley  Stokes.  Cette  tâche  m'a  été  rendue  facile  par 
l'obligeance  de  M.  de  Steiger,  premier  bibliothécaire  de  la  ville  de  Berne, 
qui  m'a  permis  de  consulter  pendant  plusieurs  jours  le  ms.  confié  à  sa 
garde. 

Outre  les  gloses  latines  et  irlandaises,  et  en  dehors  des  inscriptions, 
citations  et  poésies  latines,  qui  y  ont  été  insérées  vers  la  moitié  du 
ixe  siècle,  le  ms.  contient,  comme  texte  primitif,  les  œuvres  suivantes  : 

1 .  Les  commentaires  de  Servius  sur  les  Bucoliques,  les  Géorgiques  et 
l'Enéide  de  Virgile  jusqu'au  commencement  du  VIK'  livre. 

2.  La  rhétorique  de  Fortunatianus. 

3.  La  dialectique  et  la  rhétorique  de  S.  Augustin. 

4.  Un  morceau  de  Clodien;  de  Statibus. 

5.  Les  poésies  d'Horace. 

6.  Le  commencement  des  métamorphoses  d'Ovide  (une  seule  feuille). 

7.  L'  «  Historia  gentis  »,  de  Bède  (incomplet). 

Le  texte  d'Horace  de  ce  ms.  est  peut-être  le  plus  complet  que  l'on 
connaisse.  Orelli  et  Ritter  s'en  sont  utilement  servis  pour  leurs  éditions 
du  poète  romain.  Hauthal  l'a  compulsé  pour  sa  publication  des  commen- 
taires d'Acron  et  de  Porphyrion.  Charies  Halm  profita  largement  du 
texte  de  Fortunatianus^,  pour  sa  récension  des  «  Rhetores  latini  minores.  » 


Les  Gloses  irlandaises  du  ms.  de  Berne.  447 

Enfin,  M.  Whitley  Stokes,  ainsi  qu'il  a  été  dit  plus  haut,  a  publié  les 
gloses  irlandaises  ' . 

Le  ms.  est  en  parchemin,  de  197  feuilles,  dont  les  premières  142, 
présentant  une  numération  synchronique  par  cahiers,  ont  dû  former 
originairement  un  volume  séparé.  La  dimension  des  feuilles  est  de 
238  millimètres  de  hauteur  sur  188  de  largeur.  L'écriture  du  texte  et  des 
gloses  est  irlandaise,  du  commencement  du  ix'=  siècle.  L'origine  irlan- 
daise du  ms.  est  d'ailleurs  prouvée  par  les  noms  irlandais  écrits  sur  les 
marges  ;  dungal{o\.  54a;  comgan,  21a,  31a,  32a,  ^ib,  33a,  34^,  35a; 
fergus  24b,  84a,  127^,  142e,  164a;  cormac  6^a,  Soa,  ii^b,  114^, 
117a,  137P,  i38<î;  rathramnus  65!?,  S8b;  colggu  ç)ib;  mac  longâin 
64b;  mac  ciaddin  i:^ib;  dub[thach  i']  22a,  27^,  147^:1;  sediulius]  pass.  ; 
brigit  117a;  caîhasach  \']<^h. 

La  notice  de  M.  Stokes  sur  les  gloses  est  insérée  dans  les  Goidelica, 
dont  nous  citons  ici  seulement  la  dernière  édition,  aux  pages  54-56  2. 
M.  Stokes  n'a  pu  examiner  le  ms.  que  pendant  une  journée.  Tous  ceux 
qui  ont  dû  compulser  les  documents  de  l'époque  carlovingienne  connais- 
sent par  expérience  les  difficultés  d'une  telle  lecture.  On  ne  doit  donc 
pas  s'étonner  des  quelques  inexactitudes  que  nous  allons  signaler  dans  la 
transcription  du  savant  irlandais. 

Stokes  :  sathrdnus  (or  perhaps  sathrannus)  SSb.  —  Le  ms.  a  rathramnus 
en  deux  endroits,  65^,  SSb,  et  désigne  probablement  Rathramm  de  Corby 
qui  florissait  vers  l'an  840.  Voir  Reeves,  Adamn.  355. 

St.  :  Raiginboldus  \2ja,  128^.  — Ms.  raigmboldus  \^ia;  raigimboldus 
132e. 

St.  :  togluasachîi  ^\b.  —  Ms.  togluasacth  ^\b. 

St.  :  Uirosa  autem  uenenata...  abuciuntur  et  egerunt  partum  31^.  — 
Ms.  Uirosa  hautem  aut  uenenata..  abiiciuntet  egerunt  partum  ^la,  3 il?. 

St.  :  Bufo.  rana  terrestris  simlae  magnitudinis  34/7.  — Ms...  nimiae 
magnitudinis   34^. 

St.  :  Agaurus  103^:.  —  Ms.  et  Gaurus  104a, 

St.  :  mul.  7  ciuin  (gl...  Hadria)  ij^a.  —  Ms.  mare  et  ciui[tas]. 

St.  :  uire  (gl.  ferias)  176&.  —  Ms.  bone  iSob. 


1.  V.  Q.  Horatius  Flaccus.  Recensuit  atque  interpretatus  est  lo.  Gaspar  Orellius,  etc. 
Turici,  1837.  —  Ed.  II,  1842.  —  Ed.  III,  i8j2.  —  Horatii  carmina  et  epodi  etc. 
Edidit  Franciscus  Ritter.  Lipsiae,  1856.  —  Acronis  et  Porphyrionis  commentarii  in 
Q.  Horatium  Flaccum.  Edidit  Ferdinandus  Hauthal,  Berolini,  1864.  —  Rhetores  Latini 
minores.  Ex  codicibus  maximam  partent  primum  adhibitis  emendavit  Carolus  Halm. 
Lipsiae,  1868. 

2.  Goidelica.  Old  and  early-middle-Irish  glosses,  prose  and  verse.  Edited  by  Whitley 
Stokes.  Second  édition.  London,  1872. 


448  Les  Gloses  irlandaises  du  ms.  de  Berne. 

La  glose  'bone'  est  superposée  à  'bene',  comme  variante,  dans  le  vers 
d'Horace  : 

Longas  ô  utinam  dux  bene  ferias 
Praestes  hesperie. 
La  vraie  leçon  est  en  effet  'bone'. 
Voici  maintenant  les  gloses  irlandaises. 

A)  Fol.  }ib.  Castores  hautem  a  castrando  dicti  sunt..  Uirosa  hautem 
aut  uenenata.  Nam  licet  sint  multis  remedio..  Tamen  praegnantes  eorum 
odore  abiiciunt  ^ib  et  egerunt  partum  fgl.  in  margine  3  il',  toglnasacth). 
Sur  les  mots  'egerunt  partum'  il  y  a  la  (gl.  toglûaset  chombairt). 

B)  Fol.  34^.  cribrum  areale  Cgi.  criathar  atho)  :  Et  mystica  vannus 
iacchi  idest  cribrum  areale.  —  Cette  glose  n'a  pas  été  publiée  par  St. 

C)  Fol.  34^.  nimiae  magnitudinis  (gl.  muoralacK)  :  Bufo.  rana  ter- 
restris  nimiae  magnitudinis. 

D)  Fol.  37/;.  spiVas  funium  (gl.  .i.  lomanaecorsé). 

E)  Fol.  94^'.  magica  ars  (gl.  taircheltacli). 

F)  Fol.  104^.  et'Gaurus  (gl.  sliah  gargain). 

G)  Fol.  186t.  satis  pure  fgl.  niidgal)  :  concha  satis  pure.  —  La  vraie 
leçon  est  'concha  salis  puri'. 

H)  Fol.  I  \-]a.  Sur  la  marge  supérieure  : 

brigit  dixit  =  Isel  friart  tailciiid.  jrigargg.  cdith 
a  uuair.  cacha  in  dodgéna  samlid  bid  reid 
riam  cach.  namreid 

I)  Fol.  129a.  sciomantia  (gl.  cossg  :::)  :  In  sciomantia  vero  quia 
umbrae  tantum  est  euocatio  sufficit  solus  interitus.  —  Cette  glose  n'est 
pas  donnée  par  St. 

K)  Fol.  133/;.  focam  (gl.  .i.  rôn).  Cette  glose  manque  également 
dans  la  transcription  de  St. 

Explication  des  gloses  : 

togluasacth  'abortum',  litt.  'egestio,  e)ectio'.=^o-/o-g/-.  Subst.  dérivé 
du  verbe  suivant. 

toglûaset  (gl.  egerunt,  abiiciunt).  3  pers.  pi.  pr.  indic.  d'un  verbe 
composé  des  particules  do-fo  et  dérivé  probablement  d'une  racine  origi- 
naire GVAL,  gr.  ital.  celt.  GVOL  'fluere,  jacere'.  Cf.  lat.  volare,  volucer, 
glomus;  gr.  ^ôXoç  ^.oXi,  ;  sanscr.  gula  glau  (pila);  anc.  allem.  qiiella 
(scaturigo),  cliuwa,  chliuwa,  cliuwi  (glomus).  V.  Fick,  Vergl.  Wôrt. 
der  Indogerm.  Sprachen,  p.  67,450. 

chombairt  (gl.  partum).  La  gutturale  initiale  est  ici  aspirée,  parce 
qu'elle  est  placée  immédiatement  après  une  forme  verbale  qui  originaire- 
ment était  terminée  par  une  voyelle  (Voy.  Gr.  C-  182.  —St.  Goid.  $$). 


Les  Gloses  irlandaises  du  ms.  de  Berne.  449 

Subst.  à  l'ace,  sing.  d'un  thème  fém.  en  a,  dérivé  de  la  rac.  irl.  ber  = 
lat.  fer-o,  orig.  BHAR  ferre. 

criathar  ''gl.  cribrum).  Gl.  de  Sg.  48^  id.  Cambr.  anc.  cruitr  (gl. 
pala)  ;  cf.  lat.  cribrum;  anglosax.  hridder.  La  racine  originaire  est  pro- 
bablement SKAR,  gr.  y.p{-vo),  lat.  cer-no,  sanscr.  karkiràmi.  Cf.  Kuhn 
Ztschr.  II,  146;  Curtius,  Grundz.  148;  Fick  op.  cit.  204. 

atho  'frumenti'.  Gen.  sing.  d'un  thème  m.  ou  n.  en  u.  Le  gén.  s.  dans 
le  ms.  de  S.  Gall  est  hetho  hetha  60a,  ijb.  Cambr.  anc.  it  'frumentum', 
Gr.  C.2  148.  Le  thème  celtique  est  "pitu,  d'une  racine  secondaire  pi, 
dérivée  de  la  racine  originaire  PA  'nutrire,  pasci'.  Pour  la  chute  du  p 
celtique,  voyez  E.  Windisch,  Beitr.  VIII,  5.  La  forme  aîho  pour  etho 
semble  être  un  exemple  remarquable,  par  son  ancienneté,  de  l'assonance 
interne,  qui  est  devenue  une  règle  dans  l'irlandais  moderne. 

muoralach  (gl.  nimiae  magnitudinis).  Adjectif  dérivé  de  mâr,  môr 
'magnus',  avec  un  double  suffixe.  Cf.  O'Reilly,  Ir.  Dict.  môr,  mardi, 
mârâlach  'great'.  La  forme  môr,  parallèle  à  mdr,  est  fréquente  dans  les 
anciens  mss.  :  w  mdr  Wb.  la,  Gr.  C.^  17;  môr  'magnum',  Ml.  17b, 
26b,  36c,  39^,  commôr  (gl.  insolenter)  38c,  ammôr  (gl.  tantum)  26^, 
cidamor  gl.  magni;  32^,  in  môr  (gl.  propemodum)  ^ib,  mor-,  premier 
élément  de  formes  composées,  2$a,  25c,  33c.  Ici  muoralach  signifie  donc 
'magna,  enormis'  par  rapport  à  'rana' ,  et  répond  à  la  glose  'nimiae 
magnitudinis'. 

loman  (gl.  spiras).  Ace.  pi.  d'un  thème  neut.  en  a.  Cf.  fulumain  (gl. 
volubilis),  Sg.  6ib,  Gr.  C.^  777.  Sauf  la  terminaison  du  thème,  ce  mot 
répond,  pour  la  signification  et  pour  l'étymologie,  au  gr.  l'./.u[j.a,  et  au 
lat.  volûmen.  Le  mot  irlandais  signifie  aussi  'funis',  et  répond,  dans 
cette  signification,  au  lat.  lôrum  (=  vlô-rum.  gr.  éj^r^cx).  La  racine 
italo-celt.  est  volv  'volvere',  dérivée  d'une  racine  originaire  VAL  ; 
V.  Curtius,  Grundz.  334-5,  5 16;  Fick,  Wôrt.  490,sub.  v.  ;iX6o,£l'Xu;j.a. 
Cf.  cambr.  olin  (gl.  rota;,  Ox.  37^.  crunn-olunou  (gl.  orbiculata).  Corp. 
Coll.  Cambr.  Stokes,  Beitr.  VII,  391. 

aecorse  (gl.  funium).  Gén.  pi.  d'un  thème  neut.  en  ia.  Cf.  anatabristi 
na  fritecoirse  (gl.  ruptis  ligationibus ;  i.  e.  cum  essent  ruptae  ligationes), 
Lib.  Hymn.  II,  215.  En  l'absence  de  formes  intermédiaires  plus  pro- 
bantes, j'hésite  à  décomposer  ce  mot  en  aith-con-rig-  et  à  le  rattacher  au 
lat.  corrigia,  et  aux  formes  irl.  conrig  (gl.  alligat),  Ml.  23c,  condarias 
(gl.  quae  alligare  compellor,  i.  e.  quae  alligabO:,  21b,  inîi  conidnanraig 
(gl.  quise...  deuinxerit}  15c,  bed  cuimrechta  gl.  constringendam  esse) 
..46a,  coririssiu  (gl.  ligabis)  1 34^^,  hiforrig  (gl.  in  funiculo),  S.  Ps.  Goid.* 
59,  etc.  La  glose  'spiras  funium'  est  de  Servius,  et  elle  a  pour  but  d'ex- 


450  Les  Gloses  irlandaises  du  ms.  de  Berne. 

pliquer  le  vers  304  du  r'  Livre  des  Géorgiques  de  Virgile  :  'puppibus 
et  laeti  nautae  imposuere  coronas'.  La  glose  entière  est  :  'aut  rêvera 
coronas,  aut  spiras  funium  accipimus'. 

taircheltach  (gl.  magica,  ars).  Adjectif  composé  de  la  double  particule 
do-air,  de  la  racine  can  ''canere',  et  d'une  triple  dérivation.  Les  gloses 
irlandaises  nous  fournissent  à  la  fois  des  exemples  de  formes  verbales,  de 
substantifs  et  d'adjectifs  ayant  la  même  racine  et  les  mêmes  préfixes  : 
doaurchaniin  (gl.  sagio),  Sg.  6ob;doarchet,doairchet,  /a/rc/ie/ (praedictum 
est),  Wb.  fr.  ;  taircheta  (praedicta  sunt),  Ml.  38c;  îairchital  (prophetia), 
Wb.  $fl;  dtercitla  (gl.  uaticinia  sua),  Ml.  191?;  taircetlid  (gl.  sagax),  Sg. 
60^  ;  avec  les  préf.  do-in  :  inna  tinchitla  (gl.  incantationes),  Ml.  76^» 
inna  tinchiîlada  (gl.  incantatoris)  -jGb.  La  forme  taircheltach  est  pour 
tairchetlach ,  par  métathèse  de  la  liquide  l. 

sliab  gargain  (gl.  Gaurus).  La  traduction  des  mots  irlandais  est  'mons 
Gargani'.  Mais  le  glossographe  irlandais  s'est  trompé,  et  a  confondu  le 
'Gaurus'  avec  le  'Garganus'.  Le  'Gaurus'  est  une  montagne  de  la  Cam- 
panie  près  de  Pozzuoii,  sur  le  versant  de  la  Méditerranée,  tandis  que 
le  'Garganus'  est  dans  les  Fouilles  sur  le  versant  de  l'Adriatique. 
La  glose  de  Servius  au  vers  de  Virgile  (Aen.  III,  571)  'horrificis  juxta 
tonat  Aetna  ruinis' est  :  ...'Et  causa  hujus  incendii,  secundum  Aetnam 
Virgilii,  haec  est  :  sunt  terrae  desudantes  sulphur,  ut  pêne  totus  tractus 
Campaniae,  ubi  est  Vesuvius  (ms.  Bern.  Vesevus)  et  Gaurus'. 
sliab  'mons',  substantif  neut.  au  nom.  sing.  Cf.  sliab  nossa  (gl.  mons 
Ossa),  Sg.  63a;  isnaib  slebib  (in  montibus),  Ml.  2C)d;  ho  sleib  do  sleib  {a 
monte  ad  montem),  2Ç)d,  ^c)c;f ri  sliab  (adversus  montem),  133/7; //2«a 
s/f/^e  (montes,  n.  pi.),  81^;  asliab  (montem),  éjd;  di  mnlhich  int  slebe 
(de  vertice  montis),  $8c  ;  huare  is  moir  sleb  firinne  dâe  (quia  est  magnus 
mons  justitiae  dei),  55^.  sliab ^  sauf  la  terminaison  du  thème^,  semble 
pouvoir  être  rapproché  du  lat.  'silv-a',  gr.  uX-/].  Dans  le  mot  irlandais, 
ia  est  =  ^  =  I,  cf.  iasc  (Sg.  aesc]  'piscis',  th.  celt.  piskos;  et  h  est 
pour  V,  cf.  tarb  'taurus',  cambr.  taru,  inscr.  gall.  tarv-os;  delb  'imago', 
cambr.  delw,  etc.  D'après  la  Gr.  C.*  270,  sliab  serait  un  thème  en  s.  Mais 
la  présence  de  la  lettre  n  comme  terminaison  du  nom.  sing.  neut.  avant 
les  mots  commençant  par  une  voyelle  (V.  sliab  -n  -ossa,  cité  plus  haut), 
doit  exclure  cette  hypothèse,  au  moins  dans  la  période  historique  à  laquelle 
appartient  cette  forme. 

gargain  'Gargani',  gén.  sing.  de  Gargan  'Garganus',  n.  de  lieu. 

ruidgal  (gl.  satis  pure).  Adjectif  neutre  ou  adverbe,  composé  d'une 
racine  gai  'clarescere',  d'un  préfixe  di-  (cf.  dighle  'very  pure,  immacu- 
late,  O'R.),  ou  aith-,  et  de  la  particule  intensive  ro  {ru).  Cf.  ruclé  (gl. 


Les  Gloses  irlandaises  du  ms.  de  Berne.  45 1 

conspicuil,  Ml.  36^.  Les  formes  simples  sont  assez  fréquentes  dans  les 
mss.:  glée glaee  (clarus),  Wb.  \2a,  12c;  inglé  (gl.  pure),  Ml.  31^;  giul 
(gl.  fulgidâ,  dat.  sing.,  au  nom.  gel)^  Ml.  40c/;  formes  dérivées  :  glan  (gl. 
purum),  Ml.  31^;  innisin  glan  (gl.  mundum),  76c;  nglanas  (gl.  quae 
purificare  solet).  zSb;  tria glanad  (per  ejus  purificationem)  i,\d\  glantidiu 
(gl.  purgatioris),  18c,  etc. 

brigit  dixit,  etc.  Les  mots  attribués  à  Sainte  Brigitte  peuvent  se  tra- 
duire ainsi  :  'Brigita  dixit  :  humilis  contra  altum,  ienis  contra  durum, 
pius  continue.  Quicumque  id  faciet  sic,  erit  planum  ei  omne  asperum'. 

isel  (lisez  Isel,  humilis)  ;  adjectif  dérivé  de  la  préposition  is  (gl.  infra), 
Sg.  46a.  Cf.  isel,  hiselÇgl.  humilis,  humile),  Ml.  25c,  34c,  40c;  bed nisel 
(quodesset  humilis),  40c;  donaib  islib  (gl  ad  inferna),  27e;  dinaib  islib 
(de  humilibus),  40c;  ar  ind  hisiul  (gl.  pro  inferno),  4913;  is  na  tiri  isli 
(gl.  in  loca  subiecta),  121b;  isligthi  (gl.  humiliati),  27a,  etc. 

fri  art  (contra,  adversus  altum),  fri  'contra,  adversus,  erga',  prépo- 
sition qui  régit  l'accusatif.  V.  Gr.  C.^  648  sq.  art  est  pour  ard  'altum', 
ace.  sing.  Cf.  ar^  (gl.  édite,  dat.  sing.),  Ml.  47c;  ardu  (altior,  altiores, 
gl.  superiorem)  23^,  23^,  47c;  irin  ardai  (gl.  proceritatem)  48c.  La 
racine  originaire  de  ces  mots  est  ARDH,  Cf.  zend  eredhwa  ,  lat. 
ARDUUs;  avec  le  sens  de  'large'  le  lit.  ardvas.  V.  Fick,  Wôrt.  16. 

tailciud  (Ienis).  Cf.  lase  donatalcfe  (gl.  cum  delenueris,  animum),  Ml. 
69c;  duatalictis  fgl.  fovebantur)  1 30c;  conrotatailc  fgl.  confoverat)  1 37^; 
brôin-tatalcdaid  (gl.  Mulciber,  i.  e.  mœrorem,  tristitiam  mulcens)  Sg., 
64a. 

fri  gargg  (contra  durum,  ferum).  Déjà  le  glossaire  de  Cormac  rattache 
ce  mot  au  gr.  Top^wv  (de  -{opfzq  'ferox').  V.  Corm.  B.  éd.  St.  sub. 
voc,  gorg  Tierce'. 

cdith  (pius),  probablement  emprunté,  d'après  M.  Stokes,  du  lat. 
'castus'. 

a  uuair  {lisez  d  hi'iair  'continue,  semper').  Forme  adverbiale  signifiant 
litt.  ''ex  horâ',  ou  bien  'suâ  horâ'  si  â  est  ici  un  pron.  possessif, 
hûair  dat.  sing.  de  hûar  'hora'.  Cf.  huar  hirogenair  'hora  quâ  natus  est' 
Ml.  Carm.  I;  inar  uar  dom  ^ magna,  hora  mihi'  Sg.  114  marg.  ;  teora 
huara  'très  horae',  Ml.  95^.  Cette  forme  adverbiale  se  trouve  aussi  dans 
le  ms.  de  Milan  :  cechfochaid  a  hùair  (gl.  admotis  undique  tribulationi- 
bus.  i.  e.  omnis  tribulatio  continue)  39c.  Le  datif  .pluriel  de  hûar  est 
également  employé  comme  adverbe  :  huaraib  (interdum),  Sg.  3 1  ^a,  Gr. 
C.2  610.  Ci.  fochetoir,  focetoir  (statim,  illico;  i.  e.  sub  prima  hora;,  Wb. 
ne.  Ml.  24b,  Gr.  C.^  611. 

cachâin  (cach-âin  'quicumque',  litt.  'quisque  -unus').  V.  Gr.  C.^  361. 


452  Les  Glosés  irlandaises  du  ms.  de  Berne. 

dodgéna  [do-d-géna  'id  faciet').  3«  pers.  sing.  du  futur  redoublé  du 
verbe  composé  do-gniu  'facio';  rac.  gen,  avec  le  pronom  de  la  3^  pers. 
neut.  infixe.  Cf.  dogéna  sâibfirtu  (faciet  falsa  miracula),  Wb.  26a,  Gr. 
C.2  442.  La  racine  originaire  indo-européenne  est  GAN  'gignere'. 
V.  Fick,  Wort. 

samlid  [m,  sic).  Forme  adverbiale,  dérivée  de  samal  'similis'.  V.  Gr. 
C.2  610. 

bid  (erit).  3^  pers.  du  futur  du  verbe  substantif /^/'u  'sum'.  La  racine 
originaire  de  ce  verbe  est  BHU,  gr.  çù-w,  lat.  fu-o. 

reid  (planum,  facile,  commodum).  Adj.  neut.  au  nom.  sing.  Cï.  isreid 
(gl.  prona,  i.  e.  facilis),  Ml.  14c;  tri  insci  redi  j  soirb  (per  orationem 
planam  et  facilem)  Ml.  $ic.  Le  ms.  de  Milan  nous  donne  aussi  le  verbe 
dénominatif  :  ni  redigedar  (gl.  nihil...  commodati  z^d. 

rlam  (litt.  'ante  eum,  coram  eo').  Prép.  ren  'ante',  en  composi- 
tion avec  le  pronom  de  la  3*=  pers.  sing.  V.  Gr.  C.^  642. 

cach  namreid  [cach-n  amreid  'omne  asperum').  Cach-n  adj.  pronominal 
au  nom.  sing.,  avec  le  signe  de  terminaison  du  neutre  -n  parce  qu'il 
est  suivi  d'un  mot  commençant  par  une  voyelle,  amreid  est  le  même  mot 
examiné  ci-dessus,  précédé  de  la  particule  négative  an-  (^am-  avant  les 
labiales,  les  liquides  et  parfois  aussi  avant  les  voyelles).  Cf.  rop  reid 
remunn  cech-n-amreid  'let  everything  unsmooth  be  smoooth  before  us', 
Colm.  Hym.  34.  Ed.  St.  Goid.  122,  125.  Le  mot  amrf/^  a  été  fausse- 
ment traduit  par  'iniquus'  dans  la  Gr,  C.^  860.  Ce  mot  signifie  littérale- 
ment 'non  planus'  et  par  suite  'asper', 

cossg  :::  fgl.  sciomantia).  La  glose  irlandaise  est  mutilée  dans  le  ms. 
si  on  doit  lire  cossgg  (=  cosc),  ce  mot  signifie  'instructio,  institutio'.  Cf. 
cosse,  cosscc  (institutio),  Wb,  5^,  ^b,  cja;  avec  le  préfixe  in-  :  do  inchosc 
(ad  indicationem),  Sg.  189^';  inchoiscthiigl.  correcti),  Ml.  49a;  incoisged 
(gl.  indicare)  24c,  etc.  La  racine  est  probablement  sec. 

rôn  (gl.  focam).  Cf.  rân  (phoca),  Corm.  B.  éd.  St.;  rôn  (gl.  foca), 
H.  2,  13,  St.  Ir.  Gl.  p.  42;  Manx  raun,  Cambr.  mael-ron.  M.  Stokes 
remarque  (Corm.  146;  que  si  rôn  a  perdu  un  c  initial,  ce  mot  peut  être 
comparé  à  l'anglosax.  hron  (baleine). 

C.   NiCRA. 


► 


OBSERVATIONS 


LE   GLOSSAIRE    D'O'DAVOREN 


Lorsque  M.  Whitley  Stokes  publia  il  y  a  treize  ans  les  ^Three  Irish 
Glossaries',  il  trouva  nécessaire  de  prévenir  le  lecteur  'that  they  are 
merely  ivioôziiq  —  the  time  for  otopOwasiç  of  Celtic  texts  net  having,  I 
hold,  as  yet  arrived'.  (Pref.  LXXV).  Je  ne  suis  pas  assez  audacieux, 
naturellement,  pour  contredire  le  savant  irlandais,  même  aujourd'hui,  en 
voulant  pour  ma  part  entreprendre  une  c'.cpOwatç  qu'il  n'a  pas  essayée 
lui-même;  ce  serait  perdre  de  vue  la  vérité  incontestable  des  mots  qu'il 
ajoute  :  'We  must  reap  and  thresh  before  vv'e  winnow'.  Néanmoins  je 
pense  que  maintenant  on  pourrait  et  on  devrait  faire  quelques  pas  vers 
ce  but,  puisqu'avec  le  temps  nos  ressources  ont  été  augmentées  consi- 
dérablement; d'ailleurs  il  me  semble  que,  quant  à  ces  glossaires,  une 
correction  et  restitution  du  texte  est  indispensable  pour  en  tirer  tout 
l'avantage  possible.  Il  est  vrai  qu'on  n'atteindra  pas  tout  d'un  coup  à 
une  semblable  restitution;  cependant  'gutta  cavat  lapidem'.  Aussi  l'édi- 
teur même  ne  s'est-il  pas  contenté  de  nous  transmettre  les  gloses  telles 
qu'il  les  a  trouvées  dans  les  manuscrits;  on  peut  voir  les  corrections  qu'il 
y  a  jointes,  parfois  insérées  soit  dans  le  texte  même,  soit  entre  paren- 
thèses, mais  pour  la  plupart  sous  le  titre  de  'Notes  and  Corrigenda'. 
Pourtant  il  n'est  pas  difficile  d'y  ajouter  d'autres  corrections  qui  se  pré- 
sentent ou  d'elles-mêmes  ou  par  une  simple  comparaison  soit  de  diverses 
gloses  entre  elles,  soit  d'une  citation  avec  le  texte  original  d'où  elle  est 
tirée. 

Ainsi  dans  la  Gr.  C.^  935  on  trouve  corrigée  la  citation  sous  le  titre 
Arrath  (p.  49)  d'après  celle  sous  Metuir  (p.  104)  :  amail  rongab  rithim 
arradh  metuir  (d'où  était  sorti  par  corruption  :  rith  imarrath  inechuir).  C'est 
de  la  même  manière  à  peu  près  que  se  corrigera  l'article  Ban  (p.   58), 

Rev.  Celt.  Il  ?  l 


454  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

si  la  citation  qu'il  contient  :  dohert  harr  no  bagha  no  bim  ber  (?  St.)  for 
sluaigeadh,  est  rapprochée  du  texte  du  Félire.  Dans  le  Félire,  le  30  no- 
vembre est  introduit  par  ce  quatrain  : 
Andrias  ainm  isdanu 
fri  croich  ceim  isuagii 
dobeir  barr  (./.  cricli)  nobagu  (./.  gellaim) 
no[u]imbir  forsluagu  (./.  for  shiaiged  nouimbir), 
suivant  le  texte  du  Lebor  Brecc  et  avec  les  gloses  qui  se  rapportent  à 
notre  titre. 

On  verra  d'abord  que  du  moins  no  bagha  et  no  bim  ber  doivent  être 
changés  selon  ce  texte  en  nobagu  et  nouimbir  (ou  bien  nobimbir,  ce  qui  ne 
diffère  guère).  Puis,  posons  l'hypothèse  que  dobert  au  lieu  de  dobeir  ne 
soit  qu'une  simple  variante  (le  parfait  au  lieu  du  présent),  on  ne  peut  en 
supposer  autant  pour  sluaiged,  à  cause  de  la  rime  que  demande  uagu. 
Enfin  les  gloses  du  L.  Br.  suffisent  pour  nous  éclairer  non-seulement  sur 
ce  point,  en  nous  laissant  entrevoir  que  sluaiged  s'est  glissé  dans  le  texte, 
ayant  formé  partie  d'une  glose,  mais  aussi  sur  le  commencement  et  la 
construction  entière  de  notre  article,  qui  commence  par  les  mots  :  Barr 
A.  crich  7  bagh  .i.  geall-  (abréviation  que  l'auteur  n'a  osé  résoudre  et  qui 
veut  dire  geallaim)  ut  est,  etc.  Cet  article  contient  donc  deux  mots  glosés, 
dont  le  premier  est  intact,  mais  bagu  (nobagu)  a  subi  une  double  cor- 
ruption [bagh  à  la  tête,  no  bagha  dans  la  citation),  et  qui  sont  illustrés 
par  un  même  exemple.  D'après  tout  cela,  à  moins  que  je  ne  m'abuse, 
il  s'ensuit  qu'O'Davoren  et  ses  élèves  avaient  en  main  un  Félire  glosé, 
tel  qu'il  est  contenu  dans  le  L.  Br. 

Ce  ne  sont  pas  toujours  des  fautes  proprement  dites  qui  ont  échappé  û 
l'attention  de  M.  Stokes,  mais  aussi  quelquefois  d'autres  petites  obser- 
vations à  faire;  il  n'a  pas  signalé  par  exemple,  comme  il  l'a  fait  ailleurs 
en  plusieurs  endroits,  que  les  mots  Conmill  .i.  têt.  ut  est  (p.  71)  sont 
suivis  d'un  quatrain  : 

Conmill  cin  na  cumachtach 
ni  aibéor  bùs  mô 
ilir  clainn  7  geinelach 
cusanâniâd  nô. 

Il  va  sans  dire  qu'en  faisant  ces  remarques  nous  n'avons  point  du  tout 
l'intention  de  blâmer  le  savant  éditeur;  c'est  seulement  pour  prouver  la 
possibilité  d'une  restitution  en  particulier  que  nous  en  donnons  quelques 
exemples.  Espérons  plutôt  que  notre  ami  et  collaborateur  se  sente  invité 
par  nos  observations  à  reprendre  la  question  et  à  l'avancer  par  le 
concours  de  ses  hautes  lumières. 


Observations  sur  le  Glossaire  d'O^Davoren.  455 

On  aura  remarqué  que  tous  ces  exemples  fainsi  que  la  plupart  des 
corrections  proposées  par  l'éditeur  même)  se  rapportent  au  Glossaire 
à'O'Davoren.  Celui-ci,  en  effet,  parmi  les  trois  Glossaires,  tout  en  se 
présentant  sous  la  forme  la  plus  moderne  et  la  plus  altérée  en  général, 
est  néanmoins  le  plus  riche  incontestablement,  aussi  bien  par  le  nombre 
des  gloses  que  par  les  citations  qui  y  sont  jointes.  Dans  la  plupart  de  ses 
articles,  l'explication  donnée  est  illustrée  par  un  exemple  qui  s'introduit 
par  les  mots  'ut  esf  ou  bien  en  irlandais  'amailatd'  {'amail  adeir'),  tandis 
que  dans  le  Glossaire  de  Cormac  les  phrases  'ut  est\  'ut  dicitur',  'ut 
dixit',  'unde  (inde)  dicitur'  sont  bien  plus  rares,  et  que  ce  n'est  pas  même 
toujours  un  exemple  explicatif  qui  suit  la  dernière  phrase,  mais 
quelquefois  un  mot  dérivé  ou  composé  (v.  molach  et  melgthemi  sous  les 
titres  Milgitan  et  Melg,  p.  28^.  C'est  là  la  grande  importance  du  Glos- 
saire d'O'Davoren  que  l'éditeur  a  signalée  (Préf.  LXIII). 

Seulement  parfois,  les  mots  d'introduction  ayant  péri,  la  citation  suit 
immédiatement  la  glose,  ce  qui  se  présente  le  plus  souvent  au  premier 
coup  d'oeil;  on  trouvera  plusieurs  exemples  de  ce  genre  à  la  page  64, 
comme  on  trouve  là  même  une  omission  du  signe  .i.  iidôn)  dans  l'article 
Currach  A.  corriath  [./.]  iath  na  corr  (répété  plus  complètement  p.  1 1 1  sous 
le  titre  Riasc).  Ailleurs  le  mot  même  dont  il  s'agissait  a  disparu  de  la 
citation  par  inadvertance,  comme  cerp  p.  65,  ou  plus  souvent  il  a  été 
remplacé  par  la  glose,  répétée  en  cet  endroit,  comme  caiti  par  cindas 
(même  page)  ;  il  arrive  même  que  le  mot  et  la  glose  (sans  le  signe  ./'.) 
sont  contenus  tous  les  deux  dans  l'exemple,  comme  gor  tine  p.  95. 
Toutes  ces  fautes  d'omission  sont  faciles  à  corriger. 

Encore  ne  faut -il  pas  oublier  deux  circonstances,  qui  ajoutent  à  la 
richesse  des  gloses  ce  qu'elles  ôtent  à  celle  des  citations. 

C'est  d'abord  que  souvent  deux  ou  plusieurs  gloses  sont  expliquées 
par  une  même  citation,  comme  on  l'a  vu  dans  le  susdit  exemple  de  barr 
et  hag[u],  et  comme  on  le  verra  en  regardant  les  articles  Art  J.  fis  et 
Aill  .i.  molad  ut  est  fil  ann  mor  nairt  naille  p.  50  (où  le  vers,  qui  est  du 
Félire,  contient  les  deux  mots),  ou  en  comparant  les  trois  gloses  Bailc  ./. 
mor  no  calma  no  tren,  Bras  (lisez  bres]  .i.  bagh  et  Bras  .i.  mor  avec   les 
vers  (du  Félire)  qui  suivent  la  troisième  :  ut  est 
ciabîar  bailc  am  bresa 
a  piana  it  brasa  ^p.  58). 
(Pour  d'autres  exemples,  voir  Congillne  et    Coibhnius  p.  66,  Ere  et 
Ebhràn  p.  81,  Foghal  et  Flcli  p.   85,  Fubadh  et  Feis  ibid..  Mur  et  Mar 
p.  105,  Sruaim  et  Salach  rus  p.  11^,  sans  compter  ceux  où  deux  gloses 
sont  déjà  réunies  sous  le  même  titre. ^ 


456  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

Et  puis,  la  citation  même  attire  quelquefois  une  nouvelle  glose.  C'est 
ainsi  par  exemple  que  la  conjonction  os  se  trouve  glosée  05  arogus  (c.-à- 
d.  os  pour  ogus,  et)  sous  le  titre  Airciwige  (p.  51). 

La  richesse  des  citations  et  parfois  même  celle  des  gloses  est  un  peu 
diminuée,  il  est  vrai,  en  ce  que  le  même  exemple  sert  souvent  d'illustra- 
tion à  différentes  gloses  (à  part  celles  dont  nous  venons  de  parler,  et  qui 
se  suivent  immédiatement),  et  que  plusieurs  articles  sont  répétés  ou 
entièrement  ou  partiellement.  Le  nombre  des  citations  employées  deux 
fois  en  divers  endroits  n'est  guère  petit  ;  en  voici  trois  exemples  :  Beiîhech 
À.ho  ut  est  soilbeach  betech  la  laogh  nimsaotha,  p.  57,  et  [Im]saetlia  .1. 
éimhluag.  ut  est  soilbech  betacli  la  logh  nimsaotha  j.  la  logh  eimhluagh, 
p.  96  (que  l'on  compare  encore  la  glose  :  Soilbech  bethach  A.  W,  p.  115); 
Sab  duire  dremna  comme  exemple  de  dreman,  p.  73,  et  de  sab,  p.  115; 
Coblat  (cobluth)  for  rot  ramat  [rama],  p.  67  sous  Coblath  et  p.  112  sous 
Rot.  Il  en  est  même  qui  se  retrouvent  trois  fois,  comme  celle-ci  :  Mithigh 
dosum  ce  [cià]  dobre  bircli  {birchli,  ou  bien  bir  clethi),  que  nous  rencon- 
trons sous  les  titres  Bré,  p.  61,  Dobre  no  dobria,  p.  74  et  Mithid  (lis. 
Mithigh  avec  M'  Firbis),  p.  104.  Enfin  voilà  des  articles  entiers  répétés  : 
Anfeth,  p.  47^  =  anfeith,  p.  48;  Cres,  p.  67-71  ;  Rodet  {rodeat),  p.  1 1 1- 
1 1 3;  il  faut  y  ajouter  ceux  comme  Dogrinn,  p.  73,  et  dogrenar,  p.  76, 
qui  est  de  la  même  racine,  ou  bien  Aracae,  p.  $2  et  cae,  p.  71  (et  les 
susdits  Bré  et  dobre),  où  une  forme  composée  se  produit  sous  un  double 
titre.  Des  articles  dont  une  partie  est  répétée,  nous  ne  citerons  que 
Esomain  (esamain),  p.  81-82.  Les  répétitions  de  l'une  et  de  l'autre  sorte 
se  mêlent  quelquefois.  C'est  ainsi  que  l'exemple  sochla  triar  ara  clith 
[cleith)  se  trouve  deux  fois  sous  Clith,  p.  62-64,  ^^  ""^  troisième  fois 
sous  Sochla,  p.  1 1 5,  de  même  que  midhach  teora  cam  est  deux  fois  em- 
ployé comme  exemple  de  Cam.^  p.  64--ji,  la  troisième  fois  de  Midhach, 
p.  105. 

Mais  ce  défaut,  s'il  en  est  vraiment  un,  est  plus  que  suppléé  par  les 
citations  doubles  qui  servent  souvent  d'exemple  à  un  seul  mot,  tantôt 
sous  le  même  titre,  tantôt  en  divers  endroits,  soit  pour  en  éclaircir  les 
acceptions  diverses,  soit  pour  d'autres  raisons.  Or,  deux  exemples  em- 
ployés pour  deux  acceptions  se  trouvent  sous  Andach,  p.  50,  Aisil,  ïbid., 
Aith,  p.  52,  sans  cela  sous  Adriastar,  p.  53;  en  divers  endroits  sous 
Escomrad,  p.  81-82;  surtout  signalons  le  cas  de  Esomain  [esamain], 
p.  81-82,  où  l'une  des  deux  citations  du  premier  article  se  retrouvedans 
l'autre,  mais  suivie  d'une  nouvelle. 

Du  reste,  ces  répétitions  mêmes  sont  d'une  valeur  incontestable  pour 
la  critique  parce  que  le  plus  souvent  (et  presque  toujours)  elles  présen- 


Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  457 

tent  quelques  différences  plus  ou  moins  considérables,  mais  qu'il  faut 
signaler  sans  doute  pour  préparer  la  restitution  du  texte.  Ainsi  la  susdite 
citation  Mithigh  dosiim  etc.  ne  diffère  pas  seulement,  sous  les  trois  titres 
où  elle  est  employée,  par  les  petites  variations  d'orthographe  cia  ou  ce, 
bircli  ou  birchli  (o\x  plus  différemment  birclethi),  mais  nous  la  rencontrons 
aussi  dans  le  deuxième  endroit  sous  une  forme  un  peu  plus  complète  : 
Mithigh  dosuin  ce  dobre  bir  clethi  for  dorus  ;  outre  cela,  elle  est  deux  fois 
paraphrasée  (ce  qui  ne  se  trouve  pas  la  troisième  fois)  d'une  manière 
différente.  L'article  Anfeith  .i.  an  ai  À.  aos  nachafiter  (p.  48),  comparé  à 
Anfeth  .i.  baeth  (p.  47),  diffère  un  peu  non-seulement  dans  l'interpréta- 
tion, mais  aussi  dans  la  citation  :  p.  48,  ut  est  nierba  breth  ambeoln  anfeith; 
p.  47,  uf  est  ni  arba  brcth  imbeolu  anfeth  (avec  la  glose  ./.  nephuath  nô 
baeth]  ;  lisez  :  ni  erba  brith  (ou  breith]  imbéolu  anfeith  (ne  committas  judi- 
cium  in  labia  insipientis). 

Au  reste,  la  richesse  en  gloses  et  en  citations  ne  fait  pas  seule  l'impor- 
tance de  ce  Glossaire.  Comme  les  unes  et  les  autres  se  retrouvent 
quelquefois  ou  dans  d'autres  glossaires,  ou  dans  les  livres  anciens,  et  que 
sans  doute,  plus  on  publiera  ceux-ci,  plus  elles  se  retrouveront,  nous 
sommes  poussés  à  comparer  et  à  collationner  ces  variations  du  texte, 
pour  en  faire  la  critique;  autrement  nous  nous  priverions  nous-mêmes 
d'une  importante  ressource.  Or,  c'est  O'Davoren  le  plus  souvent,  il  est 
vrai,  dont  nous  corrigerons  le  texte  par  ce  moyen,  puisque  pour  la 
plupart  les  autres  manuscrits  sont  plus  anciens.  Néanmoins  la  corruption 
du  texte  n'empêche  pas  qu'à  son  tour  quelquefois  il  porte  la  lumière  sur 
les  autres  Glossaires  d'où  il  la  reçoit  souvent. 

Si  nous  trouvons  dans  le  Glossaire  de  Cormac  les  deux  articles 
Bruinech  A.  mathair,  etc.  et  Bdlb  ab  eo  quod  est  balbus  (p.  7-8), immédia- 
tement suivis  l'un  de  l'autre,  et  que  chez  O'Davoren  sous  le  titre  Bruin- 
nech  .i.  mathair  nous  rencontrions  la  citation  ut  est  na  bi  bruinnech  balb, 
personne  ne  doutera,  ce  me  semble,  que  nous  n'ayons  ici  même  un 
morceau  du  texte  auquel  se  rapportent  les  deux  gloses  de  Cormac.  C'est 
à  peu  près  le  même  cas  pour  les  mots  erc  et  ebrôn,  qui  se  trouvant  glosés 
chez  C.  (p.  19;,  seulement  séparés  par  ercne,  se  retrouvent  chez  O'D., 
p.  81,  dans  la  citation  glefo  erc  nebron  (répétée  sous  le  titre  Gle,  p.  94); 
cependant  il  faut  joindre  ici  les  deux  citations  de  C.  et  de  O'D.,  comme 
M.  Stokes  l'a  observé  dans  la  version  de  Cormac  (p.  67),  pour  compléter 
la  phrase.  On  aurait  donc  besoin  d'une  telle  comparaison,  ne  fût-ce  que 
pour  les  matières.  C'est  pourquoi  dans  Sanas  Chormaic  l'éditeur  a  si 
souvent  signalé  les  articles  correspondants  d'O'Davoren  non  moins  que 
du  manuscrit  H.  5,  18  (Trin.  Coll.)  et  d'autres  glossaires. 


4<;8  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

D'ailleurs  (ce  qui  a  autant  de  rapport  aux  livres  anciens  qu'aux  autres 
Glossaires)  il  ne  faut  point  croire  que  les  variations  du  texte  qui  se 
trouvent  dans  O'D.,  soient  toujours  des  corruptions  évidentes  et  indu- 
bitables. Tantôt,  la  différence  étant  trop  grande  pour  s'expliquer  par  une 
simple  corruption,  il  faut  supposer  des  variantes  anciennes  dans  les  ma- 
nuscrits (ou  ce  que  nos  philologues  allemands  appellent  une  rédaction 
double),  surtout  quand  la  leçon  est  irréprochable  quant  au  sens.  C'est  le 
cas  de  doleice  (dans  la  citation  et  à  la  tète  de  l'article),  p.  78,  contre  le 
dofeilge  du  S.  M.  II,  ^58,  ou  de  foriastar  {forriastar),  p.  90,  contre 
riasuithur  (corr.  riasaither),  S.  M.  II,  290;  tandis  que  innsaigis,  que 
nous  rencontrons  sous  le  titre  Diumann,  p.  78  (de  même  que  innsaiges 
dans  la  glose  du  S.  M.),  n'est  probablement  que  la  forme  ordinaire  substi- 
tuée à  une  forme  antique  (représentée  par  inasa  dans  le  texte  du  S.  M. 
II,  3^6).  Tantôt  même  la  leçon  d'O'Davoren  paraît  préférable  à  celle 
des  autres  livres.  Regardons  de  près  un  exemple  du  Félire,  dont  nous 
avons  fait  mention  ci-dessus;  ce  sont  les  deux  vers  du  Prologue,  v.  74- 
75,  qui  étant  cités  sous  Bras  (p.  58)  se  retrouvent  dans  le  troisième 
Glossaire  (tiré  du  ms.  H.  5,  18),  où  ils  sont  ainsi  conçus  : 
cebtar  bailci  breasa 
hipiana  iîbrasa  (p.  125-26). 

Ici  on  ne  tardera  pas  à  reconnaître  que  la  leçon  d'O'D.  a  piana 
(leurs  peines)  est  seule  correcte,  et  c'est  justement  la  même  que  donne 
le  L.  Br.,  tandis  que  la  différence  entre  ciabtar  (O'D.)  et  cebtar  (L.  Br. 
et  H.  3,  18)  se  réduit  à  une  simple  variante  tout-à-fait  indifférente.  Le 
Glossaire  du  Félire  (H.  3,  18)  présente  donc  une  corruption  évidente 
dans  ce  vers,  comme  il  a  une  omission  manifeste  dans  les  gloses  précé- 
dentes que  voici  :  Bailci  A.  bagha.  brasa  A.  bailci  A.  mora;  où  je  voudrais 
proposer  cette  restitution  (d'après  les  gloses  du  L.  Br.,  lesquelles  ne 
diffèrent  pas  essentiellement  d'O'D.)  :  Bailci  [A.  calma  no  trén.  bresa]A. 
bagha,  etc.  (Dans  le  L.  Br.  itbrasa  est  glosé  ./.  hiibaillcide,  mais  le  pre- 
mier mot  du  vers  suivant,  Allige,  porte  la  glose  ./.  mora).  Chez  O'Davo- 
ren,  au  contraire,  tout  est  en  bon  ordre,  même  dans  les  gloses,  excepté 
qu'il  faut  lire  bres  pour  bras  la  première  fois,  comme  nous  l'avons  noté 
plus  haut.  Mais  aussi  sa  leçon  du  premier  vers  est  sous  deux  rapports 
préférable  à  celle  du  L.  Br.  ainsi  conçu  :  cebtar  bailce  bressa  [A.  ambdga). 
D'abord  on  constate  ici  l'absence  d'un  pronom  possessif  avant  le 
substantif  bressa,  pronom  qui  est  contenu  non-seulement  dans  les  vers 
suivants  :  apiana,  allige,  mais  aussi  dans  la  glose  ambdga;  et  puis,  quand 
même  on  voudrait  s'en  passer,  l'adjectif  qui  précède  se  trouve  écrit 
concordamment  dans  tous  les  trois  glossaires  baie  au  singulier  :  Baie  A. 


Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  459 

calma  no  tram,  O'D.,  p.  59;  baie  j.  calma  Fél.,  p.  13^  (balcc  A.  calmai, 
L.  Br.  II  juin.)  ;  enfm  isbalc,  Cormac,  p.  10  (deux  fois  sous  le  titre 
l'Clii]  ;  ce  qui  demande  bailc  au  pluriel.  Or,  O'Davoren  qui  a  ces  deux 
formes  selon  l'analogie,  ciabtar  bailc  ambresa,  de  même  que  la  leçon 
correcte  a  piana,  présente  le  texte  le  plus  correct  en  cet  endroit  ;  seule- 
ment dans  la  glose  il  faudrait  lire  baie  pour  bailc,  mais  le  pluriel  est  ici 
glosé  par  un  singulier  ainsi  que  dans  le  L.  Br. 

Ces  exemples  suffiront  pour  prouver  l'importance  de  son  Glossaire 
sous  tous  les  rapports.  On  ne  trouvera  donc  pas  inutile,  pensé-je,  la  pu- 
blication des  notes  suivantes  que  j'ai  prises  à  un  double  point  de  vue. 
Premièrement,  quand  on  en  regarde  le  contenu  riche,  mais  souvent 
inintelligible  faute  de  correction,  on  est  poussé  à  chercher  un  moyen  de 
restituer  le  texte  ;  secondement  on  voudrait  savoir  d'où  proviennent  les 
gloses  et  principalement  les  citations.  A  l'égard  du  premier  point, 
quelquefois,  il  est  vrai,  un  article  porte  sa  guérison  en  soi,  ce  qui  est  le 
cas  de  Animes,  p.  48  (corrigé  par  St.  dans  les  notes  et  dans  la  version 
Cormac,  p.  128),  ou  une  simple  observation  suffit  (voyez  ci-dessus 
l'exemple  de  Bras]  ;  pour  la  plupart  des  cas  cependant  on  a  besoin  d'une 
comparaison,  soit  de  divers  titres  entre  eux,  soit  des  autres  glossaires 
ou  des  textes  originaux,  comme  nous  l'avons  exposé  plus  haut.  Mais  à 
propos  de  cette  confrontation  on  s'instruit  en  même  temps  des  sources 
oia  O'Davoren  a  puisé  sinon  les  gloses  au  moins  les  citations.  C'est  donc 
dans  ce  double  dessein  que  je  me  suis  mis  à  recueillir  les  passages  qui  se 
retrouvent  ou  chez  lui  ou  ailleurs,  soit  dans  le  Glossaire  de  Cormac  et 
dans  les  'Irish  Glosses'  (du  ms.  H.  3,  18I',  soit  dans  les  livres.  Concer- 
nant les  sources,  on  trouvera  que  je  n'ai  pas  craint  de  prononcer  çà  et 
là  une  opinion  que  je  n'ai  encore  pu  vérifier.  Quant  aux  corrections,  je 
me  suis  borné  à  celles  qui  se  présentaient  presque  d'elles-mêmes;  toute- 
fois j'ai  signalé  en  passant  sous  silence  sur  quelques  altérations  d'ortho- 
graphe les  variantes  de  quelque  valeur,  en  attendant  qu'une  main  plus 
ferme  et  plus  adroite  se  mette  à  l'œuvre,  ce  que  j'espère.  Les  leçons 
préférables  de  M'Firbis  ont  été  reçues  sans  hésitation.  Voici  donc  ce 
que  j'ai  remarqué  jusqu'ici. 

Pour  commencer  par  les  sources,  on  s'aperçoit  bientôt  que  si  feu 
O'Curry  a  simplement  appelé  ce  Glossaire  un  'Law  Glossary'  (Lect., 
p.  123I,  c'était  du  moins  une  exagération.  Il  est  vrai  qu'en  beaucoup 
d'endroits  ces  exemples  sont  tirés  évidemment  des  anciens  Traités  de 
Lois,  soit  nommés  expressément,  soit  désignés  par  le  contenu  ;  mais  bien 

I.  Nous  désignerons  ces  glosses  par  H,  le  glossaire  du  Félire  (du  même  ms.)  par  F. 


460  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

des  fois  aussi  il  se  trouve  que  le  sujet  n'y  touche  point  du  tout.  Sous  le 
rapport  des  matières  et  de  la  forme  nous  pourrons  distinguer  en  général 
trois  classes  de  sources  :  1°  poésies  de  tous  les  genres,  cependant  ecclé- 
siastiques de  préférence  ;  2°  anciens  contes,  y  compris  les  légendes  et 
Vies  des  Saints;  3"  traités  de  diverses  espèces,  surtout  d'un  contenu  juri- 
dique et  religieux  (ou  moral),  pourtant  aussi  de  poétique  et  de  semblables 
matières. 

I  )  Parmi  les  poésies,  nous  mentionnons  avant  tout  le  Félirc  Oingusso. 
Ce  grand  poème  ecclésiastique  est  trois  fois  nommé  expressément,  sous 
les  titres  :  Imrordos  .i.  imraidhim.  amail  adeir  an  feliri  inirordos  in  rig- 
raidh  (p.  98).  =  Prol.  v.  21  imrordus  in  rigraid  A.  (ce  qui  veut  dire  le 
L.  Br.)  avec  la  même  glose,  mais  imrordus  (.i.  roiniraigis,  c.-à-d.  roim- 
raidis)  F.  ;  Gor  .i.  gairit.  ut  est  in  fclere  iarnasaothur  ngorsum  (p.  95). 
E=  Prol.  59.  iarnasaethav  ngorsum  [.i.  iarnasoetbar  gairitseom)  A.;  Dric 
.i.  ferg.  amail  adbert  an  feilire  mac  deic  dric  nad  cealamh  (p.  74).  -= 
Prol.  134.  mec  decdric  {.i.  fergaig)  nàdcelam  A.  [nàdcharam  BJ  ce  qui 
est  supporté  par  la  rime  :  îalam  v.  136.)  Une  quatrième  fois  la  note 
Feilire  se  trouve  en  marge,  vis-à-vis  de  l'article  :  Aighe  .i.  calma  ut  est 
pol  apstal  ard  aighe  p.  50.  =  Prol.  1 19.  pôl  aspol  ard  dige  {.i.  calma)  A. 
On  observera  déjà  dans  ces  quatre  exemples  ce  que  nous  avons  remar- 
qué plus  haut,  que  malgré  son  orthographe  modernisée  en  plusieurs 
endroits  (v.  rigraidh,  saoihar,  cealamh,  aighe),  O'Dav.  n'a  point  partout 
et  sans  exception  les  formes  les  plus  altérées  ;  on  sera  plutôt  surpris  de 
rencontrer  chez  lui  la  forme  pure  apstal  pour  la  forme  corrompue  du 
L.  Br.  Deux  fois,  encore,  l'éditeur  a  marqué  l'endroit  du  Félire  où  une 
citation  a  été  prise  :  c'est  dans  les  articles  'icn  A.  bennach  (comme  il  faut 
lire  avec  M'  Firhis  pour  bennachad) .  Ut  est  sen  a  crist  mo  labrad  (p.  1 16).= 
Prol.  I .  Scn  acr.  mo  labra  A.  et  Rofearsom  .i.  doronsom  no  roguidhsim  ut 
est  on  calainn  co[a]raile  rofersom  a[r]niarair  .i.  doronsom  iarruid  na  feile 
(p.  1 1 1).  =  Epil.  12.  On  kl.  coaraile  rofersam  arniarair  A.  ou  On kal. 
coaraili  rofersam  {.i.  doronsam)  arniarair  F.  Ici  c'est  O'Dav.  qui  a  une 
double  corruption  (à  part  les  deux  lettres  omises),  d'abord  rofersom  au 
lieu  de  rofersam,  ce  qui  se  transporte  dans  la  glose,  et  puis  la  confusion 
des  deux  genres  au  commencement,  car  il  faut  lire  ou  on  kalaund  coaraile 
(m.)  ou  6n  kalaind  coaraili  (fém.)  —  Mais  on  se  tromperait  fort  si  l'on 
voulait  penser  que  c'en  fût  assez.  Au  contraire,  le  Félire  a  été  si  bien 
exploité  dans  ce  glossaire  que,  jusqu'à  présent  du  moins,  nous  ne  con- 

I.  Je  dois  ces  leçons  de  B.  à  la  bonté  de  M.  Stokes,  qui  m'a  transmis  il  y  a  longtemps 
les  premières  épreuves  de  son  édition,  contenant  le  texte  de  A.,  mais  où  il  a  ajouté  de 
sa  main  quelques  variantes  et  corrections. 


observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  461 

naissons  nulle  autre  composition  d'où  nous  puissions  vérifier  tant  de 
citations.  Le  nombre  de  ces  citations  excède  de  beaucoup  une  centaine, 
et  encore  à  plusieurs  endroits  elles  se  suivent  en  masse  :  voy.  p.  50  de 
i4ig/!^  jusqu'à  Airnecht,  p.  58-59  de  Barr  à  Bot,  p.  6<i-66  de  Calad  à 
Clanntar,  p.  74-75  de  Dric  à  Dlom,  à  peu  près  sans  exceptions,  p.  81 
de  Esgair  à  Erain,  p.  1 1 1  de  Reang  à  Reith,  p.  \  16  de  Sén  k  Sruaim, 
p.  122-123  de  Tolgdak  Taithlech,  pour  passer  sur  les  petites  parties 
de  trois  ou  quatre  passages  se  continuant.  Plusieurs  articles  en  contien- 
nent deux  de  différents  endroits,  savoir  Roscaith  p.  1 1 1,  Andach  p.  50, 
Tiamdap.  122,  Coluithe  p.  65,  Dighnae  p.  75  ;  enfin  au  moins  deux 
vers  sont  répétés  sous  divers  titres,  c'est  un  vers  du  3  sept,  et  v.  172 
de  l'Epilogue.  —  Voici  ce  que  j'ai  recueilli  de  vers  et  de  passages  con- 
tenus dans  O'Davoren  (en  ajoutant  les  gloses  que  je  crois  d'importance 
majeure),  suivant  l'ordre  du  Félire  : 
Prol.    I.  Sén  a  christ  ma  lahra  (bénis,   ô  Christ,  mes  lèvres)  p.    116 

'v.  ci-dessus). 
v.  21 .  Imrordiis  in  rigraid  (j'ai  mémoré  les  roisi  p.  98  (v.  ci-dessus). 
37.    Roringt[h]e    [A.  rorephtha    A.)   corinnib    (A.   imblogaib  tendib   A.) 

p.  I  !  I  sous  le  titre  Reang  A.  rébadh.  [Ringthe  A.  réptha  F.) 

42.  la  berga  {A.  la  fergachu  A.)  cen  (cin  O'D.)  einech  p.   58  :  Bearg  A. 
ferg. 

43.  sroigl[ith]e  seol  calad  {A.  cocruaid  A.)  p.  65  ;  Calad   A.  crûaidh  ut 
est  etc.  no  coit. 

47.  intsloig  [B.  =  nasloig  O'D.;  itsloig  A.  =  itslôigh  F.)  oca  [oga  O'D. 

hica  F.)  sinnad  [A.  ocacained  A.)  p.  116  :  Sinda  A.  came. 
49-50.  Failte  fria  cech  nâedig  A.  failti  fri  cach  noighidh  O'D. 

asa  fortren  fiam   {A.  grdnnai  l.  robùi  ind  jetheam  feochair  calma 

occu  oclecud  amarbtha  ardia  A.)  p.  86  :  Fiam  A.  granna  no 

adhuathmar. 

59.  iarna  saethar  ngorsum  ('après  leur  peine  brève'  suivant  les  gloses, 

mais  littéralement  il  me  paraît  que  ce  serait  :  'après  de  leurs  peines 

la  brièveté'  p.  95  '^v.  ci-dessus). 

63.  slôig  îsu  cenescor  A.  (an  esgra  M'  F.)   p.  81  :  Esgar  A.  oscar  A.  leim 

(W  F.) 
74-7  5 .  cebtar  bailc  ambressa 

apiana  itbrasa  p.  58  (v.  plus  haut). 
80.  imemraib  (A.  hiscrinib  A.  A.  asgrinibh  F.)  6ir  oiblig  [A.  solusta  A. 

./.  alainn  no  solastaO'D.)  p.  105  :  Memra  A.  serin  no  taisi. 
90.  arcoimdiu  arngera{i\t  (./.  ar  mac  beoda;  la  glose  est  continuée  dans 
A.  et  F.  uair  gerat  artûs  A.  mac  indiu  7  isrisatberar  gerat  indiu  risinti  is 


462  observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

beoda)  p.  90  :  Gérait  .i.  mac  bec.  no  gérait  beodha  no  glic  no  anrud.  (Il' 
faudra  lire  arngerat  suivant  F.  contre  A.  et  O'D.  à  cause  de  la  rime 
(ou  bien  assonance)  avec  asreracht  v.  92.) 

101-2.  Ccroselaig  {.i.  ciarodslig  A.  rottesc  A.  .1.  roslaigh  F.)  claideb 

iohen  [eoin  O'D.)  bauptaist  brigach  {.i.  craibdech)  p.  116  :  Seala 
A.  teasgaid.  ut  est  cidh  rosealig  etc. 

1 19.  pal  apstalard  dige  p.  50  (v.  ci-dessus). 

121.  Roscaich  ordan  nerainn  p.  1 1 1  :  Roscaiîh  (de  même  que  dans  la 
citation)  ,(.  tairnic. 

125-6.  Ciarbo  tolgda  [tolgdai  A.  ciarbo  diumsach  A.)  r'igain 

phelait  (pilait  F.)  jrl.  p.  122  :  Tolg[d]a  A.  dimsach  (ainsi  que  la 
glose  de  F,). 

1 54.  mec  decdric  nddcharam  p.  74  (v.  ci-dessus). 

1 54.  condelmuim  a\ji\gretha  (ou  condelmaim  angrethai  A.)  p.  75  :  Dcilm 
A.  foghur  no  grith  (M'  F.)  no  gair.  La  glose  de  A.  (./.  cid  ma  deilm 
fogur  7  grith  A.  gdir  nandaine  ajhus)  qui  se  continue  sur  le  vers  pro- 
chain^ a  rapport  aux  mots fiadainib  A.  (laduiniu  B.)  du  v.  155;  pour 
soutenir  la  leçon  angrethai,  il  faudrait  écrire  v.  1 56  triabithu  nd\m]- 
betha[i]  (per  saecula  sasculorum). 

177.  Raith  cruachan  ràscaiche  A.  ou  rdith  cruachàm  roscaithi  O^D.  p.  1 1 1 
sous  le  titre  Roscaith,  annexé  au  v.  121  par  la  phrase  :  7  adcir  fos  (et 
dicit  porro). 

182.  imchiaran  ciatcois  {A.  cia  etsi  l.  cia  indise  A.)  p.  65  :  Ciatcois  A. 
cietius  no  indis. 

197.  Loichet  {A.  lochann  A.)  lainnrech  ligach  p.  loi  :  Loichct  A.  cain[ne]all 
no  sudrall  no  lasair. 

21  ^-14.  Romilled  ingenntliucht  {ingcntleacht  O'D.) 

ciarbo  ligda  {A.  ciarbo  halaind  A.)  lethan  p.   ici    :  Ligda  A. 
laitir. 

22Ç).  Is  comiuir  in  coimdiu  {A.  is  comdiriuch  hichicc  namaithey  hictracthad 
nanolc  A.)  p.  98  :  Is  comiuir  A.  comdirech. 

2^7.  Namârslébe  andaig  {A.  feirge  A.  F.)  p.  50  :  Andach  A.  fcrg. 

241-42.  Cia  ronbeth  dochingthecht  (A.  dochalmacht  A.) 

cath  fria  demun  detla  {A.  dana)  p.  65  :  Cing  A.  calma. 

254.  conadubsluag  digne  {dignai  A.  dimicnech  A.  dighna  O'D.)  p.  75  : 
Dighnae  .i.  dimicin. 

259.  0/  ni  tiamda  [tiamdai  A.  metta  A.)  timsom  p.  122  :  Tiamda  .i. 
meata. 

2-J-] .  Aisu  conruidiur  (conroether  B.)  p.  6$  :  Conruidiur  .i.  cororaidiur 
(M'  F.) 


observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  465 

285.  Ismenann  {menand  .1.  follas  A.)  a  ruirep.  98  :  Is  menann  A.  is  fol- 

lus  (aussi  F.;. 
287.  Les  mots  no  gen  luithi  J.  gen  bailbe,  p.  65  sous  le  titre  Coluithe, 

se  rapportent  à  ce  vers  :  sloinnfemne  cinloithi  F.  (avec  la  même  glose  : 

loithi  À.  bailbhe),  lequel  est  pourtant  écrit  et  glosé  dans  A.  sliiindfemne 

colliiithe  {Le.  cito  .i.  dian). 
294.  admat  naba  {nabidh  O'D.)  tiamda  F.  [tiamdai  A.)  p.  122  :  Tiamda 

etc.  (Conf.  V.  259)  no  tiamda  A.  dorcha. 
2C)-].  Arnabé forcrinniiir  {A.  for  tuitim)   B.  forcrindur  O'D.  — forcrindi- 

ther  A.  el  forcrinniter  F.  (avec  la  glose  forcrinn  A.  fortuitim)  sont  des 

corruptions  évidentes  —  P-  65  :  Crinner  A   tuitim. 
2C)Ç).  (De  même  que  v.  319.)  Cech  caibtel  colluithe  [.i.  déni)  A.  ou  cach 

caibdel  colluithi  {.i.  deine]  F.  [go  loithi  O'D.)  p.  65  :  Coluithe  .i.  con- 

deine  (conf.  v.  287.) 
504.  nibruifem  annualisa  A.  (où  F.  fait  précéder  la  glose  :  nibruifem  .i. 

aider  mat fam,br  ai  .i.  dermat]  mutilé  p.    58  :   Brudh  A.  dermut  ut  est 

bruidhfe  in  uallsa. 
531.  Ti'iir  la  fégi  frithgnam  A.  [frichnam  O'D.  ce  qui  est  glosé  p.  85  : 

A.  frithfoghnam]  p.  86  :  Fegh  A.  amnas  no  feochuir. 

Enfin  la  forme  tathum  [A.  ata  agam]  p.  124,  dont  O'D.  n'a  pas  donné 
d'exemple,  se  trouve  dans  ce  vers  du  Prol.  217  :  Tathum  ni  isnessu 
(avec  la  glose  /.  tathunn  .i.  ata  dùn  erchra  is  nessu  ocund)  A. 

Passant  à  la  partie  principale  et  originale  du  Félire,  nous  en  retrou- 
vons les  passages  suivants  : 

Du  i"  janvier  un  vers  p.  81.  Erain  no  Erail  A.  imforcraid.  ut  est  luidh 
forecht  ard  érain;  des  deux  variantes  dont  O'D.  fait  mention  ici,  le  texte 
de  A.  a  l'autre  :  luid  forecht  ard  erail  avec  la  glose  ail  .i.  uasal,  cepen- 
dant là-dessus  il  se  lit  entre  les  lignes  :  /.  aurain  A.  eraibind.  —  Dito  du 
4  p.  65.  Caomnagair  A.  nighi  no  ceimniugudh  ut  est  rocaomnagair  tlachta  ; 
mais  F.  docoemnichtar  .i.  ronighset  no  rocheimnigseî  ut  est...  dochoemh- 
nichter  tlachtn  ;  enfin  A.  docoemnactar  tlachtu  (A.  ut  dicitur  lauaiierunt 
stolas  suas  A.  ronigset  etc.).  —  Du  6  ce  vers  :  Raith  [.i.  roreith  A.)  coa- 
rig  ran  Iran  F.  ./.  uasal  A.  F.)  toga  [toghadh  O'D.)  p.  1 1 1  sous  Ran  A. 
uasal.  —  Du  7,  à  ce  qu'il  paraît,  la  phrase  ba  dixu  .i.  ba  hairdi  p.  59, 
qui  se  retrouve  dans  F.  badixu  .i.  bahairde  nobadilsi,  tandis  que  dans  A. 
la  leçon  est  ha  dilsiu  [.i.  dodia  A.ardi  l,  badixu).  —  Du  22  un  vers  et 
demi  :  valerius  cendigna  [A.  centairi  no  centrôigi  no  cendimecin  A.  F.) 
felix  [felic  A.)  fuair  p.  7^  sous  le  titre  Dighnae  (conf.  Prol.  254)... 
no  dighnae  .i.  drochgne  no  tar  no  trogh.  —  Du  23  le  vers  :  conandùnad 
[A.   conasluagud  l.    conani[u]rt    A.  F.)   ddna  p.    75  sous  Dunadh   A. 


464  observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

sluaghadh  no  nert  no  fas  no  faslongport.  —  Du  25  :  Ni  dedbul  a  laitht 
[allaithi  F.)  ou  ni  dedbal  [.i.  ni  derôil  A.  F.)  alaiîhi  A.  même  page  sous 
Dedbul  .i.  dereoil.  —  Du  26  :  la  rlg  dodonfairci  {no  dodonforsat]  p.  87 
sous  le  titre  Fairci  .i.  forcomed  no  derrsgaigh  no  dorona  ;  la  leçon  de  A. 
dodotfairci  n'est  pas  confirmée  par  la  glose  [A.  fil  uasaind  l.  donforsat 
etc.),  qui  suppose  celle  de  F.  et  O'D.  —  Du  29  :  Ain  espoc  roraidhis 
O'D.  ou  An  [j.  solam  ifertaib  lie)  escoip  roraidius  A.  p.  $0  :  Ain  .i. 
solas.  —  Enfin  la  glose  sans  explication  qui  se  trouve  p.  75  entre  dunadh 
et  dedbul,  Deblen  .i.  oni  is  déblil]is,  a  rapport  sans  doute  à  ce  vers  du 
24  janvier  :  conathriur  dedblen  {.i.  ôndi  is  dcbilis  .i.  cum  tribus  discipu- 
lis  paruis). 

Du  4  février  ce  n'est  pas  non  plus  un  vers  qui  est  cité  p.  66,  mais  les 
derniers  mots  du  quatrain  sont  glosés  dans  ces  deux  articles,  qui  se 
suivent  l'un  l'autre  :  Creatal  .i.  creidmech  no  craibhtech  .i.  ônl  is  credalus, 
elCresin  .i.  craibhtech  .i.  sen  acre  .i.  senior  fuidit  no  cresinach  .i.  faisci  .i. 
aintech;  que  l'on  y  compare  les  gloses  concordantes  de  F.  Credal  cresen 
.i.  crethmech  no  craibdech  A.  sen  a  chré  .i.  senior  fuit,  no  crésinech  .1. 
faiscte  A.  aintech,  et  de  A.  credal  {A.  cretmech  (là-dessus  /.  craibdech) 
l.  credlach)  cresen  [A.  sean  achre  A.  sehior  /.  crésinech  A.  faiscti  A.  ain- 
tech), d'où  la  restitution  se  fait  sans  peine.  —  Du  16  février  la  seconde 
moitié  du  quatrain  est  citée  p.  50  :  Andach  (v.  Prol.  237)...  no  annach 
A.  olc  ut  est  arsgeith  sgela.  annaigh  demanda  mar  indcl,  ce  qui  se  corrige 
d'après  A.'  et  F.  lasceith  scéoil  aannaich  {A.  roindis  fe[i]n  aulcu  di  A.) 
demun  damair  indel  [A.  cengal  no  cumrech  F.  ./.  rodamair  aindlead  di  l. 
indled  A.  cengul  l.  cuimrech  A.)  —  Du  20  le  troisième  vers  :  immaslecht 
[A.  imme  roslaigtea  A.  romarbtha  A.  F.)  scél  ndogur  {A.  toirsech]  p.  116: 
Slecht  A.  marbadh.  —  Du  27  le  dernier  vers  :  airec  [A.  fagbail  A.)  cinn 
iohannis  [A.  bautiste  A.)  p.  50  sous  Airec.  (Nous  passerons  dorénavant 
sous  silence  sur  les  fautes  dont  la  correction  n'est  pas  douteuse.) 

Du  10  mars  les  deux  vers  :  lasafrith  éo  ainglech  crann  croichc  (ou 
crochda  O'D.,  c'est  croc  ht  ha]  incoimded  p.  81:  Eo  A.  lignum  A.  crann 
(ce  qui  est  la  glose  de  A.).  —  Du  3 1  de  même  deux  vers  :  dobcir  barr 
trebithu  marta  for  sluag  saigthiu  {.i.  sluagu  A.)  p.  58  sous  le  titre  Barr 
.i.  crîch. 

De  même  du  5  avril  :  baithes  patraic  primda  atrannad  in  éri  p.  ni. 
Rann  A.  tinnscna.  —  Du  12  :  crist  fri  cruiche  cretair  p.  66.  Credar  .i. 
coisecrad.  —  Du  18:  Abb  lethglinne  ligach  (.i.  min]  p.  101.  Ligach  A. 
cennais  (ce  qui  est  la  glose  de  A).  —  Du  28  :  ruiss  chre  (lis.  chree  St.) 
cotalci  {.i.  cotangnai  A.  ./.  cotreisl  no  cocalmatus  no  coteinne  O'D.)  p.  122 
sous  Tailc  .i.  daingin.  —  Du  29:  Crist  hamôr  atiachra  ibid.  Tiachair  .i. 


Ohsenaùons  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  46$ 

doilïgh,  ce  qui  concorde  à  la  glose  de  A.  et  F.  (./.  ba  môr  duilge  amar- 
tra  ingortai). 

Du  4  mai  :  mochua  cain  deochaid  (leçon  de  B.,  recommandée  par 
l'assonance  à  Jfoc/zam  ;  dechoid  A.)  p.  75  :  Dechaid  ./.  dochuaidh  (con- 
forme à  la  glosse  de  A.). —  Du  10:  imbi  tairmcecli  ierr'puilp.  122.  Toirm 
.i.  molad  no  gloir  (où  il  faut  conférer  la  glose  de  A.)  —  Du  17  :  for 
dinn  flatha  nime  [A.  for  clethi  nime]  p.  7$.  Dinn.  .i.  ard  no  cleith  [finne 
O'D.  au  lieu  de  nime  a  l'air  de  n'être  qu'une  erreur  du  regard  attiré  par  le 
mot  fainde  qui  précède) . —  Du  20  :  Foroenlith  itfissi  [.i.  iîguiîe]  p. 87.  Fis  .i. 
guidhe.  —  Du  29  :  Ronsnadat  (ou  bien  ronsnaide  O'D.;  car  l'un  et  l'autre 
est  appuyé  par  le  vers  précédent  MoV^/uag/^o/Z/o/j/^)  donrindnim  [.i.  donim 
rindach  no  reîlannach)  p.  1 1 1.  Rand  (plutôt  rind)  .i.  retla. 

Du  5  juin  :  ardainm  tar  tuinn  îreîhan  {.i.  isard  aainm  cura  achlâ  tar 
îiiind  7  tar  fairrge  trethnaig  J.  ainbthenaig  A.;  O'D.  n'a  de  cette  glose 
que  le  dernier  mot  ./.  anfenaigh)  p.  122,  Treathan  A.  anfen.  —  Du  4  : 
la  tairmbriîh  (ou  tarnibreith  A.  abreith  in  episcopatuni  A.)  martini  (A. 
athaisse  alloc  hilloc  A.  tuctha  athaissi  asin  mainistir  inerbailt  dochum 
nacathrach)  ibid.  Tairmrith  A.  atharrach.  —  Du  1 5  :  Laparîhalon  mbresta 
[A.  primda  no  irgna]  p.  59.  Bresta.  —  Du  19:  Fiadsluagaib  combrassi 
[A.  coslatra  l.  cosolam  A.)  ibid.  Bras  A.  slatratu  no  calma.  —  Du  29: 
nistarca  deilm  catha  [A.  niderscaig  nech  frecra  di  dar  deilm  inchathasin  etc. 
A.)  p.  122.  Tarca  A.  derscugud. 

Du  2  juillet,  d'abord  le  premier  vers  du  quatrain  :  Taimthiu  [A.  bds 
l.  tam  l.  serb,  l.  taimthiu  A.  tomaithium,  l.  taimthiu  A.  îam  tai  .i.  éc 
aaenur  l.  serg  A.  F.)  eutaic  epsco[i]p  p.  112.  Taimthiu  (M'  F.).  —  Et 
puis  le  dernier  :  riag  [A.  césad  A.)  môr  (A.  ou  mar  F.  O'D.)  marciani 
[.i.  martiris  A.)  p.  iii.  Riagh.  —  Du  4  :  marosellaib  [A.  sellaiseo  mat 
connarcais  amac  samla  l.  marosillis  .i.  ma  connarcais  A.)  seimle  [A. 
soimlid  A.  indis  A.)  p.  116.  Soinile  A.  indis  (conforme  à  F.).  —  Du  5  : 
conacléir  (with  her,  Agatha's  clergy)  cain  comul  [A.  nert  l.  adbol  A.  p,  66. 
Comol.  —  Du  7  :  parméni  [A.  martir  A.)  trom  tœden  [A.  tidacht  no 
tiachtain  no  taithnem{ach]  A.)  p.  122.  Toidhen.  —  Du  10:  cuan  marcc  mor 
sostan  (suit  une  longue  glose  identique  presque  à  la  lettre  dans  A.  et  F.) 
p.  1 16  Sostan  A.  cumsanadh.  —  Du  12,  deux  vers  :  le  premier  Conrua- 
laid  (A.  dochuaid  mêla  A.)  coaingliu  p.  66  sous  Conruale  A.  roela  no 
rochuaidh.  —  Et  le  troisième  felix  ba  matuluid  [A.  mongenair  l.  ba  imalle 
dolluid  j  ba  maith  dothuideacht  isinbith  frecnairc  A.)  p.  105.  Matulaidh. 
—  Du  1 5,  le  premier  Lethrann  :  In  dâ  apstal  déac  doforcat  cech  nârim  ' 

1.  Ou  cach  nârim;  la  restitution  de  cette  forme  ancienne  et  de  adim  (pour  adaim)  au 
quatrième  vers  est  commandée  par  la  rime  assonante. 


466  observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  \ 

(./.  doroiscet  l.  derscaigid  cech  aireni  dodecdai  A.)  p.  75  sous  Doforcat  no 
dosaircet  (ou  dofaircet?  Peut-être  l'article  Dofarcat  .i.  foruaisliglieat  à  la 
même  page  contient  une  troisième  variante.  Du  reste  on  peut  comparer 
F.). —  Du  16  le  vers  ochrist  aciiî  conétis  [A.  cocuindcliitis  /.  coroindsaige  l. 
coroindise  A.  conforme  à  F.)  p.  66.  Coneitis. —  Du  19:  Comôrbuidin 
hresîai  [A.  brotla  no  beoda[i]  no  suilbir  A.  F.)  p.  $9.  Bresta.  —  Du  20  : 
Itbrestai  inbanmaic  [A.  banmaic  na  hingina,  là-dessus  :  ./'.  ingena  ferrda 
A.)  ajouté  sous  le  même  titre.  —  Du  ^0,  presque  tout  le  quatrain  est 
donné  :  le  deuxième  vers  corûnaib  adglenùs  [A.  nofoglandis  cosians  moir 
A.  noihâirdis]  p.  95  sous  Glen  A.  îuir  no  foghlainn,  les  deux  derniers  : 
diasluag  nijriîh  anfot  [A.  bét  A.  ecôir]  abdon  7  sennis  (B.,  ennis  A. 
qui  ajoute  :  ./.  duo  martires  7  ronia  pasi  s\xnt  gladio]  p.  50  sous 
Anfot. 

Du  3  août  la  dernière  moitié  :  inairecht  [A.ifrith  A.  F.)  conôibi  corpan 
sôer  stefani  p.  50  sous  Airnecht  A.  fagail  no  frith.  —  Du  4  :  Frlm  (on 
frium)  is  môr  a  docha  [A.  adôchus  /.  adi'ichus  A.)  p.  75.  Doche.  —  Du  5  : 
Ardlig  comarc  (B.  cormac  A.  cùimniugud  A.)  coemda[i)  p.  66.  Coniarc. 
(conf.  F.).  —  Du  6  :  rue  suas  saithe  [A.  buiden)  sndinach  [A.  jorsnam  A.) 
p.  116.  Saitiie.  —  Du  9  :  Inachud  cainclantar  {A.  inachad  conhaire  lu 
luignib  conacht.  /.  adnaicthev  A.)  p.  66.  Clanntar.  —  Du  ly.  Hipolitus 
martir  ba  mirbuil  athoiden  {.i.  athaitnem  L  abuiden  l.  atliindrem  l.  asluag  l. 
atheacht  A.  F.)  p.  123.  Toeden  (où  no  drem  est  ajouté  à  la  même  glose). 
—  Du  19  :  Mochta  môr  inaith  sithbc  [.i.  sitlibéo  .i.  jota  achlà  .i.  saegul 
mochta]  p.  1 16  sous  Sithbhe  (la  glose  de  F.  est  ./.  Une  nanaem). —  Du  2  y. 
Cech  (ou  cach]  leth  cosal  sruamach  (./.  srotha  imdai  ind  ocus  ass  A.) 
p.  116.  Sruaim  .i.  srutli  no  srotha  imda.  —  Du  26:  Fornem  coslôg 
roléir  (B.  F.,  roréil  A.)  rodrebraing  {.i.  rodringestar  A.;  roleblaing  F.) 
iarndrobeil  [.i.  iarndoccumal ,  L  iarndrocherlabra  chaich  ocîairmesc 
aniaithiusa  imme  l.  iarcûmga  môir)  p.  7$.  Drobel. 

Du  3  sept,  le  vers  longarad  grian  alaib  [.i.  alaindl.  uasnélaib  in  airde 
nime,  l.  alaib  .i.  doddinib  alaib  .i.  glicaib,  l.  coceill  do  A.)  est  répété 
sous  les  litres  Alaib  p.  50  et  Ail  p.  55.  —  Du  4  un  vers  et  demi  :  agait 
{.i.  oentaigit  .i.  subaigit]  môr  a  maccain  ^B.,  in  mmacain  A.)  imulltan  est 
contenu  dans  l'article  Aghait  p.  50.  —  Du  13  les  vers  ;  Dlom  diis  arfi- 
chit  {.i.  dluig.  l.  aisneid  l.  indis  l.  crfuacair  dis  ar  fichit  dodainib  A.) 
martir  coméit  nôebe  p.  75  sous  Dlom.  —  Du  \y.  La  coisecrad  mbaislicc 
(./.  eclesiae.  basilica  .i.  rigdoe  A.  tegdais  rig.  bassilius  .i.  rig)  p.  58. 
Baislic.  —  D\i  18:  Rathatar  {.i.  rorethustar  A.)  irriched  {.i.  h[L\rigiath  A.) 
p.  III.  Reith  .i.  aisneidh.  —  Du  19,  deux  vers  :  le  premier  raiîh  con  ilur 
sochlach  sous  le  même  titre  après  les  mots  no  raith  .i.  roreiîh  .i.  dochuaid; 


Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  467 

le  deuxième  cocrisî  coenuia  îaiîhlech  (./.  sithugud)  p.  123  sous  Taithlecfi. 

—  Du  27,  levers  acroch  nirbo airliuss  [.i.  cennais]  p.  50.  Airlius. 

Du  2  oct.,  le  premier  Lethrann  :  Juliter  in  martir  armuinter  (ce  que 
je  crois  préférable  à  admaintcr  A.  ./.  adamraigther  no  bendaichther)  aféli 
p.  50  sous  krmuinnter.  —  Du  13,  de  même  :  Comgan  ocus  marcill  colle- 
thct  allume  [.i.  asaegail  l.  anecnaï]  p.  ici  s,o\x%Lann.  —  Du  1 5,  le  vers  : 
damdatar  (ou  damatar?)  niâr  tadlach  [.i.  forodmatar  tuilled  uilcc  beos  A. 
amniiis  l.  tadall  fliuch  ;  le  reste  de  la  glose  est  identique  dans  A.  et  F.) 
p.  123.  Todlach.  —  Du  26  :  Nasad  [.i.  gnathugud  A.  F.;  ou  nasan  B.) 
beodin  melldin  p.  108.  Nasadh.  —  Du  29  :  La  tamthine  talgud  {.i.  la  tdin 
éca  doib  l.  tathlugud  .i.  criîhnugud l.  cendsugud  A.,  conf.  F.)  p.  1 22.  Talgad 
no  tathlugud. 

Du  7  nov.  ciapu  (B.)  gur  {.i.  ciarbo  léir  l.  ciarbo  chalma  A,comp.  F.) 
a  slige  [.i.  a  marbad]  p.  95.  Gur.  —  Du  12  :  Soas  comét  tiachrai  [.i.  gli- 
cusa  A.  F.)  p.  65.  Ciachair  no  tiachair  .i.  glic.  —  Du  30  :  Dobeir  barr 
nobagu  nouimbir  forsluagu  p.  58  (v.  plus  haut). 

Du  3  déc:  Lùam  lis  nwir  mlrbuil  p.  ici.  Luam  .i.  ab  (c'est-à-dire, 
dans  cet  emploi;  proprement  'gubernator').  —  Du  7  :  Féil  bdin  buite 
buadaig  (la  fête  illustre  de  Boèce  le  Victorieux!  p.  59,  sous  Bot  j.  teine. 

—  Du  8,  ces  trois  vers  :  donarlaid  tar  ronniir  p.  7$.  Doralaid ;  dochrist 
cachain  figil  p.  86.  Fighil;  et  hicurchdn  cenchodail  p.  65.  Codul.  —  Du 
9,  le  vers  :  it  cadlai  diingin  p.  65  sous  Cadla.  —  Du  12  :  Gébaid  coir 
frimanmainp.  66.  Coir  .i.  lam.  — Du  16:  Cocléir  cdin  afrom  p.  $0. 
Adroerais  .i.  tairis.  —  Du  20,  deux  vers  :  Babrigach  illéri  sluag  môr  im- 
marddip.  loi,  sous  Lere  .i.  crabadh  ;  et  le  troisième  lotar  uainn  forcéti 
(A.)  p.  66  sous  Ceiti  A.  aonach  avec  une  variante  mémorable  :  rertha  uan 
for  ceiti  {.i.  ructha  for  aonach  niine).  —  Du  21:  Abds  ba  scél  ningir  p.  98 
sous  Ingar.  —  Du  23,  les  deux  vers  :  Bas  oclit  cet  cdin  martrai  lasescait 
(co  cethorchat  O'D.)  sôer  slechta  p.  117.  Sleacht  .i.  marbad.— Enfin  du  24: 
Mac  lônain  dondecmaic  inadaig  rénotlaic  p.  81,  sous  Ecmuic  .i.  tig  cucad. 

Les  citations  prises  dans  l'Epilogue  ne  sont  pas  si  nombreuses  que 

celles  du  Prologue  et  du  Félire  même  ;  toutefois  il  en  résulte  les  exemples 

suivants  : 

V.  1-2.  ônkalaund  coaraile  (ou  bien  ônkalaind  coaraili] 

rofcrsam  arniarair  (de  calendes  à  calendes  nous  avons  fait  notre 
recherche)  p,  in.  Rofearsom  (v.  plus  haut;  iarair  subst. 
verbal  de  iarraim). 

7.  conecmaingsem  [.i.  robensam  F.)  aurain  p.  81.  Ecmuic  .1.  buan. 

12.  sercc  ardârbair  [.i.  sluag  F.  ;  ou  drbuir]  isu  p.  50.  Arbur  .i.  slég. 

13-14.  uasalathraig  faithe 


468  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

dochrist  ceplar  (ou  ciaptar)  céili  p.  65.  Celle  .i.  cara  (comp.  F.'i. 
25-26.  fornem  anconrualai  [À.  roelai  F.) 

cechlaîhe  dindire  [.i.  dontalmain]  p.  7$.  Dire. 
30.  ammuir  brigach  buansain  p.  58.  Brig   i.  firî. 
54.  richedreim  asdixu  p.  75.  Dixsa  .1.  ard  no  uasal. 
57-58.  a  soburthan  aile 

lasinslô g  costiagat  p.  116.  Sobartan  .i.  soaraide  .i.  araide  maith. 
60.  in[n]ardrig  aîgialldt  p.  50.  Aîgiallaî  .1.  diafognai. 
63.  ronbé  uas  barndalaib  p.  75.  Bail  .1.  airacht. 
65-66.  domrairbera  maite 

lacrist  coeintlmr  ndilep.  75.  Domairbera  .i.  ronitairbera  .i.  dobera 

damh. 

71 .  frim  diubairt  ladilacht  p.  75.  Dilucht  .i.  dilgadach. 

72.  arecnairc  dogerat  p.  81.  Ecnairc  .i.  impidhi. 
j^.  flatha  crist  is  colba  p.  65.  Cobla  A.  condalbu. 

83.  fil  and  mbr  nard  naille  p.  50.  [Art  .i.  fis.)  Aill  .i.  molad. 

c)-j.  Niaine  fondruair  \.i.  ni  forbds  A.  fodera  adenm  F.)  p.    50.  Aine  A. 

for bai s. 
(?)  98-99.  iscol  dànn  diafoirglem 

cach  noeban  conidna.  Ces  vers  seraient  corrompus  misérable- 
ment, il  est  vrai;  je  crois  pourtant  les  reconnaître  p.  97. 
Idhan  A.  comlàn.  ut  est  idhan  cach  fogl-  con  idhna. 
102.  mabeth   [ciabeith   O'D.)   nech  joruasna   (A.  cumscaiges  nafeili  aluc 

illocc  F.)  p.  87.  Foruasna. 
143.  rothuirsem  andirmann  [A.  aniinad  F.)  p.  75.  Dirim  A.  imad. 
1 5  3-54.  fridia  isdubart  [diubairt  O'D.;  ./.  diprecoiî.  i.  adbulguide  F.) 

frideman  is  dinert  (./.  isadbail  nert  no  isnert  de  F.)  p.75.  Diubairt. 
157.  Cechôen  diamba  esnad  p.   81.  Easna  A.   abhran  (avec  la  glose  ./. 

canfas  cobinn] . 
172.  abeith  sldn  indecmaicc  existe  deux  fois  sous  une  forme  un  peu  alté- 
rée :  p.  55.  Abetli  slan  ni  decmaic  A.  ni  decmaing  bias  slainti  dô  acht 
do  grcs;  de  même  p.  75-  sous  Decmaic  A.  sist. 
177.  isarraesechî  noifrend^p.  50.  Arrae  A.  cric  (d'où  s'explique  le  mot 

arreum  dont  des  exemples  sont  donnés  Z^.  XL.) 
227-28.  nochonsaethar  madae 

doruirmiseni   uile  p.  105.  Madha  no  magha  A.  nemglan  ^plutôt 
[j.aTY)v,  [;.aTaioç). 
230.  isocus  arcunnu  [A.  arcairdes  F.)  p.  65.  Conda. 
320,  atsluindiu  acéstu  p.  50.  Atsluinniu  A.  aitcim. 
Voilà  assez  d'exemples  pour  prouver  quel  riche  emploi  a  été  fait  du 


observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  469 

Félire,  soit  par  O'Davoren  lui-même,  soit  par  ses  devanciers,  et  encore 
pour  la  plupart  (on  n'en  peut  douter)  des  gloses  que  nous  retrouvons 
dans  les  manuscrits.  Cependant  ce  n'en  est  pas  tout  sans  doute.  Nous  y 
joindrons  avec  plus  ou  moins  de  certitude  quelques  mots  seulement 
glosés  sans  exemple,  mais  qui  paraissent  être  puisés  à  la  même  source. 
Nous  n'en  nommons  ici  que  deux,  dont  Fun  a  été  sans  doute  tiré  de  ce 
poème,  l'autre  se  trouve  du  moins  là.  Sera  p.  1 16  est  tiré  de  ce  vers 
du  1 5  mars  :  Seirn  iacoip  ordan  ;  quiconque  compare  les  gloses  iden- 
tiques de  A.  et  F.  et  à  peu  près  de  O'D.,  n'en  doutera  pas,  et  même 
des  deux  mots  dont  celui-ci  a  enrichi  la  glose,  oirnedh  no  buaidh,  le  pre- 
mier correspond  à  la  glose  de  A.  sur  ordan  (A.  aoirdned).  Tathat  .i.  aîa 
agat  p.  124  a  pu  être  pris  dans  ce  vers  du  24  juillet  :  tatlnit  {.i.  ata 
diiit  A.)  cenn  cet  mile,  bien  que  îathiit  se  retrouve  encore  dans  le  Seirg- 
lige  Conculainn  (L.  U.  44^). 

Nous  laissons  là  beaucoup  de  questions  intéressantes  qui  s'élèvent  à 
cet  égard,  pour  passer  à  d'autres  poésies  citées  dans  ce  glossaire.  Le 
poème  irlandais  le  plus  ancien  que  nous  connaissions  ÏAmra  Coluimchille 
y  a  donné  au  moins  les  citations  suivantes  :  frisbered  homnu  hûain  [L.  U. 
ôinnu  huàin],  accompagné  d'une  partie  de  la  glose  du  L.  H.  nojrithbrui- 
ded  connab[ad)  immecla  ocund  (Stokes,  Goid.^  160)  p.  109  sous  le  titre 
Oman  .i.  eda;  cloîhonn  (L.  U.  clothond)  oc  buaid  ibid.  Onn  A.  ail 
no  cloch;  boi  obid  (L.  U.  boi  obeid  A.  auidus  A.  laind]  ibid.  Oibid  A. 
umal,  ce  qui  est  conforme  à  la  glose  du  L.  H.  —  Encore  il  faut 
remarquer  la  glose  Axai  A.  imagallaim  p.  56,  qui  se  rapporte  sans 
doute  aux  paragraphes  33,  47  (suivant  St.)  du  poème.  —  D'une  autre 
ancienne  poésie  qui  a  acquis  une  certaine  célébrité,  savoir  du  quatrain 
qui  est  dit  avoir  été  la  première  satire  faite  en  Irlande  par  Coirpre  mac 
Etaine  (ou  macEtnai],  et  qui  est  reproduit  complètement  d'après  L.  U. 
p.  8  (dans  une  glose  sur  VAmra]  par  St.  (Corm.  Gl.  translated  p.  37), 
la  plus  grande  partie  se  trouve  chez  O'D.  en  divers  endroits  :  cen  choit 
for  crip  cernine  p.  63.  Cern  A.  mias  (de  même  chez  Corm.  p.  1 1.  Cer- 
nlne]  ;  cen  gert  ferbba  p.  94.  Gert  A.  lacht  (plus  complet  H.  63^);  cen 
dil  ddime  risi  p.  73.  DU  A.  innlad  (Corm.  p.  39.  Riss).  —  D'une  autre 
satire,  que  Néde  mac  Adnai  est  dit  avoir  composée  (p.  24  cf.  Préf. 
XXXVIII)  on  trouve  le  commencement  mailc  baire  gaire  Caieur  p.  57. 
Baire,  le  deuxième  vers  combeodatar  celtra  catha  Caier  p.  68  Cealtair, 
et  la  fm  ibid.  Gara.  —  Plusieurs  poésies,  ou  parties  de  poésies,  repro- 
duites sans  nom  d'auteur,  se  reconnaissent  facilement  par  le  rhythme  et 
la  rime.  C'est  ainsi  que  nous  avons  dans  l'introduction  signalé  le  quatrain 
sous  Conmill  p.  71,  de  même  que  l'éditeur  a  fait  dans  les  notes  sur 
Rev.  Cdt.  Il  3  2 


470  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

Delgainecbî  p.  77.  D'un  autre  quatrain,  que  nous  rencontrons  ici  deux 
fois  (p.  61.  Blûsair  cf.  p.  10 1.  Lus)  et  qui  se  retrouve  H,  64  c  ,  là 
même  Flann  est  dit  être  l'auteur.  Deux  vers  reconnus  par  M.  St.  font 
la  citation  sous  Aithmess  p.  55.  Un  seul  vers,  attribué  par  Cormac  à 
Etan,  fille  de  Diancecht,  mais  dont  la  restitution  est  rendue  difficile  par 
les  grandes  différences  des  manuscrits  (v.  Corm.  transi.  1 59],  se  retrouve 
deux  fois  chez  O'D.  dans  les  articles  Fonnamh  p.  85  et  Tore  p.  121, 
conforme  la  première  fois  à  la  leçon  de  B.  i  fondam  mo  thuirc,  mais  le 
nw  doublé  dans  le  dernier  endroit. 

Enfin  une  rencontre  des  plus  intéressantes  que  nous  ayons  faites  dans 
ce  genre  est  celle  d'un  petit  poème  ossianique  qui  a  été  communiqué  dans 
Skene,  The  book  of  the  Dean  of  Lismore  (Introd.  LXXXIV),  comme 
représentant  la  plus  ancienne  poésie  tirée  d'un  manuscrit  écossais  ',  mais 
qui  est  dit  exister  encore  dans  le  Livre  de  Leinster.  C'est  de  cette  poésie 
que  se  trouvent  dans  O'Davoren  les  trois  passages  que  voici  :  mo 
gean[am]  imduais  (.1.  imlaim]  p.  96.  Genain  A.  claidheamh  =  mo ghenam 
um  dhuais  {.i.  mo  cladhiomh  um  dorn)  Sk.  ;  adhbul  fisi  armotha  darcinnes 
darcinnes  godian  mo  cuib  [.i.  mo  cù)  p.  71.  Cinnes  .i.  darlinges  := 
adhbhul  fisi  [J.  aislinge]  ar  mo  îa  {.i.  tarla]  dar  cinnius  {.i.  dar  leiges) 
godian  mo  cliuib  [.i.  mo  chu]  Sk.  ;  cribus  mura  talla  tair  ibid.  Cribuis  J. 
muc=  Criobais  (./.  mule]  mliara  Tallann  tair  Sk. 

2)  Quant  aux  anciens  contes,  je  n'ai  pas  encore  réussi,  il  est  vrai,  à  en 
vérifier  les  citations,  autant  faute  de  loisir  que  parce  que  la  plupart  de 
ces  contes  ne  sont  conservés  jusqu'à  ce  moment  que  dans  les  manuscrits 
mêmes.  Pourtant,  à  ce  qu'il  paraît,  on  ne  pourra  douter  que  l'auteur  du 
glossaire  n'ait  puisé  à  ces  sources,  quand  on  verra  des  passages  comme 
ceux-ci  :  Eitne  ingen  Amolghaid  -jrl.  7  actuaid  iarum  asgéla  a  Temhair 
(p.  48.  Adchuaidh]  ;  ha  airmit  do  ulltaib  na  raghdais  tar  uir  nai  (p.  5 1 
Airmitt)  ;  adciadis  a  naenach  lipthi  etc.  (p.  61  Blaith]  ;  et  d'autres  conte- 
nant d'une  part  les  noms  illustres  de  Conchobor  (p.  104.  Mann], 
Cùchulainn  (v.  l'Index),  Fergus  [Comraithnc  p.  G2],  Cormac  (p.  50 
Aigh],  ou  du  satiriste  Aithirne  (p.  74  Dotoruidib,  85  Fuirec,  c)j  Ind\,  et 


1.  [Puisque  M.  Ebel  cite  ce  poème,  nous  saisissons  cette  occasion  de  relever  une  inexac- 
titude échappée  à  M.  Skene.  Le  savant  écossais  assure  {loc.  cit.)  que  ce  poème  est  con- 
tenu «  dans  un  manuscrit  écrit  antérieurement  à  l'an  1500  »  ;  mais  il  ne  prend  pas  la 
peine  de  dire  quel  est  ce  ms.,  ni  où  il  est  conservé.  Lors  de  notre  visite  à  Edimbourg,  en 
examinant  les  mss.  de  la  Bibliothèque  des  Avocats,  nous  avons  découvert  l'original  dii 
poème  en  question  dans  un  ms.  provenant  de  la  «  Highland  Society  of  London  »  et  coté 
alors  (en  1868)  :  XXXVlU,  2.  C'est  un  ms.  in-4  en  papier,  de  94  feuilles,  que  nous 
avons  jugé  être  du  xvii"  siècle.  Ce  n'est  que  par  inadvertance  ou  par  une  erreur  d'impres- 
sion que  M.  Skene  a  pu  le  dire  antérieur  à  l'an  1500.  Le  poème  ossianique  reproduit  par 
M.  Skene  est  à  la  page  154  du  ms.  —  H.  G.] 


Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  471 

d'autre  part  de  Columbcille  (p.  7?  Duchonn)  et  Morann  (p.  63  Cuclit), 
pour  ne  rien  dire  de  Patrice  dont  les  traités  juridiques  font  très-souvent 
mention.  De  plus,  certains  passages  nous  rappellent  clairement  certains 
sujets  ;  nous  n'en  donnerons  que  deux  exemples.  En  lisant  ces  mots 
sous  le  titre  Fuiregar  p.  85  :  nim  fuiregar  finnabair,  je  me  souviens 
des  combats  des  jeunes  héros  auxquels  la  main  de  Findabair  avait 
été  promise,  faisant  partie  du  Tàin  bô  Cudilgne.  De  même  en  regar- 
dant le  passage  cer  môr  inmain  dobert  bricni  im  concubar  dorad  a  dâ 
cobheis  ini  conall  cernach  (p.  105  Main  A.  cealg),  je  ne  puis  m'empêcher 
de  m'imaginer  la  Fête  de  Bricriu  [Flcd  Bricrenn);  c'est  pourquoi  je  pense 
qu'il  faudrait  lire  Bricri  au  lieu  de  Bricni. 

3)  La  plus  grande  partie  cependant  de  toutes  les  citations  se  rap- 
porte à  des  Traités  sur  diverses  matières,  mais  surtout  à  des  codes.  Le 
grand  code  [Senchas  mâr)  est  devenu  pour  O'Davoren  une  riche  source 
d'exemples,  dont  j'ai  réussi  à  vérifier  les  suivants  (l'orthographe  un  peu 
corrigée):  I,  50,  52  ou  bien  III,  12,  14  :  dechmada  ocus  primiti  ocus 
almsana  argairet  ré  cuairî  duinebath  A.  urgairet  sin  conabi  baad  eipiltin 

fornadainib  (p.  53  Adgairct).  — I,  54,  atat  Aiii.  sabaid  tuaithe  A 

ceithre  triuin  (p.  1 14  Sabh].  —  I,  i  $2,  glose  :  imbaircne  catban  A.  im- 
baircnia  nia  trén  îucad  a  bairc  Bresail  Bric  (p.  58.  Baircne,  augmentée  de 
deux  additions).  —  I,  274,  commentaire:  [sét]arabi  sétaib  (p.  51,  Arab'i, 
glosé).  —  II,  14,  voyez  plus  bas.  —  II,  32.  Acht  sceo  scethach  (p.  1 18, 
Sco  A.  linn  ;  les  mots  qui  précèdent  ici,  leth  fri  suighi,  paraissent  conte- 
nir une  référence  à  II,  30,  leath  saire  (c'est  leth  sôire)  fri  tincur  tinfotin 
inbid  (tûV/),  mais  laquelle  est  troublée  par  quelque  faute).  —  II,  168. 
Teora  aimsera  diailtri  :  bas  ocus  anglonnus  [ocus  toga]  avec  la  glose  ocus 
in  tanglonnus  A.  cencomraiti  (p.  53.  Anglonnus,  contenant  une  faute  évi- 
dente :  atraillel).  —  II,  206.  nidlig  meith  la  biad  nadastad  céilsine  [for 
céile]  mad  scith  lais  (p.  118,  Scith,  les  mots  en  parenthèse  remplacés 
par  for  comarba  avec  répétition  de  na  asta).  —  II,  210.  [is]soer  don  flaith 
cip  cain  rocara  rogad  [a]ldime  diasétaib  (p.  112.  Rogadh  A.  slnedh  ut  est 
etc.)  —  II,  212.  soer  do  chomarbaib  na  flatha  (p,  112.  Ruibdhiter  .i. 
biathar  ;  mais  ce  qui  suit  dans  O'D.  cid  ruibdither  in  flaith  .xx.  bliadne, 
n'est  pas  trouvé  dans  le  S.  M.  qui  a  le  seul  mot  ciar,  inintelligible  à  sa 
place  et  laissé  sans  traduction  par  les  éditeurs).  —  Même  page  et  même 
paragraphe  :  uiar  (lis.  uair)  ni  mesech  in  flaith  doniupra  a  festige  [ou  feis- 
tide  O'D.)  avec  une  glose  un  peu  variée  (p.  106.  Meisi  A.  cuimgech).  — 
II,  228.  Trian  aduinn  ocus  a  mesce  avec  deux  gloses,  transposées  dans 
O'D.  (p.  77.  Donn  A.  flaithemnus  no  gait  ;  pour  a  seoit,  à  la  fin  de  l'ar- 
ticle, S.  M.  a  as],  —  II,  238.  acht  mod  fortallaind  tri  mér  (p.  106.  Modh 


472  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Dai'oren. 

A.  contabairt,  avec  une  glose  nouvelle,  dont  la  dernière  partie  s'arran- 
gera de  cette  manière  :  is  inneoch  is  loin  din  arainn  gin  géir  furri].  — 
Du  même  paragraphe  :  na[cha]  troetha  teidm  fithnaise  na  gala[i]r  (p.  90. 
Fiîhnais  j.  galar  gairet ;  la  glose  diffère).  —  Encore  du  même  para- 
graphe :  airtein  [a  leithet  acrui  iar  nairîhur,  dorn']  leithet  acriii  in  iarthur 
(p.  53.  Airtein,  où  la  glose  de  II,  240  est  à  peu  près  rendue,  quoique 
abrégée).  —  II,  246,  répété  248,  ceithre  duirn  a  leithet  0  deling  co  trichem 
(p.  78.  Deling,  où  il  faudrait  corriger  .///.  au  lieu  de  Aiii.  bliadna).  —  II, 
250.  bô  cona  fosair,  fiche  dorn  a  timchomac  (p.  118.  Timchomac).  — 
II,  254.  conimmimm  ro[da]fera  (p.  90.  Fera  J.  fùrthain).  — II,  268. 
Diles  cach  taurcreic  iarfognom  techtu  (p.  1 18.  Turcreic,  avec  les  premiers 
mots  de  la  glose).  —  II,  270.  diles  cach  meth  [cach  follugud]  cachfuill[iud] 
cach  fiiillem  foruilleth  forsin  celle  (p.  90.  Foruillter  .1.  agartar]  rnani 
forngartar  do  ria  nécaib  (ibid.  Forngaire  .1.  agra]\  la  dernière  partie 
seule  est  répétée  p.  86  (sous  le  même  titre).  —II,  278.  imdich  cach 
corp  ameinbra  (p. 99.  Imdich,  avec  la  deuxième  partie  de  la  glose  .i.fuaitrig 
cach  coir  ap). —  II,  290.  it  dilsi  seoiî  [caich]  indecoraib  ^O'D.  indecennaib] 
cuirither  dochiunn  cacha  membuir  michoraig,  [it]  indilsi  aseoit  sium  inad 
riasaither  [ou  forriastar  O'D.,  p.  90.  Foriastar).  —  Ibid.  cachfuasnad  iar- 
motha  sin  cen  indarbad  (ibid.  Fuasnad).  —  II,  322.  ar  fenatan  folaid/laiha 
fuillem  {Tp.c)o  Fen). —  II,  336.  mad ar  diumand  incéili  inasa  [O'D.  innsaigis 
comme  dans  la  glose  du  S.  M.)  in  flaith  a  seotu  (p.  78  Diumand).  — 
II,  336-38  inge  mad  dligîhcchu  in  céile  hi  dofeilge  (O'D.  doleici]  don  flaith 
(p.  78  Doleice). —  II,  340.  fogni  lôg  na  sét  amail  mestar  conamanderb[a]ra 
[peut-être  condb  and  derbrai']  (p.  78  Derbra  ;  lis.  ratha  pour  retha  dans  la 
glose].  —  II,  342.  La  glose  de  lânama  se  retrouve  p.  102  (./.  Ida  lionio 
A.  duine  comldn  fer  ocus  ben).  —  II,  360.  ni  renar  nech  ainim  dofeilce 
domaine  itrebad  (p.  78.  Domain  A.  dimain).  —  Ibid.  aurail  coimperta  i 
soaici  sochraiti  (p.  53.  Aice ;  la  glose  d'O'D.  et  tout  l'article  convient  à 
ce  qui  est  reproduit  II,  362,  n.,  un  peu  plus  correctement).  —  II, 
382.  ar  ni  said  dllse  for[diubirt  [in]na]  fogurrud  (p.  90.  Fogurrud,  les 
mots  en  parenthèse  omis,  la  glose  un  peu  différente).  —  III,  34.  na  cocra 
cerf  [p.  69.  Cogra).  —  III,  J2.  niaudbair  nech  scilb  acht  mad  ni  doruaichle 
fadésin  (jusqu'ici  p.  112.  Ruaichle)  ;  acht  mad  i  comcétfaid  a  [ou  na]  fine 
(p.  69.  Cétfaid).  —  III,  $8.  ni  ria  ni  cria  fri  (O'D.  do)  dodamna  (p.  79. 
Dodhamna] . 

Les  différences  qu'on  remarque  dans  ces  citations  s'expliquent  pour 
la  plupart  par  une  simple  omission  ou  par  inadvertance;  il  n'en  est  pas  de 
même  des  citations  suivantes  qui,  tout  en  nous  rappelant  des  passages 
semblables  du  S. M.,  en  diffèrent  néanmoins  si  profondément  qu'il  faut 


observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  475 

ou  supposer  une  autre  rédaction  du  code  ou  attribuer  la  coïncidence 
au  hasard.  O'D.  p.  78.  Doairrcechnatdr  A.  roîairrngestar ;  la  citation 
qui  suit  se  retrouve,  quant  au  sens,  S. M.  I,  16,  mais  les  premiers  mots 
sont  remplacés  par  Toairngertatur;  ici  cependant  dans  la  note  (d'un  autre 
manuscrit)  il  y  a  la  leçon  Doaircechnadur.  Ce  qui  n'est  pas  le  cas  de 
Bithjliuch  O'D.  p.  61  ;  l'exemple  caire  ansic  .i.  an  gd  diultad  conach  sic 
is  tirm  acht  ma  bithliuch  dogres  est  conforme  à  ce  passage  du  commen- 
taire S. M.  I,  48  :  annsicc  .i.  an  fo  diultad,  conach  siccus,  conach  tirim, 
acht  madfliuch  dogres  ;  mais,  à  part  les  autres  différences,  bithjliuch  au 
lieu  de  fliuch  renferme  au  moins  une  variété  de  la  récension.  En  d'autres 
endroits,  quoiqu'on  se  souvienne  au  premier  coup  d'oeil  d'un  passage  du 
S. M.,  pourtant  la  diversité  en  est  trop  grande  pour  s'expliquer  même  par 
une  semblable  hypothèse.  Que  l'on  compare  p.  ex.  l'article  Airchoige 
p.  51  avec  la  glose  de  I,  144,  ou  l'exemple  de  ardtrichcm,  donné  sous 
Dcscabar  greine  p.  78,  avec  la  glose  de  II,  240.  Néanmoins,  en  compa- 
rant ces  dernières  gloses  entre  elles  et  avec  le  texte  du  S. M.  II,  238,  il 
me  vient  là  un  soupçon  que  je  ne  puis  supprimer  :  c'est  que  andomain 
tire  p.  53  'sous  Andomuin'<  a  quelque  rapport  avec  le  passage  du  S. M. 
do  braich  corna  a  ardtreichem  talman  domintire  etc. 

D'autre  part,  souvent  des  citations  sont  attribuées  expressément  au 
Senchas,  desquelles  je  n'ai  pu  jusqu'ici  vérifier  qu'une  seule  :  II,  14.  Ni 
acarar  [acair  O'D.)  nach  cintach  (cin  O'D.)  acht  do  roith  lôg  [a]  fiach 
atroillither  'p.  1 12,  Roth  A.  tuitim  no  tarachtain  ut  est  a  senchas  etc.).  En 
voici  d'autres  exemples  :  ut  est  a  senchus  ni  hetarscara  lair  fri  lurchaire 
ip.  102,  Lurchaire)]  ut  est  senchus  coibnius  uisgi  et  reliqua.  Noch  ma  rola- 
thar  p.  103,  Lathar);  ut  est  senchus  imsuidiu  imsegar  firfiadna  (p.  1 18, 
Scgar'  ;  ut  est  seanchus  doinntaithe  incorsin  diam  ginathcomarc  dia  céiliu 
p.  54,  Athcomarc' ;  ut  est  seancus  acht  arcuirethar  anad  for  athgabdil 
p.  53,  Arcuirethar]  ;  ut  est  sencus  na  boin  iar  tôn[d']  cohiar  nômaide  etc. 
l'p.  1 19,  Tôudh);  amail  adeir  senchas  na  tore  ara  bldh  îreut  na  dretell  (p.  77, 
Dretillï  ;  amail  adeir  senchus  hasaib  haccrandaib  ip,  96,  Hais);  amail  adeir 
seanchus  cenforcraid  fotenma  (p.  1 18,  Teinm].  L'un  ou  l'autre  de  ces  pas- 
sages auxquels  il  faudra  ajouter  même  une  citation  de  seconde  main  : 
ut  est  amail  adeir  brctha  conslechta  a  senchas  conroiscet  dire  dosuide,  p.  65, 
Conoiscct,  sera  encore  retrouvé  sans  doute  ;  d'autres  se  réfèrent  peut- 
être  à  la  partie  perdue  du  S. M.  (v.  la  note  des  éditeurs  III,  80). 

Un  autre  code,  le  Lebor  Aide,  a  donné  les  exemples  suivants  :  gromfa 
gromfa,  glamfa  glamfa  Hib.  Leg.  III,  92,  dans  O'D.  gromtha  gromtha 
glamtha  glamtha  ip.  96)  ce  qui  est  la  forme  du  Sud  (O'Donov.  Gramm. 
178).  —  Caite  bla[d  ercaile]  cachslàn  cach  ruidles  III,  94  (p.  60,  Bla  A. 


474  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

slan).  — lethfiacli  la  dindis  isodain  III,  108  (p.  jc),  Dinnus).  —  BLi  mein 
midclais  III,  204  (p. 107,  Midhdais). — Bla  crann  cutaim  III,  224,  répété 
274  (p.  69,  Cutaim).  —  acht  bid  0  [rob  do  O'D.)  lias  no  airbi  adriastar  a 
loegUl,  228  (p.  53,  Adriastar).  —  Bla  ceite  rig  tulcomracc  III,  254 
(p.  69,  Ceiti).  —  Bla  cuithech  sliab  no  dlrainn  III,  272  (p.  79,  Dirainn). 
—  Bla  moga  biail  imfaebur  ibid.  (p.  61 ,  Biail,  la  glose  un  peu  variée).  — 
Bla  deilge  dae  III,  290  (p.  79,  Dae.)  —  Bla  ech  echtres,  itir  eochu  ocus 
mucca  III,  294  (p.  82,  Echtres).  —  Bla[d]  liacc  limad  no  ruitech  ibid. 
(p.  113,  Ruitech).  —  Bla  cethra  dinn  III,  296  (p.  79,  Dinn).  — Cach 
brithema{i)n  a  haegul  III,  304  (p.  60,  Baogul).  —  Ferdair  anothrus[a)  uile 
acht  a  ferg[a)  III.  356  (p.  86,  Feraid;  la  dernière  citation).  —  Diles  im- 
muirbrethaib  airi  ruanada  III,  422  (p.  113,  Ruanaid). 

On  reconnaîtra  sans  doute  bien  d'autres  citations,  quand  les  riches- 
ses des  manuscrits  irlandais  se  révéleront  davantage.  C'est  ainsi  que 
dans  un  seul  paragraphe,  tiré  de  H.  2,  15  par  O'Curry  (Manners  and 
Customs  III,  478,  note),  se  trouvent  les  deux  exemples  que  voici  :  dâ 
imglaice  do  Idim  jir  thoimsige  techta  do  lus  lubguirt  (p. 99,  Imglaic)  et  ceithre 
duirn  fot  cach  buinne  ocus  imglaice  do  borrlus  (p.  60,  Borrlus).  Encore,  ce 
n'est  que  par  une  comparaison  des  mêmes  passages  dans  Cormac  que 
nous  apprenons  que  ces  citations-ci  ont  leur  origine  dans  les  Lois  des 
Eximés  [Bretha  Nemed):  ballan  baisse  bôge côic  huinge  bânôir  (p.  56,  Boighi, 
p.  7,  Bôge)  ;  briar  derg  delg  nuinge  (p.  7,  $6,  Briar)  ;  Cimb  uim  olas 
nuim  (p.  62,  Cim,  124.  Uim  ;  plus  complet  p.  12,  Cim);duar  donesa  nath 
(p.  72,  Duar,  p.  16,  Dairfine);  glé  fo  erc  nebrân  (p.  81,  Ebron,  94,  Glé; 
à  compléter  de  p.  19,  Ebrôn)  ;  dofét  6c  iarnghis  (p.  94,  Glus,  p.  25, 
Gluss)  ;  foruachtatar  mata  (p.  104,  Mata;^\\xs.  complet  p.  29,  Mât); 
roloisced  a  lethfonimib  nimb  {p.  107,  Nimb,  plus  complet  p.  32)  ;  meser 
bû  araségamlai  (p.  ï  16,  Ségamail,  p.  40,  Ségamlac).  Pourtant  mention 
est  faite  dans  O'Davoren  des  Bretha  nemed  et  du  Crithgablach  (v.  O'Curry, 
III,  465)  non  moins  que  d'autres  traités  de  lois;  mais  la  manière  des 
citations  est  bien  différente.  Tandis  qu'il  y  a  là  des  passages  introduits 
par  des  phrases  comme  celle-ci  :  ut  est  imbrethaib  forloiscthi  [p.  114, 
Seadhat)  ou  amail  adeir  duil  (p.  54,  Alt),  nous  ne  trouvons  rien  de  sem- 
blable concernant  les  fîr.  //.  ni  le  Crith  Gablach.  A  côté  des  passages 
susdits  dont  les  Br.  n.  font  la  source  originaire  sans  être  nommées,  il 
n'y  a  ici  que  des  citations  de  seconde  main  :  cair  cobertar  bretha  neime[d] 
(Cair  p.  64),  ut  est  fegh  bretha  neimed  [Feg  p.  84),  de  même  que  dans 
cet  endroit  :  ut  est  cotrirther  friscomarser  andso  uile  a  mie  in  cuala  crich 
gaublach  (lis.  crith  gablach)  a  fenechus  (p.  93,  Friscomarser).  Or,  l'auteur 
paraît  ne  plus  avoir  connu  les  Bretha  nemed. 


observations  sur  le  Glossaire  d^O'Davoren.  475 

Quant  aux  canons  monastiques,  un  exemple  suffira  :  p.  93.  Fuil  À. 
pecad.  ut  est  a  riagail  Ailbe  :  dénad  adlaic  cach  daine  frecrad  fuile  cech 
anim.  Pour  les  traités  sur  d'autres  sujets  je  me  borne  ici  aux  citations 
suivantes  :  p.  85.  Fuacli  A.  rann  ut  est  :  isi  imcomairci  rann  in  fuach 
ellachda  ar  in  fers  lasin  kitnéoir  is  fuach  aainm  lasinûlid;  p.  82.  Egin  A. 
deimin  ut  est  :  Cest  infd  tomus  forsinmhairdne  ?  Fil  écin  A.  atà  codeimin  ; 
que  l'on  y  joigne  le  passage  touché  plus  haut,  sous  les  titres  Arrath  p.  49 
el  Metuir  104.  Ces  exemples  seraient  faciles  à  augmenter,  cependant  je 
crois  préférable  de  passer  à  la  comparaison  des  Glossaires  entre  eux. 

On  aura  déjà  remarqué  à  propos  des  citations  du  Senchas  Môr,  et 
principalement  du  Félire,  que  l'auteur  du  Glossaire,  ou  des  gloses  qui  s'y 
trouvent  réunies,  a  très  souvent  puisé  non-seulement  dans  les  textes  de 
ces  livres,  mais  aussi  dans  des  gloses  anciennes.  On  ne  sera  donc  pas 
surpris  de  retrouver  parfois  dans  les  autres  Glossaires,  soit  les  mêmes 
explications,  soit  les  mêmes  illustrations  à  l'aide  d'exemples,  lesquelles 
on  a  rencontrées  dans  O'Dav.  Que  de  telles  concordances  sont  d'une 
double  importance,  autant  pour  parvenir  aux  sources  des  gloses  que 
pour  la  restitution  des  textes,  c'est  ce  que  nous  avons  déjà  signalé 
d'abord  et  prouvé  par  quelques  exemples.  Cette  importance  à  double 
titre  sera  notre  justification  si,  avant  de  finir  notre  article,  nous  donnons 
ici  un  tableau  de  ces  concordances  ic'est-à-dire  jusqu'au  point  où  nous 
sommes  arrivés  dans  cette  étude  comparative) . 

Commençons  par  les  articles  qui  reviennent  dans  tous  les  trois  Glos- 
saires, savoir  Cormac,  O'Davoren  et  les  'Irish  glosses'  de  H.  ;?,  18  : 
Blind  A.  sailc,  O'D.  p.  62,  plus  complet  dans  Cormac  :  Blind  A.  saile 
mairb.  unde  dicitur  bas  mblindacli  p.  7,  de  même  (à  part  les  petites  diffé- 
rences d'orthographe/  dans  H.  (3,  18,  Trin.  Coll.),  p.  64e,  où  se  retrouve 
l'article  Blindauga  de  Corm. ,  lequel  n'existe  pas  dans  O'D.  — Base  simple- 
ment glosé,  p.  62,  contient  un  exposé,  p.  7  et  H.  65t.  —  Aighe  reire  A. 
brethemh,  p.  48,  existe  plus  complet  p.  5  et  H.  6^a.  Aigrere  A.  aige 
rere  A.  brithem.  —  Bruinnech  A.,  indthair,  enrichi  d'un  exemple  p.  56, 
mais  sans  l'explication  identique  de  Corm.  p.  7  et  de  H.  6^c.  arindi 
biathas  nôidena  forabruinnib  A.  suis  mamnnllis.  —  Bot  A.  teine.  botaine 
hsidhech  loscas,  p.  61,  plus  correct  H.  64t.  Bot  A.  tene.  ut  dicitur  botaine 
ingeini  luighdech  loisce[s],  mais  le  plus  complet  dans  Corm.  p.  8.  Bot  A. 
tene.  unde  dicitur  isinanamain  cetharreich  Botdne  hui  Luigdech  loisces.  — 
Duar  A.  rann.  ut  est  cidh  duar  donesa  nath  A.  rann  is  fia  duan  donesa 
A.  tainsemh  p.  72,  plus  court  H.  68c.  Duar  A.  rann.  ut  dixit  cia 
duar  donesa  nath;  pour  connaître  la  provenance  de  la  citation,  il  faut 
consulter  Corm.  p.  16.  Dairfine,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut.  On 


^^6  Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

voit  (ce  qui  est  d'ailleurs  constaté  par  une  comparaison  poussée  plus 
loin)  que  H.  et  Corm.  concordent  plus  souvent  entre  eux  qu'aucun  des  deux 
avecO'Dav.,maisquetoutefoislaconcordanced'0'D.estencoreplusgrande 
avec  H.  qu'avec  Corm.  ;  cependant  on  pourrait  croire  d'après  ces  exem- 
ples qu'en  puisant  là  le  cadre  de  ses  articles,  O'Davoren  (ou  quiconque 
est  l'auteur  de  ce  glossaire)  n'eût  fait  que  tantôt  abréger,  tantôt  ampli- 
fier. Il  n'en  est  rien;  ce  que  prouvent  les  grandes  différences  dans  les 
exemples  suivants.  D'une  part,  il  arrive  que  tout  l'arrangement  d'un 
article  diffère  ou  du  moins  que  l'explication  des  mêmes  mots  est  donnée 
en  des  termes  différents  :  comme  p.  71.  Coihchi  A.  cunnradh  ut  est  ni 
saigh  saichi  na  dochur  na  dilsi  for  coihchi  cert  etc.  contre  H.  67a.  Coihche 
À.  cennach  ut  dixit  tulach  na  coihche  et  plus  complet  parmi  les  articles  addi- 
tionnels de  B.  (Corm.  Transi,  p.  48).  Coihchi  .1.  cendach  ut  dicitur  tulach 
na  coihche  an  oenach  Tailten.  —  P.  63.  Cuma  A.  inann  no  maith  ut  est 
cuma  Hum  cid  toll  mo  lenn  contre  p.  9.  Câma  ah  eo  quod  est  communis. 
indc  dicitur  is  cuma  Hum  A.  iscôimdess  Hum  cipé  dib  (de  même  que  H.  6jb, 
excepté  que  Hum  est  omis  après  comdes).  —  P.  56.  Bil  A.  maith  no 
soinmech  ut  est  hit  secht  mba  bili  contre  H.  64b.  Bil  A.  soinmech.  ut  dicitur 
hilteneA.  teni soinmech,  etc.  (Corm.  p.  6,  Belltaine  A.  bil  tene  A.  tene soinmech, 
etc.).  —  P.  63.  Cichtae  A.  geihiach  A.  rannaigh.  cicht  script.;  p.  15. 
Cicht  A.  gebiach;  H,  66h.  Cicht  A.geihire  A.  rindaire.  —  P.  63.  Crucchta 
A.  bodba;  p.  12.  Crufechta  A.  hadh  nobôdb ;  H.  6ib.  Cru  A.  bodh.jechta 
A.  cath.  ut  est  cairhidhib  crufechta.  —  P.  63.  Coh  .i.  caomh  no  buaidh.  ut 
est  diag  agena  ro  da  caemmeann  coba;  H.  6-ja  deux  articles,  Cob  .i.  hûaid 
et  Cobhta  .i.  caemna.  ut  est  daig  agena  rocâmon  cobhtha  .i.  hudidchu  A. 
cocmu;  p.  8,  Cob  A.  buàid.  Cobthach  .i.  huadach.  On  fera  la  même  obser- 
vation si  l'on  compare  les  articles  correspondants  Bracht  p.  ^6,  Anfor- 
hracht  (Anfobracht  Corm.  B.)  p.  3,  Anberbracht  H.  75a  entre  eux  et 
avec  la  glose  du  S.  M.  I.  140  di  anhobracht.  D'autre  part,  les  mêmes 
citations  sont  quelquefois  produites  sous  des  titres  différents  :  comme 
p.  63,  Coig  .i.  rùn  no  comairle.  ni  cuala  coig  nduin  no  nuin  (plus  complet 
p.  12  :  Coic  .i.  rùn  ut  Nédi  mac  Adnai  Ni  chualai  coic  nuin  olme  {no 
olmoin)  gaiar gdir) ;  mais  H.  6\b.  Nuin  .i.  olc  ut  est  ni  cuala  coic  nuin  .i. 
ni  cuala  ar  ma  rùn  olc  damh,  tandis  que  Coic  .i.  comairle  se  trouve  illustré 
par  un  autre  exemple,  H.  66c.  —  De  même,  p.  68,  Cealtair  A.  ga  ut 
est  combeodhastar  cealtra  catha  cair  [A.  go  rogonastar  caiar  do  gdiaibh 
catha]  ut  dicitur  diceltair  .i.  crann  ga  gin  iarunn,  abrégé  H.  67a.  Celtair 
A.  gae.  ut  dicitur  diceltair  A.  crann  gin  gae  (et  corrompu  68c.  Diceltair  .i. 
crann  gae)  est  à  comparer  aux  gloses  de  Cormac,  p.  24,  sous  le  titre 
Caire  :  celtra  catha  .i.  gae.  unde  dicitur  diceltair  .i.  crand  gae  cen  iarn  fait 


Observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  477 

dont  la  dernière  partie  [Diceltair]  est  répétée  sous  Carr  .1.  gai^.  (Transi, 
p.  47).  —  Enfin  les  exemples  mêmes  que  O'Dav.  a  de  plus  suffisent 
quelquefois  pour  constater  qu'il  n'a  tiré  ses  gloses  ni  de  Cormac  ni  de  H. 
3,18.  Comparez  ce  que  nous  avons  remarqué  d'abord  sur  Brainnech  (et 
bdlb:,  et  confrontez  les  trois  versions  de  l'article  Dobrith  (p.  79,  p.  1 5^ 
H.  69^21,  oii  O'D.  est  le  plus  riche,  H.  le  plus  maigre,  de  même  que 
sous  Cil  (p.  66,  p.  1 3,  H.  66^1  et  sous  Balla  'p.  $8;  ou  Boll  fp.  6,H.6'^b]. 

Il  en  résulte  que  toute  la  conformité  qui  existe  entre  O'D.  et  les  autres 
glossaires  n'a  son  origine  que  tout  au  plus  dans  une  source  commune 
des  gloses.  Toutefois  nous  ne  devons  pas  négliger  cette  confrontation,  ne 
fût-ce  que  pour  la  correction. 

Quelquefois  les  mêmes  articles  n^existent  pas,  il  est  vrai,  dans  les 
parties  authentiques  de  Cormac,  mais  ils  se  retrouvent  plus  ou  moins 
variés  parmi  les  articles  additionnels  de  B.  Ce  que  nous  avons  déjà  remar- 
qué de  Coibche.  La  même  observation  doit  être  faite  à  l'égard  de  Cuinnbccli 
.i.  fas.  ut  est  cuinnbech  ni  ce  cet  cora,  O'D.  ip.  62],  Cuindfiuch  A.  fas  A. 
cuinnfiuch  ni  co  cet  chura,  B.  ^Transi,  p.  48),  Cuindfech  A.  fas  A.  imech- 
tar  seicheluig  ar  is  fas  on  ut  die itur  cuindfech  ni  co  cet  cura  H.  66c,  où  la 
correspondance  est  à  peu  près  exacte  ^seulement  O'D.  ajoute  une  expli- 
cation de  l'exemplei  ;  ou  de  Criathar  A.  airdhigh  no  tulchuba.  do  daile  fim 
a  criathar,  p.  62,  Creitir  A.  sithal  no  ardig  no  tulchuba  ut  est  dodaile  fim  a 
crethir,  B.  p.  48,  Creither  A.  airdech  a  creatara  A.  Un.  ut  dicitur  dodailed 
fan  icreithir  A.  fin  inardhigh  H.  67a,  où  il  faut  corriger  les  fautes  de 
O'D.  [criathar  tl  dodaile)  d'après  H.;  ou  de  Camper  A.  daghlaoch  no fri 
rec  cathaidhe  ut  est  camper  imgona  imcomlainn,  p.  63,  mais  différemment 
Caimper  A.  coimlonti  A.  fer  is  gnath  ac  imguin  icdin  H.  66^  et  Camper  A. 
comlainnte[ch],  B.  47.  Encore  il  faut  observer  que  la  seconde  citation  de 
l'article  Cucht  :  cid  cneadhach  acuinnsi  cucht  ip.  62)  se  retrouve  dans  B. 
sous  le  titre  :  Cuinsi  A.  drech  ut  dicitur  cid  cnedach  a  cuinsi  cucht  (Transi, 
p.  471  et  un  peu  incomplet  dans  H.  Coindse  A.  drech  ut  dicitur  cid  cnedhach 
a  coinnse,  p.  67a. 

Le  genre  de  la  correspondance  entre  O'D.  et  H.  3,  18,  se  reconnaît 
dans  ces  articles-ci  :  Coicle  A.  folach.  ut  est  nisnimraite  na  coiclc  crich 
cachaenduine  derbhaigh[h]ter,  H.  6\a;  comparez  p.  63.  Coigli  A.  comairli 
ut  est  nisnimraiti  na  coigli  cride  (l'un  des  deux  corrompu  sans  doute).  — 
Ar  is  bé  carna  A.  ben  cuicir.  ar  isandis  carn  diarobhait  .v.  clocha  and,  H. 
61  a;  p.  $6,  Bé  charna  A.  merdrech  ar  diandech  in  ben  cocuicir  is  bé charna. 
jotad  cairn  Aiii.  clocha  clochfair  is  carnn  iarum.  —  Teinn  A.  radhnocana- 
muin  ut  est  fi  inti  notîeinn  no  inti  nostennann  nôscanann  anfer  athcantana 
H.  61a;  comparez  d'abord  p.   120,    Teinn  A.  aisneid  ut  est  cair  cidh  is 


478  observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren. 

idren  inti  fodonagaibh  fo  inti  nodotcinn  A.  nonaisneidhann,  et  puis  p.  121, 
(Teann)  no  Tennadh  J.  canamain  ut  est  isin  focu\  fritimge  Inti  fonacuib  fo 
inti  nodteinn  .i.  canus  jadheoidh  (plus  complet  sous  un  double  rapport). 
—  Tochmastar  .i.  tobhach.  ut  est  cia  îochmastar  fri  ferbafde.H.  62b  ;  p.  121, 
Tochma  À.  tobach.  ut  est  acht  cidh  tochmastar  fri  ferba  fded  {.i.  acht  ani 
ioibges  an  fili  asa  briathraib] .  —  Toigrenn  A.  tobach.  ut  est  Imtogrenn  fir 
encch  firfile  A.  is  eim  toibhghes  an  firfili  an  ni  doberar  tarcenn  einigh  iar  fir 
H.  62b;  p.  121,  Togrinn  A.  tobach  ut  est  Imtogrinn  firenech  A.  is  em  thoibgis 
in  fir  firfili  ini  dobeir  tarcenn  a  enigh  iar  fir.  —  Aithrinne  .i.  laoghbo  .i. 
aithfhrinne  A.  sine,  ut  dixit.  C en gert  ferba  foranasa  aithrinne  -jrl.  H.  63/»; 
p. 48,  Aidhrinne  .i.  laogh  A.  aodhrinne.i.  aithfri  rinne  A.  sine nabô  A.  inlaogh 
(La  citation  omise  se  trouve  p.  94  sous  Gert].  —  Car  A.  cachmbrisc  H  66c; 
p.  64,  Car  .i.  brise,  gno  car  cnam  marbda,  répété  p.  94.  Gno  .i.  cuidbedh. 
Car  .i.  brise,  ut  est  gno  car  cnaim  .m.  —  Dobur  .i.  duabuais  H.  68c;  p.  75, 
Dobur  no  duabur  .i.  duaibsech.  ut  est  Dobur  cuitichta  tegaid  .i.  in  forinn. 
Dii'iclidther  .i.  crenaidthear  H.  6ç)a;  p.  73,  Diuchkd  .i.  cennach.  ut  est 
Diuchlatar  erng  dim  A.  cennaigter  no  adbullaatar  {adbulluatar  ?  St.). — 
Frecomus  A.  imcomarc  ut  dicitur  Atat  da  freccomus  icairde  H.  8ia;  p.  88. 
Frecomus  .i.  coméd  no  fiarfaighe  ut  est  Àta  da  frecomus  icairde  A.  dâ  fir 
coiméd  uais  no  da  frecmairc  isin  gcairde  .i.  na  garmanna  anacail. — Donn  .i. 
ri  H.  69a;  p.  77  (beaucoup  plus  étendu),  Donn  .i.  uasal  no  brilhem  no 
righ  ut  est  luaidh  donn  treb  cura,  etc.  —  Tin  .i.  meith  no  bocc  no  maot[li] 
ut  dicitur  Frisbert  tinu  a  taoib  7  /;/  bi  fri  coilcedh  tinca  H.  79a,  plus  étendu 
cette  fois  que  O'D.  p.  123.  Tin  A.  bog  ut  est  Ni  bu  fri  coilcti  tinca.  — 
Tin  tosach  no  bunad  tindrem  unde  dicitur  tindscetal,  H.  79^;  p.  124  en 
deux  articles  :  Tin  .i.  tosach  no  bunadh,  et  Tinnremh  .i.  tinnsgital.  — 
Coisilset  A.  saltra  7  cosluaidhit  marsin  ut  est  dit  coisilset  fort  fiadhmuine  .i. 
rocosluaidhed  fort  H.  61/^;  p.  74.  Docoislet  no  docoisil[s]et  .i.  dodechsat. 
ut  est  [do'jcoislct  fort  fiadhmuine.  —  Nesa  .i.  tainsium  ut  est  fornesa  ceard 
neicse  doncssa  cerd  niumuis  H.  62b,  séparé  chez  O'D.  p.  8$.  Fornesa  A. 
tainscm.  ut  est  fornesa  cerdne  neicsi  [A.  dobeir  tainsimh  for  eladhain  nanecis] 
et  p.  74.  Doneasla]  .i.  toinnsi  no  tairisid  no  taithnid.  ut  est  donesa  cerd 
caich  no  donaile.  —  Lai  A.  feimed.  ut  est  rolaei  fiadnaise  fair  fuirmed,  H. 
62b;  p.  1 10.  Rôle  .i.  gugad.  rôle  fiadnaise  fair  fuïrme  (A.  gufiadnaise  tis- 
caidh  dire  naire).  —Annon  A.  ébra,  ecclesiaagréic,  convocatio  alaitin,  comto- 
gairm  agaidheilg.  ut  dicitur  ombi  mac  combi  .xx.  tech  friannoine  iadliadh,  H. 
74c;  p.  47.  Annone  .i.  eclais  ut  est  fri  annone  iadhad  [A.  fri  hiadad  na 
hannone]  A.  annone  a  ebra  écclesia  agreig  convocatio  alaitin  comtogairm 
agaidliilg.  —  Une  plus  grande  différence  se  remarque  en  d'autres  articles 
comme  ceux-ci  :  Darb  A.  imat.  ut  est  berid  darb  .i.  herid  imat  inti  acambi 


observations  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  479 

si  itir  eneclann  ocus  log  aisti  H.  62b;  p.  74.  Darba  {.i.  imat)  .1.  cumal 
amail  atbeir  a  cain  techta  bered  darba  muclia  anfis  j.  cumal  0  châch  tareisi. 
—  Cacht  .i.  cumal  .i.  bantraill  H,  66b]  p.  62.  Cacht  .i.  cumal  no  innilt. 
ut  est  secht  cachta  cichsa  crisa.  —  Coindiulg  .i.  cumaid  da  brathar  for 
aonorba.  coindiulg  din  .i.  commaith  ar  nifetar  cia  de  fofaigébed  alaile,  H. 
66c;  p.  67.  Cuindelg  A.  cuma  no  aonta  brathar.  ut  est  forsambia  condelg, 
etc. — Saeghlonn  J.  brelhem  7  senoirj  coloman.  utdicitur,  etc.  (ci-joint  un 
quatrain  d'un  ancien  vocabulaire,  où  une  quatrième  signification  est  re- 
marquée :  saeghlonn  cach  ri  foradiïj,  H.  jSb;  p.  11$.  Saoghlonn  À. 
seanoir  no  colomna.  ut  est  eclaisi  iarsunn  saoghlonn.  no  saoglonn  .i.  brithem. 
ut  est  moraiget  saoglonn. 

Même  dans  les  plus  courts  articles,  où  la  concordance  est  plus  grande 
pour  cela,  il  y  a  des  différences  non-seulement  d'orthographe  (comme 
Tathut  .i.  ata  ocut,  Tathum  .i.  ata  ogum  H.  79a  contre  Tathat  .i.  ata  agat, 
Tathum  .i.  ata  agam,  p.  1241,  mais  aussi  de  quelque  importance.  C'est 
ainsi  que  nous  lisons  H.  6Sb  simplement  Comrurga  J.  seachrdn,  tandis 
qu'O'D.  a  conservé  évidemment  la  forme  grammaticale  employée  dans 
le  texte  glosé  :  Tre  comrorgain  J.  tre  sechran,  p.  125.  Que  l'on  compare 
encore  cet  article  :  Cuirrech  imorro  dorada  fri  gach  seiscenn  .i.  cora  segait 
ind,  H.  68^1,  avec  O'D.  p.  64.  Currach  et  p.  1 1 1.  Riasc. 

Quant  à  la  concordance  entre  O'D.  et  Cormac  ià  part  les  citations  des 
poèmes  et  des  Bretha  Nemed,  dont  mention  a  été  faite  plus  haut)  il  suffira 
ici  de  donner  les  titres  des  articles  :  Arg,  p.  48,  tout  concis  (de  même 
que  H.  63a),  p.  2  avec  un  long  exposé;  Crumdub,  p.  63  un  peu  plus 
large  que  Crumduma,  p.  13;  Mann,  p.  104,  un  peu  plus  court  que  Mand, 
p.  29;  Mcilèi  peu  près  conforme  p.  106  et  p.  29;  Othna,  p.  109  peu 
différent  de  Adba  othnoe,  p.  $  ;  mais  Muirenn  traité  tout-à-fait  différem- 
ment, p.  105  et  29. 

Cependant  il  ne  suffit  pas  de  confronter  les  articles  entiers  d'après  les 
glossaires;  il  faut  aussi  comparer  les  citations  qui  se  retrouvent  sous  des 
titres  différents.  Voici  donc  les  résultats  gagnés  jusqu'ici  à  cette  com- 
paraison. Des  passages  cités  dans  H.  3,  18,  ar  ni  haidbriugh  forfot 
forlengar  fordilsi  '6ia\  ne  se  trouve  pas  sous  Aidbriudh,  p.  49,  mais  sous 
Forfotha  p.  89  après  les  mots  no  foth  .i.  demin  ;  ut  est  ar  ni  aidbriudh  for 
foth  forlengar  fordilsi.  La  citation  sous  Ni  .i.  olc.  ut  est  arsaidh  ni  dicenn 
[.i.  astar  olc  do  neoch  anglam  dicend],  H.  6\b,  est  répétée  (sans  la  glose) 
sous  Arsaidh  .i.  dighal,  p.  48.  Ce  qui  est  cité  sous  Mengul  J.  anart.  ut 
dicitur.  biadh  noud  mengach  mengul^  H.  72c,  est  proféré  comme  exemple 
de  Nodh  no  noudh  {.i.  teghdhais  no  durtach)  ut  est  biadh  nodh  menglach 
midhcuarta,  p.  107.  Le  passage  inloilig  (ou  inlolaig]  seithir  selba  existe 
sous  les  titres  Seithir,  H.  74(2  et  Inlolaigh,  p.  99. 


480  observations  sur  le  Glossaire  d^O'Davoren. 

Parmi  les  citations  de  Cormac  nous  rexrouvons  forôlltar  findoirbed  felc 
fût  (p.  19,  Felc]  pour  forualatar  findairbid  file  fill  (M'F.),  p.  83  (Forua- 
latar);  tuile  mara  muirne  (p.  10$,  Muirenn)  est  complété  sous  Tuirigin 
(selon  la  leçon  de  B.)  Corm.  Transi,  p.  i  $8;  au  contraire  art  fine  (p.  2, 
Art]  est  illustré  par  un  exemple  p.  72  (sous  Coimdi],  de  même  que  argeind 
(p.  2,  Arg]  sous  le  titre  Airginn,  p.  48. 

Enfin,  dans  O'Davoren  même,  il  y  a  assez  de  répétitions  qui  sont  d'une 
grande  valeur  aussi  bien  pour  l'interprétation  que  pour  la  correction  du 
texte.  Passant  sur  les  articles  et  les  citations  dont  nous  avons  fait  mention 
plus  haut,  soit  dans  l'introduction,  soit  à  propos  des  sources,  nous  signa- 
lons les  passages  suivants  :  Aill  iorla  très  tochuired,  p.  48  [Aill]  et  p.  121 
[Torla].  —  Cia  aithem  éo,  p.  48  [Accais]  et  81  (fîo).  —  Comsanugud  \on 
cumsanad]  accais,  p.  48  [Accais]  et  64  [Cumsanadh] .  —  Aithamail  altain, 
p.  53  [Aith]  et  $4  (.4/;).  —  Ni  hara  nad  imrola  (avec  la  glose),  p.  $5 
[Ara]  et  100  [Imrola].  —  Fuil  midig  (ou  medaig]  techta  occ  na  hardbenar 
ait  né  feth,  p,  5  5  [Airdbe]  et  60  [Ben).  —  Gle  is  fiu  cosmail condelg  mberla, 
p.  62  [Coindealg]  et  84  [Fiu\.  — Sochla  triar  ara  clith  deux  fois  sous  Clith, 
p.  62  et  64,  une  troisième  fois  (varié  arcleith],  p.  1 1 5  sous  Sochla. —  Di- 
gnad  cacha  galair ,  p.  74  et  78  [Digna,  Dignad]. —  Trenferfùrnafirladar, 
p.  84  [Fûr]^  p.  100  [Ladar],  où  l'article  est  répété  presque  entièrement. 
—  Ferid  insci  di  na  rochair  arru,  p.  86  [Feraid]  et  98  [Inscï]. — Fer  iin[us] 
fuich  cis  flaîha,  p.  83  [Fuich]  deux  fois  (comme  tout  l'article).  —  Aineach 
fria  ninde,  p.  99  [Inde]  et  108  [Ninne^.  —  Cotuidet  neime  niuil  truim 
(M'F.),  p.  107  iVe'/ et  120  Trom.  — Cotriagfiiher  amail  ribar,  p.  iio 
[Ribar]  et  112  [Riagha).  —  Og  rerceirce  ceithre  ordlaige  a  thimchomac, 
p.  112  [Rercerc]  et  118  [Sallann],  —  Raith  cen  imderinn  flatha,  p.  78 
Derinn,  plus  complet  p.  99  Imderinn.  —  Ni  comraite  do  dia  nindiche, 
p.  63  [Comraiti  .i.  duthracht]  se  trouve  sans  doute  répété  p.  98  [Indich 
./.  aithne],  même  avec  une  partie  de  la  glose,  sinon  que  duthracht  a  été 
substitué  au  lieu  de  comraite.  —  Ajoutez  les  titres  Ben  forblai  buire  (ou 
buirig],  p.  58-61  et  Mathad,  p,  105-107,  de  même  que  l'explication  de 
Forrusc,  p.  87,  répétée  sous  Fechtaine,  p.  89;  notez  l'explication  de  mac 
toimden  (p.  49,  Aill]  donnée  p.  123  sous  Toimdi  [Toimîiu] ,  h ^lose ainccs 
i.  ingndthach  (p.  64.  Ceas)  répétée  sous  Galar,  p.  95,  la  répétition  de 
oinberach  (p.  60,  Berach)  p.  71  sous  Cowge/^aid,  enfin  la  double  interpré- 
tation de  Coimde  p.  63  [.i.  dabach]  et  coimdi  p.  72  (./.  minic  no  gnathach] 
à  propos  de  la  phrase  coimde  tin,  répétée  sous  les  deux  titres. 

Je  finis  par  signaler  quelques  concordances  dont  je  ne  suis  pas  tout-à- 
fait  certain,  ou  qui  demandent  une  correction  notable.  D'abord  Bla  dét, 
que  nous  rencontrons  deux  fois  (p.  56  Bla  .i.  buidlie,  p.  72  Donn  .i. 
dub],  se  réfère,  à  ce  qu'il  me  semble,  au  même  passage;  j'ai  la  même 


Obscrxaiions  sur  le  Glossaire  d'O'Davoren.  481 

pensée  sur  Atnora  ugdair  (p.  47  Aînora)  et  Adnoire  udair  fp.  124  Udaf\, 
quoiqu'il  faille  supposer  pour  cela  une  grave  corruption  dans  les  deux 
endroits;  pour  Ailiu  laitli  (p.  103  Luascach  et  p.  104  Meildi,  une  simple 
omission  suffirait.  Puis,  la  citation  sous  Cleath  p.  70  est  sans  doute  iden- 
tique à  celle  de  p.  114  [Sruth]  :  bé  sues  sruîh  (ou  srotha]  coctlia  forcûlu; 
de  même  que  l'exemple  de  fuilget  À.  Idm  (sous  Fuilngenn  p.  8$)  se  cor- 
rige d'après  celui  qui  est  donné  p.  108  [Nin]  :  nib  cocennfian  fuilget.  Enfin 
le  passage  Anas  gurma  rudrad  rig  rogormad  glôir  (p.  94  Gorm]  est  à  peine 
à  séparer  de  celui-ci  :  Inas  gorina  [?]  rudrach  rig  -jrl.  (p.  1 10  Rudrach)  ; 
mais  comment  en  faire  la  restitution  ? 

Cette  exposition  s'est  faite  un  peu  longue,  même  plus  longue  que  je 
ne  l'avais  prévu  ;  toutefois,  j'ose  espérer  qu'elle  n'est  pas  trop  longue 
pour  l'importance  du  sujet.  Puisse-t-elle  attirer  de  nouveau  sur  ce  Glos- 
saire les  regards  de  savants  irlandais  tels  que  M.  Hennessy  et  M.  Stokes 
lui-même,  pour  que  les  observations  faites  ici  soient  poursuivies  et  com- 
plétées au  point  que  la  richesse  de  ces  glossaires  puisse  être  mise  à 
profit. 

H.  Ebel. 
Janvier  1875. 


MÉLANGES. 


PILGRIMAGE  OF  AN   HUNGARIAN  NOBLEMAN 

TO    ST.    PATRICK'S   PURGATORY. 

During  the  i4th  century,  St.  Patrick's  Purgatory  was  among  the 
most  celebrated  pilgrimages  of  Europe.  In  his  learned  essay  on  that 
curious  legend,  Mr.  Thomas  Wright  has  quoted  testimonials  given  by 
English  kings  to  foreign  pilgrims,  who  wished  to  take  home  an  officiai 
proof  of  their  holy  journey.  «  On  the  patent  rolls  in  the  Tower  of  Lon- 
don,  under  the  year  1358,  we  hâve  an  instance  of  testimonials  given 
by  the  king  (Edward  III)  on  the  same  day,  to  two  distinguished  forei- 
gners,  one  a  noble  Hungarian^  the  other  a  Lombard,  of  their  having 
faithfully  performed  this  pilgrimage.  »  This  Hungarian  is  called  «  nobilis 
vir  Malatesta  Ungarus  de  Arminio  [?]  miles  »  in  the  testimonial  '.  Mala- 
testd  is  probably  a  translation  of  the  Hungarian  name  which  soundedtoo 
strangely  for  English  ears. 

In  the  same  century  another  Hungarian  nobleman  went  to  Ireland  to 
perform  the  same  penance,  and  an  account  of  his  travels  and  of  his 
visions  has  been  preserved.  An  Hungarian  scholar,  Mr.  Francis  Toldy 
has  read  a  notice  on  the  matter  before  the  Hungarian  Historical  Society, 
in  april  1871  ^d  his  paper  has  been  published  in  the  proceedings  of  the 
Society  2.  One  of  the  very  few  French  philologists  acquainted  with  the 
Magyar  language,  D^  Edward  Sayous,  has  kindly  translated  for  us  this 
Hungarian  essay  and  enabled  us  to  bring  the  folio wing  facts  before  our 
readers. 

A  Latin  version  of  this  pilgrimage  is  preserved  in  two  mss.  ;  one  is  in 
a  Codex  Asceîicus  (XVth  century)  at  the   Impérial  Library  at  Vienna 

1.  The  Testimonial  is  reprinted  in  Mr.  Th.  Wright's  St  Patrick's  Purgatory,  p.  i}J, 
n.,  from  the  h'œdera,  vol.  111,  part  I,  p.  174. 

2,  Szazadok,  a  Magyar  tœrténelmi  tarsiilat  Kcezltcnye,  avril  1871,  p.  229-247. 


Pilgrimage  of  an  Hnngarian  Nobleman.  483 

n°  1 598:  Incipit  registrum  de  pargatorio  sancti  patricii,  and  has  been  men- 
tioned  already  by  Denis  (Cod.  mss.  Theol.  Bibliothec£  Palat.  Vind.  I, 
part  II,  p.  639).  The  other  is  preserved  in  the  Bénédictine  monastery 
at  Meik  :  Incipit  prologus  cuiusdam  Georgii  qui  fuit  in  purgatorio  Sancti 
Patricii  anno  domini  M.  CGC.  LUI".  Amen;  it  fills  p.  185-266  of  a  4toms. 
that  is  notfurther  described.  According  to  Montfaucon  (Bibl.  mss.  I, 
i6)oneofthemss.  of  Queen  Christine  nowat  the  Vatican  n°  122,  contains 
a  German  version  of  the  same  woric  :  Peregrinatio  Georgii  Equitis  Unga- 
rici  et  de  Purgatorio^  germanice  scripta.  Mr.  Toldy  has  made  use  of  the 
two  mss.  of  the  Latin  version  only.  The  Melk  ms.  has  been  compiled  in 
141 4  as  appears  from  a  colophon  of  the  scribe  and  contains  a  more  récent 
version  of  the  pilgrimage.  The  Vienna  ms.  has  the  original  version, 
vritten  not  by  George  himself,  but  by  some  priest  or  monk  who  must 
hâve  taken  down  his  narrative. 

George  was  born  in  the  year  M  29;  he  was  son  of  an  Earl  of  Crissa- 
phan,  a  high  Hungarian  nobleman,  whose  narae  is  mentioned  nowhere 
but  in  this  narrative.  He  went  to  Naples  like  many  other  Hungarians 
with  king  Lewis  of  Hungary  and  made  himself  conspicuous  by  his  talents 
and  his  cruelty.  Before  24  years  of  âge,  he  had  already  committed  250 
murders,  and  many  other  sins.  So  either  to  avoid  being  punished  by  the 
king,  or  feeling  repentant,  he  decided  to  go  to  Rome  to  confess  his  sins. 
He  went  there  on  foot,  with  only  one  servant.  According  to  the  Viennese 
ms.  he  was  at  Saint  James  of  Galice,  where  he  had  been  sent  from  Rome 
to  pass  six  months  of  an  hermit's  life,  when  he  heard  of  St.  Patrick's  pur- 
gatory.  He  resolved  to  go  thither. 

Mr.  Toldy  has  given  in  his  notes  some  chapters  of  the  narrative  con- 
taining  the  visions  George  had  in  the  Purgatory.  They  are  edifying,  but 
without  interest,  and  hâve  no  bearing  on  St.  Patrick^s  purgatory  itself. 
When  he  went  away,  Richard,  Archbishop  of  Armagh',  delivered  him  a 
letter  to  testify  his  pilgrimage:  « Laudabiiiter  fecit  percgrinacionem  eiusdem 
purgaîorii  iusta  ordinem  et  regulam  cenobii  nostri,  in  quo  qnidem  purgatorio 
diversa  tormenta  fuit  passus,  et  post  eadem  tormenta  sanctus  Michhael  archan- 
gelus  sibi  apparuit  et  secum  per  unam  dietam  naturalem  permansit,  et  ipsum 
Georgium  cum  suo  corpore  humano  finaliter  perduxit...  quoniam  nobis  ad 
plénum  constat  de  consclencia  dicti  Georgii  et  de  confesslone  élus.  Audlta 
namque  confesslone  élus,  Ipsum  auctorltate  sancti  Patricii  et  ordlnls  absolulmus, 
et  sic  Ipsum  absolutum  Ire  permlslmus,  et  Intrare  puteum  et  scalani  putealem, 
et  profundam  valde,  de  qua  descendltur  ad  purgatorlum  sancti  Patricii,  et  sic 

I.  We  hâve  not  at  hand  a  list  of  the  Archbishops  of  Armagh,  but  we  doubt  whether 
the  Germanie  name  Richard  had  so  early  penetred  into  Ireland. 


484  Superstitions  de  la  Basse-Bretagne  au  XVIh  siècle. 

ipsutn,  tanquam  illum,  qui  veraciter  dictum  purgatorium  et  quam  plurima 
mirahilia  vedit,  vobis  remittimus,  etc.  »  The  letter  has  the  date  «  in  crastino 
s.  Nicolai  Episcopi  anno  domini  M.  ccc.  lui,  »  viz.  December  7,  nj?. 
We  hâve  in  this  narrative  a  new  proof  of  the  faroe  which  brought  emi- 
nent  and  repenting  sinners  to  that  wonder  of  médiéval  Ireland,  St.  Pa- 
trick's  Purgatory. 

H.  Gaidoz. 

SUPERSTITIONS  DE    LA  BASSE-BRETAGNE  AU  XYII^  SIÈCLE. 

[Récemment,  en  lisant  la  Vie  de  Monsieur  le  Noblct:,  Prestre  et  Missionnaire 
de  Bretagne  (Paris,  M.  DC.  LXVI,  in- 12  de  568  pages,  plus  LXIV  non  numé- 
rotées), j'ai  trouvé  mention  (p.  183-187)  de  quelques-unes  des  superstitions  qui 
régnaient  en  Basse-Bretagne  dans  la  première  moitié  du  XVII*^  siècle.  Comme 
ces  pages,  perdues  pour  ainsi  parler  dans  la  Vie  de  M.  le  Nobletz,  peuvent,  en  y 
restant,  échapper  à  l'attention  des  savants  qui  s'occupent  de  mythologie  com- 
parée, nous  croyons  utile  de  les  reproduire  ici  comme  document.  —  H.  G.] 

Il  se  sentit  une  ardeur  toute  nouvelle  pour  le  salut  des  âmes  des 
pauvres  villageois,  qui  pouvoit  luy  suffire  avec  la  grâce  dont  la  bonté  de 
Dieu  le  remplissoit,  pour  porter  par  tout  la  lumière  et  la  ferveur  de 
nostre  sainte  Religion.  Il  y  estoit  aussi  convié  par  le  désir  qu'ils  témoi- 
gnoient  d'estre  instruits,  et  par  l'extrême  besoin  qu'ils  en  avoient.  Outre 
l'ignorance  universelle  qui  regnoit  parmi  eux  [en  Cornouaille]  et  qui 
estoit  commune  à  tout  le  reste  des  peuples  de  Basse-Bretagne ,  il  y 
trouva  un  grand  nombre  de  desordres  et  de  superstitions,  qui  luy  tirèrent 
souvent  les  larmes  des  yeux,  et  qui  le  pressoient  incessamment  d'une 
sainte  impatience  d'avancer  dans  les  instructions  qu'il  leur  donnoit. 

On  jugera  aisément  de  l'estat  pitoyable  où  estoient  ces  pauvres 
peuples,  par  quelques-unes  de  leurs  erreurs  grossières  et  de  leurs  coi^i- 
tumes  pernicieuses,  que  je  puis  icy  rapporter,  les  choisissant  parmi  une 
infinité  d'autres  qui  ne  les  rendoient  pas  moins  dignes  de  compassion 
que  celles-cy. 

Il  se  trouvoit  des  femmes  en  grand  nombre,  qui  balioient  soigneuse- 
ment la  Chapelle  la  plus  proche  de  leur  village,  et  en  ayant  ramassé  la 
poussière,  la  jettoient  en  l'air,  afin  d'avoir  le  vent  favorable  pour  le 
retour  de  leurs  maris  ou  de  leurs  enfans  qui  estoient  sur  mer. 

Il  y  en  avoit  d'autres  qui  prenoient  les  images  des  Saints  dans  les 
mesmes  Chapelles,  et  qui  les  menaçoient  de  toutes  sortes  de  mauvais 
traitemens,  s'ils  ne  leur  accordoient  le  retour  prompt  et  heureux  des 
personnes  qui  leur  estoient  chères;  et  elles  executoient  en  effet  leurs 


Superstitions  de  la  Basse-Bretagne  au  XVI I^  siècle.  485 

menaces,  fouettant  ces  saintes  images,  ou  les  mettant  dans  l'eau,  quand 
elles  n'en  obtenoient  pas  tout  ce  qu'elles  pretendoient. 

Quelques-uns  jettoient  dans  le  champ  un  trépied  ou  un  couteau  cro- 
chu, pour  empêcher  que  les  loups  n'endommageassent  leur  bestail, 
quand  il  estoit  égaré. 

On  en  voyoit  plusieurs  qui  avoient  grand  soin  de  vuider  toute  l'eau 
qui  se  trouvoit  dans  une  maison,  quand  quelqu'un  y  estoit  decedé,  de 
peur  que  l'ame  du  défunt  ne  s'y  noyât;  et  qui  mettoient  des  pierres 
auprès  du  feu,  que  chaque  famille  a  coustume  d'allumer  la  veille  de  la 
feste  de  saint  lean-Baptiste,  afm  que  leurs  pères  et  leurs  ancestres 
vinssent  s'y  chaufer  à  l'aise. 

On  soufïroit  en  quantité  d'endroits  que  les  jeunes  gens  des  deux  sexes 
dansassent  durant  une  partie  de  la  nuit  dans  les  Chapelles,  qui  sont  en 
ce  pais  en  grand  nombre  à  la  campagne  ;  et  l'on  eust  presque  crû  com- 
mettre quelque  sorte  d'impiété  de  les  empescher  de  célébrer  les  festes 
des  Saints,  d'une  manière  si  profane  et  si  dangereuse. 

C'estoit  dans  ces  mesmes  lieux  une  coustume  receuë  de  se  mettre  à 
genoux  devant  la  nouvelle  lune,  et  de  dire  l'Oraison  Dominicale  en  son 
honneur:  c'en  estoit  une  aussi  de  faire  le  premier  jour  de  l'an,  une  espèce 
de  sacrifices  aux  fontaines  publiques,  chacun  offrant  un  morceau  de 
pain  couvert  de  beure  à  celle  de  son  village.  Ils  faisoient  encore  ailleurs 
au  mesme  ^our  à  ces  fontaines,  les  offrandes  d'autant  de  pièces  de  pain 
qu'il  y  avoit  de  personnes  dans  leurs  familles,  jugeant  de  ceux  qui 
dévoient  mourir  cette  année  là,  par  la  manière  dont  ils  voyoient  flotter 
sur  l'eau,  les  morceaux  qu'ils  avoient  jettez  en  leur  nom. 

Mais  les  offrandes  que  plusieurs  faisoient  au  malin  esprit,  estoient 
bien  plus  abominables  :  Ces  pauvres  gens  pensant  aussi  bien  que  les 
Manichéens,  qu'il  y  eust  deux  differens  principes  des  bonnes  choses  et 
des  mauvaises,  croyoient  que  comme  Dieu  avoit  fait  le  froment  et  le 
seigle,  le  diable  avoit  produit  le  bled  noir  ou  sarrazin,  de  manière 
qu'après  avoir  fait  la  récolte  de  cette  dernière  sorte  de  grains,  dont  se 
nourrissent  les  plus  pauvres  de  quelques  Provinces  du  Royaume,  ils  en 
jettoient  plusieurs  poignées  dans  les  fossez,  qui  bornoient  les  champs, 
d'où  ils  les  avoient  recueillis,  pour  en  faire  présent  à  celuy  à  qui  ils 
s'imaginoient  en  avoir  l'obligation. 

Il  se  trouvoit  des  Prestres  également  ignorans  et  vicieux,  qui  se  lais- 
soient  eux-mesmes  aller  à  ces  superstitions  du  peuple,  au  lieu  de  les 
empescher,  ou  qui  du  moins  les  toleroient  autant  qu'ils  en  pouvoient 
tirer  quelque  utilité.  Ils  leur  faisoient  croire,  que  la  guerison  et  les  mala- 
dies des  hommes  et  des  bestes  dependoient  d'eux,  et  il  n'y  avait  point 
Rev.  Cclt.  Il  3  3 


486  Les  Celtes  et  les  Éléphants. 

de  maux  dont  ils  n'entreprissent  de  les  délivrer  pour  de  l'argent,  par 
des  exorcismes  apocryphes,  qui  avoient  apparemment  esté  composez  par 
quelques  Magiciens. 

Plusieurs  qui  ne  se  servoient  pas  de  ces  exorcismes  inutiles  ou  impies, 
abusoient  de  la  coutume  louable  des  Chrestiens,  d'offrir  neuf  jours  de 
suite  le  Sacrifice  auguste  de  la  Messe,  pour  implorer  dans  leurs  besoins 
la  miséricorde  du  Ciel.  Ils  persuadoient  aux  pauvres  villageois  que  leur 
grand-pere  ou  quelque  autre  de  leurs  parens  decedé,  avoit  frapé  leurs 
bestes,  si  elles  estoient  malades,  ou  qu'il  les  fraperoit  et  les  rendroit 
malades  si  elles  ne  l'estoient  pas,  et  que  pour  faire  cesser  ou  prévenir 
ce  malheur,  il  faloit  appaiser  ces  redoutables  défunts  par  ce  nombre 
consacré  par  la  pieté  de  nos  ancestres  et  par  la  coutume  de  l'Eglise,  de 
neuf  Messes  consécutives,  que  la  crainte  de  ces  pauvres  gens  leur  faisoit 
payer  plus  libéralement  qu'à  l'ordinaire,  et  que  l'avarice  de  ces  Prestres 
leur  faisoit  par  cette  mesme  raison  conseiller  avec  plus  d'empressement. 

Quand  quelqu'un  de  ces  mal-heureux  Prestres  s'estoit  rendu  plus 
habile  à  séduire  le  peuple  par  les  faux  exorcismes,  et  par  un  grand 
nombre  d'autres  superstitions,  il  acqueroit  beaucoup  de  crédit  dans  le 
pays  ;  et  il  y  en  avoit  qui  s'estoient  rendus  si  considérables  par  ces  arti- 
fices horribles,  qu'on  venoit  de  tous  costez,  de  vingt  et  de  trente  lieues 
loin,  les  consulter  comme  des  oracles,  dont  on  devoit  attendre  toute 
sorte  de  secours  et  de  bon  conseil.  Vn  volume  entier  ne  suffiroit  pas  pour 
rapporter  toutes  les  superstitions  grossières,  et  toutes  les  illusions,  dont 
l'esprit  de  mensonge  trompoit  les  esprits  foibles  de  ces  pauvres  peuples. 


LES  CELTES  ET  LES  ÉLÉPHANTS. 

Dans  le  cours  d'une  étude  sur  l'emploi  des  éléphants  à  la  guerre'  nous 
avons  rencontré  la  mention  de  combats  où  les  anciens  Celtes  ont  eu  à 
combattre  des  éléphants.  Peut-être  trouvera-t-on  quelque  intérêt  de 
curiosité  à  trouver  relatés  ici  les  rapports  historiques  des  deux  races. 

La  première  fois  que  les  Gaulois  virent  des  éléphants  fut  sans  doute 
lorsqu'Annibal,  parti  d'Espagne,  traversa  la  Gaule  pour  aller  frapper  au 
cœur  fil  l'espérait  du  moins)  la  puissance  Romaine  (218  av.  J.-C). 
Annibal  avait  environ  40  éléphants  lorsqu'il  quitta  l'Espagne;  il  en  avait 
37  lorsqu'il  arriva  aux  bords  du  Rhône.  Les  Gaulois  lui  disputèrent  le 
passage  de  ce  fleuve  et  les  éléphants  figurèrent  sans  doute  dans  le  combat 

I.  Les  éléphants  d  la  guerre,  de  leur  emploi  dans  les  armées  modernes,  dans  la  Revue 
des  Deux-Mondes,  du  i"'  août  1874. 


Les  Celtes  et  les  Éléphants.  487 

où  Annibal  défit  les  Gaulois.  Tite-Live  et  Polybe  racontent  les  diffi- 
cultés que  le  général  carthaginois  eut  à  transporter  au-delà  du  fleuve  ses 
monstrueux  auxiliaires.  Un  peu  plus  loin,  dans  cette  traversée  des  Alpes 
accomplie  eri  plein  mois  de  novembre  et  qui  fait  tant  d'honneur  à  l'au- 
dace et  à  la  ténacité  d'Annibal,  celui-ci  se  servit  de  ses  éléphants  pour 
effrayer  les  tribus  montagnardes  qui  essayaient  de  lui  barrer  le  passage. 
M.  Edouard  Aubert,  dans  son  intéressant  ouvrage  sur  la  vallée  d'Aoste 
(Paris,  18601,  assure  qu'au  commencement  de  ce  siècle  on  aurait  décou- 
vert au  petit  Saint-Bernard  un  squelette  d'éléphant.  Il  tenait  ce  dire  de 
gens  du  pays,  mais  la  pièce  de  conviction,  c'est-à-dire  le  squelette,  a 
disparu.  Si  ce  fait  pouvait  être  confirmé,  il  fixerait  définitivement  au 
petit  Saint-Bernard  la  route  suivie  par  Annibal,  route  sur  laquelle  les 
archéologues  sont  loin  d'être  d'accord. 

Les  Gaulois  avaient  sans  doute  oublié  les  éléphants  d'Annibal  quand 
ils  eurent  à  combattre  ceux  de  Rome.  En  effet  les  Romains  avaient 
emprunté  aux  Carthaginois  l'emploi  de  ces  animaux  qui  figurèrent  dans 
mainte  expédition  de  leurs  généraux.  En  Gaule  ils  ne  semblent  en  avoir 
fait  usage  qu'une  seule  fois;  ce  fut  dans  leur  première  expédition  de 
l'autre  côté  des  Alpes,  à  la  fin  du  second  siècle  avant  l'ère  chrétienne,  expé- 
dition conduite  par  le  proconsul  Domitius  Ahenobarbus,  un  des  ancêtres 
de  Néron.  Les  Gaulois,  Arvernes  et  Allobroges,  étaient  commandés  par 
Bituitus,  chef  des  Arvernes  ;  le  combat  eut  lieu  près  du  confluent  du  Rhône 
et  delà  Sorgue  (122  ou  121  av.  J.-C.).  Les  éléphants  jetèrent  le  désordre 
dans  les  rangs  des  Gaulois  qui  pour  la  première  fois  voyaient  ces  gigan- 
tesques animaux  et  qui  ne  connaissaient  pas  encore  le  moyen  de  les  com- 
battre; ils  jetèrent  surtout  le  désordre  dans  la  cavalerie  gauloise. 
«  Effrayés  par  la  vue  nouvelle  pour  eux  des  éléphants,  dit  Paul  Orose, 
les  chevaux  des  ennemis  et  les  ennemis  prirent  la  fuite.  »  Cette  journée 
fut  un  désastre  pour  les  Gaulois,  et  Domitius  fut  si  fier  de  sa  victoire' 
qu'il  parcourut  toute  la  province  en  triomphe,  monté  sur  un  éléphant 
(Suétone,  Néron,  ch.  II).  Dans  une  seconde  défaite  infligée  aux  Gaulois 
par  la  même  armée,  près  du  confluent  du  Rhône  et  de  l'Isère,  la  charge 
des  éléphants  décida  encore  du  succès  de  la  bataille.  —  Quand  on  ren- 
contre dans  la  France  méridionale  ou  dans  les  Alpes  des  ossements  d'élé- 
phants, il  peut  être  téméraire  de  les  faire  remonter  à  l'époque  quater- 
naire ou  à  l'époque  tertiaire,  car  plus  d'un  éléphant,  parmi  ceux  d'Anni- 
bal et  de  Domitius  Ahenobarbus,  a  laissé  ses  os  sur  notre  sol. 

C'est  sans  doute  à  cette  campagne  de  Domitius  Ahenobarbus  que  se 
rattache  l'histoire  de  l'éléphant  savant  mentionnée  par  Pline.  «  Mucia- 
nus,  trois  fois  consul,  rapporte  qu'un  éléphant  avait  appris  à  tracer  les 


488  Les  Celtes  et  les  Eléphants. 

caractères  grecs,  et  qu'on  lui  faisait  écrire  en  cette  langue  ces  mots-ci  : 
C'est  moi  qui  ai  écrit  ces  mots  et  consacré  les  dépouilles  celtiques  »  (Pline, 
Hist.  nat.,  viii,  3).  Quand  cet  éléphant  écrivait  cette  déclaration  victo- 
rieuse, on  lui  guidait  sans  doute  la  trompe  comme  on  guide  la  main  aux 
enfants  qui  tracent  leurs  premières  lettres.  Il  est  malheureux  que  cette 
inscription  éléphantine  n'ait  pas  été  conservée;  ce  serait  un  des  plus 
anciens  monuments  de  notre  histoire. 

César  employa-t-il  des  éléphants  dans  sa  guerre  des  Gaules.?  Il  n'en 
dit  rien,  et  la  chose  est  d'autant  moins  probable  que  César  ne  semble 
pas  avoir  fait  grand  cas  des  éléphants  à  la  guerre.  Néanmoins  l'expé- 
dition qu'il  préparait  contre  les  Parthes  lorsqu'il  fut  assassiné  devait 
comprendre  un  train  d'éléphants  et  plusieurs  convois  de  ces  ani- 
maux avaient  déjà  été  dirigés  sur  le  port  de  Brindes  où  ils  devaient  s'em- 
barquer avec  le  reste  de  l'armée.  Si  le  type  de  l'éléphant  figure  sur 
ses  médailles,  c'est  en  souvenir  des  éléphants  de  l'armée  pompéienne 
vaincue  en  Afrique.  Malgré  le  silence  que  César  garde  dans  ses  com- 
mentaires, il  aurait  eu  néanmoins  des  éléphants  dans  son  armée,  au 
moins  dans  son  expédition  de  Grande-Bretagne,  s'il  faut  en  croire  Polyen 
dans  ses  Stratagèmes  (VIII,  25).  «  César  étant  dans  l'île  de  Bretagne, 
voulait  passer  un  grand  fleuve.  Cassivellaunus,  roi  des  Bretons,  s'oppo- 
sait au  passage  avec  une  cavalerie  nombreuse  et  beaucoup  de  chariots. 
César  avait  un  très-grand  éléphant,  animal  que  les  Bretons  n'avaient 
jamais  vu.  Il  l'arma  d'écaillés  de  fer,  lui  mit  sur  le  dos  une  grande  tour 
garnie  de  gens  de  trait  et  de  frondeurs,  tous  adroits,  et  les  fit  avancer 
dans  le  fleuve.  Les  Bretons  furent  frappés  d'étonnement  à  l'aspect  d'une 
bête  si  énorme  qui  leur  était  inconnue.  Et  qu'est-il  besoin  de  dire  que 
leurs  chevaux  en  furent  effrayés,  puisqu'on  sait  que  parmi  les  Grecs 
même,  la  vue  d'un  éléphant  nu  fait  fuir  les  chevaux.?  A  plus  forte  rai- 
son ceux  des  Barbares  ne  purent  supporter  la  vue  d'un  éléphant  armé 
et  chargé  d'une  tour  d'où  volaient  des  pierres  et  des  traits.  Bretons, 
chevaux  et  chariots,  tout  cela  prit  la  fuite,  et  les  Romains,  par  le 
moyen  de  la  terreur  que  donna  un  seul  animal,  passèrent  le  fleuve 
sans  danger.  » 

Par  un  singulier  contraste,  les  descendants  de  ces  Bretons,  les  An- 
glais, sont  aujourd'hui  la  seule  puissance  européenne  qui  ait  des  éléphants 
dans  son  armée.  On  les  emploie  pour  traîner  des  canons  d'un  calibre 
jusqu'ici  inusité  en  campagne  et  l'armée  anglaise  de  l'Inde  compte  deux 
batteries  de  ce  genre'.  C'est  la  revanche  des  Celtes  sur  les  Éléphants. 

H.  Gaidoz. 

I.  Pour  plus  de  détails  voir  l'article  de  la  Revue  des  Deux-Mondes  cité  plus  haut. 


The  ancient  Irish  Goddess  of  Wax.  489 

THE  ANCIENT  IRISH  GODDESS  OF  WAR. 


CORRECTIONS   AND   ADDITIONS'. 

To  Mr.  Hennessy  every  student  of  the  early  Irish  literature,  language 
and  mythology  is  deeply  indebted.  He  has  so  much  of  the  spirit  of  a 
true  scholar,  that  I  am  sure  I  cannot  lighten  my  obligations  more 
agreeably  to  himself  than  by  correcting  a  few  slips  in  his  paper  on  the 
Ancient  Irish  Goddess  of  War,  Revue.  Celtique,  i,  32-57  : 
p.  35,   'Cormac  states  that  Fea  meant  everything  most  hateful.' The 

word  thus  explained  by  Cormac  is  fé  : 
In  p.  39,  amaiie  is  rendered  by  'idiots,'  and,  lower  down,  amati  adgaill 
is  rendered  by  ''witches.'  At  p.  50,  Mr.  Hennessy,  quoting  LL. 
77a.  I,  and  again  thinking  probably  of  onmil  'oaf/  says  that  Cû- 
chulainn  meets  'three  female  idiots  blind  of  the  left  eye,'  teora  ammiti 
tuathchaecha.  The  nom.  sg.  is  ammait.  Surely  we  hâve  hère  a  co- 
gnate  of  the  O.N.  amma  'grandmother,'  the  OHG.  ammâ,  NHG. 
amme,  the  Lat.  amita.  We  should  therefore  probably  render  ama/'/g, 
amati  or  ammiti  by  'crones  : 
p.  40,  frasa  'masses,'  read  'showers'  : 

p.  42,  in  the  quotation  from  LU.  p.  57a,  for  samam,  fathaigh,  jocedoir, 
slôgh,  Medbh  read  sdmmam,  aîhig,  focétoir,  slâg,  Medb.  In  the  quo- 
tation from  LL,  54b.  1  for  os,  Do  fainig,  namad,  ced  read  uas,  do- 
fainic,  ndmat,  cet  : 
p.  43,  faindeal  'panic,'  read  'wandering  about'  : 
p.  4$,  in  the  quotation  from  LL.  (50a.  1)  for  sidaih,  mani,  rahnid  read 
sidib,  meni,  robuid.  And  in  the  quotation  from  LU.  (74a.)  for  oinm- 
gorti,  haurusa,  comrac,  firu,  ath  read  ainmgorti,  haurussa,  comme, 
firiu,  âth  : 
p.  46,  1.  I,  for  maile  derce,  eit  read  mdiledérce,  éit-  :  \.  2,  hdove  fors nai 

1 .  Nous  venons  de  recevoir  de  M.  Whitley  Stokes  une  brochure  intitulée  :  Remarks  on 
the  Celtic  ddditions  to  Curtius  Creeli  Etymology  and  on  the  Celtic  comparisons  in  Bopp's 
Comparative  Grammar,  with  notes  on  sow.e  récent  Irish  publications.  Calcutta,  1876, 
98  p.  in-8°.  Elle  contient  une  seconde  édition  du  travail  annoncé  plus  haut  Tp.  521)  par 
M.  Rhys,  et  quelques  travaux  inédits.  Nous  reproduirons  plusieurs  de  ces  derniers  dans 
notre  prochain  numéro  ;  car  cette  brochure,  tirée  à  peu  d'exemplaires,  est  imprimée  'for 
private  circulation  only'.  M.  Stokes  y  apporte  des  corrections  et  additions  à  de  nombreuses 
publications  irlandaises  sans  excepter  les  siennes  propres.  Nous  croyons  utile  de  repro- 
duire ici  ce  qu'il  dit  d'un  travail  de  M.  Hennessy  publié  dans  notre  revue  et  dont 
M.  Stokes,  du  reste,  est  loin  d'amoindrir  la   valeur. 

2.  éit  'cattle'  {eit  À.  nomen  cethrae,  O'Mulc.  456)  'pecus,'  n.  pi.  éiti,  dat.  pi.  éitib  or 
étaib.  Is  not  this  cognate  with  the  Oscan  eituâs  'pecunia?,'  eituam  or  titiuvam  'pecu- 
niam'  ? 


490  The  ancient  Irish  Goddess  of  War. 

insert  or/;  nim-aircecha-sa  'thou  shalt  not  find  me'  read  'thou  shall 
not  see  me'  {aircecha  is  the  2d  sg.  reduplicated  fut.  act.  of  a  verb 
from  the  root  CAS)  : 

p.  47,  in  the  quotation  from  LU.  (76b)  for  Dauauîaî  [À.  buailis)  read 
Danautat  {A.  bi'ialis) ,  for  slâaga,  read  slùagu,  for  ind  sod  mactire 
read  int-sod  maie  tire,  for  midtte  read  muitti.  And  surely  sod  maie 
tire  means  'shewolf  and  not  (as  Mr.  Hennessyrenders  the  expres- 
sion) 'wolfhound';  sod  'bitch,'  gen.  soide  LU.  74a,  a  fem.  â-stem_, 
comes  from  the  root  SU  (Curtius  No.  605)  : 

p.  48,  ni  airciu  is  rendered  'I  see  not/  though  it  is  glossed  by  ni  rochim 
'non  adeo/  and  may  well  be  the  ist  sg.  près,  indic.  act.  ofthe 
verb  whence  ercid  'ite'  LU.  32a,  arecar  'invenitur'  Z.  987  : 

p.  49,  in  the  quotation  from  LL.  54a,  2,  for  sidail^,  Choinchullaind  read 
sidib,  Choinchulaind  : 

p,  50,  lines  9,  10  for  Emain  .  . .  afrithis  read  Emuin,  afrithisi.  In  1.  25 
uasa  erra  oen-charpait  is  rendered  by  'over  the  chief  in  his  chariot.' 
Bui  erra  is  the  ace.  pi.  oï  err  'a  spike,' '  and  the  passage  means 
''Gver  the  spikes  of  the  one  (or  unique)  chariot'  : 

p.  5 1 ,  line  2,  for  conbad  read  combad  :  1.  4,  for  Cairpre  .  .  m'atarsa  read 
Carpri  .  .  m'atharsa;  1.  7,  for  imchoimét  incéin  read  imchomét  i  céin; 
\.  8,  for  rnathar  read  ruathra  ;  1.  11,  for  dolliud  read  dolluid ;  1.  12, 
for  Carpre  read  Corpri  : 

p.  52,  in  the  quotation  from  LU.  (p.  27a.)  for  im,  rodlebaing,  cscada, 
read  imô,  rodleblaing,  escata.  And  for  doher  fir  nolnecmacht  in  riastar- 
thii  do  animm,  which  is  not  Irish,  read  doratsat  fir  nôlnécmacht  in 
riastartha  do  anmum  (LU.  72a)  'the  men  of  Connaught  gave  him 
for  name  'the  Distorted  :" 

In  p.  51  is  what  seems  to  me  a  mistranslation  of  the  following  passage 
from  the  Book  of  Leinster,  78,  a2  :  (Cûchulainn,  wounded  unto 
death,  is  standing  in  Loch  Lamraige.)  Dodecliaid  iarum  crich  môr 
ond  loch  siar.  7  rucad  a  rose  airi.  7  îéit  dochum  coirthi  cloiche  fde  isin- 
maig  co-tarat  a-choimchriss  immi  na-ra-blad  na  shuidiu  nach  ina-ligu 
com-bad  ina  shessam  atbalad.  Mr.  Hennessy  renders  this  passage 
thus  :  —  'He  (Cuchullainnl  then  went  westwards,  a  good  distance 
from  the  lake,  and  looked  back  at  it.  And  he  went  to  a  pillar-stone 
which  is  in  the  plain_,  and  placed  his  side  against  it,  that  he  might 


I.  The  gen.  pi.  occurs  in  LU.  79a  :  ic  d'ichur  gai  7  rend  7  err  7  sleg  7  saiget  'casting 
off  spears  and  spear-points  and  spikes,  and  javelins  and  arrows' ;  the  dat.  pi.  in  LU. 
80a  ;  in-a-chathcharpat  serda  co«-erraib  iarnaidib  'in  his  sithed  battle-chariot  with  iron 
spikes.' 


The  ancient  Irish  Goddess  of  War.  4c)  i 

not  die  sitting  or  lying,  (but)  that  he  might  die  standing.'  But  su- 
reiy  the  true  version  is  this  :  —  'Now  there  went  westwards  from 
the  lake  a  great  mearing,  and  his  eye  lit  '   upon  it,  and  he  fared  to 
a  pillar-stone  which  is  in  the  plain,  and  put  his  waistbe'.t  around 
it,  that  he  might  not  die  sitting  nor  lying  down,  (but)  that  he  might 
perish  standing.' 
Why,  too,  does  he  write  (pp.  35,  41)  the  nominative  ^Imcd  of  the  name 
of  his  nation  ''Gaeidhel,'  when  it  is  'Gaeidh/i'  or  (in  Old-Irish  spel- 
ling)  'Gôidil,'  and  the  name  of  his  national  hero  'Cuchullain'  or 
'Cuchullainn,'  when  the  real  name  is  Cûchulainn  or  Cu-chulaind, 
literally  'Culand's  Hound'  ? 
So  much  for  corrigenda  to  this  valuable  and  most  interesting  paper. 
As  addenda  I  would  mention  1)  the  quatrain  from  LU.  50a. 

Mac  Lonan  àmi  : 
Mian  mnd  tethrach  2  atenld  The  she-scallcrow's  longing  is  her  fires, 

slaide  seîhnach  iarsodain  Slashing  of  sides  thereafter, 

siiba  tuba  folubaib  Blood,  body  under  bodies, 

ugail  trôga  dir  drogain  Eyes,  heads  (.''j.  a  meet  word  ! 

Tetrach  is  glossed  by  badb.  So  O'Clery  :  Uathra  .i.  badhb  nofeanog. 
2)  The  statement  madeby  O'CurryfMannersand  Customs,  ii.  50)  that 
the  Mdr-Rigan  was  the  wife  of  the  Daghda,and3jthe  following  passage 
from  the  Bruden  Da  Derga,  LU.  94  : 

Imdai  nam-hadb. 
Atconnarc  triar  nocht  hi-cléthi  in-tigi  a-t6esca  fola  trethu.  7  sûdinemuin 
an  airlig  aram-braigti. 

Rus-fetursa  olse.  tri  ernbaid  ûagboid  triar  orgar  la  cach  naim  insin. 
This  seems  to  mean  : 

'■The  room  of  the  Babds. 
'I  saw  a  naked  Three  in  the  top  of  the  house.  Their  streams  of  blood 
(ran)  through  them,  and  the  ropes  of  their  slaughter  (were)  on  their 
necks.' 

'I  know  them,'  says  he.   'Three  awful  slaughterers  (?)  :  three  that 
(themselves)  are  slain  at  every  time  are  those.' 

What  are  the  'ropes'  hère  raentioned  ?  May  we  compare  Salomon  and 
Satura,  éd.  Kemble,  p.  164? 

hwaet  beôdh  dha  feowere        What  be  the  four 


1.  Literally,  'was  borne.' 

2.  Should  we  render  mna  tetrach  à.  badb  by  'Tethra's  wife  i.  e.  Badb'  ?  Tethra  was 
king  of  the  Fomoire.  O'Clery  and  the  Forus  Focal  cited  by  O'R.  s.  v.  Troghan  are  in 
favour  of  my  rendering  ;  but  Irish  glossographers  are  by  no  means  infallible. 


492  Ëtymologie  du  nom  de  Chaource. 

fsèges  râpas  ropes  of  the  doomed  man  ? 

Salamon  cwsedh.  Solomon  quoth  : 

Gewurdene  Accomplished 

wyrda,  dhâ  beôdh  weirds,  thèse  be 

dha  feowere  the  four 

féges  râpas.  ropes  of  the  doomed  man. 

Or  are  they  équivalent  to  the  wridhene  wœl-hlcncan,  'twisted  chains  of 
slaughter,'  of  Elene  47  ? 

Badb  and  Nemaind,  who  so  often  appear  in  Irish  battle-stories,  had 
been  slain  by  a  Fomorian  [Rev.  Celt.  i.  3$),  Were  thèse  wargoddesses 
capable  of  coming  to  life  again  .'' 

W.  S. 


ËTYMOLOGIE  DU  NOM  DE  CHAOURCE  (AUBE). 

Le  nom  de  ce  village  est  écrit  Cadusia  dans  la  plupart  des  monuments 
antérieurs  au  xiii^  siècle  qui  ont  été  publiés  jusqu'ici.  Mais  ces  docu- 
ments ont  tous  été  édités  d'après  des  copies  plus  récentes.  Les  pièces 
originales  les  plus  anciennes  où  j'aie  trouvé  ce  nom  mentionné  sont  : 
1°  une  bulle  originale  du  pape  Pascal  II  datée  du  4  avril  1 1 17  [Dat. 
Beneventl  ...  II.  nonas  aprilis,  indictione  X'\  incarnationis  dominicae  anno 
M°  C°  XVII°,  pontificatus  autem  Domini  Paschalis  papae  secundi  anno 
XVI IP);  2°  une  charte  de  Jocerand,  évêque  de  Langres,  dans  le  diocèse 
duquel  Chaource  était  située;  elle  est  datée  du  10  mai  1120  {Daî. 
Divione,  VI  idus  maii,  anno  ab  incarnatione  Domini  centesimo  XX°,  epacta 
XVIII,  concurrente  IIIP,  indictione  XI IP).  Ces  deux  actes  sont  conservés 
aux  Archives  de  l'Aube,  fonds  de  Montiéramey.  On  lit  dans  les  deux 
ce  nom  avec  deux  s  :  ecclesiam  sancti  Johannis  de  Cadussia.  L'r  du  nom 
moderne  «  Chaource  »  ne  peut  donc  pas  s'expliquer  par  une  épenthèse 
comme  le  suppose  M.  Quicherat  dans  son  savant  traité  «  de  la  formation 
française  des  anciens  noms  de  lieu  »,  p.  27.  Il  tient  lieu  du  premier  s 
de  Cadussia.  Dans  le  mot  «  Chaource  »  le  groupe  ss  a  été  remplacé  par 
rç  =  rs,  comme  dans  Marseille  de  Massilia,  Ource  (nom  d'un  affluent 
de  la  Seine)  d'Ussia,  Marsangis  (Marne)  autrefois  Marsangy.  On  peut 
comparer  orfraie  d'ossifraga.  Le  changement  d's  en  r  est  fréquent  dans  la 
langue  latine  (Corssen,  Aussprache,  2^  édit.,  1. 1,  p.  229  et  suivantes),  dans 
les  langues  germaniques  (voir  par  exemple  Grimm,  Deutsche  Grammatik,  P, 
p.  65,  121),  et  dans  les  langues  romanes  (Diez,  Grammatik^,  t.  1, 
p.  222-225).  C'est  la  substitution  d'une  sonore  à  une  sourde,  un  fait 


Étymologie  du  nom  de  Chaource.  495 

analogue  au  phénomène  qui  a  lieu  quand  nous  prononçons  z  Vs  placé 
entre  deux  voyelles.  On  peut  aussi  avec  Grimm  citer  comme  analogue 
la  permutation  de  1'^  en  z  dans  plusieurs  mots  gothiques. 

Quant  au  d  de  Cadussia  il  tient  lieu,  je  crois,  d'un  t  primitif.  En  latin 
le  /  s'est  souvent  affaibli  en  d  dans  l'intérieur  des  mots  (Corssen,  Aus- 
sprache^,  t.  I,  p.  207).  Cet  affaiblissement  est  devenu  surtout  fréquent 
dans  les  bas  temps  et  dans  les  langues  romanes  (Diez,  Grammaîik^, 
p.  21 1-2 13).  Nous  disons  «coude»  de  cubitum,  «aider»  d'adjutare, 
«  cadenas  »  de  catenatium,  «  cadeau  »  de  catellum,  «  cadet  »  de  capi- 
tellum  (Littré,  Dict.  de  la  langue  française).  Ce  d  substitué  au  t  par  affai- 
blissement a  fini  par  disparaître  dans  un  grand  nombre  de  mots  :  ainsi 
à  côté  de  «  cadenas  »  (catenatium)  nous  avons  «  chaîne  »,  forme  fran- 
çaise du  latin  catena.  De  même  le  d  bas  latin  de  Cadussia  (pour  Catussia) 
n'a  pas  été  conservé  dans  le  français  «  Chaource  ». 

Catussia,  nom  primitif  de  Chaource,  paraît  dérivé  de  Catussa,  nom 
d'homme  gaulois  conservé  par  une  inscription  de  Lyon  qui  porte  dans 
le  recueil  d'Orelli  le  n°  4803  (t.  II.  p.  339.  Cf.  Gr.  C.^,  p.  764,  786). 
Pompeius  Catussa  était  un  citoyen  de  Besançon,  civis  sequanus. 

Catu-ssa  est  dérivé  du  thème  caîu  au  moyen  du  suffixe  -ssa.  Il  y  a 
de  ce  suffixe  plusieurs  exemples  d'origine  gauloise  {Gr.  C.^,  p.  786). 
Ce  suffixe  nous  est  offert  par  les  anciennes  langues  de  l'Italie  dans  les 
formes  -essa,  -osso,  -issa  (Corssen,  Krit.  Beitrsge,  p.  479-48$),  dont  la 
dernière  se  trouve  en  grec  (Régnier,  Traité  de  la  formation  des  mots  de 
la  langue  grecque,  p.  238),  dans  les  langues  romanes  (Diez,  Gramm.'^, 
p.  238)  et  dans  les  langues  néo-celtiques  (G.  C.^,  p.  788,  833).  On 
a  proposé  de  l'expliquer  par  un  primitif -;z?w,  c'est-à-dire  par  un  par- 
ticipe présent  suivi  du  suffixe  -ia.  Le  t  suivi  d'/  se  serait  changé  en 
s  ;  Vi  se  serait  assimilé  à  1'^,  phénomène  identique  à  celui  qui  s'est  pro- 
duit dans  les  verbes  grecs  en  -ssto,  issus  de  racines  qui  finissent  par 
un  -.  Puis  Vn,  étant  suivi  d's,  aurait  été  supprimé.  Le  nom  propre 
d'homme  gaulois  Catussa  =  Catu-ntia. 

C'est  le  système  proposé  par  M.  Corssen  dans  ses  Kritische  Beitmge 
et  maintenu  par  lui  dans  la  seconde  édition  de  son  savant  traité  de  la 
prononciation  latine,  Aussprache,  t.  I,  p.  62.  Mais  ce  système  présente 
en  latin  une  difficulté  :  c'est  que,  comme  M.  Corssen  lui-même  Va  établi, 
l'assibilation  du  t  suivi  d'/  et  d'une  autre  voyelle  ne  commence  à  se  pro- 
duire en  latin  qu'au  iV  siècle  après  notre  ère  [Aussprache^,  t.  I,  p.  64). 
Il  peut  donc  sembler  plus  rationnel  d'expliquer  la  désinence  -sso  -ssa  par 
la  variante  indoeuropéenne  -vans  du  suffixe  indoeuropéen  varit  qui  sert  à 
former  des  participes  parfaits  actifs.  C'est  l'opinion  de  Schleicher  [Com- 


494  Ëtymologie  du  nom  de  Chaource. 

pendlum^,  p.  403)  et  de  Bopp  (^Grammaire  comparée,  §  789,  traduction 

Bréal,  t.  IV.  p.  19).  Dans  ce  système  Catussa  tiendrait  lieu  de  Catu- 

vans-a. 

Le  thème  cata,  dont  ce  mot  est  dérivé,  est  bien  connu  des  savants  qui 
se  sont  occupés  des  origines  celtiques.  Zeuss  ÇGr.  C.^,  p.  4)  cite  les 
composés  Cata-riges,  Catu-slogi,  Codda-catus,  et  le  dérivé  Caîu-llus.  Caiu 
s'explique  par  le  vieil  irlandais  Cii?/z  «combat  ».  (Voir  Gluck,  K.  N., 
p.  47-56). 

Au  temps  de  Tacite,  quand  la  loi  de  la  substitution  des  consonnes 
n'avait  pas  encore  produit  complètement  son  effet  dans  les  langues 
germaniques,  ou  quand  les  mots  germaniques  n'étaient  guère  parvenus 
aux  oreilles  romaines  que  par  l'intermédiaire  de  la  prononciation  gau- 
loise, ce  thème  nous  apparaît  dans  ces  langues  sous  la  même  forme 
qu'en  gaulois,  et  le  fameux  historien  nous  fournit  les  composés  Catu- 
mcrus,  nom  d'un  prince  des  Cattes  (Ann.  XI,  16),  qui  signifie  «  célèbre 
dans  la  guerre  »,  et  Catu-aldus  (Ann.  II,  62,  6^),  nom  d'un  noble  Goton, 
ennemi  de  Maroboduus  qu'il  vainquit,  et  mort  en  exil  à  Fréjus,  Catu- 
aldus,  dis-je,  pour  Cata-valdus,  «  maître  de  la  guerre  ».  Catu  est  devenu 
hadu  dans  l'ancien  haut  allemand.  Dans  le  haut  allemand  moderne  nous 
avons  le  dérivé  moderne  hader  «querelle  »  (Grimm  Grammatik,  II 2, 
p.  460,  cf.  p.  $71,  2^3,  533  ;  Ebel,  Beitr.  t.  II,  p.  174;  Fick,  Verglei- 
chendes  Wœrterhuch,  3"  édition,  t.  III,  p.  60). 

Catussa  doit  donc  signifier  «  combattant,  guerrier  ». 

Quant  à  Catussia,  puis  Cadussia,  aujourd'hui  «Chaource»,  son  nom 
veut  dire  «  propriété  de  Catussa  » . 

Catus[s]iacum,  aujourd'hui  Chaourse  «  Aisne  »,  mentionné  dans  1'///- 
néraire  d'Antonin  ',  ne  diffère  de  Catussia  que  par  le  suffixe.  Le  nom  du 
village  de  l'Aisne  a  même  dû  à  l'époque  romaine  se  prononcer  usuelle- 
ment Catussia  comme  le  nom  du  village  de  l'Aube  :  de  là  l'orthographe 
Cadussa  dans  un  diplôme  de  Charles  le  Chauve  ^,  Chaursa  dans  une 
charte  de  Philippe -Auguste  5  pour  la  localité  appelée  Catu'îsY^acum  dans 
Vïtinéraire. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


1.  Edition  Parthey  et  Binder,  p.  183.  Cf.  L.  Renier,  dans  VAnnuaire  de  la  Société  des 
Antiquaires  de  France  pour  1850,  211,  218. 

2.  Tardif,  Monuments  liistoriques,  n°  199,  p.  129;   Melleville,  Dictionnaire  tiistotiquc 
du  département  de  l'Aisne,  t.   I,  p.  205. 

3.  L.  Delisle,  Catalogue  des  Actes  de  Philippe-Auguste,  n"  1052,  p.  245,  585. 


Ervoan  Camus.  49J 


ERVOAN   CAMUS. 

SONIK  AR  BOPL. 

Ervoan  Camus  a  gane  gè, 
'Kass  he  gezck,  ur  sul  'r  heure  ; 
Ervoan  Camus  a  Blouillo, 
Braoa  paotr  iaouank  'zo  er  vro. 

P'oa  'tigabrcsta  'n  diwesa, 
0  komans  he  fri  da  voada  ; 
He  fri  d'  voada'  zo  komanset, 
War  ar  c'hlazen  eo  azezet. 

—  «  Daoust  a  newez'  zo  ganin-me, 
»  Na  ma  yoad  ma  fri  ken  heure, 
»  Na  ma  voad  ma  fri  ken  abred, 
»  Kustum  da  ober  na  eo  ket  ?  » 

Hen  harpa  he  henn  'n  un  denvenn, 
Ha  da  songal  lia  da  gomprenn  ; 
Ha  da  songall  ha  da  gomprenn, 
D'c'hortoz  'n  offern  veure  d'  dremenn. 


YVES   CAMUS. 

CHANSON    POPULAIRE. 

Yves  Camus  chantait  gaîment, 
En  menant  (paître)  ses  chevaux,  un  dimanche  matin  ; 
Yves  Camus  de  Ploumilliau, 
Le  plus  beau  jeune  homme  du  pays. 

Comme  il  était  à  ôter  le  licol  au  dernier, 
Son  nez  commença  de  saigner; 
Son  nez  commença  de  saigner, 
Et  il  s'assit  sur  le  gazon. 

—  «  Que  m'arrive-t-il  donc  de  nouveau, 
»  Que  mon  nez  saigne  de  si  bon  matin  ? 
»  Que  mon  nez  saigne  de  si  bon  matin.? 
»  Il  n'a  pas  coutume  de  le  faire.  » 

Et  il  appuya  sa  tête  contre  un  chêne, 
Et  se  mit  à  songer  et  à  réfléchir  ; 
!1  se  mit  à  songer  et  à  réfléchir, 
En  attendant  le  passage  de  ceux  de  la  messe  du  matin. 


496  Ervoan  Camus. 

—  «  C'Imi,  ma  c'hoar,  plach  'n  offern  veure, 
)•)  Petra  'c'h  eus  klewet  a  newez  ? 
—  »  Newentiz  'walc'li  am  eus  klewet 
»  D'ober  ho  kalon  glac'haret  ! 

»  Ho  mestres,  Ervoan,  'm  eus  klewet, 
»  En  offern  pa  'z  on  erruet, 
»  A  zo  klan-fall  war  he  gwele, 
»  Resevet  ganî-hi  ma  Doue.  /> 

Ervoan  Camus,  p'hen  eus  klewet, 
Da  di  he  vestres  a  zo  et; 
Pa  oa  oc'h  antren  bars  ann  ti, 
'Oa  ar  bèlek  ouc'h  hi  nouï; 

'Rei  d'ei  he  nouenn  diwesa, 
Kent  wit  mont  diwar  ar  bed-ma  : 
Pa  'z  eo  nou'ét,  sakramantet, 
Kerkent  neuze  'z  eo  trcmenet. 

Ervoan  Camus,  vel  ma  welas, 
Ter-gwez  d'ann  douar  a  goezas  ; 


—  «  Vous,  ma  sœur,  qui  revenez  de  la  messe  du  matin, 
»  Qu'avez-vous  entendu  de  nouveau  ? 
—  «  J'ai  appris  du  nouveau  assez 
»  Pour  navrer  votre  cœur  ! 

»  Votre  bonne  amie,  Ervoan^  m'a-t-on  dit, 
»  Quand  je  suis  arrivée  à  la  messe, 
»  Est  dangereusement  malade  sur  son  lit, 
»  Et  elle  a  reçu  Notre  Sauveur  (litt.  mon  Dieu)...  » 

Yves  Camus  en  entendant  cela, 
Est  allé  à  la  maison  de  sa  bonne  amie  ; 
Au  moment  où  il  entrait  dans  la  maison, 
Le  prêtre  était  à  lui  administrer  l'extrême-onction. 

Il  était  à  lui  administrer  le  dernier  sacrement. 
Avant  de  partir  de  ce  monde  : 
Et  quand  il  lui  eut  administré  l'extrême-onction, 
Elle  passa  (mourut)  aussitôt. 

Quand  Yves  Camus  vit  cela, 
Il  tomba  trois  fois  à  terre  ; 


Ervoan  Camus.  497 

Ter-gwez  d^ann  douar  eo  koezet, 
He  c'hoar  baour  'd-eûs-han  goureet. 

—  «  Tawet,  ma  breur,  na  welet  ket, 
»  Ma  breurik-kês,  em  gonsolet, 
«  Merc'hed  a-walc'h  a  zo  er  vro, 
»  Chui  zo  iaouank,  hag  a  gavo  : 

))  Chui  'zo  iaouank,  hag  a  gavo, 
»  Hag  ar  re-goz  a  dremeno.. . 
—  »  Pa  ve  ker-lies  a  blac'h  er  vro 
»  Hag  a  zabranenn  'n  aod  ar  mor, 

»  N'am  bo  bikenn  hini  'n  ez-he, 
»  P'ê  gwir  eo  marw  ma  c'harante  ; 
))  Bikenn  eured  n'  vo  war  ma  fenn, 
»  Pa  'z  eo  manv  Mari  Penduennf...  » 

Kanet  gant  Mari-Job  Kerival,  mates,  Plouaret,  1848. 


II  est  tombé  trois  fois  à  terre, 
Et  sa  pauvre  sœur  l'a  relevé  : 

—  «  Consolez-vous,  mon  frère,  ne  pleurez  pas  ; 
»  Mon  pauvre  frère,  consolez-vous  ; 
))  Assez  de  filles  sont  dans  le  pays, 
»  Vous  êtes  jeune  et  vous  en  trouverez  ; 

»  Vous  êtes  jeune  et  vous  en  trouverez, 
»  Et  les  vieux  s'en  passeront... 
—  «  Et  quand  il  y  aurait  autant  de  filles  dans  le  pays 
))  Qu'il  y  a  de  grains  de  sable  au  rivage  de  la  mer, 

I)  Je  n'en  aurai  jamais  aucune, 
»  Puisque  celle  que  j'aimais  est  morte  ! 
»  Jamais  mariage  ne  sera  sur  ma  tête', 
))  Puisque  Marie  Penduenn  est  morte  !  » 

Chanté  par  Marie-Josèphe  Kerival,  servante,  Plouaret, 
C'est-à-dire  :  Jamais  je  ne  me  marierai. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Étude  sur  les  monnaies  Gauloises  trouvées  en  Poitou  et  en  Sain- 
tonge,  par  M.  Anatole  de  Barthélémy,  42  p.  in-8"  avec  i  planche. 
Poitiers,  imp.  Dupré,  1874  (Extrait  du  XXXVII'^' volume  des  Memo/r« 
de  la  Société  des  antiquaires  de  l'Ouest). 

Depuis  quelques  années  les  numismatistes  cherchent  à  constater  la 
provenance  exacte  des  monnaies  gauloises,  afin  de  pouvoir  déterminer 
les  régions  dans  lesquelles  certains  types  se  rencontrent  en  abondance. 
Cette  constatation  est  un  précieux  élément  pour  arriver  à  une  classifica- 
tion, principalement  pour  les  monnaies  de  bronze  et  souvent  pour  celles 
d'argent.  Notre  collaborateur  M.  A.  de  Barthélémy,  qui  a  déjà  fait  un 
relevé  méthodique  des  monnaies  gauloises  recueillies  dans  les  fouilles  du 
mont  Beuvray  (Saône-et-Loire),  vient  de  publier  dans  les  Mémoires  de 
la  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest  un  travail  analogue  sur  des  décou- 
vertes faites  dans  les  départements  de  la  Vienne  et  de  la  Charente- 
Inférieure.  Nous  faisons  des  vœux  sincères  pour  que  sur  tous  les  points 
de  la  France  on  se  livre  à  des  recherches  analogues. 

M.  de  Barthélémy  semble  parfois  exagérer  la  prudence  et  douter  de 
l'exactitude  de  faits  qui  paraissaient  acquis.  Cette  prudence  est  peut-être 
préférable  à  l'abus  des  conjectures  et  des  attributions  hasardées  ;  il  ne 
faut  pas  oublier  que  sans  un  point  de  départ  bien  établi,  les  conjectures 
embarrassent  la  science  plutôt  que  de  lui  être  utiles.  —  Dans  VËtude  sur 
les  monnaies  gauloises  recueillies  en  Poitou  et  en  Saintonge,  nous  remar- 
quons des  pages  où  l'on  trouve  des  renseignements  certains  sur  le  numé- 
raire des  Pictones,  des  Santones,  des  Bituriges  Cuhi  et  Vivisci.  Certaines 
idées  nouvelles  sont  proposées,  comme,  par  exemple,  les  traces  de  la  clien- 
tèle des  chefs  de  civitales  dépendant  d'une  civitas  exerçant  la  suprématie; 
la  présence  du  nom  de  Jules  César  sur  certains  deniers  o\x  on  lit  ivlios; 
l'opinion  que  la  nombreuse  série  des  deniers  au  type  du  cavalier  ne 
devrait  pas  être  rattachée  à  une  ligue  de  peuples  gaulois  contre  Arioviste, 
mais  à  une  confédération  de  peuplades  alliées  aux  Romains  lors  de  l'éta- 
blissement de  la  Province.  Ces  idées  seront  discutées,  et  de  la  discus- 
sion il  sortira  certainement  quelques  faits  au  profit  de  la  science. 

X. 


Bibliographie.  499 

Ueber  einige  gallische  Ortsnamen  auf  -acum  in  der  Rheinpro- 
vinz.  Von  D''  Quirin  Esser  (Programm  des  Progymnasiums  zu  An- 
dernach  fur  das  Schuljahr  1873-74).  Andernach,  A.  Jung'sche  Buch- 
druckerei,  28  p.  in-4". 

M.  Esser  étudie  dans  cette  brochure  quelques  noms  de  lieu  d'origine 
gauloise  de  la  Prusse  Rhénane,  Kendenich  =  "Cantiniâcum,  Disternich 
=  "Dextriniâcum,  Burvenich  =  "Borvoniâcum,  Dieblich  =  *Devilliâcum 
Andernach  ==  Autunnâcum  et  quelques  autres  encore.  Le  commentaire 
détaillé  qui  accompagne  ces  noms  montre  une  connaissance  approfondie 
de  l'onomastique  gauloise.  Dans  les  noms  de  lieu  français,  qui  sont  la 
forme  moderne  de  Cantiâcum,  nous  remarquons  celui  de  Chanzy,  qui 
devenu  nom  d'homme,  ainsi  que  tant  de  noms  de  lieu,  est  porté  par  un 
général  français  bien  connu.  On  sait  que  le  suffixe  gaulois  -âco-,  corres- 
pondant pour  le  sens  au  suffixe  latin  -âno-  désigne  l'appartenance  ou 
l'origine,  et  M.  E.  ajoute  quelques  preuves  de  ce  sens  à  celles  que  Zeuss 
a  déjà  données.  Gr.  C^,  p.  807.  Ce  suffixe  a  même  persisté  après  la  dis- 
parition de  la  langue  gauloise,  et  la  population  latinisée  a  continué  à 
l'employer  pour  former  des  noms  de  lieu,  comme  nous  employons  encore 
aujourd'hui  en  français,  pour  former  des  noms  nouveaux,  le  suffixe  ger- 
manique ard.  M.  E.  cite  de  curieux  exemples  de  noms  gaulois  transfor- 
més par  ce  procédé  de  fausse  analogie  que  nous  signalions  récemment 
(cf.  supra,  p.  355).  Ainsi  Cluturiâcam  est  devenu  Cliisse-rath ;  Borciâcum 
—  Bart-Scheid;  Cruciniâcum  à  la  fois  —  Kreuz-nach  sur  la  Nahe  et  — 
Christ-nach[t]  près  de  Grevemachern  en  Luxembourg;  Vergiliâcum  — 
Berg-licht  ;  Ancariâcum  —  En-Kirchen;  Dextriniâcnm  —  Deuster-nach[t]  ; 
Alpiniâcum  —  Alp-nacht;  Cussiniâcum  —  Kiiss-nacht;  Martiliâcum  — 
Mert-loch  l'dans  le  sens  de  Maerterer-lochi  ;  Caviliâcum  —  Kave-loch  (ferme 
près  d'illerich  ,  commune  de  Kaisersech,  cercle  de  Kochem;.  —  Ce 
travail  sera  lu  avec  intérêt  par  les  personnes  qui  s'occupent  d'onomas- 
tique gauloise.  Il  nous  arrive  d'un  collège  élémentaire  (progymnasium) 
de  la  Prusse  rhénane  et  fournit  une  nouvelle  preuve  de  l'activité  scienti- 
fique qui  règne  chez  les  professeurs  de  l'enseignement  secondaire  —  en 
Allemagne.  H.  G. 


Lectures  on  the  Eariy  History  of  Institutions,  by  sir  Henry  Sum- 
ner  Maine,  K.C.S.L,  LLD.,  F.R.S.  viii-412  p.  in-S".  London, 
Murray,  1875.  Prix:  12  sh.  (15  fr.) 

Cet  ouvrage  est  un  des  plus  importants  dont  les  études  celtiques  aient 
été  l'objet  depuis  longtemps.  Il  est  dédié  à  M.  Whitley  Stokes  et  cela  seul 


5  00  Bibliographie. 

en  dit  déjà  la  valeur.  L'auteur,  qui  dans  des  ouvrages  précédents  avait 
étudié  les  lois  primitives  et  le  développement  des  sociétés  aryennes,  s'oc- 
cupe tout  particulièrement  dans  ce  nouveau  volume  des  lois  et  des  insti- 
tutions de  l'ancienne  Irlande,  telles  qu'on  les  découvre  dans  les  lois  des 
Brehons,  aujourd'hui  en  partie  publiées.  On  peut  dire  sans  exagération 
que  sir  Henry  Sumner  Maine  est  le  premier  à  les  expliquer,  en  montrant 
le  développement  des  institutions  qu'elles  révèlent  et  en  l'éclairant  par 
la  comparaison  des  lois  d'autres  sociétés.  La  science  de  légiste  et  la 
profonde  connaissance  du  droit  Hindou  que  l'auteur  doit  à  l'exercice 
de  hautes  fonctions  dans  l'Inde  l'ont  singulièrement  aidé  à  éclairer  les 
vieilles  lois  irlandaises  d'une  lumière  toute  nouvelle.  Il  a  rencontré  des 
ressemblances  très-nombreuses  et  très-frappantes  entre  le  droit  irlandais 
et  le  droit  hindou  et  jusque  dans  la  curieuse  pratique  de  «  jeûner  contre 
un  débiteur,  »  ce  que  les  Anglais  appellent  dans  l'Inde  siiting  dharna; 
c'est  une  nouvelle  preuve  de  la  parenté  que  la  linguistique  a  montrée 
exister  entre  les  branches  les  plus  éloignées  de  la  famille  indo-euro- 
péenne. Le  cadre  de  ce  compte-rendu  ne  nous  permet  pas  d'entrer 
dans  le  détail  de  l'œuvre,  et  nous  nous  en  dispensons  d'autant  plus 
volontiers  que  les  lecteurs  français  en  trouveront  une  très-claire  et  très- 
substantielle  analyse  dans  la  Revue  des  Deux  Mondes  an  15  avril  1875, 
sous  la  signature  de  M.  de  Laveleye.  —  Nous  nous  bornons  à  signaler 
la  très-frappante  analogie  que  l'auteur  découvre  entre  les  Druides  de  la 
Gaule  et  les  Brehons  de  l'Irlande.  Les  Brehons  avaient  comme  les  Druides 
l'exercice  de  la  justice  et  tenaient  des  écoles  où  l'enseignement  durait 
souvent  de  longues  années  ;  et  s'ils  ont  perdu  le  rôle  de  ministres  de  la 
religion  (qui  à  nos  yeux  caractérise  principalement  les  Druides)  c'est  que 
la  conversion  de  l'Irlande  au  christianisme  leur  a  enlevé  ce  privilège. 
Les  historiens  de  la  Gaule  devront  désormais  tenir  compte  des  péné- 
trantes remarques  de  sir  Henry  Sumner  Maine. 

H.  G. 

The  Origin  and  History  of  Irish  Names  of  Places  (second  séries), 
by  P.  W.  Joyce,  LL.D.,  T.C.D.,  M.R.I.A.,  etc.,  viu-509  p.  in-12. 
Dublin,  W  Glashan  et  Gill,  1875.  Pi^'^  :  7  s.  6  d.  (9  fr.  40  c). 

Ce  volume  complète  (comme  l'indique  le  titre)  un  ouvrage  précédem- 
ment publié  sur  l'origine  et  l'histoire  des  noms  de  lieu  en  Irlande  (cf. 
Rcv.  Celt.,  l,  160),  Taille  feasa  ar  Eirinn  ôig,  «  un  supplément  d'infor- 
mation sur  la  sainte  Irlande,  »  comme  dit  l'auteur  avec  un  ancien  poète 
irlandais.  M.  Joyce  y  traite  plusieurs  séries  de  noms  qu'il  avait  omises 
dans  son  premier  ouvrage;  ce  sont  les  noms  qui  ont  pour  origine  des 


Bibliographie.  501 

métaphores  poétiques  ou  fantaisistes,  des  maladies,  des  métiers,  des 
personnes  étrangères,  des  sobriquets,  etc.,  des  objets  manufacturés,  les 
barrières  et  le  bornage,  le  soleil,  l'atmosphère,  la  mer,  les  couleurs,  les 
animaux,  les  végétaux,  les  minéraux,  lasituation,  les  points  cardinaux,  etc. 
Nous  n'avons  plus  à  faire  l'éloge  de  la  méthode  et  de  la  critique  de 
l'auteur.  Ce  second  volume,  qui  offre  au  public  irlandais  un  charme  tout 
particulier,  aura  certainement  en  Irlande  le  succès  et  les  éditions  réité- 
rées du  premier.  Les  deux  volumes  de  M.  Joyce  forment  comme  une 
encyclopédie  de  la  toponomastique  irlandaise  et  à  ce  titre  intéressent, 
en  dehors  même  du  cercle  des  études  celtiques,  les  personnes  curieuses 
de  toponomastique.  En  effet  la  nomenclature  géographique  de  l'Irlande 
étant  explicable  presque  dans  sa  totalité,  soit  par  la  transparence  des 
noms  actuels,  soit  par  les  anciennes  formes  conservées,  on  peut  y  voir 
en  œuvre  les  mille  procédés  par  lesquels  l'instinct  populaire  crée  les 
noms  de  lieu. 

M.  Joyce  fait  l'histoire  de  quelques  mots  irlandais  passés  en  anglais 
(ch.  III).  On  peut  à  cette  liste  ajouter  un  nom  qui  est  jusqu'à  un  cer- 
tain point  nom  de  lieu  et  qui  nous  vient  de  l'irlandais  en  passant  par 
l'anglais,  c'est  le  mot  Ranelagh  qui  a  désigné  plusieurs  bals  publics  à 
Paris.  Ranelagh  est  =  raghnallach,  dérivé  du  nom  d'homme  Raghnall, 
avec  le  suffixe  -ach.  Nous  croyons  nous  rappeler  que  l'origine  de  ce 
mot  est  le  fait  qu'un  bal  public  avait  été  ouvert  à  Londres  dans  une 
propriété  appartenant  à  un  noble  irlandais  du  nom  de  lord  Ranelagh. 
On  peut  comparer  pour  l'analogie  le  nom  parisien  BulHer  employé  par 
les  étudiants  du  «  quartier  latin  n  pour  «  bal  BuUier.  » 

H.  G. 

Légendes  et  croyances  superstitieuses  recueillies  dans  le  dépar- 
tement de  la  Creuse,  par  M.  J.-F.  Bonnafoux,  conservateur  de 
la  Bibliothèque  de  Guéret.  Guéret,  imp.  Bétoulle,  1867,   42  p.  petit 

in-4°. 

Fontaines  celtiques  consacrées  par  la  religion  chrétienne,  sour- 
ces merveilleuses ,  coutumes  superstitieuses  et  légendes 
diverses  recueillies  pour  la  plupart  dans  le  département  de  la  Creuse, 
par  le  même.  Guéret,  imp.  Dugenest,  1874,  39  p.  petit  in-4. 

Ces  titres  promettent  plus  que  l'auteur  ne  donne  à  ses  lecteurs.  La 
première  de  ces  brochures  contient  quelques  traditions  du  département 
de  la  Creuse,  mais  encadrées  dans  un  récit  romanesque.  La  seconde  est 
exempte  de  cet  enjolivement  et  présente  par  conséquent  plus  d'intérêt. 
L'auteur  y  traite  principalement  de  fontaines  qui  sont  l'objet  de  pèleri- 
nages séculaires  et  des  traditions  qui  s'y  rattachent.  Le  culte  des  fon- 

Rev.  Cdt.  Il  34 


502  Bibliographie. 

taines  est  une  des  formes  de  la  religion  naturelle  antérieure  au  Christia- 
nisme qui  s'est  conservé  avec  le  plus  de  force  dans  tous  les  pays  cel- 
tiques, et  il  existe  encore  dans  la  plus  grande  partie  de  nos  campagnes. 
Aux  principaux  exemples  recueillis  dans  son  département,  M.  B.  en 
ajoute  d'autres  (Fontaine  de  Barenton,  etc.)  qu'il  eût  pu  omettre.  Le 
mérite  des  monographies  provinciales  de  ce  genre  n'est  pas  dans 
quelques  rapprochements  isolés ,  mais  dans  une  nomenclature  com- 
plète des  choses  locales.  Aussi  nous  ne  saurions  approuver  ces 
paroles  de  l'auteur  :  «  Nous  n'avons  pas  tout  dit  au  sujet  des  fontaines 
celtiques  disséminées  sur  tous  les  points  du  département  de  la  Creuse, 
notre  prétention  n'étant  pas  de  donner  une  monographie  complète  de 
ces  petits  monuments  rustiques,  qu'ils  aient  été  consacrés  ou  non  par  la 
religion  chrétienne,  qu'ils  soient  accompagnés  de  légendes  plus  ou  moins 
naïves  et  intéressantes,  ou  qu'ils  donnent  lieu  à  des  pratiques  plus  ou  moins 
superstitieuses.  »  Les  traditions  qui  vivent  encore  dans  nos  campagnes 
sont  de  précieux  matériaux  pour  la  mythologie  celtique  et  d'une  façon 
plus  générale  pour  l'histoire  morale  de  l'humanité  primitive;  aussi  est-il 
à  désirer  qu'elles  soient  toutes  recueillies,  notées  avee  exactitude,  et  que 
les  savants  de  province  qui  s'intéressent  à  ces  recherches  ne  se  bornent 
pas  à  un  spécimen.  Nous  espérons  que  M.  B.  ne  s'en  tiendra  pas  à  ces 
notices  succinctes,  et  qu'il  consacrera  un  jour  un  travail  plus  étendu  et 
cette  fois  complet  à  la  statistique  des  superstitions  dans  son  département. 

H.  G. 

Études  sur  quelques  monuments  mégalithiques  de  la  vallée  de 
l'Oise,  par  Am.  de  Caix  de  Saint-Aymour,  ^9  p.  in-8°,  avec  50  fig. 
sur  bois;  Paris,  Leroux,  1875.  —  Prix:  5  fr. 

C'est  une  étude  détaillée  sur  l'allée  couverte  de  Vauréal  (Oise)  et  sur 
les  objets  qu'on  y  a  découverts.  L'auteur  mentionne  également  une 
énorme  pierre-levée  à  Jancy,  commune  de  Cergy,  appelée  dans  le  pays 
Pierre  du  Fouret  ou  Palet  de  Gargantua.  «  Gargantua,  dit  la  tradition  de 
Jancy,  ayant  maille  à  partir  avec  un  géant  dont  le  quartier  général  était 
établi  sur  les  hauteurs  de  Cormeil-en-Parisis  (d'autres,  plus  hardis,  vont 
jusqu'à  indiquer  la  butte  Montmartre),  entreprit  le  siège  en  règle  de  la 
montagne  de  son  adversaire.  Se  portant  donc  à  Courdimanche,  il  com- 
mença à  bombarder  à  coups  de  rochers  le  fort  de  son  ennemi.  Mais  le 
coup  d'oeil  et  la  force  lui  ayant  manqué  à  la  fois  dès  le  lancement  de 
la  première  pierre,  son  projectile  tomba  à  Gency  et  se  ficha  en  terre 
dans  la  position  où  nous  le  voyons  aujourd'hui.  »  Cette  histoire  s'ajoute 
à  la  nombreuse  collection  de  légendes  gargantuines  recueillies  dans  nos 
campagnes.  Cf.  Rev.  Celt.  I,  137, 


Bibliographie.  503 

Mélanges  de  Numismatique,  publiés  par  MM.    de    Saulcy,  A.    de 
Barthélémy  et  Hucher.  Le  Mans,  Monnoyer. 

Ces  Mélanges  de  Numismatique  sont  arrivés  à  leur  4"  livraison.  Ce 
recueil  contient  nécessairement  des  articles  relatifs  à  la  numismatique 
gauloise.  Nous  mentionnerons  les  pages  dans  lesquelles  M.  Hucher 
signale  des  pièces  gauloises  nouvellement  connues  ou  mal  publiées,  et 
étudie  les  types  des  monnaies  provenant  de  la  découverte  d'Auriol 
(Bouches-du-Rhône)  ;  nous  signalerons  en  outre  la  note  de  M.  L.  Max. 
Werly  sur  un  bronze  inédit  qui  porte  le  nom  ATESOS  et  qui  est  l'occa- 
sion d'une  discussion  intéressante.  Les  éditeurs  des  Mélanges  de  Numis- 
matique donnent  une  grande  quantité  de  gravures  intercalées  dans  le 
texte  qui  permettent  aux  lecteurs  de  se  rendre  un  compte  exact  des 
monnaies  dont  il  est  question.  Nous  savons  que  ce  recueil  fournira  de 
plus  en  plus  des  éléments  de  travail  pour  le  classement  des  monnaies 
gauloises,  et  l'un  des  principaux  articles  de  son  programme  est  de 
concourir  à  l'étude  sérieuse  des  plus  anciens  monuments  de  notre 
archéologie  nationale. 

Congrès  international  d'Anthropologie  et  d'archéologie  préhisto- 
riques ;  compte-rendu  de  la  septième  session  tenue  à  Stockholm, 

par  J.  DE  Baye,  membre  de  la  Société  d'anthropologie  de  Paris,  etc., 
84  p.  in-8°.  Paris,  Nilsson,  1875. 

Avant  que  paraisse  le  recueil  des  mémoires  lus  au  Congrès  de  Stoc- 
kholm, M.  de  B.  les  fait  connaître  par  un  résumé  sommaire  mais  inté- 
ressant. Ce  n'est  pas  la  moindre  utilité  de  ces  congrès,  de  montrer,  par 
la  contradiction  qui  règne  entre  les  plus  éminents  archéologues,  que  la 
science  de  l'archéologie  préhistorique  est  encore  en  voie  de  formation. 
Les  questions  qui  y  sont  traitées  se  rapportent  en  général  à  une  époque 
antérieure  à  l'objet  des  études  que  représente  cette  revue.  Notons  pour- 
tant la  communication  de  M.  de  Mortillet.  L'existence  d'une  population 
particulière,  à  laquelle  on  attribuerait  la  construction  des  dolmens,  affir- 
mée par  M.  Alexandre  Bertrand,  est  niée  par  M.  de  Mortillet.  Les  dol- 
mens sont  une  simple  dérivation  des  grottes  sépulcrales.  En  l'absence 
de  grottes  naturelles,  on  a  creusé  des  grottes  artificielles  et  celles-ci  ont 
été  remplacées  par  des  dolmens.  Les  dolmens  sont  un  mode  de  sépul- 
ture qui  n'est  le  caractère  d'aucun  peuple  particulier. 


CHRONIQUE. 


La  Commission  de  la  topographie  des  Gaules.  —  Un  manuscrit  irlandais  à  Saint- 
Pétersbourg.  —  M.  Silvan  Evans  et  l'Archaologia  Cambrcnsïs.  —  La  Société 
des  anciens  textes  français. 

On  sait  que  l'empereur  Napoléon  III  s'était  mis  en  tête  d'écrire  une  histoire 
de  Jules  César.  Son  attention  se  porta  donc  sur  le  pays  dont  la  conquête  fit  la 
gloire  et  la  fortune  du  général  romain,  sur  sa  première  histoireet  sur  sesantiqui- 
tés.  De  cette  fantaisie  d'archéologue  couronné  naquirent  deux  institutions  qui 
heureusement  survécurent  au  second  empire,  la  Commission  de  la  topographie 
des  Gaules  et  le  Musée  celtique  de  Saint-Germain-en-Laye  ;  toutes  deux  ont 
rendu  les  plus  grands  services  à  l'étude  de  nos  antiquités  nationales. 

La  Commission  de  la  topographie  des  Gaules  a  été  établie  par  arrêté  ministé- 
riel du  17  juillet  1858  à  l'effet  d'étudier  la  géographie,  l'histoire  et  l'archéologie 
nationale  jusqu'à  l'avénement  de  Charlemagne.  Elle  fut  composée  alors  ainsi  : 
MM.  de  Saulcy,  président^  Amédée  Thierry,  Guigniaut,  de  Wailly,  Maury, 
colonel  Blondel,  lieutenant-colonel  de  Coynart,  Chéruel,  Alex.  Bertrand,  Alf. 
Jacobs.  —  Postérieurement  on  y  adjoignit  aussi  MM.  Viollet-Leduc,  le  général 
Creuly,  Léon  Renier,  Anat.  de  Barthélémy,  et  Lartet. 

C'est  la  Commission  de  topographie  des  Gaules  qui  dirigea  les  fouilles  d'Alise- 
Sainte-Reine,  et  fit  l'étude  complète  de  la  question  d'Alesia;  c'est  à  elle  que 
l'on  doit  toutes  les  découvertes  si  importantes  faites  sur  ce  point.  Mais  il  lui 
arriva  ce  qui  arrive  toujours  aux  œuvres  auxquelles  les  souverains  prennent  une 
part  directe.  Des  gens  voulant  faire  servir  l'archéologie  à  leurs  ambitions  per- 
sonnelles s'empressèrent  de  se  déguiser  en  archéologues  afin  d'attirer  sur  eux 
l'attention  et  les  faveurs  d'un  empereur  archéologue. 

Outre  les  localités  rendues  célèbres  par  l'histoire,  notre  pays  compte  nombre 
de  lieux  auxquels  —  à  tort  ou  à  raison,  mais  le  plus  souvent  à  tort  —  le  nom 
de  César  est  resté  attaché,  camp  di  César,  fossé  de  César,  etc.  On  vit  de  nom- 
breux antiquaires  surgir,  cherchant  partout  les  traces  du  passage  de  Jules 
César.  L'ambition  personnelle,  le  patriotisme  local,  n'étaient  pas  toujours  étran- 
gers à  ces  revendications  archéologiques.  Des  villes  ou  des  villages  (quel  patrio- 
tisme pour  les  descendants  des  anciens  Gaulois!) se  disputaient  l'honneur  d'avoir 
été  détruits  et  brûlés  par  l'ancien  César  pour  s'attirer  la  faveur  du  nouveau. 
Celui-ci,  qui  n'était  pas  sans  bienveillance,  mais  qui  n'aimait  pas  la  contradic- 
tion, ne  tarda  pas  à  se  laisser  gagner  par  ceux  qui  lui  donnaient  raison. 


Chronique.  505 

La  commission  de  topographie  des  Gaules  sur  quelques  points  d'archéologie 
avait  ses  opinions  :  ainsi  elle  ne  voulait  pas  placer  Genabum  à  Gien,  Uxello- 
dunum  au  Puy  d'Issolud,  etc.  —  L'empereur  peu  à  peu  l'éloigna  de  lui,  et  dans 
les  derniers  temps  de  son  règne  il  ne  la  consultait  plus,  et  la  tenait  même  en 
faible  estime. 

La  Commission  n'en  continua  pas  moins  ses  travaux  ;  elle  est  parvenue  à 
donner  aux  études  celtiques  et  gallo-romaines  une  impulsion  nouvelle  et  fé- 
conde :  toutes  les  sociétés  savantes  des  départements  et  les  principaux  érudits 
de  la  France  et  de  l'étranger  sont  en  rapports  fréquents  avec  elle  :  des  fouilles 
ont  été  faites  sur  tous  les  points  sous  ses  auspices  et  avec  ses  encouragements, 
et  le  Musée  de  Saint-Germain  lui  doit  une  bonne  partie  de  ses  richesses. 

Les  fouilles  d'Alise,  celles  du  mont  Beuvray,  la  question  des  murs  gaulois, 
les  sépultures  gauloises  de  la  vallée  de  la  Vesle  dans  la  Marne,  la  détermina- 
tion de  mainte  voie  antique  sont  ses  principales  conquêtes  :  on  peut  affirmer 
que  la  commission  avec  ses  modestes  ressources  a  fait  faire  un  grand  pas  à 
l'archéologie  celtique  et  qu'elle  est  aujourd'hui  un  des  centres  les  plus  actifs  des 
travaux  qui,  de  tous  côtés,  se  préparent  sur  ce  vaste  sujet. 

La  commission  a  publié  jusqu'à  ce  jour  : 

1°  Une  carte  orohydrographique  de  la  Gaule  en  quatre  feuilles,  magnifique 
carte  muette  que  le  ministère  de  la  guerre  a  recommandée  pour  ses  écoles  et 
pour  les  études  stratégiques  et  dont  des  réductions  ont  été  faites  pour  les  col- 
lèges par  ordre  du  ministère  de  l'instruction  publique. 

2°  Une  carte  des  campagnes  de  César,  aujourd'hui  épuisée. 

y  Une  carte  de  la  Gaule  sous  le  proconsulat  de  César,  identique  à  la  carte 
orohydrographique  mentionnée  ci-dessus,  avec  addition  de  nomenclature  et  de 
couleurs. 

4°  Trois  fascicules  du  Dictionnaire  d'archéologie  celtique  comprenant  42  feuilles 
et  40  planches  gravées.  Un  quatrième  fascicule  paraîtra  prochainement. 

Le  texte  publié  va  jusqu'à  la  lettre  D.  Il  contient  sous  leurs  formes  anciennes 
les  noms  de  localités  mentionnées  par  les  anciens  et  donne  les  textes  historiques 
et  épigraphiques  qui  s'y  rapportent.  La  plupart  de  ces  localités  ont  été  identi- 
fiées avec  des  localités  modernes  et  la  Commission  donne  ses  arguments  pour 
chacune  de  ses  identifications.  Le  dictionnaire  donne  aussi,  mais  sous  leur  nom 
actuel,  les  localités  où  existent  des  monuments  mégalithiques,  cercles  de  pierres, 
pierres  levées,  dolmens,  etc.,  et  celles  où  l'on  a  découvert  des  antiquités  de 
tout  genre,  objets  en  pierre  ou  en  métal,  armes,  monnaies,  etc.  En  fait  ces 
articles  sont  un  résumé  de  l'histoire  archéologique  de  chaque  localité.  Quelques- 
uns  de  ces  articles  sont  même  des  dissertations  étendues  et  intéressantes,  par 
exemple  ceux  sur  Abbeville  et  Saint-Acheul,  lieux  bien  connus  par  les  objets 
trouvés  dans  leurs  terrains  d'alluvion,  et  celui  sur  Alise-Sainte-Reine,  où  la 
commission  place  la  célèbre  Alesia  de  César.  Dans  le  premier  fascicule,  la  Com- 
mission se  risquait  à  donner  des  étymologies  de  noms  de  lieu  qui  étaient  quel- 
quefois contestables  ;  dès  le  second  fascicule  elle  a  laissé  l'étymologie  de  côté  et 
s'est  sagement  enfermée  dans   le  terrain  de  l'archéologie.   En  effet  son   but  est 


<^o6  Chronique. 

de  mettre  en  lumière  des  faits  avec  lesquels  d'autres  feront  de  l'histoire  et  de 
la  philologie,  et  les  étymologies,  si  certaines  qu'elles  puissent  paraître,  n'ont  le 
plus  souvent  que  l'autorité  d'une  opinion. 

Les  planches  du  dictionnaire  sont  magnifiquement  gravées;  elles  représentent 
les  objets  de  silex  et  autres  trouvés  à  Saint-Acheul,  à  Abheville  et  dans  les 
cavernes  du  Périgord,  les  décorations  rudimentaires  du  tumulus  de  Gavr  Inis, 
des  monnaies  gauloises,  des  fac-similé  des  inscriptions  gauloises  trouvées  en 
France,  des  armes  gauloises,  etc.  En  somme,  c'est  comme  une  encyclopédie 
illustrée  de  la  Gaule. 

5°  Une  carte  de  la  Gaule  indiquant  les  dolmens  et  monuments  mégalithiques 
en  existence. 

6°  Une  carte  de  la  Gaule  indiquant  les  cavernes  habitées  à  une  époque  pré- 
historique. 

7°  La  carte  préparatoire  de  la  Gaule  au  V*-'  siècle,  communiquée  à  tous  les 
correspondants  afin  de  recevoir  leurs  observations  sur  le  tracé  des  voies  et  sur 
tout  ce  qui  touche  à  l'histoire  et  à  l'archéologie  de  la  Gaule  romane. 

8°  Quatre  cahiers  d'instructions  avec  planches  pour  aider  les  collaborateurs 
des  départements  dans  la  classification  des  armes,  des  monnaies,  et  dans  l'inter- 
prétation des  itinéraires  antiques. 

En  outre  la  Commission  prépare  une  carte  de  la  Gaule  montrant  la  distribu- 
tion géographique  des  tribus  gauloises,  et  quand  elle  aura  achevé  ce  diction- 
naire d'archéologie  celtique  qui  doit  être  un  répertoire  complet  de  la  Gaule 
indépendante,  elle  commencera  un  dictionnaire  d'archéologie  gallo-romaine  sur 
le  même  plan  qui  comprendra  la  période  s'étendant  du  règne  d'Auguste  aux  rois 
francs  *.  Aucun  autre  pays  n'aura  un  semblable  inventaire  de  ses  antiquités 
nationales. 

M.  Wattenbach,  dans  une  notice  sur  des  manuscrits  de  Saint-Pétersbourg 
{Anzeigcr  fiir  Kunde  dcr  deutschen  Vorzeit,  mars  1875,  p.  72)  mentionne  dans 
les  termes  suivants  un  manuscrit  d'origine  irlandaise  qui  se  trouve  dans  la  biblio- 
thèque de  cette  ville  :  «  C'est  un  sacramentaire  datant  de  l'année  836  et  qui 
porte  cette  inscription  plus  récente  :  S.  Bencdidi  Patriciaci.  Il  est  écrit  en  beaux 
caractères  et  contient  aussi  des  lettres  dorées.  Ses  initiales,  richement  ornées, 
ressemblent  dans  leur  ornementation  irlandaise  à  ceux  que  Jorand  a  empruntés 
à  la  Bible  de  Charles  le  Chauve.  » 

Nous  apprenons  avec  peine  que  M.  Silvan  Evans  va  quitter  la  direction  de 
VArchieologia  Cambrensis.  Entre  ses  mains,  ce  recueil  avait  cessé  d'être  presque 
entièrement  consacré  à  l'archéologie  proprement  dite  et  une  large  part  y  avait 
été  faite  à  la  philologie.  Nous  ignorons  quel  successeur  l'Association  archéolo- 
gique cambrienne  donnera  à  M.   Silvan  Evans  ;  mais  nous  espérons  qu'il  ne 

I .  Les  publications  de  la  commission  de  la  topographie  des  Gaules  sont  en  vente  à  la 
librairie  Dumaine,  à  Paris.  Le  dictionnaire  d'archéologie  celtique  se  vend  12  fr.  le  fasci- 
cule. 


Corrigenda  et  Addenda.  Ç07 

rompra  pas  avec  la  tradition  inaugurée  par  le  philologue  gallois  son  prédéces- 


II  vient  de  se  fonder  à  Paris,  sur  le  modèle  de  VFarly  English  Text  Society 
une  «  Société  des  Anciens  Textes  français.  »  Outre  l'intérêt  national  que  cette 
Société  présente  à  la  France,  elle  pourra  mettre  au  jour  des  textes  intéres- 
sants pour  nos  études.  Les  rapports  entre  la  littérature  celtique  et  la  littéra- 
ture générale  du  moyen-âge  sont  si  étroits  que,  tout  en  poursuivant  son  œuvre 
spéciale^  la  Société  des  Anciens  Textes  français  nous  fournira  souvent  d'utiles 
matériaux. 

H.  Gaidoz. 


CORRIGENDA  ET  ADDENDA. 

P.  8,  n.  2,  au  lieu  de  :  qui  est  nommée  —  lire  :  qui  est  nourrie 
P.  77.  M.  Le  Men  nous  communique  un  document  complétant  son  étude 
des  Noms  propres  bretons  commençant  par  Ab  ou  Ap  (p.  71-77)  :  «  Dans  un 
rentier  du  chapitre  de  Samt-Pol  de  Léon  de  1399,  je  trouve  un  article  com- 
mençant par  ces  mots  dans  la  paroisse  de  Saint-Pierre,  une  des  sept  paroisses 
du  Minihy  ou  asile  de  Saint-Pol  de  Léon  : 

«  Johannes  filius  Alart  tenet  vi  ervos  ditos  in  territorio  de  Kaerguennec,  etc.» 
Il  est  certain  que  la  traduction  bretonne  des  trois  premiers  mots  de  cette  phrase 
serait  lan  Abalart.  Il  n'y  a  pas  loin  de  là  au  nom  d'Abélard.  »  Cf.  l'article  de 
M.  Renan,  t.  I,  p.  265  et  suiv. 

P.   149,  I.  6,  au  lieu  de  :  possint  —  lire  :  possent 

P.  151,1.  1 5,  au  lieu  de  :  Alemnanischt  —  lire  :  Alemannische 

P.  155,  n.  I,  1.  2,  au  lieu  de:  apparent  —  lire:  apparenté 

P.  197  et  suiv.  —  A  propos  de  la  légende  de  Labraidh  Lorc  publiée  par 

M.  Wh.  Stokes  d'après  un  ancien  ms.  irlandais,   M.   Reinhold  Kœhler  nous 

rappelle  que  la  légende  se  trouve  déjà  dans  l'histoire  d'Irlande  de  Keating  oi!i 

sont  renfermées  tant  de  curieuses  traditions.  Si  M.  Stokes  n'a  pas  jugé  à  propos 

de  citer  Keating,  c'est  que  le  texte  par  lui  publié  est  plus  ancien  que  Keating. 

Dans  Keating  le  héros  de  la  légende  s'appelle  non  Labraidh  Lorc,  mais  Labraidh 

Longseach,    c'est-à-dire  Labraidh   le  navigateur.   M.   Kœhler  nous  signale  en 

même  temps  une  tradition   bretonne  analogue  rapportée  par  Cambry,  Voyage 

dans  le  Finistère^  Paris,  an  VII  de  la  République,  t.   II,  p.  287,   et  après  lui 

par  Alfred  de  Nore  (pseudonyme  du  marquis   Adolphe  de  Chesnel)  Coutumes, 

Mythes  et  Traditions  des  Provinces  de  France,  Paris,  1846,  p.  219.   Voici  ce  que 

dit  Cambry  :  «  Le  roi  de  Portzmarch  faisoit  mourir  tous  ses  barbiers^  de  peur 

I.  Comme  nous  corrigeons  l'épreuve  de  cette  feuille,  nous  apprenons  que  M.  Barnwell 
se  démet  des  fonctions  de  secrétaire  général  de  l'Association  archéologique  cambrienne 
qu'il  remplissait  depuis  l'origine  avec  un  zèle  auquel  la  Société  doit  une  partie  de  son 
succès. 


5o8  Corrigenda  et  Addenda. 

qu'ils  racontassent  au  public  qu'il  avoit  des  oreilles  de  cheval.  L'intime  ami  du 
roi  venoit  de  le  raser,  il  avoit  juré  de  ne  pas  dire  ce  qu'il  savoit  ;  mais  ne  pou- 
vant résister  à  la  rage  de  raconter  ce  fait,  par  le  conseil  d'un  sage,  il  fut  le  dire 
aux  sables  du  rivage.  Trois  roseaux  naissent  dans  le  lieu,  les  bardes  en  firent  des 
hanches  de  haut-bois  qui   répétoient  :  Portzmarch,   le  roi  Portzmarch  a  des 
oreilles  de  cheval.  » 
P.   198,  1.  24,  for  :  het  —  read  :  let 
P.  199,  1.  22,  for  :  Jarsinsgas  —  read  :  farsinngas 
P.  200,  n.  1.  8,  for  :  legendd  —  read  :  legend 
P.  201,  1.  3,  for  :  inserlom  —  read  :  iserlom 

—  1.  5,  for  :  Ugese  —  read  ligesi 

—  1.  30,  for  :  reïnter  —  read  :  reenter 

P.  202,  1.  7,  for  :  dtrmiruht  —  read  desmïrecht 
P.  206,  1.  17,  au  lieu  de  :  d'inductile  —  lire  :  à'inductile 
P.  284,  1.  25,  au  lieu  de  :  Ateura  —  lire  Ateuritus.  —  ATEVRA  est  la  légende 
d'une  monnaie  gauloise  de  la  collection  de  M.  Mowat,  et  forme  une  variété 
du  denier  bien  connu  :  ATEVLA-VLATOS. 
P.  286,  1.  1-14.  L'inscription  de  Santenay  a  été  publiée  plus  exactement  et 
plus  complètement  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  des  Antiq.  de  France,  1875,  p.  50  : 
AVG-SACR 
...O.MERCVRIO 
...NSORINVS 
...AVLLINI  FILIVS 
EX  VOTO 
P.  288,  1.  16,  au  lieu  de  :  du  Grundzùge  —  lire  :  des  Grundziige 
P.  382,  1.  25,  for:  inconfuigcll  —  read  :  iconjuigell 
P.  404,  1.  1,  au  lieu  de  :  le  nom,  —  lire  :  le  nom. 
P.  41 1,  1.  12,  for  :  *air-chettin  —  read  :  *air-chcttim 

—  last  line  but  one,  for  :  from  —  read  :  form 

P.  423,  1.  22,  au  lieu  de  :  en  voyage  —  lire  :  un  voyage 

P.  424,  1.  13,  au  lieu  de  :  bâche  —  lire  :  bouche 

P.  425,  1.  24,  au  lieu  de  :  fraed  —  lire  :  froud 

P.  436,  1.  28,  au  lieu  de:  12  avril  —  lire:  21  avril 

P.  447,  I.  26,  au  lieu  de  :  St.  togluasachti  —  lire  St.  togluasacthi 

NOUVEAUX  ERRATA  DU  TOME  !«>•. 
P.  302,  1.  32,  au  lieu  de:  intervention  —  lire:  interversion 
P.  309,  1.  17,  au  lieu  de:  gratuit  de  villes  en  faveur  duquel  — lire  :  gratuite... 

de  laquelle 
P.  341 ,  I.  32,  au  lieu  de  :  0.  Br.  Urm-gent  —  lire  :  0.  Br.  Uur-gent 
P.  488,  1.  1 1  de  la  note,  au  lieu  de:  dans  les  poésies  de  Conrad  de  Wurzbourg 

—  lire  :  dans  le  poème  de  Conrad  de  Wurzbourg 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG, 
Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Les  numéros  de  la  Revue  Celtique  ne  se  vendent  pas  séparément  ;  on 
s'abonne  pour  un  volume  qui  paraît  en  plusieurs  livraisons  formant 
ensemble  environ  520  pages.  —  Prix  d'abonnement:  Paris,  20  fr.; 
Départements,  22  fr.;  Étranger,  le  port  en  sus.—  On  souscrit:  Pour  la 
France,  en  envoyant  un  mandat-poste  payable  au  nom  de  M.  F.  Viev^^eg, 
propriétaire  de  la  librairie  Franck,  67,  rue  de  Richelieu,  à  Paris;  pour 
l'étranger,  par  l'intermédiaire  d'un  libraire. 

Une  liste  des  souscripteurs  est  publiée  avec  chaque  volume. 

Il  est  tiré  quelques  exemplaires  sur  papier  de  Hollande  portant  sur  le  titre  le 
nom  imprimé  du  souscripteur.  Le  prix  d'abonnement  à  ces  exemplaires  est  double, 
c'est-à-aire  40  fr.  pour  Paris,  44  fr.  pour  les  départements. 

Toutes  les  communications,  correspondances,  etc.,  doivent  être 
adressées  franc  de  port  à  M.  H.  Gaidoz,  aux  soins  de  M.  F.  Vieweg, 
propriétaire  de  la  librairie  Franck,  rue  de  Richelieu,  67,  Paris. 

La  direction  de  la  Revue  ne  s'engage  pas  à  renvoyer  aux  auteurs  les 
manuscrits  non  insérés. 


TO   DUR    BRITISH    SUBSCRIBERS    : 

Subscribers  are  respectfully  requested  to  remit  the  amount  of  L  i 
subscription  for  the   ?rd  volume  of  the  Revue  Celtique,  by  Post  Office 
Order  payable  at  the  General  Post  Office  London  to 
Trûbner  and  C 

57  and  59,  Ludgate  Hill, 

London. 

N.  B.  A  few  copies  are  printed  on  laid  paper  with  the  names  of  subscribers. 
The  terms  of  subscription  for  thèse  copies  is  double,  viz.  two  pounds  per  annum. 

A  list  of  the  subscribers  is  given  with  every  yearly  volume. 
Subscriptions  for  America  and  the  Colonies  are  received  by  : 
E.  Steiger,  New- York  (U.  S.) 
John  Wiley  and  Son,  d°    d° 
J.  B.  Lippincott  and  Co.,  Philadelphia  (U.  S.) 
Mohun  and  Co.,  Washington  (U.  S.) 
Dawson  Brothers,  Montréal  (Canada). 
G.  Robertson,  Melbourne  (AustraHa). 
Ail  literary  communications  to  be  addressed,  post  free,  «  To  the  Edi- 
tor,  care  of  Mons.  F.  Vieweg,  propriétaire  de  la  librairie  A.  Franck, 
67,  rue  de  Richelieu,  Paris.  » 

Books  for  review  to  be  sent  «  To  the  Editor,  care  of  Messrs  Trùbner 
andC»,  57  and  59,  Ludgate  Hill,  E.  C.  London.» 

The  Editor  cannot  undertake  to  return  communications  which  are 
not  asked  for. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur, 


~<V/;'Ai